2003
Outre - Terre
Des marges aux marches
Nord-Caucase. Atlas d’une poudrière
Viatcheslav Avioutskii
doctorant au Centre de recherches et d’analyses géopolitique de l’université de Paris VIII, enseignant à l’École supérieur de management en alternance de l’université de Marne-la-Vallée.
La décennie de 1990 a vu le Nord-Caucase, à peine connu à l’étranger – destination essentiellement touristique des Soviétiques – se transformer en foyer de
conflits interethniques et ethnopolitiques permanents. Avec de nombreux protagonistes : autorités fédérales, régionales et « républicaines », ethnies, diasporas,
minorités, Cosaques et Russes du sud de la Russie.
Le conflit tchétchène a internationalisé ce champ en l’incluant dans « l’arc
de crises » de Brzezinski qui s’étend du Maroc au Turkestan chinois. Avec beaucoup de participants « collatéraux » : musulmans de Russie (Tatars, Bachkirs,
etc.) qui ne souhaitent pas que leurs relations avec les autorités fédérales se détériorent ; anciennes républiques soviétiques craignant le retour de la Russie
(Ukraine et pays baltes) ; les pays de l’est s’opposant à la renaissance d’une
Russie impérialiste (Pologne, République tchèque, Hongrie, etc.) ; pays ouesteuropéens préoccupés par les violations systématiques des droits de l’Homme ;
les États-Unis d’Amérique qui veulent assurer leur présence sur les routes du
pétrole de la Caspienne; Turquie et Iran qui effectuent un retour dans leurs
anciennes possessions et zones d’influence du Caucase; autres pays moyenorientaux (Arabie saoudite, Bahreïn, Qatar, Emirats Arabes Unis) souhaitant
voir triompher dans cette zone leur forme d’Islam; civilisation de l’Islam dans
son ensemble qui se sent être solidaire du « peuple frère musulman »; multinationales pétrolières dont les intérêts ne correspondent pas forcément avec ceux
des pays occidentaux; puissances régionales telles l’Inde et la Chine, préoccupées par leurs mouvements séparatistes musulmans (Ouïgours et Cachemiris) ;
internationale islamiste d’Oussama Ben Laden et d’Ayman al-Zawahiri (al-Qaïda) ; Géorgie qui a vu le conflit tchétchène se propager sur son territoire.
Toutefois, le conflit tchétchène, même s’il demeure le plus violent, n’est
pas isolé d’autres conflits du Nord-Caucase et de Transcaucasie. Il faut le situer
dans le cadre régional défini par une géopolitique ethnique extrêmement
complexe. Une mosaïque qui résulte d’une part de l’Empire russe et de l’Union
soviétique comme dans une moindre mesure de l’Empire perse et de l’Empire
ottoman. De l’autre, il s’agit des processus migratoires complexes qui se sont
déroulés sur une « longue durée » (Fernand Braudel). Passage d’ethnies
nomades, la plaine du Nord-Caucase a vu apparaître des populations sédentaires sur le tard, chaque nouvelle vague de migrations poussant à se réfugier
dans les montagnes des populations qui s’y étaient installées. Au XIXe siècle,
les Russes la peuplent massivement mais elle attire également des montagnards
qui commencent à descendre. Durant les XIXe et XXe siècles, cette descente,
tantôt favorisée par les autorités russes tantôt freinée et accompagnée par la
ruée des colons slaves, a produit un chevauchement complexe des ethnies
montagnardes, des diasporas, des minorités ethniques et des Slaves sur le
piémont nord-caucacasien et ce que l’on nomme généralement le sud de la
Russie.
Il faut toutefois distinguer le sud de la Russie, soit la région de Rostov, la
Kalmoukie, les territoires de Stavropol et de Krasnodar du Nord-Caucase.
Celui-ci comprend sept républiques membres de la Fédération de Russie :
Daghestan, Tchétchénie, Ingouchie, Ossétie du Nord, Kabardie-Balkarie, KaratchaèvieTcherkessie et Adyguéie. Plus de quarante ethnies et groupes ethniques
considérés comme « autochtones » y cohabitent. Elles se répartissent entre trois
groupes linguistiques : caucasique (Kabardes, Adyguéïens, Abazas, Tchétchènes, Tcherkesses, Ingouches, Daghestanais) ; turcique (Balkars, Karatchaïs,
Nogaïs, Koumyks) et iranien (Ossètes, Tats). Certaines républiques (Adyguéie,
Karatchaèvie-Tcherkessie, Ossétie du Nord, Kabardie-Balkarie) abritent encore
des minorités russes.
Les relations entre les nombreuses ethnies daghestanaises ont toujours été
très complexes. Il apparaît que le clivage principal et le plus ancien intervient
entre les ethnies turciques (Koumyks, Nogaïs et Azéris) habitant la plaine
côtière de la Caspienne et les ethnies paléocaucasiennes appartenant au sous-groupe (nakho)-daghestanais des langues du Caucase du nord-est (Avars,
Darguines, Lezguines, Laks, Tabassarans, Agouls, Routouls, Tsakhours) habitant la zone montagneuse (Daghestan montagneux). Au Moyen Âge, les
Koumyks dominaient culturellement et politiquement les Avars, les Darguines
et les Laks, alors que les Azéris réussirent à imposer leur contrôle sur les
Lezguines, les Tsakhours, les Agouls, les Routouls, les Tabassarans.
La population des ethnies nord-caucasiennes varie de plus de 600000 pour
les Avars et les Tchétchènes à 600 pour les Guinoukhs regroupés dans un seul
village daghestanais
[1].
Certaines ethnies partagent la même langue ou parlent des langues très
proches, comme les Adyguéens, les Kabardes et les Tcherkesses, les Karatchaïs
et les Balkars, ou encore les Tchétchènes et les Ingouches. D’autres ne se
comprennent guère comme c’est le cas des Daghestanais obligés d’avoir recours
à une langue intermédiaire, qui ne fut pas toujours le russe. Une source daghestanaise indiquait que le fractionnement des langues, dans cette région, s’est
poursuivi tout au long du XX
e siècle. Ainsi, dans les années 1920-1930, on y
comptait 14 groupes ethniques parlant des langues distinctes appartenant au
groupe avar. Vers 2001, ils étaient au nombre de 21. On rapporte que le dialecte
du village deToukit s’éloigna à tel point de son micro-groupe dialectal que ses
habitants furent contraints d’utiliser l’avar ou le russe pour parler avec ceux
dont ils partageaient encore le dialecte il y avait quelques dizaines d’années. Le
dialecte du village Nijneïe Inkhelo s’éloigna de celui des Karatines, tandis que
les Bagoulals se séparèrent en trois groupes distincts dont les dialectes se distinguaient nettement
[2]. Phénomène très particulier au sein du groupe andi-didoï :
les différences entre parlers d’hommes et de femmes dans les villages Andi et
celui, bagoulal, de Khouchtada. Les parlers d’adultes et d’adolescents qui se
distinguaient au village Tindi. Un fractionnement qui s’expliquait par un cloisonnement archaïque entre les hommes et les femmes, entre les adultes et les
adolescents, mais aussi par la tradition d’épouser des femmes originaires
d’autres villages
[3].
