Outre-Terre
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I.S.B.N.2749201691
320 pages

p. 19 à 27
doi: en cours

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De Weimar à Weimar ?

no 3 2003/2

 
Champ de ruines
 
 
Le siècle passé a été selon le Front national celui d’un « abaissement continuel » et d’erreurs funestes : les traités de Versailles, de Sèvres et de Trianon à l’origine de la Seconde Guerre mondiale, voire des conflits balkaniques d’aujourd’hui [1]. Des « reculades » de la Troisième République à juin 1940, de Suez à Diên Biên Phu à la dépossession définitive du statut de grande puissance sous la Quatrième République, mais en passant sous silence le rôle de l’État français de 1940 à 1944.
On pouvait penser que la Cinquième République marquait un retour de la France sur la scène internationale, il n’en est rien. De Gaulle qui n’est pas nommé apparaît ici comme le liquidateur de l’Empire colonial (accords d’Évian).
Aurait plus généralement prévalu durant toute la Guerre froide une subordination de facto aux États-Unis, malgré le retrait de la structure militaire de l’OTAN en 1966 (d’ailleurs non mentionnée). Politique atlantiste qui est d’ailleurs le fait de tous les gouvernements de la Cinquième, y compris après 1981 (sommet de Versailles en 1982 et discours de Mitterrand au Bundestag de 1983). La participation française à « l’agression de l’OTAN contre la Serbie au Kosovo » marquant pour les responsables du Front l’ultime abandon d’une politique étrangère autonome.
« Alignement systématique » de Paris sur Washington qui s’accompagnerait cependant d’une étonnante ouverture à l’égard des régimes communistes jusqu’à leur écroulement en 1989-1991, le Front en voulant pour preuve d’abord le soutien à Gorbatchev puis l’attitude française, singulièrement complaisante, lors du putsch de Moscou en août 1991.
En réalité, nos gouvernements regretteraient Yalta : « cela les dispensait de penser la politique de la France, de préférer le risque de l’indépendance au confort de la soumission [2] ». Raison de fond : le temps des nations serait, selon nos gouvernants, dépassé ; n’ont-ils pas préféré l’Union soviétique et la Yougoslavie aux nations qui les composaient ? N’ont-ils pas continué de promouvoir la division de l’Allemagne au moment où celle-ci se réunifiait ? Et sous forme plus lapidaire : « la France n’a pas à avoir d’avenir puisqu’elle n’a plus de raison d’exister [3] ». Débâcle donc sur tous les terrains : la France a été supplantée à l’Est et dans les Balkans par l’Allemagne et les États-Unis : « Après que ces pays eurent recouvré leur indépendance, nous ne nous y sommes plus intéressés ; nous avons laissé l’Allemagne remplir le vide ainsi créé et reprendre son traditionnel Drang nach Osten (grâce à un mark fort) et soutenir les musulmans balkaniques [4] » ; Paris étant par ailleurs exclue des Accords de Dayton (décembre 1995), ce qui scellait son éviction. Et puis : à force d’exiger des pays d’Europe centrale et orientale – Pologne, Hongrie, République tchèque – une conformité à des critères économiques « draconiens » et au moins sembler faire obstacle à leur adhésion à l’Union européenne, nous les avons rapprochés de Berlin et de Washington. Sans parler de notre désintérêt pour la Russie où la France pouvait historiquement bénéficier d’une présence forte [5] !
Au Proche-Orient, la France a « renoncé à son rôle de protectrice des communautés chrétiennes », mais elle est dans un même temps restée passive durant le processus qui a conduit aux accords d’Oslo tout en s’alignant à l’occasion par la voix du premier ministre d’alors, Lionel Jospin, sur les « décisions les plus contestables » de l’État d’Israël, le gel d’Oslo et la poursuite des implantations de colonies en Cisjordanie. Elle a repris à son compte la notion américaine d’État-voyou alors que « d’autres dans la région mériteraient tout autant, sinon plus, le même qualificatif [6] » et se rend honteusement complice de la « barbarie anglo-saxonne » en Irak [7]. Au Maghreb, c’est-à-dire en Algérie qui seule intéresse le Front, sont dénoncés le soutien de tous les gouvernements français à la « dictature post-FLN ainsi qu’une politique trop généreuse de visas en faveur des « ex-égorgeurs fellaghas en fuite devant les nouveaux égorgeurs islamistes ».
