2003
Outre - Terre
L'état de la Russie
La guerre de Tchétchénie, ciment d’une nouvelle identité russe ?
Charles Urjewicz
membre du Comité de rédaction d’Outre-Terre, maître de conférences à l’INALCO.
La « déclaration de souveraineté » de la Russie (juin 1990), quelques mois
seulement avant qu’Alexandre Soljénitsine en appelle les Russes, les Biélorusses et les Ukrainiens à un recentrage salvateur autour de leur identité slave
[1],
n’a pas provoqué pour autant une véritable prise de conscience identitaire. La
Russie, malgré les illusions de certains, ne devenait pas plus russe en prenant
ses distances d’avec sa périphérie. Elle restait un ensemble multinational,
mosaïque de peuples, de langues et de religions. Mais la souveraineté a révélé
une forte aspiration à cette
normalité nationale dont les Russes avaient été
privés par leur histoire. Alors que l’URSS s’effondrait, le rêve d’une Russie forte
imposant sa
pax russica juste et incontestée à un ensemble impérial pacifié et
prospère de par sa puissance économique et culturelle
[2] ne s’est pas réalisé.
Solution alternative, le rejet de la tradition et de la réalité multiethniques, au
profit du projet d’une nation « comme les autres », ça et là d’une Russie ethniquement pure
[3].
Mais la Russie peut-elle tenir dans des « frontières ethniques » ? Aujourd’hui, l’État soviétique de la centralisation plurielle – républiques fédérées,
autonomes, régions, a laissé la place à la Fédération de Russie, c’est-à-dire que
le terme même de Russie faisait retour. D’où peut-être l’illusion provisoire
d’une mutation miraculeuse, celle d’un ensemble multiethnique en un État
ressoudé autour d’une identité nouvelle, plus « normale
[4] ». Semblable fantasme
rejoignant une autre illusion partagée par de nombreux démocrates russe : la
transformation quasi assurée de la Russie en un État de type occidental grâce
aux vertus magiques du marché. Peut importait en l’occurrence l’absence d’un
cadre juridique et étatique rigoureux !
En fait, la nouvelle Russie entretient un rapport ambivalent et complexe
avec son passé; héritière proclamée de l’État soviétique, elle en arbore toujours
les lois, rues et places. Certains de ceux qui avaient assisté à la bénédiction en
grande pompe de la Basilique du Christ Sauveur à Moscou, reconstruite quelque
soixante ans après avoir été détruite par le pouvoir soviétique, tel le maire de la
capitale, Iouri Loujkov, n’affichaient-il pas la volonté de replacer sur son
piédestal le fondateur de la Tchéka, Félix Dzierjinski ? Ce pays qui a recouvré
l’aigle impérial en tant que symbole est revenu à une version à peine modifiée
de l’hymne soviétique, qui avait lui-même remplacé l’Internationale à l’époque
stalinienne. La famille impériale a été, contre l’avis même du patriarche de
l’Église orthodoxe, béatifiée, mais Lénine repose toujours dans le mausolée de
la Place Rouge. Et malgré les immenses progrès réalisés au cours des dix
dernières années, en particulier la publication de tous les textes interdits par la
censure et l’ouverture des archives, les Russes doivent trop souvent se contenter d’une réduction, voire d’une manipulation du passé. Coupée d’une tradition
intellectuelle qui prenait en compte la pluralité, la multiplicité d’un empire
singulier
[5], la Russie, plus de dix ans après la fin de l’Union soviétique, ne
parvient toujours pas à dégager l’identité de sa réalité culturelle et géopolitique.
À quel passé doit-elle se référer ? À une Russie tsariste, « photographie jaunie »
pour les uns, « prison des peuples » voire ensemble harmonieux pour les
autres ? Mais les Russes peuvent-ils sérieusement, après un siècle chaotique et
douloureux, s’inspirer d’un modèle qui déboucha sur une révolution synonyme
de guerre civile et de terreur ? Ou bien au système soviétique ? Dans un pays
qui n’arrive pas,
nolens volens, à récuser cet encombrant héritage, le « soviétisme » reste souvent une référence familière et rassurante, le retour à l’Ancien
régime étant moins que jamais d’actualité. Ou encore la révolution démocratique de février ? Pour nombre de Russes, l’année 1917 a en effet débouché sur
la révolution bolchevique sans pour autant ouvrir la piste d’un futur État démocratique russe. D’où cette difficulté à se mouvoir, à se déterminer et la tentation
permanente de trouver dans l’État fort, fût-ce aux dépens d’un peuple, les
Tchétchènes, littéralement sacrifiés, un hypothétique renouveau national. La
Tchétchénie étant aujourd’hui, à son corps défendant, le miroir du malaise
identitaire russe.
