Outre-Terre
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I.S.B.N.2-7492-0374-0
320 pages

p. 155 à 160
doi: 10.3917/oute.009.0155

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Israël au Proche-Orient

no 9 2004/4

2004 Outre - Terre Israël au Proche-Orient

Israël sur la voie du désengagement

Défis et espérances d’avenir

Ariel Sharon Premier ministre de l’État d’Israël.
Il y a cent ans que Theodor Herzl a eu la vision d’une renaissance de l’État juif sur son territoire ancestral.
Cela fait un siècle aujourd’hui que Herzl est parti, mais l’État démocratique dont il avait rêvé s’est fait réalité : c’est la seule démocratie qui fonctionne dans un Moyen-Orient traversé de conflits. Il est devenu un foyer sûr pour le peuple juif. Il a obtenu des résultats significatifs, éminents, quant à sa construction nationale, en matière scientifique et technologique, par la renaissance de sa langue qui est l’hébreu. Et surtout : il a, en cinquante-six ans d’existence, absorbé des millions d’immigrants venant de cent un pays et parlant quatre-vingt-deux langues, forgeant à partir d’eux de nouveau une nation. L’immigration, aliyah, est le défi majeur et la clef de notre survie comme de notre développement en tant qu’État juif démocratique au Moyen-Orient.
L’aliyah à partir des pays occidentaux les plus développés et avancés, France incluse, a augmenté durant les quelques années qui précèdent. Les gens, confrontés qu’ils sont à une montée de l’antisémitisme, de l’antisionisme et de la provocation antijuive en Europe, au Moyen-Orient et à travers le monde, commencent à comprendre qu’ils ne peuvent mener, eux et leurs enfants, une vie juive pleine et sûre qu’en Israël.
Voilà pourquoi l’aliyah ne garantit pas seulement l’avenir d’Israël, elle garantit également l’avenir des Juifs. Il y a au fondement de l’animosité à l’égard d’Israël et du sentiment anti-israélien de par le monde le fait indéniable que nombre de pays, les pays arabes à leur tête, refusent toujours, cinquante-six ans après la fondation de l’État d’Israël, d’admettre et de reconnaître au peuple juif un droit originel à l’indépendance dans son foyer ancestral.
Malgré toutes les performances, la capacité à résister et toute la vigueur déployée pendant des années, il y a des moments, dans la vie d’une nation, où celle-ci doit prendre des décisions difficiles et parfois pénibles de façon à assurer sa survie. C’est maintenant le cas de l’État d’Israël.
Israël est un pays qui aspire à la paix. Le peuple d’Israël et moi-même sommes pleinement engagés sur le chemin d’une paix durable et sûre entre nous et tous nos voisins arabes.
Nous avons accepté la « feuille de route », reposant sur l’initiative du Président Bush et des États-Unis : deux États comme solution aménagée au conflit avec les Palestiniens.
Nous avons cru que les Palestiniens allaient satisfaire aux engagements qui étaient indiqués sur la feuille de route et en tout premier lieu combattre le terrorisme, l’arrêter, nous permettant de la sorte de préparer le terrain ensemble pour la sécurité et pour la paix.
Nous avons espéré que les Palestiniens réaliseraient les réformes exigées de telle sorte qu’ils puissent avoir leur propre gouvernement.
Nous avons espéré qu’ils allaient combattre le terrorisme et démanteler ses infrastructures – quelque chose d’évident pour toute société normale sur la planète.
Nous avons espéré qu’ils allaient confisquer les armes illégales, éradiquer les sources de financement, arrêter les terroristes et leurs fournisseurs, mettre un terme aux incitations furieuses confinant parfois à l’appel génocidaire, mais ils n’ont procédé à aucune démarche en ce sens.
C’est regrettable, mais le temps avançant, nous avons compris que ceux qui soutiennent le terrorisme l’avaient emporté au sein de la direction palestinienne. Ce fut rendu particulièrement clair dès lors que les supporters du terrorisme, Arafat en tête, redoublaient d’efforts pour saboter l’action du gouvernement Abbas. Et après la chute d’Abbas, l’impuissance du gouvernement de Qoreï et de l’actuelle direction palestinienne – nous en sommes chaque jour les témoins – le démontra à l’évidence. Il semble que n’émergera pas dans un avenir proche la direction palestinienne sérieuse qui aurait à la fois la volonté et la capacité de combattre le terrorisme et de conduire son peuple sur le chemin de la paix. Une réalité tragique pour Israël, pour les pays de la région et en particulier pour les Palestiniens qui paient au prix fort un terrorisme qu’ils ont engendré. Ce terrorisme s’étant grâce à Arafat retourné maintenant contre eux.
Les récents soulèvements au sein de l’Autorité palestinienne tout comme la critique et la protestation à l’endroit du système corrompu d’Arafat et de son gouvernement montrent comment une stratégie de terreur contre Israël a pu se retourner au point d’enclencher la désintégration de la société et des institutions palestiniennes.
