2004
Outre - Terre
Israël au Proche-Orient
À quoi sert Israël ?
Données et statistiques scientifiques
Hervé Bercovier
professeur de microbiologie et vice-président à la recherche et au développement de l’Université hébraïque de Jérusalem.
Les tomates en grappe et les tomates cerises, l'avocat, la dinde, l'irrigation
par le goutte-à-goutte, « les cartes intelligentes » pour l’accès contrôle aux
émissions de télévision transmises par satellites, les processeurs d’ordinateurs
Pentium III et Centrino, le téléphone cellulaire et ses nombreuses applications,
le « chat » sur Internet, Zip-Unzip, des médicaments contre les maladies d’Alzheimer et de Parkinson, la sclérose en plaque, certains cancers, de nombreux
« kit » diagnostic, des prothèses cardio-vasculaires, la méthode Feldenkrais, le
hamster syrien… et un raton laveur.
Cette liste très partielle souligne l’apport d’Israël au village mondial aussi
bien dans les domaines de la santé, des télécommunications et de l’alimentation
que du consumérisme.
Comment ce petit pays ( 1/1000 de la population mondiale) peut-il avoir
semblable impact ? Cela provient essentiellement du niveau des dépenses en
recherche et développement civils qui ont augmenté de manière constante
pendant la décennie 1990 après l’explosion du secteur des hautes technologies
en Israël pour atteindre 4% du PIB et d’un bon développement du capital
humain. À titre d’exemple : près de 20% de l’augmentation des emplois se sont
effectués dans le domaine des technologies avancées entre 1995 et 1999.
Avec sept institutions universitaires et plusieurs centres de recherche
gouvernementaux, formant quelque 10 000 doctorants par an, Israël se place au
1er rang du classement universel par le nombre des scientifiques et techniciens
relativement à la population active, soit une proportion de 145 pour 10 000, pour
85 aux États-Unis, plus de 70 au Japon et moins de 60 en Allemagne. Avec plus
de 25% de la population active employés dans les professions techniques, c’est
encore Israël qui tient la tête de cette catégorie.
Israël totalise le plus grand nombre de diplômes universitaires du monde par
habitant : le pays dépasse de très loin le rapport per capita de publications scientifiques ainsi que le nombre de brevets per capita dans le monde. 24% de la
population active sont titulaires d’un ou de plusieurs diplôme(s) universitaire(s)
– ce qui installe Israël en troisième position parmi les pays industrialisés après
les États-Unis et la Hollande – et 12% ont obtenu un diplôme post-universi-taire. Israël détenant encore, proportionnellement à sa population, le plus grand
nombre de startup du monde.
wwww. thompson. com,site d’une compagnie spécialisée dans l’analyse des
performances scientifiques, présente des statistiques intéressantes quant aux
positions d’Israël par discipline. Les données pour la période de 1998 à 2000
indiquent que le pays se situait au premier rang en astronomie et en astrophysique : 1,32% de toutes les publications en astronomie et astrophysique, alors
que les articles israéliens dans ces domaines sont cités avec une fréquence de
50% supérieure à la moyenne. L’Université hébraïque de Jérusalem se tient au
premier rang parmi toutes les institutions de recherche du monde dans ces
domaines.
Autres catégories où la science israélienne excelle : sciences des matériaux
et nanotechnologie : 1er rang ; informatique : 2e rang ; économie et gestion :
4e rang ; chimie : 5e rang. 7e rang en mathématiques et le 8e en biologie. Dans
tous ces domaines, les publications israéliennes sont citées avec une fréquence
supérieure à la moyenne. 13e place en immunologie, 15e en microbiologie,
14e en psychologie et psychiatrie, 18e en sciences sociales et 22e en médecine
clinique.
