Outre-Terre
érès

I.S.B.N.2-7492-0374-0
320 pages

p. 311 à 324
doi: 10.3917/oute.009.0311

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Israël, centre du monde

no 9 2004/4

La relation américano-israélienne est née au moment précis de la Déclaration d’indépendance. Le président Truman, profondément touché par la Shoah et galvanisé à l’idée de reprendre le rôle de Cyrus (le roi perse qui avait permis le retour des exilés dans l’épopée juive de rédemption), prit le parti, contre ses plus proches conseillers qui y étaient fermement opposés, de reconnaître le nouvel État. Y avait-il derrière cette décision des raisons moins élevées ? Le président, aux abois, avait-il besoin des suffrages juifs de New York (qui lui permirent en effet de se rétablir devant Dewey en novembre 1948)? Il n’y a pas de décision, en politique, qui soit complètement libre de toute arrière-pensée, mais ce ne fut jamais l’unique raison ou même la raison majeure de l’engagement durable des Américains en faveur d’Israël [1]. Dans le choix de Truman venaient se combiner avec force les trois fondements de la relation future : une dimension morale qui va de la Bible aux tragédies modernes et s’incarne jusque dans l’esprit à l’évidence pionnier du mouvement sioniste ; un astucieux calcul politique qui se traduit dans un réseau d’amis juifs comme son vieux partenaire Eddie Jacobson à la mercerie d’Independence [2]; enfin l’idée toute personnelle qu’un apport israélien à la sécurité nationale des États-Unis compenserait avec le temps les coûts en termes de stratégie. L’histoire lui donna raison. Israël que certains, à l’Ouest, décrivaient comme « une passoire pour agents soviétiques » – l’antisémitisme ici travesti en anticommunisme –, allait devenir un allié utile et important durant la guerre froide, soit la Troisième Guerre mondiale. Et il l’est redevenu aujourd’hui à l’occasion de la Quatrième, celle contre l’islam perverti en totalitarisme. Quoi qu’il en soit : la relation entre les États-Unis et Israël a toujours été « spéciale » et continuera justement de l’être parce que nul simplisme ne saurait la réduire au do ut des des intérêts ou d’une quelconque et unique raison.
C’est donc l’interaction entre ces trois facteurs : coopération stratégique, affinités morales et pouvoir des Juifs, qui a conféré son efficacité et sa résistance à la relation inégale entre l’« hyperpuissance » et le petit État installé sur les rivages de la Méditerranée. Chacun de ces paramètres mérite une analyse particulière, mais c’est de leur combinaison qu’est née la nécessaire dynamique du processus.
 
Coopération stratégique : les États-Unis remplacent la France…
 
 
L’alliance israélienne, fût-elle informelle, et ses conséquences au plan stratégique relevaient encore de l’imagination à l’époque où Ben Gourion opta pour l’Ouest contre l’Est au moment de la crise de Corée en 1950 (provoquant ainsi la rage de Staline à l’encontre des Juifs soviétiques) ; elle est aujourd’hui une réalité vivante. Contrairement aux attentes de déclin avec la fin de la guerre froide [3], la relation s’est encore approfondie et a évolué dans le sens d’une coopération étroite, presque intime, sur toute une série de questions stratégiques comme la mise en commun du renseignement dans la lutte contre le terrorisme. Exemple parmi les plus intéressants de ces dernières années : le projet conjoint du Hetz (flèche), le premier système de défense par missiles balistiques efficace, qui sert les besoins militaires mais bénéficie également aux communautés technologiques hautement développées des deux pays.
Et puis : les États-Unis garantissent ouvertement à Israël un avantage qualitatif sur ses ennemis et lui fournissent une assistance étendue. 1,2 milliard de dollars d’Economic Support Fund (ESF), pendant des années, en plus de 1,8 milliard de Foreign Military Financing (FMF) annuels. Au milieu des années 1990, on se mit d’accord sur l’idée qu’un pays dont le PNB par habitant approchait le niveau de ceux de l’OCDE n’avait pas besoin d’aide économique (les États-Unis souscrivirent en revanche à un paquet de deux emprunts israéliens de 10 milliards en 1992 et 9 milliards en 2003). Les ESF furent amputés de 120 millions par an, alors que les FMF étaient par contre grossis de 60 millions. L’année fiscale 2007, aux États-Unis, ne comportera plus d’ESF et les FMF se seront stabilisés à 2,4 milliards par an (soit plus qu’aucun autre bénéficiaire au monde).
Tout aussi important en termes de représentations stratégiques (garantie pour les Israéliens, dissuasion côté arabe), la conscience de ce que les États-Unis sont toujours prêts à réapprovisionner les stocks d’Israël à la fin d’une guerre, une garantie dont les forces arabes, à ce stade de leur histoire, ne jouissent pas.
Paradoxe historique : c’est, plutôt que les États-Unis, la France qui était perçue, il y a deux générations, par les Israéliens et souvent à juste titre comme l’allié « spécial » ; au point de conférer au « pont par-dessus la Méditerranée » une coloration marquée. Et puis il y eut le moment de vérité : quand de Gaulle eut décidé le retrait d’Algérie; Israël et la France ne partageaient plus le combat contre le panarabisme nassérien. C’en était fait de la communauté d’intérêts et de la relation spéciale, elle-même remplacée par de vilains échanges de propos et un sentiment durable de trahison.
L’aspect stratégique, dans la relation américaine, doit être appréhendé comme l’un des trois angles, qui a sa pertinence à lui, d’un triangle dynamique. Beaucoup a été fait, au fil des années, pour consolider et renforcer cet angle spécifique qui a par ailleurs des effets sur les deux autres : il rehausse la stature morale d’Israël et les Juifs s’en trouvent plaider avec plus d’aisance et de légitimité la cause d’Israël à Washington.
 
