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| Outre-Terre 2003/4 (no 5) | 23 € |
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S'inscrire Alertes e-mail - Outre-Terre Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezL’Amérique, l’islam et l’Irak Document
AuteurPaul Wolfowitz du même auteur
secrétaire adjoint à la Défense, ancien doyen à la School of Advanced International Studies de l'université Johns Hopkins.Retranscription autorisée par l'auteur d'une conférence donnée au Center for the Study of Popular Culture de Los Angeles le 15 novembre 2002.La guerre contre le terrorisme est un problème assez sérieux. Contrairement à ce que nous avons pu entendre à la radio ou à la télévision, elle ne concerne pas seulement un individu, un réseau, ou même un seul et unique État terroriste. Le 11 septembre a changé la façon dont nous devons appréhender l'ensemble du problème. Il nous faut maintenant comprendre que le terrorisme n'est pas un mal avec lequel nous pouvons nous permettre de coexister. Non seulement les événements ont été horribles, mais on peut imaginer à quel point encore ils l'auraient été si des armes de destruction massive avaient été utilisées. Assister à la mort de trois mille personnes en un seul jour dépassait déjà l'imagination, qu'en aurait-il été pour 30 000,300 000 ou, Dieu nous en garde, 3 000 000 ?
2 La guerre contre le terrorisme ne se jouera pas en une seule bataille contre un seul pays. Comme le Président Bush et Donald Rumsfeld n'ont cessé de le dire, nous sommes entrés dans une guerre longue. Même si nous capturons ou tuons Oussama Ben Laden, elle ne sera pas terminée. Donald Rumsfeld a pu déclarer après le 11 septembre que c'était une erreur de se focaliser sur un seul homme. La guerre contre le terrorisme concerne tous les réseaux et tous les États qui le soutiennent. Et nous devons garder sans cesse à l'esprit qu'elle ne consiste pas seulement à capturer et à tuer des terroristes. Le Président Bush s'en est expliqué dans le discours où il parlait pour la première fois d'axe du Mal : « construire un monde juste et pacifique dans l'après-guerre, et ce tout particulièrement dans le monde musulman, fait aussi partie de nos objectifs de guerre ».
3 On entend beaucoup parler des racines du terrorisme. Et certains suggèrent qu'elles résident dans la pauvreté. Difficile à croire si l'on pense à un milliardaire comme Ben Laden, qui serait devenu fanatique parce que pauvre. On peut en dire autant d' Ayman al-Zawahiri qui vient d'une des familles les plus fortunées d'Égypte. Et ce serait jouer les autruches que de ne pas désigner comme essentiellement et exclusivement musulman le terrorisme auquel nous sommes aujourd'hui confrontés. La guerre contre le terrorisme touche au contraire à l'âme même du monde musulman. J'en ai l'expérience pour avoir passé trois ans en Indonésie comme ambassadeur. Je sais parfaitement que l'immense majorité des deux cent millions d'Indonésiens sont gens paisibles et tolérants. Et il y a de par le monde des centaines et des centaines de millions de musulmans qui n'aspirent à rien d'autre qu'à la liberté, et à la prospérité que la liberté engendre.
4 Par contre : le terrorisme se nourrit du fait que si les musulmans considèrent le monde dans lequel ils vivent, ils peuvent penser que avoir été floués par l'Histoire, que les règles du jeu sont telles qu'ils ne peuvent pas gagner. Un général turc me disait il y peu : « il est fréquent, dans les pays au sud de la Méditerranée de rencontrer des gens qui pensent que le colonialisme, pourtant achevé depuis une cinquantaine d'années, reste la cause de leur arriération économique et politique ». Il y a eu un phénomène parallèle en Asie voici vingt ou trente ans. Pendant les deux ou trois décennies qui ont suivi la Révolution chinoise, les dirigeants ont signifié au peuple qu'ils vivaient dans la misère à cause de deux siècles de colonialisme occidental. Et c'est vrai que la Chine a subi l'une des pires expériences de colonialisme. Peut-on imaginer aujourd'hui qu'une puissance coloniale se soit ouvert pas la force des armes le marché chinois de l'opium ? C'est pourtant ce qui s'est passé. Mais quelque chose a commencé à changer quand les gens de Chine continentale ont remarqué que les Chinois de Singapour, qui avaient pourtant subi le même joug colonial, s'en sortaient très bien. De surcroît, les Chinois de Hong Kong, qui l'avaient subi dans une même mesure s'en sortaient très bien eux aussi. Les Chinois de Taiwan, qui avaient subi le colonialisme japonais, s'en sortaient très bien, là encore. Tout cela a été un moteur puissant et a permis d'impulser le changement économique en Chine continentale, dont j'espère et souhaite qu'il sera suivi par un changement politique. Le problème en Chine, n'était pas le colonialisme. Et n'était pas non plus la culture. On sourit en pensant qu'il y a à peine quelques décennies des gens essayaient d'expliquer l'arriération de l'Asie par la culture, les hommes de qualité ne travaillant pas, se laissant pousser les ongles et portant des vêtements blancs comme une preuve de leur désœuvrement. Alors que d'autres expliquent le succès de l'Asie par cette même culture confucéenne. Ce qui est plutôt remarquable, c'est qu'il a fallu qu'un juif exilé à Londres invente un système économique capable de rendre des gens aussi industrieux que les Coréens et les Chinois paresseux et improductifs.
