2003
Outre - Terre
Colonialisme démocratique ?
L’Amérique, l’islam et l’Irak Document
Paul Wolfowitz
secrétaire adjoint à la Défense, ancien doyen à la School of Advanced International Studies de l'université Johns Hopkins.Retranscription autorisée par l'auteur d'une conférence donnée au Center for the Study of Popular Culture de Los Angeles le 15 novembre 2002.
La guerre contre le terrorisme est un problème assez sérieux. Contrairement
à ce que nous avons pu entendre à la radio ou à la télévision, elle ne concerne
pas seulement un individu, un réseau, ou même un seul et unique État terroriste.
Le 11 septembre a changé la façon dont nous devons appréhender l'ensemble du
problème. Il nous faut maintenant comprendre que le terrorisme n'est pas un mal
avec lequel nous pouvons nous permettre de coexister. Non seulement les
événements ont été horribles, mais on peut imaginer à quel point encore ils l'auraient été si des armes de destruction massive avaient été utilisées. Assister à la
mort de trois mille personnes en un seul jour dépassait déjà l'imagination, qu'en
aurait-il été pour 30 000,300 000 ou, Dieu nous en garde, 3 000 000 ?
La guerre contre le terrorisme ne se jouera pas en une seule bataille contre
un seul pays. Comme le Président Bush et Donald Rumsfeld n'ont cessé de le
dire, nous sommes entrés dans une guerre longue. Même si nous capturons ou
tuons Oussama Ben Laden, elle ne sera pas terminée. Donald Rumsfeld a pu
déclarer après le 11 septembre que c'était une erreur de se focaliser sur un seul
homme. La guerre contre le terrorisme concerne tous les réseaux et tous les
États qui le soutiennent. Et nous devons garder sans cesse à l'esprit qu'elle ne
consiste pas seulement à capturer et à tuer des terroristes. Le Président Bush s'en
est expliqué dans le discours où il parlait pour la première fois d'axe du Mal :
« construire un monde juste et pacifique dans l'après-guerre, et ce tout particulièrement dans le monde musulman, fait aussi partie de nos objectifs de
guerre ».
On entend beaucoup parler des racines du terrorisme. Et certains suggèrent
qu'elles résident dans la pauvreté. Difficile à croire si l'on pense à un milliardaire comme Ben Laden, qui serait devenu fanatique parce que pauvre. On
peut en dire autant d' Ayman al-Zawahiri qui vient d'une des familles les plus
fortunées d'Égypte. Et ce serait jouer les autruches que de ne pas désigner
comme essentiellement et exclusivement musulman le terrorisme auquel nous
sommes aujourd'hui confrontés. La guerre contre le terrorisme touche au
contraire à l'âme même du monde musulman. J'en ai l'expérience pour avoir
passé trois ans en Indonésie comme ambassadeur. Je sais parfaitement que
l'immense majorité des deux cent millions d'Indonésiens sont gens paisibles et
tolérants. Et il y a de par le monde des centaines et des centaines de millions
de musulmans qui n'aspirent à rien d'autre qu'à la liberté, et à la prospérité que
la liberté engendre.
Par contre : le terrorisme se nourrit du fait que si les musulmans considèrent
le monde dans lequel ils vivent, ils peuvent penser que avoir été floués par l'Histoire, que les règles du jeu sont telles qu'ils ne peuvent pas gagner. Un général
turc me disait il y peu : « il est fréquent, dans les pays au sud de la Méditerranée de rencontrer des gens qui pensent que le colonialisme, pourtant achevé
depuis une cinquantaine d'années, reste la cause de leur arriération économique
et politique ». Il y a eu un phénomène parallèle en Asie voici vingt ou trente ans.
