2003
Outre - Terre
Troisième Rome
« Dédoublement » d’une idéologie ?
Deux partis eurasistes en Russie
Marlène Laruelle
Observatoire des États post-soviétiques (INALCO ), chercheur associé à l’Institut français d’études sur l’Asie centrale (Tachkent).
Depuis environ deux ans, le terme d’« Eurasie » est en train de subir une profonde
mutation. Quittant le champ purement intellectuel dans lequel il était confiné voilà
une dizaine d’années, il entre dans un domaine public plus large. Victime de son
succès et de son caractère polymorphe, l’eurasisme est de plus et plus utilisé
comme vision « passe-partout » de la Russie : ses théories sont en elles-mêmes
mal connues mais l’idée d’une Eurasie rassemblant le centre du vieux continent et
dans laquelle la Russie serait « chez elle » est de plus en plus répandue. Ce courant
subit ainsi des distorsions idéologiques de taille, perd son homogénéité originelle
et certaines de ses thématiques s’en trouvent profondément modifiées.
Les déclarations de V. Poutine (en particulier au sommet asiatique de
Bruneï en 2001) en faveur d’une Russie « euro-asiatique » ont suscité chez des
néo-eurasistes une volonté d’occuper plus nettement le devant de la scène politique et intellectuelle en relançant la lancinante question de l’identité russe.
Jusqu’à présent, la diversité de chacune des mouvances néo-eurasistes laissait le
champ idéologique imprécis et l’individualisait en fonction des leaders : le néo-eurasisme était avant tout la pensée d’A. Dougin, d’A. Panarin, d’E. Bagramov
[1], etc. On assiste aujourd’hui à deux phénomènes parallèles, une politisation et une simplification du champ eurasiste : certaines mouvances
particulièrement visibles commencent à s’imposer au dériment de groupuscules
qui poursuivent leur réflexion sans accès direct à un public large.
La politisation en cours pressentie par A. Dougin depuis plusieurs années de
l’eurasisme a atteint un nouveau stade au printemps 2001 avec la création de
deux partis s’en réclamant. La concurrence entre ces deux organes qui n’ont pas
encore eu l’occasion de se présenter à des élections afin de mesurer leur
influence est virulente. Chacun représente en effet une conception totalement
différente, ce qui révèle des tensions sous-jacentes depuis les années 1920 et
désormais apparentes dans la décennie 1990. Ainsi, la part jamais maîtrisée de
nationalisme présente chez les eurasistes des origines a resurgi aujourd’hui et
trouve son expression la plus radicale chez Dougin et au sein de son parti Evrazija. Au contraire, le Parti eurasiste d’A.-V. Niazov interprète l’Eurasie comme
une forme pré- ou post-soviétique d’« amitié entre les peuples » et affirme des
liens indestructibles de l’orthodoxie et de l’islam, des populations slaves et
turciques.
Le mouvement « Evrazija » :
une version ultra-nationaliste de l’eurasisme
A. Dougin est, depuis maintenant plusieurs années, la personnalité la plus
connue de la mouvance et l’un des grands théoriciens du nationalisme russe, très
à la mode dans certains milieux intellectuels. Si sa pensée est assez bien connue,
on sait très peu comment est organisé son parti et dans quelle mesure il a dû
modifier ses convictions pour qu’elles entrent dans le domaine public. Auteur
d’une théorie complexe, Dougin conjugue une recherche exacerbée de spiritualité (d’où son appartenance, malgré des références parfois néo-païennes, au
mouvement vieux-croyant
[2] ) et une volonté d’analyser la Russie de façon scientifique.
Son parcours a profondément évolué : dans les années 1985-1990, il affiche
un néo-eurasisme clairement « de droite », proche des milieux conservateurs,
voire monarchistes. De 1991 à 1993, il se rapproche du parti communiste de
G. Ziouganov et collabore aux revues patriotiques classiques comme Zavtra. À
partir de 1994, il développe sur le plan théorique son « orthodoxie » néo-eurasiste et publie de nombreux ouvrages ésotériques qui font la différence avec
bon nombre de courants patriotiques. En 1998-2001, il trouve sa spécificité et
s’éloigne toujours plus des partis d’opposition. Progressant vers un
« centrisme », il apporte son soutien au premier ministre d’alors, E. Primakov.
Dougin qui avait quitté le parti national-bolchevik de l’écrivain Eduard Limonov sur un certain nombre de désaccords, change profondément avec l’arrivée
au pouvoir de Vladimir Poutine en mars 2000. Son évolution participe de la
recomposition du champ politique russe et tout particulièrement de l’opposition
« patriotique » dans le nouveau contexte. Alors qu’il se présentait comme un
« dissident » face à l’occidentalisme de la période eltsinienne, Dougin amorce
un rapprochement avec le nouvel homme fort du pays. Sa position institutionnelle était déjà ambiguë puisqu’il était conseiller du président de la Douma,
G. Seleznev depuis 1998 et président de la section d’expertise géopolitique du
Conseil consultatif des problèmes de sécurité nationale près la Douma depuis
1999.
