2003
Outre - Terre
Totems et tabous
Le défi satanique
Rachid Kaci
adjoint au maire de Sannois (Val-d’Oise), président de Démocratia
La France compte quatre à cinq millions (près de 8 % de la population) de musulmans, essentiellement d’origine maghrébine : 1,5 millions d’Algérie, 1 million du
Maroc, 360000 de Tunisie, 350000 de Turquie, 250000 d’Afrique Noire. S’y
ajoutent des musulmans d’origine iranienne, égyptienne, pakistanaise, syrienne
etc., et environ 40000 convertis. Ces musulmans n’ont guère entre eux de points
communs culturels et cultuels; l’islam en France étant, en fait, complètement lié,
jusqu’à une période récente, à l’origine ethnique et à la nationalité d’origine des
fidèles. Cependant, l’émergence des mouvements fondamentalistes (Frères
musulmans et surtout Tabligh) est en train de changer la donne en tentant de
« recoller » les fidèles à une doctrine coranique politique et militante directement
importée du Moyen-Orient. Cette doctrine fait de chaque musulman un membre
de l’Umma, communauté transnationale des croyants, où le Coran fait office de
modèle de vie, de pensée et de cadre juridique.
Devant le nombre croissant de Français de confession musulmane, accessoirement électeurs, les pouvoirs publics n’ont de cesse de satisfaire au mieux les
revendications, parfois les plus rétrogrades, des associations représentant notamment les deux mouvances précédemment citées, parfois au mépris de la laïcité. Et
la grande préoccupation des ministres en charge des cultes ces dernières années
est la création d’une structure française du culte musulman. Chacun y allant de
son initiative à grands renforts de publicité. Des initiatives qui ont pour l’instant,
logiquement, toutes échoué ; souvent d’ailleurs à cause des associations religieuses elles-mêmes. En effet, le véritable objectif des représentants de l’islam
radical n’est pas tant de créer une instance représentative à l’instar des autres religions, même s’ils font mine d’œuvrer en ce sens, mais simplement de devenir une
force politique et sociale au sein de notre république. Nous voyagerons donc ici
au cœur d’une relation ambiguë entre la République Française et l’islam.
Organisation du culte musulman en France :
la quadrature du Cercle
Le 10 juillet 2002, dans les colonnes du Figaro, Nicolas Sarkozy, nouveau
ministre de l’Intérieur et des cultes, répondant à une question sur l’organisation
de l’islam en France, déclare : « Cette religion peut notamment fournir une
réponse à la destruction totale d’un certain nombre de jeunes délinquants des
cités ». Le Coran au secours de la police et des institutions ! Les tenants de l’islam politique n’en demandaient pas tant. Ces paroles, a priori anodines et sans
conséquences, représentent en réalité une grave atteinte à la philosophie de
notre République laïque. Comment, en effet, interpréter autrement des propos
qui entendent faire jouer un rôle social et politique à une religion ?
La phrase de notre ministre est, en fait, symptomatique de l’abandon par
notre République des valeurs qui ont fait sa force et sa pérennité. Elle résume
assez bien notre incapacité à résister à l’implantation en France du fondamentalisme islamique contrôlé par des puissances étrangères, et dont les valeurs et
l’idéologie sont la négation même de notre modèle de société humaniste et tolérante. Demander à l’islam de lutter contre la délinquance dans les banlieues,
comme accepter la partition cultuelle des cimetières en y créant des carrés
musulmans ou tolérer le port du voile en salle de classe, la polygamie, etc., c’est
purement et simplement assassiner la laïcité et considérer les musulmans
comme des citoyens à part en les poussant au communautarisme.
Pourtant, la laïcité a permis aux différentes religions représentées en France
de trouver leur place dans la société. Chacune d’entre elles a accepté les règles
du jeu, qui consistent à se placer en dehors du champ politique et à demeurer
dans la sphère privée. Le système fonctionne plutôt bien depuis le début du
vingtième siècle, et il a garanti la liberté de culte, la paix sociale et religieuse
que beaucoup de nations nous envient. Cependant, depuis une trentaine d’années avec l’apparition de l’islamisme en France, la laïcité est battue en brèche,
et les représentants des mouvements fondamentalistes, se revendiquant de la
deuxième religion en nombre de pratiquants, sont en passe de remettre en question l’équilibre même de notre société, de lui imposer progressivement leurs
règles de vie et par la même de menacer nos valeurs de liberté et d’égalité.
