Outre-Terre 2003/4
Outre-Terre
2003/4 (no 5)
320 pages
Editeur
I.S.B.N. 2749201713
DOI 10.3917/oute.005.0121
A propos de cette revue Site Web
Acheter en ligne

Ce numéro.
Papier et électronique

Ajouter au panier Ajouter au panier - Outre-Terre
Outre-Terre 2003/4 (no 5) 23 €

Versions papier et électronique : le numéro est expédié par poste.
Il est également accessible immédiatement en ligne.

Cairn.info respecte votre vie privée
Alertes e-mail

Recevez des alertes automatiques relatives à cet article.

S'inscrire Alertes e-mail - Outre-Terre

Être averti par courriel à chaque nouvelle parution :
d'un numéro de cette revue
d'une publication de Mario Sandoval
d'une citation de cet article

Votre adresse e-mail

Gérer vos alertes sur Cairn.info

Cairn.info respecte votre vie privée
Morceaux choisis

Vous consultezOù va l’Amérique latine ?

AuteurMario Sandoval du même auteur

université Paris III, Sorbonne-Nouvelle : IHEAL; Pôle de Recherche « Guerres, menaces et conflits de l’ED 122 »; université de Marne La Vallée : DESS « Maîtrise des Armements et Désarmement »

Première guerre d’Irak : solidarité


La fin du monde bipolaire s’avère. Au sortir de ce paradigme manichéen, l’Amérique latine cherche à rentrer dans la communauté de valeurs du nouveau système international. Elle veut construire un modèle qui puisse la rapprocher du reste du monde et met en place de nouveaux régimes démocratiques dont elle va dès lors défendre la pérennité[1] [1] Lors de situations de crises : Venezuela, Haïti, Pérou,...
suite
. C’est encore la mobilisation de programmes d’économie libérale ; on se modèle ainsi sur les conseils des organismes internationaux et le respect des droits de l’Homme, devenant en quelque sorte un laboratoire régional.

2 Pour les gouvernements de l’époque, la question est de faire respecter le nouvel ordre né de l’après guerre froide, de garantir les principes d’une sécurité internationale élargie, de participer au « grand jeu » de la mondialisation et de la globalisation. Mais qui se soucie alors des autres secteurs de la société, des comptes publics, de la dette… ? Une nouvelle pauvreté se développe parallèlement à l’endettement qui s’accroît de façon vertigineuse.

3 C’est dans ce contexte que l’Irak annexe le Koweït, violant l’ordre et la sécurité internationale comme les droits de l’Homme. Lorsqu’en 1991, les Nations unies décident, par résolutions du Conseil de sécurité, de faire respecter le droit international en utilisant la force militaire, les pays occidentaux et quelques pays arabes veulent appliquer la mesure. Une communauté limitée dont les pays latino-américains font partie en lien avec les États-Unis. On déclare la guerre à un gouvernement dictatorial qui a violé la charte des Nations unies et on met en place un système post-guerre froide.

4 En Amérique latine, les gouvernement sont alors plus proches de la doctrine véhiculée par les gardiens du monde. Il n’y plus dans la région de gouvernements militaires et c’est aux groupes armés qu’est assignée, par convenance ou provisoirement, la représentation de la gauche. C’est la période des transitions démocratiques. Il faut s’intéresser davantage à la politique étrangère qu’à l’intérieur : ainsi les aides, les prêts, la coopération internationale, les investissements étrangers frappent à la porte de ces pays. Il suffit, pour recevoir en contre-partie les services sollicités de ne pas faire opposition, de laisser faire. La corruption de fait s’installe.

5 Pourtant on ne perçoit pas les nouvelles menaces : marginalisation, pauvreté, surendettement. La solidarité avec les États-Unis s’installe et les gouvernements rencontrent à cet égard peu d’opposition. Certains d’entre eux allant au-delà de la rhétorique : l’Argentine par l’envoi d’un détachement militaire, le Venezuela et le Mexique par le pétrole.

Guerre au terrorisme international. L’après 11 septembre

6 Une fois les attentats survenus, les pays membres de l’Organisation des États Américains sont unanimes pour faire appliquer, pour la première fois depuis son existence et malgré les recours précédents, le Traité Interaméricain d’Assistance Réciproque (TIAR ) ou Traité de Rio signé en 1947[2] [2] Comme pour la guerre des Malouines, du Panama, en République...
suite
. Au sein de l’Organisation des États Américains, le Comité Interaméricain contre le Terrorisme (CICTE ) revêt un rôle majeur et complémentaire.

