2003
Outre - Terre
La fin de l'occident
L’Allemagne n’est plus américaine
Stephan Martens
maître de conférences à l’université Bordeaux III et chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) de Paris.
« Anéantir politiquement Gerhard Schröder et provoquer un changement de
gouvernement en Allemagne », voilà semblait-t-il une des priorités de l’administration de George W. Bush et de ses partisans dans les médias avant-même
« Saddam Hussein et l’Irak », voilà comment le publiciste américain William
Pfaff décrivait de manière à peine caricaturale le sentiment qui prévalait aux États-Unis à l’égard de l’Allemagne peu avant le début sur la guerre, dans un éditorial
des
Blätter für deutsche und internationale Politik, et qui prévaut aujourd’hui
encore
[1]. On reproche surtout à G. Schröder d’avoir obtenu sa reélection de
septembre 2002 en exploitant cyniquement l’antiaméricanisme. À l’inverse, une
grande partie des commentateurs et observateurs allemands de la politique internationale contestent l’unilatéralisme universel qui caractériserait la politique
étrangère américaine : la rédaction du magazine
Stern titrant en couverture son
numéro du 20 février 2003
Aufstand gegen Amerika. David Schröder gegen
Goliath Bush (
Révolte contre l’Amérique. David Schröder contre Goliath Bush).
Jamais depuis la création de la RFA, les relations germano-américaines n’ont été
secouées par une crise aussi profonde, surtout parce que, du point de vue allemand, on ne peut plus, depuis l’avènement de George W. Bush à la présidence,
s’appuyer uniquement sur le « grand frère » dans la gestion des défis à la communauté internationale. À ceux qui considèrent que les États-Unis sont
Zur Weltmacht verdammt (Condamnés à la puissance mondiale
[2]
), s’opposent les observateurs qui dénoncent les effets négatifs de la
Pax americana
– en réalité une politique d’intervention à tout crin – qui se substituerait à un ordre mondial dont la
clé de voûte étaient les Nations unies
[3]. En réaction aux attentats du
11 septembre 2001, G. W. Bush présentait en septembre 2002 le document sur
la
National Security of the United States leur octroyant le droit de lancer des
actions préventives contre les États jugés « voyous ». Cette stratégie qui érige
les États-Unis en gendarme mondial heurtant le fondement même de la politique
étrangère allemande contenue dans le programme de coalition SPD /Les Verts,
soit une
Friedenspolitk (politique de paix). Une définition qui peut sembler
hypocrite ou naïve, si l’on en juge le processus de normalisation dans lequel
s’est engagé la RFA en matière de politique étrangère et de sécurité pendant une
décennie et depuis 24 mars 1999 quand le gouvernement de G. Schröder
annonça la participation de la
Bundeswehr, pour la première fois de son histoire,
à une opération militaire de l’OTAN, contre la Serbie. Il n’en reste pas moins que
la primauté du multilatéralisme reste, à l’opposé de l’unilatéralisme (de
confrontation), une constante pour les dirigeants allemands et que celui-ci a
fourni dès l’origine le cadre conceptuel dans lequel évolue la politique de la RFA.
L’Allemagne s’employait à faire usage de sa souveraineté recouvrée pour
défendre ses intérêts au sein des organisations internationales
[4], tout comme
c’est une stratégie multilatérale qui lui permit de s’unifier, en 1990, de manière
pacifique et en accord avec tous ses voisins
[5]. Les Allemands sont conscients de
la contribution des Américains, après la Seconde Guerre mondiale, à l’essor
économique de leur pays et ils mesurent l’appui de George Bush père lors du
processus d’unification des deux États allemands. Mais à la veille de la guerre
projeté par « Bush junior » contre l’Irak, en février 2003,72% d’Allemands
estiment que leur pays n’a pas de dette morale – l’unification – à soutenir les
États-Unis dans cette crise
[6]. Avant comme après l’unification, la tendance
lourde est celle de l’ancrage irréversible de l’Allemagne dans la communauté de
valeurs occidentales, mais il y a tournant réel dans les relations germanoaméricaines en raison de la guerre décidée arbitrairement par Washington contre
l’Irak.
Les États-Unis vus d’Allemagne : « fruit sec »
La construction européenne n’a pas été un processus naturel, mais une
démarche volontariste. Une rupture avec l’histoire du continent, avec un jeu
séculaire du balance of power et de déchirements fratricides. L’Allemagne de
l’après-guerre a déligitimé a tradition de la puissance (notamment militaire) du
début du XXe siècle. À partir de 1945, elle s’est reconstruite sur l’idée de non-puissance, du contrat social et national en tant que contrat de civilisation, un
contrat d’où la notion de puissance et la « culture » de la guerre étaient éliminées puisque la RFA avait été – politique de dénazification, de démilitarisation et
de démocratisation menée par les Alliés en premier lieu américains – débarrassée de son impérialisme et des représentations qui l’accompagnaient. Le
ministre allemand des Affaires étrangères, Joschka Fischer, affirmant dans son
discours sur l’avenir de l’Europe à l’université Humboldt de Berlin, le 12 mai
2000, qu’« il y avait et qu’il y aura toujours au cœur du concept d’Europe, à
partir de 1945, le rejet du système des traités de Westphalie de 1648, avec son
principe d’équilibre des puissances et des ambitions hégémoniques des grands
États ». L’Europe, c’est la négociation, la diplomatie et les liens commerciaux ;
elle donne la préférence au multilatéralisme sur l’unilatéralisme, au droit international sur l’usage de la force. L’Europe contemporaine s’est érigée contre la
guerre, par le rejet des idéaux guerriers et de la Machtpolitk (politique de puissance).
