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Outre-Terre

2004/3 (no 8)

  • Pages : 320
  • ISBN : 2749203732
  • DOI : 10.3917/oute.008.0293
  • Éditeur : Outre-terre


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La soi-disant disparition des Jeux Olympiques en 393 ou 394 n’est qu’un mythe forgé par les historiens successifs, désireux de faire peser sur l’église chrétienne un exemple supplémentaire d’intolérance et de fanatisme.

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On dit que c’est Théodose le Grand, l’empereur de la nouvelle Rome, qui fit abolir par décret les Jeux Olympiques, ces pratiques païennes. En fait, ce sont surtout le calendrier et le rituel des Olympiades que Théodose voulait supprimer pour faire accepter la chronologie dite d’« indiction » que l’empire tentait d’imposer à toutes les provinces. L’historien Jean Malalas nous rapporte plus tard que les compétitions en tant que telles ne furent pas abolies avant le VIe siècle avant Jésus-Christ, au début du règne de Justinien. C’est d’ailleurs aussi en 393/394 que fut déterminée la liste des champions; y figurait le prince Artabase (Barastadis), de la dynastie des Arsacides, plus tard maître de l’Arménie.

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Même s’il demeure incontestable que les Jeux n’eurent dès lors plus lieu à Olympie, on en trouve deux manifestations à la même époque : l’une à Antioche en Syrie, l’autre à Chalcédoine, sur la rive asiatique du Bosphore (l’actuel quartier de Kadiköy). Dans le premier cas, les Jeux existaient depuis 44 après Jésus-Christ : les habitants avaient acheté pour une somme énorme à ceux de l’Elide grecque les droits et le « brevet » de la manifestation ; ils célébraient les Jeux avec un très grand succès, qui connaîtra son apogée au IIIe siècle ; ils faisaient en outre de la publicité pour les Jeux d’Europe, d’Asie et d’Afrique, qui furent abolis par l’empereur Justin en 521. Dans le second, on ne peut dater ni début ni fin : ils sont cependant associés à la splendide Athénienne Athénaïs qui siégea pendant vingt-trois ans sur le trône de Constantinople. Fille de Leontios, orateur, sophiste et auteur d’épopées, cette dernière n’hérita en 421 après Jésus-Christ que de cent pièces d’or, le reste de l’immense fortune paternelle allant à ses deux frères. Forte des talents et des connaissances paternels, elle entreprit d’attaquer le testament et se rendit à la capitale pour y rencontrer la sœur de Théodose II le Petit (en comparaison de son grand-père), Pulchérie ; celle-ci fut à tel point séduite par son charisme qu’elle la fit baptiser sous le nom d’Eudoxie et la maria à son frère. Théodose, très jeune, ne s’intéressant qu’aux sports et aux fêtes, c’est Pulchérie qui exerçait de fait le pouvoir. Athénaïs lui laissa les affaires politiques et se consacra à la culture : développement du grec par rapport au latin et tentative d’helléniser la bureaucratie impériale ; promotion des lettres grecques ; fondation du « Pandidactirion », soit l’université de Magnaure à Constantinople [1]  Athénaïs elle-même rédigea divers discours et des poèmes... [1] . L’impératrice s’efforça en particulier de faire revivre les Jeux Olympiques de Chalcédoine du passé. Les chroniques rapportent que l’Éparque (préfet de la ville) et l’évêque de la capitale avaient fait leurs les projets d’Athénaïs, et que la restauration des Jeux de Chalcédoine était prévue en 434-435. Survint alors Hypatios, de l’ordre de Rufin d’Aquilée, qui souleva les autres moines et le peuple contre ces jeux d’inspiration « idolâtre [2]  Hypatios, ardent partisan du pape et adversaire du... [2]  ».

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À la même époque, Nestorius, patriarche de Constantinople, tentait avec le soutien des partis populaires « Verts » et « Rouges » et contre celui des Bleus, soit les aristocrates et les grands propriétaires, d’asseoir l’hérésie monothélique, annonçant elle-même le monophysisme, qui allait, avec le manichéisme dualiste, résister pendant des siècles au dogme de la sainte Trinité. Athénaïs finit par se disputer avec sa belle-sœur qui soutenait les Bleus et rejoindre le camp des Verts ; elle subit alors les calomnies de la « diabolique » Pulchérie qui l’accusait d’adultère avec le meilleur ami de son mari et l’exila à Jérusalem. Il semble que son discours d’Antioche, sur le chemin de l’exil, versifié afin de capter la bienveillance des habitants de la prospère cité, ait été prononcé durant les Jeux de 444, une manifestation qui allait, quelques années encore, perdurer.

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Traduit du grec par le Centre d’études grecques Phonie-Graphie

Notes

[1]

Athénaïs elle-même rédigea divers discours et des poèmes en hexamètres dactyliques.

[2]

Hypatios, ardent partisan du pape et adversaire du patriarche de Constantinople, fut béatifié et l’Église orthodoxe célèbre aujourd’hui encore sa fête le 17 juin.

Pour citer cet article

Zachos Papazahariou E., « Byzance : les Jeux oubliés », Outre-Terre 3/ 2004 (no 8), p. 293-294
URL : www.cairn.info/revue-outre-terre-2004-3-page-293.htm.
DOI : 10.3917/oute.008.0293


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