En avril 2001, le personnage joue cartes sur table et fonde Evrazija – qu’il
préside – avec pour but avoué de lutter non
pour le pouvoir mais pour l’
influencer
[3]. Dès son congrès fondateur, le mouvement officialise son ralliement à
Poutine et propose de participer aux prochaines élections au sein d’une coalition
gouvernementale. Dougin le transformera par la suite en un parti politique
défini de façon ambiguë comme « radical-centriste ». Ce sera le parti du
«
patriotisme scientifique fondé sur la géopolitique » – une prétention classique
des mouvances néo-eurasistes russes –, qui disposerait de 59 représentations
régionales et de plus de 10 000 membres.
L’échiquier politique russe ne recoupe pas la très française division gauchedroite et la place que Dougin s’y attribue est encore plus complexe : il reconnaît
par exemple partager avec l’extrême-gauche une critique de la société « bourgeoise » et « capitaliste » mais affirme que ses arguments sont de droite car
fondés sur des critères « civilisationnels » : le refus de la culture dite « atlantiste ». En fidèle disciple de la révolution conservatrice et de l’idée de « troisième voie », il appelle au dépassement de la modernité et des principes démocratiques non par un retour en arrière mais par une révolution de droite. Se
rattachant ainsi ouvertement aux courants les plus extrêmes tout en brouillant
les pistes : « l’extrême-droite est politiquement trop à gauche pour les traditionnalistes authentique
[4] ».
Sa vision de la Russie reste aussi des plus extrêmes : le pays est entouré
d’ennemis ; les peuples turcophones du pays et de l’ex-URSS, potentiellement
séparatistes, peuvent remettre en cause l’unité territoriale de la Russie ; les
« occidentalistes » forment une cinquième colonne au service des puissances
étrangères. Un nationalisme qui mobilise tous les registres : la nation russe,
affaire d’ethno-biologie, mais également le résultat historique de l’Empire; elle
est appelée à dominer les autres peuples de son espace « naturel » et doit refuser tout métissage ou « exogamie » mais également retrouver son élan démographique afin de ne pas sombrer devant les peuples « du Sud ». Pas d’autres
nationalités à partir du redécoupage territorial de la Fédération car « la seule
communauté nationale au sein de la structure impériale et supranationale, ce
sont les Russes »
[5]. Contrairement aux autres théoriciens du néo-eurasiste,
Dougin se refuse à rejeter les slavophiles qui insistent sur la mission historique
de l’orthodoxie ; il affirme que l’eurasisme en est le continuateur par son intérêt exacerbé pour la question nationale.
Dans le champ néo-eurasiste, Dougin se distingue par une forte tendance à
l’occultisme : chacun de ses raisonnements géopolitiques s’accompagnant de
propos délibérément métaphysiques qui conjuguent en eux toutes les grandes
traditions de l’ésotérisme classique. Son association (et maison d’édition)
« Arctogaïa » se présente dans son manifeste comme « l’élite d’un continent
disparu, les princes d’un pays qui n’existe pas »
[6]. Un discours qui joue sur la
mode de l’Atlantide mythique chez les Russes et bénéficie de l’idée, extrêmement courante dans les mouvances nationalistes contemporaines, que la Russie
descendrait de l’ancienne « Hyperborée », que les Russes seraient donc de purs
aryens nordiques. Dougin se présentant d’ailleurs comme le fondateur d’une
nouvelle science, l’« ariosophie » ou science de l’aryanité : les Russes sont le
« peuple élu » ; c’est seulement formellement qu’ils font partie du monde et ne
sont donc pas appelés à être détruits comme lui.
Toute cette métaphysique n’empêche pas Dougin de trouver un habillage
« politiquement correct » à son parti. Très sensible aux tendances contemporaines il pressent la concurrence que peuvent lui faire ses rivaux (Niazov) sur la
question des minorités religieuses et nationales du pays. L’une des forces
d’Evrazija est alors de se présenter non seulement comme un moyen d’affirmation
de la puissance russe mais également comme une force de compromis dans les
tensions internes que connaît le pays : le mouvement regroupe ainsi des représentants de régions sensibles comme la Iakoutie-Sakha, le Nord-Caucase ou le
Tatarstan. Evrazija s’est également plu à réunir toutes les confessions présentes
en Russie : de nombreux officiels musulmans mais aussi des bouddhistes et des
juifs (du mouvement sioniste radical) ont adhéré au parti et affirmé vouloir
lutter contre la montée des extrémismes religieux à travers l’intégration supposée par l’eurasisme.