Si le politologue Robert Kagan peut railler
[7] cet aspect de l’idéalisme européen, c’est parce que les expériences historiques de part et d’autre de l’Atlantique diffèrent radicalement. Après deux guerres mondiales, l’Europe a connu
« l’Heure Zéro » et l’Allemagne accepté sa défaite totale. « Les Américains
n’ont pas eu de Verdun. Rien, aux États-Unis, de comparable avec Auschwitz ou
Stalingrad et autres lieux atroces symboliques de notre histoire », explique le
ministre peu après le début des bombardements de Bagdad
[8]. Les Allemands
restent marqués « psychologiquement », près de soixante ans après la fin de la
guerre, par le souvenir de plus d’un million de tonnes de bombes explosives et
incendiaires larguées sur leurs villes de 1940 à 1945
[9]. La crise des relations
germano-américaines touche à la perception même du conflit dans les relations
internationales. Ainsi, pour Christoph Bertram, directeur du grand centre de
recherches stratégique Stiftung Wissenschaft und Politik de Berlin, la puissance
per se ne suffit pas à « expliquer » le monde et c’est précisément parce que
R. Kagan présente les choses de manière erronée (voire extrêmement simpliste)
que son article offre aux Européens l’occasion de prouver qu’il a tort
[10]. Ce que
fait, notamment, Harald Müller, directeur de la Hessische Stiftung Friedens- und
Konfliktforschung de Francfort-sur-le-Main, pour qui les représentations américaines du monde entrent doublement en conflit avec celles de l’Europe : « Les
Européens pensent davantage en termes de partenariats (aussi inégaux soient-ils) et ils accordent un rôle primordial au droit international, au multilatéralisme
et aux organisations internationales. Ils acceptent que l’on doive inévitablement
trouver des compromis avec des États qui ne sont pas (encore) démocratiques
[… ] Dans un monde culturellement et politiquement hétérogène, les Européens
sont pour le moment plus disposés à s’accommoder de ces divergences que leurs
partenaires américains qui les gèrent par l’isolement, la confrontation et une
suprématie sans entraves. Notre monde n’est pas un monde sans violence. Les
Européens vivent depuis trop longtemps dans l’œil du cyclone pour être à ce
point naïfs. Mais ils voudraient que le recours à la force soit un instrument du
droit international et non celui d’une puissance hégémonique aux mains libres –
aussi bienveillante soit-elle ». C’est au plan du rapport spécifique entre la puissance et le droit que H. Müller pointe la contradiction majeure entre les deux
rives de l’Atlantique ; une contradiction paradoxale, car « ce sont les Américains qui ont mis en avant le rapport droit/puissance depuis la fin de la Première
Guerre mondiale, tandis que les Européens poursuivaient obstinément une voie
de la puissance datant du XIX
e siècle ou pire (pour l’Allemagne). Il semble que
les rôles se soient à présent inversés : les États-Unis exploitent la possibilité
« d’approche unipolaire » qui leur est offerte et reviennent à une politique traditionnelle de puissance, alors que les Européens cherchent – timidement – à
renforcer l’État de droit
[11] ». En somme, les Américains pourraient s’inspirer de
l’expérience historique des Allemands, en ne commettant pas les mêmes erreurs
du début du XX
e siècle lorsque ceux-ci, emmenés par Guillaume II, s’engagèrent
sur les voies funestes de la
Weltpolitik. Les Allemands ont, eux, compris que la
dimension géographique et le poids politico-militaire ne riment pas obligatoirement avec la puissance. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la société
allemande connaît une inclination naturelle à la réflexion morale à propos de la
violence, d’autant qu’elle a longtemps vécu sur un territoire national désigné
comme futur champ de bataille nucléaire. La nouvelle Allemagne ne peut certes
plus adopter une attitude qui consistait jusqu’en 1989 à réduire à tout prix son
rôle dans le monde à celui d’un figurant, se conformant de ce fait à une
Kultur
der Zurückhaltung (culture de la retenue). Depuis l’unification, les responsables
allemands ont su, dépassant du même coup le débat « métaphysique » mené par
la communauté scientifique sur les limites de la normalisation en politique
étrangère, définir une ligne de conduite « ordinaire », c’est-à-dire plus conforme
à l’attitude des homologues européens en matière d’intervention militaire extérieure et leur permettant en même temps de montrer que la RFA est un pays fiable
et crédible. Quand Gerhard Schröder annonce le 6 novembre 2001 la mise à
disposition de 3900 soldats de la
Bundeswehr pour lutter contre le terrorisme
international, il y a là certes un signe évident d’une volonté d’affirmation de la
RFA sur la scène internationale une fois la souveraineté recouvrée
[12]. Et le chancelier prouve à quel point il est convaincu de ses propres déclarations, au
Bundestag les 12 et 19 septembre 2001, quant à l’
uneingeschränkte Solidarität
(solidarité illimitée) avec les États-Unis puisqu’il mettra en jeu sa survie politique le 16 novembre 2001 lors du vote sur l’engagement de la
Bundeswehr,
notamment en Afghanistan, dans le cadre de la Force internationale d’assistance
à la sécurité (ISAF). Reste que l’Allemagne se veut intriséquement
Zivilmacht
(puissance civile), ou du moins une puissance qui oscille avec pragmatisme
entre l’affirmation et la retenue
[13], et dont l’objectif a toujours consisté à renforcer le rôle des Nations unies qui peuvent, seules et exceptionnellement, intervenir de manière coercitive pour faire respecter les normes par la communauté
internationale
[14]. Même après l’issue de l’intervention américaine en Irak,
G. Schröder ne déroge pas à la « vision d’un ordre mondial non unipolaire, mais
multipolaire, c’est-à-dire que les règlements des conflits doivent dans la mesure
du possible être pacifiques et avoir lieu dans le respect de la souveraineté des
États, du droit international comme sous l’égide des Nations Unies
[15] ». Ce
« désir » de multilatéralisme a été à tel point sublimé par le chancelier qu’il a
failli – paradoxalement – lui tourner le dos, en déclarant, le 22 février 2003, que
même en cas de résolution du Conseil de sécurité des Nations unies en faveur
d’une opération militaire contre l’Irak, l’Allemagne n’y participerait pas. La
question posée à l’Allemagne est de savoir si elle peut compter sur des partenaires et des structures lui garantissant une capacité de coopération multinationale permanente. Étant donné l’unilatéralisme américain et le suivisme britannique, elle s’est trouvée confrontée à l’éventualité assez préoccupante d’une
constellation internationale, et surtout européenne, toute nouvelle, car la RFA
risquait de ne plus pouvoir compter sur la « normalité » de ses partenaires ni,
par conséquent, sur la stabilité de ses rapports avec les pays alliés, en l’occurence les États-Unis, qui se lancent dans une guerre préventive dont la rationalité stratégique et la légitimité morale ne sont pas évidentes.
