Outre-Terre
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I.S.B.N.2749201713
320 pages

p. 239 à 240
doi: en cours

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USA vs. UMMA'

no 5 2003/4

2003 Outre - Terre USA vs. UMMA'

Irak, Syrie, Liban

Josiane Feghali chercheur Simon Haddad professeur associé, université Notre-Dame, Beyrouth.
Émile Lahoud, président de la république libanaise, a demandé à Rafik Hariri, Premier ministre sunnite du Liban, de former en urgence un nouveau cabinet. On pouvait penser que l’élimination de Saddam Hussein et les observations multipliées par l’administration US quant à l’antiaméricanisme des Syriens – hospitalité aux membres du régime irakien et financement d’organisations terroristes – auraient provoqué un déclin de la suzeraineté de Damas à Beyrouth. Il n’en est rien.
La Syrie a en réalité restructuré le gouvernement libanais dans le sens d’un meilleur contrôle de son voisin au demeurant divisé et fait passer de la sorte un message aux Américains. Les deux tiers des ministres reviennent, pour certains avec des portefeuilles différents. Onze nouvelles têtes, cependant. Le cabinet comporte douze ministres affiliés aux Syriens, six supporters du président Lahoud, un même nombre pour les amis du chiite Nabih Berri, trois au druze Walid Joumblatt. Des sept nouveaux ministres chrétiens, quatre sont proches de Damas et ont servi dans les gouvernements précédents, trois chrétiens indépendants ayant perdu leur poste. Hariri, ami de l’Arabie saoudite et de Jacques Chirac, interlocuteur reconnu des Américains, qui forme son cinquième gouvernement depuis 1992, s’est vu privé d’une moitié de ses appuis parce que ce personnage extrêmement influent au plan international risquait, surtout dans la conjoncture actuelle, d’être par trop autonome. Une montée en puissance du Premier ministre hors contrôle de Damas pouvait écorner l’hégémonie des Syriens, si durement gagnée, au Liban, et faire sauter le vernis d’une politique égoïste de domination. Il fallait donc rogner sur sa marge de manœuvre. D’au tant que Hariri avait poussé hâtivement à la paix avec les Israéliens – le Liban devait en profiter au plan économique et s’assurer une « niche » après règlement du conflit israélo-palestinien, ceci indépendamment des progrès obtenus sur le litige israélo-syrien. Il ne compte plus que trois ministres amis, tous sunnites, dans son gouvernement.
Question de fond, celle du Hezbollah, la milice chiite que les Syriens ont aidée à prendre une place éminente dans le paysage libanais et qui n’est même pas soumise au contrôle de l’armée nationale. Ses sympathisants occupent en fait des positions-clé au sein de cette dernière, ce qui place le commandement dans l’incapacité de se retourner contre elle. Or, Damas a toujours su jouer habilement la carte du Hezbollah durant les vingt-sept années d’occupation par elle du Liban : son départ signifierait une fin de l’équilibre acquis. La Syrie peut d’ailleurs faire valoir en direction des Américains et des Israéliens que le sort du Hezbollah est entre ses mains, qu’il convient donc de la traiter comme une puissance régionale. Voilà la raison pour laquelle, au demeurant, il n’y a pas eu inclusion d’opposants chrétiens à Lahoud et à la Syrie dans le nouveau gouvernement. Bien que cela ait suscité de violentes critiques, en particulier chez les maronites.
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