Pendant les deux ou trois décennies qui ont suivi la Révolution chinoise, les
dirigeants ont signifié au peuple qu'ils vivaient dans la misère à cause de deux
siècles de colonialisme occidental. Et c'est vrai que la Chine a subi l'une des
pires expériences de colonialisme. Peut-on imaginer aujourd'hui qu'une puissance coloniale se soit ouvert pas la force des armes le marché chinois de
l'opium ? C'est pourtant ce qui s'est passé. Mais quelque chose a commencé à
changer quand les gens de Chine continentale ont remarqué que les Chinois de
Singapour, qui avaient pourtant subi le même joug colonial, s'en sortaient très
bien. De surcroît, les Chinois de Hong Kong, qui l'avaient subi dans une même
mesure s'en sortaient très bien eux aussi. Les Chinois de Taiwan, qui avaient
subi le colonialisme japonais, s'en sortaient très bien, là encore. Tout cela a été
un moteur puissant et a permis d'impulser le changement économique en Chine
continentale, dont j'espère et souhaite qu'il sera suivi par un changement politique. Le problème en Chine, n'était pas le colonialisme. Et n'était pas non plus
la culture. On sourit en pensant qu'il y a à peine quelques décennies des gens
essayaient d'expliquer l'arriération de l'Asie par la culture, les hommes de
qualité ne travaillant pas, se laissant pousser les ongles et portant des vêtements
blancs comme une preuve de leur désœuvrement. Alors que d'autres expliquent
le succès de l'Asie par cette même culture confucéenne. Ce qui est plutôt remarquable, c'est qu'il a fallu qu'un juif exilé à Londres invente un système économique capable de rendre des gens aussi industrieux que les Coréens et les
Chinois paresseux et improductifs.
La misère qui règne dans le monde arabe résulte dans une large mesure des
politiques menées par des gouvernements incapables. Il est important, dans ces
conditions, et si nous voulons gagner la guerre contre le terrorisme, d'aider les
pays du monde musulman à se diriger ou tenter de se diriger dans le bon sens.
L'Indonésie qui a connu une transition vers la démocratie pendant une période
de difficultés économiques est un pays qui mérite notre aide et notre soutien. La
Turquie, une des rares démocraties dans le monde musulman, connaît elle aussi
des difficultés économiques et mérite notre appui. Des réformes très positives
ont eu lieu récemment au Bahreïn où se sont tenues les premières élections
libres de l'histoire du pays. Il en a été de même au Maroc. Ces pays, avec leurs
succès et leurs avancées vers nos valeurs, participent intégralement de notre
combat contre le terrorisme. Je dois admettre qu'au ministère de la Défense,
notre tâche principale est de trouver les terroristes et de les éliminer. Mais nous
pouvons aussi jouer un rôle constructif. En aidant, par exemple, les Afghans à
progresser vers un futur meilleur. En Irak aussi.
Quelques mots justement à propos de l'Irak. Notre Président, en parlant de
mobiliser la force et en l'exerçant, a permis d'œuvrer pour le désarmement et la
paix. Le but était de parvenir au désarmement de l'Iraq, et d'éliminer pacifiquement les dangers sérieux qui menaçaient notre pays et le monde. Nous avons dit
que nous utiliserions la force si nécessaire et en ce cas nous agirons efficacement.
D'abord deux citations. L'une porte sur les enjeux stratégiques et de sécurité. Le
secrétaire d'État Colin Powell, témoignant devant la commission aux Relations
internationales de la Chambre des Représentants au début de l'année 2002, parla
en ces termes : après le 11 septembre, le monde était devenu plus dangereux, une
nouvelle réalité s'était fait jour ; le monde avait dû reconnaître que l'acquisition
potentielle d'armes de destruction massive avait placé le terrorisme à un niveau de
menace plus ample et que cela impliquait de dissuader les États développant ces
armes tout comme les organisations terroristes désireuses de les utiliser.
Voilà, me semble-t-il, une définition très claire de la menace stratégique.
L'autre citation, à propos de la situation interne de l'Iraq, émane d'une source inattendue, de Scott Ritter dont on a beaucoup parlé récemment, puisqu'il s'est fait le
défenseur du régime irakien. N'écrivait-il pas, certes avec des réticences avouées,
que ce régime était absolument effroyable ?Et même plus horrible encore dans sa
réalité que ce qu'il voulait bien décrire ? Plus précisément dans les mots de cet
ancien inspecteur de l'ONU : « je ne veux pas fournir des munitions à des gens qui
sont ce que j'étais autrefois, parce que je me bats aujourd'hui pour la paix ». Une
prison dans Bagdad, par exemple, où la puanteur était pire encore dans la réalité
que dans ses souvenirs : « L'odeur était irréelle. Un mélange d'urine, d'excréments,
de vomissures et de sueur, le tout dans un enfer où les prisonniers hurlaient et
mourraient de soif. » Et ce qu'il avait de remarquable, c'était que les plus vieux
condamnés avaient douze ans : les plus jeunes étaient des enfants à peine sortis du
ventre de leur mère. Leur seul crime, c'était d'être les enfants d' ennemis du régime
en place. Difficile d'imaginer symbole plus triste de la terreur qu'une prison d'enfants. Il y a probablement fort peu de pays où ce genre d'endroits existent. Et sans
doute peu de gens sur terre pour justifier l'existence de ce genre d'endroits… Qui
irait nier que le président actuel de l'Irak est un homme mauvais et dangereux ?Le
monde ne serait-il pas, de l'avis de tous les Américains, plus sûr et les Irakiens plus
heureux si ce régime était liquidé ?