Le 30 décembre 2002, le colonel Boudanov, meurtrier d’une jeune
Tchétchène de 18 ans, Elsa Koungaeva, qu’il avait auparavant violée, a été
déclaré « irresponsable » par le tribunal de Stavropol. Dans leurs attendus, les
juges qualifient le militaire de « victime de guerre », au même titre que celle qu’il
avait sauvagement assassinée en mars 2000. Deux mois après la sanglante prise
d’otages du théâtre de la Doubrovka, à Moscou, la tentation était grande de tirer
parti de l’émotion qui s’était emparée d’une population censée devoir assimiler
tout Tchétchène à un « terroriste complice d’al-Qaïda ». Dans un pays où les
« structures de force » jouissent d’une impunité à la mesure de la corruption qui
les ronge
[6], la raison d’État s’est mise au service des troupes fédérales (ministères de la Défense et de l’Intérieur). Laissant le champ libre à une soldatesque
qui se rend quotidiennement coupable en Tchétchénie de crimes de guerre et de
rapines. Tandis que les hommes en uniformes se dotaient d’un cadre idéologique
à la hauteur de l’enjeu et des risques de cette « guerre sans nom » : « l’opération
que nous menons est une guerre pour l’honneur de la Russie, afin qu’elle relève
la tête et se débarrasse de l’idéologie défaitiste qui a conduit aux accords de
Khassaviourt
[7] ». Une Russie qui, au cours de la dernière décennie, était devenue rétive à toute forme d’héroïsme, peut-elle y trouver un ressourcement à la
mesure des défaites passées (Tchernobyl, guerre d’Afghanistan, effondrement
de l’empire, accords de Khassaviourt justement, crise financière de l’été 1998),
voire le ciment d’une nouvelle identité ?
La prise d’otages de Moscou (octobre 2002), qui se solda par un terrible
bilan, 129 morts et plus de 700 blessés, a projeté avec une extrême brutalité la
capitale russe au cœur d’un conflit, la guerre de Tchétchénie, qu’elle tentait de
refouler au plus profond des oubliettes de la mémoire. Cette guerre, la deuxième
en moins d’une décennie, qui se poursuit dans une petite république de 16000
kilomètres carré, en ruines et vidée d’une grande partie de sa population, est
entrée dans sa quatrième année. Mais, bien avant que le commando de Movsar
Baraev n’ait occupé la une des médias, le conflit s’était insidieusement installé
au sein des familles. Dans un pays où la télévision est le vecteur principal de
l’information, moins du quart de la population consultant régulièrement la
presse écrite ( 67% en 1990), les journaux télévisés distillent une information
qui fait la part belle aux multiples méfaits des « terroristes », ne laissant filtrer
que rarement les échos des exactions commises par les troupes russes. Alors que
l’image de l’armée reste désastreuse
[8], le petit écran est envahi par des séries
télévisées, où la violence la plus effrénée le dispute au ridicule de situations
rocambolesques : de preux chevaliers en uniforme de l’armée russe, Rambo
slaves suréquipés de gadgets électroniques, exterminent inlassablement des
terroristes diaboliques dans une guerre dont la virtualité et la violence surpassent les versions piratées des jeux vidéos qui se négocient pour quelques
dizaines de roubles sur les trottoirs des grandes villes.
Dans d’autres séries, dont le réalisme glauque donne de la guerre une image
grise et misérable, de fourbes Tchétchènes, souvent au service d’ONG étrangères,
corrompent des officiers russes qui leur vendent les armes qui causeront la mort
des leurs. Et que dire de l’image globale du Caucasien ? Peu importe d’ailleurs
qu’il soit Tchétchène, Géorgien ou Azeri. Omniprésent à chaque échelon de la
hiérarchie du crime, dans les innombrables feuilletons inspirés par une
« mafia » aux pouvoirs maléfiques, il en est par essence l’âme damnée et
malfaisante. Dans un registre plus « journalistique », la Première chaîne (environ un quart de l’audience à l’échelle de la Fédération russe
[9]) se distingue par
son populisme et son agressivité : une équipe issue de la presse écrite « critique »
(Maxim Sokolov et Oleg Privalov des
Izvestia, Miikhaïl Leontiev, venu du
quotidien libéral
Segodnia, aujourd’hui disparu), y anime une émission au titre
inattendu,
odnako (cependant). Laboratoire d’une information qui se veut
« libérée » des pesanteurs et des tabous de l’époque soviétique, elle tente
d’inaugurer un ton nouveau sur une chaîne qui sembla longtemps incapable de
s’arracher aux traditions des journaux télévisés de l’époque brejnévienne.