Le Daghestan, tout comme le Nord-Caucase en général, a toujours connu
une hiérarchie des langues de communication :
- l’arabe, à l’origine langue confessionnelle, s’implanta au Nord-Caucase dès le
XIIe siècle, c’est-à-dire après les premières conversions massives de Daghestanais. Toutefois, il était aussi rapidement devenu la langue de l’écriture, utilisée
par les lettrés nordcaucasiens dans les correspondances, en matière de jurisprudence, mais également comme langue véhiculaire au niveau régional. Selon
certains témoignages, 10-12% d’habitants du Nord-Caucase auraient maîtrisé
l’arabe avant 1917. Jusqu’en 1927 l’arabe était largement utilisé à tous les
niveaux par l’administration du Daghestan ;
- les langues turciques du Nord-Caucase occupaient la deuxième place après
l’arabe pour la communication interethnique à l’échelle régionale. À la différence des langues caucasiques, connues pour leur fractionnement, elles étaient
beaucoup plus proches les unes des autres. Au XIXe siècle et durant la première
moitié du XXe siècle, le koumyk s’imposa comme lingua franca au nord-est du
Caucase. Avant l’arrivée des Russes, il était largement utilisé par les Tchétchènes, les Avars, les Darguines etc. Aujourd’hui encore, il existe un village de
Tchétchènes koumykisés bilingue ;
- le géorgien joua également un certain rôle historique dans les communications
régionales. Il était maîtrisé essentiellement par les hommes d’ethnie didoï qui
entretenaient des liens intenses avec les Géorgiens par la vallée de l’Alazan ;
- le tchétchène était utilisé comme langue de communication entre Andis et
Vaïnakhs, cette dernière catégorie (« notre peuple ») englobant les Tchétchènes
et les Ingouches. Les Andis étaient liés aux Tchétchènes par des chemins
commerciaux et des pistes à bétail ;
- au niveau local, le rôle de moyen de communication entre les Daghestanais
était joué par le « bolmats » (avar), le kazi-koumoukh (lak) et le guneï
(lezguine). Le russe ne réussit à s’imposer parmi les Daghestanais qu’après la
Deuxième Guerre Mondiale
[4].
En novembre 1923, les bolcheviks décidèrent de réduire la prédominance
de l’arabe et de la culture islamique parmi les Daghestanais. L’enseignement
scolaire, ainsi que la presse et l’administration de toutes les ethnies du Daghestan passèrent à l’azéri, ce qui eut pour effet de favoriser les Azéris de Derbent
et les Koumyk. En 1927, on renonça à l’azéri, mais l’utilisation de l’arabe restait
interdite dans la vie publique et privée, tandis que l’on commença à élaborer des
alphabets pour les langues vernaculaires du Daghestan
[5].
Caractère relatif des classifications ethniques
Au XIX
e siècle, les sources russes ne distinguaient que deux groupes majeurs
au Daghestan : « Koumyks » habitants de la plaine d’une part et « Lezguines »
montagnards
[6] d’autre part. La province se divisait alors en « Daghestan turcique »
et en « Daghestan caucasien ». Une division certes arbitraire et peu scientifique qui
reflétait bien, toutefois, la géopolitique russe de la région à l’époque. L’état-major
de l’armée impériale opposait de la sorte les ethnies turciques de la plaine, pour
l’essentiel pacifiées, aux ethnies paléocaucasiennes de la montagne, considérées
comme « insoumises » et « rebelles ». Une subdivision entre « Koumyks » et
« Lezguines » qui fondera toute l’action des Russes au Daghestan : encourager les
populations montagnardes à descendre dans la plaine. Une descente que le pouvoir
soviétique allait largement organiser, allant parfois jusqu’au transfert véritable des
populations.
De même pour la subdivision des Vaïnakhs en Ingouches et en Tchétchènes : les Russes s’employant à distinguer les Vaïnakhs « pacifiques » des
Vaïnakhs « hostiles » à leur présence russe. En effet, les Ingouches renoncèrent
à la résistance armée, leur soutien à la cause de l’imam Chamil, au milieu du
XIXe, restant épisodique. Alors que pour une grande majorité, les Tchétchènes
ont résisté l’arme à la main à la pénétration russe dans leur région et se sont
ralliés massivement aux troupes de Chamil. »
Toutefois, le cas de la fabrication des ethnies du groupe de langues adyghokabarde est emblématique. La séparation des Kabardes de ce groupe des ethnies
adygho-tcherkesses résulte de l’histoire, lorsque, aux XII
e-XIV
e siècles, après
l’invasion mongole une partie des Adygho-Tcherkesses effectuèrent une migration du Kouban vers l’Est pour s’installer initialement sur un affluent gauche du
Térek
[7]. Aux XVI
e-XVIII
e siècles, les Kabardes s’imposèrent dans tout le centre du
Nord-Caucase, en instaurant leur contrôle sur les Balkars, les Ossètes, les
Ingouches et une partie des Tchétchènes. Le reste du groupe connu sous le nom
de « Circassiens » dans les sources occidentales, était composé au début du
XIX
e siècle, de 10 tribus : Natoukhaïs, Chapsougues, Abadzekhs, Bjédoukhs,
Khatoukaïs, Témirgoïs, Eguéroukaïs, Mamkhiagues, Makhochevs et Besléneïs.
Dans les années 1860, un grand nombre d’Adygho-Tcherkesses émigrèrent
(furent expulsés) vers l’Empire Ottoman.
Une civilisation fortement marquée par la guerre
Avec la perestroïka, les quatre ethnies adyguéio-tcherkesses (Chapsougues,
Adygéiens, Tcherkesses, Kabardes) prirent conscience du fait qu’ils
parlaient la même langue et qu’ils avaient les mêmes origines ethniques.
L’Association Tcherkesse Mondiale promeut une idéologie panadyguéienne.
On se réclame d’un même passé glorieux tel que le décrit l’universitaire
kabarde A. Marzeï à la veille de l’invasion par l’armée impériale.
Les activités guerrières en étaient le pivot. Marzeï insistant sur l’importance
des campagnes militaires, la vaillance, le mépris pour la mort, le maniement
des armes et la maîtrise du cheval. Revenir sans butin apparaissait comme
honteux.
Le jeune homme n’obtenait les droits civiques qu’après avoir commis un
vol ou tué un ennemi. Le reproche le plus offensant qu’une jeune fille
pouvait adresser à un fiancé potentiel était de n’avoir pas même volé une
vache.
Seuls les hommes d’origine noble (princes et ouorks) avaient le droit de
participer à des expéditions sans objectif de conquête ou d’annexion. Les
demeures adyguéio-tcherkesses étaient d’ailleurs construites en matériaux
peu solides de façon à les incendier et se réfugier dans la montagne quand
l’adversaire s’emparait du village qui changeait donc très souvent d’emplacement.
On considérait les batailles comme une fête solennelle à laquelle une partie
des protagonistes participaient en spectateurs comme s’il s’agissait d’une
représentation
[8].
À la fin de la guerre du Caucase, les Adyguéio-Tcherkesses orientaux
(Besléneïs, Chapsougues et dans une moindre mesure Abadzekhs) furent installés dans des villages élargis sur le Haut-Kouban et le Zélentchouk. Ils y furent
rejoints sous pression russe par des Kabardes « fugitifs » durant la première
moitié du XIXe siècle et furent nommés « Tcherkesses » (terme générique) à
l’époque soviétique.