5 La misère qui règne dans le monde arabe résulte dans une large mesure des politiques menées par des gouvernements incapables. Il est important, dans ces conditions, et si nous voulons gagner la guerre contre le terrorisme, d'aider les pays du monde musulman à se diriger ou tenter de se diriger dans le bon sens. L'Indonésie qui a connu une transition vers la démocratie pendant une période de difficultés économiques est un pays qui mérite notre aide et notre soutien. La Turquie, une des rares démocraties dans le monde musulman, connaît elle aussi des difficultés économiques et mérite notre appui. Des réformes très positives ont eu lieu récemment au Bahreïn où se sont tenues les premières élections libres de l'histoire du pays. Il en a été de même au Maroc. Ces pays, avec leurs succès et leurs avancées vers nos valeurs, participent intégralement de notre combat contre le terrorisme. Je dois admettre qu'au ministère de la Défense, notre tâche principale est de trouver les terroristes et de les éliminer. Mais nous pouvons aussi jouer un rôle constructif. En aidant, par exemple, les Afghans à progresser vers un futur meilleur. En Irak aussi.
6 Quelques mots justement à propos de l'Irak. Notre Président, en parlant de mobiliser la force et en l'exerçant, a permis d'œuvrer pour le désarmement et la paix. Le but était de parvenir au désarmement de l'Iraq, et d'éliminer pacifiquement les dangers sérieux qui menaçaient notre pays et le monde. Nous avons dit que nous utiliserions la force si nécessaire et en ce cas nous agirons efficacement. D'abord deux citations. L'une porte sur les enjeux stratégiques et de sécurité. Le secrétaire d'État Colin Powell, témoignant devant la commission aux Relations internationales de la Chambre des Représentants au début de l'année 2002, parla en ces termes : après le 11 septembre, le monde était devenu plus dangereux, une nouvelle réalité s'était fait jour ; le monde avait dû reconnaître que l'acquisition potentielle d'armes de destruction massive avait placé le terrorisme à un niveau de menace plus ample et que cela impliquait de dissuader les États développant ces armes tout comme les organisations terroristes désireuses de les utiliser.
7 Voilà, me semble-t-il, une définition très claire de la menace stratégique. L'autre citation, à propos de la situation interne de l'Iraq, émane d'une source inattendue, de Scott Ritter dont on a beaucoup parlé récemment, puisqu'il s'est fait le défenseur du régime irakien. N'écrivait-il pas, certes avec des réticences avouées, que ce régime était absolument effroyable ?Et même plus horrible encore dans sa réalité que ce qu'il voulait bien décrire ? Plus précisément dans les mots de cet ancien inspecteur de l'ONU : « je ne veux pas fournir des munitions à des gens qui sont ce que j'étais autrefois, parce que je me bats aujourd'hui pour la paix ». Une prison dans Bagdad, par exemple, où la puanteur était pire encore dans la réalité que dans ses souvenirs : « L'odeur était irréelle. Un mélange d'urine, d'excréments, de vomissures et de sueur, le tout dans un enfer où les prisonniers hurlaient et mourraient de soif. » Et ce qu'il avait de remarquable, c'était que les plus vieux condamnés avaient douze ans : les plus jeunes étaient des enfants à peine sortis du ventre de leur mère. Leur seul crime, c'était d'être les enfants d' ennemis du régime en place. Difficile d'imaginer symbole plus triste de la terreur qu'une prison d'enfants. Il y a probablement fort peu de pays où ce genre d'endroits existent. Et sans doute peu de gens sur terre pour justifier l'existence de ce genre d'endroits… Qui irait nier que le président actuel de l'Irak est un homme mauvais et dangereux ?Le monde ne serait-il pas, de l'avis de tous les Américains, plus sûr et les Irakiens plus heureux si ce régime était liquidé ?
