2003
Outre - Terre
Morceaux choisis
La paix au Moyen-Orient : solution militaire
Daniel Pipes
directeur du Middle East Forum, éditorialiste au New York Post et au Jerusalem Post.
« Nous sommes en guerre », déclarait le Premier ministre israélien Ariel
Sharon, faisant allusion au conflit avec les Palestiniens. Qui sont d’accord,
comme Husein Cheikh, chef du Fatah en Cisjordanie.
Cette guerre dure en fait depuis plus d’un an. Avec des caractéristiques clairement établies :
- chaque camp cherche à triompher psychologiquement : Israël veut que ses
voisins le laissent tranquille ; les Palestiniens souhaitent la destruction de l’État
hébreu;
- ici, la volonté, le courage et l’assurance jouent un rôle souvent plus important
que des facteurs objectifs comme l’économie, la technologie, l’armement, les
pertes ou encore les votes aux Nations-Unies lesquels comptent surtout lorsqu’ils affectent le moral des combattants.
Il y a résolution du conflit quand l’un des camps comprend qu’il ne peut plus
poursuivre ses objectifs et renonce. Généralement après une défaite clairement
établie comme l’effondrement militaire de l’Allemagne en 1945 ou bien à la
suite d’un pourrissement interne à l’instar de l’URSS au bout de la guerre froide.
Comme l’écrit le stratège Michael Ledeen, la paix est survenue à l’issue
d’une guerre dans laquelle il y avait un vainqueur et un vaincu. Le vainqueur
imposant ses conditions au vaincu. C’était la « paix ».
La résolution peut également se produire dès lors qu’un ennemi plus important entre en scène comme lorsque la Grande-Bretagne et la France, inquiétées
par l’Allemagne, ont enterré leur inimitié historique en 1904.
Le maintien du statu quo peut, à l’inverse, entretenir le conflit parce que les
deux camps espèrent une victoire ultérieure. Les Allemands, qui avaient très peu
perdu à Versailles en 1919, tentèrent à nouveau leur chance en 1939 et il fallut
défaite et reddition incontestables pour qu’ils abandonnent. La guerre de Corée
s’acheva sans résultat en 1953 et un nouveau conflit, ici, demeure vraisemblable
à moins que le régime nord-coréen ne s’effondre au préalable. La guerre Iran-Irak s’interrompit en 1988 sans qu’aucun des belligérants ne s’avoue vaincu…
Il en va de même du conflit israélo-arabe. Les Arabes ont perdu de
nombreuses batailles ( 1948-1949,1956,1967,1973,1982), mais ils ne se sont
jamais sentis vaincus et ils tentent chaque fois de nouveau leur chance.
La diplomatie met rarement fin aux conflits. Il n’est pratiquement pas de
conflit entre États majeurs qui se soit résolu sur les bases d’une intelligente transaction. il est purement gratuit d’affirmer qu’un « processus de paix » puisse
être substitué au « sale boulot » de guerre.
Pour citer encore une fois Ledeen, « la paix ne s’obtient pas parce que des
diplomates en visite, diplômés ou non de l’Harvard Business School, organisent
une table ronde ». Bref, le slogan qui nie une solution militaire, comme le
voulait de nouveau récemment l’ancien fonctionnaire George J. Mitchell, est
erroné.
Le fait d’appliquer ces règles de guerre au conflit israélo-palestinien offre
quelques éclaircissements utiles. Il y a un an encore, les Palestiniens étaient
gagnants ; aujourd’hui, c’est Israël.
Avant que le Premier ministre Sharon n’arrive au pouvoir, l’État hébreu,
politiquement divisé et militairement démoralisé, fuyait la réalité et s’évadait
dans des rêves tel le « post-sionisme ». Les Palestiniens, de leur côté, se réjouissaient de leurs succès. Sentant la victoire à portée de main, ils démontraient une
capacité impressionnante à résister et une immense aptitude au sacrifice. Deux
ans et demi plus tard, les circonstances ont complètement changé. La violence
a eu pour effet involontaire d’unifier, de mobiliser et de dynamiser les Israéliens. Comme le note Ely Karmon, du centre interdisciplinaire d’Herzliya :
« Les spécialistes du terrorisme ont été surpris et même stupéfaits par l’endurance, la patience et le calme relatif du public israélien depuis plus de deux
ans. »
Au contraire, le moral des Palestiniens est en train de tomber à zéro et le
désespoir, chez eux, s’installe. D’autant que la ruineuse direction de Yasser
Arafat les enferme dans une impasse.
L’Histoire nous enseigne que les carnages sans fin arrivent à leur terme lorsqu’un des deux camps abandonne. Il semble de plus en plus probable que les
Palestiniens en soient là et qu’Israël, pourvu que son gouvernement persiste
dans cette voie, soit proche de la victoire.
Traduit de l’anglais par Sébastien Turcat