Registres-clef de la contribution israélienne
 
 
Avril 1956 : c’est par le canal des Israéliens que les Américains obtiennent la première version authentique du fameux rapport Khrouchtchev dénonçant les crimes de Staline au XXe Congrès du Parti communiste de l’Union soviétique. Un « cadeau » qui grandit James Jesus Angleton, le chef du contre-espionnage de la CIA à qui il était revenu de manipuler le document israélien [4]. Impossible de relater complètement les étapes de la coopération américano-israélienne qui commence durant les premières années de la guerre froide, lorsqu’Israël faisait sortir nombre de gens du bloc de l’Est avec des histoires à raconter et se prolonge jusque dans l’actualité maintenant qu’il s’agit des missions jumelles et étroitement imbriquées : surveiller le terrorisme et à la fois prévenir la prolifération des armes stratégiques. Ce qui est sûr, par contre, c’est que cette coopération a toujours constitué un pilier majeur de la relation spéciale entre les deux partenaires. Et il s’agit, chose en soi curieuse, d’une coopération très franche – rien d’obscur ou d’opaque là-dedans – dans la mesure où les deux communautés de renseignement sont animées par le même ethos.
L’étiage, dans les relations américano-israéliennes, coïncide avec la réaction extrêmement irritée de l’Administration Eisenhower – à la veille d’être reconduite – à la « collusion » entre Français, Britanniques et Israéliens dans le Sinaï en octobre 1956 : la réputation de l’Ouest dans le Tiers-Monde émergent s’en trouvait menacée ; cette action ayant également pour effet d’éclipser ce crime contre l’humanité que fut la répression brutale de la révolte hongroise (d’abord encouragée, puis déplorablement abandonnée côté américain) par les Soviets. Cette même Administration allait être cependant peu après la première à approuver la fourniture d’armements en grande quantité par les Américains à Israël par le biais indirect, il est vrai, de pays comme le Canada et la RFA. Pour réaliser quelle erreur elle avait commise en permettant à Nasser d’assumer une image mythique de leader radical. D’où une réévaluation, encore accentuée et valorisée quand Kennedy accéda au pouvoir, du rôle d’Israël. C’est d’ailleurs JFK qui devait utiliser le premier l’expression de « relation spéciale » en 1962 lors d’une rencontre avec Golda Meir, alors ministre des Affaires étrangères de Ben Gourion [5].
1967 : Israël liquide rapidement les deux armées égyptienne et syrienne, clientes de l’URSS, tout comme celle des Jordaniens appuyés par les États-Unis, et confirme de la sorte tant à l’Administration Johnson embourbée dans le pénible conflit du Viêt-nam qu’à l’établissement militaire américain qu’il peut être un atout et que point ne sera besoin, de toute façon, d’engagement militaire US pour l’assister. Même l’épisode désagréable et purement fortuit (à ce que démontrent toutes les éudes sérieuses) du « Liberty », le navire-espion de la National Security Agency (NSA ) attaqué par les forces israéliennes durant la guerre des Six Jours ne vint pas troubler la coopération qui se structurait alors et le réapprovisionnement massif en armements des capacités d’Israël (dans le sillage de l’embargo par la France [6]). La « guerre d’usure » allait ensuite faire rage et les armements fournis par les États-Unis battre ceux que fournissait l’URSS à l’Égypte et à la Syrie. Des leçons sur le terrain des mesures et des contre-mesures technologiques, en particulier celle du fameux « été de l’électronique » de 1969, qui allaient être d’un grand intérêt pour l’Ouest (un des pics, l’enlèvement audacieux d’un système complet de radar soviétique P-12 en Égypte pour le soumettre à analyse).
1970 : peut-être le sommet de la coordination américano-israélienne pendant la guerre froide quand le gouvernement Meir sauva le trône de Hussein et la Jordanie hachémite par le canal de l’ambassadeur à Washington de l’époque, Yitzhak Rabin (admirateur non dissimulé de Nixon et de Kissinger pour avoir su redynamiser la puissance américaine), en jouant la dissuasion auprès des Syriens forcés au retrait de leurs forces. Effet collatéral de l’étroite cooopération entre Meir et Nixon : c’est environ à cette époque que les États-Unis renoncèrent à faire signer le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires à Israël [7].
C’est la victoire des Israéliens en 1973, une guerre en général considérée par la plupart d’entre ces derniers comme une terrible tragédie, qui permit à Kissinger de jouer les intermédiaires et de réussir à détacher complètement l’Égypte de Sadate du camp soviétique (qui lui convenait déjà bien mal). Avec pour couronner ce succès déterminant, l’un des plus importants de la guerre froide, la visite de Sadate à Jérusalem en 1977 parce que celui-ci partageait, paradoxalement, les appréhensions alarmistes de Menahem Begin quant à la mollesse tactique de Jimmy Carter à l’égard des Soviets ! Des Israéliens préoccupés ont beau souvent tenir les efforts de paix en tant que tels, de Kissinger à Carter, à Reagan en 1983, à Bush en 1991, au Clinton d’après Oslo et à la « feuille de route », pour des pressions destinées à plutôt servir la politique US qu’à répondre aux besoins d’Israël, peu importe, ces efforts ont presque toujours démontré leur intérêt sratégique tant pour Israël que pour les États-Unis.
1984 : l’Administration Reagan arrive à une conclusion très semblable à celle d’Eisenhower en 1958. Les pressions exercées sur Israël et autres erreurs commises au Liban ont permis la victoire d’organisations terroristes soutenues par la Syrie. D’où une consolidation importante des liens avec Israël – de la coopération stratégique à l’aire de libre-échange – et leur stabilisation au niveau que ceux-ci connaissent actuellement.
Ajoutons que les réalisations de l’industrie israélienne de défense, fondées sur une politique volontariste, ont conduit à une situation dont même Ben Gourion, le grand visionnaire, n’aurait pas rêvé : des débats au Congrès, comme en juin 2004, sur la question d’utiliser des munitions israéliennes pour les opérations en Irak. Un flux de technologie militaire désormais dans les deux sens [8].
 
