2004
Outre - Terre
Europe, la fin d'un monde
« Bloc de l’Est » : Sic transit...
Dorina Nàstase
centre roumain d’étude de la mondialisation, Bucarest.
Bien avant la mise en scène des « Dieux du stade
[1] » sous la houlette de l’architecte en chef (Speer) du chancelier du III
e Reich, les Soviétiques avaient mis
en œuvre, d’abord au nom d’un communisme mondial, puis du socialisme dans
un seul pays, une réorganisation totale du sport ; d’autant que le sport comme
spectacle de masse, sous les tsars, était à peine naissant. L’organisation générale
et planifiée du sport allait devenir le modèle appliqué, après 1948, à tous les
pays du bloc communiste. Même si l’URSS ne devait pas accéder aux grandes
compétitions internationales avant 1952 avec les Jeux Olympiques d’Helsinki,
alors que des pays de l’Est pouvaient déjà arguer d’un beau passé olympique
[2].
À la base, la gratuité de masse (comme pour la musique ou les arts
graphiques), donc un vivier dont les responsables font émerger les futurs champions qui sont chargés d’incarner la nation d’abord soviétique, et plus tard les
Pologne, Hongrie ou Roumanie en premier lieu socialistes. Ce sont, pendant une
longue phase, les vertus du système qui sont mises en avant au détriment de
celles de la nation. Et c’est plus tardivement que les vertus nationales seront
avancées dans le « camp socialiste », surtout lors des finales des Championnats
d’Europe ou du monde en sports par équipes (football, basket-ball, hand-ball,
hockey sur glace, etc.). Tant et si bien que toute victoire ne sera pas uniquement
celle d’un homme, d’une femme ou d’une équipe aux qualités et à l’endurance
exceptionnelles, non plus que celle, exclusive, de la nation qu’ils incarnent,
mais celle du système politique, dans l’acception quasiment transcendantale du
terme, qui ont rendu cette victoire possible. Le sport qui illustrait les vertus
sociales (réelles) du système éducatif avec ses spectacles à usage interne, ses
défilés de sportifs lors des grandes fêtes politico-patriotiques, ses matchs organisés pour commémorer tel ou tel événement national, régional ou local, est
désormais investi par une stratégie politique et culturelle. Certes, les pays capitalistes visent le même but, mais l’organisation y est différente ; par exemple
aux États-Unis et en Grande-Bretagne où l’on puise dans le vivier universitaire,
ou encore en France et en Italie avec des fédérations à statut d’association privée
mais contrôlées par l’État par le biais de la tutelle d’un ministère de la Jeunesse
et des Sports.
Avant la Première Guerre mondiale et pendant l’Entre-deux-guerres, le sport
avait déjà servi de support aux identités ethno-nationales du Centre et de l’Est de
l’Europe. Ainsi le célèbre Sokol de Bohême-Moravie, société de gymnastique
construite sur le double modèle anglo-saxon et germanique, en même temps lieu
de pratique sportive et institution de formation politique et sociale pour une élite
nationale. En Hongrie de l’après 1919, une partie des clubs sportifs restèrent
également des espaces où s’inscrivait l’identité ethnique : sociétés sportives ou
associations gymniques des Allemands, des juifs, des Slovaques, des Ruthènes.