Les responsabilités sont multiples et ne datent pas d’aujourd’hui. Cette
situation est la conséquence d’une série d’inconscients et lâches abandons politiques. Les pouvoirs publics ont laissé l’islam de France s’organiser de l’extérieur. Ils l’ont livré aux mouvements fondamentalistes mondiaux, comme celui
des Frères musulmans, dont le seul objectif est d’imposer ses propres lois
partout pour, à terme, créer la grande nation Musulmane (Umma) dépassant la
notion de frontières. Une mondialisation religieuse en quelque sorte. Cette
conception de l’islam nie, en effet, les nations, et a pour but de faire de chaque
être humain un musulman au service des règles édictées par le Coran et cela
dans tous les actes de son existence. Ces mouvements utilisent parfois la
violence pour tenter de s’imposer, comme par exemple en Algérie, mais en
Europe, et en France, en particulier ils pratiquent une méthode pacifiste engrangeant peu à peu des avancées et se nourrissant des compromissions de nos
démocraties libérales.
En fait, l’islam politique intégriste utilise les atouts des pays libres pour
mieux piller leur essence démocratique et ainsi les gangrener. C’est le cas en
France, où les fondamentalistes sont parvenus à se placer en interlocuteurs officiels de l’État. Notre Nation est donc prête à céder des pans entiers de ses principes fondateurs pour satisfaire quelques illuminés religieux. Or, l’islam de
France devait et doit trouver sa place légitime comme toutes les autres religions.
Mieux : il aurait dû, au contact d’une laïcité et d’une démocratie puissante, se
moderniser, épouser son temps et devenir un modèle, une référence et un
exemple à suivre pour des millions de musulmans dans le monde, prisonniers du
joug imposé par leurs gouvernants. Cela n’est malheureusement pas le cas. À
qui la faute ?
Tout commence dans les années 1970. L’immigration d’origine musulmane
était auparavant considérée comme une immigration de strict travail, donc de
passage, sans enjeu politique véritable. À partir de 1974 et avec le regroupement
familial, on commence à se dire qu’elle pourrait peut-être s’installer durablement. Paradoxalement, c’est au moment où la France permet aux familles de se
réunir que des accords avec les pays d’origine (Algérie, Maroc et Tunisie) se
concluent pour la prise en charge des communautés immigrées installées en
France. Les pouvoirs publics français, au lieu de favoriser l’intégration, abandonnent quasiment la gestion politique des immigrés et de leurs enfants à des
régimes du Maghreb qui sont des dictatures totalitaires, érigeant pour la plupart
l’islam au rang de religion d’État et de dogme. C’est la période, où, par
exemple, des cours d’arabe sont organisés le samedi après-midi dans les écoles
primaires en collaboration avec les consulats nord-africains, donc en direction
des petits enfants issus de l’immigration maghrébine (des cours qui ont
d’ailleurs toujours lieu actuellement). En guise de cours d’arabe, il s’agit d’instruction coranique orchestrée par des professeurs souvent peu formés et surtout
liés à la mouvance des Frères musulmans. Les premières approches des petits
beurs par l’intégrisme datent de cette époque.
Progressivement, les tenants de l’islam radical tissent leur toile sur la société
française. L’association « Foi et Pratique », liée au mouvement piétiste des
Tabligh, secte moyenâgeuse d’origine pakistanaise, est créée en 1972 ; elle
milite beaucoup pour un retour à la pratique religieuse des travailleurs immigrés. La « Ligue Islamique Mondiale », bras financier de l’internationale intégriste, création des pays du Golfe pour la diffusion de l’islamisme dans le
monde, installe à son tour des bureaux à Paris dans les années 1970. Une ligue
qui distribue gratuitement des Corans, des enregistrements et brochures traduisant sa conception rigoureuse de l’islam. Elle finance largement la construction
de mosquées en France.
