2003
Outre - Terre
La France vue d'ailleurs
Sœurs latines ?
Piero Caracciolo
Ulm.
Le caricaturiste Vauro qui illustre tous les jours le
Manifesto (de gauche) en
première page représentait le 23 avril dernier un couple fuyant manifestement
l’Italie de Berlusconi en direction de la France ; et une fois à la frontière,
l’épouse d’interroger son mari : « Où avais-tu dit qu’il valait mieux chercher
refuge ? » ; réponse de celui-ci mal à l’aise : « Laisse tomber ! ». Un trait d’humour qui s’inscrit dans une masse de commentaires du premier tour des présidentielles françaises ce jour et les jours suivants. En effet : « ces élections ne
nous sont pas étrangères; nous les ressentons à juste titre, désormais, comme un
fait intérieur
[1] ». Correct. Mais dans un même temps, le premier tour a révélé aux
Italiens une France surprenante et inquiétante. D’où par exemple la question sur
les « trotskystes » ? Ceci malgré les similitudes évidentes entre ce suffrage et
celui du 13 mai 2001 en Italie. Victoire dans les deux cas de la coalition de
droite sur une gauche qui avait tenté de concilier ses objectifs traditionnels avec
la « modernisation » du pays, contribué à la fondation de la monnaie européenne, acceptant de céder une partie de la souveraineté nationale, surtout en
matière de trésorerie publique, participé aux opérations militaires de l’OTAN au
Kosovo et renoncé par là au pacifisme comme à l’anti-américanisme chers à
cette tendance en France et en Italie.
Dans les deux cas, la mobilisation de la droite sur l’insécurité, l’immigration
et une certaine flexibilité en matière d’économie lui ont permis de l’emporter
sur le bilan du gouvernement. En France comme en Italie, la dispersion des
suffrages a joué un rôle non négligeable dans la défaite de la gauche. Ces élections ont été marquées en Italie comme en France par les succès du « populisme » et du refus de la politique
[2]. Distinguons pour aller vite trois types de
réaction.
Un mois avant le premier tour, les relations franco-italiennes avaient subi un
rude coup avec l’agression du sous-secrétaire Vittorio Sgarbi au Salon du livre
du mois de mars par un commando de Français et d’Italiens au nom de la démocratie et contre le gouvernement Berlusconi, l’ex-ministre de la Culture, Catherine Tasca, ayant pour sa part déclaré qu’elle ne serrerait pas la main du Président du Conseil italien. Des incidents graves, donc, et une polémique sur la
nature démocratique d’un des piliers de l’Europe. Phénomène intéressant, c’est
à gauche qu’une joie maligne, la Schadenfreude des Allemands, va se manifester clairement. Ce qui s’explique quand on connaît les complexes d’infériorité
de la gauche italienne face à la France dont la tradition citoyenne est retenue à
tort ou à raison comme plus solidement ancrée qu’en Italie. La gauche italienne
a encore tendance à considérer que les acquis de la social-démocratie française
(mais cela vaut aussi bien pour l’Allemagne, la Grande-Bretagne et plus généralement l’Europe du nord dans son ensemble) ont été réalisés avant les siens
propres et plus complètement que dans la Péninsule, irrémédiablement affligée
et retardée par les clans, les clientèles et les mafias. D’où les réactions de cette
gauche.
C’est par exemple le journaliste Sandro Viola, indigné, qui récuse dès avant
le premier tour le catastrophisme paternaliste des intellectuels français :
certaines critiques de Berlusconi nuisent en définitive au centre-gauche italien ;
à force de tout confondre, on finit par lasser et déclenche même dans certains
cas le rejet ; et les tares du gouvernement s’en trouvent pour finir comme
voilées. Le clou, un dossier du
Monde de fin mars et intitulé « L’Italie qui refuse
Berlusconi » qui surpasse toutes les incohérences et bat tous les comiques ; il
s’agit en substance de rencontres d’écrivains avec le jounaliste René de
Ceccatty et déjà les sous-titres prêtent à rire : on se croirait non pas à Rome
quelques jours plus tôt mais à Lisbonne sous Salazar au début des années 1960
ou bien dans la capitale soviétique de Brejnev au milieu des années 1970, puisqu’y sont revendiqués tant le droit à s’indigner que le devoir d’expression, la
volonté de survivre pour la démocratie et dénoncé le pire des régimes, un
cauchemar, un univers de souffrances et de silence où talents abîmés et
consciences piétinées trouveraient le suprême courage de clamer leur refus de
tout compromis, leur intransigeance et leurs intactes certitudes
[3].