« Décolonisation bâclée » en Afrique subsaharienne où les gouvernements successifs de la Cinquième ont systématiquement effectué les « mauvais choix », avec une déconcertante constance, apportant ainsi leur soutien à des « dictatures tribalo-socialistes [8] ». N’a-t-on pas longtemps préféré et ne préfère-t-on pas encore Abdou Diouf à Wade au Sénégal, Sassou-Nguesso à Lissouba au Congo-Brazza, sans oublier l’Éthiopien Mengistu de naguère ou plus récemment le gouvernement islamiste de Khartoum auquel on a livré des photossatellites alors qu’on savait pertinemment qu’il menait une guerre sans merci aux chrétiens du sud du pays. « L’obsession antiraciste » des gouvernements français les conduisant aussi à soutenir Nelson Mandela en Afrique du sud, donc l’homme qui a contribué « à ruiner le pays en provoquant l’exode des Blancs ».
De même pour l’Amérique centrale et latine où la France qui brille d’ordinaire par son absence a soutenu des régimes marxistes – Cuba – ou « cryptomarxistes » – le Nicaragua – dont l’idéologie ne manquait et ne manque pas d’influencer les milieux indépendantistes aux Antilles françaises, des régimes qui lui contestaient donc sa souveraineté sur des parties de son territoire, en l’occurrence ses départements d’outre-mer.
Ou encore dans le Pacifique puisqu’arrivera tôt ou tard en Nouvelle-Calé-donie ce qui s’est produit aux Nouvelles-Hébrides, l’actuel Vanuatu, « où les pasteurs protestants locaux d’origine anglo-saxonne s’activent à effacer tout ce qui, de près ou de loin, est français [9] ». Une situation due au manque de fermeté de Paris vis-à-vis de Canberra et de Wellington.
Enfin pour l’Extrême-Orient dont l’importance économique et géostratégique n’est plus à démontrer, la France, extraordinairement discrète, se manifesterait uniquement afin de promouvoir une « francophonie au rabais » à Hanoi [10] et soutenir en dernière instance le « dictateur » chinois Li Peng, reçu en son château par Jacques Chirac et l’une des dernières dictatures marxistes de la planète, Paris n’en finissant plus, comme l’atteste l’affaire des « frégates de Taiwan », de courtiser des régimes que l’on croyait discrédités par l’histoire au mépris de ses véritables amis [11].
C’est que la France, en réalité, n’existerait déjà plus. Débat largement dépassé aujourd’hui que celui qui oppose les partisans d’une confédération européenne à ceux d’une fédération. L’intégration « à marche forcée » initiée après la guerre a privé notre nation de presque tous les attributs de sa souveraineté au sein du super-État eurocratique des traités de Maastricht et d’Amsterdam [12].
Trois explications globales, pour le Front, à cette déchéance :
  1. Le rapport de force à l’intérieur : « la politique du dehors avec les raisons du dedans [13] ». C’est parce qu’il y avait des ministres communistes au gouvernement qu’on a refusé de condamner l’état de siège en Pologne. Et ce sont les « obsessions » antiracistes « de Jacques Chirac qui ont amené Paris à s’associer aux frappes contre le soi-disant nouvel Hitler, Slobodan Milosevic ».
  2. La France officielle, consciente de la dissolution du pays dans le super-État européen, a « cessé de croire (qu’elle avait) un message à délivrer au monde ».
  3. Ses dirigeants ont en fait « honte de la France » et veulent la« modeler sur la ploutocratie marchande anglo-saxonne » ; elle y perdra, en même temps que sa souveraineté, son identité pour « se fondre dans une communauté internationale aux intérêts inavouables, aux indignations sélectives, aux idéaux occultes [14] ». On imagine sans peine que sont visés ici, outre les États-Unis, les milieux d’affaires internationaux (cosmopolites ?) et peut-être la franc-maçonnerie.
 
