2003
Outre - Terre
La fin de l'occident
Guerre et paix
Luigino Scricciolo
statisticien, Rome.
En Italie, l’opposition à la guerre, partant des mouvements de jeunes, s’est
élargie aux principaux syndicats comme la CGIL, aux Démocrates de gauche
(DS), à Refondation Communiste (orthodoxe) et aux secteurs engagés du catholicisme. Facteur décisif : la position on ne peut plus claire du Pape et les
nombreuses initiatives du Saint-Siège : délégation en Irak, rencontre avec Tarek
Aziz à Rome.
Au moment où les opérations sont déclenchées, 62% des Italiens y sont
carrément hostiles. Engrenage du terrorisme ( 39%), fossé avec l’islam ( 35%),
hégémonie américaine ( 23%). Le Pôle des libertés de Berlusconi, pour avoir
choisi la non-belligérance, n’en est pas moins « de cœur » aux côtés de la coalition. Sans doute 15% de l’électorat de centre-droit, déjà séduit par le pacifisme,
s’est-il aligné sur les positions du Pape.
Le sondage montre que le mouvement pacifiste a encore monté en force
jusqu’à l’appel de Saddam ; ceci malgré l’exhibition des pilotes à la télévision
et l’appel du dictateur à la guerre sainte ; pour redescendre à 55% à la fin des
hostilités. À l’inverse, le courant favorable à la coalition décroît de 30% au
début de la guerre à 25%, puis remonte à 42% dès lors que les villes les plus
importantes sont aux mains de la coalition. Ce dernier camp perçoit d’abord la
guerre comme instrument d’action contre le terrorisme ( 57%), ensuite en tant
que moyen d’abattre un régime de terreur (passe de 31% à 49%).
La recherche d’armements de destruction de masse (désarmement de l’Irak)
n’apparaît pas comme raison du conflit. On n’oubliera pas que certains secteurs
de la droite italienne sont traditionnellement antiaméricains ; même la Ligue
Nord n’est pas affranchie de ce genre d’attitudes. Certains groupes fascistes
issus de l’ex-Movimento Sociale Italiano, antisémites et hostiles à Israël, ont
apporté un soutien public au monde arabe. Chez les pacifistes, un fort sentiment
antiaméricain, connoté d’anti-impérialisme, passe de 23% à 36%.
L’axe Paris-Berlin, puis Paris-Berlin-Moscou, a renforcé les adversaires de
Berlusconi.
Les sondés percevant ce regroupement géopolitique comme une authentique
force d’opposition à l’hégémonie américaine : de 31% à 41%. Des sondages
récents montrent que 13% des Italiens s’en remettent à l’ONU pour gérer
l’après-guerre contre à peine 13% favorables à Washington.
Le fort mouvement anti-guerre ne semble toutefois pas avoir profité, en
termes politiques, au centre-gauche.
Le sondage a été effectué par le Centro Studi Enpaia de Rome
Traduit de l’italien par Carmen Rodriguez
1. La coalition américaine a déclenché les hostilités
contre le régime irakien.
Êtes-vous pour ou contre la guerre ?
Chute
date/ début USA Appel statue de Fin des 10 jours
réponse guerre montrés de Saddam Saddam hostilités après
pour 30% 26 % 25 % 28% 36 % 42 %
contre 62 % 67 % 69 % 67 % 61 % 55 %
ne sait pas 8 % 7 % 6 % 5 % 3 % 3 %
Début de la guerre : 20 mars, avec des bombardements.
Des pilotes USA sont montré à la télévision après leur capture.
Saddam Hussein lance un appel à la guerre sainte contre les infidèles.
Mise à bas de la statue de Saddam à Bagdad.
Fin des hostilités à grande échelle, avec combats isolés et morts dans la population civile
après des jours de saccage.
Gardner, l’envoyé américain, en Irak. Les plus grandes villes sont aux mains des alliés.
2. Les thèses franco-allemandes
contre la guerre et présentées à l’ONU promeuvent :
Chute
date/ début USA Appel statue de Fin des 10 jours
demande guerre montrés de Saddam Saddam hostilités après
la paix 21 % 23 % 25 % 23 % 21 % 21 %
la défense
de l’ONU 26 % 22 % 20 % 21 % 19 % 23 %
L’hégémo-
nie de l’UE 10 % 11 % 10 % 10 % 13 % 8 %
Positions
anti-USA 31 % 33 % 35 % 37 % 37 % 41 %
Ne sais pas 12 % 11 % 10 % 9 % 10 % 7 %