Une amitié germano-américaine épisodique ?
La RFA a entretenu, jusqu’à l’effondrement de l’empire communiste, un
rapport complexe aux États-Unis. Même la relation germano (RDA )-soviétique
est probablement également plus subtile que ne le croyaient les Occidentaux,
ceux-ci la réduisant volontiers à une nouvelle « dialectique du maître et de l’esclave ». Aujourd’hui, à l’heure de la crise irakienne, certains font résonner un
tam-tam guerrier, considérant que le gouvernement de G. Schröder devrait
« renoncer au provincialisme moraliste » et « développer un sens des affaires
politico-militaires
[16] », alors que d’autres conseillent aux dirigeants allemands
de ne pas trop agiter le spectre du « nouvel ennemi planétaire », car ces derniers
définiraient alors pour l’Allemagne une « identité négative » puisque se fondant
sur le lien transatlantique
[17]. C’est que du fait de la construction européenne, la
démocratie allemande ne tire pas sa légitimité des seules relations germanoaméricaines. Et celles-ci n’ont jamais été exemptes de fortes tensions, notamment sur la peine de mort, au point que l’Allemagne a intenté – et gagné – une
action contre les États-Unis devant la cour internationale de justice de La Haye,
quant au non-respect de certains actes de procédure avant l’exécution d’un
ressortissant allemand condamné à la peine capitale, en septembre 2000. La
prétendue
love and success story germano-américaine est à nuancer, dans le
sens où elle est récente (avant 1945, l’Allemagne et les États-Unis étaient un
Reich et une République impériale en compétition) et que les conflits ayant
marqué le rapport germano-américain dans la première moitié du XX
e siècle ont
imprimé, malgré l’alliance, une méfiance dans le subconscient collectif allemand
[18]. Les forces américaines en RFA furent perçues, pratiquement dès le
début, comme un instrument de protection, bien plus que d’occupation. Mais
leur présence n’a pas empêché par exemple le chancelier Konrad Adenauer de
s’inquiéter, lors de la crise de Berlin en 1958-1959, de la faible détermination
des Américains et des Britanniques face aux exigences soviétiques de « neutralisation » de l’Allemagne, ou en particulier le chancelier Willy Brandt de faire
montre d’une réelle indépendance diplomatique avec son
Ostpolitik. De Konrad
Adenauer à G. Schröder, les chanceliers ont tous insisté sur l’importance quasi-existentielle que constitue pour l’Allemagne le lien transatlantique et le passage
de la République de Bonn à la prétendue « République de Berlin » n’y change
rien
[19]. Il reste que l’idée d’un
partnership in leadership, évoquée par les présidents américains G. Bush en mai 1989, à Mayence, et Bill Clinton en juillet
1994, à Berlin, n’a pas été avalisée par le gouvernement d’Helmut Kohl, car
l’option réfléchissait surtout l’identité nationale américaine alors qu’elle ne
pouvait être, pour la RFA, une alternative à la construction européenne. L’image
même du partenariat germano-américain a de toute manière évolué en raison de
l’avènement de part et d’autre de l’Atlantique d’une nouvelle génération de dirigeants
[20], G. Schröder se situant qui plus est dans la ligne traditionnelle d’une
social-démocratie plus critique envers la politique américaine que le camp
conservateur des chrétiens-démocrates. Alors que K. Adenauer avait tourné le
dos au nationalisme allemand et se tournait vers l’Occident, la gauche demeura
plus ambivalente en matière d’alliances et c’est seulement en 1959, lors du
congrès du parti à Bad Godesberg, que le SPD accepta de faire sienne la politique
adenauerienne d’intégration de la RFA dans la communauté euro-atlantique. Se
sentant « immunisé » par son antifascisme historique, le SPD ne s’est jamais totalement affranchi de ses sentiments « nationalistes ». La gauche, dans les années
1960 et 1970, avait tout à fait conscience que la RDA était sous la coupe de
Moscou, mais n’en dénonçait pas moins une Allemagne de l’Ouest rhénane et
petite-bourgeoise à la botte des États-Unis. La gauche, du temps de la jeunesse
de G. Schröder (qui fut président des
Jusos, l’organisation des jeunes du SPD )
n’a jamais vraiment perçu les États-Unis comme une puissance protectrice ;
pour elle, les Américains, avec leur politique, ne servaient pas de bouclier au
monde occidental contre les menaces de l’impérialisme soviétique, ils formaient
plutôt un éventuel facteur de déstabilisation – stationnement des missiles
Pershing en RFA au début des années 1980 – du précaire équilibre de la coexistence pacifique. Un pacifisme des années 1980 qui était plus « nationaliste »
(sans le dire), qu’antiaméricain (en le criant bien haut). De se déclarer hostile à
la guerre en Irak, G. Schröder a canalisé à son profit, avec l’aide de J. Fischer,
un courant pacifiste que les deux hommes connaissent bien pour l’avoir
traversé. Dans ce contexte, la formule du
deutscher Weg (voie allemande),
lancée par le chancelier le 5 août 2002 à Hanovre, en pleine campagne électorale
[21], signifiait d’abord le rejet d’une politique unilatérale et une fin de non-recevoir à la guerre préventive projetée par les États-Unis contre l’Irak. Elle
qualifiait plus fondamentalement à la fois une manière d’envisager les relations
internationales et la défense du modèle allemand d’économie sociale de marché
mis en cause par « l’anglo-saxonisation » de l’économie mondiale – aucun
acteur politique et économique ne souhaitant sérieusement la disparition du
fameux modèle rhénan. Malgré la forte influence US depuis la fin de la Seconde
Guerre mondiale, le processus « d’occidentalisation » de l’Allemagne n’a
d’ailleurs jamais impliqué, au plan économique, un processus « d’américanisation ». Il y eut adaptation, mais jamais imitation du modèle politique et économique anglo-saxon
[22]. La formule dénote aussi la nouvelle ligne de conduite
politique de l’Allemagne souveraine, devenue plus conforme à la norme européenne, articulant l’affirmation nationale et l’intégration européenne. Alors
secrétaire général du SPD, l’inventeur de la formule, Franz Müntefering (aujourd’hui président du groupe parlementaire SPD ), précisait déjà lors d’une conférence de presse le 2 août 2002 à Berlin, qu’en empruntant la « voie allemande »,
il s’agit pour les sociaux-démocrates de « consolider le modèle de l’État social
allemand [… ], de sauvegarder les interêts nationaux, de maintenir la paix internationale et de veiller à ne pas être impliqués dans des aventures
[23] ». La formule
de la « voie allemande » s’inspire de celles des chanceliers sociaux-démocrates
W. Brandt
(Modell Deutschland) et Helmut Schmidt
(Stolz auf unser Land) lors
de leurs campagnes électorales, mais elle n’est pas utilisée qu’à des fins électoralistes, car G. Schröder déclarait bien avant la campagne qu’il n’imaginait pas
« l’Amérique éclipser le modèle social allemand, européen qui lui était au
contraire supérieur
[24] ». La « voie allemande », c’est finalement l’accomplissement, tant attendu, d’une volonté ancienne, née au cœur de la guerre froide, de
s’affranchir de la tutelle étrangère maintenant que la nation allemande est enfin
réunie, libérée de l’Union Soviétique et… des États-Unis. C’est aussi la pierre
de touche qui doit permettre de parachever la normalisation de la politique
étrangère allemande ; Egon Bahr, père spirituel de l’
Ostpolitik, et qu’Henry
Kissinger avait taxé de « nationaliste allemand
[25] », proposait en 1999 de se
défaire d’une « tutelle confortable » et de parvenir à une « coopération émancipée » avec les États-Unis
[26].