Les partisans du retour à la pratique coranique trouvent même de bien
étranges alliés en le syndicat proche du parti communiste, la notoirement anticléricale CGT qui se bat à l’époque pour imposer des salles de prière dans les
entreprises (automobiles en particulier), de façon à ce que les valeureux
travailleurs immigrés puissent se tourner vers la Mecque et prier sur le lieu de
travail. Intention toute spécifique, mais pas vraiment innocente, en direction
d’ouvriers qui en échange voteront pour le syndicat lors des élections professionnelles. La CGT n’a pu ou voulu s’apercevoir qu’elle devenait par là une courroie de transmission et l’allié objectif de ceux qui veulent imposer une pratique
rigoureuse de la religion musulmane totalement incompatible avec nos règles et
valeurs laïques. On constatera, d’ailleurs qu’à partir de cette époque et ce avec
la bénédiction des institutions, la religion musulmane devient la référence absolue pour désigner et distinguer du reste de la population les citoyens issus de
l’immigration maghrébine, qu’ils soient français ou pas.
Début des années 1980 se manifestent les problèmes de banlieue et d’intégration des jeunes beurs. Avènement médiatique du phénomène : la fameuse
« marche des beurs pour l’égalité » en 1983. À la suite de quelques incidents
racistes, des jeunes beurs partent de la banlieue Lyonnaise pour rejoindre Paris
à pied et dénoncer le malaise de la génération issue de l’immigration. Évidemment, la manifestation fait grand bruit et met en exergue le malaise existentiel
vécu par une grande partie des jeunes d’origine maghrébine de banlieue.
Certains comprennent vite l’enjeu politique considérable incarné par ces
citoyens français en mal d’encadrement. Ce n’est évidemment pas un hasard si
l’Union des Organisations Islamiques de France (UOIF), soit la branche officielle des Frères musulmans et de la Ligue Islamique Mondiale, est créé en 1983
par l’étudiant tunisien Abdellah Ben Mansour et l’ingénieur irakien Mahmoud
Zouheir, si la Fédération Nationale des Musulmans de France (FNMF), à dominante marocaine, voit le jour en 1985 sous les auspices du converti Youssef
Leclerc. Comme d’autres structures, ces deux associations, financées largement
par quelques généreux et riches donateurs du Moyen-Orient, se donnent pour
objectif de récupérer le malaise des jeunes en leur indiquant le chemin à suivre
pour trouver une place dans la société. Ils les invitent, bien sûr, à retourner dans
les mosquées afin d’être « ré-initiés » à la pensée islamique wahhabite directement contrôlée et manipulée par les Saoudiens, le wahhabisme étant en Arabie
doctrine d’État. L’UOIF sera plus tard à l’origine de la structure étudiante Jeunes
Musulmans de France (JMF), à Lille, qui œuvre dans les universités, et de l’Institut de formation des Imams de la Nièvre à Saint-Léger-du-Fougeret. C’est dire
son « hyper-activité ».
Dans le même temps, les élus locaux que laissent désemparés les révoltes
urbaines se tournent également vers les représentants de l’islam chez lesquels ils
pensent trouver des solutions à leur échec, à leur désarroi et à leur incapacité à
gérer le mal de vivre dans les cités. Les imams, souvent liés à l’UOIF, y deviennent progressivement les interlocuteurs des maires. Les intégristes se frottent
alors les mains. Ils sont en train de devenir la force sociale montante des
banlieues, reconnue, qui plus est officiellement, par les autorités locales. Les
pouvoirs publics leur déroulent, certes en catimini, le tapis rouge, mais il y a là
une attitude qui leur permet de s’implanter tranquillement et sereinement auprès
des populations issues de l’immigration. Une implantation qui s’opère d’autant
plus facilement qu’ils savent jouer aussi sur le sentiment d’injustice et de
racisme dont semblent être victimes les jeunes beurs dans les cités. L’association SOS Racisme, à cet égard, a été, d’une certaine manière et bien malgré elle,
un allié particulièrement efficace.
