2004
Outre - Terre
Nouvel ordre mondial ?
Maurice : les Jeux à l’océan ?
Shafick Osman
DEA Le Monde au Temps présent.
Maurice, république pluriculturelle et multiconfessionnelle, a pu croire
naïvement que le patriotisme et l’élan national manifestés ostensiblement par
ses habitants durant les sixièmes Jeux des îles de l’océan Indien (JIOI) sur son
sol du 29 août au 7 septembre 2003 allaient perdurer
[1]. C’était là, comme en
témoignent les réflexes sectaires et les sentiments « communalistes » qui ont
aussitôt refait surface, un mirage
[2].
La complexité du contexte
Pour la première fois depuis l’indépendance concédée par les Britanniques
en 1968, le pouvoir va à un non hindou, de surcroît « blanc », issu de la communauté des franco-mauriciens (soit 1 % de la population) : Paul Bérenger, chef
historique du Mouvement militant mauricien (MMM ), parti d’extrême gauche
vite réorienté en direction du « socialisme réaliste » dans les années 1980 puis
d’un libéralisme très politiquement correct, se voyant transmettre le témoin par
Sir Anerood Jugnauth, d’origine hindoue, venant lui-même du Mouvement
socialiste militant (MSM, scission du MMM qui a absorbé le Parti socialiste mauricien, PSM, en 1983), Premier ministre de 1983 à 1995 et à partir de 2000, considéré comme le père de l’« indépendance économique » du pays. Alors que le
poste avait toujours appartenu à la communauté hindoue et plus particulièrement à la caste Vaish majoritaire
[3]. Un changement a pu s’opérer sur les bases
d’un accord « à l’israélienne » passé peu avant les législatives de septembre
2000 : Sir Anerood Jugnauth serait Premier ministre en cas de victoire de l’alliance MMM-MSM de 2000 à 2003, et Paul Bérenger serait son successeur
jusqu’en 2005.
Il y eut une campagne très dure de l’opposition parlementaire et extraparlementaire, dominée par le Parti travailliste (PT r) perçu, principalement en milieu
rural, comme le parti des hindous
[4] : Paul Bérenger n’aurait pas bénéficié du
soutien populaire (mais alors les accords de 2000 ?) ; les Blancs ne pouvaient
s’approprier aussi le pouvoir politique.
Puis il y a le secteur de l’éducation, avec un système traditionnellement
assez élitiste. Comme il n’a pas suffisamment d’établissements secondaires à sa
disposition, l’État procède à une sélection à la fin du primaire : entre 3 000 et
3 500 sur 18 000 élèves accèdent par concours aux établissements majoritairement financés par l’État, qu’ils soient publics ou privés, mais surtout réputés de
« grade A ». Problème cependant historique : l’ensemble des collèges catholiques de Maurice font partie de la catégorie; or, les autorités catholiques se sont
plaint de ce que les élèves « fournis » par l’administration depuis la gratuité de
l’enseignement secondaire en 1976 n’appartenaient pas à leur confession et
souhaitaient préserver leur « spécificité ». Le gouvernement de Sir Anerood
Jugnauth prend donc en 1994, sur rapport de deux commissions parlementaires,
une double décision. D’une part, le nombre d’élèves non catholiques dans les
collèges relevant de cette confession ne pourra excéder 50 %, le Bureau de
l’éducation catholique (BEC ) pouvant dès lors recruter la moitié d’entre eux
selon ses propres critères dans des établissements financés par l’État. D’autre
part, les notes obtenues en langues orientales
[5], des options essentiellement
suivies par les enfants d’origine indienne ou chinoise et pratiquement négligées
par les créoles catholiques, seraient comptabilisées au
Certificate of Primary
Education (CPE ). Une double injustice, donc, qui fait beaucoup de vagues. À tel
point que le gouvernement de l’époque perdra les élections générales de 1995.
Résultat : une réelle fracture entre les créoles, soutenus par l’Église catholique
avec ses prêtres influents, et les associations hindoues ou les autres syndicats
[6].
Plusieurs procès en Cour suprême et en cour d’appel au Privy Council, le
Conseil privé de la reine, aboutissent finalement, en novembre 2003, à un
« séisme » social : la comptabilisation juridique et définitive des langues orientales… alors que le critère religieux de recrutement dans des collèges tous financés par l’État était récusé.