Un tableau ISI donne pour la période 1981-1999 les noms des scientifiques
les plus publiés, révélant la place plus qu’honorable occupée par les chercheurs
israéliens ; une étude menée sur 19 millions d’articles de 5 millions d’auteurs,
dans le but d’identifier les 250 scientifiques les plus cités dans 12 catégories de
recherche. Israël aparaît sur cette liste, qui inclut seulement 0,01% des scientifiques de chaque domaine, à la très respectable 12e place. Un total de 37 scientifiques israéliens se tenant tout en haut, loin devant leurs collègues de Belgique,
du Danemark, de Chine, d’Espagne, de Norvège et de Russie.
D’où viennent ces scientifiques israéliens ? La majorité d’entre eux exercent
comme on pouvait s’y attendre dans trois institutions : l’Institut Weizmann –
avec 10 de ses scientifiques sur la liste–, l’Université hébraïque – à égalité avec
lui – et l’université de Tel-Aviv – 9 personnes.
Les autres scientifiques israéliens cités viennent de l’Institut Vulcani – 3 –,
le Technion, Institut israélien de Technologie, l’université Bar-Ilan, l’université
de Haïfa, enfin les compagnies IBM et Compugen. Selon ces données, 5 des
articles ressortissaient à l’informatique, 5 aux mathématiques, 4 à la physique,
3 à la biologie moléculaire, le reste en chimie, astrophysique, sciences de l’ingénierie et autres domaines. Une analyse semblable montre que les départements d’économie des universités hébraïque de Jérusalem et de Tel-Aviv comptent parmi les tout premiers du monde.
Brossons maintenant un bref panorama de la contribution pas toujours quantifiable d’Israël et du monde universitaire israélien à la communauté mondiale.
Un tableau (catalogue) qui ne prétend pas à l’exhaustivité, mais à donner un
aperçu de la contribution d’Israël au savoir et au bien-être des Nations.
Dès sa création en 1925, l’Université hébraïque de Jérusalem devient le
centre des études du judaïsme dans un contexte universitaire laïque. L’effort
porte sur le renouveau de la langue hébraïque, de l’histoire du judaïsme, des
études de la pensée juive et des études bibliques et talmudiques. La figure de
Martin Buber qui a rejoint l’Université hébraïque de Jérusalem en 1938 dominant le champ des sciences humaines en Israël par son apport à un nouvel humanisme de par sa philosophie de la sociologie. Son élève S.N. Eisenstadt, également disciple et interprète de Max Weber pour l’étude comparée des religions,
reste un des plus importants sociologues du XXe siècle.
Gershom Sholem innove par l’étude du judaïsme dans un système laïque. Il
est à l’origine d’un nouveau champ d’études : l’histoire de la mystique juive du
point de vue des études comparées des religions. Son disciple à l’Université
hébraïque de Jérusalem, M. Idle, transformera définitivement les études de la
mystique juive en un secteur important du domaine des religions comparées.
En histoire, Joshua Prawer, de l’Université hébraïque de Jérusalem, explore
systématiquement toutes les sources disponibles, tant latines qu’orientales, pour
scruter la situation de l’Orient musulman et de l’Occident chrétien à la fin du
XIe siècle, ainsi que l’organisation des croisades et du royaume latin de Jérusalem.
Le Professeur H.J. Polotsky de l’Université hébraïque a établi les fondements modernes de la linguistique de l’égyptien ancien et encore n’est-ce là
qu’une partie de l’apport d’Israël à l’orientalisme.
En archéologie, Israël contribue notoirement dans trois domaines : paléoarchéologie, archéologie biblique et byzantine. La localisation géographique
unique du site Acheulian au pied du Golan (Geshe Benot Yakov) permet d’étudier les premiers hominidés d’Asie du Sud-Ouest. Parmi de nombreuses découvertes : l’utilisation du feu hors d’Afrique il y a 790 000 ans et les preuves d’un
développement de l’agriculture il y a 35 000 ans.
Le Professeur Amihai Mazar de l’Université hébraïque de Jérusalem et ses
collègues des universités Ben-Gourion et Groningen, en Hollande, ont découvert par les fouilles effectuées à Tel Rehov les preuves de l’existence d’une
société urbaine développée au Xe siècle avant J.-C. et redonné une crédibilité à
l’existence d’un royaume du temps des rois Salomon et David.