Les 22 et 23 avril, c’est le déchaînement.
La Stampa évoque par exemple la
chanson de Paolo Conte sur « Bartali » rappelant la victoire du célèbre cycliste
dans le Tour de France et la fierté qu’en ressentirent les Italiens, mais interprète
aussi, dans un même article, le désastre de la « gauche plurielle » comme une
libération : plus de leçons d’anti-berlusconisme, désormais
[4]. Et pour terminer,
les plus anciens font l’historique de l’arrogance française ; ils vont jusqu’à
convoquer les leçons d’antifascisme et de bonne conduite politique administrées
de Paris dans les années 60 par un Jean Daniel (« oui, celui du
Nouvel Observateur ! ») qui ne savait même pas écrire le nom de son ami et dirigeant du PCI
Giancarlo Pajetta (avec un seul p)
[5]. Alors que c’est la gauche française qui avait
nourri Le Pen en son sein (les complicités mitterrandiennes avec Vichy !).
Au fond, l’opinion qui prévaut ici, c’est que quant aux leçons, plus généralement, la France est maintenant très mal placée pour en donner.
Pour la droite italienne qui n’a pas de complexes, elle, les choses sont à
première vue plus simples. Le balancier se déplacerait vers le centre-droit et
voilà toute l’interprétation de Berlusconi. Même si lui non plus ne dissimule
pas, après les déclarations de Catherine Tasca et les incidents du Salon du livre,
un certain sentiment de revanche : quand on a chez soi l’extrémisme d’un Le
Pen, il faut d’abord balayer devant sa propre porte
[6].
Situation un peu moins facile pour Alleanza nazionale, le parti qui a hérité
du Movimento sociale italiano néo-fasciste de 1946, Le Pen ayant rappelé le
partenariat de son leader Gianfranco Fini avec lui-même et le FN tout en affirmant qu’AN serait « un parti néo-fasciste et qui a beaucoup plus de liens avec le
fascisme que je n’en ai jamais eu
[7] ». Ce qui contraint les dirigeants d’AN à
marquer leur différence et à prendre leurs distances tout en exprimant leur satisfaction quant à la défaite de Jospin. Comme Maurizio Gasparri qui déclare dès
le 22 avril qu’il aurait voté Chirac la veille et non Le Pen, un Le Pen qui réussit toujours à surfer sur les événements mais n’a pas de réponse réelle à apporter aux problèmes mobilisés par lui de l’insécurité et de l’immigration
[8]. Et Fini
de se faire encore plus clair : il faut une réponse de droite opposée à celle du
lepénisme ; plus d’Europe des nations et pas de chauvinisme, plus de rigueur et
d’assimilation dans nos relations avec les étrangers et pas de xénophobie, plus
d’économie sociale de marché et de solidarité et pas de tout-État ou
d’égoïsme populiste, plus d’ordre et pas d’autoritarisme, de solides valeurs et
pas de mythes nostalgiques, le président d’AN insistant sur la proximité de son
parti au RPR
[9]. Ce qui n’empêche évidemment pas non plus ici une satisfaction
quant à la défaite de la gauche française qui a mérité cet échec par sa présomption à l’égard du peuple italien, « qui nous a donné des leçons sans se rendre
compte de ce qui se passait chez elle », ceci valant en particulier pour Catherine
Tasca à l’« arrogance sans pareille
[10] ». Positions naturellement confortées par
celles, contraires et favorables au FN des deux formations restées ouvertement à
l’extrême-droite, le Fronte Sociale Nazionale et le Movimento Sociale Fiamma
Tricolore.