Parmi eux du Moyen-Kouban se rassemblèrent ce qui restait des Bjédougues,
des Abadzekhs, des Chapsougues, des Besleneïs, des Janeïs, des Natoukhaïs, des
Temirgoïs, des Khatoukaïs, des Eguéroukaïs, des Mamkhiagues, des Makhochevs, et des Khakoutchs, les premiers y étant majoritaires – rapports privilégiés
et de longue date avec la Russie. Les autorités russes les avaient instrumentalisés
à de nombreuses reprises bien qu’il n’eussent pas été, loin s’en faut, les alliés les
plus fidèles. Les Soviétiques les nommèrent « Adyguéiens ».
Les quelques milliers de Chapsoughes restés sur le littoral de la mer Noire,
entre Sotchi et Anapa, furent seuls à récupérer le nom illustre de leurs ancêtres
à la place d’« Adyguéiens de la mer Noire », comme les appelaient les ethnologues soviétiques.
Autre cas de fabrication d’ethnies par les Soviétiques, celui des Karatchaïs
et des Balkars, dont la séparation en deux ethnies distinctes a été « officialisée »
dans les années 1920.
Le Caucase est une des régions les plus conflictuelles du monde. Plus de
70 nations, ethnies et groupes ethniques s’y affrontent pour la terre et le pouvoir
sur un espace réduit. Après une relative accalmie durant la période soviétique,
le fait que les conflits se soient multipliés à la fin des années 1980 et au cours
de la décennie qui suivit peut surprendre. Toutefois, dans l’optique braudélienne
de « longue durée », la paix que le régime soviétique était parvenu à instaurer
ne constituait qu’une parenthèse dans une opposition multiséculaire depuis le
Moyen Âge et qui se cristallisa avec l’arrivée des troupes russes à la fin du
XVIIIe siècle dans une longue guerre du Caucase ( 1816-1864) entre ces dernières
et les populations montagnardes. Après la victoire des Russes et la déportation
de plusieurs centaines de milliers de montagnards vers l’Empire Ottoman, les
musulmanes n’allaient pas cesser de se soulevèrent. Tout comme une série d’affrontements interethniques se produisit en 1918 une fois la révolution survenue.
Les bolcheviks joueront habilement la carte ethnique en soutenant les ethnies
dans une lutte contre les Cosaques qui leur étaient majoritairement hostiles. La
guerre civile se termine par le transfert d’une partie de terres cosaques à des
communautés montagnardes qu’on installe dans la plaine. Quelque 35 000
Cosaques sont déportés hors de la Sounja, leurs villages étant peuplés par des
Ossètes, des Ingouches et des Tchétchènes.
Mais la collectivisation provoque une nouvelle vague de révoltes des
ethnies montagnardes. Les montagnards se soulèvent un peu partout, à la fin des
années 1920, en Balkarie, en Tchétchénie, au Daghestan. La révolte devient
permanente en montagne tchétchène. Le pouvoir soviétique mobilise l’aviation
et des unités de l’armée pour venir au bout de cette rébellion. Celle-ci reprendra
en 1939 et s’intensifie particulièrement à partir de 1942 au fur et à mesure que
la Wehrmacht progresse vers le Caucase. Il semble qu’une partie des populations musulmanes du Nord-Caucase ait bien accueilli les occupants. Toutefois,
seuls les Balkars et les Tchétchènes se sont attaqués à des unités de l’armée
rouge. Au contraire des premiers qui résistent par épisodes, les seconds parviennent à former une « zone libre » à l’arrière de la ligne du front; ils ne seront pas
occupés par les Allemands qui leur fournissent cependant armes et munitions.
En 1943-1944, quatre ethnies nord-caucasiennes – Tchétchènes, Ingouches,
Balkars et Karatchaïs – accusées d’avoir collaboré avec l’ennemi, sont
entièrement déportées vers l’Asie centrale. Plus d’un tiers des déportés
périssent en route et durant les premiers mois de leur installation. Ces
« peuples punis » seront autorisés à rentrer chez eux en 1957. Il y a là
cependant une mémoire qui livrera des représentations mobilisatrices dans
nombre de conflits resurgis au cours des années 1990.
Réhabilitation des « peuples réprimés »
Ce sont les revendications des « peuples punis » – réhabilitation politique et
territoriale – qui ont débouché sur une première série de conflits interethniques
au Nord-Caucase. Les Karatchaïs demandent les premiers, en 1989, que soit
constituée une « république karatchaïe », séparée de la Karatchaèvie-Tcherkessie
formée en 1957 après le retour d’exil. L’opposition entre Karatchaïs et les Tcherkesses a failli tourner à la scission en 1991-1992. En 1999, l’élection d’un candidat karatchaï au poste de chef de la Karatchaèvie-Tcherkessie a provoqué une
nouvelle série de violences et il a fallu une intervention de Vladimir Poutine,
alors premier ministre, pour qu’une véritable guerre interethnique fût prévenue.
Les Balkars exigent pour leur part une Balkarie séparée de la Kabardie-Balkarie et qui devrait englober les quatre « districts » d’où ils avaient été été
déportés en 1944. L’opposition entre les Balkars et les Kabardes atteint un point
critique en 1992. Politiquement divisés et très minoritaires – quelque 10 % de
la population de la république – les premiers ont difficilement accepté la prédominance des seconds.
Les Tchétchènes Akkines du Daghestan n’ont pu récupérer leurs villages,
peuplés par des Laks eux-mêmes transférés par la force depuis la montagne
daghestanaise, en 1957. Ceci malgré un soutien des autorités daghestanaises qui
prévoyaient le transfert des Laks vers une autre zone, mais n’ont pu le réaliser
faute de moyens financiers.
Les Ingouches se sont retrouvés dans une situation très difficile face aux
Ossètes du nord qui refusaient de leur restituer le district de Prigorodny ; mais
ils s’y sont résinstallés, bravant toute interdiction, durant les années 1960-1970
pour y vivre avec des Russes et à des Ossètes. Des revendications sur Prigorodny, en 1990-1991, se sont traduites par une montée de la tension et un violent
conflit entre Ingouches et Ossètes éclata en octobre-novembre 1992 jusqu’à ce
que les troupes russes séparent les belligérants. La majeure partie des Ingouches
de Prigorodny s’est réfugiée en Ingouchie et ne rentre qu’au compte-gouttes.
Les négociations entre les présidents ossète et ingouche n’ont donné, pour le
moment, que peu de résultats concrets même si les relations entre les Ossètes et
les Ingouches se sont légèrement améliorées.
Caractéristiques de la géopolitique nord-caucasienne :
distribution ethnique du pouvoir
Au cours de la décennie de 1991-2001, les républiques du Nord-Caucase
sont toutes, à l’exception de la Tchétchénie, restées plus ou moins loyales à
Moscou, car elles dépendaient toutes étroitement des subventions accordées par
le centre ; un besoin encore accru en raison d’une crise économique profonde.
Parmi ces républiques, la plus favorisée par Moscou fut l’Ossétie du nord qui
soutenait toujours ses décisions, fussent-elles très impopulaireses, et pesa sur les
relations entre la Russie et la Géorgie dont dépendait le maintien du contingent
russe en Ossétie du sud.
Le Daghestan, particulièrement frappé par le chômage, ne cachait pas non
plus son orientation pro-russe. De même pour la Kabardie-Balkarie. L’Adyguéie
et la Karatchaèvie-Tcherkessie, avec respectivement 75% et 40% de populations russes, ne manisfestaient pas de signes de rebellion, même si elles n’accueillaient pas toujours la politique de Moscou dans la région, notamment au
sujet de l’Abkhazie (la Géorgie), avec enthousiasme.