Pas de cravate, ni de costume sombre ; on y affecte un non conformisme
« branché ». L’un arbore cheveux longs et barbe hirsute, l’autre affiche un
visage obscurci par une barbe naissante. Les commentaires, dits sur un ton qui
se veut familier, voire complice, en appellent à un supposé bon sens populaire
aux relents guerriers
[10]. S’appuyant sur le vieil antagonisme soviétique qui
oppose la province à « Moscou la nantie », ils prennent pour cible les
« mondains repus de la capitale », et autres « défenseurs des droits de
l’homme », qui sont accusés de s’intéresser exclusivement aux otages de la
Doubrovka, dont une soixantaine ont d’ores et déjà déposé plainte contre la
municipalité de Moscou : « Ces gens, nous disent-ils, n’avaient aucun rapport
avec la guerre antiterroriste. Leur pays est en guerre, mais cela ne concerne
pas ! » Les « centaines de milliers de Russes martyrisés puis chassés de Tchétchénie, les milliers d’autres pris en otage et esclavagisés, les soldats qui combattent et leurs familles » leur sont opposés comme autant de preuves de leur vénalité et de leur absence de patriotisme. « Un pays pillé et à moitié détruit a
l’impudence de vouloir se défendre, et voilà qu’ils entament une procédure
[11]. »
Tristes et inquiétants éclats de cette guerre des confins que cachent mal les
lumières et les paillettes de Moscou, nouvelles et redoutables formes de manipulation dans un pays que d’aucuns présentent comme soumis et réceptif à un
discours « patriotique », voire chauvin.
Le sondage réalisé du 20 au 23 décembre 2002 par le VCIOM, deux mois
après la prise d’otages de Moscou, semble abonder dans ce sens : avec un taux
de satisfaction de 82%
[12] Vladimir Poutine apparaît comme un chef d’État particulièrement populaire. Adhésion à un homme du « juste milieu », qui soigne une
image médiatique faite de fermeté et d’ouverture, redresseur de torts modeste et
réservé, et dont le bilan intérieur, en particulier dans le domaine économique,
n’est pas négligeable ? Ralliement à la politique suivie depuis 1999, voire à un
projet de plus grande ampleur ? Le tableau que révèle cette enquête d’opinion
est beaucoup plus complexe ; il tord le cou aux simplifications, nous renvoie
l’image d’une population plus réaliste qu’il n’y paraît, et qui entretient avec son
président une relation réservée, sceptique, en un mot, pragmatique
[13]. Un mois
plus tôt, ils lui avaient donné un blanc-seing pour sa politique étrangère (la position internationale de la Russie s’est renforcée : 61% contre 22), mais restaient
très largement sceptiques sur ses capacités dans le domaine de l’économie
(avez-vous noté une amélioration des indices économiques et une hausse du
niveau de vie : non 62%, oui 33%) ; par ailleurs, 73% doutaient de ses capacités à « écraser les combattants tchétchènes » et à trouver une issue politique au
conflit ( 73% contre 18%
[14]).
Le vide moral et politique des années Eltsine a conduit à une profonde
déconsidération du politique
[15]. L’image quelque peu caricaturale qu’offre la
Douma de son fonctionnement et de ses arrangements avec le pouvoir, déconsidère encore la fonction parlementaire. Pendant que le Kremlin étend sa toile
sur l’information, les oppositions, « libéraux » du SPS (Parti des forces de
droite) et de Iabloko ou communistes
[16], peinent à présenter un projet unificateur. Et les Russes sont tenaillés par une angoisse sécuritaire qui n’a fait que
se renforcer depuis l’automne 2002
[17]. Saisis par le doute, ils se rassemblent
aujourd’hui autour de Vladimir Poutine, en qui ils voient le chef rassurant
d’un pays menacé.
