2004
Outre - Terre
Israël au Proche-Orient
Arabes et Palestiniens dans les manuels scolaires israéliens
Changer le regard sur l’autre
Yohanan Manor
président du Center for Monitoring the Impact of Peace (New York/Jérusalem).
Les services de renseignements de pays en conflit consacrent des moyens
considérables pour déterminer les intentions véritables de l’adversaire sur la
poursuite, l’intensification, la résorption ou le règlement de conflits. Ils ont
souvent en leur possession des évaluations contradictoires entre lesquelles les
hauts responsables ne parviennent pas à trancher.
La presse israélienne s’est ainsi fait l’écho de contradictions concernant les
véritables intentions d’Arafat lors des négociations de Camp David, avant
l’éclatement de la seconde « Intifada » fin septembre 2000
[1]. Certains estimaient
qu’Arafat aspirait à un règlement de paix fondé sur la création d’un État palestinien reconnaissant l’État d’Israël et coexistant avec lui. D’autres ont considéré
qu’il n’aspirait qu’au démantèlement de l’État juif, par recours au terrorisme et
à « l’arme démographique ».
Cette contradiction aurait pu être en grande partie levée par un examen
attentif des documents officiels palestiniens, d’accès relativement aisé. Nous
voulons parler des manuels scolaires conçus et produits par l’Autorité palestinienne, sous l’autorité de son président Y. Arafat en ce temps-là aussi en charge
du ministère de l’Éducation
[2].
Les manuels scolaires ont en effet la vertu singulière et rare de révéler les
convictions, les aspirations et les vues que les pouvoirs publics entendent inculquer à la jeune génération, en fonction évidemment de leur capacité à dicter,
orienter ou simplement superviser le contenu de l’enseignement.
Dans le cas palestinien, cette capacité est absolue puisque c’est l’Autorité
palestinienne qui dicte le contenu de l’enseignement, des manuels scolaires et
des livres du maître, utilisés dans toutes les écoles palestiniennes, qu’elles soient
publiques, privées ou qu’elles relèvent de la United Nations Relief and Works
Agency (UNRWA ) pour les réfugiés et le Moyen-Orient de l’ONU.
Elle est, dans le cas d’Israël, beaucoup plus limitée, mais reste tout de même
substantielle et opère surtout à travers la liste d’ouvrages recommandés chaque
année par le ministère de l’Éducation ainsi que ses circulaires d’orientation.
Dans le secteur public
[3], 80% des manuels en vigueur dans le primaire et les
collèges, tout comme 50% au lycée sont tirés de cette liste
[4].
Les manuels scolaires israéliens ont fait l’objet de nombreuses recherches
portant sur les différentes disciplines ainsi que les diverses périodes tant postérieures qu’antérieures à la création de l’État d’Israël. Des travaux qui fournissent d’utiles repères pour faire le point sur la situation actuelle
[5].
La présente étude se fonde sur deux recherches du Center for Monitoring the
Impact of Peace (CMIP) à partir de 500 manuels scolaires israéliens pour les
années 1999-2000 et 2001-2002 : langue, littérature, communication, histoire,
géographie, éducation civique, éducation religieuse et sujets interdisciplinaires
dans toutes les classes de la maternelle à la terminale
[6].
Le CMIP se veut un « observatoire : on y repère et présente toutes les références, de près ou de loin, à l’image de « l’autre », plus précisément celle des
musulmans, des Arabes et des Palestiniens.
Les résultats de notre enquête corroborent les constats de nos prédécesseurs,
notamment Daniel Bar-Tal et Elie Podeh et vont au-delà. Elle confirme en effet
leur observation d’un tournant radical survenu dans le contenu des manuels à
partir du milieu des années 1980, et met en évidence une préparation à la coexistence avec les Arabes et les Palestiniens.
Daniel Bar-Tal, professeur au département des sciences de l’éducation de
l’université de Tel-Aviv, a noté que, pour affronter avec succès un conflit insoluble ou ingérable, les sociétés se dotent d’une « infrastructure psychologique »,
c’est-à-dire d’un ensemble d’« articles de foi sociétaux » qu’elles veillent à
inculquer par le système d’éducation
[7]. En particulier : « justesse de la cause »,
« délégitimation de l’adversaire », « image positive de soi » et « victimisation
[8] ». Pour conclure à propos des manuels scolaires israéliens de langue,
d’histoire, de géographie et d’éducation civique visés par le ministère de l’Éducation en mars 1994 : Les manuels ont dramatiquement changé quant au
contenu dans les années 1990 par rapport aux années 1950 et 1970. On souligne
beaucoup moins les valeurs sociétales destinées à la confrontation avec un
problème insoluble. Il n’y a plus qu’un petit nombre de manuels scolaires pour se
focaliser sur la sécurité, l’image positive de soi et la victimisation des Juifs. La
délégitimation des Arabes a pratiquement disparu, même si les stéréotypes perdurent. Certains manuels allant jusqu’à essayer de transmettre une nouvelle doctrine
sociétale, de façon à promouvoir le processus de paix et la coexistence
[9].
Les recherches d’Élie Podeh, professeur au département d’études orientales
de l’université hébraïque de Jérusalem, diagnostique lui aussi une amélioration
radicale, dont il situe la genèse au milieu des années 1980, quant à la présentation du conflit israéloarabe dans les manuels d’histoire et d’éducation civique
israéliens depuis la fondation de l’État en 1948. Il est même plus catégorique
que Bar-Tal dont il ne retient pas les réserves à propos des stéréotypes négatifs.
Le chercheur distingue trois « générations » de manuels : celle de « l’enfance »,
de 1948 à 1967 ; celle de « l’adolescence », de 1967 à 1985 celle de « l’âge
adulte » de 1985 à 1995, au cours de laquelle s’opère un tournant radical
[10].
Le discours narratif de la première génération ( 1948-1967) était « simpliste,
unilatéral et souvent tronqué de façon flagrante » : préjugés, erreurs, déformations, omissions délibérées. L’histoire, la culture et la langue arabe y étaient
presque complètement passées sous silence. Les Arabes étant qualifiés de
« sauvages », « sournois », « tricheurs », « voleurs », « provocateurs » et « terroristes ». Leurs actions contre les Juifs présentées comme « émeutes » et « pogroms »
ou bien des « événements » et leurs auteurs apparaissant comme des « bandits ».
Toute information risquant « d’entacher l’image d’Israël ou de susciter des doutes
sur le droit des Juifs à la terre d’Israël était instinctivement omise ».
Un changement s’esquisse avec les manuels de la seconde génération ( 1967-1985). Le discours est « moins tendancieux, avec moins d’expressions négativement stéréotypées ». De plus : « Les Arabes ne sont plus traités comme un
groupe monolithique, mais divisés en peuples distincts, incluant celui des Palestiniens. » Les manuels de la seconde génération ne sont pas dénués de préjugés,
mais ils disent maintenant les choses « d’une manière beaucoup plus subtile et
par conséquent peut-être beaucoup plus dangereuse que par le passé ». Mieux :
« Auparavant, c’était le texte qui communiquait à lui seul des faits erronés, des
compte rendus orientés et des opinions tendancieuses ; maintenant les cartes, les
illustrations, les caricatures et les diagrammes renforcent cette information. En
outre, des sujets sensibles, tels que le problème des réfugiés ou la guerre de
1967 continuent à être traités comme par le passé, Israël étant absous de toute
responsabilité ou blâme. »
La césure apparaît dans les manuels de la troisième génération ( 1985-2000),
suite notamment à la directive du directeur général du ministère de l’Éducation,
en date du ler février 1984, annonçant les grandes lignes d’un programme d’éducation à la coexistence. Le discours perd de son caractère simpliste, unilatéral et
stéréotypé pour gagner en objectivité et en équilibre : « En général, les Arabes
ne sont plus décrits en termes stéréotypés. Dans l’ensemble, ces manuels
scolaires semblent présenter une image équilibrée du conflit israélo-arabe. On
tente de comprendre, bien que d’un point de vue principalement sioniste, le
point de vue arabe, en particulier à propos des controverses sur les questions
sensibles dans l’histoire du conflit. Quoique aucun des nouveaux manuels ne
soit sans défauts, l’ensemble révèle l’étendue des progrès accomplis par la
société israélienne et son système d’éducation pour ce qui est de la présentation
des Arabes et du conflit israélo-arabe dans les manuels scolaires juifs. » Tout en
se référant à la directive dont il cite quelques extraits, le chercheur souligne
deux autres facteurs expliquant la césure : « Premièrement, l’émergence d’une
nouvelle historiographie fondée sur des documents d’archives depuis peu accessibles, et plus critique quant à Israël et au mouvement sioniste que par le passé...