L’affinité de valeurs : de la Bible au 11 septembre
 
 
Les aspects stratégiques de la coopération américano-israélienne, pour étendus qu’ils soient, ne suffisent pas à expliquer la puissance de la relation entre les deux pays. D’ailleurs, il y a des années que des stratèges, aux États-Unis, se demandent si l’attachement passionné » à Israël est bien sage [9]. C’est que pour apprécier convenablement le caractère durable de cette relation, il faut aller audelà du do ut des machiavélique (qui n’est d’ailleurs pas naturel à Washington, en dépit de l’ère Nixon… ) et accéder au royaume des valeurs. Les Américains sont après tout un peuple hautement religieux ; ils tendent, dans l’un et l’autre camp politique, à percevoir leur action dans le monde et l’utilisation des immenses ressources que Dieu a placées à leur disposition plutôt comme une mission qu’en tant qu’exercice de la raison d’État.
Le second angle de la relation spéciale entre les deux pays, c’est que la « légende » israélienne interpelle des facteurs essentiels de l’identité américaine, même si la résonance varie, ici, en fonction des couches sociales [10].
Le grand récit de l’incarnation par Israël de la rédemption juive a ses racines dans un texte biblique qui n’a cessé de marquer la vie quotidienne de millions d’Américains et a encore gagné, de ce point de vue, en signification dans le passé récent. Les Pèlerins de 1620 et les pères fondateurs de 1776 étaient hommes de foi pour lesquels la séparation de l’Église et de l’État était censée protéger la religion, pas la détruire. Comme chez les mormons et les évangélistes d’aujourd’hui, l’histoire du retour à Sion, à la Terre promise, faisait écho à leur propre aventure ; et c’est toujours valable, parmi les électeurs comme les décideurs, les jeunes et les vieux (même les auteurs de « Matrix » ont appelé leur refuge « Sion », ce qui valu à la série d’être interdite dans nombre de pays arabes…
Qui plus est : l’« idée » sioniste de réunir tous les Juifs de la planète, de Long Island à la montagne du Gondar en Éthiopie, voilà qui parle à une société américaine attentive à ses origines multiples. Donc, quand l’American Jewish Committee décida, à la suite du 11 septembre, de sortir un « Reader » général pour Thanksgiving, il choisit de mettre l’accent sur le « voyage » accompli par tout Américain – pèlerins, immigrants, esclaves, autochtones exilés – afin de se rendre où ils sont maintenant. Une histoire d’enracinement sur un territoire nouveau commune aux Américains et aux Israéliens, une histoire qui se reflète étroitement dans les processus sociaux et culturels caractérisant les deux peuples.
Vient ensuite la conscience toujours plus vive de la Shoah. Cela ne se limite plus aux témoins immédiats, comme le sénateur Daniel Inouye d’Hawaii qui s’est distingué sur le front européen pendant la Seconde Guerre mondiale ; il s’agit maintenant d’un phénomène général, qui traverse les générations et que traduit le chiffre de quelque 20 millions de visiteurs tout au long des premières dix années depuis l’ouverture des portes de l’US Holocaust Museum à Washington ; un sentiment qu’ont encore renforcé des films comme La liste de Schindler ou Le pianiste et bien d’autres, une importante littérature, et qui est implanté dans de larges secteurs de la société américaine. Un exemple poignant, le discours de Ted Olson, jusqu’en 2004 avocat général, dont la femme faisait partie des victimes de l’avion écrasé par les terroristes contre le Pentagone le 11 septembre : « Il est probablement vrai que beaucoup de gens, au Proche-Orient, haïssent ce pays parce que nous soutenons Israël. Mais quelle tragédie et quelle aberration de nous mépriser en raison du réconfort et de l’appui que nous apportons à un peuple si longtemps et encore si récemment victime de persécutions indescriptibles [11]. »
Pour finir par ce qui n’est pas le moins important : l’image encore plus perceptible de la nation qui rassemble dans le contexte de la modernité. Ici intervient la ligne politique de démarcation dans la société américaine du tournant du siècle – la nation « à 50/50 » telle qu’elle s’est manifestée à l’élection présidentielle de 2000. Une partie des Américains perçoivent Israël comme une démocratie pluraliste et pacifiée (les valeurs de progrès étant au demeurant chères à une majorité des Juifs américains). Pour d’autres, la communauté de valeurs réside dans une représentation du petit pays fort et déterminé, prêt à la confrontation avec les « mauvais gars », plutôt que d’appeler les jeunes Américains à lui offrir leur vie (une image qui parle à beaucoup en « Amérique profonde »). Constante préoccupation des leaders israéliens, précisément : maintenir un équilibre subtil entre les deux positions et fabriquer à travers les médias des images susceptibles de conserver la sympathie des deux camps ; d’où le refrain de tous les Premiers ministres israéliens : on ne peut mettre tous les slogans de campagne en œuvre parce que « les choses vues d’ici ne sont pas les choses vues d’ailleurs » (titre d’une chanson d’amour bien connue dans le pays). À l’apogée de son pouvoir, un Premier ministre israélien a physiquement vue de ses fenêtres sur Jérusalem ; mais il voit intérieurement le Capitole et la Maison-Blanche et pense aux méandres de l’opinion américaine [12].
 