Pour ce qui est de la Ligue Nord d’Umberto Bossi, elle présente les succès
de Le Pen comme une confirmation de ses thèses. Comme le scande le coordinateur de ses secrétariats nationaux, Roberto Caldaroli, la France a envoyé deux
messages : non au super-État européen et refus de la société multiculturelle
fondée sur l’immigration sauvage
[11]. Sans que ses dirigeants, à l’exception du
leader de Turin, Borghezio, acceptent la moindre analogie entre les deux
mouvements : Le Pen, en sa qualité de nationaliste français, ne peut être notre
allié immédiat, écrit un lecteur de
La Padania, le quotidien de la Ligue Nord
[12].
Le même journal rappelant le jugement récent de Berlusconi sur le mouvement :
« les déclarations et attitudes de la Ligue, surtout durant les mois qui précèdent,
ont convaincu nombre d’observateurs qu’elle ne pouvait être qualifiée de
mouvement raciste et xénophobe
[13] ».
Plus imprudents les mots du commentateur de
La Padania, Raimondo Gatto
expliquant que le nationalisme de Le Pen constituerait un danger moins grand
que celui de l’immigration : « Il faut regarder la réalité en face ; où se situe
aujourd’hui le véritable péril ? Pour ce qui est des phalanges lepénistes, elles
sont le produit des cerveaux altérés des ploutocrates de Bruxelles ; les hordes
islamiques, par contre, sont dans la rue
[14] ». Mais le sociologue Giancarlo Rovati
marque l’écart avec le FN en termes de science politique : la pénible quête d’un
équivalent italien du lepénisme, au moment où se déchaîne le « cyclone Le
Pen » est dénuée de sens car le phénomène reste typiquement français en raison
d’une forte idéologisation de l’immigration, d’une opposition entre métropoles
– le réservoir du FN – et non métropole alors que l’Italie se caractérise géographiquement, économiquement et géopolitiquement comme un tissu plus équilibré de cent villes qui ne phagocytent pas le reste du pays, d’un sentiment nationaliste de grandeur française qui considère dans les progrès de l’anglais, par
exemple, une offense à l’identité française
[15].
De fait, FN et ligue, comme le démontre son meilleur connaisseur actuel, Ilvo
Diamanti, pour avoir recueilli au milieu des années 1990 des succès inattendus
sur des positions extérieures à l’échiquier politique, n’en viennent pas moins de
traditions et d’idéologies diverses : le FN est nationaliste et partisan de l’État
fort, alors que la ligue plaide pour l’autonomie et contre le tout-État ; et puis le
premier se fait le héraut de couches sociales en déclin, ouvriers, chômeurs,
petits commerçants menacés par les bouleversements économiques et sociaux,
la seconde celui des couches qui montent et des régions en plein développement, des revendications du nord, des forces sociales autonomes, des petits
entrepreneurs.
Et pourtant : FN comme ligue se conjoignent dans un combat anti-système,
la personnalisation marquée de la politique, l’importance donnée à la communication, au discours provoquant sur les médias. D’autant que la ligue a
embrassé elle aussi la lutte en faveur des ouvriers urbains, des travailleurs indépendants menacés par l’Europe et la mondialisation ; elle critique l’Europe des
banques et des bureaucraties ; elle a placé au centre de son combat l’immigration et l’insécurité. Par contre, la ligue fait partie d’une coalition gouvernementale où elle assume des responsabilités délicates et impopulaires. Et ses positions extrêmes en font un élément-clef de l’alliance puisque Berlusconi en tire
parti pour s’afficher comme médiateur. Du passé sécessionniste, elle n’a
conservé que le discours, mobilisé de façon à apparaître comme l’opposition « à
l’intérieur » du gouvernement et n’est plus un parti anti-système, alors que le FN
a précisément grandi et explosé contre le système
[16].