En 1989, les mouvements intégristes décident de sortir du bois et de s’offrir
une de ces opérations de communication dont ils ont le secret Et ils déclenchent
les premières affaires de voile islamique, provoquant un véritable séisme dans
le Landerneau politique. Des gamines d’origine marocaine, dont les mères pratiquantes ne portaient pas le voile, arrivent un matin le visage caché par un
hidjeb dans leur collège de Creil (Oise); et seront en permanence renvoyées par
le directeur de l’établissement, lequel juge en effet, à juste titre, que leur attitude
porte atteinte à la règle de neutralité imposée à l’école de la république depuis
Jules Ferry. Les ministres de l’époque, Lionel Jospin à l’Education nationale en
tête, s’en remettent, lâchement, au Conseil d’État qui doit juger si le port du
voile à l’école va à l’encontre de la laïcité. Au lieu de considérer le voile dit islamique comme un signe ostentatoire de la soumission de la femme par rapport à
l’homme, donc comme une atteinte flagrante aux droits de l’Homme, on l’assimile alors à un symbole religieux. Belle victoire pour les fondamentalistes
musulmans et l’UOIF en particulier. Les militants de cette dernière organisation,
très présents dans la défense de ces jeunes filles voilées, ne voient en réalité
dans cette malheureuse affaire qu’une « juteuse » opération de promotion et de
publicité pour leur idéologie. Ils réussissent même à faire plier publiquement
l’institution la plus républicaine et la plus symbolique de l’intégration : l’école.
Les structures religieuses ayant orchestré cette manipulation ont même trouvé
des soutiens inattendus dans la classe intello-politico-médiatique en Danièle
Mitterrand, SOS Racisme ou d’autres mouvements d’extrême-gauche qui jettent
sinon volontiers le pape ou les curés aux oubliettes. Il fallait, au nom du droit à
la différence, permettre la pire des aliénations chez de pauvres jeunes filles. Une
fois l’affaire jugée, les intégristes, tablant sur une représentation d’injustice
notoire, vont pouvoir recruter de façon massive dans les quartiers laissés à
l’abandon.
C’est à cette époque que Pierre Joxe, alors ministre de l’Intérieur et des
cultes, tente d’organiser l’islam en France. Il crée le CORIF, Conseil de Réflexion
sur l’islam de France. Mais les musulmans de France sont tellement divisés, et
à tel point tenus par les pays d’origine, que le CORIF se solde par un échec retentissant. Des rivalités ont en effet éclaté entre notamment les « modérés » de la
Grande mosquée de Paris, proche de l’État algérien et totalement hors-jeu dans
les banlieues, et les partisans de l’islam politique et fondamentaliste de l’UOIF
ou de la FNMF, soutenues financièrement et idéologiquement par l’Arabie Saoudite ou le Maroc. Le désaccord portant entre autres sur des dossiers comme l’implantation des lieux de culte, la formation des imams, l’abattage de la viande
hallal...
Mais les Frères musulmans continuent, eux, leur « bonhomme de chemin »,
en occupant le terrain des banlieues abandonnées par l’État et par les institutions
musulmanes dites modérées, comme la mosquée de Paris, les jeunes beurs des
cités, désœuvrés et en perdition psychologique, représentant un terrain favorable à la manipulation et au recrutement. La guerre du Golfe, tout comme le
conflit entre Israéliens et Palestiniens, seront aussi de formidables arguments
des intégristes en direction de ces jeunes. Ils surferont sur le sentiment d’injustice à l’égard des pays arabes et jongleront avec un antijudaïsme latent naturellement ancré dans l’inconscient collectif des jeunes beurs.
En 1995, Charles Pasqua, ministre des cultes, décide à son tour d’organiser
l’islam de France. Il est certainement l’homme politique qui maîtrise le mieux
les enjeux du dossier. Et il sait qu’il faut agir vite, misant sur Dalil Boubakeur,
recteur de la mosquée de Paris, qu’il veut mettre en avant. Pasqua fait rédiger
une « Charte du Culte Musulman en France » par la Grande mosquée de Paris.
