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| Outre-Terre 2003/3 (no 4) | 23 € |
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S'inscrire Alertes e-mail - Outre-Terre Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezQuelle solution pour le conflit tchétchène ?
AuteurViatcheslav Avioutskii du même auteur
En décembre 1995, le président tchétchène Djokhar Doudaëv déclarait dans un entretien : « Nous avons l’intention de continuer la guerre jusqu’à la dislocation complète de la Russie[1] [1] Reuters, 10. 12. 1995. A. Argumenty i Fakty, n° 12,2000. ...
suite. » Cinq ans plus tard, un journaliste russe notait au contraire dans l’hebdomadaire Argumenty i Fakty : « Le maintien de la Tchétchénie à l’intérieur de la Russie est inséparable de notre idée nationale[2] [2] Le Monde, 27. 09. 1999. ...
suite. » Ces deux approches à elles seules illustrent l’essence même du conflit tragique opposant Russes et Tchétchènes. Pour les premiers, il est question de l’existence même de leur État tandis que les seconds sont prêts à disparaître plutôt qu’à vivre assujettis. Il s’agit bien entendu de deux attitudes extrêmes pour chaque camp. Tous les Tchétchènes ne partagent pas la vision des indépendantistes. Tous les Russes n’associent pas non plus le destin de la fédération au règlement du problème tchétchène.
2 Comment expliquer le radicalisme des Russes et des Tchétchènes ? Un radicalisme qui est à l’origine de plusieurs dizaines de milliers de victimes disparues au cours de deux guerres particulièrement cruelles ( 1994-1996 et 1999-2000). Qui poussa les belligérants à dépasser le point de non-retour. Depuis le début des affrontements russo-tchétchènes en 1994, le conflit est entré dans une phase irrationnelle empêchant tout règlement durable. Aucun moyen, qu’il s’agisse des négociations ou de l’intervention armée et le blocus, n’a permis aux autorités fédérales de s’imposer en Tchétchénie. Plus Moscou s’active pour retenir cette république nord-caucasienne, plus celle-ci s’éloigne de la Russie.
3 Mieux : le conflit, peu à peu, s’est mondialisé. Son théâtre ne se circonscrit plus, loin s’en faut, aux montagnes du Caucase. Il implique non seulement cent quarante-cinq millions de citoyens de Russie (dont dix millions de musulmans), mais aussi plus d’un milliard de musulmans du monde entier et huit cents millions d’Occidentaux. Chaque partie produit ses propres représentations. Pour les Russes, la Tchétchénie constitue une menace, une sorte de « trou noir géopolitique » dévorant l’énergie de la nation. Pour le monde musulman, il s’agit de la lutte de libération d’un peuple musulman désireux de s’affranchir du colonialisme russe. Pour les Occidentaux, les Tchétchènes sont une minorité ethnique qu’il faut protéger face au rouleau compresseur russe.
4 Faute de saisir la logique du conflit les analystes russes font appel à des métaphores lugubres. D’après eux, la Russie est « malade » de la Tchétchénie. Il s’agit d’une maladie grave. Le séparatisme tchétchène, tel un cancer, menace de ses métastases l’organisme russe. Il faut donc avoir recours à des moyens radicaux. Seul l’usage de la force est en mesure de sauver la Russie et les Tchétchènes eux-mêmes des « wahhabites », ces agents subversifs agissant à la solde des pétro-monarchies du Golfe.
5 L’affaire tchétchène alimente le discours des nationalistes et de l’extrême droite qui souhaitent le retour de l’empire. En 2000, l’ex-vice-président russe Alexandre Routskoï prônait la tactique de la terre brûlée à Grozny. Il proposait de faire en une semaine de la Tchétchénie « un désert de Gobi ». Le président russe Vladimir Poutine lui-même, avant d’être élu, avait gagné la popularité des Russes par des propos particulièrement belliqueux. En promettant notamment d’aller « buter jusque dans les chiottes » les terroristes tchétchènes[3] [3] V. A. Avksent’ev, Conflictologie ethnique, en deux parties,...
suite.
6 Cependant, les hommes politiques russes évitent soigneusement d’évoquer les différences en matière de culture, de mentalité, de structures sociales. Ils ne souhaitent pas avouer qu’il s’agit ici tout d’abord d’une opposition de valeurs. Le conflit tchétchène servant de révélateur à un problème plus global quant à la communauté musulmane de Russie dans son ensemble. Celle-ci ne trouvant pas sa place dans un pays majoritairement chrétien. La résolution du conflit tchétchène est l’affaire d’une « insertion » de tous les musulmans de Russie dans la civilisation russe. Or, le modèle tatar d’intégration avancée ne convient pas à tous les adeptes de l’Islam. Pendant les dix dernières années, les communautés de croyants ont connu une ré-islamisation intensive. À l’issue de ce processus, nombre de républiques « musulmanes », notamment au Nord-Caucase, se sont opposées au reste de la Russie chrétienne ou laïque. Un problème d’incompatibilité de valeurs se pose. Avec des conflits qui remontent aux débuts de l’histoire impériale. Car une majorité de Russes ne parviennent pas à considérer comme de véritables égaux leurs concitoyens musulmans. Pire : ils les perçoivent toujours comme une source de danger potentiel, une sorte de « Horde d’Or » apprivoisée mais toujours menaçante.
7 Mais le conflit tchétchène est aussi d’ordre ethnique, ou plus exactement ethno-territorial. Une catégorie de conflit très difficile à résoudre et même sans solution d’après le spécialiste russe en « conflictologie » Viktor Avksentiev puisque les deux ethnies revendiquent un même territoire, des liens chaque fois indissolubles, sacrés ou ancestraux sur le territoire considéré. Chacune s’appuyant sur autant de traces « probantes » de son bon droit ou de son antériorité. L’une et l’autre considèrent que les « liens ancestraux » sont « non-négo-ciables ». Un conflit pour le territoire « qui ne pourra être définitivement réglé tant que les ethnies concurrentes existent », poursuit l’analyste qui nuance cependant son propos en envisageant « un transfert provisoire du territoire litigieux sous le contrôle d’une troisième force, l’échange volontaire de populations organisé pour modifier la structure ethnique du territoire, ou encore de nouvelles délimitations étatiques et territoriales[4] [4] Aslanbek Aslakhanov, membre du présidium du parlement fédéral,...
suite».
8 Paradoxe du conflit tchétchène : tout le monde a compris, même à Moscou, qu’à terme la victoire militaire ne suffira pas. Or, les Russes ne croient pas à une solution politique qui leur semble impossible du fait de l’atomisation de la société tchétchène, irréalisable en l’absence d’interlocuteur chez les indépendantistes et inacceptable – refus de négocier tant chez les islamistes que du côté de Vladimir Poutine, hostilité de l’opinion publique russe.
9 La solution devrait être adaptée aux nouvelles conditions. La Tchétchénie est depuis longtemps sortie du cadre fédéral. Ses populations ont été façonnées par douze années d’« indépendance », d’affrontements et de guérilla. Les Tchétchènes se sont par trop éloignés de la Russie. À tel point qu’on peut se demander si cette région ne constitue pas désormais une sorte d’« étranger intérieur » au sein même de la Fédération de Russie.
Négociations russo-tchétchènes ( 1991-1999)
10 Contrairement à ce qu’on pourrait croire, Moscou a souvent tenté de résoudre le conflit tchétchène par des négociations de 1991 à 1999.
Moscou ne réussit pas à renverser Doudaëv (août – novembre 1991)
11 D’août à novembre 1991, la Tchétchénie reçut la visite de six hauts responsables fédéraux[5] [5] Pravda, 10. 10. 1991 ; O. Vassilieva et T. Mouzaev, ibid. ,...
suite. Toutefois, Moscou ne parvint pas à destituer le général Doudaev qui s’était emparé du pouvoir à Grozny par un coup d’État fin août 1991.
12 En octobre-novembre 1991, les autorités russes adressèrent par deux fois un ultimatum à Djokhar Doudaev[6] [6] Mars 1992 à Dagomys (Territoire de Krasnodar), mai 1992...
suite et tentèrent de faire intervenir les troupes. Mais celles-ci furent rapidement évacuées du fait d’une résistance inattendue des indépendantistes.