Dans son plus célèbre roman qui se déroule à Cernauti, en Bukovine, de la fin
des années 1920 au milieu des années 1930, l’écrivain roumain de langue allemande Gregor von Rezzori raconte un match de football entre le club des Allemands et celui des juifs, et le pogrom déclenché par la minorité allemande après
la victoire des seconds
[3]. Phénomènes que l’on rencontre aujourd’hui en Angleterre ou au Pays de Galles, lorsque des supporters hooligans de tel ou tel club
organisent des ratonades dans les quartiers pakistanais ou jamaïquain après une
défaite de leur équipe favorite. Des systèmes particuliers d’identification que
l’écrivain roumain Fanus Neagu résume parfaitement : « Au sommet, on aimait
tous l’équipe nationale, mais sous la bannière d’une province ou d’une ville [… ]
on devient fanatique, on oublie les vieilles amitiés, les intérêts personnels, et on
se bat pour la grandeur du fleuve collectif : unique amour sincère, beau, désintéressé, connu seulement des supporters des équipes de quartiers
[4]. »
Or, après la Seconde Guerre mondiale et la prise de pouvoir par les communistes, c’est toute l’organisation du sport qui précédait, tous les clubs et associations quelles qu’en fussent les visées, les objectifs et les mécanismes d’identification qu’on liquida. « Du passé il fallait faire table rase » pour que fût mis
en œuvre et exalté le système soviétique ; le sport qu’avaient instauré les
régimes bourgeois devait à son tour disparaître, même s’il était bien structuré
dans certains pays d’Europe centre-orientale et que les équipes nationales de la
région affichaient des résultats honorables, voire parfois brillants. En 1930, la
Roumanie participe par exemple à la Coupe du monde de football en Uruguay,
l’année même où apparaît sa propre fédération, et y fait bonne figure. En
1938, la Hongrie va en finale contre l’Italie, alors que l’URSS ne participera à la
compétition qu’en 1962.
C’est après la mort de Staline que les sentiments nationalistes font retour
lors des compétitions sportives entre les pays du bloc soviétique et ceux de l’Occident, au moment de l’histoire du communisme européen où commencent à se
manifester, sous des formes sportives et culturelles, des différences entre nations
de l’Est. Certains sports, ressortissant déjà dans le monde occidental au spectacle de masse, serviront d’outils privilégiés pour projeter vers l’Ouest, dans le
champ plus vaste du conflit général nommé guerre froide, les vertus du communisme, mais aussi celles des nations.
À l’Est, ce ne sont pas, comme en Occident, les salaires faramineux qui
motivent hommes et femmes à se lancer dans une carrière de sportif de haut
niveau, mais quelque chose qui, dans le contexte, s’y apparente, soit la promotion sociale et l’accès aux privilèges des nomenklaturas politique, syndicale,
policière ou militaire. Bien sûr, la hiérarchie du parti pèse sur le sort des sportifs, car leur statut officiel d’amateur n’est qu’un leurre idéologique : tous les
champions recevant salaires et indemnités consistantes ainsi que des avantages
en nature certains, y compris des voyages à l’étranger durant les périodes hors
compétitions. Ces « amateurs » font partie des cadres des grandes institutions
étatiques ou industrielles qui leur garantissent l’avenir et une retraite sans soucis
matériels. Tel ou tel sportif de haut niveau est, à l’instar d’Emil Zatopek, officier dans l’armée ou dans la milice (police d’aujourd’hui), cadre de grandes
entreprises qui donnent leur nom aux clubs : Dynamo, Étoile ou Étoile rouge,
Lokomotiv, etc. Tout cela n’empêche pas les sportifs d’être simultanément
portés par l’orgueil national, d’autant que chacun des pays du bloc a formé
quelques champions exceptionnels.
Il y a plus : dans les ex-pays communistes, le public rassemblé et mobilisé à
l’intérieur des stades perçoit et commente le sport, tout comme la presse spécialisée, en tant que lieu de liberté
[5]; c’est que le stade est également dans le bloc
soviétique un espace-temps cathartique où les tensions sociales et/ou politiques
viennent se décharger par défoulement organisé par le pouvoir : « Seul endroit
où la foule pouvait s’exprimer de manière sincère, spontanée et sans
contrainte
[6]. » C’est peut-être même au sein de ces manifestations de spectateurs
lors des compétitions sportives que fait comme retour la « résistance par la
culture
[7] ». Mais avec un effet de boomerang, dès lors que la foule reprendra le
chant des matchs de football pour clamer sa victoire (fût-elle illusoire) lors de
la chute violente et sanglante du pouvoir communiste ; mais en vociférant cette
fois : « Olé olé, olé, Ceausescu a disparu !