« Make Law, not War
[27] »
Les malentendus sur la « solidarité illimitée » ont été nombreux. L’Allemagne et les États-Unis sont sûrement liés par une solidarité émotionnelle,
symbolisée par le «
Ich bin ein Berliner » (je suis Berlinois) lancé par John
F. Kennedy le 26 juin 1963 à Berlin-Ouest. G. Schröder n’a cependant jamais
plaidé en faveur d’une solidarité sans conditions. Les acteurs politiques allemands perçoivent dans le 11 septembre une sorte de « Pearl Harbor de la civilisation industrielle
[28] ». Nouvelle donne, brutalement, à l’intérieur de leur
conscience politique : le terrorisme porte un coup fatal à l’utopie d’une puissance européenne globalement civile dans un monde globalement civilisé. La
puissance militaire (re)devient une carte essentielle et l’Europe n’a d’autre
choix que d’y adhérer, ce qui suppose une véritable volonté politique des
gouvernements pour faire progresser l’Europe de la défense, même si la puissance militaire n’a pas et ne sera pas, vue d’Allemagne, l’unique grille de
lecture de l’action sur la scène internationale. Pour G. Schröder les intérêts
nationaux de chaque pays sont menacés par le terrorisme international et il faut
y répondre par les « instruments politiques, diplomatiques, économiques, voire
s’il le faut par la force militaire », étant entendu que « la légitime défense » ne
veut pas dire « intervenir partout dans le monde
[29] ».
Un sérieux faisceau d’indices indiquait, avant même les attentats du
11 septembre, que la communauté euro-atlantique vivait une « crise du multilatéralisme en raison de l’unilatéralisme américain
[30] ». Vu d’Allemagne,
G.W. Bush a donné rapidement l’impression de rompre avec les règles du
droit international et d’y substituer purement et simplement l’hégémonie
américaine. Dès son arrivée au pouvoir, en février 2001, il dénonçait la plupart
des engagements internationaux pris par son prédécesseur B. Clinton : le traité
ABM sur les missiles balistiques, le protocole de Kyoto sur l’effet de serre, le
traité sur les mines antipersonnelles, l’accord sur les armes de petit calibre, le
protocole sur les armes biologiques, le traité sur l’interdiction des essais
nucléaires et le traité instituant la Cour pénale internationale. Pour sa première
visiste au nouveau président américain, le 29 mars 2001, à Washington, le
chancelier s’était muni de toute une liste de revendications et de plaintes fort
concrètes sur les engagements remis en cause. Avant même le discours
prononcé par G. W. Bush sur l’état de l’Union, le 29 janvier 2002, dans lequel
celui-ci évoquait un « axe du Mal », constitué, selon lui, par l’Irak, l’Iran et la
Corée du Nord, G. Schröder précisa clairement que la « solidarité illimitée »
traduisait une disponibilité de l’Allemagne à « participer à des opérations
militaires, mais non à des aventures » pour lutter contre le terrorisme international
[31]. Et le ton des responsables allemands se fit beaucoup plus virulent
après l’évocation de l’« axe du Mal ». Pour le vice-président du groupe parlementaire SPD, Gernot Erler, il s’agissait d’engager avec les Américains un
« dialogue critique
[32] », une autre manière – plus ferme – de reformuler la
motion des Verts sur le terrorisme lors du congrès du parti le 6 décembre 2001
à Rostock, à savoir que la relation amicale entre les États-Unis et l’Allemagne
devait se fonder sur une « solidarité critique ».