De son côté, la petite Ingouchie était la moins favorable à Moscou. Malgré
une situation économique désastreuse, la république avait toutes les chances, au
début des années 1990, de rejoindre les Tchétchènes dans leur aventure indépendantiste, le maintien du District de Prigorodny en Ossétie du Nord sans
lequel – un tiers des terres historiquement ingouches – l’indépendance n’était
pas pensable constituant le seul obstacle à cette entreprise. C’est d’ailleurs pour
cette raison que Moscou s’était opposée au transfert de ce district à l’Ingouchie
et a appuyé militairement les Ossètes en octobre – novembre 1992 pendant la
courte guerre ingoucho-ossète pour le Prigorodny.
Même si elles ignoraient, à l’exception des Tchéchènes, le sécessionnisme,
les républiques nord-caucasiennes se dotèrent de Parlements, de constitutions et
de gouvernements propres. Elles se comportaient souvent comme des États dans
l’État, obéissant à des règles non écrites de distribution du pouvoir selon en
fonction des ethnies. C’est ainsi que dans les autres régions majoritairement
russes de la Fédération de Russie, on pouvait trouver des gouverneurs d’origine
allemande, turcique ou ukrainienne, alors que les républiques du Nord-Caucase,
après 1991 et parfois bien avant, avaient uniquement des dirigeants issus l’ethnie éponyme : le président de la Kabardie-Balkarie, Valeri Kokov, était Kabarde,
celui de l’Adyguéie, Khazret Sovmen, élu en janvier 2002, un Adyguéien, celui
de l’Ingouchie, Rouslan Aouchev, remplacé par Malsagov puis par Ziazikov en
juin 2002, un Ingouche, celui de la Karatchaèvie-Tcherkessie, Vladimir Semenov, un Karatchaï, celui de la Tchétchénie, Aslan Maskhadov, élu en 1997 et
auquel Moscou substituera Ahmad Kadyrov en 2000, un Tchétchène et celui de
l’Ossétie du nord, Alexandre Dzassokhov, réélu en janvier 2002, bien entendu
un Ossète. D’autres ethnies éponymes ou numériquement importantes contrôlant le deuxième poste-clef. Ainsi, le premier ministre de la Kabardie-Balkarie
était un Balkar, alors que le maire de Tcherkessk où se concentrait 25% de la
population de la Karatchaèvie-Tcherkessie était un Tcherkesse (remplacé par un
Slave en 2001)
[9]. Dans cette dernière république Vassili Nechtchadimov, un
Russe, occupait le poste de premier ministre, avec deux adjoints – karatchaï et
abaza, alors qu’un Nogaï était aux commandes du Parlement local
[10].
En Adyguéie, en plus du poste de président, les Adyghéens occupaient les
postes de vice-premier ministre, les ministères clefs, la présidence de la Cour
Suprême de la république, la direction de la police, les représentations du
pouvoir fédéral à Maykop, le rectorat des deux universités d’État, la direction
de l’Institut des Recherches en Sciences Humaines (ses adjoints, son président
du Conseil Scientifique, tous les départements), toutes les chaires de sciences
sociales dans les universités, les ministères de l’Éducation et de la Science
[11].
Rappelons que les Adyguiéens constituaient 23 % de la population en 1999.
Au Daghestan où aucune ethnie n’était largement majoritaire, un conseil
d’État collégial, avec représentation de toutes les ethnies dotées d’une langue
écrite, gérait la vie de la république. Un équilibre constitutionnel qui n’empêchait pas les luttes interrethniques pour le pouvoir de se poursuivre à d’autres
niveaux hiérarchiques.
Ainsi, à l’époque soviétique, une règle tacite voulait que le poste de premier
secrétaire du comité du PCUS de la république fût occupé par un Avar et que le
président du présidium du soviet suprême daghestanais soit un Darguine. Une
distribution qui s’est perpétuée, lorsque le président du Conseil d’État du Daghestan, Magomedali Magomedov et le maire de Makhatchkala, Saïd Amirov
[12],
étaient Darguines, alors que les Avars contrôlaient avec Moukhou Aliev le poste
du président de l’Assemblée Populaire (Parlement) de la République. Le président
du gouvernement (premier ministre) était en 1999 le Koumyk Khizri Chikhsaïdov
[13], alors que son adjoint était l’Avar Gadji Makhatchev. Pendant les 50-60
dernières années, tous les trois postes suprêmes du Daghestan étaient occupés par
des Avars, des Darguines et/ou des Koumyks. Ce qui s’expliquait par le poids
numérique de ces trois ethnies dans la population de la république. Plusieurs
ethnies, exclues du partage du pouvoir, tels les Laks, les Lezguines et les Tabassarans n’ont bien entendu cessé de critiquer ce système
[14].
Conflit tchétchène : cadre événementiel
Trois facteurs contribuèrent à radicaliser fortement le mouvement ethnique des
Tchtchènes jusqu’à déclencher des hostilités qui menèrent le général Djokhar
Doudaev au pouvoir.
Les problèmes écologiques
Tout d’abord les problèmes écologiques, liés à l’exploration démesurée des
richesses naturelles, surtout du pétrole, soit une spoliation du paysage et de la
nature donc des facteurs importants de l’identité des populations. Les problèmes
de pollution étant particulièrement graves dans la banlieue industrielle de
Grozny (située dans une cuvette) avec la transformation du pétrole et à Goudermès où un projet de production d’une composante biochimique a mobilisé, à la
fin des années 1980, l’intelligentsia de toute la république.
Les leaders du mouvement tchétchène se sont inspirés des Géorgiens qui avaient
réussit à se débarrasser du joug de Moscou en 1989.
En octobre 1990, la « Table ronde » de Zviad Gamsakhourdia gagna les
élections législatives et les Géorgiens entamèrent un blocus de l’Ossétie du sud.
L’apparition d’une république limitrophe de la Tchétchénieet indépendante de
Moscou permettait d’imaginer une alliance éventuelle dans la lutte contre l’adversaire commun. C’est d’ailleurs ce qui se passa en 1991 quand Djokhar
Doudaev et le leader géorgien établirent d’étroites relations.
La guerre du Golfe et l’Oumma
Lors de la guerre du Golfe les musulmans du Nord-Caucase démontrèrent leur
soutien à l’Irak, surtout au Daghestan et en Tchétchénie-Ingouchie, comme par
exemple lors d’une série de manifestations, fin 1990, à Makhatchkala et à Grozny.
Un Comité pour la défense de l’Irak fut mis en place en Tchétchénie-Ingou-chie au mois de décembre 1990. Il organisa de grandes protestations, des
marches, des collectes d’argent et de médicaments, mais aussi l’enrôlement de
volontaires souhaitant partir en Irak.
On affirmait qu’un «
corps de vingt-cinq mille volontaires » avait été formé
pour aller combattre aux côtés des Irakiens. Abdoul Aliev, président du Comité,
en même temps un de leaders du parti démocrate Vaïnakh, nationaliste et
conservateur, aligne les slogans à Grozny, début février 1990 : « Touchez pas à
l’Irak ! » ; « Irak, le peuple de la Tchétchénie-Ingouchie est avec toi !