Deuxièmement, une autre manière de se représenter l’autre dans la société israélienne. Des programmes d’histoire et un contenu des manuels qui reflètent clairement une société plus mûre et capable de considérer l’autocritique non comme
un signe de faiblesse mais plutôt comme une source de force... » Semblable
amélioration ne suffisant cependant pas et devant être prolongée par un approfondissement de la connaissance de l’autre : « La rectification des erreurs du
passé ne suffit pas ; une fois les partis pris et les préjugés éliminés, le système
d’éducation doit aller plus loin et promouvoir l’enseignement de la langue, de
l’histoire et de la culture arabes, tout en veillant à ce que cela se réalise de façon
aussi neutre et exacte que possible. » Du même coup, Élie Podeh, comme il
minimise finalement l’importance de la directive, en néglige le caractère essentiel, soit la volonté politique de transformer le rapport à « l’autre ». Une volonté
politique qui se traduit non seulement dans les attendus du texte, mais tout
autant dans la formulation du programme concret que vont de fait mettre en
œuvre tous les gouvernements israéliens, de gauche comme de droite.
Premier attendu : l’importance vitale pour les élèves juifs comme arabes
d’Israël de deux questions étroitement liées : celle de l’égalité civile entre Juifs
et Arabes et des comportements exigés par une société multiculturelle, d’une
part; celle des relations de l’État d’Israël avec ses voisins arabes en tant que
nations, de l’autre
[11].
Deuxième attendu : la nécessité de faire désormais la part des choses et de
ne plus se rapporter aux Arabes en bloc comme des ennemis. « La polarisation
entre nous et les Arabes n’est plus le seul et unique mode de relations possibles.
Nous sommes actuellement les témoins d’évolutions diverses et il convient de
distinguer :
- quoiqu’il s’agisse d’une “paix froide”, Israël et l’Égypte entretiennent depuis
1979 des relations de paix testées par deux fois avec succès...;
- le Maroc a facilité le traité de paix et réserve aux Israéliens un accueil ouvert.
De même pour des pays comme le Soudan, la Tunisie et Oman qui ont accordé
un soutien public au processus de paix;
- selon les accords de Camp David, la population arabe de Judée, de Samarie et
de Gaza est censée se voir octroyer un statut d’autonomie...;
- les Arabes d’Israël sont citoyens de l’État et en constituent une partie intégrante. La déclaration d’indépendance leur confère des droits égaux, ce qu’ont
réitéré tous les gouvernements israéliens dans leurs programmes respectifs ;
- il y a par contre des pays arabes, comme la Syrie, l’Irak et la Libye, qui continuent de nourrir de l’hostilité à notre égard et d’entreprendre des activités belligérantes à notre encontre. Sans compter l’OLP dont toutes les factions aspirent à
perpétuer le conflit et à poursuivre la lutte par tous les moyens, y compris en
recourant au terrorisme, jusqu’à la destruction finale de l’État d’Israël. »
Poursuivons : « Voilà pourquoi nous ne pouvons plus enseigner aux élèves
de la seconde génération que les Arabes constitueraient une catégorie monolithique à traiter dans le seul et unique contexte du conflit... C’est le monde entier
qui est actuellement multiculturel ; les distances entre cultures se réduisent dans
l’espace comme dans le temps. Le Moyen-Orient aussi est multiculturel. De
même qu’Israël est à la fois un État national et une société multiculturelle. Cette
situation complexe nous contraint à développer une capacité, nouvelle, à vivre
l’interculturalité sur les bases de l’égalité et du respect de la culture de l’autre.
Transmettre cette capacité est l’un des objectifs du système d’éducation et notre
ministère a pour tâche d’aider les enseignants à trouver à cet égard des modalités d’action : Nos élèves doivent prendre conscience de ce qu’une culture étrangère n’est ni inférieure ni supérieure à la nôtre, et de ce que tous les peuples,
religions et groupes ethniques ont le droit de cultiver leur culture, même à l’intérieur des frontières d’un autre État. Par dessus tout, il nous faut inculquer aux
élèves la ferme conviction que chaque personne est un être humain et que
chaque être humain a droit au respect, même s’il appartient à un autre peuple,
même s’il est un ennemi politique. »
La directive précisait les objectifs à atteindre. Les relations avec les Arabes
et leur culture, celles entre Juifs et Arabes d’Israël et des pays arabes devaient
désormais faire partie intégrante du parcours pédagogique, du jardin d’enfants à
la terminale ; tout comme des sujets à intégrer maintenant en éducation civique,
en sciences sociales, en histoire, en géographie – singulièrement celle de la
patrie (moledet ) – et en littérature. Point important : les programmes et manuels
scolaires seraient autorisés après double évaluation : « D’une part l’élimination
de formules incitant – le cas échéant – à la haine ainsi que des stéréotypes négatifs et des préjugés ; d’autre part l’adjonction et l’intégration de nouveaux contenus coïncidant avec les buts que nous nous sommes fixés. »
Il faut absolument souligner ici que cette directive fut adoptée non pas sous
le magistère d’un ministre travailliste ou laïque, mais par le ministère de Zevouloun Hammer, du Parti national religieux (PNR ), qui avait rompu son « alliance
historique » avec le parti travailliste depuis 1977 pour entrer dans des coalitions
durables avec la droite nationaliste réunie sous la bannière du Likoud. Et il faut,
si l’on veut apprécier la portée de cette décision de changer le regard sur l’autre,
se souvenir que Hammer passait pour un produit typique de la génération des
kipot srougot, les calottes brodées des religieux modernes qui avaient remplacé
chapeaux et habits noirs. Le personnage fut une cheville ouvrière dans la transformation du PNR, d’un parti focalisé pour l’essentiel sur les affaires religieuses
en un mouvement profondément impliqué dans les relations extérieures et la
sécurité, tout en assistant activement le Bloc de la Foi,
Gush EmuMim, et les
partisans de peupler la Judée, la Samarie et la bande de Gaza
[12].
Une préparation active à la coexistence
La nouvelle politique pédagogique de préparation à la coexistence allait être
mise en œuvre sans désemparer par les gouvernements israéliens successifs, en
dépit des vicissitudes inhérentes aux changements de coalition et d’orientation
politiques et malgré l’inexorable détérioration du processus d’Oslo sous les
coups de boutoir de ses opposants palestiniens et israéliens, à partir du milieu
des années 1990.
Autour des composantes suivantes : « voir dans l’“Autre” avant tout un être
humain », « comment dépasser la suspicion, la haine et les préjugés »,
« connaître et respecter l’islam et les Arabes », « admettre la légitimité du
mouvement national adverse », « présenter le conflit de façon plus équilibrée ».
Voir dans l’« autre » avant tout un être humain
Le premier procédé consiste à émailler les manuels de langue ou de littérature de petites histoires contant le sauvetage d’enfants ou d’adultes arabes par
des Juifs. Ainsi dans un recueil de textes pour des enfants de 10 ans du secteur
public confessionnel : l’histoire des soldats pénétrant pendant la guerre des Six
Jours à Jérusalem dans une maison et trouvant une enfant arabe baignant dans
son sang ; l’un d’entre eux la transporte en courant sous feu nourri à une ambulance et lui sauve ainsi la vie; la petite fille a depuis longtemps quitté l’hôpital
et rejoint sa famille, mais l’ami blessé qui l’a sauvée est resté, lui, alité
[13]... Autre
histoire relatée dans un recueil de textes pour les enfants de 11 ans du secteur
public, celle d’un Arabe secouru alors même qu’il faisait partie d’un groupe
d’émeutiers ayant attaqué des Juifs
[14]. De même pour les Juifs secourus ou
sauvés, en sens inverse, par des Arabes
[15].