Les Manuscrits de la Mer Morte
Jusqu’aux découvertes de Qumran, les plus anciens manuscrits des Écritures
Hébraïques étaient des copies datant des IXe et Xe siècles. Une équipe internationale d’environ 40 membres dont le professeur Emmanuel Tov de l’Université
hébraïque en tant que rédacteur en chef a travaillé à la publication des Rouleaux
de la Mer Morte. Ces Rouleaux ont été écrits par des Juifs de Judée à l’époque
du Second Temple. Ils nous apportent une meilleure compréhension de cette
époque et illustrent des aspects plus précis du judaïsme ancien et du premier
christianisme. À partir de ces textes, il est désormais possible de suivre le développement de la langue hébraïque, d’approfondir nos connaissances sur les
différentes traditions de manuscrits, d’en savoir plus notamment sur les scribes
et leurs pratiques en usage dans la communauté de cette époque. Des nouvelles
données qui permettent de reconstruire de façon à peu près exacte l’histoire de
cette période fascinante. La période a été cruciale pour la naissance, plus tard,
du judaïsme rabbinique et les Rouleaux témoignent des origines de la chrétienté.
C’est la découverte la plus importante en ce qui concerne l’étude du judaïsme
du Second Temple.
Paradoxalement ou non, Israël (l’Université hébraïque de Jérusalem, les
universités de Tel-Aviv et Ben-Gourion) est le pays le plus considérable, mis à
part l’Allemagne, dans les recherches sur l’histoire, la philosophie et la littérature allemandes.
Économie, mathématiques et psychologie
Les départements d’économie de l’Université hébraïque et de l’université de
Tel-Aviv excellent en combinant avec l’économie, surtout la macro-économie,
les mathématiques, la théorie des jeux et la psychologie cognitive.
Don Israël Patinkin a certainement été un des plus importants économistes
du monde et il créé à l’Université hébraïque en particulier et en Israël en général une tradition d’excellence en économie, notamment en macro-économie. Il
a reformulé la théorie moderne du crédit et de l’argent. Ses successeurs, enrichis
par un environnement propice en mathématiques, ont développé des approches
originales fondées sur la théorie des jeux et sur les règles de la prise de décision.
La théorie des jeux
Le Talmud de Babylone aborde le problème des contrats de mariage. Un
homme a eu trois femmes avec des contrats de mariage spécifiant que chacune
recevrait 100,200 et 300 respectivement à sa mort. Il donne des recommandations apparemment contradictoires. Si les biens de cet homme valent 100, le
Talmud recommande une division égale des biens. Si ces biens valent 300, le
Talmud recommande une division proportionnelle ( 50,100,150). Mais si la
valeur des biens est égale à 200, la distribution recommandée est de 50,75, et
75. En 1985, ces mystérieuses répartitions ont pu être comprises par mise en
relation avec la théorie moderne des jeux coopératifs. En fait : c’est la tradition
talmudique qui a été reprise et continuée en Israël deux mille ans après par de
nombreux travaux sur la théorie des jeux.
Le Professeur R. J. Aumann de l’Université hébraïque de Jérusalem a développé le concept du « correlated equilibrium » et l’idée de « Bargaining Set ».
Sergio Hart y continue cette tradition d’étude mêlant l’économie, les mathématiques et la psychologie cognitive au centre d’études du Rationalisme.
Issu de cette école, Ariel Rubinstein, ex-professeur de l’Université hébraïque
de Jérusalem et actuellement à l’université de Tel-Aviv a reçu le prix Erwin
Plein Nemmers 2003-2004 d’économie. Il a été un des premiers auteurs à développer un modèle théorique de jeux non coopératifs avec une solution unique
aux transactions. Il est reconnu comme un des économistes les plus créatifs de
nos jours.
Daniel Kaemferia, prix Nobel d’économie en 2002 avec Amos Tversky, a
intégré dans la même veine les mathématiques et la psychologie de l’Université
hébraïque au domaine de l’économie, notamment en ce qui concerne le « human
judgment and decision-making under uncertainty ». Dans les années 1970, ces
deux psychologues ont réalisé une série d’expériences qui associent la façon
illogique dont les gens prennent des décisions aux règles de la probabilité.
