2003
Outre - Terre
Morceaux choisis
Il serait temps pour les États-Unis de quitter les Nations-Unies
Alan Caruba
journaliste, essayiste, chroniqueur pour le magazine internet Enterthestage right.com.
J’ai dans ma tête une idée obsédante. Et si nous prenions les millions de
dollars que nous payons chaque année aux Nations-Unies aux fins de les utiliser directement pour financer les coûts de la guerre en Irak et les dépenses de
reconstruction qui s’en suivront ? Nous, Américains, payons, en pratique, plus
du quart du budget de ce grand trou noir de l’inutilité et des erreurs. Et je ne
pense pas que nous en avons pour notre argent.
Le Congrès a voté en septembre 2002 le financement des opérations
du Département d’État, soit : 8,6 milliards de dollars. La somme incluait
244 millions de dollars d’arriérés dus aux Nations-Unies, et 78 millions de
dollars dus pour l’année suivante. Le Département d’État, en tout, dépense
annuellement 891 millions pour le financement des organisations internationales, dont l’Unesco. Sur cette somme, 726 millions de dollars sont consacrés à
des « actions de maintien de la paix » que les États-Unis assument pour l’essentiel, mais qui sont portées au crédit de l’ONU.
Je me demande si j’ai tort, mais je me demande si George W. Bush n’a pas
savonné la planche des Nations-Unies. Le discours qu’il a prononcé en
septembre 2002 et dans lequel il avertissait l’assemblée générale qu’elle risquait
de glisser vers l’obsolescence a, en tous cas, attiré mon attention. Je ne me
souviens pas qu’un Président des États-Unis ait prononcé des paroles
semblables dans le passé.
D’autres présidents, certes, ont exprimé leurs frustrations. Certains ont
suspendu le paiement des cotisations américaines. Seul George Bush est allé a
la tribune de l’assemblée générale, où la voix des États-Unis vaut seulement ce
que vaut la voix des Barbades ou du Liechtenstein et lui a dit qu’elle n’était pas
à la hauteur des enjeux planétaires.
Il y a eu ensuite les simagrées au Conseil de sécurité où le Secrétaire d’État
Colin Powell a dû s’y prendre longuement et à plusieurs reprises pour démontrer clairement qu’après douze années et dix sept résolutions, l’Irak ne respectait toujours pas les engagements qu’il avait pris : la démonstration n’a servi à
rien. Le Conseil de sécurité a, de fait, montré une faible capacité d’action depuis
sa naissance. Il n’a, par exemple, rien fait en 1994 pour arrêter au Rwanda des
massacres qui ont coûté la vie à 800 000 personnes. Il s’est révélé incapable
d’arrêter le « nettoyage ethnique » mené en Bosnie et au Kosovo par la Serbie.
Une douzaine d’années d’inspections sporadiques et entravées en Irak n’ont rien
donné. Les États-Unis ont toujours des troupes en Corée, plus de cinquante ans
après une opération de police décidée en 1950.
La propagande menée concernant les Nations Unies est telle que nombre de
gens n’ont toujours pas conscience non seulement de l’inefficacité de celles-ci,
mais du fait que l’Organisation veut imposer ses propres taxes sur les transactions financières, exercer un pouvoir sur l’utilisation des terres sur la planète
entière, exiger que toute la population planétaire soit fichée et ait une carte
d’identité nationale ou internationale, exercer un contrôle des naissances. L’Organisation des Nations-Unies a même instauré son propre tribunal international
pour juger, elle qui inclut une majorité de dictatures, quiconque elle estimerait
coupable de « crime contre l’humanité ». Elle voudrait de surcroît disposer de
sa propre armée.
Vous direz que cela ressemble à un cauchemar totalitaire, et vous aurez
raison. Et je ne parle même pas des programmes de protection de l’environnement qui ont abouti, pour des motifs spécieux, à la disparition des produits pesticides les plus efficaces pour protéger les êtres humains Grâce aux Nations-Unies et à l’interdiction du DDT, la malaria a effectué un retour triomphal, et peut
tuer des millions de personnes chaque année. Les Nations Unies ont aussi interdit le fréon, l’un des produits chimiques les plus efficaces à jamais avoir été
inventé : le fréon ne peut plus être utilisé pour les circuits de réfrigération ou
pour éteindre des incendies, et c’est dommage, il ne coûtait pas cher, ne produisait aucune pollution notable, et n’a jamais contribué à détruire la célèbre
« couche d’ozone »…
Il serait, en fait, difficile de trouver en quel domaine les Nations Unies ont
apporté quoi que ce soit de positif à l’humanité. On peut, en ces conditions, se
demander pourquoi les États-Unis et tant d’autres pays acceptent une autorité
sans fondement. On peut se demander quel rôle est joué par les Nations-Unies
qui ne pourrait être joué par une autre organisation internationale plus performante.
L’administration Bush a accepté de laisser les Nations-Unies jouer un rôle
humanitaire en Irak ; elle a refusé jusqu’à ce jour qu’elles jouent un rôle politique. Le programme « pétrole contre nourriture » est, pour le moment, et en ces
conditions, maintenu. Puis-je poser une question ? Ce programme ne pourrait-il
être administré indépendamment des Nations-Unies ? La réponse est oui, bien
évidemment, et les dirigeants américains le savent.
Ce qui me reconduit à la question : le gouvernement américain ne se
conduit-il pas de telle façon que l’Organisation des Nations-Unies apparaisse
inutile dans quelques années…
Je me demande même si le Congrès américain ne pourrait pas décider qu’il
est temps pour les États-Unis de se retirer entièrement des Nations-Unies.
Une chose est claire en tous cas. Des commentateurs éminents tels que
George Will ou Linda Chavez disent désormais à haute et intelligible voix ce qui
n’a été que murmuré ces dernières années. Il est temps pour les États-Unis de
quitter les Nations-Unies.