[15] »
Des tracts qui demandaient aux Cosaques du Térek de quitter la TchétchénieIngouchie, le Daghestan et tout le Nord-Caucase sous trois mois étaient
distribués dans le Territoire de Stavropol ; ils faisaient référence à Saddam
Hussein : « Notre jeune tigre, l’Irakien Hussein s’est dégourdi les muscles. Il va
lancer un appel que nous, pieux musulmans, suivrons. Nous avons sur terre la
majorité absolue et il n’est pas de force qui puisse nous arrêter
[16]. »
La nomenklatura communiste tente
de hisser la Tchétchénie-Ingouchie au rang d’une république
membre de l’Union soviétique
Les 25-26 novembre 1990, lesoviet suprême adopta une déclaration sur la
souveraineté de la Tchétchénie-Ingouchie, proclamant de façon évidemment
très ambiguë et indirecte que la Tchétchénie-Ingouchie ne faisait partie ni de la
Fédération de Russie, ni de l’Union soviétique
[17]. De lourdes phrases dissimulaient des intentions réelles et un projet précis. On prévoyait d’abord la séparation juridique de la Fédération de Russie – comme la Tchétchénie-Ingouchie
n’avait signé aucun accord avec les autorités de la RSFSR, elle n’en faisait pas
partie – puis l’inclusion de cette république dans l’Union soviétique par signature du traité d’union avec les autorités de l’URSS.
« Révolution » tchétchène
L’élément déclencheur de la crise à Grozny, qualifiée par les médias de « révolution tchétchène », fut le coup d’État manqué des conservateurs du Politburo à
Moscou les 19-21 août 1991. Le président Mikhaïl Gorbatchev se retrouva
plusieurs jours prisonnier en Crimée, alors que des chars d’assaut investissaient
Moscou. De nombreuses manifestations anti-coup d’État s’organisèrent alors
spontanément dans toute l’Union soviétique, y compris à Grozny.
Mais en Tchétchénie-Ingouchie, ce mouvement eut une autre signification.
Les manifestants, emmenés par le Comité national du peuple tchétchène
(CNPT ch) de D. Doudaev, mirent à profit les hésitations du leader communiste
de la république, Dokou Zavgaev, pour condamner les putschistes et contester
l’équipe dirigeante de ce dernier. Le coup d’État avait déjà pris fin que le
meeting sur la place centrale de Grozny se poursuivait. Début septembre 1991,
les membres de la Garde nationale du CNPT ch sortirent les armes de leurs caches
du temps de la seconde guerre mondiale. Doudaev réussit à renverser Zavgaev,
instaurant un organe de pouvoir transitoire, le Conseil Provisoire, dont la moitié
des membres était issus du CNPT ch. Ceci avec un consentement passif de
Moscou où le Tchétchène Rouslan Khasboulatov, bras droit de Boris Eltsine,
voyait d’un bon oeil la chute de son rival communiste en Tchétchénie. En
septembre 1991, Khasboulatov et ses proches firent plusieurs voyages à Grozny.
Sans pour autant empêcher le Conseil provisoire d’éclater en deux organes de
pouvoir qui préparaient chacun leur propre élection présidentielle. Celle de
Doudaev eut lieu le 27 octobre 1991 et son leader fut proclamé président de la
république tchétchène. L’opposition et Moscou ne reconnurent pas ce scrutin
auquel avaient participé, assurait-on, 30 % des électeurs. De fait : une grande
partie des Ingouches et des Russes avaient boycotté le suffrage.
« Un esclave qui ne souhaite pas se libérer de ses chaînes mérite son esclavage. Le prix de la véritable souveraineté est si élevé qu’espérer l’atteindre à
moindre coût est aussi absurde que de supposer que les Tchétchènes se résigneront un jour à une liberté coloniale limitée », Djokhar Doudaev en juin
1991 au Congrès national du peuple tchétchène [18].
Une fois élu, Doudaev multiplia les discours indépendantistes. Début
novembre 1993, Boris Eltsine réagit par un ultimatum, exigeant le désarmement
des « formations militaires illégales » (la Garde nationale du CNPT ch). Plusieurs
unités du ministère de l’Intérieur de la Russie furent envoyées à l’aérodrome
militaire de Khankala, près de Grozny. Elles furent bloquées par la Garde nationale et escortées à l’aéroport de Vladikavkaz d’où elles répartirent pour
Moscou.
Mikhaïl Gorbatchev qui voulait rester neutre dans cette affaire avait refusé
d’envoyer en Tchétchénie les troupes soviétiques. L’administration Eltsine, mise
en échec, plaça dès lors la république indépendantiste sous un blocus politique,
économique et financier qui se prolongea plus de deux ans et se termina par l’intervention de l’armée fédérale russe.
« Que cherche le peuple tchétchène ? Il cherche la liberté, non parce que le
mot est joli, mais parce qu’il en apprécie le véritable sens… Nous avons
vu l’Empire soviétiques s’écrouler. Maintenant, c’est au tour de l’Empire
russe de disparaître… Nous fûmes tous déportés et tous nous allons lutter
pour notre indépendance », Djokhar Doudaëv, 1992 [19].
Première guerre de Tchétchénie
L’armée fédérale, héritière et copie fidèle de l’armée soviétique, n’était pas conçue
pour ce genre d’opérations. Une fois entrée en Tchétchénie, elle devint rapidement
victime de son poids. Les Soviétiques équipaient, traditionnellement, leurs forces
armées d’un grand nombre de chars et de blindés qui pouvaient être extrêmement
efficaces en cas d’affrontement éventuel sur le territoire allemand entre les troupes
du Pacte de Varsovie et celles de l’OTAN. Mais cette armée fédérale, surdimensionnée en 1994, n’était absolument pas adaptée au combat de rue. En outre, les
fédéraux se trompèrent tragiquement en croyant qu’il s’agissait d’une simple
opération de maintien de l’ordre et rencontrèrent à Grozny une résistance très
organisée, établie par des anciens officiers soviétiques comme Djokhar Doudaev
et Aslan Maskhadov, au fait de tous leurs points faibles. Le commandement militaire lança cinq vains assauts contre la capitale tchétchène. Des erreurs tactiques
de l’état-major fédéral qui coûtèrent la vie à des milliers de jeunes recrues dès les
premières semaines du conflit.
« La Tchétchénie n’a jamais été la Russie, et les Tchétchènes ne se sont
jamais considérés comme Russes. Nous sommes prêts à n’importe quel
affrontement avec la Russie. Notre peuple est préparé. Tout le Caucase va
nous aider, et pas seulement le Caucase », Djokhar Doudaev, janvier 1992 [20].
On accusa le ministre russe de la Défense nationale, Pavel Gratchev, d’avoir
mal conduit la prise de Grozny et sous-estimé les capacités des Tchétchènes
retranchés à Grozny.
Après des échecs cuisants, l’armée fédérale se ressaisit. L’artillerie et l’aviation se mirent à bombarder la ville avec une intensité croissante. 4 000 explosions à l’heure contre par exemple 800 à Sarajevo aux moments les plus durs
[21].
Enfin, après avoir compris qu’il avait affaire à un adversaire crédible, l’étatmajor fédéral dépêcha en Tchétchénie les troupes d’élite qui commencèrent à
progresser dans la ville, s’emparant du palais présidentiel le 19 janvier 1995. Un
changement de tactique qui datait de l’arrivée sur place des groupes de parachutistes du général Babitchev et des commandos des forces spéciales du GRU
[22].
Les journalistes allaient souligner le professionnalisme de ces troupes fédérales,
comparées tactiquement aux défenseurs de Stalingrad. Les commandos qui
délogeaient les doudaéviens maison après maison étaient soutenue par des
bombardements massifs, le commandement fédéral tentant de limiter au maximum les pertes par un usage démesuré de l’artillerie lourde mais faisant ainsi de
nombreuses victimes parmi les civils
[23].