7 La lutte contre le terrorisme s’accentue : Les gouvernements de la région acceptent volontairement la coopération active des États-Unis dans divers pays : Colombie contre les groupes terroristes : FARC, ELN et AUC; Pérou contre le Sentier Lumineux ; Triple Frontière (Paraguay, Argentine et Brésil) contre des groupes soupçonnés de proximité à Ben Laden. Une contribution latino~américaine récompensée par des programmes de subvention US.

8 La solidarité latino-américaine était une manière de se légitimer et de trouver reconnaissance après le passé de violence que ces pays avaient vécu. Le souvenir des actions terroristes des années 1970-1980 y font toujours partie des représentations collectives. Ce qui vaut aussi bien pour les graves attentats dont a été victime la communauté juive d’Argentine dans les années 1990. Et a fortiori pour les pays comme la Colombie ou dans une moindre mesure le Pérou qui ne sont toujours pas sortis de la spirale de violence.

Une guerre de trop

9 Douze ans ont passé depuis la première guerre du golfe ; le contexte international et régional n’est plus le même. Partout, les conflits sociaux prolifèrent, la criminalité augmente, des crises de toutes natures secouent la région. Un autre type de violence s’installe : la radicalisation et la division des populations pour des raisons politiques ou d’ordre économique et social. Très rapidement, des responsables sont désignés : la mondialisation comme système et les États-Unis comme représentant de ce système. Un antiaméricanisme qui se justifie par l’échec du modèle et dont les conséquences touchent maintenant toutes les classes sociales sans exception. Pour ces sociétés, les résultats catastrophiques des politiques préconisées par le FMI, l’impact négatif de la mondialisation ainsi que la situation critique des pays de la région ont un seule origine : l’action des États-Unis qui ont imposé leur politique étrangère, leur modèle économique et leur modèle de société, exerçant des pressions politiques et limitant une organisation internationale comme l’OEA dans son autonomie de décision.

10 Une vision manichéenne à laquelle contribue l’arrivée au pouvoir de gouvernements populistes dans une région où l’antiaméricanisme fait recette. Les présidents Hugo Chavez au Venezuela, Luciano Gutierrez en Equateur et Lula da Silva au Brésil. Des mouvements de contestation divers vont s’associer à cette démarche avec parfois des partenaires issus du terrorisme. Antimondialisation, anti-globalisation, anti-américanisme, des revendications revenues à la mode et dont l’Amérique latine participe.

11 Le principe de la guerre juste, en débat sur l’échiquier international, l’est aussi dans la région. Des trente-quatre pays membres de l’OEA, seulement sept[3] [3] République Dominicaine, Colombie, Nicaragua, Costa Rica,...
suite
ont fait partie de la coalition aux côtés des États-Unis. Certains campent sur des positions très différentes et l’ont fait savoir ouvertement : Mexique, Brésil, Chili, Venezuela, Argentine et Pérou. D’autres manifestant leur désaccord avec moins de publicité. La solidarité latino-américaine envers les États-Unis n’est plus un chèque en blanc, elle est devenue rapport de forces et un nouvel enjeu politique pour les gouvernements en place, avec une société civile qui se fait entendre de plus en plus fort, et par tous les moyens.

Les positions latino-américaines pendant le conflit armé

12 Les présidents du Mexique et du Chili, Vicente Fox et Ricardo Lagos, « ont regretté profondément la guerre en Irak ». Parmi eux, deux membres non permanents du Conseil de sécurité des Nations unies. Le Mexique faisant partie de l’ALENA avec les États-Unis et le Canada. Et le Chili aspirant à devenir un partenaire privilégié des États-Unis. La position que devaient adopter ces gouvernements au Conseil de sécurité était considérée par l’administration comme fondamentale dans un moment où il était nécessaire de compter ses partisans pour agir militairement.