La question est de déterminer les moyens appropriés pour y parvenir.
Comment évaluer les risques liés à l'utilisation la force quand nous devrons le
faire ?Et aussi de mettre en balance ceux de l'action et de l'inaction. Ils sont dans
les deux cas et personne, au sein de l'administration Bush ne les sous-estime. Mais
je pense, comme le président l'a dit clairement, que les risques de l'inaction serait
plus grands. Le président Bush a déclaré à diverses reprises les prendre très au
sérieux. Et je tiens à redire qu'il fera tout son possible pour parvenir à une solution pacifique permettant d'éliminer les dangers sans mobiliser la force. Donc et
contrairement à ce que j'ai lu parfois il n'est pas question d'opposer ceux qui
« aspirent à la paix » et ceux qui aiment la guerre. Je ne connais personne qui aime
la guerre. La question est de savoir comment accroître les chances d'une solution
pacifique. Paradoxe, au demeurant : ceux qui aspirent à la paix font tout, par pacifisme obtus, pour en éloigner la perspective. Notre seul espoir de parvenir à un
résultat pacifique est de confronter le régime irakien à une menace crédible
d'usage de la force. Diplomatie et menace doivent se conjuguer dans une même et
seule politique et ne sauraient être séparées.
Voilà onze ans que Saddam défie obstinément seize résolutions du Conseil
de sécurité, prouvant par là qu'il n'est pas prêt à renoncer à des armes qu'il a
payées si cher. Personne ne peut raisonnablement penser que Saddam renoncera
à ces armes, à des armes qu'il est censé ne pas posséder, simplement parce que
l'ONU a voté une nouvelle résolution. Il n'agira, et encore, que s'il pense que c'est
la seule chance de survie pour son régime. Que ce soit clair : nous n'aurions
jamais réussi à faire passer une nouvelle résolution aux Nations unies si de
braves jeunes gens en n'étaient pas prêts à risquer leur vie pour leur pays. Et sans
pareille détermination, sans notre merveilleux président, George W. Bush, nous
n'aurons aucune chance d'obtenir qu'il prenne cette dix-septième résolution aux
sérieux. Seul espoir de paix, la menace.
Au cours des douze derniers mois, le président Bush et ses conseillers ont
évalué soigneusement les risques associés aux différentes options dont nous
disposons. Et si tout est fait pour diminuer ces risques dans le cas où nous
devrions recourir à la force, personne ne les sous-estime. Une des questions
souvent posées et peut-être même la question la plus souvent posée depuis l'horrible attentat de Bali : « une campagne irakienne ne risque-t-elle pas d'entraver
ou d'interrompre l'action des États-Unis contre le terrorisme à l'échelle planétaire ?». Réponse simple : désarmer l'Irak et combattre le terrorisme sont une
seule et même chose. Si nous pouvons désarmer et mettre à bas le régime
irakien, ce sera une défaite mondiale infligée au terrorisme. La guerre actuelle
est différente de toutes celles qui ont précédé dans l'Histoire. Il ne s'agit pas
d'une simple opération militaire. Et l'aspect militaire, dans de nombreux cas,
n'est ici même pas essentiel ou primordial. C'est une guerre où s'intègrent par
nécessité tous les autres facteurs du pouvoir fédéral, y compris la diplomatie, le
renseignement et l'application du droit.
