2004
Outre - Terre
L'hexagone et ses problèmes
Entretien avec Robert Poirier
Nicolas Bouteselle
Outre-Terre : L’équipe de France d’athlétisme est diverse. Y a-t-il, au sein du
groupe France, une ou des régions particulièrement favorables au recrutement
d’athlètes ?
Robert Poirier : Il n’existe pas à proprement parler de région ou d’espace
particulier au recrutement des futurs champions. Mais je constate, par exemple,
qu’il existe un morphotype des habitants de la Nouvelle-Calédonie ou bien des
îles Walis et Futuna. De par leur gabarit et leur force physique naturelle, ces
athlètes sont particulièrement prédisposés au lancer du javelot.
Outre-Terre : Ces prédispositions athlétiques paraissent favoriser les athlètes
antillais au plan de la course. Est-ce la raison essentielle de leur très grande
présence au sein de notre équipe ?
R.P. : À n’en pas douter, le potentiel physique de nos athlètes d’origine
antillaise est grand. Mais ils ont d’autres qualités. Je remarque que dans les
départements d’outre-mer, on pratique le sport dès le plus jeune âge. Par ailleurs,
les structures sportives scolaires y sont plus développées qu’en métropole. Il y a
là-bas dans les collèges et les lycées un lien très fort entre l’UNSS (Union nationale du sport scolaire, NDLR ) et la fédération d’athlétisme. De ce fait, la détection
et la prise en charge des graines de champion s’y réalisent plus tôt.
Outre-Terre : Y a-t-il à votre avis un facteur qui pousse ces jeunes sportifs
vers une filière d’excellence ? Et une concurrence entre les coureurs martiniquais et guadeloupéens par exemple ?
R.P. : Il existe probablement de la part des athlètes qui entreprennent d’accéder à l’élite de l’athlétisme une demande de reconnaissance sociale. Mais je
pense que ce facteur n’intervient que sur le plan local. La première année en
métropole est très difficile pour ces champions. Il y a un véritable déracinement
que seuls les meilleurs arrivent à surmonter, et c’est probablement cette capacité
qui les conduit à sortir du lot.
Il y a eu à l’intérieur de l’équipe de France d’athlétisme un phénomène de
communautarisme. Mais depuis plusieurs années, l’esprit qui anime le groupe
émane d’une saine émulation entre Guadeloupéens et Martiniquais. Cette
émulation a des effets cycliques sur les résultats. Aujourd’hui, il me semble que
ce sont les Martiniquais qui détiennent le leadership au niveau des résultats
sportifs. Mais cette saine concurrence dans l’équipe de France n’est pas réservée aux seuls Martiniquais et Guadeloupéens, il ne faut pas oublier tous les
champions qui viennent de la métropole ou ceux qui ont demandé leur naturalisation.
Outre-Terre : Vous venez d’évoquer le lien entre l’UNSS et la fédération dans
les DOM. Il semblerait qu’en métropole, le dépistage de futurs champions ne
s’effectue pas de la même manière.
R.P. : En général, la détection du potentiel athlétique s’effectue très largement du côté des entraîneurs eux-mêmes. Il n’y a pas, comme c’était le cas en
ex-RDA, de détection au plus jeune âge de futurs athlètes. La détection est laissée aux entraîneurs qui orientent ensuite les jeunes gens vers les filières de haut
niveau. En France, nous avons les sections sportives en collège, puis les pôles
espoirs et les pôles France qui sont dirigés par la fédération. Dans ces différents
pôles, nous veillons à ce que les jeunes gens suivent une scolarité. Il n’est pas
du tout souhaitable que nos jeunes athlètes suivent uniquement une filière sportive sans posséder le bagage scolaire qui pourra leur être utile après leur carrière
sportive.
Outre-Terre : Avez-vous soumis notre équipe de France à une préparation
particulière ?
R.P. : Sans dévoiler de secret, j’ai repris l’action menée aux précédents
grands rendez-vous.