13 Or, le président Lula da Silva du Brésil « a qualifié d’irrespectueuse envers les Nations-Unies l’attitude de son homologue américain ». Le gouvernement cubain interprète l’action US comme un génocide avec des conséquences imprévisibles pour le reste de l’humanité. L’Argentine a fait savoir par l’intermédiaire de son ministre des Affaires étrangères « qu’elle était opposée au bombardement de la population en Irak » ; ceci malgré des relations amicales avec les États-Unis. Le vice-président du Venezuela, José Vicente Rangel a critiqué l’intervention américaine et précisé que les État-Unis et la Grande Bretagne utilisent le conflit armé « comme une forme de pression sur l’OPEP ».

14 Trois prix Nobel de la Paix ont critiqué l’action militaire en Irak : la Guatémaltèque Rigoberta Menchu, l’ancien président de Costa Rica Oscar Arias et l’Argentin Perez Ezquivel : « arrogance des États-Unis » « anticipation d’un génocide » ont été les mots utilisés. Les pays membres du Mercosur (Marché commun du sud de l’Amérique) « n’ont pas accepté la décision des États-Unis d’attaquer l’Irak sans l’autorisation des Nations unies » et « ne participeront à aucune action militaire non plus qu’il n’appuieront les États-Unis et la Grande Bretagne ».

15 De Mexico à Santiago, en passant par Bogota, Caracas et Buenos Aires, des manifestations réunissant étudiants, syndicats, ONG, partis politiques et représentants de la société civile se sont donné rendez-vous afin d’exprimer le désaccord avec l’intervention militaire américaine en Irak. Même si la Bolivie, le Pérou et le Paraguay ont été moins catégoriques et manifesté pour la paix sans s’opposer explicitement aux Américains. C’est que Washington exerce des pressions.

16 Des positions moins catégoriques en provenance de la Bolivie, le Pérou et le Paraguay. Ils ont manifestés pour la paix mais sans être explicitement contre l’intervention américaine en Irak. La pression de Washington se fait sentir.

L’Amérique latine après le 11 septembre : L’Afrique dans la balance…

17 Depuis le 11 septembre 2001, l’Amérique latine est passée à l’arrière-plan de la politique étrangère des États-Unis ; « elle a été affectée par le 11 septembre, mais surtout de la négligence dont elle faisait l’objet[4] [4] Michael Shifter, analyste du Dialogue Interaméricain. BBC...
suite
 ».

18 C’est que dans la nouvelle stratégie de sécurité nationale élaborée par le président Bush : « l’Afrique revêt une grande importance pour la paix et la sécurité dans le monde et le continent recevra des États-Unis un maximum d’aide en faveur de son développement politique et économique », comme l’écrit Jim Fisher-Thompson, rédacteur du Washington File, service Afrique, qui a interviewé plusieurs hauts fonctionnaires actuels et anciens ainsi que d’éminents universitaires.

Et après l’Irak ?

19 Il est évident qu’il y aura un avant et un après l’Irak : l’équilibre international s’est brisé et on a passé outre le droit international pour liquider, en définitive, le multilatéralisme en vigueur depuis plus de cinquante ans.

20 Dans cette configuration internationale, les gouvernements latino~américains suivent de près les affaires européennes, car si un pôle occidental alternatif aux États-Unis, une Europe unie, ne se consolide pas, l’espoir de survie de l’Amérique latine en tant que continent indépendant est compromis. Seule la construction d’un partenariat entre l’Europe et l’Amérique latine pourrait faire concurrence à l’hyperpuissance. Le moment historique est venu pour l’Europe de véhiculer ses valeurs à la place de celles des États-Unis.

 

Notes

[ 1] Lors de situations de crises : Venezuela, Haïti, Pérou, Argentine, Paraguay, Guatémala, Brésil.Retour

[ 2] Comme pour la guerre des Malouines, du Panama, en République dominicaine, au Grenada, les conflits armés en Amérique centrale…Retour

[ 3] République Dominicaine, Colombie, Nicaragua, Costa Rica, El Salvador, Panama et Honduras.Retour

[ 4] Michael Shifter, analyste du Dialogue Interaméricain. BBC Noticias du 1er mars 2003.Retour

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Mario Sandoval « Où va l'Amérique latine ? », Outre-Terre 4/2003 (no 5), p. 121-125.
URL :
www.cairn.info/revue-outre-terre-2003-4-page-121.htm.
DOI : 10.3917/oute.005.0121.