Sur quels principes reconstruire la France dans le monde ?
 
 
La France, « plus vieille nation du monde après la Chine », doit retrouver sa capacité de dialogue sur la scène historique des nations. Elle préférera logiquement et sans succomber à un quelconque isolationnisme, des accords bilatéraux, entre États souverains, aux « accords multilatéraux généraux » qu’elle sera d’ailleurs amenée à renégocier. Tout cela dans un cadre hiérarchisé :
  • d’abord quant à la civilisation. Il s’agit ici des pays d’Europe centrale et orientale avec lesquels la France partage les acquis essentiels de l’Occident, hors bien entendu Maastricht et Amsterdam ;
  • ensuite au plan de la langue. Ce sont les pays francophones « de souche française », Québec, Wallonie, Val d’Aoste, mais aussi africains, « en s’écartant cependant des voies ubuesques empruntées jusqu’à présent » : si la France doit les aider, c’est dans une perspective du « retour des populations immigrées sur leur sol d’origine [15] »;
  • enfin en matière spirituelle. On trouve ici les chrétiens du Liban et sous un angle différent, les nations comme celles d’ex-Indochine française, de Chine et de Corée du nord.
 
Des principes aux propositions
 
 
Le programme du Front national, qui comporte dix-sept propositions, s’articule autour de cinq grands thèmes.
L’anti-communisme toujours
Alors que l’opinion publique a rangé la Guerre froide et le communisme au magasin d’antiquités, le Front refuse d’oublier trop vite que plus d’un milliard et demi d’hommes vivent sous ce dernier régime en Asie orientale et à Cuba. Sans compter que manque toujours un bilan de « l’idéologie la plus sanglante de l’histoire de l’humanité [16] ». Il conviendrait en effet, explique le Front, d’envisager un « procès de Nuremberg » où seront jugés instigateurs et complices (proposition n° 4). Ceci d’autant que tous les dirigeants français sont à associer aux « conséquences dramatiques » de cette idéologie.
L’anti-américanisme naturellement
Il n’aura rien de primaire, car la France fait partie du même monde que l’actuelle hyperpuissance, soit l’Occident, que les États-Unis auxquels elle préservera donc sa loyauté amicale. Néanmoins, Paris ne passera plus, au plan économique, par Bruxelles, mais fera valoir directement ses intérêts dans le cadre de l’OMC et sera même à l’origine d’« initiatives diplomatiques » visant à « réguler les échanges mondiaux » (proposition n° 2). Elle combattra la « sous-culture américaine », même s’il faut dans ce domaine blâmer l’« affaiblissement de nos valeurs » et la « trahison de nos dirigeants ». Et puis il est temps de sortir de l’OTAN – qui n’a plus de raison d’être depuis la disparition de l’URSS et du bloc de l’Est – tout comme de l’Union de l’Europe occidentale, « parlement » à sa botte (proposition n° 6) ; des structures qui n’ont aujourd’hui d’autre objectif que de servir les intérêts des États-Unis et de contribuer à ce que s’instaure un « nouvel ordre mondial » favorable pour l’essentiel à Washington et contre lequel la France utilisera notamment son droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU (proposition n° 1).
La France et les Arabes
En premier lieu, le Maghreb, soit l’Algérie à l’égard de laquelle un changement radical s’impose. Il s’agira de renégocier globalement les relations francoalgériennes et les accords, déséquilibrés au profit d’Alger, par exemple le contrat gazier. Mais c’est surtout le statut et le droit des personnes qui font problème au Front : il faut en effet éliminer la double nationalité – entre un et deux millions de personnes concernées, que l’accès des Algériens en France soit limité proportionnellement à la libre circulation des harkis en Algérie – impossible depuis 1962, mais considérer l’affrontement entre le pouvoir, là-bas, et les islamistes comme une « affaire intérieure algérienne », avec interdiction réciproque de toute ingérence [17] » (proposition n° 16).
Mais la France doit également prendre en compte – « solidarité spirituelle » oblige – le sort des communautés chrétiennes d’Orient dont elle assurait historiquement la protection (proposition particulière n° 14) et elle plaidera pour l’évacuation du Liban par « toutes les troupes et milices étrangères ».