Mais c’est sans compter sans la forte présence de l’UOIF, à dominante marocaine
et tunisienne, sur le terrain et son sens de l’organisation ; elle fait échec à la
démarche de Pasqua, en dénonçant une structure inféodée à l’État algérien et ne
pouvant en aucun cas prétendre représenter l’islam de France. Le projet de
Charles Pasqua s’appuyait trop ouvertement sur la Grande mosquée de Paris,
affaiblie parce que liée à une Algérie ravagée par une guerre civile ne disant pas
son nom, et qui touche la France par les attentats de 1995. Le projet était
condamné. Nouvel échec des autorités dans l’organisation du culte musulman
en France, mais victoire supplémentaire pour les fondamentalistes, qui ont intérêt à jouer la montre dans la mesure où les musulmans de France sont encore
majoritairement réfractaires à leur conception rigoureuse de l’islam. Or, les
représentants modérés d’un islam tolérant et respectueux des lois de la République perdent peu à peu en force, en raison de leurs querelles intestines, de leur
relation trop étroite avec une dictature algérienne usée et de leur absence totale
dans les quartiers sensibles ; le pôle fondamentaliste table, lui, sur une capitalisation de ses acquis et espère consolider, avec le temps, son hégémonie.
Mieux : les intégristes font preuve d’une conscience politique aiguë en
jouant la carte de la citoyenneté. Les associations proches de l’UOIF organisent
des opérations d’inscription sur les listes électorales ou d’incitation au vote en
France. L’UOIF organise aussi chaque année un vaste rassemblement des musulmans de France au Bourget, où les femmes, voilées, sont séparées des hommes
et lors duquel les vidéos sur les souffrances palestiniennes en Israël se vendent
comme des petits pains alors que pas un mot n’évoque une quelconque solidarité avec les Algériens égorgés au nom d’Allah. En d’autres termes : la tendance
« Frères musulmans » organise les Français musulmans en véritable communauté de façon à ce qu’ils n’en pèsent que davantage sur les pouvoirs publics.
L’UOIF apparaît donc très vite en position de force. Elle contrôle la plupart des
mosquées et lieux de prière et dispose de moyens financiers considérables pour
propager l’idéologie wahhabite. Ne lui manque plus que la légitimité politique.
C’est Jean-Pierre Chevènement, ministre de l’Intérieur de la gauche
plurielle, qui va la lui offrir, plus ou moins, sur un plateau en se lançant à son
tour, en 1999, dans l’organisation du culte musulman en France. Le chantre des
valeurs de la république, de la laïcité et du jacobinisme, va nous concocter la
plus grande fumisterie républicaine qui soit : elle porte le nom pompeux de
« Consultation des représentants des principales sensibilités musulmanes sur
l’organisation du culte islamique en France ». Chevènement se donne pour
objectif de fonder une instance représentative de l’islam de France. Rien de bien
nouveau. Seulement il invite pour ce faire, selon son expression, les principaux
courants de l’islam de France, et déroule par là le tapis rouge à l’UOIF, la
fameuse courroie de transmission des Frères musulmans et aux deux tendances
« Foi et pratique » et Daoua Il Allah du mouvement Tabligh, sectaire et piétiste.
Chacun connaît les dégâts causés par l’obscurantisme chez les jeunes des
banlieues, mais la consultation va donc lui conférer officiellement et politique
la légitimité qui lui manquait.
Les membres de la Consultation « Chevènement » signent même une déclaration d’intention relative aux droits et obligations des fidèles du culte musulman, rédigée naïvement par les pouvoirs publics, et où est notamment affirmé
un attachement aux principes fondamentaux de la République dont en particulier son caractère laïc. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. On
apprend pourtant quelques temps après que l’UOIF a refusé de signer la première
mouture comportant un article donnant la possibilité aux croyants de changer de
religion ou d’y renoncer. Un droit absolu inscrit dans la Constitution ! Des réticences de l’UOIF qui se comprennent mieux quand on sait, cependant, que l’apostasie est punie de mort en Arabie Saoudite. Malgré cet aveu flagrant d’une
connivence évidente avec une interprétation du Coran des plus surannées et des
plus antidémocratiques, le ministère poursuit son projet et conforte par là le
noyau dur des participants.