On ne peut pas, pour finir, ne pas mentionner les travaux en statistique (la
fameuse échelle) de Louis Guttman qui fut professeur à l’Université hébraïque
et directeur de l’Institut National des Statistiques et dont les applications ont été
incorporées dans des programmes tels que SAS.
Mathématiques, informatique, astrophysique
Israël est une superpuissance dans les deux premiers domaines. L’arrivée à
l’Université hébraïque de Jérusalem, dans les années 1930, des professeurs
Edmund Landau et Fränkel a inauguré une tradition d’excellence en mathématiques qui s’est étendue à tout le pays. Ce même département fut à l’origine de
la science théorique de l’ordinateur. On peut citer sur la liste impressionnante des
mathématiciens récompensés par de nombreux prix au moins Saharon Sela,
Hillel Furstenberg, Noga Alon, Joseph Bernstein. A. Wigderson et Michael Rabin
de l’Université hébraïque ont reçu respectivement les prix Nevanlina et Turing
soit les équivalents du prix Nobel en informatique. Les professeurs A. Shamir et
A. Pnueli de l’Institut Weizmann ont eux aussi obtenu le prix Turing. La cryptologie (A. Shamir) a permis de développer des applications courantes dont la carte
intelligente pour l’accès contrôle aux émissions de télévision transmises par
satellite est un exemple. Les travaux d’A. Pnueli en logique des systèmes ont
permis de développer des programmes qui gèrent et vérifient les programmes
informatiques. L’algorithme Lempe/Ziv, développé au Technion, par les professeurs Abraham Lempel en informatique et le professeur Jacob Ziv est devenu le
standard international pour la compression des données en informatique
(ZIP/UNZIP). La recherche industrielle israélienne de « High Tech », appuyée sur
ses institutions académiques, a offert au monde des innovations comme la télécommande, les premiers téléphones cellulaires, de nombreuses applications de
celui-ci (imagerie, sms), le « chat » sur internet (ICQ ), le développement de l’imprimerie digitale, les modem de pointe et leurs programmes, la sécurité des
grands systèmes informatiques (Checkpoint), les premiers programmes antivirus, un système multilingual de gestion des bibliothèques (ALEPH ), l’imprimerie en couleur digitalisée, et bien d’autres applications.
Rappelons pour finir l’impact international de premier plan du groupe d’une
quinzaine de scientifiques israéliens (Université hébraïque, Institut Weizmann,
université de Tel-Aviv) en astrophysique théorique étudiant la physique des
trous noirs, les explosions gamma-ray, les étoiles compactes, le rayonnement
cosmique, la formation et la dynamique des galaxies.
Physique, chimie et sciences des matériaux (nanotechnologie)
La place prépondérante de toutes les universités israéliennes dans ces
domaines peut difficilement se résumer sans que soient mentionneés quelques
noms et découvertes.
Yuval Neeman de l’université de Tel-Aviv aurait dû sans aucun doute recevoir le prix Nobel de physique avec Murray Gell-Mann, en 1969, pour ses
travaux mathématiques appliqués à la physique qui ont permis de découvrir que
les particules à interactions fortes (hadrons) obéissaient à une règle qui permettait leur classification par la voie octuple. Des travaux qui ont permis une
nouvelle classification des particules fondamentales.
La théorie quantique en physique et en chimie a été considérablement enrichie par des chercheurs israéliens comme G. Racah, père de la physique en
israélienne, Y. Aharonov du Technion qui a décrit l’effet Aharonov-Bohm, ainsi
que J. Jortner de l’université de Tel-Aviv et R. Levine de l’Université hébraïque.
Israël est aussi à la pointe de la recherche en électro-optique et de la
commercialisation d’équipements tels les lasers, les systèmes robots de vérification de production de CD, de DVD et de puces électroniques.