Paris devra aussi jouer un rôle de médiateur – « dialogue direct entre les parties (Israël-Palestine) » – et demander « l’arrêt immédiat et total de l’implantation de colonies juives », « l’évacuation de tous les territoires occupés », la reconnaissance mutuelle des frontières, ainsi que la création d’un État palestinien. Mieux : elle se fera le promoteur de zones démilitarisées sous contrôle international ainsi que d’un statut international pour les lieux saints (proposition n° 13).
De même encore dans l’affaire irakienne où la France s’emploiera à ce que soit mis un terme immédiat et « sans contrepartie » à l’embargo tout en proposant un « plan de remise en état de ce pays », et pourra utiliser son droit de veto au Conseil de Sécurité de l’ONU pour s’opposer à la « barbarie » anglo-saxonne dont l’Irak est victime depuis dix ans (proposition n° 15).
Francité, francophonie, latinité
Trop longtemps, Paris a négligé les « communautés d’origine française » qui vivent à l’extérieur des frontières nationales. Ensemble, avec la France, Wallonie, Suisse romande, Val d’Aoste, mais aussi Québec, Acadie et Louisiane constituent la francité. Nous renforcerons donc nos liens avec ces territoires et appuierons « les efforts de ces derniers pour sortir de la zone anglo-saxonne » (proposition n° 8). Et on ne craindra pas à cet égard de s’ingérer dans les affaires du Canada comme des États-Unis ! Légitime reconquête puisque c’est le monde francophone qui subit aujourd’hui l’ingérence anglo-saxonne de par l’alignement et au plan culturel.
Après la francité, la francophonie, soit les pays étrangers ayant adopté, pour la plupart sur le continent africain, la langue française à l’époque de la colonisation. Idée générale : négocier avec chacun de ces pays africains des accords bilatéraux et subordonner l’aide au développement – dont la répartition serait contrôlée sur place – à une « participation à la lutte contre l’immigration clandestine » et à une implication dans le « rapatriement de leurs ressortissants installés en France, en commençant par les plus récemment arrivés et par ceux qui ne justifient pas d’un emploi stable [18] ». Méfiance, cependant, quant à l’« honnêteté » et la « fiabilité » des dirigeants africains qui ne devront pas, qui plus est, adopter une attitude hostile envers la France ou les ressortissants français, tant chez eux que dans les instances internationales (proposition n° 17).
Il serait enfin judicieux de promouvoir la France et une politique « d’ouverture économique, scientifique et culturelle » dans les pays latins : Europe comme Amérique du sud où l’attrait pour elle reste puissant. On se mettra alors en position de proposer à ces pays avec lesquels nous partageons la latinité une « alternative crédible » au « mirage nord-américain » tout comme au leurre cubain [19] (proposition n° 9).
La zone Asie-Pacifique
La France doit maintenir et affirmer sa présence dans le Pacifique où sa présence – Nouvelle-Calédonie, Wallis et Futuna, Polynésie française – n’est pas négociable face aux pressions anglo-saxonnes, en l’occurrence néo-zélan-daises et surtout australiennes (proposition n° 10).
Et quant à l’Asie à proprement parler, c’est d’une véritable reconquête qu’il s’agit afin que les Français retrouvent la place qui était la leur au cours de « quatre siècles de présence ». Un rapprochement avec les pays de l’Association des nations du Sud-Est asiatique (ASEAN ) s’impose, et ce notamment pour résister à nos principaux concurrents qui nous précèdent sur ces marchés émergents. La politique française aura comme objectif de contribuer à la restauration de « l’indépendance des pays de l’ancienne Indochine, victimes du communisme », de soutenir Séoul dans ses efforts de réunification de la péninsule coréenne, tout en donnant priorité à nos relations avec la « Chine libre » (Taiwan), sans aller – réalisme – jusqu’à la rupture avec la Chine populaire (proposition n° 11).
 