Le timing des Jeux, quelques semaines avant le passage de témoin à Bérenger, était dès lors parfait ; l’enthousiasme autour du quadricolore
[7] venait à
point
[8]. Le successeur de Sir Anerood Jugnauth allait naturellement s’en féliciter : « Maurice sortirait grandie et plus unie de ces Jeux » qui allaient permettre
à l’inverse une « transition politique » dans de bonnes conditions
[9]. Bilan du
message aux écoliers, collégiens, lycéens et étudiants lors de la fête nationale le
12 mars dernier : « Nous avons été très fiers de nos jeunes durant les Jeux des
îles de l’océan Indien. La Nation entière ressentit un tel degré d’appartenance,
un tel élan de patriotisme [… ] Je fais entière confiance à nos jeunes. Que le
même sentiment de fierté et de patriotisme qui fit vibrer chaque Mauricien
durant les Jeux [… ] vibre de nouveau aujourd’hui
[10]. » Certains en demandent
plus : « Le peuple a besoin de ce genre de manifestations pour se sentir
rassuré », soutient Menon Munien, directeur de collège et l’un des principaux
animateurs des Jeux
[11]; tout comme Nazim Esoof, éditorialiste assez pessimiste
à l’
Express dimanche : « Les Mauriciens ont besoin de ces événements [JIOI] qui
créent le sentiment d’appartenance. C’est ce dont nous avons besoin de toute
urgence. Car le contexte social et politique ne présage rien de reluisant dans un
avenir proche
[12]. »
D’où l’attribution du prix annuel de l’unité nationale
(National Unity Award)
décerné par le bureau du Premier ministre à Michael Glover, ministre de la
Jeunesse et des Sports de 1983 à 1995, pourtant « tombeur » de Bérenger aux
législatives de 1983 et de 1987, mais véritable cheville ouvrière des JIOI 2003 ;
ce dernier ayant mobilisé les jeunes de toutes les écoles de l’île, depuis un an,
afin que soit battu le « record de patriotisme » établi en 1985
[13].
Déferlement de louanges et de superlatifs, en conclusion, sur le parcours de
la « flamme » (torche olympique) à travers tout le pays – île Rodrigues
comprise– une semaine avant l’ouverture des Jeux dans la « liesse » et la
ferveur
[14].
La déception de l’après-jeu
Pourquoi l’échec ? En premier lieu pour des raisons évidentes. Le gouvernement a clairement récupéré les Jeux à son profit
[15], le ministre des Sports
évoquant même leur dimension politique au cours d’une émission très suivie de
télévision
[16].
D’abord la devise officielle des Jeux de 2003 :
« Enn sel lepep, enn sel
nation. » Ravi Yerrigadoo, le jeune ministre de la Jeunesse et des Sports, a beau
avancer qu’il n’y a là rien d’autre que la traduction d’un vers de l’hymne national,
« As One People, as One Nation », il n’ira pas jusqu’à reconnaître que ce
même slogan avait été largement utilisé pendant le « changement historique »
de 1982, quand le MMM, allié au PSM, avait bouté Sir Seewoosagur, le Père de la
Nation, et le PT r hors du pouvoir
[17]. Évidente instrumentalisation !
Ensuite, et on ne s’y trompe pas, la composition d’une chanson et d’un séga,
soit le dérivé national, musical et dansé, des pratiques des esclaves et des affranchis, des Jeux. Même si certains rétorquent que la chanson est en français et le
séga en créole,
« Zenfan losean » a été composé par Gaëtan Abel et Rama
Poonoosamy, deux ex-militants de la chanson engagée passés ensuite au séga
commercial. Le second, ancien ministre des Arts et de la Culture du « changement » de 1982, était un idéologue du « mauricianisme
[18] » pur et dur au MMM
dans les années 1970-1980, et surtout l’un des plus ardents promoteurs du
créole/kreol (graphie de la gauche dure ou « morisien » dans la terminologie
actuelle). Le CD du séga ayant été produit et commercialisé, pour couronner le
tout, par Immedia, une société du même Poonoosamy. Il y eut en outre le soutien
de la municipalité de Beau Bassin-Rose Hill, dirigée par la coalition gouvernementale et où le MMM fait de très bons scores depuis bientôt trente ans. La presse
a eu l’humour facile devant les banderoles qu’avait fait réaliser le maire en poste
l’année précédente avec l’inscription suivante : « De tout cœur avec vous – Ville
des Jeux » ; rien de tragique, sauf que l’emblème du MMM est précisément… le
cœur !