Même si la bataille de Grozny se conclut le 8 février 1995 sur une évacuation du QG de Doudaev hors de la ville
[24], la capacité à résister du général s’explique par plusieurs facteurs :
- il avait formé et entraîné une mini-armée professionnelle, forte de plusieurs
milliers de combattants avec pour noyaux la garde nationale et les bataillons
« abkhazes
[25] ». Ces unités s’étaient nourries des combats contre les Géorgiens
en Abkhazie sur la période 1992-1993 et les forces armées de l’opposition anti-Doudaev en 1993-1994 ;
- il réussit à constituer des stocks d’armes et de munitions renouvelables par un
pont établi entre entre l’Azerbaïdjan et la Tchétchénie. Les armements exsoviétiques arrivaient en Azerbaïdjan par le Pakistan qui en disposait en quantité
depuis la guerre d’Afghanistan et la Turquie laquelle les avait achetées à la RDA
au début des années 1990. En 1994, la compagnie aérienne tchétchène « Stigle »
fit enregistrer ses deux TU-134 à l’aéroport de Khartoum, au Soudan. À la veille
de l’intervention russe en Tchétchénie, ces avions multiplièrent des vols entre
Bakou et Khartoum
[26];
- il fit venir des mercenaires des pays baltes, d’Ukraine, de pays arabes et d’Afghanistan. Fin septembre – début octobre 1994 des émissaires tchétchènes se
rendirent au QG de Gulbuddin Hekmatyar, leader du mouvement islamiste afgan
« Hezb I-islami ». Celui-ci leur promit qu’un détachement de moudjahiddin
partirait pour la Tchétchénie. Le journal chypriote Eleftimia précisant qu’une
grande partie des combattants afghans serait transférés à partir du Nagorny
Karabakh où ils se trouvaient depuis 1993
[27].
Une présence de mercenaires étrangers qui a été plusieurs fois confirmée
par des responsables de la Fédération de Russie. Ainsi, le 29 décembre 1994, le
ministre russe de la Défense expliquait le professionnalisme des combattants
tchétchènes par la présence dans leurs rangs de nombreux mercenaires venus
d’Afghanistan et du Pakistan. Le 5 janvier 1995, les sources officielles russes
indiquaient que quelque 300 moudjaheddin afghans combattaient aux côtés de
Tchétchènes. Le 13 janvier 1995, les journalistes de
Segodnia, un journal peu
suspect de sympathie pour l’administration Eltsine, soulignaient une relative
facilité à disperser les milices tchétchènes même aux approches de Grozny
pendant les premiers jours de l’intervention, alors qu’à Grozny les unités fédérales allaient par la suite rencontrer des professionnels entraînés d’origine
diverse (mercenaires afghans, lituaniens, ukrainiens et même russes
[28]).
Après une courte pause qui suivit la prise de Grozny, les troupes fédérales
reprirent l’offensive, s’emparant d’Argoun ( 23 mars 1995), de Goudermès
( 30 mars 1995), de Chali ( 31 mars 1995), de Samachki ( 9 avril 1995), de
Bamout ( 19 avril 1995), de Védéno ( 4 juin 1995), de Chatoï et de Nojaï-Yourt
[29]
( 13 juin 1995).
Cependant, une prise d’otages spectaculaire à l’hôpital de Boudionnovsk
par un commando tchétchène de Chamil Bassaev, du 14 au 20 juin 1995, donna
un coup de frein à la marche victorieuse des fédéraux. Les négociations russo
tchétchènes alors engagées à Grozny débouchèrent le 30 juillet 1995 sur un
accord de paix qui prévoyait un cessez-le-feu et un échange de tous les prisonniers de guerre, ainsi que l’évacuation d’une grande partie des troupes contre le
désarmement des combattants tchétchènes. Deux brigades fédérales devaient
rester en Tchétchénie
[30].
Il n’y eut plus d’actions à grande échelle mais des accrochages sporadiques
à intensité variable continèrent de se produire. On poursuivit les pourparlers
sans arriver à un accord politique. Les indépendantistes tchétchènes insistaient
sur la sécession inacceptable pour Moscou. Le 10 septembre 1995, l’armée
fédérale commença à évacuer ses unités. Mais la situation allait se dégrader huit
jours plus tard et la délégation de l’armée fédérale parla de désarmer par la force
les indépendantistes, s’ils ne le faisaient pas de leur propre gré. Le 20 septembre
ce fut l’attentat à la bombe manqué contre le représentant de Boris Eltsine en
Tchétchénie, Oleg Lobov. Puis le 6 octobre, on blessa grièvement à la bombe le
commandant des troupes fédérales en Tchétchénie, le général Anatoli Romanov.
Le 9 octobre, Moscou interrompait les pourparlers à Grozny
[31].
Le 1
er novembre, l’ex-président du parlement tchétchéno-ingouche, Dokou
Zavgaev, revint en Tchétchénie en qualité de chef d’un gouvernement pro-russe
et manqua de peu de périr, lui aussi, dans un attentat à la bombe le 20 novembre.
En décembre 1995, il fut élu président de la république tchétchène lors d’élections boycottées et contestées par les indépendantistes
[32].
Le 14 décembre 1995, Salman Radouev, gendre de Doudaev et chef de
guerre, s’empara de Goudermès. Il fallut attendre le 24 pour que les rebelles
soient délogés, laissant 267 combattants sur le terrain. 9 janvier 1996 : infiltration du commando de Radouev à Kizliar au nord du Daghestan. Les rebelles se
retranchèrent avec 250 otages à Pervomaïskoïe sur la frontière tchétchénodaghestanaise. Le village fut libéré le 18 janvier ; Radouev qui avait perdu 153
hommes réussit à prendre la fuite. Le 17 janvier, l’affaire prenait une tournure
internationale du moment où un commando pro-tchétchène de Tocçan s’emparait à Istanboul de l’« Avrasya » avec 95 citoyens russes à bord. Les terroristes
exigeant un sauf-conduit pour le le commando de Radouev pris en tenaille par
les forces spéciales à Pervomaïskoïe
[33].
« La Russie perpètre un génocide à l’égard du peuple tchétchène et le
commandement militaire de la résistance sera obligé de prendre des
mesures adéquates, c’est-à-dire d’entreprendre des actions de diversion sur
le territoire russe », Aslan Maskhadov, février 1996 [34].
Une nouvelle étape dans les affrontements fut franchie du 6 au 9 mars 1996
quand les rebelles, dirigés par Chamil Bassaev, s’emparèrent durant quatre jours
d’une partie de Grozny. Les combats s’intensifièrent partout en Tchétchénie, les
bombardements de l’aviation fédérale se poursuivant. Les troupes fédérales
entreprirent une nouvelle offensive dans les montagnes du sud-est et reprirent
Saïassan, Tsentoroï ( 2 avril 1996) et Belgotoï ( 5 avril 1996)
[35].
Les rebelles reprirent alors l’initiative en détruisant à 25 km de Grozny une
colonne blindée de la fédération : 23 véhicules sur 27 incendiés le 16 avril 1996.
La liquidation du général Doudaev par un missile près de Gekhi Tchou, le
21 avril 1996, n’amena pas les rebelles à changer de tactique – la guérilla.