Conclusion de gauche au vu de l’état politique de la droite en France et en
Italie, par contre : il y a dans le premier cas deux droites profondément différentes, ennemies et irréconciliables, celle libérale et républicaine de Chirac et
celle de Le Pen, anti-système, anti-démocratique ; dans le second, par contre,
Berlusconi aurait gravi les marches du pouvoir en réussissant l’alliance de
toutes les composantes de la droite, des post-démocrates-chrétiens au héritiers
de la république fasciste de Salo, repentis ou non et aux lepénistes déguisés en
ligueurs du nord
[17].
Certains dirigeants mobilisent par contre les présidentielles françaises à usage
immédiatement stratégique. C’est par exemple le cas de Francesco Rutelli,
leader fortement remis en question de l’Olivier, la coalition de centre-gauche,
qui tire des élections françaises une leçon d’unité
[18]. Il faut inclure dans le
regroupement les communistes orthodoxes de Rifondazione. Parallèlement,
insiste le dirigeant, la coalition doit cependant s’investir dans la lutte contre la
criminalité et proposer des mesures extrêmement sévères contre l’immigration
clandestine
[19].
Au contraire, le secrétaire de Rifondazione comunista, Fausto Bertinotti qui
a provoqué en 1998 la chute du gouvernement Prodi et qui a en partie favorisé
la victoire de Berlusconi en 2001 avec une liste indépendante aux législatives,
tire en particulier du premier tour des présidentielles françaises un enseignement
radicalement différent puisqu’il l’interprète comme la clôture historique du
chapitre du centre-gauche en Europe et dans le monde. Pour lui, la gauche
plurielle a gouverné dans l’unité ; ce qui n’a pas fonctionné, c’est le rapport en
crise à la société avec une partie importante de celle-ci – banlieues, chômeurs,
jeunes marginalisés – qui ne se sentaient plus représentés par le gouvernement
et son programme. En France comme en Italie et plus généralement en Europe,
c’est donc la
refondation qui serait à l’ordre du jour
[20].
En sens inverse Armando Cossutta, leader du Partito dei comunisti italiani,
toujours ancré dans l’idéal communiste mais allié du centre-gauche, rétorque à
Bertinotti que l’avantgardisme ne permettra pas aux gauches européennes d’accéder au pouvoir dans leurs pays respectifs et d’orienter la construction européenne
[21].
Et puis de la droite à la gauche, dans le
Foglio, une invitation pressante à
faire un choix : Jean-Marie Le Pen n’en a plus pour longtemps avant de retourner brouter le pré de la haine ethnique ; la gauche italienne a la chance d’être
confrontée à un
populisme démocratique, celui qu’incarne Silvio Berlusconi et
qui a permis, malgré tout ses défauts, de réformer le système dans un sens bipolaire et d’éviter les dérives à la française; le choix, simple, consiste à opter pour
le réformisme moderne, comme le Labour britannique, avec des moyens démocratiques et libéraux ou comme partout ailleurs en Europe pour la révolution
morale et idéologique
[22].
Mais il y a aussi au parti des Démocrates de gauche (ex-communistes majoritaires), colonne vertébrale de l’ancienne coalition, une sorte d’autocritique.
Par exemple Piero Fassino, secrétaire national, reconnaît dans l’abstentionisme
et dans la protestation, qu’elle soit de nature lepéniste ou trotskyste, un symptôme d’aliénation, une partie des citoyens ne se reconnaissant plus, à tort ou à
raison, dans les partis historiques de la gauche française ou italienne. Mieux : la
gauche a donné l’impression d’avoir gouverné non « par choix » mais « par
devoir
[23] ». Et de confirmer Franco Debenedetti, sénateur démocrate de gauche-Olivier : c’est la gauche du « oui, mais » qui a perdu, celle qui promettait des
réformes mais ne les fait pas, comme en Allemagne, ou en fait quelques unes,
dans la contradiction, sans décider d’une orientation claire, comme Jospin
[24].
Quant à Massimo d’Alema, ex-secrétaire du parti et ex-président du Conseil, à
la tête de la fondation Italianieuropei ( 1998), il déplace l’analyse vers la nécessité d’une classe politique européenne avec sa culture, ses passions et un projet.