Autre procédé, l’inclusion dans les anthologies de scènes de la vie quotidienne des Arabes par des auteurs arabes et n’ayant généralement pas de rapport
avec le conflit israélo-arabe ou les relations entre Juifs et Arabes. Il s’agit ici de donner aux élèves une idée du mode de vie et des préoccupations des Arabes de
différentes contrées
[16].
On provoque encore l’empathie en évoquant avec les élèves les souffrances
des réfugiés de toutes les périodes. Par exemple dans un livre de géographie qui
juxtapose les réfugiés juifs de la Seconde Guerre mondiale, les réfugiés arabes
et juifs du conflit israélo-arabe et ceux du Rwanda ; avec un camp de Palestiniens pour illustrer le drame
[17].
De même pour les nouvelles d’auteurs israéliens se rapportant au sujet
[18].
Comment dépasser la suspicion, la haine et les préjugés
Les principaux chercheurs sur la période contemporaine ont noté qu’il y a de
moins en moins de stéréotypes négatifs et de délégitimation des Arabes à partir
des années 1980 et que ce phénomène disparaît pratiquement vers le milieu des
années 1990. Les enquêtes du CMIP ont en outre observé un effort pour affranchir les élèves de toute suspicion à l’égard des Arabes, mettre ceux-ci en garde
contre toute haine et les armer devant les préjugés
[19].
D’où les récits montrant comment la suspicion peut se transformer en amitié.
Ainsi, la jeune Arabe qui doit intégrer un internat juif et redoute d’être mal
accueillie parce que l’une des jeunes Juives a perdu son frère dans une attaque
terroriste ; une des filles lui proposera en définitive de partager sa chambre
[20].
Ou encore, au niveau 6, l’histoire de l’amitié naissante entre Amir, jeune Israélien et Saïd, un jeune Égyptien, lors d’une rencontre internationale de football à
Londres. Le premier a été invité à rejoindre les Égyptiens et s’est fait remarquer
en tirant un but. Conversation dans la chambre d’Amir :
« Je me rends compte que tu es surpris par la visite d’un enfant de pays ennemi.
Je cherchais l’occasion de te parler. Mon frère aîné est mort dans le Sinaï durant
la dernière guerre entre nos deux pays, mais il serait stupide que je sois pour cela
en colère contre toi.
– Si c’est ainsi, nous sommes quittes, car mon père est mort pendant la même
guerre ; il était parmi ceux qui ont traversé le canal.
– Bon, depuis cette maudite guerre, je pense que tout doit être fait pour garantir que ce sera la dernière. Cela peut paraître étrange, car chez nous la radio, la
télévision, les journaux et même les manuels scolaires nous farcissent d’histoires sur les méchants Israéliens qui ont volé les maisons des Arabes. Mais
notre maître d’école est une personne unique en son genre qui nous a toujours
mis en garde contre la haine aveugle et qui nous a parlé dans ses cours d’histoire des souffrances des Juifs pendant 2000 ans, bien que cela ne figure pas
dans nos manuels ; il nous a raconté ce que les nazis ont fait aux Juifs durant la
Seconde Guerre mondiale. Il nous a ouvert les yeux sur beaucoup de choses que
nous admettions sans y réfléchir
[21]. »
Il n’est pas facile d’amener les élèves à prendre leurs distances et à ne pas
intérioriser la haine de l’adversaire et de l’ennemi quand telle est la tonalité
générale de l’environnement familial, scolaire et social. Une façon de relever ce
défi est de leur rappeler que le monde des enfants n’est pas nécessairement la
réplique de celui des adultes. Comme le déclare ce jeune Juif à propos de son
amitié avec un berger bédouin : « Nous n’avons pas de langue commune, mais
la haine des adultes ne s’est pas attachée à nous. Les enfants n’ont pas besoin
de mots
[22]. »
Il est par contre relativement plus aisé de mettre en garde les enfants et de les
prémunir contre les idées préconçues et les préjugés. Intéressante initiative dans
un recueil pour les enfants de 13 ans : « Beaucoup de gens pensent que la colombe
aspire à la paix. Ce n’est pas correct. Les gens y croient sans vérifier... Il y a beaucoup d’idées préconçues : les Juifs dominent le monde et exploitent tous ses habitants ; les Noirs sont inférieurs ; les Arabes ne comprennent que le langage de la
force. Établissez au cours de l’année une longue liste de préjugés. Consignez-les
dans un dossier spécial intitulé : “C’est ce qu’ils disent, mais ça n’est pas vrai”. »
Préparez-vous à expliquer oralement en quoi ce sont des préjugés
[23]. »
Connaître et respecter l’islam et les Arabes
Connaître, c’est d’abord reconnaître que la patrie, la Terre promise où les
Juifs ont commencé à revenir au XIX
e siècle n’était pas vide et que sa population
ne se réduisait pas au petit nombre de Juifs qui y vivaient, comme le suggèrent
les cartes des premiers manuels scolaires (avant l’État), indiquant seulement les
agglomérations habitées par des Juifs. Une approche qui va perdurer dans les
manuels scolaires israéliens jusqu’à la fin des années 1970 et dont on trouve des
traces encore de nos jours
[24]. Mais l’approche actuelle a changé du tout au tout,
comme en témoigne le texte suivant tiré d’un manuel d’histoire pour les 14-15
ans et qui reproduit des extraits d’un discours prononcé par Arthur Ruppin,
directeur du Bureau palestinien de l’organisation sioniste, au XI
e congrès
sioniste de 1913 : « Au début, le mouvement sioniste croyait que la terre d’Israël était vide... Entretemps nous avons appris à voir les choses d’une façon
complètement différente... Actuellement, il y a en terre d’Israël six fois plus
d’Arabes que nous
[25]. »
Connaître, c’est aussi disposer d’un minimum d’informations objectives
sur l’« Autre », sur les Arabes, leurs coutumes, leur histoire et leur culture.
Les manuels scolaires israéliens apportent des rudiments factuels et objectifs sur l’islam, le prophète Mahomet, les cinq « piliers », le sens du Jihad, les
principaux Lieux saints, la comparaison avec le judaïsme et le christianisme.
On y distingue souvent des expressions de sympathie et de respect envers l’islam. Ceci étant tout particulièrement le cas pour les manuels du secteur public
confessionnel où les aspects positifs de l’islam sont mieux mis en lumière et
qui vont jusqu’à avancer que le Jihad n’est pas dirigé contre le judaïsme et le
christianisme
[26]. Bravoure, courage et sens de la justice sont mentionnés à
plusieurs reprises comme des traits caractéristiques des Arabes. Deux manuels
scolaires proposant des extraits d’un article d’Ahad Ha’Am, l’un des penseurs
les plus éminents du mouvement sioniste, à la suite de sa première visite en
Palestine en 1891 : « Nos frères ont raison de dire que l’Arabe ne respecte que
ceux qui lui montrent de la bravoure et du courage. C’est-à-dire ? Lorsqu’il
sent que la justice est du côté de son adversaire; il n’en est pas ainsi s’il pense
à juste titre que les actions de son adversaire relèvent de l’oppression et d’une
justice usurpée. Alors, même s’il reste silencieux, il se contiendra sans fin,
mais la colère persistera dans son cœur et il préparera sa vengeance
[27]. » De
même pour la contribution des Arabes à la civilisation évoquée dans plusieurs
manuels. Ainsi un livre d’histoire du secteur public confessionnel montrant
que les Arabes développèrent une riche culture : « Les musulmans transmirent
les mathématiques de l’Inde à leur pays et de leur pays aux pays de l’Europe,
lesquels remplacèrent les chiffres romains non appropriés au calcul arithmétique... Toutefois les Arabes n’étaient pas simplement des intermédiaires
culturels, ils furent aussi des producteurs de culture. Par exemple les premiers
à découvrir les maladies infectieuses. Les premiers à bâtir des hôpitaux
publics. Leur contribution notable dans divers domaines scientifiques a fait
que des disciplines portent aujourd’hui des noms qui viennent de l’arabe,
comme l’algèbre
[28]. »
Mais ce qu’il y a ici de plus remarquable, c’est sans doute la mention
expresse du profond attachement des Arabes à la Terre sainte et à Jérusalem.