La question d’Europe
 
 
C’est selon le Front le grand tabou géopolitique en France dans la mesure où les gouvernements qui se sont succédé depuis les années 1950 n’ont jamais évoqué publiquement l’« entité supranationale postulant la fin de la France en tant que communauté humaine s’assumant elle-même » dont il s’agissait, et où le pays serait réduit à un « échelon administratif », un « territoire de résidence » voire un « État-croupion, comme l’Alabama ou le Dakota », avec la disparition de « nos libertés, (de) notre relative prospérité, (de) nos habitudes culturelles [20] ». L’Europe du Front national n’est plus généralement que le « supplétif du mondialisme » lui-même placé au service des Américains. La France, tout comme d’ailleurs ses partenaires, deviendra un simple satellite des États-Unis si elle continue de s’y associer, tout ce qui passe par Bruxelles passant en réalité par New York [21]. Une Europe jugée « définitivement irréformable [22] » et ses institutions « irresponsables, bureaucratiques et corrompues ». Il faudra en sortir au plus vite.
Mesure simple à prendre : dénoncer les traités de Rome, l’Acte unique, Schengen, Maastricht et Amsterdam, c’est-à-dire tout ce qui rattache Paris à Bruxelles [23]. Sans difficultés juridiques insurmontables, car même si le traité de Maastricht a été adopté en France (d’une courte tête) par référendum, le texte appliqué aujourd’hui diffère de l’original puisque « le Danemark a (entretemps) obtenu un régime particulier sur lequel les Français n’ont pas été appelés à se prononcer [24] ». Et puis l’article 55 de la Constitution française ne confère aux traités internationaux une autorité supérieure à celle des lois françaises que dans la mesure où ils sont appliqués par les partenaires de la France; or, ce n’est pas le cas du moment que nos partenaires les transgressent sur de nombreux points.
Le Front national rappelant à ceux qui redouteraient un isolement du pays tous les points forts de la France : quatrième puissance économique mondiale, armée encore puissante et possession du nucléaire, situation géographique privilégiée en Europe et troisième domaine maritime au monde grâce à l’outre-mer, siège permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU et sphère d’influence encore considérable à travers la francophonie. La Norvège n’a-t-elle pas dit non, sans avoir à en pâtir, à l’Europe de Bruxelles ? Alors la France ! Le Front prend le pari que les États restés dans l’UE ne la sanctionneront pas et qu’elle redeviendra au contraire du même coup un modèle universel.
Certes, les électeurs du Front national se rallieront sans peine à ce programme, mais il serait intéressant qu’il fasse l’objet d’un débat plus approfondi quant aux sujets qu’il aborde.
Difficile de ne pas suivre le parti de Jean-Marie Le Pen quand il réclame davantage de présence en Europe centrale et orientale, en Russie, en Asie, en Amérique latine ou dans le Pacifique. Nombre de critiques portant sur l’Europe de Bruxelles touchent juste et la question de savoir si la France avait un intérêt à sortir de l’UE n’a jamais été sérieusement discutée malgré la présence de souverainistes dans tous les partis politiques français, y compris à gauche. Alors que les arguments développés par le Front national méritent qu’on s’y attarde, à moins d’absolument vouloir lui abandonner le terrain du raisonnement en la matière et d’attendre que son électorat, convaincu, ne grossisse encore.
Certains points du programme sont d’ailleurs faciles à discuter, parce qu’irréalistes ou du moins très difficiles à mettre en œuvre. On imagine la situation intérieure, en France, avec des centaines de milliers de personnes mises en demeure d’opter pour la nationalité française ou algérienne, ce qui ferait remonter la tension entre les deux pays au niveau d’avant 1962. Et puis pourquoi les pays francophones accepteraient-ils de la France une politique se présentant comme moins favorable que maintenant, d’autant que les puissances alors concurrentes – pays restés dans l’UE et États-Unis – ne manqueraient pas de se manifester. On voit mal, d’une manière générale, comment la France pourrait se placer à la tête des pays francophones appartenant majoritairement au tiersmonde tout en développant une politique que ces derniers pourraient trouver hostile. La France a-t-elle enfin les moyens de contrecarrer la puissance américaine et de proposer au monde une « alternative crédible » à la « ploutocratie anglo-saxonne » ? Qui la suivrait à l’exception de l’Irak et de quelques autres États marginalisés ?
Programme de « droite nationale », diraient les gens du Front, que ces thèses marquées par la nostalgie de l’Empire colonial et tout autant par le traumatisme de sa perte, d’une époque, donc, où la France était une grande puissance. La politique que promeut le Front national n’a d’autre objectif global que de renouer avec cette grandeur passée. Tout le problème est de savoir si la France y a intérêt.
 