Dans un tel contexte, il devient difficile de freiner la progression d’un
discours guerrier auquel aucune alternative crédible ne parvient à s’imposer. Les
cercles proches du pouvoir et certaines « couches populaires » traditionnellement séduites par la xénophobie ordinaire ne sont désormais plus seuls à
succomber à la séduction qui s’en dégage. Il réussit à s’insinuer, voire à s’imposer, y compris au sein d’une partie importante de l’intelligentsia russe : pour
un Anatoly Pristavkine
[18], écrivain hostile à la guerre menée contre sa
« deuxième patrie », combien de « libéraux », tel le romancier Vassily Axionov
[19], qui s’inscrit dans une « opposition constructive » au pouvoir, « mais
approuve totalement les actes déterminés de Poutine afin d’éradiquer l’inouïe
criminalité qui règne en Tchétchénie
[20]. »
Ici, l’argumentaire a toutes les apparences de la rationalité : « la conquête
du Caucase a peut-être été une faute historique de la Russie [… ] Peut-être
aurait-il fallu, dès le début du conflit, en 1991, reconnaître l’indépendance de la
Tchétchénie [… ] Peut-être n’aurait-il jamais fallu commencer cette guerre et
établir la paix. Mais pouvait-on le faire à n’importe quel prix ? [… ] Oui, la
Tchétchénie est un trou noir qui engloutit des vies humaines, où des vauriens
font des affaires. Oui, la Tchétchénie est un lieu de souffrances pour tous ceux
qui sont les otages des fanatiques et des criminels. Tout cela est vrai ; mais
aujourd’hui, ce pays est l’avant-poste d’un l’islamisme agressif. [… ] Devrons-nous nous soumettre à son diktat et à sa loi ?
[21] ». La Russie nouvelle peine à
aller « contre le courant ». L’étonnant sens de la provocation, l’impertinence
dont font preuve ses écrivains et ses journalistes ne doivent pas faire illusion. Se
montrer impertinent, ce n’est pas pour autant faire acte d’opposition En Russie,
impertinence n’est pas dissidence.
Tout de suite après les explosions qui avaient endeuillé le Daguestan, des
attentats d’une violence inouïe ont fait, à l’été 1999, des centaines de victimes
au cœur même des terres russes et provoqué un traumatisme profond. Précédés
par les incursions au Daguestan des combattants tchétchènes de Bassaïev et
Khattab, hérauts d’un intégrisme jusque-là étranger à la tradition tchétchène, les
explosions ne frappaient plus seulement une petite république musulmane du
Caucase, certes sujet de la fédération, mais profondément étrangère par sa
culture et son mode de vie, reliquat d’un empire disparu en 1991. La Russie
connaissait déjà la criminalité les « mafias et la criminalité ». Le terrorisme fut
insupportable à des Russes héritiers d’une URSS où l’on pouvait croire échapper
à tous les maux, aux catastrophes naturelles comme aux guerres civiles ou terrorisme, soit au lot commun de l’humanité. Il réveillait par ailleurs l’instinct, bien
connu dans l’histoire russe, de protection nationale. Tous ceux qui, en Russie,
que ce soit par lassitude ou par facilité, ne se sentaient plus concernés par la
question tchétchène, étaient dépassés par la violente complexité du problème.
Mais même si l’entreprise de manipulation par les grands médias avait fait son
office, la colère froide qui s’emparait de la population traduisait une crise plus
profonde. Ce que craignaient les Russes, désormais conscients d’une fragilité
géopolitique qui avait été occultée par des siècles de certitudes impériales,
c’était le délitement de leurs terres à proprement parler, du socle auquel ils se
croyaient, en 1991, solidement arrimés.
Pour beaucoup, terminée cette placide assurance que fondait, certes, un
sentiment de supériorité numérique – actuellement 81 % de la population totale
de la population de la Fédération, mais celui, tout autant, d’une histoire et d’une
matrice différente. Basculement abrupt pour une population qui avait pensé
pouvoir, en se débarrassant des « canards boiteux » d’Asie centrale et du
Caucase, rejoindre le club fermé des nantis, à défaut de faire encore partie de
celui des « super-puissances ».
Confrontée à un inquiétant déclin démographique, des Russes s’interrogent :
leur pays ne serait-il pas menacé par un nouvel « holocauste
[22] » ? Alors que des
« charters » ramènent des clandestins au Tadijkistan, un débat animé oppose les
partisans d’une large ouverture des frontières aux ressortissants des ex~républiques de l’URSS
[23] à ceux qui, agitant le racisme ordinaire, sonnent le tocsin :
« la Russie est menacée [… ] d’une occupation totale de ses terres [… ] par des
nouveaux venus qui lui sont ethniquement étrangers [24] ». Et d’appeler à l’instar
de l’ex-maire démocrate de Moscou, l’économiste Gavriil Popov, une « protection » des Russes [25]. C’est qu’après des années de tâtonnements, de laisser-aller,
de bricolage géopolitique sur les représentations, la Russie ne parvient pas à
sortir de ce malaise. Elle doit pourtant forger une nouvelle identité à la mesure
des enjeux d’une situation géopolitique complexe et plurielle. Or la guerre de
Tchétchénie, plutôt que d’en être le ciment, en sape les fondements.