Mais la guerre contre le terrorisme est en même temps une guerre planétaire
qui doit être menée partout. La politique d'anéantissement des sanctuaires terroristes en Indonésie ou au Pakistan en collaboration avec les gouvernements
locaux serait incompatible avec une guerre qui laisserait le champ libre aux
terroristes en Irak et maintiendrait au pouvoir un des dictateurs les plus meurtriers du monde. Nous ne pouvons le laisser libre de continuer à agir à sa guise.
Et il est utile de rappeler qu'en Afghanistan, nous avons trouvé des documents
et capturé des terroristes qui nous ont permis de déjouer des complots dans
diverses parties du monde, de l'Asie du sud-est à l'Afrique du nord. En détruisant les sanctuaires d'al-Qaïda, nous n'avons pas seulement retiré de la circulation des terroristes importants, mais tiré d'eux des renseignements majeurs. On
peut s'attendre à ce genre de résultats quand il y aura un gouvernement acceptable à Bagdad qui nous aidera à trouver des documents pour capturer d'autres
terroristes encore.
Autre question qu'on me pose souvent : « pourquoi maintenant et pourquoi
ne pas attendre que la menace soit à nouveau prévisible et imminente ». Ici
encore une réponse simple et clairement formulée par le sénateur Joseph Lieberman au Rose Garden de la Maison-Blanche, le jour même où fut présentée la
décision conjointe sur le recours à la force : « J'ai depuis dix ans le sentiment
qu'un jour de plus au pouvoir pour Saddam, c'est un jour de danger en plus pour
le peuple irakien, pour ses voisins dans la région, pour le peuple américain et de
fait pour les peuples du monde. » L'idée que nous puissions attendre jusqu'à ce
que la menace soit prévisible et imminente impliquerait que nous sachions
quand elle le sera. C'était déjà vrai en 1962, avec les missiles soviétiques à
Cuba. Et pour citer le président Kennedy à l'époque : « ni les États-Unis d'Amérique, ni la communauté des nations ne peuvent tolérer des mensonges délibérés ou des menaces d'agression de la part d'un pays quel qu'il soit. Nous ne
vivons plus désormais dans un monde où le tir et lui seul de missiles constitue
un danger vital ». Des paroles à fortiori vraies quarante ans après, dès lors que
la menace n'est plus aussi facile à surveiller. Maintenant que des gens malfaisants complotent dans l'ombre et veulent à cet effet bénéficier des libertés qu'offrent nos sociétés démocratiques. Réfléchissons un instant. Quand le
11 septembre était-il imminent ? Vraisemblablement le 10. Mais si nous avions
agi en août, cela n'aurait eu aucun effet sur les terroristes qui se trouvaient déjà
aux États-Unis et étaient prêts à frapper. De même au printemps, quand ils
venaient d'arriver. Et dès 2000 puisque certains de leurs pilotes étaient entrés sur
notre territoire. Peut-être quelques mois plus tôt, enfin, quand Mohammed Atta
et ses amis forgeaient des plans à Hambourg.
Ces gens ne préviennent pas. Et quand ils sont clairement et nettement prêts
à agir, c'est trop tard… Certaines personnes disent : pourquoi courir le risque de
provoquer Saddam Hussein ? Est-ce qu'il ne risque pas, précisément, d'utiliser
ses armes de destruction massive s'il se sent menacé dans sa survie ? Il y a là
une vraie question. Le danger sera maximal dès lors que Saddam jugera sa
survie en jeu et qu'il n'a plus rien à perdre à utiliser tous les moyens à sa disposition. Allons ici au cœur de la citation du secrétaire d'État Powell : non seulement les terroristes élargissent le rayon d'action des dirigeants malfaisants, mais
ils leur permettent de s'en dédouaner. Il y a par ailleurs des hypothèses très
douteuses sur le fait qu'on peut rendre inoffensif le régime irakien par endiguement indéterminé. Cela suppose, de fait, qu'on sache comment fonctionne le
cerveau de Saddam Hussein. Et aussi que le personnage s'abstiendra toujours de
commettre des actions qui lui seraient fatales. Tout cela ne résiste pas à la
réalité… Et il est important, je pense, de voir que des hypothèses très douteuses
circulent disant que le régime irakien actuel peut être rendu inoffensif pour
toujours si on contient indéfiniment Saddam Hussein. D'abord, cela suppose
qu'on, comprenne la façon dont l'esprit de Saddam fonctionne Cela suppose
aussi que Saddam évitera toujours de commettre des actions qui lui feraient
risquer sa survie. Et ces suppositions ne tiennent guère face à la réalité… Mais
la plus dangereuse des hypothèses est qu'il ne se servira jamais de terroristes
pour se venger, sachant qu'ici la dissuasion ne marche pas contre les armes les
plus terribles de toutes.