Un manuel scolaire consacre ainsi un chapitre entier à l’attachement du
christianisme et de l’islam à la Terre d’Israël, citant notamment un passage de
l’éminente et regrettée madame Lazarus-Yaffe, spécialiste de l’islam : « La
Terre d’Israël en général et Jérusalem en particulier ont été de plus en plus
sanctifiées par l’islam, ce qui allait de pair avec son développement et son
expansion tant religieuse que géographique. Au fur et à mesure de l’absorption par l’islam du monde qu’il avait conquis, il adapta et islamisa les valeurs
qu’il avait absorbées, y compris la sainteté de la Terre d’Israël, sa flore et ses
eaux, tout comme le caractère sacré de l’enterrement sur cette terre où l’on a
vécu. Tout cela devint depuis lors partie de l’islam orthodoxe... On trouve une
expression de la sainteté de la Terre d’Israël et de Jérusalem pour l’islam dans
l’érection des deux mosquées sur le Mont du Temple
[29]. » Les auteurs de ce
manuel le soulignant en outre : « L’islam sanctifia Jérusalem en Terre d’Israël
du fait de son importance pour le judaïsme et le christianisme. Selon la tradition musulmane, Jérusalem est la cité des ancêtres, le lieu du ligotage [d’Ismaël
[30] et non d’Isaac], l’aire d’activité des prophètes. Après la conquête
[arabe] le nom de “Bait al-Maqdas” fut utilisé pour qualifier la ville en
renvoyant particulièrement à la localisation du Temple. À partir du XI
e siècle,
c’est le nom d’al-Quds – la sainteté – qui devint courant. Ursalim et Sion sont
d’autres noms qui la désignent. »
Les conséquences de cet attachement profond et conjoint, pour ne pas dire
concurrent, à la Terre sainte et à Jérusalem, loin d’être esquivé ou passé sous
silence, est abordé de front, et justement souligné dans son lien et les implications pratiques de ce dernier. Une anthologie de textes pour les enfants de
15 ans reproduit le fameux poème de Yehuda Amichai, l’un des plus célèbres
poètes contemporains d’Israël, « Jérusalem 1967 » :
« La ville joue à cache-cache avec ses noms :
Yerushalayim, al-Quds, Salem, Jeru, à tout moment
chuchotant son premier nom jébusite, Y’bus
Y’bus, Y’bus, dans le noir. Elle pleure.
Avec nostalgie : Ilia Capitolina Ilia, Ilia
Elle vient à toute personne qui l’appelle
Le soir, seul. Mais nous savons
Qui vient pour qui [31]. »
La ville de Jérusalem est sacrée pour les trois religions monothéistes
[32].
[33]
[34]
Admettre la légitimité du mouvement national adverse
Pendant très longtemps, les manuels scolaires israéliens ont soigneusement
évité de conférer quelque légitimité que ce soit à l’opposition des Arabes au
mouvement national juif. Leurs actions contre les Juifs en Palestine étaient
présentées comme motivées par l’appât du gain, le désir de s’approprier le bien
d’autrui ou la soif de pouvoir.
Une approche qui va complètement changer, l’affrontement étant désormais
caractérisé comme celui de deux mouvements nationaux légitimes qui se disputent la même terre.
D’abord par l’intégration dans les manuels scolaires de textes de dirigeants
ou de penseurs sionistes qui avaient bien cerné la nature du problème dès la fin
du XIX
e début du XX
e siècle, mais que les responsables de l’éducation considérèrent longtemps comme « impropres » à l’enseignement. Le point de vue d’un
Yitzhak Epstein, pédagogue et enseignant bien connu pour ses critiques acerbes
qui appelait ses compatriotes sionistes dans la Palestine ottomane, au début du
siècle dernier, à prendre pleinement conscience du problème, apparaît maintenant dans l’enseignement : « C’est un grand peuple qui excelle dans ses performances physiques et son aptitude au discernement. Nous ne devons pas mépriser ses droits (du peuple arabe). La nation juive [hébraïque] ne respecte pas
seulement les droits personnels de chaque personne, elle respecte aussi les droits
nationaux de chaque nation et tribu
[35]. » Dans son célèbre article « La question
cachée », paru en 1907 dans la revue
Hashiloah, il mettait le doigt, sans ménagement, sur le problème dorénavant porté également à la connaissance des
élèves : « Parmi les difficiles questions liées à la renaissance de notre peuple sur
sa terre, il y a celle qui a autant de poids que toutes les autres réunies : notre
rapport aux Arabes. Ce problème dont la juste résolution décidera de notre
renaissance nationale, n’a pas été simplement oublié, mais a complètement
disparu du sionisme et n’est jamais mentionné réellement dans la littérature de
notre mouvement. Les sionistes sincères n’ont jusqu’à maintenant pas abordé la
question de savoir comment se comporter avec les Arabes quand nous venons
acheter des terres en Terre d’Israël, pour y construire des
Moshavot [villages],
et en général pour nous établir... Nous achetons la plus grande partie de ces
terres à de grands propriétaires fonciers ... Quand nous achetons ces terres, nous
faisons partir ceux qui y travaillaient. Certes, nous ne les congédions pas les
mains vides, nous payons un bon prix pour leurs jardins et leurs maisons en
ruine... Du point de vue de la justice courante et de l’honnêteté officielle, nous
sommes des gens parfaitement justes... Mais, si nous ne voulons pas nous fourvoyer, reconnaissons que nous dépossédons de pauvres gens de leurs maigres
possessions et que nous brisons les fondements de leur subsistance. Pouvons-nous compter sur cette façon d’acquérir des terres ? Va-t-elle réussir, convient-elle à notre objectif ? Cent fois non. Les fils du peuple qui fut le premier à dire
que « la terre n’était pas aliénable à perpétuité » et qui limita les droits de l’acquéreur en faveur du travailleur, ne devrait pas, ne doit pas exproprier les
travailleurs qui s’y sont installés de bonne foi. Mais laissons de côté un instant
la justice et les sentiments et considérons le seul point de vue du possible. Les
dépossédés resteront-ils silencieux, accepteront-ils calmement ce que nous leur
infligeons ? Ne se soulèveront-ils pas pour restaurer par la force ce dont ils ont
été dépossédés par l’or ! ... Et ce peuple [...] n’est que la petite partie d’une plus
grande nation qui possède tout ce qui entoure notre pays : Syrie, Aram Naharayim [Irak], Arabie et Égypte
[36]... »
Il y a désormais reconnaissance d’une collectivité nationale spécifique des
Palestiniens s’opposant au mouvement de renaissance national juif en Palestine.
Ainsi un livre d’histoire rappelle-t-il à propos des affrontements de 1936-1939 en Palestine qu’ils sont « émeutes » pour les Juifs, mais « révolte arabe »
pour l’autre côté ; et puis « à l’inverse de 1929, les Arabes présentèrent cette fois
de claires revendications nationales
[37] ». Mieux encore, l’exercice en fin de
chapitre invite les élèves à la discussion : « la thèse selon laquelle la révolte
arabe fut un affrontement entre deux mouvements nationaux est-elle fondée ?
Fondez vos propres conclusions
[38] ». De même dans un manuel de niveau 9 :
« Durant les années 1930, les mouvements nationaux arabes se développèrent
dans tout le Moyen-Orient. De nombreux Arabes de Palestine commencèrent
eux aussi à exprimer une conscience nationale, en d’autres termes le sentiment
qu’ils ne faisaient pas seulement partie de la grande nation arabe, mais qu’ils
étaient aussi des habitants de la Palestine. Certains en tirent la conclusion que
les années 1930 marquèrent le début, le point de départ de la lutte pour le
contrôle de la terre entre mouvements nationaux judéo-sioniste et arabo~palestinien
[39]. » Un manuel de géographie avançant même que le caractère national
du conflit est antérieur à la Première Guerre mondiale
[40].