Plus subtil, le choix de Michael Glover du MSM comme
Chief Excutive des
Jeux a fait l’unanimité, ce qui n’est pas le cas des autres responsables désignés par
celui-ci
[19]. On peut naturellement penser que Glover a opté pour la facilité et le
bon sens en recrutant ses collaborateurs et autres responsables en fonction de leurs
performances, soit au ministère qui fut le sien pendant douze ans, soit dans l’administration des Jeux de 1985. Comment pourtant oublier que le maire du village
des Jeux, Jacques Malié, a été son collègue au Collège du Saint-Esprit quand lui
n’était qu’enseignant d’éducation physique et sportive et son poulain aux municipales de 1985 ; que Kris Lutchmeenaraidoo, trésorier du Comité d’organisation,
soit un proche du pouvoir nommé président de Mauritius Post Ltd (la nouvelle
compagnie d’État qui gère les services postaux à Maurice ) et directeur de la
nouvelle banque émanant de la poste et des services coopératifs ; que Giandev
Moteea, assistant trésorier, vient d’être nommé
Chief Executive Officer de cette
même Mauritius Post Ltd ; qu’Yves Fanchette, secrétaire de l’organisation, a été
son très proche collaborateur du temps où il était ministre; que Raj Gaya, membre
du Comité, est aussi un membre très en vue du MSM à Quatre-Bornes, une ville où
Glover a toujours été élu député ; que Menon Munien, l’infatigable meneur du
Fun Run et du Volet Jeunesse des Jeux soit aussi un partisan du MSM et un admirateur de Pravind Jugnauth, le vice-Premier ministre ?
Autre question légitime : pourquoi les différents protagonistes, y compris les
deux capitaines de la sélection mauricienne, du responsable de la cérémonie
d’ouverture aux principaux sponsors en passant par les gens affectés à la confection des costumes, sont-ils presque tous issus de la communauté blanche, créole
« milate » et variantes apparentées
[20] ? Le
Mauritius Times, hebdomadaire de
l’establishment travailliste et plutôt pro-hindu, parle d’«
Ethnic Games
[21] » et ne
se gêne pas pour dénoncer l’« hypocrisie » de Paul Bérenger qui a en apparence
misé sur l’« unité nationale » en 2003 alors qu’il aurait divisé « scientifiquement » la population pour mieux régner. Un Bérenger de fait extrêmement fin
dans ses analyses « communales » et pratiquant la ruse, ce qui le rend très
suspect. On dénonce donc le « communautarisme d’État » systématique de l’actuel Premier ministre. Celui-ci a institutionnalisé des centres culturels pour les
différents groupes hindous du pays, notamment telugus, tamouls et marathis,
soit une niche importante de son électorat depuis qu’il a accédé au pouvoir ; il
reçoit les associations « sectaires » à son bureau, négocie avec des groupes à
programmes très particuliers; il ne se fait pas prier pour intervenir de façon fort
médiatisée dans les manifestations hindoues. Le même Bérenger assignant aussi
bien une « priorité » à la réintroduction de la Muslim Personal Law, une partie
du Code civil permettant aux musulmans d’administrer les mariages, divorces
et héritages selon la Charia
[22]. Sorte de carotte, évidemment, en direction de
cette communauté, mais sans que rien de concret ait jusqu’ici été entrepris. Et
ainsi de suite.
Rien de surprenant à ce que la population se sente dupée et que les éditorialistes déplorent ce nouveau glissement vers un « communalisme » primaire
seulement quelques mois après les « Jeux de l’espoir
[23] ». Que s’est-il donc
passé pour que cette « nation mauricienne unie comme jamais auparavant » se
laisse plus généralement entraîner dans une « logique de l’ethnicisation
[24] » ?