En réalité, si la gauche italienne a perdu en 2001, elle le doit à ses propres
erreurs et l’instrument français de comparaison, pour utile qu’il soit, ne doit pas
gommer ce fait. Les deux situations, italienne et française, ne sont d’ailleurs pas
complètement analogues. L’immigration en Italie, par exemple, demeure un
phénomène historiquement récent qui remonte aux année 1960, des Maghrébins
affluent dans l’agriculture saisonnière du sud alors qu’ils trouvent à s’employer
au nord, tout comme les Égyptiens, les Polonais, les Latino-américains et les
Philippins, en tant que cuisiniers et serveurs dans les restaurants, en tant que
domestiques, ou encore en tant qu’ouvriers. Un flux plutôt bien régulé. Les
Italiens ont par contre mal réagi aux grands mouvements de population inaugurés dans les années 1980. Pour diverses raisons valant en particulier pour les
Albanais : des chiffres jamais vus, le rôle d’immigrés dans la prostitution et la
criminalité, les épisodes de violence interne aux groupes d’immigration ont
alimenté le discours xénophobe par exemple de la Ligue sans que le problème
de ghettos se pose encore
[25]. Or, la gauche, chez nous, s’est contentée – tout
comme en France – de réagir à ce phénomène nouveau par un discours moral –
anti-racisme – et n’a pas su l’interpréter, s’aliénant du même coup une partie
importante de la population.
De même pour l’assainissement des finances publiques. Le centre-gauche
italien a eu le mérite de réduire de façon drastique les dépenses publiques et le
transfert des richesses aux particuliers tout en augmentant la pression fiscale.
Une action couronnée par l’entrée de l’Italie dans l’Union monétaire européenne. Sans compter la réorganisation du ministère des Finances permettant de
saisir l’évasion fiscale
[26]. Le bilan, ici encore, n’est donc pas négatif. Mais la
gauche a donné l’impression de faire de nécessité vertu en poursuivant le
processus initié dans les années 1992-1993 par les gouvernements Amato et
Ciampi dans un équilibre entre assainissement et croissance.
De même enfin pour la « modernisation » du
welfare state. « Moderniser »
veut dire éradiquer le système de la subvention organisée par les « requins » du
social, les poches de profit non fondé du fait de « spécialistes » de l’ayant droit.
Non que le poids économique de ces profiteurs aient compté pour beaucoup,
mais leur poids moral, lui, a pu détourner des électeurs, écœurés, de la politique.
Sur ce terrain, de nouveau, on a, en Italie, supprimé nombre de « pensions d’invalidité » de complaisance. Mais le gouvernement D’Alema qui s’était donné
pour tâche d’améliorer le système d’indemnisation des chômeurs a finalement
renoncé. Et il n’a pas su trouver un équilibre entre le coût du
welfare, d’une part,
et l’écrasante pression fiscale qui pèse en particulier sur les artisans et la petite
entreprise, d’autre part, laquelle engendre infailliblement une impression affligeante d’injustice, essentiellement liée au refus de la politique, et l’absurde
guérilla entre citoyens et fisc
[27]. La gauche italienne – tout comme la française
– a donc su initier, ici, un processus de modernisation, mais elle n’a pas eu la
capacité d’imposer des mesures au demeurant difficiles à concevoir et sans
doute impopulaires.
Et en conclusion : l’Italie est encore bouleversée par la disparition du PCI,
remplacé par trois partis, dont le successeur le plus substantiel, les Démocrates
de gauche, sont à leur tour divisés en courants plus ou moins indépendants, avec
des notables enracinés dans les provinces à leur tête, ce qui explique d’une part
le désarroi d’une base habituée à un certain monolithisme, l’écho d’interventions comme celle de l’acteur et cinéaste Nanni Moretti d’autre part, alors que
militants, adhérents et électeurs veulent, contrairement aux leaders plus ou
moins néo-libéraux, préserver les avantages acquis dans les années 1960. Aucun
doute, la gauche italienne, en 2001, n’avait aucune chance contre une coalition
où Berlusconi et Bossi représentaient un « populisme » d’homogénéité de
discours entre gouvernants et gouvernés à côté d’un Fini plus traditionnel, plus
institutionnel. Et cela n’avait rien à faire avec la France...