Moscou mène un double jeu (décembre 1991-décembre 1994)
13 Il s’agit d’une phase particulièrement confuse où la Tchétchénie essaie de faire reconnaître son indépendance. En revanche, les autorités fédérales lui proposent un statut spécial au sein de la fédération, mais la soumettent parallèlement à un blocus économique, financier et politique.
14 De mars 1992 à mars 1994, les pourparlers ont lieu en huit étapes[7] [7] L’existence de ces tractations étant confirmée par l’intervention...
suite. Mais ils n’aboutissent pas. Ce qui n’empêche pas de s’entendre sur d’autres questions. Comme par exemple en 1992, les autorités russes ayant négocié, à ce que l’on rapporta, le soutien de « volontaires » tchétchènes aux Abkhazes en guerre contre les Géorgiens[8] [8] Nezavisimaja Gazeta, 16. 04. 1992 ; Literatournaja Gazeta,...
suite. La Tchétchénie obtenant en échange la majeure partie des armements de l’ancienne armée soviétique stockées sur son territoire[9] [9] La FSK, soit le Service Fédéral du Contre-Espionnage,...
suite.
L’intervention militaire russe (décembre 1994-octobre 1995)
15 Juste avant et pendant l’entrée des troupes en Tchétchénie, les deux parties tentent d’imposer leur propre version d’un règlement de la crise. Mais aucun compromis n’est trouvé.
16 Les pourparlers sont relancés durant l’assaut sur Grozny. La communauté internationale multipliant ses mises en garde à la Fédération de Russie et dénonçant les fréquentes violations des droits de l’Homme en Tchétchénie. À Moscou, les colombes emmenées par le premier ministre Viktor Tchernomyrdine et les faucons du chef de la FSK [10] [10] International Herald Tribune, 18. 01. 1995 ; Segodnja,...
suite, Sergueï Stépachine, s’opposent sur les méthodes propres à mettre terme aux combats. Les premiers penchent vers une solution négociée, les seconds prônant l’usage exclusif de la force. En mai 1995, les pourparlers reprennent à Grozny sous l’égide de l’OSCE[11] [11] Segodnja, 21. 06. 1995. ...
suite.
17 En juin 1995, le commando tchétchène de Chamil Bassaev prend en otages plusieurs centaines de personnes à l’hôpital de Boudennovsk (Territoire de Stavropol). Pour sauver ceux-ci, Moscou accepte d’évacuer les troupes de Tchétchénie en échange d’un désarmement des rebelles[12] [12] Segodnja, 10. 10. 1995 ; International Herald Tribune,...
suite. À partir de cette période, les autorités fédérales commencent à privilégier le dialogue avec Aslan Maskhadov, considéré comme « modéré », au détriment du « radical » Djokhar Doudaev. Toutefois, après un attentat contre le général Romanov, Moscou interrompt les pourparlers en octobre 1995[13] [13] Segodnja, 28. 05. 1996 ; Segodnja, 18. 07. 1996. ...
suite.
Accord provisoire de Khassavyourt (mars-septembre 1996)
18 La mort de Doudaev en avril 1996 change radicalement la situation. En mai 1996, un premier accord de cessez-le-feu et d’arrêt des hostilités est signé au Kremlin[14] [14] Segodnja, 3. 09. 1996 ; Izvestia, 3. 09. 1996. ...
suite. Un accord cependant peu efficace et destiné surtout à calmer l’opinion publique à la veille des élections présidentielles en Russie. En juillet 1996, après la réélection de Boris Eltsine, les hostilités reprennent.
19 Début août 1996, les rebelles conduits par Chamil Bassaev investissent Grozny. Le général Lebed récemment nommé secrétaire du Conseil de Sécurité russe conduit avec Maskhadov des pourparlers qui débouchent sur un accord russo-tchétchène signé à Khassavyourt (Daghestan) en septembre et qui prévoit l’évacuation des troupes fédérales en échange du report à 2001 du référendum sur l’indépendance tchétchène[15] [15] Nezavisimaja Gazeta, 19. 12. 1996. ...
suite.
Relations quasi-internationales ( 1997-1999)
20 De 1996 à 1999, Moscou entretient des relations très spéciales avec la Tchétchénie. Une représentation russe faisant office d’ambassade est ouverte à Grozny, en même temps que celle de l’OSCE.
21 Durant cette période, la Fédération de Russie cherche à tout prix à sécuriser et à mettre en marche l’oléoduc Bakou-Novorossiysk, fermé depuis le début des hostilités en 1994. Les autorités fédérales proposant aux autorités indépendantistes des « royalties » pour le transit du pétrole azéri par le territoire de la Tchétchénie en contrepartie de leur renonciation à la sécession, au moins dans l’avenir immédiat. Une formule qui va marquer les relations russo-tchétchènes de 1996 à 1999.
22 En novembre 1996, Viktor Tchernomyrdine signe avec Aslan Maskhadov un nouvel accord[16] [16] Segodnja, 27. 02. 1997 ; Kommersant-Daily, 13. 05. 1997. ...
suite. En janvier 1997, Maskhadov est élu président de la Tchétchénie à l’issue d’un scrutin reconnu par Moscou.
23 Ivan Rybkine qui a remplacé Alexandre Lebed au poste de secrétaire du Comité de Sécurité russe est chargé dès l’automne 1996 des relations avec Grozny. En mai 1997, il prépare un accord de paix signé par Boris Eltsine et Aslan Maskhadov à Moscou[17] [17] Kommersant-Daily, 14. 06. 1997; Kommersant-Daily, 10. 09. 1997;...
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24 En juin-septembre 1997, une nouvelle série de pourparlers sont consacrés au transit du pétrole azéri par le territoire tchétchène. Le pipe-line Bakou-Novo-rossiysk est mis en service. Mais la partie russe accuse aussitôt la garde armée tchétchène, chargée de surveiller l’oléoduc en territoire tchétchène, de détourner une partie du pétrole[18] [18] Kommersant, 6. 03. 1999 ; Kommersant, 9. 03. 1999 ;...
suite.
25 Courant 1998, les relations russo-tchétchènes accusent un refroidissement. La multiplication des prises d’otages depuis la Tchétchénie contribue à l’isolement de Maskhadov.
26 En mars 1999, un commando aux ordres de Salman Radouev enlève à Grozny un général russe. Celui-ci représentait le ministère de l’Intérieur en Tchétchénie. Les autorités fédérales retirent alors leur représentation de Grozny. Ce qui équivaut à une « rupture des relations diplomatiques ». En réponse, Grozny suspend le transport du pétrole azéri sur son territoire. En juin 1999, Moscou ferme la frontière administrative avec la Tchétchénie[19] [19] Vers 1999, le camp d’Oudougov comprenait le vice-président...
suite.
27 En août-septembre 1999, les combattants islamistes de Chamil Bassaev tentent d’envahir le Daghestan. Une incursion repoussée. Octobre 1999 : les troupes fédérales entrent à nouveau en Tchétchénie. Depuis lors, Moscou insiste sur une reddition sans conditions des indépendantistes. Intransigeance qui explique l’échec des tentatives de pourparlers entre le général Kazantsev et Akhmed Zakaev à l’aéroport Cheremetevo-2 à Moscou en novembre 2001.
Raisons de l’échec
28 Tout d’abord, les négociations échouent régulièrement à cause d’un trop grand nombre d’intervenants. Elles n’ont d’ailleurs jamais été bilatérales. Acteurs lors des pourpalers : les autorités tchétchènes indépendantistes (Doudaev, Zelimkhan Yandarbiev, Maskhadov), les autorités tchétchènes prorusses (Zavgaev), le parlement russe (Khasboulatov), les premiers ministres russes (Tchernomyrdine, Kirienko, Primakov), l’administration présidentielle de Russie (Eltsine, Filatov), des ministres (Chakhraï), le Conseil des Nationalités (Abdoullatipov), le Conseil de Sécurité russe (Lebed, Rybkine, Berezovski), le parlement tchétchène (Akhmadov, Soslambekov), le premier ministre tchétchène (Mamodaev), le procureur tchétchène (Ousmaev). Situation qui se complique encore si on tient compte d’une forte opposition entre le président russe Boris Eltsine et le président du parlement russe Rouslan Khasboulatov, comme de la lutte pour le pouvoir entre le président tchétchène Doudaev, le premier ministre Mamodaev et le parlement tchétchène.