C’est en premier lieu que le « mauricianisme » reste un concept monoculturel assez flou, articulé autour d’un simple dénominateur commun : la lutte
contre « le démon du communalisme
[25] ». Avec d’ailleurs une nuance de Sir
Satcam Boolell, vieux routier de la politique et président d’honneur du PT r : il
n’y a pas de problème d’unité nationale comme voudrait le faire croire Paul
Bérenger, mais d’« harmonie nationale » dans la diversité
[26]. D’où le questionnement par Carlo de Souza, écrivain, ancien directeur de collège, un des responsables de la cérémonie d’ouverture des Jeux : « Qu’on définisse une unité à la
mauricienne
[27] ? » Jérôme Boulle, ancien maire, député et rédacteur en chef
adjoint à
L’Express dimanche se faisant, lui, l’avocat de passerelles interculturelles. Mais c’est Jean-Claude de l’Estrac, ex-député, ex-maire et ex-ministre
MMM et Renouveau militant mauricien (RMM, scission du premier de 1993 à
1996), directeur de publication et rédacteur en chef du puissant groupe de presse
La Sentinelle, président de Radio 1 (privée) qui prend tout le monde à contre-pied : « La nation mauricienne est infiniment plus moderne et plus cohérente
qu’on veut le reconnaître
[28] »; par volonté d’emprunter la « voie consensuelle » :
« Il s’est développé ici une capacité de résolution des conflits, une pratique de
la négociation et un mode opératoire qui épargnent à la nation les soubresauts
qui, ailleurs, jettent les citoyens dans la rue et enflamment les cœurs. » Ce
dernier n’a pas tort : à part les sanglantes bagarres entre créoles et musulmans
dans la région de Port Louis en 1968 et les émeutes des « ti-créoles » de février
1999 contre l’injustice et l’exclusion, Maurice n’a pas connu d’autres problèmes
« communautaires » débordant dans la violence et le sang. Avancée chez de
l’Estrac : « Nous restons persuadés que l’expression de nos différences, en particulier ethniques, démontre la faiblesse de notre sentiment national. C’est le
malentendu qu’il convient d’exorciser [… ] les Mauriciens ne sont pas moins
Mauriciens parce qu’il revendiquent des différences [… ] Les revendications
identitaires et leur prise en charge ne constituent en aucune manière un affaiblissement de la nation
[29]. » De même, enfin, l’actuel président de la République, Sir Anerood Jugnauth, dans son message à l’occasion de la fête de l’Indépendance le 12 mars 2004 : « La force d’une nation, c’est justement sa
capacité de surmonter les divergences et les controverses, et de permettre aux
citoyens d’exprimer leur opinion tout en restant unis et solidaires » ; pour ajouter : « Je suis certain que vous, peuple de Maurice, vous ne permettrez pas que
des controverses provoquent la division et la haine dans notre pays »; ceci après
avoir rappelé que « dans le passé nous avons fait preuve d’intelligence, de retenue et de compréhension chaque fois que le pays connaissait des situations difficiles ». Quelques intellectuels et journalistes, encore rares, commencent à épouser cette posture, à l’instar de Rajen Narsinghen, directeur de la faculté de droit
à l’université de Maurice : « La nation mauricienne existe. J’attends beaucoup
de choses positives de cette nation
[30]. »
Le changement historique de 1982, l’«
enn sel lepep enn sel nation », et le
« mauricianisme », soit « notre révolution culturelle à tous », s’était accompagné d’une « décommunalisation » du sport de compétition – le football en particulier : on avait contraint les clubs concernés à changer de nom et à s’ouvrir aux
autres communautés; plus de JT en français le soir mais une édition nouvelle en
créole ; version de l’hymne national en « morisien
[31] ». Conséquences : le
« peuple admirable », selon l’expression chère à Paul Bérenger, qui avait porté
très haut les idéaux du « mauricianisme », se sentit vite dépassé, voire trahi,
dans le sens où on lui avait surtout promis plus de démocratie et moins de
chômage; il y eut alors une forte opposition (sectaire) au sein même du gouvernement « 60-0 » contre les « dérives culturelles » et la cuisante défaite du MMM
aux élections anticipées de 1983. Citons la phrase cynique de Dev Virahsawmy,
linguiste et écrivain, mais aussi l’un des fondateurs du MMM et premier élu de ce
parti en 1970 : « Une erreur fondamentale faite par le gouvernement en 1982 a
été de vouloir combattre le communalisme. » C’est d’ailleurs le football, et non
pas le « communalisme », qu’on a par la même occasion liquidé
[32]. L’histoire se
répéterait-elle ?
[1]
La République de Maurice se compose de l’île Maurice à proprement parler, soit le « mainland », de l’île autonome de Rodrigues, de celle d’Agalega, de l’archipel de Saint Brandon,
de l’îlot français revendiqué de Tromelin, et de l’archipel des Chagos, territoire britannique
également revendiqué par Maurice et loué à bail aux États-Unis qui y ont installé la fameuse
base militaire de Diego Garcia. Chiffres par ethnies et confessions : Hindous à 51%, Créoles
et « Blancs » chrétiens ou « population générale » à 29%, musulmans à 17% et Chinois chrétiens comme bouddhistes à 3 %.