Le tournant opéré il y a peu par Israël s’explique essentiellement par le fait d’avoir réalisé que nous n’avons pas de partenaire avec qui négocier, signer un accord et particulièrement appliquer la feuille de route au cas où celle-ci serait ratifiée. Il y a là un changement fondamental par rapport au postulat de base qui était celui des gouvernements israéliens de ces dernières années et cette nouvelle situation nous oblige à nous préparer de façon complètement différente.
Cependant : même si nous avons emprunté unilatéralement un cours nouveau, je veux souligner que notre option préférée et de fait le seul projet viable de règlement politique demeure l’application de la feuille de route dans toutes ses étapes et avec toutes ses exigences.
Même les États-Unis qui étaient impliqués dans les négociations sur la feuille de route reconnaissent que l’Autorité palestinienne et ses manquements sont responsables de l’impasse qui en a résulté et ils approuvent de fait l’action unilatérale d’Israël.
En réfléchissant au cours à adopter unilatéralement par Israël, j’ai eu à choisir, difficilement, entre quatre options :
  • d’abord la destruction de l’Autorité palestinienne. En d’autres termes, l’annexion de facto, le déploiement des forces israéliennes dans toutes les villes palestiniennes et l’administration, de fait, par Israël de la vie palestinienne dans tous les secteurs. Je me suis fermement opposé à cette éventualité. Israël n’a aucun intérêt à prendre la responsabilité des Palestiniens et à administrer leur vie. Israël est d’ailleurs incapable, dans les conditions économiques et politiques actuelles, d’assumer le financement de l’assistance sociale, de l’éducation et de la santé publiques des Palestiniens et nous n’avons aucun désir de gérer leur vie quotidienne;
  • ensuite le retrait de tout le territoire de Judée, de Samarie et de la bande de Gaza en échange de vagues promesses et d’un document signé, comme l’a suggéré la gauche extrême à Genève et comme nous nous y étions déjà vainement essayés avec l’accord d’Oslo. Cette approche satisferait évidemment Arafat qui y trouve un soutien à sa stratégie de la terreur. Je pense que semblable approche serait un désastre pour Israël en termes de sécurité et parce qu’elle est impossible à appliquer, comme en témoignent les amères leçons de l‘accord d’Oslo;
  • il y a beaucoup de gens qui me recommandent la troisième option, celle du statu quo, de la simple inaction. Je dois reconnaître que c’est, en termes de politique intérieure, une option en apparence séduisante. Vous restez en place, vous avez une coalition stable et le soutien des partis de droite. Pas besoin de confrontation désagréable avec votre propre parti. Sans aucun doute la situation idéale au plan politique. Le problème est que les Israéliens ne m’ont pas élu Premier ministre pour chauffer un fauteuil pendant quatre ans. Et à tous les autres égards, qu’il s’agisse de politique, de sécurité ou d’économie, le statu quo est extrêmement dangereux pour Israël;
  • cependant : les impasses ne durent pas éternellement. Le monde ne permettra pas que l’impasse se perpétue. Cette impasse provoquera, tôt ou tard, des initiatives dangereuses pour Israël. Ce n’est pas un hasard si une avalanche de semblables initiatives ont immédiatement suivi la chute du gouvernement Abbas. Il y a des gens de par le monde, et malheureusement aussi en Israël, qui ne comprennent pas où sont nos intérêts majeurs du point de vue politique et de la sécurité. En ce qui les concerne, le fait que les Israéliens exigent, dans le cadre de la feuille de route et comme préalable à toute négociation politique, que les Palestiniens combattent efficacement le terrorisme, est inacceptable. Ils pensent qu’il nous suffit de nous retirer de tous les territoires et que les Palestiniens vont ensuite par la simple vertu d’un accord signé mettre un terme au terrorisme. Ces gens qui s’emploient à engranger un vaste soutien de par le monde, en premier lieu en Europe, ne cesseront pas de nous pousser à abandonner notre exigence de lutte palestinienne contre le terrorisme. Et comme les Palestiniens ne font rien, c’est sur nous que se concentrent les pressions. C’est qu’il est plus facile d’exercer des pressions sur une démocratie à l’occidentale comme Israël.
Vous ne devez pas oublier que tout ce qui précède se situe dans un contexte de terrorisme ininterrompu et oblige Israël à effectuer des actions contre les kamikazes à la bombe et autres. Semblable activité n’est pas un spectacle plaisant, mais il y a là une nécessité. Israël a, comme toutes les autres nations, l’obligation et le droit de protéger la vie de ses concitoyens.
Nous voilà donc parvenus à la quatrième option, la seule qui soit de mon point de vue réaliste. Israël doit prévenir la catastrophe politique qui résulterait d’une initiative tendant à réduire la tension (produisant les images connues dans les médias internationaux ) entre Israéliens et Palestiniens, mais pouvant déboucher sur la situation mentionnée plus haut. Notre démarche contribuera à consolider la sécurité et à faire baisser le niveau du terrorisme. Elle ancrera les Américains dans une détermination formalisée de rejeter tout plan mettant Israël en danger, tout plan qui ne fasse pas de la liquidation du terrorisme un préalable à l’avancée politique. Cet engagement des Américains nous affranchira de la nécessité de subir des pressions ou d’être confrontés à des pressions pour nous faire renoncer à exiger que les Palestiniens combattent le terrorisme. Nous avons à prendre les choses en main et à assurer de la sorte les intérêts politiques et de sécurité d’Israël pour de nombreuses années à venir.