29 Ensuite, il y avait les méthodes opposées telles qu’on les préconisait au sein de la direction fédérale : les faucons de l’état-major brandissant la menace d’une intervention militaire, alors que les néo-impérialistes prônaient le recours à la pression politique au travers du blocus et que les démocrates restaient partisans de concessions progressives.
30 Les autorités fédérales expliquaient de leur côté l’échec des négociations par le fractionnement d’une société tchétchène divisée en plus de 130 clans, un président tchétchène ne contrôlant que le groupe clanique dont il est originaire.
31 Enfin, la société tchétchène rejetait historiquement tout accord bilatéral si celui-ci n’était pas garanti par une prise d’otage. Le droit coutumier (adates) et la charia restent mieux respectés et observés par les Tchétchènes que les droits civil et pénal, hérités de l’époque soviétique.
Bases idéologiques du projet indépendantiste : de l’islamisme régional (imamat) au messianisme jihadiste (califat)
Movladi Oudougov et la reconstitution de l’Imamat de Chamil
32 En 1991, le nationaliste tchétchène Movladi Oudougov, né en 1962, se fait connaître comme porte-parole de Djokhar Doudaev. Il occupe des postes de responsabilité dans le gouvernement indépendantiste : ministre de l’Information et de la Presse ( 1991-1996), vice-premier ministre ( 1996), « ministre des Affaires étrangères » ( 1996), ministre chargé de la politique de l’Information ( 1997-1999). En janvier 1997, il participe aux élections présidentielles de Tchétchénie et arrive en troisième position après Aslan Maskhadov et Chamil Bassaev. Bref, dans les années 1990, il devint un personnage incontournable de la politique tchétchène. Il se trouve à la tête d’une force politique considérable qui pèse à l’intérieur et dispose d’une assise territoriale (villes de Goudermès et d’Argoun, district de Goudermès et une partie du district de Védéno)[20] [20] Severny Kavkaz, Naltãik, n° 29, juillet 1997. ...
suite.
33 Dans les années Doudaev, Oudougov avait réussi à créer et animer « Tchétchènepress », l’agence officielle de propagande. Sous Maskhadov, il devait encore se distinguer par la création, l’organisation et le fonctionnement de la chaîne de télévision privée « Kavkaz ». Enfin, pendant la guerre tchétchène de 1999-2002, Oudougov assura depuis l’étranger l’animation du site internet « officiel » des islamistes tchétchènes (www.kavkaz.org).
34 Pour Moscou, Oudougov reste la figure odieuse du nationalisme tchétchène, son meilleur chantre et l’âme vive de l’islam radical. Pour les Tchétchènes, il a gagné et conserve la stature d’un incontestable chef de file de la mouvance indépendantiste. La communauté internationale, quant à elle, se souvient d’Oudougov comme du responsable des retransmissions en direct d’exécutions publiques.
35 Parmi les ambitions défendues par Oudougov, le projet d’expansion de la Tchétchénie au détriment du Daghestan demeure particulièrement intéressant. Il a été conçu et élaboré en un temps record de 1997 à 1999. Chamil Bassaev et ses lieutenants vont tenter de le mettre à exécution à l’été 1999, mais l’incursion au Daghestan échoue.
36 Au XIXe siècle, l’alliance tchétchéno-daghestanaise avait déjà permis l’établissement d’une entité islamique : l’imamat de Chamil, soit un foyer de haute lutte pour la libération nationale des montagnards nord-caucasiens pendant plus d’un quart de siècle. Mais l’imamat se réclamait d’une doctrine soufie. Oudougov veut, lui, asseoir cette même alliance sur la doctrine wahhabite introduite au Nord-Caucase, notamment chez les Daghestanais et les Tchétchènes. Selon lui, si un nouvel État daghestano-tchétchène voit le jour, il se constituera autour des sociétés wahhabites ( djamaat) réputées pour la discipline de leurs adeptes et leur forte capacité de mobilisation. Pareil État réaliserait l’objectif principal de Grozny : un débouché sur le monde extérieur via la Caspienne.
37 Pour exécuter son plan, Oudougov fonde en juin 1997 son parti de l’« Ordre Islamique » qui réunit les adeptes tchétchènes du wahhabisme. Programme : la Tchétchénie n’est qu’« une partie du Daghestan[21] [21] Severny Kavkaz, Naltãik, n° 51, décembre 1997. ...
suite ». Le parti élargira par la suite sa base en intégrant des wahhabites daghestanais. Pour se rebaptiser en « Nation de l’Islam », suivant par là le mouvement extrémiste des musulmans noirs américains de Louis Farrakhan (« Nation of Islam ») qui s’est fait lui-même connaître pour des propos antisémites particulièrement violents[22] [22] Severny Kavkaz, Naltãik, n° 27, juillet 1998. ...
suite. En 1998, lors de la visite de Farrakhan au Daghestan, une organisation islamiste transcontinentale est mise en place : le Congrès des Nations de l’Islam formé par trois collectifs tchétchène, daghestanais et américain.
38 Le projet oudougovien débouche logiquement en mai 1998 sur la création à Grozny d’un Congrès des Peuples de la Tchétchénie et du Daghestan. Son président Chamil Bassaev déclara comme ultime objectif de l’organisation l’unification de la Tchétchénie et du Daghestan[23] [23] Pravda, 11. 10. 1991. ...
suite. Une année plus tard, les forces de Bassaev et de Khattab pénètreront au Daghestan.
Zelimkhan Yandarbiev et le projet messianico-jihadiste
39 La carrière politique de Yandarbiev a commencé au début des années 1990. Ce poète nationaliste fonde le parti démocrate Vaïnakh qui devient le moteur de la « révolution tchétchène » en 1991. Il se révèle comme un tribun talentueux dont les discours enflamment les foules pendant la confrontation russo-tchétchène en août-novembre 1991. Le 9 octobre 1991, Yandarbiev est le premier des hommes politiques tchétchènes à proclamer le djihad[24] [24] Segodnja, 19. 09. 1997 ...
suite.
40 En 1993, il sera nommé par Djokhar Doudaev vice-président de Tchétchénie. Après la mort du second en avril 1996, Yandarbiev devient président par intérim de la république indépendantiste. Avant l’élection d’Aslan Maskhadov en janvier 1997, il parvient à modifier le code pénal tchétchène dans le sens d’un rapprochement avec la charia. Calqué sur le modèle soudanais, ce code restera en vigueur jusqu’en novembre 1999 lorsque l’armée fédérale occupe la Tchétchénie. En 1997-1999, des tribunaux appliquant la charia fonctionnent dans toute la république indépendantiste et prononcent plusieurs condamnations à mort. Les exécutions en public de femmes condamnées par ces tribunaux selon les principes de la charia choquent les opinions publiques russe et internationale[25] [25] En 1999-2000, Yandarbiev représente la Tchétchénie de...
suite.
41 En janvier 2000, Zelimkhan Yandarbiev est l’artisan de la « reconnaissance » de la Tchétchénie de Maskhadov par l’Afghanistan des Taliban. Depuis lors, l’idéologue des indépendantistes parcourt les pays islamiques en quête de fonds pour la cause tchétchène[26] [26] Z. Janbardiev, Jihad et problèmes du monde actuel, ...
suite. Son discours se fait de plus en plus violent, fournissant aux combattants tchétchènes une base idéologique. Pour Yandarbiev, la guerre qui se déroule en Tchétchénie n’est pas une guerre interethnique entre Russes et Tchétchènes mais un affrontement mondial, une guerre sainte (Jihad) entre musulmans et infidèles. Les indépendantistes adoptant cette terminologie et les combattants se nommant moudjahiddin, leurs morts au combat étant appelés chahids (martyrs), etc.
