2004
Outre - Terre
Israël au Proche-Orient
Anges déchus, anges glorieux : Israël, la Palestine et la Gauche
Bret Stephens
directeur du Jerusalem Post.
Dimanche 4 juillet 2004 : je suis en train de regarder une scène prise par des
photographes d’Associated Press au village de Kabitaya, à côté de Jénine. Un
Palestinien est piétiné en pleine rue par des gardes armés, puis abattu comme un
chien sur la place du village. Des exécutants à la solde d’Israël ? Non, ce sont
des membres de la Brigade des martyrs d’al-Aqsa, la branche armée du Fatah,
le mouvement politique de Yasser Arafat.
La victime est un homme de 45 ans, Mohammed Daraghmeh, accusé d’avoir
attenté à la pudeur de ses filles et collaboré avec Israël. Vrai ? Qui sait ? Y a-t-il eu procédure judiciaire et preuve du crime à son encontre ? Non. Juste une
foule qui scande « à mort ! à mort ! ». Et des hommes de main complaisants.
Avec le corps gisant dans une mare de sang sous les acclamations de la foule.
Plus surprenant : les bourreaux satisfaits d’eux-mêmes, pas du tout honteux, qui
invitent la presse étrangère à filmer la scène.
Il n’y a pas de chiffres précis, mais c’est comme ça dans toute la Cisjordanie et à Gaza où des centaines de soi-disant collaborateurs sont tués de la même
manière. Pas de doute : certains sont réellement des collaborateurs et espionnent
pour le compte d’Israël ; d’autres ne sont que des violeurs et des assassins.
Nombre d’entre eux sont tout simplement victimes d’un règlement de comptes :
voisin jaloux, amoureux éconduit, rival en affaires.
Ce qui vaut aussi bien pour les homosexuels palestiniens. À lire dans The
New Republic d’août 2002 l’histoire de Tayseer, homosexuel gazaïote de 21 ans.
Ce dernier est attiré dans une orangeraie près du camp de réfugiés où il habite.
Le jour suivant, on le convoque au poste de police palestinien où il apprend que
son partenaire de la veille est un informateur. Veut-il échapper à la prison ? Il lui
faudra devenir informateur lui aussi. Il refuse. Suite de l’histoire : Tayseer est
arrêté : « Il est pendu par les mains au plafond du poste ; un officier qu’il ne
connaît pas arrange sa relaxe et exige d’être payé en nature. Le jeune Gazaïote
s’enfuira à Tulkarem, en Cisjordanie, mais là aussi il se fait arrêter ultérieurement : on le force à se tenir jusqu’à la nuque dans de l’eau d’égout… puis à s’asseoir nu sur une bouteille de coca-cola ; policiers, gardiens et codétenus, durant
toute l’épreuve, raillent son homosexualité. »
Deux exemples parmi tant d’autres que viennent fonder des sources indépendantes et que j’expose pour deux raisons.
D’abord parce que Tayseer et Mohammed n’ont pas été victimes des Israéliens, mais d’autres Palestiniens ; ils ont subi leur sort non pas dans le contexte
de l’occupation israélienne, mais dans le cadre de la législation établie par l’OLP
dès son arrivée à Gaza et à Jéricho en 1994. Non que l’occupation par Israël soit
exempte de dérapages, de bavures et de violences. Je veux simplement dire
qu’Israël n’est pas la seule et unique cause des souffrances des Palestiniens.
Ensuite parce que l’abolition de la peine de mort et la défense des droits des
homosexuels sont deux grandes causes pour lesquelles se bat la gauche. La troisième restant bien sûr la « Palestine ». Mais comment ces trois causes peuvent-elles marcher ensemble ?
Voilà en effet la question. Je puis comprendre qu’un homme comme Michel
Barnier, le ministre des Affaires étrangères de la France, soit allé en juin à
Ramallah engager auprès de Yasser Arafat la solidarité des Français. Mieux vaut
dans son esprit faire cause commune avec le monde arabe qu’avec le petit Israël,
avec des Palestiniens qui ont pour eux, ce qui n’est pas le cas des Israéliens,
l’opinion publique; d’autant que l’intérêt national de la France est d’élargir son
pouvoir là où le pays compte, plutôt que de jouer au deuxième ami d’Israël sur
la planète.
Mais ce que j’ai du mal à comprendre, c’est l’attitude de la gauche.
Comment elle qui a placé la « Palestine » en tête de ses objectifs peut-elle vénérer un mouvement dans ses principes aussi diamétralement opposé aux valeurs
de progrès et de tolérance ? Comment peut-elle, à l’inverse, traiter avec une
haine aussi venimeuse le seul pays du Moyen-Orient qui s’efforce de vivre selon
ses propres valeurs fondamentales ? C’est en effet en Israël et non en Palestine
que la gay pride attire 70 000 participants. C’est Israël et non la Palestine qui a
aboli la peine de mort. C’est en Israël et non en Palestine que les femmes jouissent de leurs pleins droits en matière de politique, de procréation et de sexualité.