[1]
Alexandre Soljenitsine,
Comment réaménager la Russie ?, Paris, 1990.
[2]
Andreï Zoubov et Vladimir Kolossov, Que cherchent les Russes ?,
Hérodote, n° 72-73,
1994. Charles Urjewicz, Les élections en Russie et la fin des illusions pro-occidentales,.
Hérodote, n° 72-73.
[3]
Charles Urjewicz, De l’URSS à la CEI : le début ou la fin de la Russie ?,
Hérodote, n° 64,
1991.
[4]
Charles Urjewicz,
Les Russes à la recherche d’une identité nationale, PPS, n° 700,1993.
[5]
Georgi Fedotov ( 1886-1951), philosophe religieux et journaliste émigré à Paris, fustigeait
« les deux derniers empereurs (Alexandre III et Nicolas II, C.U.), disciples et victimes des
slavophiles réactionnaires qui, ignorant le style impérial de la Russie l’avaient privé de ses
racines ». G.P. Fedotov,
Sud’ba imperij, Spb, 1992, p. 322. Vladimir Kantor, philosophe et
historien russe, note que ces deux tsars qui avaient rompu avec la tradition européenne et
versé dans le nationalisme, « ont conduit à la chute de l’Empire russe » V. Kantor, Krizis
imperskogo szonania v Rossii na rubeÏe vekov,
Russkij Îurnal, 27-12-2002,30-12-2002.
V. Kantor, Russkij evropeec kak javlenie kul’tury, Moskva, 2001. Charles Urjewicz, Russie :
un « géant aux pieds d’argile ?»,
Hérodote, n° 58-59,1990.
[6]
La motivation déterminante des «
omon s » (troupes du ministère de l’intérieur), de plus en
plus nombreux à combattre en Tchétchénie, est le gain : « il s’agit de gagner en l’espace
d’une année, de quoi s’acheter un appartement et une voiture en taxant les populations, voire
en les pillant ». Témoignage du capitaine Y.S (automne 2002).
[7]
Sergeï Markov, directeur de l’Institut des recherches stratégiques. Elena Stroitela,
Bezumnyj polkovnik (le colonel dément), Izvestia, 04-01-2003. Les accords de Khassaviourt
( 31 août 1996) concluent les négociations menées par le général Lebed pour la partie russe.
La Tchétchénie y obtient un statut, certes ambigu, mais qui lui assure une quasi indépendance. Pour Moscou, c’est le prix à payer afin de sortir d’une guerre impopulaire. Le Kremlin y a été contraint quelques semaines après la prise d’otages opérée dans un hôpital de
Boudennovsk (Nord Caucase) par un commando du chef de guerre Chamyl Bassaev.
[8]
D’après une enquête d’opinion publiée en octobre 2002,38 % (contre 28) des Russes ont
une opinion négative du corps des officiers ( 55 % contre 22 à Moscou). Les mots et expressions qui reviennent le plus souvent sont : « pauvreté », « misère », « humiliation », « ivrognerie », « mercantilisme », « prêt à tout vendre pour de l’argent », « grossièreté »,
« malhonnêteté », « inhumanité à l’égard de leurs subordonnés », « sans honneur ». Oficer
rossijskoj armii v obãestvennom mnenii,
Ote‰ã
estvennye zapiski, 2002, n° 10.
[9]
Semaine du au 18 au 24 novembre. Dans un paysage audiovisuel très diversifié,
Rossija
(deuxième chaîne) atteint 19,7 %,
NTV 12,53%, etc. Sondage TNS Gallu Media,
Itogi, n° 49
( 10-12-2002)
[10]
Le 25 juin 2002, M. Sokolov suggérait la construction d’une centrale nucléaire à Kaliningrad, afin de « négocier » sur un « pied d’égalité » avec l’Union européenne. De la provocation comme argument géopolitique ?
[11]
Mikhail Leontev,
Odnako, 21-01-2002.
[12]
Le plus ancien et le plus prestigieux des instituts russes a interrogé 1600 personnes dans
33 régions de la Fédération russe.