Dougin souhaite que la Communauté Économique Euro-asiatique qu’il
ambitionne dispose d’une monnaie commune et que l’Iran dont le chiisme est
considéré comme eurasien opte pour l’alliance avec la Russie et non pour un
islamisme radical. Lors du colloque « Menace islamique ou menace contre l’islam ? », organisé par Evrazija le 28 juin 2001, les officiels du parti ont désavoué
les mouvements fondamentalistes qui mettent en péril l’islam traditionnel et
affirmé leur volonté de créer un comité eurasien pour le partenariat stratégique
russo-musulman. L’islam traditionnel et l’orthodoxie seraient en effet spontanément eurasiens contrairement au catholicisme et au protestantisme, mais aussi à
l’islamisme radicald’ailleurs en partie financé par des alliés des États-Unis, qui
représenteraient l’atlantisme.
Le mouvement de Dougin est particulièrement bien implanté à la Direction
spirituelle des musulmans de Russie européenne et des pays occidentaux de la
CEI, dirigée par le mufti Talgat Tadjuddin. Ce dernier, membre du Comité central
du mouvement, s’intéresse depuis longtemps à l’idée d’Eurasie. Il écrivait déjà
dans la première moitié des années 90 pour la revue d’Edouard Bagramov
Evrazija. Narody, kul’tury, religii [Eurasie. Peuples, cultures, religions]. Les références profondément ésotériques de Dougin ne semblent pas lui poser de
problème puisqu’il affirme dans une interview « partager pleinement les idées
eurasiennes du mouvement d’A. Dougin et son soutien aux confessions traditionnelles, au patriotisme et au devoir de grande-puissance (derÏavnost’)
[7] ». Un
jeu tactique au sein de la hiérarchie religieuse de l’islam russe (cf.
infra) n’est
ici néanmoins pas du tout à exclure.
Le Parti eurasiste de Russie : allogènes et eurasisme
On a pu noter l’émergence, parmi les élites turciques post-soviétiques, en particulier kazakhes et tatares, d’un eurasisme spécifique, avec « jeu de miroir »
entre le discours russe sur ces peuples et la réappropriation par ces derniers
d’éléments les concernant
[8]. C’est que sous des dehors souvent multiculturalistes, l’eurasisme apparaît comme une des versions non pas ethniciste mais
impérialiste du nationalisme russe. Une spécificité très violemment dénoncée
par les intellectuels non-russes qui refusent d’être réduits à l’état d’objet : la
simple existence de peuples allogènes au sein de l’ex-URSS ou de la Fédération
de Russie ne peut ni ne doit servir d’argument en faveur d’une prétendue fusion
entre le sentiment national russe et celui des minorités.
L’eurasisme turcique qui émerge dès les années 1970, en grande partie avec
le livre
Azija ( 1975) du poète kazakh russophone Oljas Sulejmanov, se voulait
une réhabilitation des peuples turciques dans l’histoire russe. Dans la deuxième
moitié des années 1980, des voix s’élèvent au Tatarstan comme au Kazakhstan,
à la faveur de la perestroïka, pour revendiquer une plus juste reconnaissance de
la spécificité turcique en Union soviétique, sans pour autant appeler au séparatisme. Tout au long des années 1990, les élites du Tatarstan (partie de la Fédération de Russie) et du Kazakhstan instrumentaliseront le discours sur l’Eurasie
pour affirmer une identité nationale turcique et musulmane jugée pleinement
compatible avec l’héritage russe. L’eurasisme étant même devenu partie intégrante du discours officiel du Kazakhstan indépendant
[9].
Plusieurs personnages officiels du Nord-Caucase se sont eux aussi exprimés
dans les années 2000 ou 2001 en faveur de l’eurasisme comme solution aux
conflits nationaux et religieux. C’est par exemple le cas de Stanislav Derev,
conseiller du représentant du président pour l’okrug (arrondissement) du Sud,
ancien candidat à la présidence de la Karatchaèvie-Tcherkessie, d’Akhmat
Kadyrov, à la tête de l’administration de la république de Tchétchénie et de
Gadji Makhatchev, député du Daghestan à la Douma ainsi que vice-directeur du
comité de la Douma pour les associations et les organisations religieuses.
Mais il y a un autre discours eurasiste musulman, cette fois-ci extrémiste et
très minoritaire. Il est produit par le Parti de la Renaissance islamique (PRI) de
Russie qui joue sur la sympathie dont bénéficie l’islam radical dans une partie
de la mouvance nationaliste russe pour s’exprimer régulièrement dans les
colonnes du grand quotidien patriotique
Zavtra. Ces islamistes militants appellent à une alliance géopolitique entre ce qu’ils considèrent être les deux seules
forces capables de résister à l’Occident. Comme le veut l’émir Akhmadkady
Aktaev : « l’orthodoxie et l’islam se rencontrent sur bien des points… avec le
sentiment qu’il est indispensable de résister à l’américanisme »
[10]. Le PRI invite
la Russie à un rapprochement politique, mais aussi culturel et religieux, avec
l’islam. Gejdar Djemal, ancien proche de Dougin et aujourd’hui vice-président
du PRI allant jusqu’à affirmer que « le seul moyen qu’ait la Russie de ne pas
disparaître géopolitiquement est de devenir un État islamique »
[11]. On se trouve
là aux limites extrêmes de l’eurasisme puisqu’il n’est plus question de symbiose
culturelle mais de conversion : les populations musulmanes de Russie occuperaient une place supérieure à celles des Russes dans le devenir de la Fédération
puisque le cœur spirituel du continent eurasien se trouve circonscrit au monde
de l’islam.