[1]
Mario Pirani, « A Parigi due destre in Italia una sola »,
La Repubblica, 27 avril 2002.
[2]
La majorité des commentateurs italiens mettent l’accent sur ces similitudes. Exception à
la règle, l’ex-ambassadeur Sergio Romano avec deux articles, « Il dramma rosso e l’ombra
nera » et « Il vento di Parigi e l’ombra di Blair »,
Corriere della Sera des 22 avril et 10 juin.
[3]
Sandro Viola, « Molte liti, poca politica ecco l’anomalia italiana »,
La Repubblica, 4 avril
2002.
[4]
Laura Rodatà, « Bartali »,
La Stampa, 23 avril 2002.
[5]
Giampiero Mughini, « Ma che ridere fanno questi nostri meravigliosi cugini, sono dei
fanfaroni senza vergogna »,
Il Foglio, 23 avril 2002. Sans compter l’appel de la fine fleur des
intellectuels français des années 1960 pour dénoncer le traitement bestial de leurs « dissidents » par les « italocommunistes » à Bologne, une ville-« lager » ou celui du début des
années 1980, signé par Deleuze, Guattari et Faye, suivi d’actes très concrets, comme l’asile
(et une chaire) donné à certains « réfugiés politiques ».
[6]
Ugo Magri, « Il pendolo si sta spostando verso il centrodestra »,
La Stampa, 23 avril 2002.
[7]
AFP, dépêche du 27 avril 2002.
[8]
« Gasparri : non voterei mai per Le Pen »,
Corriere della sera, 22 avril 2002.
[9]
Bulletin de l’ANSA du 2 mai 2002.
[10]
Interview au
Figaro du 2 mai 2002.
[11]
http ://leganord.org/politica/comunicati/2002/aprile/elezioni_fr
[12]
La Padania, 26 avril 2002.
[13]
Ibid., 24 avril 2002.
[14]
Raimondo Gatto, « E la sinistra terrorizzata dalla sconfitta grida : fascista »,
La Padania,
28 avril 2002.
[15]
Gianluca Savoini, « Voto operaio alla lega, intervista a Giancarlo Rovati »,
La Padania,
30 avril 2002.
[16]
Ilvo Diamanti, « La comune anomalia »,
La Repubblica, 23 avril 2002.
[17]
Mario Pirani, « A Parigi... »,
op. cit.
[18]
Mario Calabresi, « Rutelli : sinistra stanca e divisa »,
La Stampa, 23 avril 2002 et
Massimo Giannini, « il centrosinistra vince se è unito. Intervista a Rutelli »,
La Repubblica,
6 mai 2002.
[19]
Dans le même sens le démocrate de gauche (ex-communiste) Cesare Salvi.
[20]
Fausto Bertinotti, « Rifondare la sinistra »,
Liberazione, 1
er mai 2002.
[21]
Armando Cossutta, note d’un service de presse du Pdci, 6 mai 2002.
[22]
« Letterina agli amici di sinistra – editoriale »,
Il Foglio, 23 avril 2002.
[23]
Luigi La Spina, « Fassino : attenti al populismo »,
La Stampa, 23 avril 2002.
[24]
Franco Debenedetti, « Francia la lezione di una sconfitta »,
L’Unità, 24 avril 2002.
[25]
Angelo Panebianco, « Fragili identità e società miste,
Corriere della Sera, 30 avril 2002
pour les liens entre émigration,
welfare et marché du travail. Paolo Franchi, « Senza
popolo »,
Corriere della Sera, 23 avril 2002 et « Quei luoghi comuni »,
Corriere della Sera,
8 mai 2002, qui lave la « révolte » contre l’immigration de masse des accusations de racisme
et de xénophobie, la reliant surtout à une demande de sécurité.
[26]
Les responsables des nouveaux services ont été les premiers limogés par l’actuel gouvernement.
[27]
Cf. Salatore Rossi,
La politica economica italiana 1968-2000, Bari-Roma, Laterza, 2001.