Pouvoir juif : un pan légitime de la vie politique aux États-Unis
 
 
Lévi Eshkol, fameux pour son humour corrosif et son sens de l’autodérision, répondit, alors qu’on lui parlait d’un ouragan dans le Néguev : « si vous me parliez d’un ouragan dans le Kansas, je serais réellement ennuyé ». Pour les Israéliens et les Juifs américains, la relation spéciale est devenue – tout comme la pluie dans le Kansas – une question existentielle ; rien d’étonnant à ce que le troisième angle de notre triangle, celui qui fait le plus souvent l’objet de méprises et de calomnies, touche à l’influence et au pouvoir (même si le terme met les Juifs mal à l’aise) de la communauté juive américaine [13]. Rien d’obscur ou d’opaque là-dedans : le rôle actif des Juifs américains apparaît ouvertement dans le paysage politique US. Bien que l’efficacité de leur action puisse sidérer ceux qui ne comprennent pas l’interaction des trois paramètres dans la relation spéciale entre les États-Unis et Israël.
Ce n’est à l’évidence pas une question de chiffres puisque les Juifs, autrefois plus de 4% de la population américaine, comptent désormais pour moins de 2%. Une fraction par contre de la population extrêmement professionnelle et évoluée, intensément impliquée sur tout un ensemble de sujets, parmi lesquels la survie d’Israël est une priorité des priorités (à côté d’une très grande sensibilité de la plupart des Juifs américains aux questions de type « Église/État » et un engagement ferme en matière de justice sociale). Ce sont toute une série d’organisations bénévoles : l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC ), soit le lobby pro-israélien à Washington ; l’American Jewish Committee ; l’American Jewish Congress ; l’Anti-Defamation League ; Wiesenthal Center et Museum of Tolerance; les groupes juifs pour les droits de la femme et de syndicalistes ; un nombre inépuisable d’organisations locales. Tous à concourir sous les feux de la rampe dans la promotion internationale des affaires intéressant les Juifs.
Une action qui n’a pas toujours été aussi facile qu’aujourd’hui. Les Juifs américains ne devaient pas réussir le test extrême d’influence : sauver leurs frères d’Europe. Leur plaidoyer des premières années 1920 échouèrent chaque fois sur la barrière des quotas d’immigration ; de même plus tard au cours des années 1930 et pendant la Shoah, ce qui a laissé une terrible cicatrice dans leur mémoire collective [14]. Pour qu’il devînt possible de renverser les tendances, d’affronter le « nativisme » et l’antisémitisme, il fallait que changeât la société dans son ensemble, de façon à ce que la « naturalisation », autrefois honteuse, des Américains d’origine irlandaise, grecque, italienne ou juive (en termes modernes également afro-américaine) soit désormais un symbole honorable, affirmant les valeurs de la diversité. Tout comme les Irlandais et les Polonais ou autres avec leurs « drames spécifiques » (Matthew Frye Jacobson), les Juifs se sentent maintenant le droit de rappeler à leur pays qui ils sont et d’où ils viennent [15].
Sans que l’on puisse pour autant percevoir la communauté juive comme automatiquement « suiviste » à l’égard d’Israël. Pendant les périodes de stabilité relative au Moyen-Orient ou de recul du danger existentiel et dès lors que les actions d’Israël (y compris les implantations) semblaient marquées par l’excès et l’imprudence, un nombre significatif de Juifs américains n’ont pas hésité à adopter des positions critiques. Ils ont été nombreux à ne pas aimer les images de violence au Liban en 1982 ou pendant l’« Intifada » de 1987-1990. L’influence croissante