C’est Yossi Sarid, ministre de l’Éducation dans le cabinet d’Ehoud Barak de
mai 1999 à janvier 2001 qui lança l’initiative la plus spectaculaire pour amener
les écoliers israéliens à assimiler la légitimité du mouvement national adverse.
En décidant d’intégrer dans les programmes scolaires un poème de Mah’moud
Darwish, un des plus grands poètes contemporains de langue arabe, chantre du
nationalisme palestinien et auteur de la Déclaration d’indépendance palestinienne de 1988. On avait déjà mis au programme un de ses poèmes, anodins,
quelques années auparavant. Tel n’était pas le cas cette fois.
Ce fut un tollé général. Non seulement l’opposition, du Likoud au Shinouï
(laïque) s’opposa à cette initiative, mais même le Premier ministre Barak argua
du fait que les conditions n’étaient pas encore mûres. Et Mah’moud Darwish
d’observer en réaction à cette vive controverse : « L’atmosphère, en Israël, n’est
pas mûre pour approfondir la compréhension de l’autre. J’ai suivi le débat à la
Knesset. Je pense que l’extrême droite n’est pas prête à reconnaître l’histoire du
peuple palestinien, qui est liée à ce pays qu’il aime et dont il a la nostalgie
[41]. »
Ces réserves de l’opinion israélienne, préoccupée par l’éventuel impact
d’une reconnaissance de la légitimité nationale de l’adversaire sur la sienne
propre, font encore ressortir le caractère proprement révolutionnaire des changements introduits dans les programmes et manuels scolaires par rapport aux
Palestiniens.
Présenter le conflit de façon plus équilibrée
Par « présentation plus équilibrée », nous entendons d’abord les textes qui
tiennent compte de la littérature scientifique la plus récente et qui ne déforment
ni n’omettent les éléments susceptibles de gêner ou bien de déplaire. Les tout
premiers manuels scolaires, tant à l’époque du mandat britannique que durant
les premières décennies de l’État d’Israël ne chiffraient que la population juive
de Palestine, comme s’il n’y avait pas d’Arabes dans le pays ! Ce n’est plus le
cas aujourd’hui. Plusieurs manuels scolaires fournissent des données précises
sur la population arabe de Palestine tant au XIX
e qu’au XX
e siècle
[42]. Les deux
atlas de Moshé Brawer utilisés dans toutes les écoles israéliennes apportant
également des précisions sur l’évolution des rapports démographiques entre les
deux peuples et sur la répartition géographique des deux populations des années
1930 à nos jours
[43].
L’acquisition des terres par le mouvement sioniste et le rôle de celle-ci dans
l’affrontement entre les deux populations sont finalement portés à la connaissance des élèves. Une amélioration cependant insuffisante, car la présentation
de cette dimension fondamentale du conflit n’est pas accompagnée, en général,
de données chiffrées.
Les accords d’Oslo qui scellaient la reconnaissance mutuelle entre l’État
d’Israël et l’OLP et instituaient une Autorité palestinienne dans les territoires
palestiniens sont présentés de façon détaillée par les atlas utilisés dans les écoles
israéliennes. Ils sont également mentionnés dans plusieurs manuels scolaires,
parfois avec description de leur configuration territoriale
[44]. Ainsi dans un
manuel de géographie pour les collèges : « Le but du second accord d’Oslo était
d’étendre l’administration palestinienne indépendante à la Cisjordanie par le
biais d’une autorité élue – le Conseil Palestinien... L’accord établissait un calendrier de redéploiement des Forces de défense d’Israël et la division de la Judée,
la Samarie et Gaza en trois zones :
« Zone A – Incluant les six grandes villes de Cisjordanie. Dans cette zone, le
Conseil Palestinien devait assumer toute la responsabilité concernant la sécurité
interne, l’ordre public et les affaires civiles.
« Zone B – Incluant les villes et villages palestiniens (où résident 68% de la
population palestinienne). Dans cette zone, le Conseil Palestinien devait assurer
l’ordre public et garantir le bien-être de ses concitoyens comme la lutte contre
le terrorisme, Israël restant autorité suprême en matière de sécurité.
« Zone C – Incluant les zones inhabitées, les régions où il y avait des agglomérations israéliennes et des endroits revêtant une importance stratégique pour
Israël. Dans cette zone, Israël devait conserver la pleine responsabilité
[45]. »
Une présentation qui n’est pas tout à fait correcte puisque ne sont pas
mentionnés par exemple les pouvoirs des deux partenaires en matière d’autorité
civile dans la zone B. L’atlas de Brawer est plus correct tout en étant beaucoup
plus concis. Surtout, il cartographie ces zones et indique explicitement en
légende : « Territoires de l’Autorité Palestinienne ».
La carte permet de saisir toute la complexité et le caractère problématique
des « accords ».
Il est regrettable qu’on ne trouve aucune carte de ce type à l’intérieur des
manuels scolaires proprement dits. Dans le meilleur des cas on se contente
d’une description évasive : « le nom de Palestine sert aujourd’hui, en particulier
chez les Arabes, à désigner l’ensemble de la Terre d’Israël à l’ouest du Jourdain.
L’Autorité palestinienne, néanmoins, aspire à établir l’État de Palestine sur la
majeure partie de la Judée et de la Samarie
[46] ».
Mis à part les atlas de Brawer, il n’y a pas dans les manuels scolaires israéliens de cartes indiquant même schématiquement les zones relevant de l’Autorité palestinienne et mentionnant expressément celle-ci. C’est là une sérieuse
lacune qu’il convient de combler, ainsi que nous l’avons souligné devant l’une
des institutions du Conseil de l’Europe
[47].
La question des réfugiés palestiniens commence, elle aussi, à être présentée
de façon plus objective. Jusqu’à tout récemment le sujet était abordé soit indirectement par le biais des évolutions démographiques dans la région et sans
donner de raisons, soit en expliquant que ce problème avait été créé par les
Arabes eux-mêmes qui avaient fui et quitté leurs villes et villages du fait des
combats, par crainte de vivre sous un pouvoir juif, ou à l’instigation de leurs
dirigeants. Quelques manuels évoquent également depuis le début des années
1990 la responsabilité des forces israéliennes.
Ainsi un manuel d’histoire qui commence par énoncer les cinq raisons
suivantes : « 1 ) La fuite des dirigeants et des gens aisés dès le début de la
guerre; 2) La détérioration de l’ordre et de la sécurité dans les villes et villages
arabes ; 3) Les mouvements de population imprévus et non dirigés à l’occasion
de toute guerre civile, les civils, préoccupés à juste titre ou pas de leur sort, se
déplaçant vers des zones contrôlées par les soldats de leur peuple ou de leur religion; 4) L’appel des dirigeants des pays arabes aux Arabes de Palestine;
5) L’horrible propagande sur les médias arabes à propos d’incidents au cours
desquels les forces juives obligèrent les habitants arabes à partir et portèrent
atteinte aux populations civiles
[48]. » À la suite de quoi l’auteur évoque un des
« nouveaux historiens ». « Selon [Benny Morris] les attaques de la Haganah,
d’Etzel, de Lehi et des Forces de Défense d’Israël furent le principal catalyseur
de cette fuite et non les appels et instructions des dirigeants arabes ou du Haut
Comité Arabe et du mufti
[49]. »
Un manuel de géographie plus récent incorporant tout naturellement cette
explication parmi les raisons de l’exode : « certains cherchaient à s’éloigner du
danger, d’autres écoutèrent les invitations de leurs dirigeants à quitter leurs
foyers et à faciliter de la sorte la conquête d’Israël par les armées arabes,
d’autres enfin furent expulsés pendant les combats par diverses forces israéliennes
[50] ». Présentation similaire dans le manuel réputé d’Eyal Naveh en
1999 : « Durant les combats, de nombreux Arabes locaux furent expulsés.