8 La question est de déterminer les moyens appropriés pour y parvenir. Comment évaluer les risques liés à l'utilisation la force quand nous devrons le faire ?Et aussi de mettre en balance ceux de l'action et de l'inaction. Ils sont dans les deux cas et personne, au sein de l'administration Bush ne les sous-estime. Mais je pense, comme le président l'a dit clairement, que les risques de l'inaction serait plus grands. Le président Bush a déclaré à diverses reprises les prendre très au sérieux. Et je tiens à redire qu'il fera tout son possible pour parvenir à une solution pacifique permettant d'éliminer les dangers sans mobiliser la force. Donc et contrairement à ce que j'ai lu parfois il n'est pas question d'opposer ceux qui « aspirent à la paix » et ceux qui aiment la guerre. Je ne connais personne qui aime la guerre. La question est de savoir comment accroître les chances d'une solution pacifique. Paradoxe, au demeurant : ceux qui aspirent à la paix font tout, par pacifisme obtus, pour en éloigner la perspective. Notre seul espoir de parvenir à un résultat pacifique est de confronter le régime irakien à une menace crédible d'usage de la force. Diplomatie et menace doivent se conjuguer dans une même et seule politique et ne sauraient être séparées.
9 Voilà onze ans que Saddam défie obstinément seize résolutions du Conseil de sécurité, prouvant par là qu'il n'est pas prêt à renoncer à des armes qu'il a payées si cher. Personne ne peut raisonnablement penser que Saddam renoncera à ces armes, à des armes qu'il est censé ne pas posséder, simplement parce que l'ONU a voté une nouvelle résolution. Il n'agira, et encore, que s'il pense que c'est la seule chance de survie pour son régime. Que ce soit clair : nous n'aurions jamais réussi à faire passer une nouvelle résolution aux Nations unies si de braves jeunes gens en n'étaient pas prêts à risquer leur vie pour leur pays. Et sans pareille détermination, sans notre merveilleux président, George W. Bush, nous n'aurons aucune chance d'obtenir qu'il prenne cette dix-septième résolution aux sérieux. Seul espoir de paix, la menace.
10 Au cours des douze derniers mois, le président Bush et ses conseillers ont évalué soigneusement les risques associés aux différentes options dont nous disposons. Et si tout est fait pour diminuer ces risques dans le cas où nous devrions recourir à la force, personne ne les sous-estime. Une des questions souvent posées et peut-être même la question la plus souvent posée depuis l'horrible attentat de Bali : « une campagne irakienne ne risque-t-elle pas d'entraver ou d'interrompre l'action des États-Unis contre le terrorisme à l'échelle planétaire ?». Réponse simple : désarmer l'Irak et combattre le terrorisme sont une seule et même chose. Si nous pouvons désarmer et mettre à bas le régime irakien, ce sera une défaite mondiale infligée au terrorisme. La guerre actuelle est différente de toutes celles qui ont précédé dans l'Histoire. Il ne s'agit pas d'une simple opération militaire. Et l'aspect militaire, dans de nombreux cas, n'est ici même pas essentiel ou primordial. C'est une guerre où s'intègrent par nécessité tous les autres facteurs du pouvoir fédéral, y compris la diplomatie, le renseignement et l'application du droit.