Les représentants intégristes de la Consultation, tout auréolés de leur
nouvelle légitimité politique, se pavanent même sur les médias pour dénoncer
et contester la conception française de la laïcité. Une lueur d’espoir nous gagne
lorsque Jean-Pierre Chevènement démissionne du gouvernement Jospin. En
effet, il ne souhaite, en bon républicain qu’il est, se « compromettre » avec les
indépendantistes corses, ce qui ne l’a pas empêché de se compromettre avec les
tendances rétrogrades et fascisantes de l’islamisme. Il portera, ad vitam aeternam, une lourde responsabilité dans la promotion des mouvements qui poussent
les jeunes dans les bras de l’extrémisme islamique.
À son arrivée, Daniel Vaillant poursuit, malheureusement et sans complexe,
le processus enclenché par son prédécesseur. Malgré les aberrations, les
compromissions et les querelles internes, les membres de la Consultation adoptent un accord cadre « portant sur l’organisation du culte musulman en France ».
Un nom étant retenu pour l’instance à venir : le « Conseil Français du Culte
Musulman ». Selon cet accord, « chaque édifice du culte, géré par une association régulièrement déclarée, désignera des délégués en nombre proportionnel à
son importance (selon sa superficie). Réunis en assemblée régionale, ces délégués de base éliront les délégués qui se réuniront au niveau national pour se
constituer en assemblée générale. Cette assemblée générale jouera le rôle d’une
constituante qui fondera l’instance représentative du culte musulman en
France ». La Consultation, avec la bénédiction du ministère de l’Intérieur, organise par conséquent la prise du pouvoir sur l’islam en France par les islamistes.
En effet, permettre une élection à partir des grands lieux de culte, quand on sait
que ces derniers sont majoritairement contrôlés par les tendances dures de l’islam, seules à être véritablement organisées en France, tout simplement parce
qu’elles en ont les moyens, c’est jeter l’islam et par voie de conséquence les
musulmans dans les bras des extrémistes. La consultation, si elle va à son terme,
donnera les clefs de l’islam de France aux mouvements les plus radicaux et les
plus sectaires, contrôlés idéologiquement et financièrement par des puissances
étrangères pas toujours animées des meilleures intentions quant à notre modèle
de société. Des musulmans éclairés comme le mufti de Marseille, Souheib
Bencheich, membre lui aussi de la consultation, n’ont pas manqué de le dénoncer à juste titre.
La nécessité de promouvoir une institution représentant l’islam de France ne
doit en aucun cas mener à la création, comme cela semble être le cas, d’un
syndicat des islamistes en France. Nicolas Sarkozy, maintenant en charge du
dossier, n’a pas mis fin à la scandaleuse Consultation qui, à terme, apportera une
légitimité et un pouvoir incontestable à des représentants de l’islam politique ou
fondamentaliste prenant leurs ordres à l’étranger. Au lieu de dissoudre la structure, le nouveau ministre de l’Intérieur s’est contenté de geler le processus. Ses
discours séduisants et fermes en matière de sécurité ne sont visiblement pas
toujours suivis d’effet. Laisser l’islamisme s’ancrer dans les banlieues, c’est en
effet installer, à terme, un État dans l’État et donner un blanc-seing aux ennemis
de nos valeurs. Surtout, c’est accepter que des nations étrangères s’immiscent
dans le fonctionnement de notre démocratie en contrôlant politiquement une
partie de nos concitoyens.
Avant de tenter d’organiser l’islam en France, il faut commencer par couper
le cordon qui le lie à « l’internationale intégriste ». Pour ce faire, il faut procéder à une étude méticuleuse des comptes bancaires de toutes ces structures religieuses, pour connaître avec précision l’origine des fonds qui servent à implanter, notamment dans nos cités, une idéologie dangereuse et surtout contraire à
nos valeurs d’égalité, de liberté et de laïcité. À l’heure où l’on prononce à raison
la dissolution de mouvements néo-nazis comme Unité radicale, il serait judicieux de visiter les idées tout aussi fascisantes portées par des mouvements
comme celui des Frères musulmans ou des Tabligh, ayant désormais rang d’interlocuteurs officiels de nos pouvoirs publics. Il faut une bonne fois pour toutes
se rendre compte du fait que l’idéologie véhiculée par les mouvements islamistes, que les pouvoirs publics invitent à fonder la fumeuse instance représentative du culte musulman, est totalitaire, raciste et ne vise qu’à asservir les êtres
humains. Rachid Boudjedra, écrivain algérien, avait qualifié l’islamisme, inventant la bonne formule, de « fascisme vert ».