Certains d’entre eux prirent la fuite avant que les Juifs atteignent un village ou
le quartier arabe d’une ville, d’autres furent expulsés par la force conquérante.
Des dizaines de milliers prirent la fuite vers les pays voisins, au premier chef la
Jordanie, le Liban et la Syrie, avec l’espoir que ces pays les aideraient à revenir
un jour dans leurs foyers
[51]. »
Pour fournir aux élèves une présentation plus objective du conflit, il
convient de leur apporter non seulement de façon correcte, honnête et complète
les éléments majeurs, mais aussi de leur communiquer le point de vue adverse,
de préférence en le citant
[52]. L’un des manuels veut faire comprendre le point de
vue sur le sionisme du mouvement national arabe naissant sous l’Empire ottoman et donne à lire des extraits d’un article paru à l’époque dans un journal
arabe : « La Palestine est un pays purement arabe... entouré de tous côtés par des
pays purement arabes. Les aspirations nationales ont commencé à émerger et à
s’intensifier au sein de la Nation arabe résidant alentour. Les seuls peuples à
vivre dans ces pays sont arabes [… ]. Il n’y a pas de possibilité pour un autre
peuple, ayant sa langue à soi, de même que des traditions et coutumes différentes et une ambition politique contraire de vivre avec eux
[53]. »
Un livre d’histoire plus récent cite des extraits d’un appel aux autorités ottomanes dans Filastin, un journal arabe de Jaffa, le 16 septembre 1911, « à remplir
leurs obligations et ne pas permettre à des immigrants juifs de rester dans le
pays
[54] ».
De même pour le texte d’un appel pour une Syrie englobant la Palestine
quelque temps après la déclaration Balfour et l’accord Faysal-Weizmann dans
un livre d’histoire à usage des terminales :
« Une voix en appelle au peuple arabe en Syrie du Sud. »
« Les Juifs essayent de séparer la Palestine de la Syrie et du reste des pays
arabes, pour en devenir les maîtres. »
« La Palestine est une partie naturelle de la Syrie, rien ne les sépare; les habitants de la Syrie sont arabes comme nous, leurs dirigeants sont comme les nôtres
et leurs intérêts sont liés aux nôtres. Unir la Palestine à la Syrie et au reste des pays
arabes est la seule voie du bonheur pour la nation et les pays arabes... »
« Il n’y a dans notre pays que 60 000 juifs et ils n’ont pas le plus mince droit
à revendiquer notre terre à laquelle rien ne les lie. Nous, les Arabes, comptons
ici plus d’un million de personnes et le pays nous appartient. »
« En conséquence, protégez votre pays, votre honneur, votre esprit et votre
propriété. Exigez que la Palestine et la Syrie forment un seul État arabe libre et
que les étrangers n’aient pas d’influence ici. »
« Ceux qui demandent Justice [55]. »
Les manuels scolaires israéliens avaient longtemps qualifié d’« émeutes »
et de « troubles » perpétrés par des bandes de brigands ce que les Palestiniens
considèrent comme un soulèvement national. Un livre d’histoire porte à la
connaissance des élèves les termes d’une résolution émanant du Haut Comité
Arabe : « En avril 1936, des comités nationaux locaux furent organisés dans
toutes les villes autour du parti de l’Istiqlal et le Haut Comité Arabe fut créé. Le
Comité proclama une grève générale qui paralyserait l’économie du pays. Son
but : faire pression sur le gouvernement britannique pour qu’il satisfasse ses
exigences : 1) Interdire l’immigration juive ; 2) Interdire le transfert de la terre
aux Juifs ; 3) Établir un gouvernement national responsable devant un Conseil
représentatif. Le Haut Comité Arabe annonça que si ces exigences n’étaient pas
satisfaites la grève continuerait, jusqu’à ce que le gouvernement britannique
change fondamentalement de politique, le premier pas devant être l’arrêt de
l’immigration juive
[56]. »
Autre méthode pour faire comprendre les sentiments de l’adversaire, inviter
les élèves à se mettre à sa place, à envisager les événements et les évolutions de
son point de vue. Un manuel d’histoire proposant à cet effet l’exercice suivant :
« Divisez-vous en groupes représentant des journalistes juifs et palestiniens [...]
couvrant le débat sur le projet de partage aux Nations unies. Préparez un rapport
incluant tous les détails de la discussion, la position de chacun des États y
prenant part, le bilan de cette discussion, les résultats du vote et les réactions à
la résolution... Abordez avec toute la classe les différences entre les rapports des
journalistes juifs et palestiniens
[57]. »
De la même manière, un manuel interdisciplinaire, consacré aux divers
aspects des ressources en eau dans la région, demande aux élèves de se préparer à un jeu de simulation. L’objectif étant de « parvenir à un maximum de
coopération régionale de façon à assurer par des moyens pacifiques une répartition équitable de l’eau et de comprendre les besoins spécifiques de chaque
pays de la région ... »; « La classe se répartira en groupes de neuf élèves.
Chacun des élèves, au sein de ces groupes, représentera l’un des pays du
Moyen-Orient prenant part à la conférence... La répartition des eaux doit être
acceptée par les représentants de tous les pays participants. L’arrangement sera
approuvé par le représentant des Nations unies ... Le jeu continuera jusqu’à ce
qu’un arrangement entre tous les pays ait été trouvé [caractères gras dans l’original]
[58]. »
Ce qui frappe peut-être le plus l’observateur, c’est que les programmes et
manuels scolaires israéliens ne cherchent pas à bâtir l’identité nationale des
Juifs d’Israël sur le rejet de « l’Autre », sur un rejet de l’identité et de la légitimité nationale des Palestiniens. Il semble qu’ils aient bien au contraire pour
objectif de préparer les élèves à accepter cette légitimité concurrente. Les
manuels témoignent des efforts réalisés depuis vingt ans de façon à transformer
le regard des jeunes Israéliens sur les Palestiniens, à délivrer une représentation
de ceux-ci comme individus et êtres humains, à amener les jeunes à les reconnaître en tant que collectivité nationale et à admettre la légitimité de leur mouvement national en dépit des procédés illégitimes que ce dernier met en œuvre
contre l’État juif et ses citoyens. Des efforts que n’ont pas interrompus la dégradation, puis l’effondrement du processus enclenché en 1993 par l’accord d’Oslo
scellant la reconnaissance mutuelle et le renoncement à la violence et au terrorisme pour régler le conflit entre les deux peuples. Un changement qui s’est
manifesté surtout dans les secteurs public et public confessionnel, mais non
dans le secteur
haredi [ultra-orthodoxe] dont les manuels scolaires sont toujours
entachés de préjugés, ainsi que d’expressions désobligeantes et condescendantes
[59].
On avait avant tout pris la décision politique de préparer la jeunesse aux
réalités nouvelles produites dans la région par l’accord de paix avec l’Égypte,
en 1979, lequel envisageait explicitement, on s’en souvient, un statut d’autonomie pour les Palestiniens. A quoi riment dès lors les récriminations de certains
contre les manuels scolaires israéliens ? Récriminations qui ne s’étaient curieusement pas fait entendre avant la révélation du caractère antisémite des manuels
en vigueur dans les écoles palestiniennes et des incitations à la haine que ceux-ci contenaient; sans doute s’agissait-il d’atténuer l’effet de ce dernier constat et
de faire en sorte que soit évitée une suspension de l’aide internationale à l’Autorité palestinienne. Souvent, ces récriminations s’appuyaient sur d’autre documents que les manuels scolaires, comme la littérature enfantine, qui n’est
évidemment pas soumise à l’inspection des services du gouvernement
[60], ou sur
les témoignages de ce qui est censé se dire et se passer en classe
[61], ou encore
sur rien du tout comme dans le cas de Chris Patten, commissaire européen aux
Affaires étrangères
[62].
Ce changement radical, côté israélien, restera évidemment sans véritable
portée pratique s’il n’est pas suivi d’un changement similaire dans les
programmes et manuels scolaires palestiniens dont le défaut principal est de ne
pas reconnaître Israël et de bâtir l’identité nationale palestinienne sur le refus de
l’État Juif et de sa légitimité
[63].