La naissance d’un nouveau parti
Le Parti eurasiste de Russie ( Evrazijskaja partija Rossii), PER, enregistré par le
ministère de la Justice en juin 2001 et qui a réuni lors de son congrès fondateur
plus de 150 délégués représentants 67 sujets de la Fédération, constitue sans
doute la forme politique la plus intéressante de l’eurasisme russe. Il regroupait
à l’origine sept organisations : le Refakh (Blagodenstvie), Union des musulmans de Russie, Unité orthodoxe [Pravoslavoe edinstvo], Solidarité tchétchène
[âeãenskaja solidarnost’], le Congrès des peuples bouddhistes [Kongress
buddistskih narodov], les Patriotes de Saint-Pétersbourg [Patrioty Sankt-Peter-burga], Jeune Moscou [Molodaja Moskva], le Parti de la justice et de l’ordre
[Partija spravedlivosti i porjadka].
C’est avant tout l’héritier du mouvement Refakh. Fondé en 1998, ce dernier
incarnait l’entrée en politique de musulmans se définissant comme tels. Il a dû
cependant s’adapter à la nouvelle législation russe en vigueur, qui enlève aux
organisations dites « politiques et sociales » la possibilité de se présenter aux
élections tout en récusant les partis à fondement religieux. Lors de son
5
e congrès en 2000, Le Refakh s’est donc transformé lors de son cinquième
congrès, en 2000, en un parti politique à part entière, le PER et il s’est associé à
divers mouvements religieux, par exemple les bouddhistes ou tout simplement
russes, afin de remplir les conditions politiques exigées. Cette jeune organisation conserve une base sociale pour l’essentiel musulmane et regroupe sur le
plan national de nombreuses nationalités du Caucase ainsi que des Tatars et des
Bachkirs
[12]. Si seulement un quart des membres de son Bureau directeur sont
musulmans, le parti bénéficie d’un fort soutien financier de la part d’hommes
publics et d’entrepreneurs musulmans. Autour duPER se regroupent plusieurs
présidentsde Directions spirituelles régionales des musulmans : celui du Tatarstan (Ousman Iskhakov), de l’Itchkérie (Akhmet Chamaev), de la Kabardie-Balkarie (Chafig Pchikhatchev), le représentant plénipotentiaire du Centre de
coordination des musulmans du Nord-Caucase Kharun Batcharov, le député
pour la Tchétchénie Aslamek Aslakhanov.
Tous les leaders du PER sont particulièrement jeunes (une trentaine d’années) et occupent, à part quelques journalistes et entrepreneurs, des postes dans
l’administration régionale : R. M. Minnulin est par exemple vice-président du
Gossoviet du Tatarstan. Même A.-V. V. Niazov (né en 1969), le leader du PER,
n’a pas le passé engagé de Dougin sur la question eurasiste, il n’est pas non plus
un novice de la politique et sa carrière semble plutôt fulgurante : en 1990 il
dirige le Centre culturel islamique de Moscou, en 1992 le Centre culturel islamique de Russie, pour devenir en 1995 co-directeur de l’Union des musulmans
de Russie, gérer en 1997 les affaires de la Direction spirituelle des musulmans
pour la partie asiatique de la Russie et prendre en 1999 la tête du mouvement
Refakh.
En octobre 1999, le mouvement décide de s’intégrer au parti du pouvoir,
Edinstvo, et obtient la même année cinq élus aux élections législatives. Député
à la Douma, Niazov y fonde en mai 2001 une union inter-groupes nommée
« Eurasie » qui compte plus d’une vingtaine de députés. Fort de ses nombreuses
représentations régionales
[13], le PER espère maintenant atteindre aux prochaines
législatives de 2003 les 5 % nécessaires pour siéger en tant que tel, et non plus
sous l’étiquette de Edinstvo, à la Douma. Le parti compte officiellement 8000
membres mais affirme en espérer 100 000 fin 2003. Son but final est bien
évidemment d’arriver à canaliser à son avantage le vote des musulmans de
Russie (environ 20 à 25 millions de personnes
[14]) et il parie sur l’avenir : une
poussée démographique supérieure qui en feront un élément clef de la stabilité
du pays dans quelques décennies. Il escompte plus généralement représenter, au
plan politique, l’ensemble des minorités allogènes (un peu moins de 20 % de la
population du pays) et en appelle à l’élaboration « d’un système de valeurs
spirituelles eurasiennes
[15] ».
