2003
Outre - Terre
Morceaux choisis
Pourquoi l’Amérique soutient Israël
Dennis Prager
producteur de radio, KRLA, Los Angeles, éditorialiste, écrivain.
Tous ceux qui désapprouvent le soutien américain à Israël, c’est-à-dire le
monde arabe et tous ses partisans en Amérique tels que le Council on American-Islamic Relations (CAIR ), la gauche et officieusement sinon publiquement le
Département d’État l’expliquent par une soi-disant emprise du « lobby proisraélien » sur le Congrès.
Voilà une accusation délibérée qui a des raisons à la fois explicites et implicites.
Elle véhicule de façon explicite l’idée que si n’étaient les pouvoirs d’un
groupe d’intérêts en particulier, le « lobby pro-israélien », l’Amérique n’apporterait pas son soutien à Israël. Le lobby, et par voie insinuée de conséquence les
positions pro-israéliennes, ne serviraient pas les intérêts de l’Amérique et lui
manquerait même de loyauté.
Mais par « lobby pro-israélien » il faut entendre de manière implicite « les
juifs américains » ; on suggère de la sorte que cet infime pourcentage de la
population est responsable du soutien des États-Unis à Israël.
Il est très important – compte tenu de la gravité de cette accusation : une
politique pro-israélienne irait à l’encontre des intérêts américains et l’argent des
juifs constituerait la raison principale du soutien à Israël – d’expliquer en quoi
elle est complètement erronée.
Elle ne tient tout d’abord pas compte des chrétiens, et plus particulièrement
des évangélistes. Ce sont de fait ces Américains-là qui ont supplanté les juifs
américains comme premier groupe de soutien à Israël. Ils croient en la Genèse :
le Créateur accordera sa bénédiction à ceux qui viennent en aide aux juifs et
punira ceux qui les persécutent. Soit dit en passant, ils ont tout à fait raison :
l’Amérique et le monde arabe illustrant aujourd’hui cette promesse biblique. Ils
croient également que le retour des juifs en Israël fut prophétisé par la Bible il
y a des milliers d’années.
C’est ici plus qu’ailleurs qu’on trouve une explication du large soutien donné à
Israël par le président GeorgeW. Bush. Ce dernier est en effet un chrétien fervent
lecteur de la Bible, d’où un appui à Israël beaucoup plus affirmé par exemple que
ne l’était celui de son père, plus proche du protestantisme classique. Si le « lobby
pro-israélien » fondait vraiment le soutien américain à Israël et s’il équivalait tout
simplement à la communauté juive, le président Bush qui n’a par ailleurs guère
bénéficié des suffrages et des capitaux juifs ne serait guère sensible à son influence.
C’est ensuite également une erreur de croire que le soutien à Israël est une question de politique et d’argent. Les adversaires d’Israël et aussi les juifs refusent de
reconnaître que la plupart des membres du Congrès soutiennent Israël par conviction morale. Une majorité d’Américains préfèrent de loin les démocraties aux
tyrannies et comprennent que la véritable victime au Proche-Orient est le minuscule État d’Israël luttant pour sa survie au milieu d’un flot de haine médiévale.
Le vice-président Dick Cheney a-t-il maintenu son soutien à Israël sous l’effet
des pressions du « lobby pro-israélien » ? Par dette de cet ancien parlementaire du
Wyoiming à son électorat juif ? Ou soutient-il Israël au nom de ce qu’il croit juste ?
Et que dire du secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld ? De quel lobby est-il
le représentant désigné mais non élu ?
Et Condoleezza Rice ? Quel est le lobby réellement susceptible de l’influencer ?
Troisième faille dans ce raisonnement qui fonde le soutien à Israël, en
Amérique, sur le « lobby pro-israélien », sorte d’euphémisme pour « juifs des
États-Unis », c’est que nombre de Juifs américains n’appuient pas Israël. Beaucoup
d’entre eux sont gauchistes et c’est là que se détermine, plus que dans le judaïsme,
leur identité et leurs valeurs. La rhétorique juive anti-israélienne est extrêmement
répandue; à tel point que les auteurs de lettres de lecteurs portant des noms juifs et
publiées dans la presse sont presque aussi souvent anti- que pro-israéliennes.
Le soutien américain à Israël trouve son origine au plus profond des valeurs de
l’Amérique et va aux sociétés qui reflètent nos valeurs américaines; ceci par opposition à celles qui nous menacent. Bien sûr, il y a des juifs, des chrétiens, des athées,
des Démocrates et des Républicains qui agissent, au sein du Congrès, en faveur
d’Israël, et ils ont le bras long. Mais, cela revient en dernière instance à calomnier
l’Amérique, son président et ses représentants, que de prétendre qu’ils ont tous
vendu leur âme pour de l’or. Leur politique et leurs suffrages pro-israéliens incarnent ce qu’il y a de meilleur en Amérique.
Traduit de l’anglais par Sébastien Turcat