2003
Outre - Terre
Totems et tabous
La quadrature du cercle
Islamophobie, nouvelle judéophobie et reductio ad hitlerum
Alexandre del Valle
doctorant Le Monde au Temps présent, université de MarnelaVallée, membre du comité de rédaction d’Outre-Terre.
Est-il encore possible, en France, de dénoncer la judéophobie d’origine araboislamique sans être qualifié « d’agent sioniste », de « défenseur de Sharon » ou
de « complice du colonialisme israélien » par les représentants d’une certaine
gauche « anti-impérialiste » et anti-sioniste qui voit dans les arabo-musulmans
des « victimes par essence, des nouveaux opprimés a priori », donc jamais
coupables tandis que leurs bourreaux « judéo-croisés » seraient coupables par
nature puisque responsables de tous les maux dont souffrent les nations musulmanes à commencer par les Palestiniens ?
Est-il encore possible, au pays de Voltaire, d’écrire sur l’islam et l’islamisme
autrement que de façon apologétique, « islamiquement correcte », d’exprimer
son refus de l’obscurantisme islamiste sans être ipso facto rangé dans la catégorie diabolisante de « l’islamophobie » et du « racisme » ? Les procès en
sorcellerie, dont ont fait ces derniers temps l’objet ceux qui dénoncent la
progression du totalitarisme islamiste en Occident, et ses alliés objectifs (islamologues/islamophiles, antisionistes radicaux, lobbies pro-saoudiens, etc.),
donnent à penser que la chose est devenue difficile, tant les passions idéologiques et la polémique empêchent le débat serein, soit la juxtaposition, comme
le veut essentiellement la géopolitique, des raisonnements contradictoires.
Les musulmans premières victimes du totalitarisme islamiste
Rappelons tout d’abord aux professionnels de l’indignation « antiraciste » sélective, qui voient dans les revendications islamistes un simple « droit à la différence » et dénoncent comme « islamophobes » ceux qui mettent en évidence la
nature totalitaire de l’orthodoxie islamique à laquelle se réfèrent les islamoterroristes, que les musulmans sont les premiers à déplorer la sclérose de l’islam. Ceux qui voudraient faire taire les « islamophobes » comme Guy Hennebelle, Samuel Huntington ou Bernard Lewis pour la seule raison que ces
observateurs critiques ne dressent pas un tableau rassurant de l’islam et du
monde islamique, de plus gagné par les démons judéophobes, ignorent-ils les
écrits du Voltaire musulman Ibn Warraq, les indignations de Rachid Kaci, Aziz
Sahiri, Soheib Bencheikh ou Dalil Boubakeur, en guerre contre le Tabligh ou les
Frères musulmans (légitimés par les pouvoirs publics), les études de Mohamed
Charfi, président de la Ligue tunisienne des Droits de l’Homme, qui explique
l’incompatibilité de l’orthodoxie islamique avec la démocratie libérale, ou
encore le courageux essai de Latifa Ben Mansour, Frères musulmans frères
féroces ? Et de tant d’autres musulmans démocrates, premières victimes du
« fascisme vert », que la propagande du FIS ou d’al-Qaïda assimile eux-mêmes
à des « apostats » ou des « judéo-maçons » susceptibles d’être abattus du seul
fait qu’ils ne souscrivent pas au projet néo-totalitaire et obscurantiste que leur
proposent les idéologues salafistes.
Contrairement à ce qu’écrivent certains spécialistes du « racisme » issus du
trotskysme militant comme René Monzat de Ras l’Front, fort appréciés en
milieu islamiste (cf. oumma.com ) pour leur anti-sionisme militant et qui tentent
de « fasciser » la communauté juive dans des revues pro-palestiniennes comme
Pour la Palestine, les intellectuels musulmans qui ont perdu des proches dans
la guerre contre la barbarie verte ne confondent pas « islamophobie » et « antiislamisme ». Et reconnaître qu’il existe un « fascisme », un totalitarisme islamiste foncièrement raciste (puisque violemment judéophobe et occidentalophobe) n’est aucunement vécu par eux comme un reniement de l’islam ou une
stigmatisation du monde islamique.
Ces intellectuels arabes et musulmans sont bien plus indignés par la propension des intellectuels occidentaux à légitimer ou exonérer le projet islamiste de
conquête du genre humain au nom d’un « droit à la différence » et d’un pluralisme dévoyé en communautarisme. Ce qui scandalise les musulmans « de
gauche », c’est la nouvelle trahison des clercs de la « gauche » européenne, qui
poussent la haine de soi jusqu’à trouver des vertus aux Fous d’Allah et refusent
jusqu’à présent – excepté quelques cas isolés d’intellectuels de gauche plus
réalistes qu’idéologues comme Alain Finkielkraut, Pierre-André Taguieff ou
Umberto Eco – de voir dans le totalitarisme vert l’équivalent de la peste brune
qu’ils combattent avec tant de vigilance lorsque les « fascistes » sont judéochrétiens.