NOTES
 
[1] Cf. Le Front national, Un programme pour gouverner, hhttp :www. frontnational. com/ programme/ souverainete/ poletrangere. htmet Pour un avenir français, Paris, 2002.
[2] Ibid., p. 1.
[3] Ibid., p. 1-2.
[4] Ibid., p. 2.
[5] Et de l’Arménie puisque nous avons longtemps renâclé à reconnaître le génocide de 1915 pour ne pas heurter Ankara.
[6] Ibid., p. 4.
[7] Ibid., p. 12 : « Dix ans après la “guerre” du Golfe, le comportement barbare du monde anglo-saxon dans cette région n’a plus à être prouvé ».
[8] Ibid., p. 4.
[9] Ibid., p. 5.
[10] Ibid.
[11] Ibid., p. 5. Et p. 6 : les Français oubliant le fondement de toute politique étrangère, « choisir ses amis comme ses ennemis ».
[12] Ibid., p. 3.
[13] De Tocqueville, ibid., p. 6.
[14] Ibid., p. 6-7.
[15] Ibid., p. 8.
[16] Ibid., p. 9.
[17] Le parti de Le Pen considère-t-il que les relations du Maroc et de la Tunisie avec la France sont suffisamment bonnes pour ne pas même les mentionner ? On compte environ 400000 Marocains et 180000 Tunisiens pour 900000 Algériens en France, auquels viennent s’ajouter quelque 3 millions de Français d’origine algérienne.
[18] Ibid., p. 12-13.
[19] Ibid., p. 10.
[20] Ibid., p. 1-2.
[21] Ibid., p. 3.
[22] Ibid., p. 11.
[23] Ibid., p. 12.
[24] Ibid.
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Cf. Le Front national, Un programme pour gouverner, hhttp ...
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Ibid., p. 1. Suite de la note...
[3]
Ibid., p. 1-2. Suite de la note...
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Ibid., p. 2. Suite de la note...
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Et de l’Arménie puisque nous avons longtemps renâclé à reco...
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Ibid., p. 4. Suite de la note...
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Ibid., p. 12 : « Dix ans après la “guerre” du Golfe, le com...
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Ibid., p. 4. Suite de la note...
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Ibid., p. 5. Suite de la note...
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Ibid., p. 5. Et p. 6 : les Français oubliant le fondement d...
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Ibid., p. 3. Suite de la note...
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De Tocqueville, ibid., p. 6. Suite de la note...
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Ibid., p. 6-7. Suite de la note...
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Ibid., p. 8. Suite de la note...
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Ibid., p. 9. Suite de la note...
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Le parti de Le Pen considère-t-il que les relations du Maro...
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Ibid., p. 12-13. Suite de la note...
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Ibid., p. 10. Suite de la note...
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Ibid., p. 3. Suite de la note...
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Ibid., p. 12. Suite de la note...
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