42 Dans son « Jihad et problèmes du monde actuel », publié en 2000, Yandarbiev développe sa vision de la politique internationale, fondée sur un antisémitisme primaire. Il accuse les Juifs d’avoir créé l’État d’Israël par le biais de Nations unies formée par le « lobby juif des États chrétiens[27] [27] Z. Janbardiev, ibid. ...
suite. » L’idéologue du Jihad qualifie l’ONU de « néo-empire » et de « centre de la mafia internationale ». Selon lui, « le monde est en fait gouverné par un néo-empire chrétien, plus exactement pseudo-chrétien, qui a de plus en plus de difficultés à retenir sur son visage le masque de la démocratie », alors que « les actions de l’ONU et de ses pères constituent la forme la plus dangereuse du terrorisme international ».
43 Yandarbiev affirmant que cette organisation avait tout fait pour empêcher l’indépendance de peuples non-chrétiens dans la mesure où de grands États chrétiens (Russie) ou les intérêts des « pères de l’organisation » (les Juifs) étaient concernés. Et de donner le contre-exemple de la mobilisation de l’ONU pour l’indépendance de Timor-Oriental, peuplé par des chrétiens et qui s’est séparé d’une Indonésie essentiellement musulmane.
44 L’idéologue dédiabolise la notion de Jihad qui désigne outre la guerre le travail, les efforts et la lutte sur la voie d’Allah. Selon lui, le Jihad, c’est « la vie de l’homme, du Musulman, à partir du moment où il prend conscience d’être musulman jusqu’à son dernier soupir ». Sans aucun doute, en Tchétchénie, « une guerre contre le kafir se déroule ». Yandarbiev est catégorique quant auxméthodes pour accéder à l”indépendance : « Il n’y a qu’à travers le Djihad que les Tchétchènes peuvent trouver la solution aux problèmes de leurs relations avec la Russie. »
45 La dépendance des pays islamiques à l’égard de l’Occident constitue pour l’islamiste un obstacle à la propagation du Jihad. Yandarbiev note que « l’oumma musulmane est dépourvue de centre cérébral politique, capable d’élaborer la doctrine de développement et d’action panislamique ». Il mondialise le Jihad tchétchène qui n’est pas une nouvelle guerre sainte, mais « un maillon de la chaîne d’un Jihad continu ». L’agression russe, tolérée par la communauté internationale non-islamique, incarne « la croisade contre l’Islam mondial ». Qui plus est, souligne Yandarbiev, « les Tchétchènes qui se trouvent à l’avant-garde des forces œuvrant pour le Jihad montrent la direction à suivre pour résoudre les problèmes planétaires de l’humanité comme l’instauration sur terre d’un mode d’existence conforme aux lois du Créateur, le Tout-Puissant Allah ». La mission des Tchétchènes dépasse donc largement celle de leur survie en tant qu’ethnie dans le cadre des systèmes athées.
46 Faisant preuve d’une mégalomanie inédite, Yandarbiev considère les Tchétchènes comme une commando de choc ayant pour but le réveil de l’énergie révolutionnaire du monde islamique : « ils concentrent en eux l’esprit de liberté et de justice ». La cause tchétchène devient logiquement planétaire : « le Jihad tchétchène est mondial ».
47 D’après Yandarbiev, la civilisation occidentale actuelle ne couronne nullement l’évolution de l’humanité et c’est aux Tchétchènes qu’il incombe, à travers le Jihad, d’initier des changements planétaires[28] [28] Z. Janbardiev, À qui le Califat?, www. kavkaz. org. ...
suite.
48 Cette mission des Tchétchènes est développée par Yandarbiev dans son dernier ouvrage « À qui le califat ? », paru en 2002. Le poète nationaliste y renonce à la démocratie (« mutant lugubre du christianisme ») et pose l’islam comme « composante principale de la mentalité tchétchène ». Rejetant par conséquent toute idée d’État laïc pour son peuple. L’imamat instauré au nord-est du Caucase par Chamil au XIXe siècle n’aurait été qu’une étape vers le califat mondial dont les Tchétchènes constitueront la force motrice[29] [29] Libération, 22. 11. 1999. ...
suite.
La Tchétchénie à mi-chemin entre Moscou et Washington
49 De 1994 à 2001, le problème tchétchène pèse systématiquement sur les relations russo-américaines. Il est utilisé comme un moyen de pression sur Moscou et conditionne l’octroi de l’aide financière à la Russie par les institutions internationales. Durant la période 1994-2000, le président Clinton s’est régulièrement exprimé sur le problème dans le sens d’un interventionnisme prudent et critiqué par les républicains qui se prononçaient pour un durcissement de ton de la Maison Blanche dans cette affaire. En novembre 1999, le candidat républicain à la présidence américaine, George W. Bush, annonçait : « Le gouvernement russe qui attaque des civils, tue des femmes et des enfants, fabrique des orphelins et des réfugiés, ne doit plus pouvoir compter sur l’aide des institutions financières internationales[30] [30] L. Kitaev-Smyk, « Le Nord-Caucase en 1994-2000. Des représentations...
suite. » Élu président, Bush Jr accentuera la pression sur le président russe Vladimir Poutine sans obtenir de résultat concluant. Après les attentats du 11 septembre, son administration change d’attitude en raison des liens entre les indépendantistes tchétchènes et al-Qaïda. Et au nom de la lutte contre le terrorisme international, la Russie de Poutine s’est rapprochée des États-Unis. Désormais, le président russe assimile les combattants tchétchènes aux terroristes internationaux.
50 Toutefois, malgré le silence de l’administration Bush sur la situation en Tchétchénie, nombre de personnalités américaines continuent de critiquer les méthodes de Moscou dans la république nord-caucasienne. Par exemple Zbignew Brzezinski dénonce régulièrement l’action de l’armée russe en Tchétchénie et prône une solution politique à ce conflit. Sans trouver toutefois un écho favorable à ses propositions dans une opinion publique russe sous l’emprise du discours jusqu’au-boutiste des militaires.
Comment pacifier une « enclave terroriste » ?
51 Pendant la première guerre de Tchétchénie de 1994 à 1996, la presse russe a été accusée d’avoir miné le moral des soldats combattant en Tchétchénie et d’avoir orienté l’opinion publique contre la solution militaire. On affirmait que Movladi Oudougov avait gagné la guerre de l’information en manipulant les journalistes et en faisant véhiculer la propagande indépendantiste par des médias russes et internationaux.
52 Soumis à de fortes pressions du pouvoir, les médias russes ont changé de ton à partir de 1997. Les journalistes commencent à parler des otages russes retenus en Tchétchénie par des malfaiteurs impunis. L’administration Maskhadov est désormais présentée comme impuissante et incapable de contrôler le territoire de la république. En 1999, la Tchétchénie « indépendante » est perçue par les Russes comme une « enclave terroriste » et comme « un territoire hors contrôle ».
53 Certains chercheurs russes tels L. Kitaev-Smyk (Académie écologique mondiale) partagent cette vision. Ce dernier expliquant pourquoi la Tchétchénie ne peut accéder à l’indépendance. Et les militaires comme les hauts responsables russes ayant fait leur cette analyse qui justifiait leur refus de négocier avec les indépendantistes.
54 Pour Kitaev-Smyk, la Tchétchénie ne peut se séparer de la Russie puisque ses ressources ne lui assurent pas d’existence autonome. On sait que les gisements pétroliers y sont épuisés. Les raffineries ont été détruites. Pas d’autres matières premières à exploiter. L’agriculture est en piteux état. La crise économiquey avait commencé dans les années 1970, provoquant un exode de la main d’œuvre et du chômage massif chez les Tchétchènes. Les indépendantistes n’ont rien pu changer à cette situation qui a fini par empirer en raison du blocus. Le chercheur note qu’en 1997-1999 la Tchétchénie de Maskhadov vivait ( 1) pour l’essentiel sur la diaspora établie en Russie ; ( 2) par le travail forcé de prisonniers retenus dans le pays ; ( 3) la prise d’otages ; ( 4) les narcotrafics ; ( 5) le terrorisme et les activités mafieuses. Conclusion : la Tchétchénie ne peut pas vivre sans la Russie. Son économie n’est pas rentable et ne peut fonctionner que sous perfusion fédérale. Le pays ne se distinguant guère, de ce point de vue, des autres républiques nord-caucasiennes, toutes largement bénéficiaires de subventions fédérales.