Dans le domaine des sciences des matériaux – nouveau nom plus « sexy »,
la nanotechnologie – Israël fait preuve d’innovation. R. Tenne de l’Institut
Weizmann a découvert un nouveau lubrifiant qui réduit de moitié les frottements et devrait donc entraîner une économie importante de carburants. Dan
Shechtman du Technion a découvert une nouvelle classe de matériaux appelés
Quasiperiodic Crystals.
De jeunes chercheurs de grande qualité participent dans toutes les institutions académiques israéliennes au développement national de la nanotechnologie qui devrait autoriser Israël à renouveler son industrie dans les dix prochaines
années. À titre d’exemple de développement dans ce domaine nouveau, on peut
déjà mentionner des nano-senseurs du glucose en temps réel qui permettent
aussi de fabriquer de l’électricité pour alimenter les « pace maker » (I. Willner),
la fabrication par le professeur U. Banin à Jérusalem de “Nanodumbells” – des
nano-cristaux avec unepointe d’or, qui peuvent être utilisés comme composants
hautement efficaces dans la construction de futures puces électroniques. De
même, des mini-moteurs de la taille d’une molécule ont été synthétisés par le
professeur Roi Baer de l’Université hébraïque. Conséquence possible d’une
semblable découverte : la création d’un minuscule moteur d’un nano (un
milliardième de mètre), capable d’effectuer des procédures industrielles ou
chirurgicales que des équipements plus larges ne peuvent réaliser. Des chercheurs de l’Institut Weizmann ont mis au point un « ordinateur moléculaire »,
composé pour l’essentiel d’un mélange d’ADN de synthèse et d’enzymes. À
terme, cet ordinateur pourrait détecter les premiers signes chimiques de la maladie cancéreuse et libérer alors des médicaments anticancéreux.
Aérospatiale, Aéronautique
Israël est un des 5 pays du monde à avoir développé des satellites d’observation et de télécommunications (OFEK, Amos) et à pouvoir les lancer. Israël et
le Technion ont été à l’origine du concept des micro-satellites. Le satellite Tech-Sat développé par le Technion est très compétitif. Son faible coût ( 3,5 millions
d’euros), sa faible consommation, sa fiabilité hardware et la souplesse de son
système de pilotage ont permis aux Israéliens de réaliser certaines expériences
scientifiques (comportement des supraconducteurs dans le vide par exemple)
avant leurs concurrents, leur donnant ainsi un avantage important dans la
compétition internationale. De plus, comme l’a démontré la mission, une
réduction substantielle de la taille, de la masse et de la consommation de tels
satellites peut être obtenue sans altérer leurs caractéristiques générales, telles
que la durée de vie ou la précision des mesures. À cet égard, TechSat a de loin
répondu aux attentes puisqu’il était encore en orbite quatre années après son
lancement, alors que la durée de vie de micro-satellites n’excède pas en général un à deux ans.
De plus : l’aéronautique a autorisé le développement d’équipements performants en électro-optique. Ainsi, les utilisateurs de services de télédétection
spatiale auront bientôt accès à des informations de qualité égale aux résolutions
« militaires ».
Dans le domaine de la propulsion, des scientifiques de l’ASRI ( Asher Space
Research Institute – Technion) et de l’université Ben-Gourion travaillent actuellement au développement d’un combustible nucléaire à base d’Americium –
242m qui pourrait réduire le temps de trajet entre la terre et Mars de 10 mois à
deux semaines. Si cette technologie s’avérait fiable et compétitive, elle révolutionnerait le secteur de la propulsion spatiale.
Enfin Israël produit des « jets » privés, mais si vous n’avez pas les moyens
de vous offrir un pilote, vous pouvez vous contenter d’un avion sans pilote, une
spécialité israélienne.