Comme si les « fascistes verts » dénoncés par Rachid Boudjedra n’existaient
pas; comme si les racistes, les antisémites et les « urfachistes » (formule d’Umberto Eco désignant le fascisme des origines ou fascisme religieux) étaient tolérables dès lors qu’ils ne sont pas Occidentaux, seules incarnations possibles du
Mal. Force est de reconnaître que pour les « antifascistes » professionnels qui
ne perçoivent la réalité que lorsqu’elle est « idéologiquement conforme »
(conceptions révolutionnaires trotskystes, thèses violemment anti-américaines
et négationnistes d’un Thierry Meyssan), les morts palestiniens tombés sous les
balles des « fascistes israéliens » étant bien plus victimes que les centaines de
milliers de martyrs du génocide soudanais ou de la guerre civile algérienne,
sacrifiés sur l’autel de l’islamiquement correct.
D’où l’absence de mobilisation pour ces morts non « homologués » que
d’autres « islamologues » ou leaders politiques de la gauche « antimondialiste » (José Bové, Toni Negri, parmi d’autres) imputent d’ailleurs aux
« services secrets » (par exemple algériens), le crime étant censé profiter à ces
derniers. Faisant leurs certaines thèses géopolitiques qui mettent en lumière
les accointances américano-islamistes pendant la guerre froide, ces intellectuels de gauche et autres adeptes d’idéologies tiers-mondistes radicales et
violemment « anti-impérialistes » ont tenté depuis le 11 septembre de faire
accroire que la CIA en serait le véritable maître d’œuvre et le Mossad le
commanditaire, tant des attentats du Hamas que des actes antijuifs dans nos
banlieues ! Aussi ceux-là mêmes qui soumettent leurs opposants à la reductio
ad hitlerum pratiquent-ils une négation partielle ou totale du terrorisme islamiste et de la judéophobie verte ; méthode somme toute logique puisqu’elle
leur permet de rester en conformité avec une « vérité » des idéologues, une
pravda primant toujours sur l’istina factuelle comme le veut la doctrine
communiste et révolutionnaire.
Le président d’SOS-Racisme, Malek Boutih, refuse quant à lui toute complaisance lorsqu’il déclare dans l’Express du 9 mai 2002 : « Les islamistes ont des
méthodes de fascistes. [… ]. Moi, je ne veux pas d’organisations islamistes en
France, même si elles prennent le faux nez d’associations culturelles ou caritatives. Derrière le travail social, on propage la haine. » Quant à Rachid Kaci,
président de Democratia et ancien de France Plus, donc voix « autorisée en
matière « d’anti-racisme », il n’hésite pas à déclarer publiquement que rien ne
justifie la judéophobie beur, l’intolérance islamiste et la délinquance dans les
banlieues de l’islam. On peut à l’inverse s’interroger sur les raisons qui poussent des journalistes spécialistes de « l’antiracisme », habituellement vigilants
lorsque les « méchants » fascistes-antisémites sont des Européens d’extrêmedroite, mais particulièrement indulgents lorsqu’il s’agit des zélateurs de Mahomet, à faire l’apologie des Frères musulmans – organisation historiquement liée
à l’Axe, totalitaire et antijuive – et donc à exonérer de leurs responsabilités d’authentiques fascistes verts.
C’est ainsi que Xavier Ternisien présente le cheikh de Médine Aboubakr al-Djazaïri, auteur de La Voie du musulman, régulièrement convié à venir fanatiser
nos beurs, comme un représentant de la tendance « modérée du salafisme » dans
le Monde du 25 janvier 2002. Laissons le lecteur en juger : « Il est du devoir des
musulmans, [… ] de se doter de toutes sortes d’armements et de se perfectionner dans l’art militaire, [… ] défensif, mais aussi offensif, pour que le Verbe de
Dieu soit le plus haut [… ], de fabriquer tout genre d’armes, même au détriment
de la nourriture, de l’habillement et du logement dont on peut se passer. Alors
le jihad sera accompli dans les conditions les plus satisfaisantes »). Il est vrai
que depuis le 11 septembre, il suffit de condamner formellement les méthodes
de Ben Laden pour passer pour un « modéré »… Quant à Alain Gresh, journaliste au Monde Diplomatique, il n’hésite pas à cosigner avec Tariq Ramadan
L’islam en questions qui avalise explicitement le jihad terroriste en Palestine ;
il fustige dans un numéro spécial islam de Manière de Voir les « islamophobes »
persistant à qualifier les islamistes de totalitaires et dénonçant la judéophobie
islamo-arabe.
Genèse idéologique et psychologique
du « négationnisme en temps réel »
Les masses musulmanes privées de repères une fois considérées comme
un nouveau prolétariat, incomparablement supérieur en nombre aux Juifs,
donc « électoralement correct »…, la gauche et l’extrême-gauche, engluées
dans leurs idéologies tiers-mondistes et anti-sionistes, elles-mêmes fondées
sur une perception manichéenne de la victime arabo-musulmane et du bourreau « judéo-croisé » (l’ennemi commun de Ben Laden et des josé-bovistes
ou autres anti-américains), ne veulent pas admettre que le retour du totalitarisme, du racisme et de l’intolérance passe également et même surtout,
actuellement, par le Sud, qu’il est principalement le fait de l’islamisme,
même si l’exotisme « anti-impérialiste » de ce dernier lui confère des apparences « progressistes ».