des mouvements ultra-orthodoxes qui abhorrent les judaïsmes réformé et conservateur auxquels appartiennent plus de 80% d’entre eux aux États-Unis, au moins de ceux qui appartiennent à une synagogue, les a inquiétés. Ils se sentent d’ailleurs libres de se concentrer, chez eux, sur un calendrier d’activités (largement libérales [16]). Mieux : quand il s’est trouvé qu’Israël se lance dans des actions manifestement contraires aux deux autres « angles » du triangle de la relation spéciale, essayant par exemple de vendre du matériel sensible à l’étranger, comme des Phalcons d’alerte avancée à la Chine populaire, donc un ennemi potentiel selon le Pentagone, l’AIPAC ou un quelconque groupe, rien n’a pu lui éviter la colère des Américains.
Tout cela changeant rapidement, néanmoins, avec n’importe quelle spirale de violence. La conférence sur le racisme organisée par l’ONU à Durban (particulièrement la réunion ici des ONG ), les attaques contre Israël dégénérant en forum d’antisémitisme ouvert et virulent ; le 11 septembre qui allait suivre peu après ; puis la campagne d’assassinats des Palestiniens avec son point d’orgue à Netaniya avec le « massacre de Pâques » le 29 mars 2002. Autant d’événements qui ont réactivé un sens profond de la menace (voire des angoisses exagérées de survie en Israël ou même aux États-Unis). Les nerfs restent à nu dès lors qu’un nombre croissant de Juifs sont attaqués en Europe et que le droit d’Israël à l’existence est odieusement et publiquement remis en cause, comme c’est le cas dans certains milieux universitaires, y compris aux États-Unis. Il y a, alors, une mobilisation des Juifs plus évidente, rappelant par son impétuosité les actions et le sentiment d’identification de 1967 : la manifestation massive dans le centre commercial de Washington, en avril 2002, a réuni très vite quelque 250000 participants.
Bilan vigoureux et lapidaire de David Harris, directeur exécutif de l’American Jewish Committee et une des figures de proue dans le paysage complexe des institutions juives d’Amérique, devant un public israélien, en décembre 2001 : « Les Juifs du monde entier ont besoin et dépendent les uns des autres; et jamais autant que durant les temps de trouble que nous vivons. La communauté américaine reste un facteur indispensable dans l’équation américano-israélienne [17]. »
La voie royale du militantisme pro-israélien, c’est au fil des années l’action constante de l’AIPAC et des organisations principales de « défense » juive, tant au plan des circonscriptions qu’à celui des relations au Congrès [18]. Ce n’est pas seulement affaire d’impact immédiat sur les budgets et l’assistance, la vente d’armes à Israël (et en sens inverse) qui ont fait du Congrès le levier majeur de la relation spéciale ; mais surtout l’engagement extraordinairement intense et profond des parlementaires. Deux votes récents donnent une idée du poids réciproque des pro-israéliens et des pro-arabes. D’abord le Syria Accountability Act de décembre 2003 qui engageait le président à opter parmi une courte liste de sanctions soumise par le Congrès : 398 voix contre 4 à la Chambre des représentants; 85 à 4 au Sénat. Une résolution informelle de soutien aux positions du président Bush dans sa lettre au Premier ministre Sharon, en juin 2004, allait passer avec 407 contre 9 voix à la Chambre et 95 à 3 au Sénat [19]. Tout cela résulte bien sûr d’un travail en profondeur de la part des amis d’Israël (qui ne sont pas tous juifs), l’écart massif de 100 ou bien 50 à 1 traduisant en plus systématique l’opinion générale des Américains : grossièrement et uniformément 4 à 5 contre 1.
 