[13]
Qu’est-ce qui vous attire chez V. Poutine :
– c’est un homme décidé : 39% ( 46% en janvier 2000),
– un homme capable de ramener l’ordre : 18% ( 25% en janvier 2000),
– un vrai leader : 16 % ( 15% en janvier 2000),
– un homme qui garantit la stabilité : 13% ( 13% en janvier 2000),
je soutiens sa politique en Tchétchénie : 8% ( 21% en janvier 2000).
[15]
Les 3 et 4 octobre 1993, Boris Eltsine avait fait donner le canon contre la Maison blanche
où siégeait le Parlement élu en 1990 ( 147 morts). Dissous par le président russe, le Soviet
suprême refusait de se disperser, tandis que se déroulaient de violentes manifestations de
l’opposition « rouge-brune ». Un pouvoir présidentiel se mettait en place après le référendum
constitutionnel du 12 décembre. Les Russes en ont gardé une profonde amertume et le sentiment d’avoir été trompés par un personnel politique corrompu, en particulier dans l’entourage de Boris Eltsine, une « famille » composée de politiciens et d’oligarques dont les rôles
étaient le plus souvent interchangeables, tel Boris Berezovskij, aujourd’hui en cavale en
Europe occidentale. Le grand succès obtenu en Russie par le film de Pavel Lounguine,
l’Oligarque ( 2002), en partie inspiré par « B.A. BA », manifeste la fascination qu’exercent ces
hommes qui comptent aujourd’hui parmi les plus riches de la planète.
[16]
Crédités chacun de 6 à 9% des intentions de vote, le PC d’environ 30%.
[17]
En août 2002,78 % des Russes exprimaient la crainte d’être victime d’un attentat. Les
plus jeunes ( 18-23 ans) n’échappant pas à cette peur ( 70%). Comme le note un analyste du
VCIOM, A.A. Golov, la « forte différenciation sociale qui a marqué la société russe au cours
de la dernière décennie a détruit son unité ‘“morale et politique”. Reste l’unité de la peur ».
A.A. Golov, cf. Ob‰ãestvo raznykh vozmoÏnostej i odinakovogo strakha. Enquête réalisée du
22 au 26 août 2002 auprès de 1600 personnes.
VCIOM, 10-10-2002.
[18]
Les petits coucous, Paris, Robert Laffont, 1991 ;
La vallée de l’ombre de la mort, Paris,
Fayard, 2002.
[19]
Les oranges du Maroc, Actes Sud, 2003 ;
L’île de Crimée, Paris, Gallimard, 1982 ;
Une
saga moscovite, Paris, Gallimard, 1997.
[20]
Zaãem vam eto nuÏno ?,
Moskovskie novosti, 33/2000.
[21]
Cf. du critique Alla Latynina,
Etniãeskaja dannost’, imenovav ‰ajasja Rossiej, Novyj Mir,
n° 3,2003. Alla Latynina
[22]
Gavriil Popov,
Russkij kholokost, Nezvaisimaja Gazeta, 26-04-2000
[23]
« L’Office des statistiques prévoit qu’en 2016, la population russe aura baissé de
10,4 millions et se montera à 134,4 millions. Je n’y crois pas. Il ne tient pas compte des millions
d’immigrés dont les enfants deviendront des citoyens russes. Au XXI
e siècle, les Russes
seront moins de 100 millions, la conception même de la ‘russité’changera. La société apprendra à accepter ceux qu’elle refuse pour le moment ». Valerij Ti‰kov, Pjatyj punkt,
Izvestia,
17-03-2001. Le 10 décembre, l’auteur, Directeur de l’Institut d’ethnologie de l’Académie des
Sciences de Russie, intervenait à la Douma sur la « Politique migratoire », il s’inquiétait de la
fermeture non seulement des régions les plus peuplées, mais aussi de régions dépeuplées du
Grand Nord, notant : « le cours pris par une politique qui s’oppose à l’immigration est un
danger beaucoup plus grand pour la sécurité nationale que l’immigration clandestine. [… ] Si la
Russie connaît un développe ment stable au XXI
e siècle, il est probable qu’elle devienne la principale destination de l’immigration, comme les États-Unis aux XIX
e et au XX
e siècles. » Migracionnaja politika kak ugroza nacional’noj bezopasnosti Rossii,
Russkij Îurnal, 17-12-2002.
[24]
Natalja Art, Tolenrantnost’kak indul’gentsija,
Evrazijskij vestnik, n° 15,2001.
[25]
Beregite Russkikh,
Nezavisimaja gazeta 05-04-2000.