Pavel Borodin, actuel secrétaire d’État à l’Union Russo-Biélorusse, a
suscité de nombreuses polémiques dans la presse russe en annonçant qu’il allait
soutenir le PER. Le poste le plus élevé du PER restant vacant puisque Niazov n’est
officiellement que vice-président. L’Union des citoyens orthodoxes a entre autre
condamné la déclaration de P. Borodin et affirmé que l’union Russie-Biélorus-sie, en partie fondée sur l’orthodoxie commune aux deux pays, ne pouvait être
dirigée par une personnalité « ralliée » à l’islam
[16]. Le projet d’alliance entre
Borodin et Niazov semble pour l’instant ne pas avoir abouti.
À la différence des autres mouvances néo-eurasistes qui sont implantées dans
les milieux universitaires et intellectuels, le PER n’a pas de discours extrêmement élaboré sur le plan théorique. Il se présente cependant comme « l’interprète de l’eurasisme dans la politique concrète
[17] ». Il ne fait pas allusion aux
autres courants du moment mais ne cache pas sa préférence pour le mouvement
des années 1920 et les versions turciques de l’eurasisme : « La plate-forme du
Parti repose sur l’idée eurasienne ; un système conséquent de points de vue et
de représentations dont les fondements se trouvent dans les travaux de N. Troubetzkoy, P. Savicki, L. Gumilev et que les œuvres d’O. Sulejmanov, N. Nazarbaev et beaucoup d’autres ont fait avancer
[18]. » Lors de son congrès fondateur,
le PER a ainsi reçu le soutien de deux écrivains célèbres, le Kazakh Oljas Sulejmanov et le Kirghize Tchingiz Aïtmatov. Le premier a même accepté de prendre
la tête du Conseil de surveillance du parti.
Le PER se félicite du retour de l’aigle à deux têtes sur le drapeau russe ;
symboliquement tourné tant vers l’Ouest que vers l’Est, ce dernier confirmerait
le dialogue entre orthodoxie et islam – deux religions jugées proches dans leurs
principes fondamentaux – mais aussi entre populations slaves et turciques. Un
discours eurasiste des plus classiques : la situation d’entre-deux de la Russie sur
les plans politique, mais aussi économique, social et culturel. L’Eurasien serait
ainsi un être de la « conciliarité » (sobornost’) qui n’a rien à voir avec le collectivisme de l’époque soviétique. Au niveau économique, le PER espère à la fois le
développement du marché et un soutien aux entreprises faibles ainsi qu’aux
classes sociales défavorisées par le biais d’un certain néo-corporativisme. À la
différence du courant de Dougin qui dévalorise l’économie devant les choses de
l’esprit, le PER a une vision positive du petit entreprenariat. Sur le plan politique,
il affiche sa volonté d’un « conservatisme sain » et apporte son soutien aux
réformes du président Poutine.
Toutes les mouvances néo-eurasistes sont sensibles à la question religieuse
et voient dans la spiritualité une solution pour le pays. Mais alors que tous les
autres courants sont profondément orthodoxes, le PER affirme que l’islam a lui
aussi la capacité de sortir la Russie du « marasme moral » dans une collaboration étroite avec l’orthodoxie. Il se distingue également de ses concurrents,
souvent très critiques quant au processus de libéralisation qu’a connu l’URSS, par
sa modération politique : Gorbatchev n’aurait pas dû liquider l’État en même
temps que l’idéologie mais il a eu le mérite d’accorder la liberté d’expression.
Il ne se cache donc pas de sa nostalgie d’une Union soviétique qui aurait pu
survivre dans ses frontières tout en s’affranchissant du socialisme réel. Si le
discours du PER n’a pas la redondance théorique des propos de Dougin ni son
messianisme virulent, il se pose cependant comme une évidence et essentialise
la question du devenir de la Russie. « L’eurasisme n’est pas une question, mais
une réponse, il n’est pas une négation mais une affirmation, il n’est pas une
maladie mais un médicament. Il est exactement ce dont a aujourd’hui besoin la
Russie et toute la communauté des individus qui vivent de la mer Baltique à
l’Océan Pacifique, du Cercle polaire aux montagnes du Pamir et de l’Hindou
Kouch
[19] ».
Comme de nombreux néo-eurasistes, Niazov tente de conjuguer volonté
politique et légitimité scientifique. Il ne peut certes rivaliser avec les autres
théoriciens du néo-eurasisme puisqu’il n’a pas de chaire universitaire et ne
publie pas d’ouvrages sur la question. Il tente cependant de participer à toutes
les conférences sur l’eurasisme, probablement dans l’espoir d’investir une partie
du champ scientifique, voire de recruter des idéologues. Par exemple le
31 octobre 2001 au séminaire organisé par l’Institut Carnegie sur « Ethnicité et
construction nationale ». Niazov se cherche également une filiation propre qui
justifierait
a posteriori ses choix idéologiques : né à Omsk, dans une région
traditionnellement kazakhe, il se réclame descendant du khan sibérien Koutchoum
[20] et rappelle que son arrière-grand-père, Rachid Qadi Ibragim, était un
célèbre théologien musulman ayant participé à la fondation, en 1905, de l’Union
des musulmans de Russie.