Et maintenant ?
 
 
La relation spéciale, d’une certaine manière, s’est stabilisée au niveau des années Reagan et son cadre institutionnel n’a pas beaucoup évolué en vingt ans malgré certaines modifications ultérieures, en particulier sous Clinton. C’est le contenu qui a changé. Au point de faire émerger des questions d’importance.
Non pas que l’on pourrait prédire l’avenir, mais trois constats semblent s’imposer :
  • les acteurs caractérisent le niveau de coopération entre les deux pays comme sans précédent et dégageant des bénéfices significatifs pour les deux parties. Les professionnels ne ressentent certainement plus cette coopération comme imposée, une impression qui avait été leur quand Reagan l’offrit au Premier ministre Begin et à son successeur Yitzhak Shamir ;
  • de même, les affinités morales reposent sur des bases solides. Certes, il y a des positions, aux États-Unis, qui rappellent l’Europe. La communauté professionnelle des « arabisants », par exemple : on y perçoit la connexion américanoisraélienne comme un obstacle persistant à ce que soient établies de meilleures relations avec le monde arabe (et à l’amélioration, vécue comme une mission, de ce monde au plan moral [20]). Ou encore les universitaires radicaux, certains milieux d’extrême gauche, des éléments de la population musulmane en croissance démographique (les islamistes contrôlent souvent les institutions et la médiatisation, alors que l’opinion générale serait plutôt pacifique). Enfin la droite extrême de Pat Buchanan et des siens, qui s’en prend souvent à Israël pour avoir « entraîné » les États-Unis dans la guerre en Irak, pour gaspiller les ressources de l’Amérique et pour s’être « emparé » des médias et autres accusations qu’on lance ailleurs contre les Juifs. Le poids de ces groupes restant négligeable ; c’est l’opinion d’être « dans le même bateau », si tant est que la question de l’impact du 11 septembre sur les relations avec Israël se pose, qui prévaut;
  • les institutions juives fonctionnent bien, même s’il faut faire la part de l’avenir démographique, compte tenu des tendances actuelles. On sollicite leur opinion sur toute une série de sujets et elle progressent dans la mission délicate consistant à approcher des couches de la population (comme les Hispano-Américains, montant en puissance) qui sont en train de trouver leur place dans le tissu multiculturel de la société moderne. Qui plus est : le moindre déplacement de voix juives des démocrates (position traditionnelle) aux républicains dans des États-clef comme New York ou la Californie – enracinement des premiers – pourrait avoir un impact crucial sur les élections présidentielles et législatives ; ceci valant dans une moindre mesure pour la Floride, l’Ohio et la Pennsylvanie qui sont devenus des arènes hautement compétitives
La vraie question, ici, est de savoir de quelle utilité cet instrument unique peut être pour Israël, l’Amérique et les amis d’Israël ? Après tout, la relation spéciale n’est pas nécessairement « mauvaise » pour les Arabes ou un affront à la dignité de ceux-ci comme le pensent nombre d’entre eux (certains le clamant à tous les Occidentaux dont ils peuvent retenir l’attention). Il y a des années, l’un des leaders les plus courageux du monde arabe, Anouar al-Sadate, en était arrivé aux conclusions opposées : après des années de conflit où les Arabes voulaient ouvertement liquider l’État juif, c’est justement la sécurité fournie par les Américains qui permet aux Israéliens d’avancer et de proposer des compromis même dangereux; ce qui était vrai en 1977 lors du voyage de Sadate à Jérusalem, le reste aujourd’hui.
L’impact de la relation spéciale s’observe à deux égards dans les réalités du Moyen-Orient :
  • Arafat a pu ressentir l’échange de lettres entre Bush et Sharon, en avril 2004, comme une atteinte amère à sa stratégie. Pourtant, les observateurs ont laissé de côté deux éléments dans l’argumentation qui s’ensuivait : d’abord, cette correspondance engageait formellement et de façon absolument nouvelle Israël à faire sienne la théorie des deux États promue par Bush ; pour ce qui est, par contre, des corrections territoriales, la déclaration américaine ne faisait que confirmer explicitement des positions US implicites dès lors que l’Administration Johnson avait interprété la résolution 242 du Conseil de sécurité en novembre 1967 dans le sens d’un retrait « de » territoires et non « des » territoires occupés pendant la guerre des Six Jours [21]. Plus tôt les Palestiniens (et les Syriens) viendront négocier en renonçant à sacraliser les lignes de démarcation de 1949 (la Syrie incluant avec son audacieuse revendication du retour à celles de 1967 des espaces, comme l’enclave d’al-Hama, incorporés à partir de 1948 par la force), plus vite on aura des chances de parvenir à un compromis opérant. C’est pour le moment la connexion américaine qui permet à Israël des risques comme celui de se désengager à Gaza, anticipant du même coup sur une période prolongée de « management » de crise;
  • autre pilier en attendant une percée plus large dans la région : les efforts entrepris conjointement par le G-8, les États-Unis (directement), l’OTAN à la suite du sommet d’Istanbul et l’UE. On s’est engagé à promouvoir progressivement, mais efficacement, de façon à produire un saut qualitatif, l’éducation, les droits de la femme, la gouvernance, l’économie de marché dans la région, soit autant de domaines identifiés par l’Arab Human Development Report de l’ONU comme déficitaires. Israël, que les radicaux du monde arabe en soient ou non d’accord, doit s’associer à ces efforts. La région n’est après tout pas exclusivement
  • arabe ». Il y a place, dans le Grand Moyen-Orient, pour les Arabes, mais aussi pour les Turcs, les Perses, les Kurdes et les Juifs, chacun dans son État souverain. Et l’enjeu pour les Juifs d’une Amérique qui continuera à porter la majeure partie du fardeau (en coopération croissante avec l’Europe) de ce « projet », c’est d’avoir une influence énergique et constructive dans l’ère à venir.
Traduit de l’anglais par Jean Maisonneuve
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NOTES
 