La communauté internationale, et surtout l’Union européenne, peuvent jouer
ici un rôle décisif : convaincre les Palestiniens qu’ils doivent eux aussi tourner
la page.
[1]
Cf.
Ha’aretz, 15 juin 2004,16 juin 2004,18 juin 2004.
Ma’ariv, 15 juin 2004, rapportent
et commentent la controverse entre les généraux Amos Malka et Amos Gilad à l’époque, en
juin 2000, respectivement chef et directeur de la recherche du renseignement militaire.
[2]
Aucun des manuels scolaires alors produits par l’Autorité palestinienne n’exprimait une
quelconque reconnaissance d’Israël, non plus qu’aucune aspiration à coexister avec ce pays,
cf. le rapport du CMIP,
Jews, Israel and Peace in Palestinian School Textbooks 2000-2001 and
2001-2002, novembre 2001 et Yohanan Manor :
Les manuels scolaires palestiniens : une
génération sacrifiée, Paris, Berg International, octobre 2003. L’un des manuels évoquait
même explicitement l’arme démographique pour l’emporter dans le conflit israélo-palestinien,
cf.
La société palestinienne. Cours de démographie, Niveau 11 ( 16-17 ans), 2000, p. 29.
[3]
Le secteur public comprenant trois ensembles :
mamlah’ ti (d’État), 54 % des élèves;
mamlah’ti dati (confessionnel reconnu par l’État), 18%; arabe, 18% également. Le secteur
privé ou « indépendant » conserve la haute main sur ses programmes scolaires et le recrutement de ses enseignants, mais reste subventionné par l’État ; il est constitué pour l’essentiel
par les réseaux d’obédience ultra-orthodoxe,
haredi, des partis Agoudat Yisrael et Shas.
[4]
Cf. Rapport n° 49 du Contrôleur d’État,
Mevaker Hamedina, avril 1999, p. 209-210.
[5]
Par exemple : Benyamin Kalman, « L’Arabe au miroir de la jeunesse israélienne. Qu’y a-t-il de changé en quinze ans ? » (hébreu),
Iyunim ba H’inouh, n° 27,1980, p. 65-74 ; Ruth
Firer,
Les valeurs sionistes dans les manuels scolaires en langue hébraïque d’histoire du
peuple d’Israël en Terre d’Israël, 1800-1980 (hébreu), PhD, université hébraïque de Jérusalem, 1980 ; Daniel Bar-Tal
et alii,
Image de l’Arabe dans les recueils de textes : développement de la connaissance politique (hébreu), Tel-Aviv, H’amoul 1985 ; Benyamin Herzl,
Présentation des rapports entre Juifs et Arabes à l’intérieur des livres d’histoire dans le
contexte du conflit israélo-arabe (hébreu), université de Tel-Aviv, département de psychologie, 1987 ; Shmuel Zoltak,
Figures de l’Arabe dans les recueils de textes (hébreu), université
de Tel-Aviv, département de psychologie, 1987; Daniel Bar-Tal et Shmuel Zoltak, « Représentations de l’Arabe et rapports entre Juifs et Arabes dans les recueils de textes » (hébreu),
Megamot, vol. 32, ( 3), 1989, p. 301-317 ; Yoram Bar-Gal, « The Image of the Palestinian in
Geography Textbooks in Israel »,
Journal of Geography, 1994,93, ( 5), p. 224-232; Commission israélo-polonaise pour les manuels scolaires,
Recommandations en vue d’un ajustement
des manuels scolaires d’histoire et de littérature en Israël et en Pologne, Jérusalem et Varsovie, 1995; Daniel Bar-Tal, « The Rocky Road toward Peace : Reliefs on Conflict in Israeli
Textbooks »,
Journal of Peace research, vol. 35, n° 6,1998, p. 723-742 ;
ibid., « Societal
Beliefs in Times of Intractable Conflict : The Israeli Case »,
The International Journal of
Conflict Management, 1998, vol. 9, n° l (janvier), p. 23 ; Orit Ichilov, « Citizenship education in a divided society : the case of Israel »,
in Judith Torney-Putra & John Schwille & Jo-Ann Amadeo (ed.),
Civic Education across Countries : Twenty-four National Case Studies
from the IEA Civic Education Project, Amsterdam, 1999, Orit Ichilov & Idit Livne,
L’éducation civique dans les collèges israéliens : analyse des programmes, des manuels scolaires et
des livres du maître. Rapport de recherche (hébreu), université de Tel-Aviv, unité de socio-logie de l’éducation et de la communauté, mars 2002 ; Orit Ichilov,
Political Learning and
Citizenship Education under Conflict, Londres & New York, Routledge, à paraître ; Élie
Podeh,
Le conflit israélo-arabe dans les manuels d’histoire et d’éducation civique israéliens
1953-1995 (hébreu), Truman Institute, Peace Publications, n° 9, Jérusalem, 1997, ainsi que
« History and Memory in the Israeli Education System »,
History and Memory, vol. 12,2000,
p. 65-100 et
The Arab-lsraeli Conflict in Israeli History Textbooks, 1948-2000,
Westport/Connecticut & Londres, 2002.
[6]
CMIP,
Arabs and Palestinians in Israeli Teltbooks, septembre 2000.
[7]
Cf. Daniel Bar-Tal, « Societal Beliefs »,
op. cit., p. 23.
[8]
Ibid., p., 25-29.
[9]
Ibid., p. 44.
[10]
Cf. Élie Podeh, « History and Memory »,
op. cit., p. 74-85 et
Arab-Israeli Conflict, op.
cit., p. 26-74.
[11]
Traduction en anglais de la directive en annexe chez Podeh,
Arab-lsraeli Conflict, op. cit.,
p. 157-160, mis à part deux paragraphes plus techniques.
[12]
Cf. Susan Hattis Rolef (ed.),
Political Dictionary of the State of Israel, New York &
Londres, MacMillan, 1987, p. 139.
[13]
Cf. Esther Columbus
et alii,
Ouvrez le portail. Recueil de textes pour le niveau 4
(hébreu), ministère de l’Éducation, centre d’élaboration des programmes scolaires, Maalot,
1993, p. 186.
[14]
Cf. Nathan Parski,
Les nouveaux recueils de textes israéliens pour le niveau 5 (hébreu),
Masada, 1987, p. l84.
[15]
Cf. Ilana Arieli-Meir,
Voyage aux premières colonies, recueil de textes (hébreu), Maalot,
ministère de l’Éducation, centre d’élaboration des programmes scolaires, 1992, p. 66. Et
Avraham Cohen,
Ai-je compris ? Cinquième partie (hébreu), Reches, 1993, p. 222.
[16]
Cf. Rina Tzadka,
Morceaux choisis de littérature pour le niveau 8 (hébreu), Horev, 1992,
p. 76-84 ; P. Shirav & B. Rubinstein & N. Natanel,
Choix de textes pour le niveau 7 (hébreu),
ministère de l’Éducation, centre d’élaboration des programmes scolaires, Neta, 1992, p. 150-151, Mira Levinger & Bracha Abecassis,
Pages de littérature Anthologie, pour le niveau 9
(hébreu), Modan, 1998, p. 112-115.
[17]
Cf. A. Rap & Z. Fein,
Gens dans l’espace (hébreu), ministère de l’Éducation, centre de
pédagogie appliquée, 1997, p. 154.
[18]
Cf. Miri Baruch & Dalia Stein,
Cordes, Anthologie pour le niveau 6 (hébreu), Masada,
1997, p. 224-227.
[19]
Rapport du CMIP 2000, p. 7 et Rapport du CMIP 2002, p. 2.
[20]
Extraits de
Nadia de Galila Ron-Feder qui figurent dans Dalia Korach-Seguev & Varda
Weinberg,
Belles Lettres Anthologie pour le niveau 7 (hébreu), Modan, s.d., p. 103-106. Et
dans M. Baruch &D. Stein,
Cordes,
op. cit., p. 264-267.