L’image des États-Unis s’est nettement ternie dans l’opinion publique allemande. Si en 1993,58% d’Allemands estimaient que les États-Unis poursuivent leurs seuls intérêts en intervenant dans les zones de crise, en 2002 ce pourcentage s’élève à 65%. En 1993,62% d’Allemands voyaient dans les
États-Unis un garant de la paix et de la sécurité dans le monde; en 2002 le pourcentage n’atteint que 48%
[33]. En février 2003,76% d’Allemands estiment que
les États-Unis poursuivent leurs seuls intérêts en intervenant dans les zones de
crise et ils ne sont plus que 31% à estimer qu’ils sont un garant de paix et de
sécurité dans le monde
[34]. La rhétorique populiste, empreinte d’esprit de croisade, utilisée par l’administration de G. W. Bush pour faire passer ses intérêts
stratégiques et économiques irrite. Environ 80% d’Allemands s’expriment
contre la guerre ( 14% pour) et seulement 66% des sympathisants du CDU /CSU
approuvent la ligne pro-américaine affichée par la présidente du parti chrétiendémocrate, Angela Merkel
[35]. Ces derniers sont d’ailleurs sensibles aux positions du gouvernement fédéral et des églises chrétiennes. La déclaration de la
conférence des évêques catholiques allemands, du 20 janvier 2003, présente la
guerre préventive comme « en contradiction avec la doctrine catholique et le
droit international ». Pourtant : le discours allemand a peu à voir avec une attitude fondamentalement antiaméricaine ou « pacifiste ». Il ne reflète pas de l’antiaméricanisme, mais une défiance croissante à l’encontre des initiatives unilatérales de l’administration Bush
[36]. L’argument économico-marxiste des années
1960 et 1970 a fait place aux considérations psychologiques et juridiques. Les
manifestants contre la guerre en Irak n’ont plus d’idéologie. Si, pour 62% d’Allemands, le pays n’est plus redevable de la reconstruction de la RFA et d’avoir
été protégé durant la guerre froide, les manifestations ne sont d’ailleurs pas dirigée contre le peuple américain. L’opinion publique allemande, en phase avec le
gouvernement fédéral, considère à 87% d’Allemands que les États-Unis resteront toujours un allié important pour la RFA
[37]. Il y a décalage entre les aspirations et les conceptions traditionnellement teintées de pacifisme de la gauche
allemande et les postions du gouvernement rouge-vert en place depuis 1998,
mais G. Schröder et J. Fischer ont su initier les parlementaires à une nouvelle
conscience des réalités : toute polémique autour du réalisme politique ne fait que
refléter la misère d’un pacifisme utopique. L’écologiste Ludger Volmer ne s’in-terrogeait-il pas publiquement, encore secrétaire d’État au ministère des
Affaires étrangères, « sur ce qui reste du pacifisme » ? Les « pacifistes » ne
pouvant plus récuser l’emploi de la force armée comme ultime moyen
[38]. Dans
le camp chrétien-démocrate, on persifle à l’inverse l’« époustouflante » stratégie de G. Schröder dans le sens où l’on est passé de la solidarité illimitée avec
les États-Unis à l’axe Paris-Berlin-Moscou au travers de la voie allemande
[39]. Il
n’empêche : selon Karl Lamers, ancien porte-parole pour la politique étrangère
du groupe parlementaire CDU /CSU, les chrétiens-démocrates dans leur ensemble
ne sont pas convaincus par la stratégie américaine à l’égard de l’Irak et ne
savent pas jusqu’à quel point la ménager
[40]. Quoi qu’il en soit : l’échange musclé
entre J. Fischer et les représentants américains, lors de la XXXIX
e conférence sur
la sécurité, les 8 et 9 février 2003 à Munich, n’a pas porté sur des divergences
d’intérêts, mais bien quant aux méthodes permettant d’atteindre des objectifs
communs. Et Schröder de le répéter dans sa déclaration gouvernementale du
13 février 2003 : « l’objectif prioritaire de la politique internationale est d’éviter
la guerre. Aucune
Realpolitk, aucune doctrine de sécurité ne doit [nous] accoutumer subrepticement à considérer la guerre comme un instrument normal de la
politique ». En effet, les Allemands ont appris les leçons de leur histoire : les
« changements profonds ne peuvent être atteints que sur la longue durée ». Les
dirigeants sociaux-démocrates se réfèrent volontiers à l’héritage de l’
Ostpolitilk
et au
Wandel durch Annäherung (évolution par le rapprochement) d’Egon Bahr,
la solution préconisée étant celle de la transformation de l’intérieur, beaucoup
plus productive à long terme. Otfried Nassauer, directeur du Berliner Informationszentrum für transatlantische Sicherheit (BITS), soit le centre d’information
berlinois à la sécurité transatlantique, n’hésite pas au demeurant à opposer les
thèses sur la puissance de R. Kagan à la stratégie de « l’évolution par le rapprochement
[41] ». Les grands
think tanks à coloration social-démocrate se sont
d’ailleurs investis depuis le milieu des années 1990 dans une réflexion de fond
sur le concept de
Global Governance (gouvernance mondiale
[42]) qui s’inscrit
dans la ligne tracée par W. Brandt avec son fameux rapport
Überleben sichern.
Gemeinsame Interessen der Industrie– und Entwicklungsländern (
Assurer
l’avenir. Les intérêts communs aux pays industrialisés et aux pays en voie de
développement) de janvier 1980, l’objectif étant alors de contribuer à améliorer
les conditions économiques, sociales, écologiques et politiques des les pays
partenaires du Sud et de l’Est. Emboîtant le pas aux chercheurs des centres allemands de recherche sur la paix, l’ancien président de la RFA, Richard von
Weizsäcker, insiste sur l’urgence de changer les structures des Nations unies :
« [On] a besoin de nouveaux conseils, dotés chacun des mêmes pouvoirs que le
Conseil de sécurité, un Conseil social et un Conseil économique
[43]. » Adoptant
une approche
a priori civile et multilatérale des problématiques mondiales de
par les leçons de son passé, l’Allemagne, au sein même de l’UE, se distingue
certainement par son rôle privilégié de médiateur et campe entre l’attitude individualiste des Anglo-Saxons et la ténacité plus dogmatique des autres Européens du continent. Donc : la solidarité affichée par le gouvernement allemand
ne signifie pas un soutien sans réserve à la stratégie américaine d’intervention
militaire panacée, car à la différence des Américains qui ont pour objectif que
les terroristes ne puissent plus agir, les Allemands ont pour but qu’ils ne
veuillent plus agir
[44]. Les reponsables politiques de RFA craignant qu’une lecture
par trop « hollywoodienne » de la vie internationale ne nuise aux intérêts de
l’Europe et à la paix dans le monde.