Moscou recommença cependant à négocier avec les indépendantistes. Le président tchétchène par intérim, Zelimkhan Yandarbiev et le premier ministre russe,
Viktor Tchernomyrdine, signèrent au Kremlin un accord de cessez-le-feu le
27 mai 1996. Sans que les accrochages cessent et les Russes accusant Yandarbiev d’une incapacité à contrôler ses combattants sur le terrain
[36].
La tension monta encore d’un cran quand les rebelles firent prisonniers
26 soldats fédéraux près de Nojaï-Yourt le 1
er juin 1996. Les pourparlers russotchétchènes à Makhatchkala furent interrompus. Une explosion ravagea une
rame de métro moscovite le 11 juin 1996, alors qu’une délégation indépendantiste faisait l’objet d’un attentat à la bombe en Tchétchénie le 12 juin 1996. Un
autre attentat à la bombe survint dans un autocar à Naltchik, en Kabardie-Balka-rie, causant six morts. Les pourparlers russo-tchétchènes allaient reprendre et
échouer à nouveau. Les indépendantistes recommencèrent le combat à Ourous-Martan, Nojaï-Yourt et Kourtchaloï le 9 juillet 1996. Deux nouveaux attentats à
la bombe se produisirent à Moscou les 11 et 12 juillet 1996, blessant
33 personnes
[37].
Les rebelles lancèrent un nouvel assaut contre Grozny le 6 août 1996, les
combats faisant rage partout dans la ville le 7 août 1996. Les fédéraux perdirent
le contrôle de la capitale et se retranchèrent dans les deux aéroports de Séverny
et Khankala le 8 août 1996. C’est alors que le nouveau secrétaire du Conseil de
Sécurité russe, le général Alexandre Lebed, se rendit en Tchétchénie et engagea
des pourparlers avec le chef militaire des rebelles, Aslan Maskhadov. Un
premier accord russo-tchétchène était signé à Novyé Atagui le 22 août 1996. Les
fédéraux évacuant la montagne. À Khassavyourt au Daghestan, Lebed et
Maskhadov signèrent un deuxième accord. Les indépendantistes acceptaient de
remettre à plus tard – en 2001 – le débat sur le statut de leur république; Moscou
évacuait ses troupes le 2 septembre 1996. La campagne de Tchétchénie de 1994-1996 était close
[38].
« Avec l’aide d’Allah, nous allons plonger la Russie dans l’état où se trouve
actuellement la Tchétchénie et nous continuerons jusque ce que le drapeau
noir du djihad flotte sur le Kremlin », Khattab, avril 1998, au journal Al-Qaf [39].
Après la mort de Doudaev, la résistance tchétchène allait rapidement se
diviser en plusieurs dizaines de groupes autonomes, contrôlant chacun son territoire. La Tchétchénie se transforma en une coalition floue de féodaux de type
médiéval. Moscou connaissant de plus en plus de difficultés à poursuivre les
négociations. Bien qu’il ait été élu président le 27 janvier 1997
[40], Aslan
Maskhadov ne parvint jamais à imposer un contrôle sur toutes les formations
armées.
Il y a deux explications à la deuxième intervention russe en Tchétchénie à
partir de 1999 : l’enlèvement et le commerce généralisés des êtres humains en
territoire tchétchène et l’agression des wahhabites tchétchènes à partir du
Daghestan.
Campagne de Daghestan et deuxième guerre de Tchétchénie
( 1999-2001)
Les premiers accrochages sérieux entre forces russes et combattants tchétchènes
survinrent au nord du Daghestan le 28 mai 1999. Des combattants tchétchènes
du chef de guerre d’origine jordanienne ou saoudienne (mort au printemps
2002) Khattab reprirent les combats, pénétrant en plusieurs endroits au Daghestan septentrional le 2 juin 1999. Une incursion qui se répéta le 17 juin 1999. Les
wahhabites daghestanais, épaulés par les combattants tchétchènes, proclamèrent
l’introduction de la charia dans les villages d’Etcheda, Gakko, Guigatl et Avgali
déclarés
territoire islamique le 1
er août 1999. L’armée fédérale entra en action
près d’Etcheda le 3 août 1999. Plusieurs centaines d’islamistes tchétchènes
traversèrent alors la frontière daghestanaise et s’emparèrent des villages d’Ansalta et de Rakhata le 7
[41].
« La Tchétchénie aura son propre État islamique qui ne sera ni soudanais,
ni arabe ou iranien, mais tchétchène. Nous allons donc nous appuyer sur
l’Islam traditionnel, celui que nous avons hérité de nos aïeux. Nous allons
perpétuer dans notre État islamique autant que possible de traditions et de
coutumes propres à notre peuple. Un Tchétchène qui renie ses traditions, ce
n’est plus un Tchétchène », Aslan Maskhadov, mars 1999 [42].
Les Daghestanais mirent en place des milices et organisèrent la résistance à
l’incursion tchétchène. Les combats faisaient rage aux environs d’Ansalta, de
Rakhata et de Tando les 19-21 août 1999. Les fédéraux délogèrent les wahhabites de Tando, Rakhata, Chadroda, Ansalta Ziberkali et Achino le 24 août 1999.
Les rebelles tchétchènes se replièrent chez eux. Le nouveau premier ministre
russe, Vladimir Poutine, allait se rendre au Daghestan le 28 août 1999. Les
forces fédérales lancèrent une attaque contre le fief wahhabite de Karamakhi et
Tchabanmakhi au Daghestan du 29 août au 3 septembre 1999
[43].
Une série d’attentats particulièrement meurtriers se produisirent à
Moscou le 31 août 1999, à Bouïnaksk au Daghestan le 4 septembre 1999, et
de nouveau à Moscou les 9 et 13 septembre 1999, ainsi qu’à Volgodonsk le 16.
Poutine déclara que les terroristes se cachaient en territoire tchétchène et que
les forces extrémistes les y protégeaient. Le premier ministre se disant prêt à
« arracher cette abomination par les racines
[44]. »
Les fédéraux repoussèrent finalement les rebelles de Bassaev et de Khattab
vers la Tchétchénie et se concentrèrent à la frontière le 21 septembre 1999.
L’aviation fédérale bombarda l’aéroport de Grozny et 15 villages tchétchènes le
23 septembre 1999. Poutine lançant la fameuse phrase : « Nous irons si besoin
est les buter dans les chiottes » ( 24 septembre 1999)
[45].
« Les combattants de “l’Armée de l’Imam” ne doivent en aucune manière
épargner les villes ou les bourgades, dès lors que les formations militaires
russes s’y trouvent. [… ] Le combat doit être mené rue par rue, quartier par
quartier, maison par maison. [… ] La libération se rapprochent [46]. » « Nous
ferons table rase sur tout l’espace compris entre le Daghestan et Moscou, y
compris au Kremlin. Nous allons inscrire les pages les plus sanglantes de
l’histoire contemporaine, même si toute la population doit y rester. [… ] Les
Russes n’ont que 24 heures pour évacuer Rostov, Tsaritsyn [47], Astrakhan et
Taganrog [48] », Magomet Tagaëv.
Les troupes fédérales entrèrent en Tchétchénie le 30 septembre 1999, pénétrant sur 5 à 30 km de profondeur les 2-3 octobre 1999. Les fédéraux occupèrent
toute la rive gauche du Térek le 5 octobre 1999, s’emparèrent de Goragorski le 15
et approchèrent de Grozny le 29. Les
taliban afghans offrant une aide militaire et
financière aux indépendantistes tchétchènes, tandis qu’un groupe d’Albanais du
Kosovo traversaient la Géorgie pour les rejoindre fin octobre 1999
[49].