Voilà les principes qui forment le noyau du Plan de désengagement, c’est-à-dire la meilleure chose à faire pour Israël : établir une limite sécuritaire et déployer le long de cette limite les Forces de Défense d’Israël dans les zones prioritaires en matière de défense ; ériger une barrière physique pour faciliter la protection des citoyens israéliens et rendre plus difficile la pénétration de terroristes à l’intérieur des centres densément peuplés ; retrait de zones qui ne seront à l’évidence pas sous contrôle d’Israël dans le cadre d’un quelconque accord permanent à venir et qui sont source de tension aiguës entre Israéliens et Palestiniens, comme la bande de Gaza ; appui de nos amis dans le monde, derrière les Américains, à ce projet.
Les Palestiniens qui soutiennent le terrorisme redoutent ce plan qui les contraint à assumer leurs responsabilités, à liquider le terrorisme ou bien à rester « en panne » d’aspirations politiques jusqu’à ce qu’ils agissent dans ce sens. Il y a de bonnes raisons à ce qu’ils fassent le tour des capitales pour tenter de prévenir sa mise en œuvre. C’est que, voyez-vous, pour eux plus que pour quiconque l’impasse est une bonne chose : elle les exempte de toute action et les récompense de ne pas satisfaire à leurs engagements, en premier lieu le combat contre le terrorisme, tout en bénéficiant de la campagne de désinformation à l’encontre d’Israël.
Le retrait de Gaza, dans le cadre du Plan de désengagement, fera litière du prétexte historique des Palestiniens, selon lesquels la présence des Israéliens les empêche de combattre le terrorisme. Nous devons leur dire : « Messieurs, s’il vous plaît, plus d’Israéliens, voyons quand vous allez commencer ! »
L’exécution du Plan de désengagement va progressivement créer les conditions d’un renouveau du processus de paix dans la région, conformément à la feuille de route. Les Palestiniens doivent à cette fin enclencher l’émergence d’une nouvelle direction qui s’engage à combattre le terrorisme, à introduire des réformes politiques, sociales et économiques et qui trouve intérêt à faire avancer un règlement durable et la fin du conflit – comme le requiert la première étape de la feuille de route.
Les avantages du Plan de désengagement sur le long terme pour les Israéliens se retrouvent dans la lettre du Président Bush et l’approbation des deux chambres du Congrès à celle-ci. Incluant pour la première fois les avancées historiques suivantes :
  • pas de retour des réfugiés palestiniens en Israël à proprement parler, mais exclusivement à l’intérieur d’un État palestinien s’il y a et quand il y aura un État palestinien pacifique à côté d’Israël;
  • le fait désormais admis qu’il ne peut y avoir de retour aux lignes d’armistice de 1949. Tout règlement à venir devra comporter des frontières déterminées par nos exigences de sécurité et de défense et par l’existence de blocs à large population juive en Judée et en Samarie (Ma’aleh Adoumim, Goush Etzion et Ariel) ;
  • les États-Unis ont approuvé le Plan de désengagement et reconnu du même coup explicitement qu’Israël subit en permanence des menaces sur son existence. C’est pourquoi il doit continuer à posséder tous les armements qui lui permettront de se défendre par ses propres moyens et maintenir sa capacité de dissuasion de façon à prévenir toute agression ou menace sur l’existence même de l’État. Une prise de position d’importance majeure à la lumière des récents développements - terrorisme mondial et armements non-conventionnels, parce qu’elle justifie le droit d’Israël à se défendre aujourd’hui et à l’avenir.
Aucun doute : nous ne tarderons pas à ressentir les effets positifs du Plan de désengagement au plan économique. Le Plan et l’interruption des activités terroristes qui l’accompagne vont générer de nouvelles opportunités d’investissement étranger et de croissance économique, pour Israël comme pour les Palestiniens. Les réalités actuelles nous contraignent à prendre l’initiative. Il n’y a rien de pire pour Israël que de se laisser entraîner à agir sous pression.
Je sais que ce n’est pas facile. C’est difficile pour moi personnellement. Mais je n’ai pas été élu pour faire des choses faciles. J’ai été élu pour faire ce qu’il y a à faire. J’entends être digne de la confiance que les électeurs israéliens m’ont accordée. J’ai confiance dans la capacité du Plan de désengagement à assurer au mieux l’avenir d’Israël et à garantir l’essentiel, c’est-à-dire ses intérêts politiques et sa sécurité.
L’Israël du Plan de désengagement sera un État juif et démocratique plus fort avec des implications positives en profondeur et une espérance renouvelée pour les Juifs et les Arabes d’Israël, dans les Territoires et chez nos voisins, aussi bien que pour les Juifs d’Europe et de par le monde.
Traduit de l’anglais par Julia Mandelkern
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