[8] »
Peu importe d’ailleurs qu’il se soit agi d’un espace de liberté cathartique ou
bien de l’extrémisme d’identification à une équipe nationale, à un club de ville,
professionnel ou syndical. Les résultats internationaux du sport communiste ont
été spectaculaires, révélant des champions hors du commun : gymnastes et
tennismen roumains, haltérophiles bulgares, escrimeurs hongrois, athlètes et
footballeurs polonais, tennismen et tenniswomen tchèques, athlètes et spécialistes du football américain de Cuba, sans compter les innombrables Soviétiques
dans tant de disciplines. Et l’enjeu de la compétition Est/Ouest en matière de
sport est tel que les Allemands de l’Est n’hésitent point à jouer les apprentis
sorciers d’une véritable ingénierie physiologique et biologique, fabriquant à
coup d’hormones et autres produits de fantastiques nageuses dont les chroniqueurs, au vu de leur musculation, se demandent si elles sont femmes ou
hommes… Preuve s’il en fallait que le travail sur les corps fonctionne de la
même manière, qu’il se fasse le vecteur d’une politique ou bien qu’il véhicule,
comme à l’Ouest, des profits énormes…
Mais la « transition » bien mal nommée a elle aussi transformé – sans pour
autant les annuler – les rapports entre sport et nationalisme dans les pays de
l’ex-bloc communiste et aligné par là ceux-ci sur l’Occident. Les compétitions
majeures, nationales et surtout internationales, attisent les passions populaires,
alors que s’effondre simultanément la participation égalitaire au sport : de plus
en plus de spectateurs et de consommateurs. Côté dirigeants, la volonté de
vaincre se mêle aujourd’hui à des enjeux résolument financiers dès lors que la
« valeur des footballeurs du
FC Barcelone représente un budget en dollars plus
important que celui de la santé, de l’armée, de la culture… de certains pays des
Balkans
[9] ». En 2003, les bénéfices générés dans le monde par les différents
sports se montent à 2 000 milliards de dollars
[10] ! Enorme production de plusvalue à l’origine d’investissements encore plus énormes dans les infrastructures : « Tandis que le théâtre vit de plus en plus retiré dans des salles de
plus en plus petites, peu conventionnelles, le roi-football a élargi ses capacités
d’accueil, construisant des stades de plus de cent mille places et dotés des
aménagements les plus modernes, de véritables temples de la modernité
[11]. »
Un récent scandale, en Roumanie, traduit de façon très explicite des
passions politiques normalement hors sujet. Les Roumains dominent largement
le match de qualification pour l’Euro 2004 qui les oppose au Danemark ; or,
l’arbitre suisse va accorder à la quarante-quatrième minute un penalty aux
Danois et prolonger inconsidérément le temps réglementaire, avec pour résultat
un nul, deux à deux, et la qualification des Danois. Le Suisse doit subir d’abord
l’assaut des médias roumains, puis celui, violent, des supporters qui ont vécuses
décisions comme faisant partie des nombreuses humiliations essuyées de la part
des Occidentaux : courriel, téléphone ou libres opinions dans les quotidiens.