[1] Cf. Abraham Ben-Zvi, The United States and Israel : the Limits of the Special relationship, New York, Columbia University Press, 1993, pour l’importante introduction méthodologique, p. 1-28, soit un essai de définition de la relation américano-israélienne par divers biais : l’équilibre des intérêts, des « représentations largement partagées ».
[2] Cf. Yossi Melman & Dan Raviv, Friends in Deed : Inside the US-Israeli Alliance, Jérusalem, Keter Press, 1994 (en hébreu) pour les portraits et malgré des erreurs évidentes, dues au caractère passablement sensationnaliste et journalistique de l’ouvrage.
[3] Cf. par exemple Edward Luttwak, « Strategic aspects of US-Israeli relations », in Gabriel Sheffer (ed.), US-Israeli Relations at the Crossroads, Londres, Cass, 1977, p. 184-197.
[4] Cf. Melman & Raviv, op. cit., ch. 4, furent les premiers à identifier la source, un journaliste polonais d’origine juive passé au sionisme après avoir été beaucoup impressionné par les réalisations d’Israël.
[5] Cf. Ben-Zvi, The Us and Israel, op. cit., p. 49-76 ; son autre ouvrage Decade of Transition : Eisenhower, Kennedy and the Origins of the American-Israeli Alliance, New York, Columbia University Press, 1998 qui fait remonter la coopération stratégique telle que nous la connaissons maintenant au deuxième mandat d’Eisenhower.
[6] Le meilleur ouvrage sur la guerre de 1967 et ses répercussions est celui de Michael Oren, Six days of War : June 1967 and the Making of the Modern Middle East, Oxford University Press, 2002.
[7] Cf. globalement Steven L. Spiegel, The Other Arab-Israeli Conflict : Making America’s Middle East Policy, from Truman to Reagan, Chicago University Press, 1998 pour la relation de l’histoire et les perspectives des élites à la présidence, en particulier durant les crises de la guerre froide.
[8] Cf. Martin C. Feuerwerger, Congress and Israel : Foreign Aid decision-Making in the House of Representatives, Westport, Ct, Greenwood Press, 1979, pour le ferme soutien à l’assistance technologique en direction d’Israël au Congrès.
[9] Cf. George Ball & Douglas B. Ball, The Passionate Attachment : America’s Involvement with Israel, 1947 to the Present, New York, Norton, 1992.
[10] Cf. Steven J. Rosen & Yosef I. Abramowitz, How Americans Feel About Israel, Washington, AIPAC, 1984 pour une étude globale, bien que politiquement orientée, des courants d’opinion aux États-Unis.
[11] Wall Street Journal du 15 septembre 2002 qui cite le discours d’Olson à la Federalist Society le 16 novembre 2001.
[12] Cf. l’utile ouvrage (en hébreu) d’Eitan Giboa, Artzot ha-Brit ve-Yisrael, Tashtit ha-Yeha-sim ha-meyuhadim, Tel-Aviv, Presses du ministère de la Défense, 1994, pour l’opinion américaine sur la durée.
[13] Cf. malgré certains partis pris et le style badin, J. J. Goldberg, Jewish Power : Inside the American Jewish Establishment, Reading, Massachusetts, Addison-Wesley, 1996.
[14] Cf. Arthur D. Morse, While Six Million Died : a Chronicle of American Apathy, New York, Hart, 1968 qui a douloureusement marqué nombre d’hommes politiques aujourd’hui aux commandes.
[15] Cf. Matthew Frye Jacobson, Special Sorrows : The Diasporic Imagination of Irish, Polish and Jewish Immigrants in the United States, Berkeley, University of California Press, 2002.
[16] Cf. Steven T. Rosenthal, Irreconciliable Differences ? The Waning of the American Jewish Love Affair with Israel, Hanover, Brandeis University Press, 2001.