Au moment du déclenchement des hostilités contre l’Irak, le 20 mars 2003
par les Américians et les Britanniques, G. Schröder prononce une allocution
télévisée : « c’est la mauvaise décision qui a été prise ». C’est la première fois,
depuis que l’Allemagne a recouvré sa souveraineté, que le gouvernement fédéral l’« utilise » avec le courage de la fermeté contre son plus puissant allié. Les
dirigeants allemands songent même, au-delà de cette crise, à une rédéfinition de
la politique étrangère et de sécurité européenne. Selon le grand hebdomadaire
Der Spiegel, l’émancipation et la réalisation d’une véritable Union politique
« sont enfin en train
[45] ». Comme toute supposition journalistique, même teintée
de sensationnalisme, contient une part de vérité, il est vrai que l’Allemagne de
Schröder se veut désormais, plus encore que pionnière en matière de politique
d’aide au développement ou de politique de l’environnement, à la pointe du
combat pour « plus d’Europe » par l’étroite coopération avec la France mais
aussi avec la Grande-Bretagne et à travers un étroit partenariat avec la Russie.
Et pourtant : la communauté scientifique de gauche a beau se prendre à rêver de
nouveaux partenariats qui complèteraient le lien transatlantique « pour faire
progresser le projet d’une gouvernance mondiale [… ] même si les États-Unis se
retirent dans une
splendid isolation et même si ces derniers s’y opposent
[46] » ; il
ne s’agit pas, au niveau des dirigeants politiques, de troquer les partenaires
traditionnels pour des alliances aléatoires ; le chancelier aspire simplement à
« l’épreuve de souveraineté
[47] ». Il expose ses vues dans sa déclaration gouvernementale du le 3 avril 2003 au
Bundestag : conséquences de la guerre en Irak
et sa conviction de ce que les problèmes complexes du XXI
e siècle ne peuvent
trouver de solution que dans le multilatéralisme et un monde multipolaire ; et
Schröder esquisse en réalité les fondements (nouveaux) de la future politique
étrangère allemande, à savoir une marge élargie de manœuvre qui passe par
l’établissement d’un partenariat égalitaire entre une UE renforcée et les États-Unis. C’est sans complexe que le chancelier, suivi par Jacques Chirac, rejoint à
Saint-Pétersbourg, les 11 et 12 avril 2003, le président russe Vladimir Poutine
pour y insister, au lendemain de la chute de Bagdad, sur le rôle central des
Nations unies dans la reconstruction du pays ; tout comme Paris, Berlin et
Moscou s’étaient opposés par une déclaration commune du 5 mars 2003 à toute
résolution du Conseil de sécurité des Nations unies prônant le recours à la
force
[48]. L’œuvre de K. Adenauer (intégration occidentale) et celle de W. Brandt
(la réconciliation avec l’Est) restent incomplètes, car l’Europe, selon Schröder,
doit s’émanciper. Il s’agit moins, vu d’Allemagne, que les Européens se posent
en contrepoids aux Américains que de constituer une Union politique, un
ensemble autonome lié par un partenariat aux États-Unis mais sans plus d’inféodation. Il ne s’agit pas de pratiquer l’abstention hostile, mais de s’engager
dans une relation pragmatique
[49], car le partenariat entre démocraties libres ne
saurait se résumer à la vassalité. Le gouvernement allemand, dans l’affaire
irakienne, a « réfléchi rationnellement à ses intérêts, tout en misant sur d’autres
priorités que Washington
[50] ».
Certes, les apôtres d’un franco-allemand « diplomatiquement correct » critiquent l’Allemagne et la France qui auraient dénoncé l’unilatéralisme américain
pour pratiquer de leur côté en Europe un unilatéralisme dévastateur et précipiter la division de l’Europe. Ainsi, au moment même des cérémonies commémoratives du quarantième anniversaire du traité de l’Élysée, les pseudo-prati-ciens du franco-allemand n’hésitent plus à « annoncer la mort du couple
France-Allemagne », parce que celui-ci, incapable de résister à l’Amérique et en
raison des préférences des pays d’Europe centrale et orientale pour les États-Unis, « a fait son temps
[51] ». Or, bien au contraire, les raisons qui ont motivé la
construction européenne et la réconciliation franco-allemande restent fondées ;
le rôle moteur des deux pays demeurant évident puisque seules les propositions
franco-allemandes (soutenues par certains pays de l’UE ) tentent de faire progresser la Convention sur l’avenir de l’Europe. Il n’y a pas d’alternative, en Europe,
à la capacité d’entraînement du tandem franco-allemand. Si la nouvelle génération au pouvoir en RFA n’a pas d’affinités particulières pour la France, G. Schröder avait néanmoins admis, lors de son discours solennel le 29 novembre 1999
à l’Assemblée nationale, que l’entente franco-allemande était indispensable en
Europe et pour l’Europe, faisant sienne la formule française « d’Europe puissance ». Les nouveaux adhérents à l’UE, obnubilés par les avantages de leur
intégration à l’OTAN, n’en ont pas encore une conscience claire : si l’OTAN peut
promouvoir la stabilité extérieure, elle reste assez impuissante en matière de
stabilité intérieure et de transformation sur les plans politique, économique et
social. Les États-Unis ne feront pas d’efforts dans ce sens ; d’où l’intérêt pour
les pays d’Europe centrale et orientale de s’investir davantage dans une
approche européenne des problématiques géostratégiques. La résistance francoallemande aux positions américaines a eu le mérite de situer l’enjeu à venir :
faire de l’Union un acteur capable, sur le plan international, d’influencer le
cours des choses, d‘imprimer sa marque et de définir des objectifs, de concevoir
l’Europe des vingt-cinq comme un ensemble géopolitique. Le risque est trop
réel que les Européens ne puissent maîtriser le destin de leur propre continent,
alors que depuis la fin de la guerre froide, si les États-Unis et l’Europe partagent
(certaines) valeurs communes, leurs intérêts ne sont plus tout à fait les mêmes.