Les choix intérieurs et extérieurs
Le programme du PER peut se résumer selon deux grands axes : le parti appelle
à un nouvel équilibre entre centre et périphérie ; il croit en la reconstitution
d’inspiration eurasiste des liens entre républiques post-soviétiques : « La fondation par des moyens légaux sur le territoire post-soviétique, d’une Union fédérative eurasienne dont le noyau sera un État russe démocratique et économiquement fort
[21]. » Il invite donc à la mise en place d’une propagande officielle,
fondée sur le patriotisme et la communauté de destin des peuples de la CEI.
Le PER tient très fermement à son projet de Communauté économique euroasiatique. Il milite en faveur d’un eurasisme pragmatique sur le modèle préconisé depuis maintenant presque une décennie par le président kazakh Nursultan
Nazarbaev. Il a également appelé à la fondation d’un Parti eurasiste du Kazakhstan, une offre qui a reçu un avis favorable chez Bejbit Saparaly, le leader du
mouvement populaire-patriotique du pays. Toujours dans la continuité traditionnelle, le PER cherche à renforcer les liens de la Russie avec le monde musulman. Des députés du parti se sont ainsi rendus en Iran, Libye, Pakistan, Malaysia et Indonésie, Niazov ayant même personnellement rencontré Y. Arafat et
M. Kadhafi.
Le parti combat le séparatisme et les tendances centrifuges qui menacent la
Fédération de Russie en accordant plus d’autonomie aux sujets nationaux. Il
appelle donc à un redécoupage régional et à une limitation du nombre des républiques ou régions nationales : les minorités (ethniques) censées s’incarner dans
celles-ci n’y représentant souvent qu’un faible pourcentage de la population. En
échange, il propose de conférer aux « petits peuples » une autonomie culturelle
là où ils vivent de manière compacte « et de leur accorder une représentation
proportionnelle dans les organes de pouvoir. La direction du PER circule ainsi
entre les différentes régions de Russie afin de rencontre les élites locales et de
les convaincre de la justesse des réformes prônées. Elle se trouvait par exemple
le 23 juillet 2002 à Saratov et y a rencontré le gouverneur ainsi que les représentants de l’Église orthodoxe et de l’islam.
Très marqué par les événements du 11 septembre 2001 qui aggravent selon
lui l’hystérie anti-musulmane en Russie, le PER a organisé le 1er décembre
suivant une manifestation contre le pogrom de Tsaritsyn et dénonce régulièrement ce qu’il appelle le « national-fascisme » de certains groupuscules extrémistes russes. Il est l’un des rares partis à appeler à une solution politique et non
militaire à la guerre en Tchétchénie et condamne le « délit de faciès » dont sont
victimes les Caucasiens à Moscou. Le parti a voté, lors de son 2e Congrès en
2001, plusieurs résolutions pour un règlement pacifique de la question palestinienne, contre la montée de l’extrémisme politique et en faveur de la paix en
Tchétchénie. Une délégation du PER a également rendu visite, à l’été 2001, au
président de l’Ossétie du nord, T. Mamsurov, dans l’espoir d’atténuer les
tensions au Nord-Caucase et de propager la « solution eurasiste » aux problèmes
nationaux et religieux de la Russie contemporaine.
Les polémiques entre mouvances néo-eurasistes
Les deux partis eurasistes ne collaborent évidemment pas et représentent, audelà de l’afffrontement politique et théorique, des luttes de clans et d’intérêts
personnels difficilement compatibles. Ils n’ont tout d’abord pas la même
conception de leur vie politique : Niazov veut être présent sur la scène publique
afin de rassembler l’électorat potentiellement musulman du pays ; Dougin ne
veut pas se présenter aux élections mais influencer le pouvoir de l’intérieur, l’innerver sur le plan idéologique. Les deux partis illustrent également – même si
leur existence ne se limite pas à cela – les polémiques divisant la hiérarchie de
la Direction spirituelle des musulmans de Russie : le président du conseil des
muftis de Russie, Ravil Gajnutdin, et le mufti suprême de la partie asiatique de
la Russie, N. Achirov, soutiennent l’initiative du PER, tandis que le mufti
suprême de la Russie européenne, Talgat Tadjuddin, est membre du comité
central du parti de Dougin.