Dernière question à évoquer : l'Irak ne sera-t-il pas plus instable et plus
dangereux après le changement de régime. Or, c'est le régime lui-même qui est
cause d'instabilité. Il suffit d'observer ce qui se passe actuellement au nord du
pays, autonome depuis une dizaine d'années : remarquables progrès plutôt qu'instabilité, surtout comparativement aux critères moyen-orientaux. La stabilité
consiste-t-elle à maintenir indéfiniment au pouvoir un des tyrans les plus cruels
au monde ? Et comment alors maintenir l'ordre en Irak après la mort de
Saddam ? Croit-on que ses fils, de fort douteux personnages, poursuivront efficacement l'œuvre de leur père comme Kim Jong-il en Corée du nord ou bien
Bachar el-Hassad en Syrie ? Je ne peux l'imaginer… Le Proche-Orient devra
pour le meilleur (ce que je crois fortement) ou pour le pire se faire à l'idée d'un
Irak doté d'un autre régime. Mieux vaut, de loin, que ces changements effectivement immenses se produisent maintenant que le monde entier a les yeux tournés vers l'Irak et que les États-Unis et leurs alliés sont décidés à une conclusion
rapide. Je suis très surpris et même un peu choqué, il me faut l'avouer, que des
gens qui connaissent bien le Proche-Orient et admirent comme moi le grand
talent des Arabes, croient que l'effondrement d'un régime despotique soit
mauvais pour leur cause. Au contraire, la libération d'un des peuples les plus
talentueux du monde arabe ouvrira des voies et aura des effets sur tout le
Proche-Orient, ainsi que, je le pense, dans tout le monde musulman.
Nous avons vu les femmes afghanes rejeter la burqa et leurs filles retourner
à l'école ; et la famine a rapidement disparu pour les quatre ou cinq millions de
gens en péril. Immense avantage stratégique : Saddam, comme avant lui Staline,
gouverne par la peur. Le régime a transformé le pays, l'un des plus riches potentiellement du Proche-Orient, en prison sauvage. Mais l'Afghanistan a prouvé
que les gens, une fois la terreur liquidée, se lèvent pour faire usage de la liberté
retrouvée afin d'assurer un avenir à leurs enfants. Aucun doute : nous n'aurons
pas simplement détruit une base arrière du terrorisme de plus et rendu le monde
plus sûr, nous aurons aussi aidé dans une grande mesure le monde musulman à
construire un avenir meilleur pour lui et pour nous. Le Président l'a dit, nous ne
jouons pas. Et pour citer à nouveau le secrétaire Powell, nous n'irons pas jouer
à la marelle dans le désert… Si Saddam sous-estime le Président des États-Unis,
il commet une grave erreur. J'étais, lors de la journée nationale des vétérans, à
Philadelphie, près d'Independence Hall, là où sont enterrés deux mille cinq cents
soldats de George Washington, la plupart anonymement. Plus d'un millier sont
mort prisonniers, dans des conditions abominables où l'on mourrait facilement.
Mais ils n'avaient pas le choix. Ils auraient pu sauver leur vie en rejoignant le
roi d'Angleterre mais avaient choisi de rester fidèles à leur cause et à leur pays.
Ils ont choisi de se sacrifier pour ce en quoi ils croyaient. Comme les braves
jeunes gens qui portent aujourd'hui l'uniforme de ce pays. Ils aident chacun
d'entre nous à construire un monde plus sûr. « Bâtir », dans les termes du Président dans son discours sur l'état de l'Union, « un monde juste et pacifique,
débarrassé de la guerre et de la terreur ». D'où, pour eux et pour nous, la mission
dont nous sommes investis. Notre devoir est de dire la vérité. Et la vérité, c'est
que la plus grande menace pour la paix et la liberté, c'est le terrorisme. Or, nous
devons clamer que l'avenir n'appartient pas, justement, aux terroristes. Il appartient à ceux qui rêvent le plus vieux et le plus noble des rêves : celui de la paix
et de la liberté.