[2]
Le communalisme peut être ainsi défini selon Harsh Kapoor, animateur du site
South Asia
Citizens Web qui milite pour le strict respect de la laïcité dans le sous-continent indien : « Le
terme de communalisme est largement utilisé en Asie du Sud pour décrire l’utilisation erronée de la religion à des fins politiques. C’est le processus de construction politique des
communautés selon les démarcations religieuses [… ] Les préjugés d’ordre social, les
tensions et autres conflits entre les communautés religieuses constituent le communalisme »,
introduction à
Resources against Communalism and Religious Fundamentalism in India,
WLUML Research, Information and Documentation Unit, Bibliography and Resources Series,
avril 1995.
[3]
Les Mauriciens d’origine hindoue se répartissent de la façon suivante. Hindi-speaking :
Marathis du (Maharashtra), Telugus (Andhra Pradesh) ; Tamouls du Sud et Gujaratis du
Gujarat. Quatre castes parmi les hindi-speaking majoritaires : baboojee-maraz (brahmanes),
vaish (vaishyas en Inde), rajputs (kshatriyas) et raviveds (shudras).
[4]
Dont le chef historique, Sir Seewoosagur Ramgoolam ( 1900-1985) passe pour le « père de
l’indépendance ». La communauté hindoue avait massivement soutenu la décolonisation.
[5]
Hindi, ourdou, tamoul, telugu, marathi, mandarin et arabe.
[6]
C’est le syndicat des enseignants de hindi dans le primaire
(Government Hindi Teachers
Union) qui avait poursuivi le BEC. Les associations musulmanes et le syndicat des enseignants d’ourdou dans le primaire se ralliant assez tardivement.
[7]
Le quadricolore est le drapeau national mauricien avec quatre bandes horizontales de
couleurs rouge, bleue, jaune et verte.
[8]
Tout comme celui qui avait porté la précédente et deuxième édition des Jeux en 1985.
Même Raj Meetarbhan, l’éditorialiste du quotidien
L’Express, qui passe pour proche de
Bérenger, le reconnaîtimplicitement : « Les grands événements sportifs marquent souvent un
tournant dans la vie des nations », dans « L’idéologie du sport », 29 août 2003.
[9]
Jason Chellen, « Paul Bérenger : Que Maurice sorte unie et grandie »,
L’Express, 19 août
2003.
[10]
De même Malenn Oodiah, historien et observateur averti de la société mauricienne,
« L’île Maurice de la vie »,
L’Express dimanche, 24 août 2003 : « Une dizaine de jours d’air
frais autour du sport et de la musique dans un élan de patriotisme, de compétition saine et
fraternelle [… ] ne peuvent que nous faire du bien. »
[11]
« Citoyens en marche ! », Jean-François Leckning,
L’Express, 25 août 2003.
[12]
« Des jeux et des enjeux »,
L’Express dimanche, 7 septembre 2003. Du même « Acte de
foi »,
ibid., 29 février 2004.
[13]
Raj Jugernauth, « Patriotisme : record à battre »,
L’Express samedi, 23 août 2003. Même
l’opposition saluant ce « formidable » travail à quelques jours des Jeux, Sunil Odunt, « PTr :
le séisme après la trêve »,
L’Express, 28 août 2003.
[14]
Chaque soir, un concert réunissant des milliers de personnes dans la région où la
« flamme » devait passer la nuit.
[15]
Au sens de Jean-Marie Brohm,
Sociologie politique du sport, Presses universitaires de
Nancy, 1992.
[16]
Nad Sivaramen, « Une trêve… fébrile »,
L’Express dimanche, 31 août 2003. Le
Mauritius Times risque alors un papier : « Sports : The new Opium of the people. »
[17]
C’est le 11 juin que le MMM prit donc le pouvoir après treize années d’existence. Véritable lame de fond qui balaya le régime travailliste par « 60 à 0 ». Un deuxième « 60 à 0 »
allait se produire en 1995 avec le même MMM cette fois allié au PTr dirigé par le fils du Père
de la Nation, Navin Ramgoolam !
[18]
Par opposition au « communalisme ».
[19]
Glover avouant dans un discours prononcé avant les Jeux : « Je constate un désir énorme
de faire de ces Jeux l’événement majeur de ces dernières années à Maurice et je ne parle pas
que du sport », site des JIOI w
www. jioi. orgconsulté le 31 mai 2002.