Dougin accuse le PER d’être une marionnette du Kremlin : cette organisation n’a-t-elle pas été enregistrée la première par le ministère de la Justice ? Il
aurait l’habitude : l’Union des forces de droite de Boris Nemtsov a perverti la
notion de droite, le PER ferait de même avec celle d’Eurasie. Pour Dougin en
effet, l’eurasisme ne se limite pas à la « question nationale », comme semble le
penser le PER, et ce dernier ne regroupe, selon lui, que des fonctionnaires qui
s’en occupaient déjà à l’époque soviétique. Niazov est à l’inverse plus nuancé,
attribuant par exemple à Dougin « une compréhension quelque peu ésotérique,
et même exotique, de l’idée eurasiste mais aussi des pensées saines
[22] ». Il a
même probablement été dans une certaine mesure influencé par la terminologie
douginienne, annonçant entre autre que le monde se trouve aujourd’hui « au
seuil du Verseau
[23] », des références ésotériques et occultistes pour le moins
surprenantes chez un musulman.
Les deux partis sont parfois associés par la presse, en particulier sous la
plume des ennemis de l’eurasisme. D’aucuns voient en eux une pure création du
Kremlin, voire de l’ancien KGB (aujourd’hui SFB ). Confusion totale et qui révèle
à quel point la notion même d’Eurasie est perçue par certains comme musulmane et anti-russe : le parti de Dougin qui ne cache pourtant pas son nationalisme grand-russien a été accusé d’être une courroie de transmission de l’islamisme lors d’une séance du « séminaire russo-israélien
[24] ».
Le PER est tout particulièrement dénoncé par les milieux nationalistes pour
avoir soi-disant proposé de fonder une république indépendante de Tchétchénie
au sein de l’Union Russie-Biélorussie. Il est décrié en tant qu’entreprise avant
tout commerciale fonctionnant au profit de ses leaders. Le parti a en effet créé
un fonds d’activités commerciales afin de soutenir financièrement son activité
politique et reconnaît dans son programme vouloir « s’orienter vers un corporatisme interne, avec préférence aux membres par une active promotion de leurs
droits sociaux et le développement des initiatives entrepreneuriales
[25] ». La
personnalité et le parcours de Niazov suscitent de nombreuses critiques :
certains insistent sur sa conversion tardive, soit intéressée à l’islam ; d’autres
affirment sa volonté, en 1991, de prendre la place du mufti Gajnutdin (un « coup
d’État » qui aurait été à l’origine de son exclusion du Centre culturel islamique)
et rappellent à souhait que Sergeï Choïgou, de la tribune du congrès de Edinstvo
en octobre 2000, l’a publiquement accusé de soutenir des « wahhabites turcs »
comme d’utiliser sa position dans un but d’enrichissement personnel.
Les théoriciens du premier eurasisme, dans l’entre-deux-guerres, n’avaient
jamais réellement pu expliquer leur combinaison de nationalisme russe et d’ouverture aux minorités nationales du pays. L’eurasisme traduisait en effet un
nationalisme russe non pas ethnique mais impérialiste, étatiste et de tels paradoxes lui étaient inhérents. Ces derniers font aujourd’hui place à une expression
plus précise sur les contradictions qui traversent la Russie : désintérêt, depuis la
fin de l’URSS, des partis dits libéraux pour la question de l’identité nationale, le
renforcement du pouvoir présidentiel de V. Poutine, le besoin de définir une
politique régionale en Asie, la situation en Tchétchénie invitent à un « retour »
de ces réflexions identitaires sur la place d’une Russie confrontée à l’Occident.
La politisation de l’idée eurasienne contribue à un éclaircissement puisque
Evrazija et le PER proposent des lectures bien différentes, pour ne pas dire strictement contraires de l’eurasisme. Leur seule unité réside dans la fidélité au
nouveau pouvoir et dans une géopolitique commune : grande puissance russe,
proximité avec une partie du monde musulman, renforcement des liens intra-CEI. Le PER se révèle cependant bien moins anti-occidental que le parti de
Dougin qui a fondé tout son discours géopolitique, précisément, sur le rejet de
« l’atlantisme ». Sur le plan intérieur, le PER se veut avant tout un organe de
représentation et d’expression des minorités de la Fédération tandis que Dougin
affiche toujours une vision grand-russienne de la Russie. Si le premier espère
fournir du « lobbying identitaire », attirant à lui le vote des citoyens musulmans,
le second reste ancré dans la réflexion identitaire, personnelle et collective. À
l’eurasisme intellectuel, ésotérique et mystique de Dougin s’oppose donc un
eurasisme peu théorisé, moins idéologique et plus pragmatique, focalisé sur la
recherche d’un équilibre politique et économique entre centre et périphérie.