11 Mais la guerre contre le terrorisme est en même temps une guerre planétaire qui doit être menée partout. La politique d'anéantissement des sanctuaires terroristes en Indonésie ou au Pakistan en collaboration avec les gouvernements locaux serait incompatible avec une guerre qui laisserait le champ libre aux terroristes en Irak et maintiendrait au pouvoir un des dictateurs les plus meurtriers du monde. Nous ne pouvons le laisser libre de continuer à agir à sa guise. Et il est utile de rappeler qu'en Afghanistan, nous avons trouvé des documents et capturé des terroristes qui nous ont permis de déjouer des complots dans diverses parties du monde, de l'Asie du sud-est à l'Afrique du nord. En détruisant les sanctuaires d'al-Qaïda, nous n'avons pas seulement retiré de la circulation des terroristes importants, mais tiré d'eux des renseignements majeurs. On peut s'attendre à ce genre de résultats quand il y aura un gouvernement acceptable à Bagdad qui nous aidera à trouver des documents pour capturer d'autres terroristes encore.
12 Autre question qu'on me pose souvent : « pourquoi maintenant et pourquoi ne pas attendre que la menace soit à nouveau prévisible et imminente ». Ici encore une réponse simple et clairement formulée par le sénateur Joseph Lieberman au Rose Garden de la Maison-Blanche, le jour même où fut présentée la décision conjointe sur le recours à la force : « J'ai depuis dix ans le sentiment qu'un jour de plus au pouvoir pour Saddam, c'est un jour de danger en plus pour le peuple irakien, pour ses voisins dans la région, pour le peuple américain et de fait pour les peuples du monde. » L'idée que nous puissions attendre jusqu'à ce que la menace soit prévisible et imminente impliquerait que nous sachions quand elle le sera. C'était déjà vrai en 1962, avec les missiles soviétiques à Cuba. Et pour citer le président Kennedy à l'époque : « ni les États-Unis d'Amérique, ni la communauté des nations ne peuvent tolérer des mensonges délibérés ou des menaces d'agression de la part d'un pays quel qu'il soit. Nous ne vivons plus désormais dans un monde où le tir et lui seul de missiles constitue un danger vital ». Des paroles à fortiori vraies quarante ans après, dès lors que la menace n'est plus aussi facile à surveiller. Maintenant que des gens malfaisants complotent dans l'ombre et veulent à cet effet bénéficier des libertés qu'offrent nos sociétés démocratiques. Réfléchissons un instant. Quand le 11 septembre était-il imminent ? Vraisemblablement le 10. Mais si nous avions agi en août, cela n'aurait eu aucun effet sur les terroristes qui se trouvaient déjà aux États-Unis et étaient prêts à frapper. De même au printemps, quand ils venaient d'arriver. Et dès 2000 puisque certains de leurs pilotes étaient entrés sur notre territoire. Peut-être quelques mois plus tôt, enfin, quand Mohammed Atta et ses amis forgeaient des plans à Hambourg.
13 Ces gens ne préviennent pas. Et quand ils sont clairement et nettement prêts à agir, c'est trop tard… Certaines personnes disent : pourquoi courir le risque de provoquer Saddam Hussein ? Est-ce qu'il ne risque pas, précisément, d'utiliser ses armes de destruction massive s'il se sent menacé dans sa survie ? Il y a là une vraie question. Le danger sera maximal dès lors que Saddam jugera sa survie en jeu et qu'il n'a plus rien à perdre à utiliser tous les moyens à sa disposition. Allons ici au cœur de la citation du secrétaire d'État Powell : non seulement les terroristes élargissent le rayon d'action des dirigeants malfaisants, mais ils leur permettent de s'en dédouaner. Il y a par ailleurs des hypothèses très douteuses sur le fait qu'on peut rendre inoffensif le régime irakien par endiguement indéterminé. Cela suppose, de fait, qu'on sache comment fonctionne le cerveau de Saddam Hussein. Et aussi que le personnage s'abstiendra toujours de commettre des actions qui lui seraient fatales. Tout cela ne résiste pas à la réalité… Et il est important, je pense, de voir que des hypothèses très douteuses circulent disant que le régime irakien actuel peut être rendu inoffensif pour toujours si on contient indéfiniment Saddam Hussein. D'abord, cela suppose qu'on, comprenne la façon dont l'esprit de Saddam fonctionne Cela suppose aussi que Saddam évitera toujours de commettre des actions qui lui feraient risquer sa survie. Et ces suppositions ne tiennent guère face à la réalité… Mais la plus dangereuse des hypothèses est qu'il ne se servira jamais de terroristes pour se venger, sachant qu'ici la dissuasion ne marche pas contre les armes les plus terribles de toutes.