Dans les années 1930, Saul Alder, parasitologue de l’Université hébraïque,
recueille le dernier hamster femelle sauvage, l’élève en laboratoire et sauve l’espèce de l’extinction. Tous les hamsters syriens du monde résultent de cet
élevage. En vingt ans ( 1925-1945), Israël a réussi a éliminer la malaria qui était
endémique. Aujourd’hui, la biochimie, la biologie moléculaire, la bioinformatique et les neurosciences sont les phares de la recherche biologique dans le
pays. On ne se bornera à citer que quelques grandes découvertes. A. Hershko,
professeur au Technion, est sûrement le plus sérieux candidat israélien au prix
Nobel de médecine pour sa découverte avec A. Ciechanover du rôle du système
ubiquitin dans la gestion et la digestion des protéines au niveau cellulaire.
Y. Shilo de l’université de Tel-Aviv a découvert les bases moléculaires et génétiques de l’ataxia-telangiectasia. Le gène responsable de la production d’une
protéine centrale dans le cancer (P53) a été isolé et décrit par V. Rotter et
M. Oren de l’Institut Weizmann. Une nouvelle conception de l’étude du cerveau
a été élaborée à l’Université hébraïque par une combinaison de la physique, de
l’informatique, de la physiologie et de la neurobiologie pour créer un centre
interdisciplinaire de « neurocomputational studies ». Les professeurs H. Cider
et A. Razin de l’Université hébraïque ont été pionniers pour les études du rôle
de la méthylation de l’ADN dans la différentiation cellulaire et le cancer. Israël
détient une place importante dans l’étude des cellules souches embryonnaires.
Comment se fait-il que seulement 10% des grands fumeurs ont le cancer du
poumon ? Le professeur Zvi Livneh et le docteur Tamar Paz-Elizur de l’Institut
Weizman ont découvert le « marqueur » génétique du cancer du poumon, l’enzyme OGG 1 dont le niveau d’activité détermine le niveau de réparation de l’ADN.
Pour éviter le cancer du poumon, il faut stimuler cette enzyme.
N’oublions pas que Moshé Feldenkrais, père de la méthode Feldenkrais, fut
aussi un grand expert du Jujitsu qu’il a diffusé en Europe.
Biotechnologies, pharmaceutique et instrumentation médicale
Les innovations abondent dans ces domaines. Pour n’en citer que quelques-unes : les hormones de croissance humaines et bovines sont manufacturées par
des compagnies israéliennes de biotechnologie. Une compagnie israélienne est
le plus grand fabricant mondial de médicaments génériques, ce qui rend les
systèmes médicaux plus économiques. Malgré des investissements modestes,
5 nouveaux médicaments ont été élaborés en Israël et vendus à grande échelle
dans le monde. À l’Université hébraïque de Jérusalem ont été découverts l’Exelon (professeur Marta Weinstock-Rosin) contre la maladie d’Alzheimer et le
Doxil (Y. Barenholz) un médicament anticancéreux. Les dérivés des cannabinoïdes développés par R. Mechoulam sont des molécules prometteuses pour le
traitement de la douleur, de la perte d’appétit et les chocs crâniens. A. Levitzki
a permis par son étude sur les kinases le développement d’une nouvelle génération de médicaments anticancéreux. À l’Institut Weizmann, M. Sela et R. Arnon
Weizman ont développé le Copaxone pour traiter la sclérose en plaques.
M. Revel est le père d’une série de médicaments de base sur les interférons et
les interleukines humains dont les applications couvrent des pathologies variées
(Ribif pour la sclérose en plaques, herpès, cancer). Un nouveau médicament
contre la maladie de Parkinson, le Rasagiline, a été développé par M. Youdim
du Technion.
M. Wilchek de l’Institut Weizmann est à l’origine des applications médicales
diagnostic du système Avidin-biotine pour la méthode ELISA. Cette découverte a
permis le diagnostic rapide des Chlamydia, du virus Epstein-Barr, du cytomégalovirus, des herpès I et II, des mycoplasma, des hépatites A et B. A. Grinvald
est à l’origine de nouvelles méthodes d’imagerie médicale du cerveau. Rappelons enfin que les « Stents » sont une spécialité israélienne.