Une opposition anti-Maskhadov se forma en Tchétchénie autour du
mufti
Ahmad-Hadji Kadyrov qui avait rendu Goudermès aux fédéraux et de l’exmaire de Grozny Beslan Gantémirov, libéré d’une prison russe le 6 novembre
1999 lequel commença à former des milices tchétchènes qui combattraient aux
côtés des Russes lors de la bataille pour Grozny le 30 novembre 1999
[50].
La percée russe se poursuivit, les forces fédérales prenant Assinovskaïa le
12 novembre 1999, Bamout le 14, Novy-Charoï le 16, Atchkhoï-Martan le 19,
Argoun le 3 décembre, Ourous-Martan le 8 et Chali le 14. La bataille pour
Grozny commença le 13 et s’intensifia le 24, l’assaut se généralisant le 26. À
Grozny Les fédéraux progressaient lentement.. En même temps, les rebelles
entreprirent une contre-offensive à Argoun et Chali le 9 janvier 2000 qui se
solda par un échec. La bataille de Grozny se termina par une évacuation de la
ville par les rebelles orientés vers les champs de mines où des centaines d’entre
eux périrent ou furent mutilés les 6-7 février 2000
[51].
« Nous ne pouvons pas continuer à pleurnicher ; il faut agir d’une façon
décisive, résolue et énergique, [… ] nous devons arracher cette abomination
par les racines. C’est eux qui ont commencé en occupant du territoire
daghestanais donc faisant partie de la Fédération de Russie. Et il a fallu
qu’ils soient repoussés pour qu’ils comprennent enfin que la Russi, à
genoux, était capable de se relever. C’est la peur qui les fait recourir au
terrorisme », Vladimir Poutine, septembre 1999 [52].
Les rebelles lancèrent une nouvelle contre-offensive à Komsomolskoïe du
5 au 10 mars 2000 et passèrent à des actions de guérilla. Ainsi, 43 fédéraux
allaient tomber dans des embuscades le 29 mars 2000 et 15 autres le 23 avril 2000.
Un camion bourré d’explosifs et conduit par deux femmes tchétchènes kamikazes
tua 17 fédéraux, selon les indépendantistes, à Alkhan-Yourt le 7 juin 2000
[53].
Poutine nomma le
mufti Ahmad-Hadji Kadyrov administrateur de la Tchétchénie le 12 juin 2000
[54].
« Si les Occidentaux s’inquiètent à ce point de la situation au Caucase du
nord, qu’ils usent de leur influence sur les bandits (tchétchènes) pour obtenir la libération des otages russes et étrangers, au lieu de faire pression sur
la Russie. Toute négociation est hors de question tant que les bandits continueront de retenir et de tuer des citoyens russes… Nous mènerons l’opération antiterroriste jusqu’au bout ». Vladimir Poutine, décembre [55].
La guérilla n’a pas cessé en 2000-2002.
1.1927. La communauté russo-cosaques occupe deux bandes coïncidant avec
des lignes cosaques formées aux XVIIIe-XIXe siècles, celles du Térek (rive gauche
du fleuve) et de la Sounja qui passait par Grozny et Goudermès. La communauté tchétchène occupait pour l’essentiel deux secteurs : une partie de la rive
droite du Térek (Terkkhoïs, Tchétchènes « pacifiques ») ; le piémont et la
montagne.
2.1956. Le 23 février 1944 les Tchétchènes sont déportés vers le Kazakhstan et le Kirghizstan. Le sud-est de leur république a été rattaché au Daghestan
et peuplé par des Avars. Le reste de la Tchétchénie est peuplé par des réfugiés
russes de Russie centrale dévastée par la guerre.
3.1967. Après leur retour d’exil, les Tchétchènes ont élargi leur zone d’implantation en s’installant sur la rive gauche du Térek, mais également près de
Grozny. Les Russes commencent à quitter la Tchétchénie-Ingouchie.
4.2002. Après la proclamation de l’indépendance par le général Doudaev
en 1991 une grande partie de la communauté russe a quitté la Tchétchénie. Il
reste toutefois quelque 10 à 15 000 Russes dans certaines enclaves au nord du
Térek et à Grozny.
[1]
Les Guinoukhs étaient (estimations) 200 en 1958 et en 1967,500 à 600 selon les sources
en 1997,600 en 2000 (pour toute la Fédération de Russie) dont 400 dans le village Giunoukh
(Khenokh). The Peoples of the Red Book of the Russian Empire, Tallinn, 1991, w
www. eki-ee/
books/redbook.shtml; Langues de la Fédération de Russie et des États voisins, encyclopédie
en 3 volumes, vol. 1, A-I, Moscou, Nauka, 1997, p. 291 ; V. Bobrovnikov, « Politique nationale soviétique : les montagnards du Daghestan occidental évoluent dans leur identité », in
M.B. Olkott, A. Mala‰enko (éd.),
Origines ethnoconfessionnelles dans la société postsoviétique, Moscou, Centre de Carnegie de Moscou, 1998, p. 135.
[2]
DÏ. DÏamboulaev, « Tout peuple a besoin d’écriture », Severny Kavkaz, Nalãik, n° 19, mai
2001.
[3]
V. Bobrovnikov,
ibid., p. 109.
[4]
En 1926,39% des Daghestanais maîtrisaient le russe ; 82 % le parlaient en 1989.
V. Bobrovnikov, « Muslim Nationalism in the Post-Soviet Caucasus : The Daghestani Case »,
Caucasian Regional Studies, vol. 4, Issue 1,1999.
[5]
V. Bobrovnikov, « Politique nationale soviétique »,
ibid., p. 116-117.
[6]
V. Bobrovnikov, « Muslim Nationalism »,
ibid.
[7]
I. Babitã, « Les identités politique, religieuse et ethnique dans la société kabardino-balkare
contemporaine », dans M.B. Olkott, A. Malachenko, p. 143.
[8]
A. Marzej,
Les incursions tcherkesses, Moscou, Ed. Urãukov, 2001, in L.Orazaeva, « Les
Tcherkesses ne se rendaient jamais »,
Severny Kavkaz, Naltãik, n° 11, mars 2001.
[9]
www. millet. narod. ru/ main. html.
[10]
Vremia MN, 13.10.1999.
[11]
M. Fatoullaev, « Maîtres et hôtes de l’Adyghéïa »,
NG-Regiony (NG-Régions), supplément à
Nezavisimaja Gazeta, 30.05.2000. Il faut reconnaître qu’après l’arrivée de Khazret
Sovmen au pouvoir la part des Russes dans les structures dirigeantes a augmenté.
[12]
On rapporte qu’au moins dix attentats furent organisés contre Saïd Amirov, cf. E.W.
Walker,
Russia’s Soft Underbelly : The Stability of Instability in Dagestan, University of California, Berkeley, Berkeley Program in Soviet and Post-Soviet Studies, Working Paper Series,
winter 1999-2000,55p.
[13]
Nezavisimaja Gazeta, 2.08.2000; E.W. Walker,
ibid., p. 21.
[14]
A. Matveeva, « Daghestan, Ingouchie, Ossétie, Tchétchénie : règle ou exception ?», in
Tchétchénie et Russie. La Société et l’État, Moscou, 1999, p. 373-395.
[15]
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