Outre-Terre
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I.S.B.N.2749201713
320 pages

p. 277 à 279
doi: en cours

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Economie et géopolitique

no 5 2003/4

2003 Outre - Terre Economie et géopolitique

Pourquoi la Corée sur l’axe du mal ?

Claude Rainaudi consultant et enseignant à l’École de Guerre économique.
On a pu ne pas comprendre. Bush soutient des dictatures bien pires, comme celle d’Arabie saoudite. La Corée du nord possède quelques missiles et veut accéder au nucléaire militaire, mais le Pakistan, État terroriste, a les deux. La Russie envisage depuis quelques années d’investir dans la remise en état et le développement du réseau ferroviaire nord-coréen à raccorder au Transsibérien. Un investissement qui n’a d’intérêt que si on rétablit la connexion ferroviaire entre les deux Corées. Or, des dirigeants russes faisaient dès août 2001 état d’une avancée en ce sens [1]. Des déclarations confirmées par la mise en chantier sous les feux d’artifice de la reconstruction des vingt kilomètres de voie ferrée manquants à travers la zone démilitarisée. Poutine a d’ailleurs salué cette première brèche dans le « mur de la honte » en duplex sur écran géant pendant la cérémonie. Tout comme a applaudi le gouvernement chinois. Alors que George W. Bush gardait, et pour cause, le silence.
Le projet a des conséquences de trois ordres.
 
Intégration de l’économie asiatique
 
 
Un lien ferroviaire par la Corée du nord rapprocherait considérablement le sud de la Chine. Un besoin économique qui se fait à tel point sentir qu’un projet de « pont maritime » à travers la mer Jaune, d’Intchon à Yentai, est en cours [2]. L’avenir de la Corée du sud se situe plus à l’ouest et au nord qu’à l’est et ses entreprises investissent déjà deux fois plus en Chine qu’aux États-Unis. Par ailleurs : la construction de la ligne ferroviaire Singapour-Kouenming (Yunnan) est lancée ; la Chine a investi quatre milliards d’euros dans ce projet de cinq mille kilomètres qui traversera la Malysia et la Thaïlande; une ligne qui sera tôt ou tard connectée à la « Transcoréenne », établissant un passage rapide et bon marché à travers la Chine entre les deux extrémités de la mer qui porte son nom.
 
Intégration des économies asiatique et européenne
 
 
La connexion de la « Transcoréenne » et du Transsibérien permettrait de réduire les délais de transit des conteneurs entre l’Asie et l’Europe d’un mois à une semaine. Les coûts baisseraient de 15%. Japon et Corée du sud seraient alors plus proches de l’Union européenne que des États-Unis.
Il faut ici garder en mémoire que le Japon fait face au port de Pusan, au sud de la Corée, et qu’un tunnel ferroviaire sous-marin devrait un jour les relier. Déjà un « pont maritime » comme celui évoqué plus haut permettrait à un conteneur de voyager « sans descendre du train » de Tokyo à Paris en une semaine environ.
Rôle accru de la Russie dans l’économie mondiale. Le Transsibérien deviendrait une des artères majeures de l’économie eurasiatique avec une ligne à capacité de deux cent mille conteneurs par an et une augmentation possible. Un atout pour les villes de Russie méridionale bénéficiant alors des droits de transit et des retombées économiques du projet, alors qu’elles étaient quelque peu délaissées depuis la chute du communisme.
Tout cela va en sens évidemment contraire des stratégies américaines, d’autant qu’une réconciliation, voire même la perspective d’une une réunification à terme, pousserait le gouvernement sud-coréen à demander, sous le prétexte de la pression populaire, le démantèlement de la présence américaine. Bush dispose alors de trois méthodes :
  • attaquer la Russie n’est pas envisageable car la dissuasion nucléaire fonctionne toujours ;
  • attaquer la Chine ne peut se faire qu’après la mise en place de l’Initiative de Défense Stratégique (IDS, guerre des étoiles), les quelques missiles chinois pouvant jusque là être beaucoup plus meurtriers que les trois avions de Ben Laden;
  • attaquer la Corée du sud serait peu astucieux ; ce serait s’assurer la haine de toute l’Asie et la principale base des USA dans la région ne servirait plus qu’au prix d’importantes mesures de protection. Ceci alors que le pays constitue avec la Turquie une des plates-formes militaires US majeures et que le Pentagone y entretient son contingent de loin le plus important en Asie.
Reste la Corée du nord, maillon faible du fait de son indigence économique, du caractère surréaliste de sa dictature et des années de propagande subie. on peut s’attendre, la seconde guerre du Golfe étant achevée, à une seconde guerre de Corée. L’Amérique mettra jusque là tout en oeuvre pour perturber le rapprochement entre le sud et le nord.
 
NOTES
 
[1] Déclarations de Nikolaï Aksyonenko, ministre des Chemins de fer lors de la journée du cheminot et d’Ilya Klebanov, co-président de la commission intergouvernementale russocoréenne de coopération scientifique, technique et économique après une visite de Kim Jongil en Russie.
[2] Réalisation prévue pour 2005 : quatre ferries pouvant transporter chacun dix trains de vingt-trois wagons. Ce qui permettrait d’éviter des coûts trop élevés et des délais liés au chargement et au déchargement.
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