Biotechnologie et agriculture
Les principales institutions de recherche en agriculture en général et en
horticulture en particulier sont l’Institut Vulcani, l’ARO et la Faculté d’Agriculture de l’Université hébraïque de Jérusalem. La recherche agricole, notamment
en agriculture du désert, est conduite aussi à l’université Ben-Gourion du
Néguev. L’irrigation au goutte-à-goutte a été inventée en Israël dans les années
1950 et cette invention est à la base d’une importante industrie d’équipement
agricole (tuyaux percés, ordinateurs, serres) qui permet à nos voisins de développer leur agriculture dans des conditions semi-désertiques. Ces systèmes
informatisés d’irrigation permettent l’ajout contrôlé d’engrais, Israël inventant
de la sorte la « fertigation » (fertilisation/irrigation) qui réduit notablement l’utilisation d’eau et d’engrais.
L’avocat est bien sûr originaire du Mexique. Les premiers avocatiers ont été
plantés en 1908 dans ce qui était alors la Palestine par des moines français de
Latrun. La plantation à échelle commerciale est née dans les années 1950 et
Israël a réussi à introduire dès 1960 la consommation de ce fruit bizarre surtout
en France et en Allemagne. Histoire semblable pour la dinde. Depuis longtemps
les fameux agrumes de Jaffa ne représentent qu’une faible partie des exportations agricoles. L’horticulture a pris la relève avec la production de plus de cent
variétés de fleurs. Une des recherches de pointe de l’Université hébraïque,
fondée sur les données du génome des pétales, consiste à rétablir les fragrances
pour les fleurs cultivées et un chrysanthème odorant a été déjà produit ! Les
légumes et les fruits exotiques (kiwi, litchi, mangue, fruit de la Passion) représentent la plus grosse part des exportations agricoles. Mais il n’est pas très intelligent d’exporter essentiellement de l’eau : une nouvelle industrie des graines de
plantes est en plein essor. Les tomates en grappes, les tomates cerises, les
poivrons sont exportés sous forme de graines. Une nouvelle génération de ces
fruits dont le goût traditionnel et les arômes naturels ont été rétablis est proche
de la commercialisation. De même des fruits et légumes résistant aux principaux
virus ont permis d’augmenter la production et de réduire l’usage des insecticides. Un effort est fait aussi pour améliorer la valeur nutritive des fruits et
légumes en les enrichissant en anti-oxidants et en acides aminés essentiels.
Le Bacillus thuringiensis var. israelensis (BTI) produit une toxine très sélective qui ne tue que les larves de moustiques. Cet insecticide naturel et biodégradable est utilisé pour combattre les moustiques vecteurs de la malaria.
D’autres méthodes de lutte biologique qui incluent des bactéries et des champignons ont été développés avec succès en Israël pour lutter contre des maladies
des plantes. Toutefois, Israël est le plus grand producteur mondial d’engrais
génériques permettant à de nombreux pays en voie de développement d’augmenter leur production agricole.
Les produits du lait, du poulet et de la pisciculture ressemblent plus en Israël
à des produits de High Tech qu’à de l’agriculture traditionnelle. Ces produits
(animaux, contrôle informatisé de l’environnement et de la production,
programmes d’alimentation) sont exportés dans les pays en voie de développement et assurent la fourniture en lait de nombreuses capitales.
Enfin, dans un esprit œcuménique, les émulsifiants nécessaires à la préparation de la nourriture cacher développés en Israël ont permis au monde musulman de découvrir de nombreuses spécialises culinaires auparavant interdites à
cause de la présence dans ces aliments de gélatine et autres produits d’origine
animale.
Nous ne pouvons pas conclure ce rapide tour d’horizon sans évoquer le
problème de la fuite des cerveaux. À ce sujet, Israël a une attitude très spécifique liée à deux facteurs :
- nous formons trop de gens qualifiés qui dépassent souvent les besoins du
pays ;
- une tradition d’échange et de dialogue entre Israël et la diaspora.
On peut penser pour ces deux raisons que la société israélienne, en fait,
bénéficie à long terme de ces échanges, même s’ils sont parfois unilatéraux.