55 Mais les années 1990 ont été également désastreuses pour le système éducatif de la république. Faute d’instruction scolaire, les jeunes Tchétchènes ne maîtrisent pas le russe mais ne parlent suffisamment la langue. Si des efforts ne sont pas entrepris dans les années à venir, la nouvelle génération sera entièrement coupée de la société russe.
56 Kitaev-Smyk constate la pérennité des clans et des formations militaires comme l’absence de hiérarchie sociale chez les Tchétchènes. Il souligne que « ceux-ci n’ont jamais reconnu aucune autorité administrative ». Ils ne se laissent soumettre que par la force et encore cette soumission n’est-elle que formelle.
57 Bilan : ( 1) Il est impossible de cohabiter pacifiquement avec les Tchétchènes. ( 2) Les négociations avec les Tchétchènes sont impossibles. ( 3) Seule forme d’administration possible : un « gouvernement général avec présence permanente de troupes[31] [31] S. P. Huntington, « A Local Front of a Global War »,...
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Samuel Huntington : « Front local d’une guerre globale »[32] [32] S. P. Huntington, « Quelques vérités sur la guerre en...
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58 Auteur du célèbre « choc des civilisations », Samuel Huntington voit dans la Tchétchénie « un des nombreux conflits limitrophe au grand bloc islamique qui va du Maroc à l’Indonésie ». Une des causes de ce conflit étant l’absence d’un Étatphare dans la civilisation musulmane capable de guider l’ensemble des musulmans. Huntington établit un parallèle entre le conflit russo-tchétchène et ceux qui ont opposé les musulmans aux non-musulmans en Bosnie, au Kosovo, au Nagorny Karabakh, au Tadjikistan, en Afghanistan, au Cachemire, en Inde, au Philippines, en Indonésie, au Timor-Oriental, au Proche Orient, dans la Corne d’Afrique, au Soudan et au Nigeria.
59 Il prévoit des changements mondiaux et annonce la disparition des grands ensembles géopolitiques tels la Fédération de Russie et la Chine : « L’époque des empires multi-civilisationnels est révolue. « Huntington conseille aux dirigeants russes de s’inspirer du réalisme de Mustafa Kemal (Atatürk) qui admit le démembrement de l’Empire ottoman multi-ethnique au profit d’une Turquie anatolienne peuplée essentiellement de Turcs. D’après lui, étant donné que « la Russie paierait un prix insupportable pour le maintien de son pouvoir en Tchétchénie… les futurs dirigeants… devront prendre le parti d’une Russie qui ne sera que russe au lieu de poursuivre le rêve obsolète d’un empire mult-iethnique et multi-civilisationnel. »
60 Pour Samuel Huntington, la Russie ne combat pas en Tchétchénie un séparatisme périphérique mais s’oppose à la civilisation islamique dans son ensemble. C’est pour cette raison qu’« à long terme, elle ne peut gagner cette guerre, ni les États-Unis peser vraiment sur son issue. Plus tôt les hommes d’État accepteront ces dures réalités, plus tôt la paix reviendra au Caucase du Nord[33] [33] S. âermetova, « Pour la paix en Tchétchénie ! »,...
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Zbignew Brzezinski : une troisième guerre froide pour la Tchétchénie
61 Ancien conseiller à la sécurité nationale du président Carter ( 1977-1981), Zbignew Brzezinski est partisan de l’application par les États-Unis d’une ligne dure à l’égard de la Russie postsoviétique. Ce « cold-warrior » critique volontiers les opérations russes en Tchétchénie. En 2000, il était à l’origine de la mise en place, sous l’égide de la Jamestown Foundation, d’un Comité Américain pour la Paix en Tchétchénie. Juin 2002 : Brzezinski publie un plan de règlement pour le conflit tchétchène. Août 2002 : le comité préside à l’organisation au Liechtenstein d’une rencontre entre Akhmed Zakaev, représentant du président tchétchène, et Rouslan Khasboulatov, Ivan Rybkine, Aslambek Aslakhanov, Youri Tchchékotchikhine[34] [34] Z. Brzezinski, A. M. Haig Jr, M. Kampelman, « The Way...
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62 Le plan de Brzezinski se fonde sur plusieurs propositions. Les Tchétchènes devront reconnaître l’intégrité territoriale de la Fédération de Russie, laquelle acceptera en contrepartie l’autodétermination politique, soit une très large autonomie en son sein – statut proche d’un État associé – de la Tchétchénie. Les Tchétchènes pouvant se doter par référendum des bases constitutionnelles nécessaires à un « self-government » sur le modèle de celui du Tatarstan. Le président Aslan Maskhadov, élu en 1997, devrait appeler les Tchétchènes à voter pour cette solution. Les troupes russes resteront cantonnées à la frontière méridionale du pays. La communauté internationale contribuera à la reconstruction économique de cette république[35] [35] Extraits des rapports du Groupe d’assistance de l’OSCE...
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63 Selon Brzezinski, le conflit tchétchène continue à empêcher que la société russe se démocratise ; son règlement permettra à la Russie de jeter les bases d’une meilleure coopération politique et économique avec l’Union Européenne et les États-Unis.
Hypothèses de règlement
64 Les solutions au conflit russo-tchétchène sont à trouver dans un remaniement de l’espace soit de la Tchétchénie (au niveau local), soit du Nord-Caucase (au niveau régional) ou encore de la Fédération de Russie et de la CEI (aux niveaux national et international). Des modifications qui s’imposent d’autant qu’après 1991 la Tchétchénie, le Nord-Caucase et la Transcaucasie ont considérablement changé. Il ne s’agit pas toutefois de conditions préalables. La solution devrait être recherchée au niveau local dans le cadre d’un dialogue intercommunautaire.
Inacceptable sécession
65 On sait que les indépendantistes combattent pour la formation d’un État tchétchène indépendant. Pourquoi l’apparition d’une Tchétchénie indépendante est-elle rejetée avec une telle obstination par les Russes ?
66 Actuellement, la population de la république est composée à 97% de Tchétchènes pour une écrasante majorité très peu russifiés. Quelques milliers de Cosaques ( 20 000 au maximum) qui demeurent encore en Tchétchénie ne peuvent servir de prétexte à un maintien de la Tchétchénie à l’intérieur de la Fédération. Sans compter que la solidarité ethnique, chez les Russes, a été toujours assez faible. Par exemple lors de la séparation en 1991 des républiques à larges communautés russes comme le Kazakhstan et l’Ukraine. Pas de demandes de rattachement de l’est de l’Ukraine et du Nord-Kazakhstan majoritairement russes émanant de Moscou ou des Russes en général ! Rappelons qu’en 1991, la Russie, héritière pour une majeure part du potentiel militaire soviétique, était en position de force et aurait pu obtenir, au moment où l’Union soviétique se disloquait, un élargissement de son territoire.
67 Les justifications avancées par Moscou pour conserver la Tchétchénie sont d’ordre essentiellement idéologique. On affirme volontiers que Grozny a toujours été une ville russe. Autre argument : le sang des soldats russes tombés durant la guerre du Caucase ( 1816-1864) qui a abreuvé ce territoire ; l’abandon de la Tchétchénie reviendrait à une trahison historique. Bref, les revendications de Moscou s’appuient sur un droit de conquête qui n’a pas pour autant empêché la séparation de l’Asie centrale, elle aussi jadis rattachée par la force des armes.