[21]
Cf. Rivka Giladi,
Histoire et chanson, faisons connaissance (hébreu), niveau 6, Zak,
1985, p. 360-361.
[22]
Cf. Miri Baruch & Dalia Stein,
Cordes,
Anthologie pour le niveau 5 (hébreu), Masada,
1994, p. 43.
[23]
Cf. A. Cohen,
op. cit., p. 259.
[24]
Cf. la section « Statistical Data » ( 28) et la section « Maps » ( 29),
inCMIP,
Arabs and
Palestinians in Israeli Textbooks, septembre 2000, p. l l l-123.
[25]
Cf. E. Domka (ed.),
Le monde et les Juifs au cours des dernières générations, première
partie, 1870-1920 (hébreu), manuel niveau collèges, centre Zalman Shazar, 1998, p. 230.
[26]
Cf. sur toutes ces questions, CMIP, 2000,
op. cit., p. 14-23.
[27]
Cf. Tsipi Elder & Lili Yaffe,
Du conservatisme au progrès, histoire niveau 8 (hébreu),
Maalot, ministère de l’Éducation, 1998, p. 374. E. Domka (ed.),
op. cit., p. 229.
[28]
Cf. Akiba Doron & Hava Frankel & Kizia Tabibian & Malka Kaz,
De génération en génération. Leçons d’histoire à l’usage des écoles confessionnelles d’État. Deuxième partie
(hébreu), Maalot, ministère de l’Éducation, Direction des programmes scolaires, 1994, p. 220.
Des chapitres entiers sur ce sujet dans par exemple M. Zimmerman
et alii,
Leçons d’histoire à
l’usage des écoles d’État. Deuxième partie : de la montée en puissance de Rome à la fin du
Moyen Âge (hébreu), Maalot, ministère de l’Éducation, direction des programmes scolaires,
1987, p. 213-219. Rabbi Moshé Auerbach,
Histoire d’Israël de la destruction du Premier
Temple à nos jours, vol. 2.
Des Croisades à l’expulsion des Juifs d’Espagne (hébreu), Yeshurun, 1993, ch. 2. Dr. Shavit (éd.),
Histoire d’lsraël et des nations. Deuxième partie : de la
montée en puissance de l’empire romain au mouvement messianique de Sabbatai Zevi, Maalot,
ministère de l’Éducation, direction des programmes scolaires, 1987, p. 204-218.
[29]
Cf. G. Zohar & H. Leon & R. Peleg,
Voici la Terre. Introduction aux études de la Terre
d’Israël niveau collège (hébreu), Yad Ben Zvi, ministère de l’Éducation, direction des
programmes scolaires, édition expérimentale, 2000, p. 161.
[31]
Cf. Pnina Shirav & Bilha Rubinstein & Nurit Natanel & Mina Hochberg & Nitza Prilok,
Choix de textes littéraires pour le niveau 8 des écoles du secteur public (hébreu), Neta &
Maalot, ministère de l’Éducation, direction des programmes scolaires, 1994, p. 252.
[32]
Cf. Rina Ben Shachar,
C’est-à-dire : langue, expression et communication, niveau 5
(hébreu), Masada, 1999, p. 149.
[33]
Cf. A. Tirosh & B. Geller-Talithman,
Avec Josué – exercices pour l’élève (hébreu),
Reches & Yavne, 2000, p. 72.
[35]
Cf. Tsipi Elder & Lili Yaffe,
op. cit., p. 374.
[36]
E. Domka,
op. cit., p. 230-231.
[37]
Cf. K. Tabikian,
Voyage dans le passé. Le XXe siècle, au nom de la liberté (hébreu), Matah,
centre de pédagogie appliquée, 1999, p. 137.
[39]
Cf. Eyal Naveh,
Le XXe siècle. Au seuil du lendemaim. Histoire niveau 9 (hébreu), Sifrei
Tel-Aviv, 1999, p. 85.
[40]
Cf. R. Peleg,
La Terre du Nord [d’Israël], Galilée, Golan et vallées, au fil des générations pour les collèges, Yad Yitzhak Ben Zvi & ministère de l’Éducation nationale, direction
des programmes scolaires, édition expérimentale, l999.
[41]
Interview de Mah’moud Darwish par Tom Seguev,
Ha’aretz (anglais), 10 mars 2000.
[42]
Rapport du CMIP ( 2000),
op. cit., p. 111-113.
[43]
Cf. Moshé Brawer,
Atlas pour le cours élémentaire et le cours moyen (hébreu), Yavne,
11
e éd., 1999 ;
ibid., Atlas physique, économique et politique (hébreu), Yavne, ll
e éd., 2000.
[44]
Rapport du CMIP ( 2000),
op. cit., p. 101-105 et également ( 2002),
op. cit., p. 7-10.
[45]
Cf. G. Zohar & H. Leon & R. Peleg,
op. cit., p. 8.
[47]
Communication intitulée « Le cas des manuels scolaires israéliens », session de la sous-commission Moyen-Orient de la commission politique de l’Assemblée parlementaire du
Conseil de l’Europe du 24 octobre 2003, consacrée à l’élimination des incitations à la haine
et à la violence dans les manuels scolaires et les médias israéliens et palestiniens.
[48]
Cf. David Shachar,
De l’exil à l’indépendance – Histoire du peuple d’Israël au cours des
dernières générations, deuxième partie (hébreu), Idan, 1989, p. 308-312.
[50]
Cf. A. Rap & Z. Fein,
op. cit., p. 153.
[51]
Cf. Eyal Naveh,
op. cit., p. l38.
[52]
Cf.
A Handbook for the Improvement of Textbooks and Teaching Materials, as Aids to
International Understanding, UNESCO, 1949, chapitre X, p. l23-135 pour des recommandations en ce sens.
[53]
Cf. A. Eliezri & M. Geva,
Le sionisme à l’épreuve de l’action 1914-1939 (hébreu),
Maalot, ministère de l’Éducation, division des programmes scolaires, édition expérimentale,
Idan, 1984, p. 62.
[54]
Cf. Tsipi Elder & Lili Yaffa,
op. cit., p. 370.
[55]
Cf. E. Domka,
op. cit., p. 283.
[56]
Cf. A. Eliezri & M. Geva,
op. cit., p. 125-126.
[57]
Cf. K. Tabikian,
op. cit., p. 294.
[58]
Cf. M. Dressler & R. Zuzovski,
L’eau dans une ère de paix. Unité d’enseignement sur le
problème de l’eau dans notre région et des voies et moyens de sa résolution (hébreu), Reches,
Séminaire des Kibutzim, 2000, p. l51-152.
[59]
Rapport du CMIP ( 2000),
op. cit., notamment p. 12,132 et CMIP ( 2002),
op. cit., en particulier p. 4,33-35.
[60]
Cf. par exemple Maureen Meehan, « Special Report. Israeli Textbooks and Children’s
Literature Promote Racism and Hatred towards Palestinians and Arabs », in
Washington
Report on Middle East Affairs, 1999, p. 19-20.
[61]
Ibid., p. 20 et Nathan Brown, « Democracy, History and The Contest over the Palestinian
Curriculum », a paper for the Adam Institute, novembre 2001, p. 6.
[62]
Cf. Yohanan Manor,
Les manuels scolaires palestiniens, op. cit., p. l35.
[63]
Cf. plus généralement sur les manuels scolaires palestiniens, Manor,
ibid. ainsi que les
sept rapports publiés à ce sujet par le CMIP :
Palestinian Authority School Textbooks ( 1998) ;
Palestinian Authority Teacher’s Guides ( 2000) ;
Jews, Israel and Peace in Palestinian
School Textbooks 2000-2001 and 2001-2002 ( 2001) ;
Jews, Israel and Peace in Palestinian
School Textbooks and High School Examinations 2000-2001 and 2001-2002 ( 2002) ;
Jews,
Israel and Peace in Palestinian School Textbooks, The New Textbooks for Grade 3 and 8
( 2003) ;
Jews, Israel and Peace in Palestinian School Textbooks, The New Textbooks for
Grade 4 and 9 (septembre 2004).
www. edume. org