Mieux, le calendrier publicitaire de la succursale roumaine d’une banque
grecque relate les suites imaginaires dans un texte fictivement rédigé le 4 mars
2032 : à trente-neuf ans (l’arbitre) devient SDF, perdant travail et famille ; sa
femme le quitte pour un footballeur roumain ; et il déclare aux journalistes…
« avoir été maudit par les Roumains
[12] ». Comme l’explique partiellement la
journaliste Ioana Lupea du
Cotidianul : une « réaction nationaliste disproportionnée », certes, mais le Premier ministre Adrian Nàstase ne s’y est pas trompé,
prenant pour cible les États occidentaux « qui nous mettent [les Roumains] à
genoux »; comme si le match traduisait les ressentiments, jamais révélés par les
sondages, que les Roumains nourrissent à l’égard de l’Union européenne ; et
comme si la masse des citoyens en appelaient à la solidarité nationale devant
une trahison historique et globale de l’Occident à partir d’une simple – et bien
réelle – erreur d’arbitrage
[13]. Situation paradoxale, s’il en est, car ces mêmes
citoyens, dès lors qu’ils répondent à des questions dégagées de tout contexte et
hors réalité, accordent quelque 80 % d’opinions favorables à l’entrée de la
Roumanie dans l’UE. On aurait pu, de fait, s’en prendre à l’arbitrage en tant que
tel, s’interroger sur la compétence ou une éventuelle vénalité de l’arbitre, exiger
que le ministère roumain des Sports dépose plainte et demande une enquête
auprès de la FIFA afin de mettre à jour les raisons de cette décision erronée. La
journaliste roumaine qui dénonce le nationalisme investi dans le sport manque
néanmoins d’intelligence comparatiste, car de tels phénomènes sont fréquents
dans toute l’Europe. Elle aurait dû mentionner le fait qu’à Budapest, les supporters hongrois traitent les Roumains de Tsiganes. Que, lors de matchs de rugby
entre la France et l’Angleterre, les commentateurs français n’hésitent pas, pour
galvaniser les supporters, à raviver la mémoire cuisante de Crécy, d’Azincourt
et de Waterloo contre la « perfide Albion »; des« souvenirs » désagréables
qu’est censée effacer telle ou telle victoire. Et les jeunes maghrébins sifflant la
Marseillaise lors du France-Algérie du 6 octobre 2001 au Stade de France en
disent bien plus que le discours convenu sur le multilatéralisme et les analyses
sociologiques…
Enfin, l’investissement du sport par la passion nationale demeure encore
dominant lors de matchs particuliers où la région retrouve la mémoire historique
des confrontations et des lourds contentieux entre voisins. Les commentateurs
se souviennent encore de la finale de hockey sur glace entre l’URSS et la Tchécoslovaquie en 1972, vécue par la seconde comme une revanche sur l’invasion
d’août 1968. Cela vaut pour le football, avec beaucoup d’intensité, mais aussi
pour le rugby. Ainsi les Hongrois de Transylvanie (Roumanie) qui soutenaient
et continuent de soutenir l’équipe nationale hongroise lors des matchs entre les
deux nations. Et les extrémismes peuvent renaître sur les terrains de sport même
quand les passions se sont apaisées au plan politique à proprement parler. Le
moral des sportifs semble requérir pour les grandes compétitions une identification supérieure : l’absence de supporters et d’applaudissements pour raisons
de sécurité a par exemple été ressentie par les équipes de hockey sur glace de
Miercurea Ciuc (en pleine région densément peuplée de Hongrois) et du Steaua
Bucarest comme équivalant à une punition. Preuve que le sport moderne
retrouve, mais par des cheminements totalement différents de ceux des Grecs de
l’Antiquité, une dimension religieuse, l’oblation de l’effort étant consentie à un
groupe singularisé de gens : supporters, citoyens, minorités ethniques ou
religieuses.
Et cependant, il se pourrait que toutes ces bouffées de nationalisme ne soient
que phénomènes rémanents qui disparaîtront dans l’ordre de la commercialisation et des marques. Les politiques du postcommunisme s’inspirent à l’occasion, tout comme leurs collègues occidentaux, directement du sport, surtout
national et international, qui rassemble grâce aux médias des dizaines de
millions de téléspectateurs. Même si les nouveaux riches de la première génération, en Roumanie (et plus généralement à l’Est), n’ont pas, loin de là, le
vernis d’élégance d’un Silvio Berlusconi, il n’empêche, Gigi Becali qui s’est
récemment offert le Steaua a repris aussi le Parti Noua Genera∑ie (Le parti de la
nouvelle génération) fondé par le maire de Bucarest, pour lancer sa campagne
présidentielle… Son discours est un mélange simpliste de populisme, de compétition brutale, de critique sociale confuse du gouvernement. Cependant qu’il se
garde soigneusement de toute identification au Parti de la Grande Roumanie de
l’extrémiste de droite Corneliu Vadim Tudor.