On comprend mieux pourquoi ceux qui voient des nazis partout (et banalisent de la sorte le nazisme dont ils offensent gravement les six millions de
victimes) occultent soigneusement l’« urfascisme » et l’antijudaïsme bien réels
des islamistes, comme par exemple au Parti des Musulmans de France de Mohamed Ennacer Latrèche qui distribuait lors d’une manifestation propalestinienne, le 19 mai 2002, place de la République, aux côtés de militants d’extrêmegauche et du Hezbollah, des tracts antijuifs, criaient « mort aux Juifs » et
appelaient devant chez Tati au boycott général des produits « sionistes » (traduisez : juifs… ). On y attendit vainement les contre-manifestants « anti-fascistes »
qui s’étaient mobilisés contre Le Pen quelques jours plutôt par centaines de
milliers à l’appel de toute la gauche…
De la même manière, certains « spécialistes » de l’extrême-droite ont tenté
de minimiser les actes anti-juifs commis par des beurs considérés comme
« manipulés par le Front national ». Or, il y a bien des liens, établis, entre l’extrêmedroite et les islamistes : le dernier numéro de la revue des étudiants du
GUD, pro-palestiniens, vantent les mérites de l’axe islamo-nazi du grand mufti
de Jérusalem à nos jours; le tissu où se conjuguent nouvelle droite et nébuleuse
islamiste, notamment en Italie avec le leader « brun-vert », Claudio Mutti, alias
Omar Amine, membre du groupe islamiste al-Mourabitoun (qui a mis à prix la
tête d’Oriana Fallaci) édite les Protocoles des Sages de Sion; sans oublier le site
révisionniste et pro-nazi Radio islam d’Ahmed Rami lui-même des Suédois de
Race Aryenne Blanche. Mais il convient de rappeler, au-delà de ces réseaux
groupusculaires, que les plus grands exportateurs des Protocoles des Sages de
Sion sont l’Arabie Saoudite et la Syrie, que les imams salafistes prêchent dans
les banlieues la judéophobie islamiste la plus « orthodoxe », qu’une vague de
haine anti-juive gagne le monde arabo-musulman, même s’il en coûte beaucoup
à une certaine gauche « islamiquement correcte ».
De vouloir simultanément museler les résistants au totalitarisme islamiste,
voués à « l’islamophobie », les nouveaux censeurs, le plus souvent héritiers ou
nostalgiques du totalitarisme rouge, se comportent en allié objectif et parfois
même délibéré du fascisme vert. Conscients de la difficulté à légitimer une
posture néo-totalitaire, les nostalgiques de Trotsky, de Che Guevara ou de Mao,
tout comme les idéologues de « l’anti-mondialisation », dont l’un des hérauts,
Toni Negri, abondamment diffusé en France, demeure la référence en matière
de brigadisme rouge, semblent avoir désormais opté pour la « stratégie
oblique » des procès d’intention et des constructions révisionnistes. Rencontrant
fort peu de résistance sur leur chemin, tant la reductio ad hitlerum et la diabolisationculpabilisation de l’Autre sont redoutables, ils dictent depuis 1968 leur
conduite aux politiques et aux intellectuels, terrorisant intellectuellement la
droite comme la gauche.
Des juges prononcent-ils des mesures d’expulsion à l’encontre de dangereux
islamistes tel le terroriste algérien Mohamed Chalabi, proche du GIA, des associations comme le DAL (Droit au Logement) et l’avocate d’extrême-gauche
Maître Coutant-Peyre, proche de Roger alias Raja Garaudy, et qui a récemment
annoncé l’intention d’épouser son client et ami Carlos, parlent de « convois de
la mort ». Mais pareille indignation à l’endroit des « fascistes » de la « droite
sécuritaire » ou des « sionistes » n’a curieusement pas d’équivalent dès lors que
l’on brûle synagogues et écoles juives à Paris et à Marseille sur fond d’Intifada
surmédiatisée.
Étrange ruse de l’Histoire et formidable instrumentalisation-substitution des
rôles : les concepts de « fasciste », de « nazi », de « génocide », de « camps de
la mort » ne sont plus employés que pour stigmatiser non pas les ennemis des
Juifs, qu’ils soient « aryens » ou islamistes du Sud, mais les victimes historiques
de la Shoah et du nazisme à travers les citoyens de l’État d’Israël et donc la
presque totalité des Juifs solidaires de cet État. Voilà l’inversion criminelle qui
soumet Israël et les Juifs à la reductio ad hitlerum et qui blanchit les adeptes du
totalitarisme islamiste ; c’est en elle que réside l’un des ressorts principaux de
la « nouvelle judéophobie », des plus efficaces, véhiculée par l’extrême-gauche
et les anti-sionistes radicaux arabo-musulmans. Au passage : il est heureux
qu’ait été dissoute Unité radicale, néo-nazie ; à quand la dissolution des organisations islamistes ?