68 Dans les premières années qui ont suivi la disparition de l’Union soviétique, l’opinion publique russe était plutôt indifférente au destin de la Tchétchénie. C’est pourquoi Boris Eltsine n’a pas fait usage de la force militaire après l’échec d’une intervention armée en novembre 1991. Pareille violence aurait été mal perçue par des Russes ne s’identifiant pas encore à la Fédération floue qui prétendait à l’héritage impérial et soviétique. Une Fédération qui avait d’ailleurs failli être considérablement réduite en août 1991. Le président Gorbatchev qui voulait à tout prix conserver l’Union soviétique avait désespérément essayé d’en corriger le déséquilibre – poids écrasant de la Fédération de Russie. Pour cela il souhaitait démanteler entièrement l’Union soviétique et refonder à sa place une « union rénovée », composée non plus de quinze mais de trente républiques. En plus des républiques fédérées telles que l’Ukraine et la Géorgie, Gorbatchev projetait d’instituer d’autres entités constituantes à partir de républiques indépendantes séparées de la Fédération de Russie. À l’issue de ce découpage, la plus grande république soviétique allait se retrouver amoindrie et par conséquent moins menaçante pour la stabilité de l’ensemble. Les premières républiques à rejoindre la cour des grands devaient être le Tatarstan souverain et la Tchétchénie-Ingouchie autonome. Leurs présidents avaient été invités par Gorbatchev à signer le nouveau traité d’union à Novo-Ogarevo en août 1991. Une signature empêchée in extremis par le coup d’État des conservateurs.
69 Après l’échec du coup d’État, le président Boris Eltsine livra bataille contre Gorbatchev. Un combat qui n’avait rien de personnel. Eltsine ne faisait que s’opposer au morcellement de la république qu’il dirigeait. Il s’agissait de son point de vue d’une réaction logique. Il n’était pas hostile à la conservation de l’Union soviétique, mais opposé à l’« union rénovée » de Gorbatchev dans laquelle la Fédération de Russie se retrouverait réduite et affaiblie. Eltsine refusait de comprendre que l’union des quinze républiques soviétiques était condamnée. La Fédération de Russie y avait trop de poids par rapport aux autres membres. Ces derniers ne pouvaient percevoir dans cette prépondérance qu’une survivance de l’impérialisme grand-russe. Un déséquilibre entre Russes et non-Russes, qu’Eltsine retrouvera à l’intérieur de la Fédération de Russie, révélé à partir de septembre 1991 par la crise tchétchène.
70 Les Russes n’étaient pas forcément opposés à ce qu’une république autonome se sépare de la Fédération. Cet affaiblissement de leur conscience nationale explique d’ailleurs que la Tchétchénie ait pu devenir quasi-indépendante de 1991 à 1994 et de 1997 à 1999. L’intervention armée de 1994 n’a pas été soutenue par l’opinion publique et c’est sous sa pression – non à cause de la résistance des indépendantistes – que l’armée s’est retirée de Tchétchénie en janvier 1997. Toutefois, la situation devait changer vers 1999 avec la nomination au poste de premier ministre de Vladimir Poutine, issu du KGB et le retour d’un certain autoritarisme. Aujourd’hui, non seulement les Russes soutiennent la guerre contre les indépendantistes mais ils rejettent toute solution négociée. Ils sont convaincus que la force militaire suffira pour venir à bout du séparatisme.
71 Un changement radical d’attitude qui ne s’explique pas exclusivement par la propagande. C’est de l’avènement d’un nationalisme ethnique russe du renforcement d’un chauvinisme grand-russe dans une bonne partie de la population russe qu’il s’agit. La Russie est désormais perçue comme un État unitaire et fortement centralisé, dont les structures fédératives ne servent qu’à rassurer 15 % de non-Russes. À terme, ceux-ci devraient accepter la civilisation russe et former avec les Russes un État-nation. Perspective dans laquelle toute sécession d’un membre de la fédération reste évidemment exclue.
72 Parallèlement au renforcement de l’identité russe, les médias ont diffusé des images très négatives sur la Tchétchénie « indépendante ». Celle-ci étant présentée comme un « repère de pirates » tenu par un « pouvoir prédateur » dans les années Doudaev, un « État islamiste » et un « refuge de terroristes » sous Maskhadov.
73 Parmi les arguments que les autorités fédérales avancent contre toute indépendance tchétchène on peut évoquer l’introduction, en février 1999, de la charia par le président Aslan Maskhadov. Deux articles du code pénal tchétchène illustrant bien l’islamisation avancée du pays.
74 L’article 125.2 détaille la punition de l’apostasie : « Tout individu coupable du crime d’apostasie se verra offrir une possibilité de repentir et le tribunal désignera à cet effet une période d’une durée définie. S’il s’obstine et refuse de revenir à l’islam le coupable sera passible de la peine capitale ».
75 L’article 146.1 indique les peines prévues en cas d’adultère : « a) Peine de mort par lapidation dans le cas où le coupable est marié; b) Peine de cent coups de bâton dans le cas où le coupable n’est pas marié[36] [36] L’auteur a pris la peine de comparer le texte de l’interview...
suite. »
76 Le refus de négocier avec Maskhadov s’explique alors par son attachement à l’islamisme. Le président tchétchène indépendantiste n’a-t-il pas accordé, le 4 juillet 2002, une interview à une chaîne de télévision arabe, lançant devant les journalistes un appel aux musulmans du monde à rejoindre le Jihad se déroulant en Tchétchénie et déclarant que le Jihad sur la voie d’Allah constituait « le sens de notre vie ». Maskhadov rajoutait que les indépendantistes n’étaient ni terroristes ni fondamentalistes, mais de vrais musulmans[37] [37] Severny Kavkaz, Naltãik, n° 30,25. 07. 1992. ...
suite.
Variantes de la partition
77 À défaut d’une sécession ouverte on peut envisager différentes formes de partitions.
78 On sait que la Tchétchénie se décompose géographiquement en trois parties : les montagnes du sud, la plaine de la rive gauche du Térek au nord, ainsi que la vallée de la Sounja abritant les industries pétrolières et la ville de Grozny et séparant les deux premières. Les deux districts du nord, Chelkovski et Naourski, peuplés pour l’essentiel de Cosaques avant 1991, n’ont été rattachés à la Tchétchénie-Ingouchie qu’en 1957. Les Cosaques de Chelkovski et de Naourski se sont opposés à l’indépendance tchétchène. Demandant d’abord la création d’une république fédérative tchétchéno-cosaque, puis en proposant un arrondissement cosaque à l’intérieur de la Tchétchénie[38] [38] Izvestia, 22. 06. 1995. ...
suite, enfin en réclamant une séparation de la Tchétchénie et leur intégration au Territoire de Stavropol voisin[39] [39] Severny Kavkaz, Naltãik, n° 24, juin 1997. ...
suite.
79 La communauté cosaque est présente sur le Térek depuis le XVIe siècle. En effet, les Cosaques du Térek peuvent être considérés comme un groupe ethnique autochtone à la différence des colons russes qui affluèrent à Grozny sur le tard, majoritairement au XXe siècle. Le Camp Cosaque du Térek, une organisation fondée en 1990 à Vladikavkaz, a demandé que les « districts cosaques » soient séparés de la Tchétchénie et intégrés dans une « région cosaque du Térek » qui réunirait les territoires cosaques de la rive gauche de ce fleuve. Un projet qui a toutefois rencontré de vives résistances non seulement en Tchétchénie mais dans toutes les républiques nord-caucasiennes concernées (Daghestan, Ossétie du Nord et Kabardie-Balkarie).
80 En revanche, le rattachement des « districts cosaques » de Tchétchénie au Territoire de Stavropol a été discuté aux niveaux régional (par les autorités territoriales de Stavropol) et fédéral (par la Douma). Pareil rattachement aurait débouché sur une frontière naturelle et plus facilement controlable – le Térek – avec la Tchétchénie. L’attitude du gouverneur du Territoire de Stavropol, Alexandre Tchernogorov, a été ambiguë. Il s’était prononcé contre ce rattachement en 1997[40] [40] Vremja MN, 18. 11. 1999. ...
suite. Pour qualifier en 1999 les districts en question de « terres historiquement cosaques »[41] [41] Severny Kavkaz, Naltãik, n° 50, décembre 1999. ...
suite. Un hebdomadaire régional réputé pour ses analyses géopolitiques considérait en décembre de la même année que la seule issue raisonnable à la « question tchétchène » prendrait en compte les intérêts de la population non-tchétchène et pourrait être la division de la Tchétchénie en deux parties sur le Térek, frontière historique entre Cosaques et Montagnards[42] [42] Ibid. ...
suite.