Les organisations sportives, les dirigeants et les sportifs eux-mêmes des expays de l’Est sont installés sur le marché capitaliste du travail. Joueurs et entraîneurs vendent leur notoriété, donc leur nom et leur image qu’ils négocient en
des lieux d’où ceux-ci étaient naguère bannis. Les premiers allant à l’instar des
mannequins jusqu’à exhiber leur corps contre monnaie sonnante et trébuchante.
Il n’y a d’ailleurs plus, depuis quelque trente ans, d’équipe nationale de
cyclisme; certaines compétitions de football entre clubs européens revêtant plus
d’importance car générant des retombées financières supérieures. Pour
conclure, les pays de l’ex-Europe communiste sont devenus grands exportateurs
de nombreux sportifs de très haut niveau, comme avant eux les pays du tiersmonde, en matière de football et d’athlétisme.
[1]
Référence à l’admirable film (forme, mise en scène, découpage, montage, prises de vue),
et ce, quels qu’en soient les sous-entendus politiques évidemment présents, réalisé par Leni
Riefensthal à l’occasion des Jeux Olympiques de Berlin en 1936.
[2]
Par exemple la Bohême de l’empire austro-hongrois, puis la Tchécoslovaquie d’après 1919
et la Hongrie avaient obtenu d’honorables résultats dans un certain nombre de compétitions.
[3]
Cf. Gregor von Rezzori,
L’hermine souillée, Gallimard, Paris, 1961.
[4]
Fanus Neagu, « Floarea soarelui ≥i roata mortii » (Le tournesol et la roue de la mort),
Secolul 20, n° 7-7, spécial
Football, p. 31-33.
[5]
Cf. Solomon Marcu≥, « Goooool ! » (Goaaaaaal !),
Secolul 20,
op.cit., p. 34-35.
[6]
« Ole, ole, ole, Ceau≥escu nu mai e ! », cf. Andreea Deciu, « Fotbalul pe douà continente »,
Secolul 20,
op. cit., p. 40-48. En Pologne aussi, des manifestations dites de « hooliganisme »
pendant les matchs de football.
[7]
Situation intéressante qui révèle la puissance de cette catharsis. L’équipe roumaine de football n’ayant pas été sélectionnée pour le championnat d’Europe de 1988, le pouvoir communiste prit la décision de ne pas retransmettre la compétition, frustrant ainsi une grande partie
de la population d’un spectacle qu’elle attendait. On allait dès lors observer des attitudes
surprenantes : téléspectateurs roumains de Transylvanie achetant des antennes pour capter la
télévision hongroise ; ceux du sud tâchant de s’équiper de façon à recevoir le programme
bulgare.
[8]
Solomon Marcu≥,
op. cit.
[9]
D. R. Popescu, « Zeii-portari » (Les dieux-gardiens),
Secolul 20,
op.cit., p. 34-37.
[10]
France info, 24 mars 2004, émission consacrée au dopage.
[11]
D. R. Popescu,
op. cit.
[12]
Le Calendrier 2004 ( 2032) de l’Alpha Bank, Roumanie, mars 2004, dans« Decaderea lui
Urs Maier » (La décadence de Urs Maier),
Gazeta Prosporturilor, Cotidian Unificat de
sport (La gazette des sports, quotidien unifié du sport), 4 mars 2032, Bucarest, 2004.
[13]
Ioana Lupea, « Periferia civiliza∑iei » (La périphérie de la civilisation),
Cotidianul,
15 septembre 2003, Bucarest.