Par ailleurs, il faut procéder à la dissolution des associations religieuses
déclarées sous le statut de la loi de 1901 alors qu’elles devraient l’être sous celui
de 1905. Elles ne pourraient plus, dès lors, bénéficier des aides ou facilités
accordées par des institutions publiques (surtout les municipalités) inconscientes ou irresponsables. Ensuite, pour construire une représentation du culte
musulman, il faut se tourner vers des sommités religieuses éclairées et courageuses comme l’est Souheib Bencheich, le mufti de Marseille, mais aussi vers
des personnalités laïques d’origine musulmane, de façon à ce que la religion ne
soit pas abandonnée aux seuls religieux. Les musulmans français doivent être,
pour finir, affranchis de la tutelle de leur pays d’origine ou de pays étrangers
souvent totalitaires et hostiles à notre conception humaniste de la vie. Il ne faut
en aucun cas transiger sur nos valeurs universelles, soit les droits de l’Homme
et la modernité. L’État français doit choisir ses interlocuteurs et les imposer.
C’est seulement à ce prix que nous éviterons que s’installe en France un contre-pouvoir islamiste, et avec lui une véritable menace pour la paix sociale. Nos
jeunes de banlieue d’origine musulmane, en manque de repère, n’ont certainement pas besoin d’obscurantisme pour améliorer leur situation. Les actes antijuifs de ces derniers mois comme la présence de Français parmi les terroristes
d’al-Qaïda sont là pour nous rappeler à la vigilance et à la méfiance.
Le temps est venu pour Nicolas Sarkozy et Jean-Pierre Raffarin de faire en
sorte que cessent les compromissions politiciennes serviles et couardes, héritées
du précédent gouvernement, afin que soient rappelée aux extrémistes religieux
la signification des mots démocratie et laïcité. Le monde politique ne rendra pas
service à l’islam en accordant son estime et sa reconnaissance à des organisations intégristes. Cette démission du politique devant le populisme, de la république devant le fanatisme, ne sert en rien les intérêts d’une population issue de
l’immigration, dont l’avenir serait plus sûrement garanti par une conformité à
l’idéal républicain que dans l’orientation vers la Mecque.
Question, en conclusion, à tout républicain, qu’il soit chrétien, juif,
« mécréant » ou musulman : lorsque les responsables politiques reconnaissent
pour interlocuteurs officiels des organisations islamistes issues des Frères
musulmans comme l’UOIF ou le Tabligh, donc des mouvements qui proclament
leur « pacifisme » en France mais soutiennent ailleurs le Jihad, qui ont pour
ambition de voiler les femmes et d’empêcher l’intégration des beurs « menacés » par les valeurs « impies », sont-ils conscients d’agir en « allié objectif du
totalitarisme islamiste » et de trahir tant la démocratie que les musulmans libéraux, premières victimes de ce « fascisme vert » ?
Liste des organisations et des personnalités qualifiées
participant à la consultation des Musulmans de France
Fédérations
Grande Mosquée de Paris.
Union des Organisations Islamiques de France (UOIF).
Fédération Nationale des Musulmans de France (FNMF).
Invitation et Mission pour la Foi et la Pratique.
Tabligh et Daoua Il Allah.
Fédération Française des Associations Islamiques d’Afrique,
des Comores et des Antilles.
Union Turco-islamique d’affaires théologiques en France.
Grandes Mosquées indépendantes
Centre Culturel islamique d’Évry (écarté jusqu’à nouvel ordre).
Mosquée de Mantes-la-Jolie.
Grande Mosquée de Lyon.
Grande Mosquée du sud de la France.
Grande Mosquée de Saint-Denis-de-la-Réunion.
Personnalités qualifiées
M. Saada Mamadou BA.
M. Souheib Bencheich.
Cheick Khaled Bentounès.
M. Michel Chodkiewicz.
Mme Betoule Fekkar-Lambiote.
M. Mohsen Ismail.