2003
Outre - Terre
Morceaux choisis
Élimination de l’axe : il y a encore du chemin !
Michael Ledeen
éditorialiste à la National Review Online, membre de l’American Entreprise Institute.
Je concluais la première version de The War Against the Terror Masters en
expliquant que la Syrie et l’Iran ne pourraient supporter une victoire américaine
en Irak, car cela remettrait inévitablement en cause l’autorité des tyrans de
Damas et Téhéran. Nous avons, de fait, trop tardé à quitter l’Afghanistan pour
aller défier chez eux les maîtres ès terreur ; ces derniers ont forgé entre eux une
alliance et ils entendent coopérer dans l’envoi d’escadrons de la mort contre nos
forces armées, espérant de cette façon reproduire les scénarios libanais contre
les États-Unis au milieu des années quatre-vingt et contre Israél à la fin des
années quatre-vingt-dix.
Nos diplomates n’ont rien voulu entendre. Richard Armitage, le secrétaire
d’État adjoint ne déclarait-il pas que « l’Iran est une démocratie », départageant
ainsi ce dernier pays comme par nature de l’Irak et de la Corée du nord. Depuis
le début de la présidence Bush, le département d’État s’est évertué à passer une
sorte d’accord avec le régime iranien et a ignoré les faits, nombreux, qui allaient
à l’encontre de cette action, tout comme d’ailleurs les embarrassantes déclarations du président qui stigmatisaient le terrorisme d’État et un gouvernement
autoproclamé de fanatiques religieux. Quant à la Syrie, les officiels du « Foggy
Bottom
[1] » ont longtemps considéré la famille Assad comme un allié potentiel et
travaillaient encore récemment à un partenariat stratégique (rappelons pour
mémoire la patience de Warren Christopher sur la piste de décollage lors d’une
de ses « petites excursions de la paix » à Damas, ou encore Henry Kissinger
qualifiant un jour Hafez El Assad de « dirigeant le plus fascinant du Moyen-Orient »).
La guerre, elle, liquide les ambiguïtés à usage interne de la faune diplomatique. Et on a pu entendre, il y a peu, les secrétaires d’État et à la Défense tenir
des propos assez durs et en menacer la Syrie comme l’Iran d’un traitement en
pays hostiles s’ils n’arrêtaient pas de soutenir le régime en train de s’effondrer
de Saddam Hussein.
Je n’ai cessé de dire, tout au long de ces mois frustrants, que nous nous
retrouverions en plein conflit régional, quels que soient nos objectifs et les idées
fantasques que les Armitage et autres directeurs à la planification comme
Richard Haass ont émises pour leur satisfaction personnelle.
Eli Lake de UPI rapporte que le gouvernement est informé d’opérations de
l’Iran en Irak ; de nombreuses rumeurs font état de terroristes syriens qui
passent la frontière pour nous attaquer. En vérité, nous n’avions nullement
besoin de ces informations pour savoir que cela se produirait car les dictateurs
syriens et iraniens l’avaient annoncé publiquement. El Assad avait récemment
accordé un entretien où il présentait le Liban (dans des mots qui auraient pu être
empruntés à mon livre) comme le modèle à suivre en Irak pour la lutte contre
les forces de la coalition américano-britannique. De la même façon, Ali Khamenei, le chef suprême de l’Iran, avait prononcé un discours quelques semaines
auparavant, estimant que la présence américaine en Irak serait encore plus
abominable pour l’Iran que le régime, pourtant exécré, de Saddam Hussein.
L’heure n’est plus dès lors aux « solutions » diplomatiques, car ces gens
viennent avec l’intention de nous assassiner. Nous aurons à faire face, ici et
maintenant, aux maîtres ès terreur. Au moins l’Iran nous offre l’occasion d’une
victoire mémorable, car le peuple iranien déteste ouvertement le régime et le
combattra avec joie pour peu que les États-Unis le soutiennent dans son juste
combat. On peut être fondé à se demander si les Irakiens sont prêts à surmonter
les problèmes posés par l’instauration de la démocratie après les années de
glaciation sous Saddam (je pense que oui, si vous permettez, mais la question
reste légitime); il est évident que les Iraniens, eux, y sont prêts. De plus, la Syrie
ne pourra résister seule à la révolution démocratique victorieuse qui aura balayé
les tyrannies de Kaboul, de Téhéran, et de Bagdad.
Telle est la voie (adéquate) tracée par le président en dépit d’une opposition
de ses diplomates et de la quasi-indifférence de la presse occidentale face à la
situation critique des peuples iranien, irakien, et syrien. Une voie qui s’inscrit le
mieux dans notre tradition révolutionnaire et qui offre aux peuples du Moyen-Orient l’opportunité de retrouver leur dignité tout en leur donnant les moyens de
gouverner leurs territoires. En définitive, pour ceux qui sont obsédés par la
question israélo-arabe, il s’agit là de la meilleure de chance de paix entre Israéliens et Palestiniens. Le président Bush a déclaré qu’il ne soutiendrait pas un
État palestinien gouverné par des gens hostiles à la démocratie. Or, une Palestine démocratique n’a aucune chance d’émerger, sans parler qu’elle survive,
dans une région où les principaux pays de la région seront des fauteurs tyranniques du terrorisme.
Et enfin, si nous nous apprêtons à recomposer le Moyen-Orient au nom de
la révolution démocratique, ce serait une folie que de confier cette tâche au
Département d’État qui, à l’évidence, n’y croit pas. Le Département d’État et
avec lui la CIA estiment que la démocratie ne peut réussir au Moyen-Orient.
C’est la raison pour laquelle ils ont longtemps préconisé, à Bagdad, un coup
d’État plutôt qu’un changement de régime. C’est aussi la raison pour laquelle ils
se sont violemment opposés au Congrès National Irakien qui se bat depuis plus
de dix ans pour la démocratie et que trahit en permanence le gouvernement
américain qui en sabote l’action.
Le Congrès, qui n’est apparemment pas informé de l’urgence et des années
de bévues ayant contribué à la crise actuelle, vient néanmoins d’attribuer au
Département d’État la gestion de l’ensemble du budget alloué à la « reconstruction » de l’Irak (donc pour former le gouvernement et faire émerger la société
irakienne d’après-guerre). Voilà qui rendrait la démocratie irakienne encore plus
difficile à instaurer que les circonstances ne le veulent. La Maison-Blanche a
affirmé qu’elle s’opposait à cette concentration de pouvoir entre les mains du
Département d’État et il est probable que le président fera ce qu’il doit faire en
opposant son veto pareille décision. Mais nos représentants, à l’instar de nos
diplomates, ont besoin d’une mise à niveau accélérée sur la révolution démocratique, sur les meilleurs moyens de défendre notre cause, de vaincre nos ennemis et de sauver les vies de nos fantastiques combattants, hommes et femmes.
L’Amérique a écrit en Irak une page exceptionnelle de l’histoire militaire,
mais tout pourrait être défait si des maladresses suicidaires étaient commises, au
plan politique, dans les jours qui viennent. Le moment est venu d’abattre les
autres maîtres ès terreur.
Plus vite, s’il vous plaît.
Traduit de l’anglais par Sébastien Turcat
[1]
Quartier de Washington, accueillant nombre de bâtiments officiels dont le Département
d’État. Équivalent américain de notre « Quai d’Orsay ».