La puissance des États-Unis est une réalité, mais il faut démystifier
l’« hyper-puissance », car la domination mondiale des États-Unis, depuis le
11 septembre, est objectivement fragilisée. Les Allemands savent trop bien que
la puissance n’existe par définition que de façon relative : elle n’a de signification qu’à un moment donné et par rapport à celle des autres acteurs internationaux. Qui plus est : la puissance d’aujourd’hui, comme celle d’hier, ne saurait
être assurée de sa pérennité. Le 22 janvier 2003, alors que Berlin et Paris
fêtaient à Versailles leurs quarante ans de « mariage », Donald Rumsfeld, secrétaire américain à la Défense, posait au trouble-fête : lorsqu’il pensait à l’Europe,
il ne pensait pas à l’Allemagne et à la France, soit la « vieille Europe
[52] ». En
vérité, cette vieille Europe agace moins l’Amérique parce que cette dernière est
meurtrie depuis le 11 septembre, mais avant tout parce que les Américains sont
déterminés à écarter toute émergence d’un concurrent planétaire. Les États-Unis
ont toujours tenté de jouer sur les rivalités régionales et les instrumentalisent
[53].
La formule, pour émotionnelle qu’elle soit, a même « involontairement rendu
service au chancelier Schröder », ironise H. Schmidt, car « aucun ministre
américain ne peut s’obstiner durablement à traiter la France et l’Allemange de
reliques
[54] ». La « vieille Europe » exaspère surtout l’Amérique parce que
quarante après l’adjonction, par les députés allemands, du fameux préambule
inspiré par la diplomatie américaine et qui prévoyait le maintien d’un étroit
partenariat entre les États-Unis et l’Europe au traité de l’Élysée, la politique du
gouvernement Schröder en a finalement rendu caduc l’esprit, annonçant en
quelque sorte la fin d’un atlantisme sans réserve… au bénéfice de l’Europe.
[1]
Cf. William Pfaff, « Schröder-Hatz »,
Blätter für deutsche und internationale Politik, n° 3,
mars 2003, p. 285.
[2]
Cf. Christian Hacke,
Zur Weltmacht verdammt. Die amerikanische Außenpolitik von
J.F. Kennedy bis G. W. Bush, Munich, Beck, 2001.
[3]
Cf. Ernst-Otto Czempiel, «
Weltpolitik im Umbruch ». Die Pax Americana, der Terrorismus und die Zukunft der internationalen Beziehungen, Munich, Beck, 2002.
[4]
Cf. Wolf Dieter Eberwein & Karl Kaiser (éd.),
Germany’s New Foreign Policy. Decision-Making in an Interdependent World, New York, Palgrave, 2001.
[5]
Cf. Stephan Martens, « Le traité 2+4 : l’anti-Versailles ou l’intelligence multilatérale »,
Allemagne d’aujourd’hui, n°146, octobre-décembre 1998, p. 286-307.
[6]
Sondage effectué pour
Die Welt par Emnid (en février 2003,500 personnes interrogées).
81% des électeurs du SPD ne ressentent pas d’obligation morale pour 64 % des électeurs de
la CDU; voir
Die Welt, 18.2.2003, p. 2.
[7]
Cf. Robert Kagan,
La puissance et la faiblesse. Les États-Unis et l’Europe dans le nouvel
ordre mondial, Paris, Plon, 2003.
[8]
Entretien avec Joschka Fischer,
Der Spiegel, 24 mars 2003, p. 51.
[9]
Cf. l’ouvrage récent et à succès sur la « guerre des bombardements » contre l’Allemagne
de 1940 à 1945 par Jörg Friedrich,
Der Brand. Deutschland im Bombenkrieg 1940-1945,
Francfort-sur-le-Main, Propyläen, 2003.
[10]
Cf. l’article stimulant de Christoph Bertram, « Faiblesse de la puissance. Réponse à
Robert Kagan »,
Commentaire, n° 101, printemps 2003, p. 25-29.
[11]
Cf. Harald Müller, « Terrorisme, prolifération : une approche européenne de la menace »,
Cahiers de Chaillot, Institut d’Etudes de Sécurité, n° 58, mars 2003, p. 96.
[12]
Cf. Stephan Martens,
Allemagne. La nouvelle puissance européenne, Paris, PUF/IRIS,
2002.
[13]
Cf. Helga Haftendorn,
Deutsche Außenpolitik zwischen Selbstbeschränkung und Selbstbehauptung, Stuttgart, DVA, 2001.
[14]
Cf. Hanns W. Maull, « Zivilmacht Bundesrepublik Deutschland »,
Europa Archiv, 10 mai
1992, p. 269-279. Ainsi, la RFA a joué un rôle essentiel d’intermédiaire sur le plan diplomatique en accueillant au Petersberg près de Bonn, du 26 novembre au 5 décembre. 2001, la
conférence interafghane parrainée par les Nations unies.
[15]
Entretien avec Gerhard Schröder,
Der Spiegel, 19 avril 2003, p. 52.
[16]
Cf. Christian Hacke, « Die Außenpolitik der Regierung Schröder/Fischer. Zwischenbilanz und Perspektiven »,
Aus Politik und Zeitgeschichte, B 48/2002, p. 15.
[17]
Cf. Karl D. Bredthauer, « Orwell und die Achse des Guten »,
Blätter für deutsche und
internationale Politik, n° 3, mars 2003, p. 267.
[18]
Cf. Karl J. Brandstätter,
Allianz des Mißtrauens. Sicherheitspolitik und deutschamerikanische Beziehungen in der Nachkriegszeit, Cologne, Kiepenheuer & Witsch, 1989.
[19]
Cf. Henning Tewes,
Germany, Civilian Power and the New Europe. Enlarging Nato and
the European Union, New York, Palgrave, 2002.
[20]
Cf. Werner Weidenfeld, « Kühles Kalkül. Die neue Ära der transatlantischen Beziehungen »,
Internationale Politik, n° 6, juin 2001, p. 1-9 et Karsten Voigt, « EU -États-Unis. Transatlantische Bezihungen in der Bewährungsprobe »,
Integration, n° 3, juillet 2002, p. 238-243
[21]
Voir la partie II de l’entretien contradictoire, dans le cadre de la campagne électorale,
entre G. Schröder et son rival Edmund Stoiber, portant sur la politique étrangère dans la
Süddeutsche Zeitung, 14-15 août 2002, p. 5-7.
[22]
Cf. Axel Schildt, « Sind die Westdeutschen amerikanisiert worden ? »,
Aus Politik und
Zeitgeschichte, B 50/2000, p. 3-10.