Les élections de 2003 permettront à chacun des concurrents de mesurer la
réception de ses propositions dans la société russe. Le sentiment de mal-être
d’une partie des musulmans de Russie face à un discours les dévalorisant, assimilant le Caucase au terrorisme et toute affirmation de sa foi à de l’extrémisme,
n’a fait que s’amplifier avec la seconde guerre de Tchétchénie, les tensions en
Transcaucasie et les événements du 11 septembre 2001. Le PER saura-t-il canaliser cette expression musulmane dans le cadre du loyalisme à l’État russe et
incarner dans le champ politique la réalité de « l’islam de Russie », un islam
traditionnel, sans objectifs politiques sous-jacents et non internationalisé ?
Mais comme les pères fondateurs des années 1920, les deux partis contemporains attachent moins d’importance au jeu politique formel – considéré
comme une importation occidentale peu pertinente – qu’à leur « entrisme »
idéologique dans les structures étatiques (administration présidentielle, fonctionnaires officiels de la CEI, représentants locaux du pouvoir central, gouverneurs régionaux de la Fédération). L’idée eurasienne, en tant que définition
géopolitique floue de la Russie, pourrait, faute de soutien populaire, se développer sans lui.
[1]
Cf. sur ces courants M. Laruelle, « Alexandre Dougin : esquisse d’un eurasisme d’extrêmedroite en Russie post-soviétique »,
Revue d’études comparatives Est-Ouest, CNR s, n° 3,
2001, p. 59-78 et « L’Empire après l’Empire : le néo-eurasisme russe »,
Cahiers du monde
russe, Paris, EHESS, vol. 42, n° 1, janvier-mars 2001, p. 71-94.
[2]
Les vieux-croyants sont une branche de l’orthodoxie détachée de la structure officielle au
XVII
e siècle et longtemps considérée comme hérétique par le patriarcat de Moscou. Après la
chute de l’URSS, une grande partie des vieux-croyants, eux-mêmes divisés en de multiples
sectes, ont rejoint le patriarcat tout en bénéficiant du respect de leurs traditions et de leur
autonomie de culte. Dougin appartient à ces courants et non à ceux qui souhaitent, aujourd’hui encore, rester indépendants de l’orthodoxie officielle.
[3]
Cf. âernov D. « Prevy‰e vsego. Rossijskie fundamentalisty ob’edinjajutsja dlja podderÏki
vlasti »,
Vesti, 25 avril 2001.
[4]
Ibid., p. 5.
[5]
A. Dugin,
Osnovy geopolitiki.
Geopoliticeskoe budu‰ãee Rossii [Les fondements de la
géopolitique. L’avenir géopolitique de la Russie], Moscou, Arktogeja, 1997, p. 251.
[6]
Cf. le manifeste du mouvement sur le site w
www. arctogaia. comet celui du parti de Dougin :
www. eurasia. com. ru.
[7]
Interview du mufti Talgat Tadjuddin sur le site de Gazeta.ru
[8]
M. Laruelle, « Jeux de miroir. L’idéologie eurasiste et les allogènes de l’Empire russe »,
Cahiers d’études du monde méditerranéen turc et iranien, Paris, CERI, n° 28,1999, p. 207-230
[9]
M. Laruelle, « Les ambiguïtés de l’eurasisme kazakh : ouverture sur le monde russe ou
fermeture nationaliste ? »,
Cahiers d’études de la Méditerranée orientale turque et iranienne,
dossier « Russie-Asie centrale : regards réciproques », Paris, CERI, n° 34, septembre 2002.
[10]
Akhmadkady Aktaev.
Elementy, Moscou, n° 1,1992.
[11]
G. DÏemal,
Nezavisimaja gazeta, 31 janvier 1992.
[12]
D’après ses propres chiffres, le PER compte 40 % de Russes, 30 % de « Turciques » et
10% de Caucasiens. Les petits peuples sibériens y sont moins bien représentés.
[13]
Pour être reconnu et pouvoir participer aux élections, chaque parti doit, selon la nouvelle
législation, réussir à ouvrir au moins 50 représentations régionales.
[14]
Les résultats du recensement d’octobre 2002 sont particulièrement attendus par les
milieux politiques musulmans, qui misent sur un accroissement de la population se réclamant
de nationalités dites « musulmanes » pour s’affirmer au sein de la Fédération.
[15]
Déclaration du 2
e Congrès, 27 avril 2002.
[16]
Déclaration du 4 avril 2002.
[17]
Programme du parti, site internet du PER : w
www. eurasianparty. ru.
[20]
Le khan Koutchoum aurait résisté avec l’un des derniers khanats sibériens avant d’être
défait par le cosaque Ermak.
[21]
Déclaration du 2
e Congrès, 27 avril 2002.
[22]
A.-V. V. Niazov, « Evrazijstvo – ne proekt Kremlja », interview de Anna Zakatnova,
Nezavisimaja gazeta, 31 juillet 2001.
[23]
Première phrase du programme du PER.
[24]
Réunion du 27 juin 2002 sur le thème « Grande guerre eurasienne : l’islam facteur d’influence ».
[25]
Programme du parti, site internet du PER.