81 Toutefois, l’exode des populations cosaque et russe de Tchétchénie, y compris du nord de la république, a remis en cause ce projet de partition. Il apparaît qu’en 2000, les Tchétchènes constituent 97% de la population. Sur les 300 000 Russes que la Tchétchénie comptait en 1989, il n’en restait en 2000 qu’environ 10 000. Même au nord de la république les Russes (Cosaques) sont devenus minoritaires.
82 Un homme politique russe, Boris Nemtsov, a proposé fin 2000 une autre variante de la partition, fondée cette fois sur des considérations stratégiques, militaires et historiques. Une partie de la population tchétchène est historiquement prorusse. Ces Tchétchènes, ou Terkkhoïs, sont concentrés pour l’essentiel dans le district de Nadtéretchny devenu en 1991 le fief de l’opposition à Doudaev. Les Tchétchènes installés dans le nord « cosaque » de la république ont longtemps cohabité avec des Cosaques et ne manifestent pas de sentiments antirusses. Cette partie de la Tchétchénie une plaine (vallée du Térek) où le relief et l’absence de couverture forestière empêchent les actions de guérilla. Une zone considérée comme sûre et paisible par l’armée fédérale censée en revanche protéger la vallée de la Sounja contre les attaques des rebelles depuis leur fief montagneux.
83 Nemtsov a proposé de scinder la Tchétchénie en deux parties. La ligne de démarcation devant passer au sud de Grozny et de Goudermès. L’armée fédérale contrôlerait le nord (districts « cosaques ») et le centre de la Tchétchénie (Nadtéretchny, Grozny et Goudermès). Cette zone peut en principe être « tenue » militairement à condition d’être isolée du sud de la république, formé globalement du piémont et de la montagne. Le parlementaire s’est prononcé en faveur d’une limite infranchissable sur la ligne Grozny-Goudermès (mais aussi aux frontières avec l’Ingouchie et le Daghestan). Moscou proclamant « no man’s land juridique » et « zone rebelle » le reste du pays au-delà de cette limite, principalement les montagnes du sud. La communauté internationale serait prévenue que cette zone continue à faire partie de la Fédération de Russie et que, par conséquent, toute reconnaissance de ce territoire en tant qu’État indépendant est inacceptable.
84 Plusieurs raisons ont empêché la réalisation de ce projet. D’abord, la création d’une nouvelle frontière notamment en zone montagneuse paraissait trop coûteuse. Puis, l’enfermement de plusieurs centaines de milliers de personnes habitant la « zone rebelle » aurait été mal perçu par la communauté internationale. Enfin, la Géorgie n’avait ni la volonté ni la capacité d’isoler la « zone rebelle » par le sud, ce qui eût entraîné d’innombrables trafics et activités criminelles.
85 D’autres personnalités tels Alexandre Soljenitsyne et l’ancien maire de Moscou Gavriil Popov se sont également prononcés pour la partition de la Tchétchénie.
Intégration dans une CEI réduite
86 Autre solution au conflit tchétchène, le retour à la proposition de Mikhaïl Gorbatchev en 1991. Le dernier leader soviétique croyait « sauver » l’URSS en rééquilibrant sa structure fédérale.
87 On aurait pu dans cette optique concevoir une CEI réduite à cinq des anciennes républiques soviétiques : Russie, Biélorussie, Kazakhstan, Kirghizstan et Ukraine. Les quatre dernières de ces républiques ayant comme trait d’union à la première des communautés russes assez importantes sur leurs territoires. Biélorusses, Kazakhs, Kirghizes et Ukrainiens sont largement russifiés. À la différence d’autres peuples de l’ex-Urss, ils n’ont pas abandonné l’usage du russe même après onze ans d’indépendance. Les Arméniens auraient pu être également inclus dans cette CEI réduite mais la crise économique qui les frappe, l’enclavement et les menaces de guerre avec l’Azerbaïdjan empêchent une semblable intégration.
88 Toutefois, la formation d’une nouvelle CEI devrait s’accompagner d’une consolidation politique, économique et monétaire. Une Confédération nord-caucasienne comprenant la Tchétchénie pouvant y adhérer en tant que sixième membre. Toutefois, une telle construction suppose un travail de longue haleine qui ne peut être mené que sur le long terme.
Démembrement de la Géorgie
89 L’hypothèse d’une dislocation de la Géorgie (scénario catastrophe) impliquerait quasi obligatoirement une occupation par l’armée russe. En dix ans d’indépendance, la Géorgie a perdu presque un tiers de sa population qui a principalement émigré vers la Russie. Deux républiques, l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie, se trouvent déjà sous « protectorat » russe. Les populations de ces républiques optant progressivement pour la citoyenneté russe. Processus qui peut mener ces républiques sécessionnistes à se rattacher à la Fédération de Russie.
90 Dans les relations russo-géorgiennes il y a un point névralgique : les gorges de Pankissi en Géorgie orientale qui servent de refuge aux indépendantistes tchétchènes. Cette zone limitrophe de la Tchétchénie abrite une petite communauté de 6 à 7 000 Tchétchènes de Géorgie (Kistines) et forme depuis le début de la deuxième guerre de Tchétchénie en 1999 une enclave échappant au contrôle de Tbilissi.
91 D’après l’état-major russe, la victoire sur les rebelles ne peut être assurée que moyennant l’occupation par l’armée russe de cette enclave tchétchène en Géorgie. Si les troupes russes devaient pénétrer dans cette zone sensible, un embrasement de toute la Géorgie ou de ce qui en reste, compte tenu de l’évolution vers l’autonomie de l’Adjarie et de la Djavakhétie, peuplée par des Arméniens, n’est pas à exclure.
92 Un petit nombre ( 200 hommes) d’instructeurs militaires américains sont présents depuis le printemps 2002 en Géorgie. Ce « bouclier symbolique » américain est-il en mesure de prévenir une intervention militaire russe en Géorgie ? Les États-Unis ne semblent pas disposés à abandonner ce pays considéré comme essentiel vu les enjeux du pipe-line Bakou-Ceyhan en construction.
93 Certes, une occupation militaire de la Géorgie, à condition qu’elle ne soit pas suivie d’une guérilla géorgienne, notamment en Svanétie et en Mingrélie, permettrait à Moscou d’étouffer militairement la guérilla tchétchène. Mais l’encerclement ne serait qu’une solution provisoire, car les rebelles pourraient recourir au terrorisme urbain selon le modèle basque, par exemple.
Conclusion
94 Préalable à tout règlement politique durable : une restauration de la Tchétchénie d’avant 1991. Ce qui ne peut se faire sans le retour de tous les réfugiés, russes et tchétchènes, dans cette république nord-caucasienne. Un objectif très difficile à atteindre à cause de l’insécurité générale et de la dégradation des rapports interethniques. Si une solution au conflit existe, elle ne peut être d’ordre ni militaire ni politique mais culturel. Il s’agit en fait d’un rapprochement « civilisationnel » à long terme entre les deux communautés. Le conflit tchétchène est le bon révélateur d’un problème plus vaste, celui des musulmans de Russie et de leur intégration effective dans la société russe, ce qui implique la nécessité d’une adaptation correspondante de la culture russe à la nouvelle réalité géopolitique émergente de l’islam russe. Faute de quoi, la Russie sera contrainte de se séparer à terme de sa périphérie musulmane.
95 Pour le moment, la politisation de l’islam dans sa modalité « wahhabite » chez une partie des Tchétchènes rend un tel rapprochement particulièrement difficile voire irréalisable à court terme. Mais le Kazakhstan peut servir d’exemple pour une semblable cohabitation : les deux communautés y vivent en harmonie relative sous le contrôle efficace, ferme et décisif du pouvoir central.
Notes
[ 1] Reuters, 10.12.1995. A. Argumenty i Fakty, n° 12,2000.
[ 2] Le Monde, 27.09.1999.
[ 3] V.A. Avksent’ev, Conflictologie ethnique, en deux parties, Stavropol, Presses de l’université d’État de Stavropol, 1996, I, p. 63.