[23]
Entretien avec Franz Müntefering,
Der Spiegel, 12 août 2002, p. 26.
[24]
Entretien avec Gerhard Schröder,
Die Zeit, 28 février 2002, p. 3.
[25]
Cf. Henry Kissinger,
À la Maison-Blanche. 1960-1975, 1, Paris, Fayard, 1979, p. 428.
[26]
Cf. Egon Bahr, « Die “Normalisierung” der deutschen Außenpolitik. Mündige Partnerschaft statt bequemer Vormundschaft »,
Internationale Politik, n° 1, janvier 1999, p. 41-52.
[27]
« Faites la loi, pas la guerre » : slogan brandi en Allemagne, en février et mars 2003, lors
des manifestations contre la guerre en Irak.
[28]
Cf. Michael Stürmer, « Zeitenwende »,
Die Welt, 12 septembre 2001, p. 8.
[29]
Entretien avec Gerhard Schröder,
Die Zeit, 18 octobre 2001, p. 3.
[30]
Cf. Franz Nuscheler, « Multilateralismus vs. Unilateralismus. Kooperation vs. Hegemonie in den transatlantischen Beziehungen », Stiftung Entwicklung und Frieden,
Policy Paper,
n° 16, janvier 2001, p. 5.
[31]
Entretien avec Gerhard Schröder,
Der Spiegel, 14 janvier 2002, p. 38.
[32]
Cf. Gernot Erler, « Bushs offener Affront »,
Die Zeit, 14 février 2002, p. 8. Le choix de
la terminologie n’est pas innocent puisqu’au début des années 1990 l’Allemagne, sous l’impulsion de son ministre des Affaires étrangères, Klaus Kinkel, s’était engagée sur la voie d’un
« dialogue critique » avec l’Iran.
[33]
Sondages effectués pour
Der Spiegel par Infratest Burke (mille personnes interrogées en
octobre 1993) et par NFO Infratest (mille personnes interrogées en avril 2002), cf. Stefan Berg
et al., « Das beschädigte Paradies »,
Der Spiegel, 18 mai 2002, p. 26-31.
[34]
Sondage effectué pour
Der Spiegel par NFO Infratest (mille personnes interrogées en
février 2003), cf. Ralf Beste
et alii., « Was nun, Mr. President ? »,
Der Spiegel, 17 février
2003, p. 20-27.
[35]
Sondage effectué pour la chaîne de télévision ARD et la
Frankfurter Rundschau par Infratest dimap (mille trois cents personnes interrogées en mars 2003), cf.
Frankfurter Rundschau,
5 avril 2003, p. 7.
[36]
Cf. Friederich Mielke, « Präsident Bush und der deutsche Antiamerikanismus »,
Rissener
Einblicke, Hambourg, n° 10-11, octobre-novembre 2002, p. 55-63.
[37]
Sondage effectué pour
Der Spiegel par NFO Infratest,
op. cit.
[38]
Cf. Ludger Volmer, « Was bleibt vom Pazifismus »,
Frankfurter Rundchau, 7 janvier
2002, p. 6.
[39]
Cf. Wolfgang Schäuble, « Kontinuität und Wandel – die Zukunft der deutschen Außenpolitik », discours du 10 mars 2003, Berlin, Konrad Adenauer Stiftung.
[40]
Entretien avec Karl Lamers,
Frankfurter Rundschau, 24 mars 2003, p. 4.
[41]
Cf. Otfried Nassauer, « Machtpolitik auf europäisch »,
Blätter für deutsche und internationale Politik, n° 11, novembre 2002, p. 1354.
[42]
Cf. notamment Ulrich Brand
et al.,
Global Governance. Alternativen zur neoliberalen
Globalisierung ?, Münster, Lit, 2000 ; Thomas Fuchs & Brigitte I. Hamm (éd.),
Die Weltkonferenzen der 90er Jahre : Baustellen für Global Governance, Bonn, Dietz, 2001.
[43]
Cf. Richard von Weizsäcker, « Il faut une nouvelle architecture à l’ONU »,
Le Figaro,
11 décembre 2001, p. 14.
[44]
Cf. Gret Haller,
Die Grenzen der Solidarität. Europa und die États-Unis im Umgang mit
Staat, Nation und Religion, Berlin, Aufbau-Verlag, 2002.
[45]
Cf. Petra Bornhöft
et alii., « Der Krisenkanzler »,
Der Spiegel, 24 mars 2003, p. 48.
[46]
Cf. Frank Biermann & Hans-Dieter Sohn, « Europa und eine multipolare Weltordnungspolitik. Indien und Ostasien als neue Bündnispartner ? »,
Policy Paper, Stiftung Entwicklung und Frieden, n° 21, avril 2003, p. 4.
[47]
Cf. Ralf Beste
et al., « Schröders Entspannungspolitik »,
Der Spiegel, 14 avril 2003,
p. 45.
[48]
Cf. Véronique Soulé, « Non, niet et nein à une résolution pro-guerre »,
Libération, 6 mars
2003, p. 2.
[49]
Cf. Peter Rudolf, « Krise der deutsch-amerikanischen Beziehungen ? Über den Umgang
mit den États-Unis »,
SWP-Aktuell, Stiftung Wissenschaft und Politik, n° 51, novembre 2002.
[50]
Cf. Claus Leggewie, « Globalisierung versus Hegemonie. Zur Zukunft der transatlantischen Beziehungen »,
Internationale Politik und Gesellschaft, Friedrich Ebert Stiftung, n° 1,
2003, p. 102.
[51]
Cf. Anne-Marie Le Gloannec, « Le pire des scénarios pour l’Europe »,
Le Figaro,
17 mars 2003, p. 16.
[52]
Formule de réaction à la fronde franco-allemande en faveur de la poursuite des inspections en désarmement de l’ONU en Irak; le centre de gravité de l’Europe se déplace ainsi vers
l’intérieur du continent.
[53]
Cf. Josef Joffe, « “Bismarck” or “Britain” ? Toward an American Grand Strategy after
Bipolarity »,
International Security, n° 4, printemps 1995, p. 94-117.
[54]
Entretien avec Helmut Schmidt,
Der Spiegel, 3 février 2003, p. 38.