14 Dernière question à évoquer : l'Irak ne sera-t-il pas plus instable et plus dangereux après le changement de régime. Or, c'est le régime lui-même qui est cause d'instabilité. Il suffit d'observer ce qui se passe actuellement au nord du pays, autonome depuis une dizaine d'années : remarquables progrès plutôt qu'instabilité, surtout comparativement aux critères moyen-orientaux. La stabilité consiste-t-elle à maintenir indéfiniment au pouvoir un des tyrans les plus cruels au monde ? Et comment alors maintenir l'ordre en Irak après la mort de Saddam ? Croit-on que ses fils, de fort douteux personnages, poursuivront efficacement l'œuvre de leur père comme Kim Jong-il en Corée du nord ou bien Bachar el-Hassad en Syrie ? Je ne peux l'imaginer… Le Proche-Orient devra pour le meilleur (ce que je crois fortement) ou pour le pire se faire à l'idée d'un Irak doté d'un autre régime. Mieux vaut, de loin, que ces changements effectivement immenses se produisent maintenant que le monde entier a les yeux tournés vers l'Irak et que les États-Unis et leurs alliés sont décidés à une conclusion rapide. Je suis très surpris et même un peu choqué, il me faut l'avouer, que des gens qui connaissent bien le Proche-Orient et admirent comme moi le grand talent des Arabes, croient que l'effondrement d'un régime despotique soit mauvais pour leur cause. Au contraire, la libération d'un des peuples les plus talentueux du monde arabe ouvrira des voies et aura des effets sur tout le Proche-Orient, ainsi que, je le pense, dans tout le monde musulman.
15 Nous avons vu les femmes afghanes rejeter la burqa et leurs filles retourner à l'école ; et la famine a rapidement disparu pour les quatre ou cinq millions de gens en péril. Immense avantage stratégique : Saddam, comme avant lui Staline, gouverne par la peur. Le régime a transformé le pays, l'un des plus riches potentiellement du Proche-Orient, en prison sauvage. Mais l'Afghanistan a prouvé que les gens, une fois la terreur liquidée, se lèvent pour faire usage de la liberté retrouvée afin d'assurer un avenir à leurs enfants. Aucun doute : nous n'aurons pas simplement détruit une base arrière du terrorisme de plus et rendu le monde plus sûr, nous aurons aussi aidé dans une grande mesure le monde musulman à construire un avenir meilleur pour lui et pour nous. Le Président l'a dit, nous ne jouons pas. Et pour citer à nouveau le secrétaire Powell, nous n'irons pas jouer à la marelle dans le désert… Si Saddam sous-estime le Président des États-Unis, il commet une grave erreur. J'étais, lors de la journée nationale des vétérans, à Philadelphie, près d'Independence Hall, là où sont enterrés deux mille cinq cents soldats de George Washington, la plupart anonymement. Plus d'un millier sont mort prisonniers, dans des conditions abominables où l'on mourrait facilement. Mais ils n'avaient pas le choix. Ils auraient pu sauver leur vie en rejoignant le roi d'Angleterre mais avaient choisi de rester fidèles à leur cause et à leur pays. Ils ont choisi de se sacrifier pour ce en quoi ils croyaient. Comme les braves jeunes gens qui portent aujourd'hui l'uniforme de ce pays. Ils aident chacun d'entre nous à construire un monde plus sûr. « Bâtir », dans les termes du Président dans son discours sur l'état de l'Union, « un monde juste et pacifique, débarrassé de la guerre et de la terreur ». D'où, pour eux et pour nous, la mission dont nous sommes investis. Notre devoir est de dire la vérité. Et la vérité, c'est que la plus grande menace pour la paix et la liberté, c'est le terrorisme. Or, nous devons clamer que l'avenir n'appartient pas, justement, aux terroristes. Il appartient à ceux qui rêvent le plus vieux et le plus noble des rêves : celui de la paix et de la liberté.
POUR CITER CET ARTICLE
Paul Wolfowitz « L'Amérique, l'islam et l'Irak Document », Outre-Terre 4/2003 (no 5), p. 27-33.
URL : www.cairn.info/revue-outre-terre-2003-4-page-27.htm.
DOI : 10.3917/oute.005.0027.