[20]
La communauté créole comporte plusieurs strates en fonction à la fois de la classe sociale
et en plus fin de la couleur de peau. De bas en haut : les ti-créoles (noirs) peu ou pas métissés, souvent artisans, employés de maison ou ouvriers ; « créoles » métissés, pour la plupart
employés de bureau, enseignants et fonctionnaires; « milates » généralement mais pas forcément plus clairs de peau et souvent de classe moyenne ; « grands créoles » (confondus par
certains avec les « p’tits blancs » qui sont eux des « blancs » mais sans capital sucrier), bien
placés dans la hiérachie sociale, exerçant fréquemment des professions libérales. Michael
Glover faisant partie des « grands créoles ».
[21]
MKG, « Of Patriotism, National Unity and communalisme scientifique »,
Mauritius Times,
5 septembre 2003. De même Joseph Tsang Mang Kin, ancien ministre travailliste des Arts et
de la Culture (aujourd’hui passé au Mouvement républicain), se pose des questions identiques quant aux contrats obtenus dans le cadre des JIOI 2003, « Notre patriotisme est en
danger »,
Mauritius Times, 29 août 2003. Sir Satcam Boolell abondant dans ce sens, « The
Aftermath of the Jeux »,
Mauritius Times, 5 septembre 2003.
[22]
Cette partie du texte avait été abrogée à la fin des années 1980 par le gouvernement de
Sir Anerood Jugnauth.
[23]
Sans compter la victoire récente du PTr à une élection partielle, interprétée à tort comme
celle du discours « communaliste ».
[24]
« Hier au stade Anjalay à Belle-vue »,
L’Express samedi, 30 août 2003. Et Raj Meetarbhan, « Périls »,
L’Express, 27 février 2004. Ou encore Jean-Claude Lau Thi Keng, docteur en
sociologie, auteur d’une thèse sur l’interethnicité et la politique à Maurice, qui parle d’une
tendance à des constructions d’ordre ethnique au sein de la société mauricienne et estime
« qu’il faudrait renverser la tendance à l’escalade communale », dans « Entre fédération
d’ethnies et république de citoyens… », entretien avec Jérôme Boulle,
L’Express dimanche,
7 mars 2004.
[25]
Rama Poonoosamy, « Des Mauriciens jugent leur pays »,
L’Express dimanche, 14 mars
2004.
[26]
« What is National Unity ? »,
Mauritius Times, 7 novembre 2003, pas si éloigné de l’unité
dans la diversité chère à Paul Bérenger.
[27]
« L’unité nationale ne se construit pas sur un événement », entretien avec Rabin Bhujun,
L’Express dimanche, 31 août 2003.
[28]
« Une idée de la nation »,
L’Express dimanche, 7 mars 2004.
[29]
« Une nation ordinaire »,
L’Express dimanche, 7 septembre 2003 se référant à Renan :
« Nous sommes en fait une nation normale et ordinaire. Nous ressemblons à bien d’autres
peuples [… ] La nation se porte bien. »
[30]
« Grandeur et fragilité de la nation »,
L’Express, 12 mars 2004.
[31]
Alors que les clubs étaient jusque-là formés par des membres d’une même communauté
ou confession : « hindous-hindi », Tamouls, musulmans, créoles, « blancs », « ti-créoles » et
Chinois. Ils continuèrent malgré tout à être perçus comme représentant telle ou telle communauté. Mai 1999 : attaque incendiaire qui fait plusieurs victimes après une rencontre entre
deux équipes pour le titre de champion de Maurice. Les autorités décident alors de suspendre
le football de compétition pendant des mois avant de procéder à la régionalisation qui a,
de
facto, éliminé les clubs « communautaires » de la scène. Résultat attristant : les spectateurs
des matchs de football ne sont plus aujourd’hui qu’une centaine pour des milliers ou des
dizaines de milliers auparavant.
[32]
Suivi involontairement par Michael Glover qui joua au football en sélection nationale
« quand les clubs étaient des clans » : « C’était super de voir [en 1960-1970] que tous les
Mauriciens étaient derrière nous, derrière l’équipe nationale de foot », dans « Patriotisme :
record à battre »,
op.
cit. L’hymne en créole ne fut plus joué après la défaite de 1983 et il fallu
attendre un arrêt de la cour pour que la radiotélévision fût obligée de retransmettre le JT en
créole il y a quelques années.