[ 4] Aslanbek Aslakhanov, membre du présidium du parlement fédéral, Inga Grebecheva, vicepremier ministre fédéral, Rouslan Khasboulatov, président par intérim du parlement fédéral, Guennadi Bourboulis, secrétaire d’État russe, Mikhaïl Poltoranine, ministre fédéral de l’Information et de la Presse, Alexandre Routskoï, vice-président russe, Vladimir Stepankov, procureur général de la Fédération. O. Vasileva et T. Muzaev, Le Caucase du Nord en quête d’idéologie régionale, Moscou, Ed. du Progrès, 1994, p. 60-62 ; Le Monde, 26.10.1991 ; Severny Kavkaz, Naltãik, n° 34, septembre 1991; Pravda, 13.09.1991 ; Severny Kavkaz, Naltãik, n° 37, octobre 1991 ; Pravda, 14.10.1991.
[ 5] Pravda, 10.10.1991 ; O. Vassilieva et T. Mouzaev, ibid., p. 64.
[ 6] Mars 1992 à Dagomys (Territoire de Krasnodar), mai 1992 à Moscou, septembre 1992 à Tchichki (Tchétchénie), décembre 1992 à Moscou, janvier 1993 à Grozny, janvier 1993 à Moscou, mars 1994 à Grozny, mars 1994 à Moscou. Nezavisimaja Gazeta, 17.03.1992 ; Nezavisimaja Gazeta, 30.05.1992 ; Ekspress-Khronika, Moscou, n° 39,22-28.09.1992 ; Pravda, 1.10.1992 ; Pravda, 4.01.1993 ; Pravda, 21.01.1993 ; Nezavisimaja Gazeta, 30.01.1993 ; Nezavisimaja Gazeta, 10.03.1994 ; Nezavisimaja Gazeta, 23.03.1994 ; Nezavisimaja Gazeta, 31.03.1994.
[ 7] L’existence de ces tractations étant confirmée par l’intervention de hauts responsables russes pour faire évacuer des Tchétchènes qui combattaient en Abkhazie. Fin septembre 1992, le président du comité de la Défense et de la Sécurité d’État, Ibraguim Souleïmenov, et le secrétaire d’État russe Guennadi Bourboulis se mirent d’accord sur un retrait de volontaires tchétchènes de l’Abkhazie par l’aviation fédérale. Severny Kavkaz, Naltchik, n° 39, 26.09.1992.
[ 8] Nezavisimaja Gazeta, 16.04.1992 ; Literatournaja Gazeta, n° 1-2,11.01.1995.
[ 9] La FSK, soit le Service Fédéral du Contre-Espionnage, autonomisé sous Eltsine.
[ 10] International Herald Tribune, 18.01.1995 ; Segodnja, 26.05.1995 ; International Herald Tribune, 26.05.1995.
[ 11] Segodnja, 21.06.1995.
[ 12] Segodnja, 10.10.1995 ; International Herald Tribune, 11.10.1995 ; Izvestia, 12.10.1995.
[ 13] Segodnja, 28.05.1996 ; Segodnja, 18.07.1996.
[ 14] Segodnja, 3.09.1996 ; Izvestia, 3.09.1996.
[ 15] Nezavisimaja Gazeta, 19.12.1996.
[ 16] Segodnja, 27.02.1997 ; Kommersant-Daily, 13.05.1997.
[ 17] Kommersant-Daily, 14.06.1997; Kommersant-Daily, 10.09.1997; Nezavisimaja Gazeta, 28.10.1997.
[ 18] Kommersant, 6.03.1999 ; Kommersant, 9.03.1999 ; Izvestia, 31.03.1999 ; Segodnja, 19.06.1999.
[ 19] Vers 1999, le camp d’Oudougov comprenait le vice-président tchétchène Vakha Arsanov, considéré également avoir été proche de Maskhadov, le chef de guerre wahhabite d’origine jordanienne (ou saoudienne) Amir Khattab, le commandant de la garde chariatique – Magomed Khanbiev, le commandant du régiment islamique des forces spéciales – Arbi Baraev, le commandant des forces de douaniers et de gardes-frontières – Magomed Khatouev. CH. W. Blandy, « Chechnya : à Beleaguered President », Conflict Studies Research Centre (United Kingdom), NOB 61
[ 20] Severny Kavkaz, Naltãik, n° 29, juillet 1997.
[ 21] Severny Kavkaz, Naltãik, n° 51, décembre 1997.
[ 22] Severny Kavkaz, Naltãik, n° 27, juillet 1998.
[ 23] Pravda, 11.10.1991.
[ 24] Segodnja, 19.09.1997
[ 25] En 1999-2000, Yandarbiev représente la Tchétchénie de Maskhadov à l’étranger. Après la reconnaissance de celle-ci par l’Afghanistan des Taliban, il est limogé par Maskhadov, puis nommé en septembre 2002 au poste de « représentant de la république tchétchène dans les pays islamiques ».
[ 26] Z. Janbardiev, Jihad et problèmes du monde actuel, www.kvestnik.org/biblioteka/books.
[ 27] Z. Janbardiev, ibid.
[ 28] Z. Janbardiev, À qui le Califat?, www.kavkaz.org.
[ 29] Libération, 22.11.1999.
[ 30] L. Kitaev-Smyk, « Le Nord-Caucase en 1994-2000. Des représentations ethniques et culturelles qui évoluent », Socialnyj konflikt, Kaluga, 2000, n° 3, p. 85-89.
[ 31] S.P. Huntington, « A Local Front of a Global War », New York Times, 16.12.1999.
[ 32] S.P. Huntington, « Quelques vérités sur la guerre en Tchétchénie », Le Monde,25.12.1999.
[ 33] S. âermetova, « Pour la paix en Tchétchénie ! », Moskovskie Novosti, n° 33,27.08.2002-2.09.2002.
[ 34] Z. Brzezinski, A. M. Haig Jr, M. Kampelman, « The Way to Chechen Peace », The Washinton Post, 21.06.2002.
[ 35] Extraits des rapports du Groupe d’assistance de l’OSCE en Tchétchénie pour 1999, reproduits sur le site officiel du Conseil de l’Europe. www.cm.coe.int/reports/cminf/2000/f2000sginf21.htm.
[ 36] L’auteur a pris la peine de comparer le texte de l’interview proposé par le site w www.kavkaz.orgavec l’enregistrement video du même entretien réalisé en russe. Kavkaztsentr, 24.07.2002,01 : 44 : 50. www.kavkaz.org/russ/article.php ?=4189.
[ 37] Severny Kavkaz, Naltãik, n° 30,25.07.1992.
[ 38] Izvestia, 22.06.1995.
[ 39] Severny Kavkaz, Naltãik, n° 24, juin 1997.
[ 40] Vremja MN, 18.11.1999.
[ 41] Severny Kavkaz, Naltãik, n° 50, décembre 1999.
[ 42] Ibid.
PLAN DE L'ARTICLE
- Négociations russo-tchétchènes ( 1991-1999)
- Moscou ne réussit pas à renverser Doudaëv (août – novembre 1991)
- Moscou mène un double jeu (décembre 1991-décembre 1994)
- L’intervention militaire russe (décembre 1994-octobre 1995)
- Accord provisoire de Khassavyourt (mars-septembre 1996)
- Relations quasi-internationales ( 1997-1999)
- Raisons de l’échec
- Bases idéologiques du projet indépendantiste : de l’islamisme régional (imamat) au messianisme jihadiste (califat)
- Zelimkhan Yandarbiev et le projet messianico-jihadiste
- La Tchétchénie à mi-chemin entre Moscou et Washington
- Comment pacifier une « enclave terroriste » ?
- Samuel Huntington : « Front local d’une guerre globale »
32 - Zbignew Brzezinski : une troisième guerre froide pour la Tchétchénie
- Hypothèses de règlement
- Inacceptable sécession
- Variantes de la partition
- Intégration dans une CEI réduite
- Démembrement de la Géorgie
- Conclusion
POUR CITER CET ARTICLE
Viatcheslav Avioutskii « Quelle solution pour le conflit tchétchène ? », Outre-Terre 3/2003 (no 4), p. 91-112.
URL : www.cairn.info/revue-outre-terre-2003-3-page-91.htm.
DOI : 10.3917/oute.004.0091.