[17] Cf. David Harris, In the Trenches : Selected Speeches and Writings of an American Jewish Activist, Vol. II : 2000-2001, Hoboken, New Jersey, Ktav, 2002, p. 196-205.
[18] Cf. quant aux nombreux modèles de participation juive à la politique, Rafael Medoff, Jewish Americans and Political Participation : AReference Handbook, Santa Barbara, Californie, ABC, 2002.
[19] Cf. Pour la seconde, H. Con. Res. 460, wwww. Documents/Us-israel, 8 juillet 2004.
[20] Cf. Robert D. Kaplan, The Arabists : The Romance of an American Elite, New York, Free Press, 1995.
[21] Cf. Eugene Rostow, « The intent of UN resolution 242-the view of non-regional actors », in UN Security Council Resolution 242 : The Building Block of Peacemaking, Washington, Washington Institute Monograph – proceedings from the Harris Symposium, 1993, p. 5-20.
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[1]
Cf. Abraham Ben-Zvi, The United States and Israel : the Lim...
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[2]
Cf. Yossi Melman & Dan Raviv, Friends in Deed : Inside the ...
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[3]
Cf. par exemple Edward Luttwak, « Strategic aspects of US-I...
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[4]
Cf. Melman & Raviv, op. cit., ch. 4, furent les premiers à ...
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[5]
Cf. Ben-Zvi, The Us and Israel, op. cit., p. 49-76 ; son au...
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[6]
Le meilleur ouvrage sur la guerre de 1967 et ses répercussi...
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[7]
Cf. globalement Steven L. Spiegel, The Other Arab-Israeli C...
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[8]
Cf. Martin C. Feuerwerger, Congress and Israel : Foreign Ai...
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[9]
Cf. George Ball & Douglas B. Ball, The Passionate Attachmen...
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Cf. Steven J. Rosen & Yosef I. Abramowitz, How Americans Fe...
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Wall Street Journal du 15 septembre 2002 qui cite le discou...
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Cf. l’utile ouvrage (en hébreu) d’Eitan Giboa, Artzot ha-Br...
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Cf. malgré certains partis pris et le style badin, J. J. Go...
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Cf. Arthur D. Morse, While Six Million Died : a Chronicle o...
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Cf. Matthew Frye Jacobson, Special Sorrows : The Diasporic ...
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Cf. Steven T. Rosenthal, Irreconciliable Differences ? The ...
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[17]
Cf. David Harris, In the Trenches : Selected Speeches and W...
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Cf. quant aux nombreux modèles de participation juive à la ...
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[19]
Cf. Pour la seconde, H. Con. Res. 460, wwww. Documents/Us-i...
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Cf. Robert D. Kaplan, The Arabists : The Romance of an Amer...
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[21]
Cf. Eugene Rostow, « The intent of UN resolution 242-the vi...
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