C’est en Israël, pas en Palestine, qu’un Procureur général a le pouvoir de faire
démissionner un Premier ministre. C’est en Israël, pas en Palestine, qu’un journaliste peut faire tomber un président.
Plusieurs réponses possibles qui entrent globalement dans deux catégories.
Premièrement : quelles que soient les vertus d’Israël et les vices de la Palestine,
les crimes commis par les Israéliens à l’encontre des Palestiniens seraient tels
qu’ils priment sur toute autre conflit international et emportent la sympathie de
la gauche en faveur des seconds. Deuxièmement : il y aurait quelque chose de
fondamentalement erroné dans les représentations morales et politiques de la
gauche. En d’autres termes : ou bien Israël a un problème, ou bien c’est la
gauche qui en a un. C’est Israël qui doit tomber sous le coup de la réprobation
morale ou c’est la gauche qui est moralement aveugle.
On ne s’étonnera pas que je souscrive à la seconde version des choses. Mais
rendons au préalable justice à la première. La question de savoir comment Israël
traite en général ses citoyens n’est pas nécessairement un critère pour la façon
dont nous traitons les Palestiniens. La France de 1957 était aussi une démocratie libérale, ce qui n’empêchait pas le général Aussaresses de kidnapper, de
torturer et d’exécuter des militants algériens avec l’approbation du ministre de
la Justice d’alors, François Mitterrand. Et avec signes inversés : la mauvaise
gouvernance de l’Autorité palestinienne ne rend pas forcément illégitime la
cause que celle-ci incarne ; de même que les actions du FLN ne rendaient pas
obligatoirement la cause de l’Algérie algérienne illégitime.
Et puis on pourrait argumenter en sens inverse : Israël est une démocratie et
doit de ce fait se soumettre à des normes plus élevées que ce qu’on exige en
Occident des Palestiniens. Comme le dit Giancarlo Chevellard, ambassadeur de
l’UE à Tel-Aviv : « Les Israéliens sont des nôtres [… ] nous attendons plus d’Israël que du Cambodge ou de la Colombie ». L’affaire, classique, du gentleman
et du vagabond : le mauvais comportement tenu pour acquis du second nous
semble absolument intolérable dans le cas du premier.
Pour finir : on peut poser qu’Israël, en position de supériorité, a la capacité,
contrairement aux Palestiniens, de faire des concessions politiques et territoriales ; que si les Israéliens n’ont pas semblable magnanimité, c’est par boulimie territoriale, par fanatisme religieux de la Terre promise et par acharnement
sanguinaire à poursuivre le conflit.
Passons maintenant aux cahiers des charges : occupation, implantations,
expropriations, usage indiscriminé de la force, exécutions sommaires, démolition de maisons, détentions arbitraires, tracasseries à l’encontre de civils,
restriction de la libre circulation, tortures, voire massacres. Une liste bien
connue. Je pourrais passer une longue nuit à élaborer une défense, à convoquer
ici une rationalité et à replacer les diverses accusations dans leur contexte – un
exercice interminable.
Mais ce ne sont pas ces accusations, prises séparément, qui constituent le
grief central de la gauche à l’encontre d’Israël, qui font d’Israël la nation entre
toutes odieuse dans ses représentations. La vraie raison est plutôt ailleurs : Israël
pourrait faire mieux en termes de morale, mais a délibérément préféré ne pas
aller dans ce sens. Il pouvait opter en faveur du retrait, en toute sécurité, aux
frontières de 1967, mais a choisi de ne pas le faire. Il pouvait se placer aux
normes les plus élevées du droit et de l’éthique, mais a choisi de ne pas le faire.
Il pouvait avoir la paix en échange de territoires restreints, mais a choisi d’emprunter une autre voie.
Voilà qui pourrait de fait justifier, si c’était vrai, un opprobre particulier. Car
le Mal, en termes de paradigme satanique, celui de l’ange déchu, est consubstantiel à la connaissance du Bien. Les Hutus du Rwanda et les milices arabes
du Sud-Soudan peuvent massacrer à leur guise des centaines de milliers de
personnes, n’est-ce pas une tradition chez les Africains et les Arabes ? C’est
certainement aussi horrible qu’un déluge, mais cela n’a absolument rien de
surprenant et pareils faits n’ont rien de particulièrement intéressant.
Avec signes inversés : ce qui fait de la Shoah un effroyable événement,
c’est qu’elle fut perpétrée par des Allemands; des gens qui pouvaient assassiner mais que pouvaient aussi bien profondément émouvoir une symphonie de
Brahms ou une fugue de Bach. Une « dépravation civilisée » qui rend Hannibal Lecter, le personnage de la trilogie de Thomas Harris, psychiatre distingué
et tueur cannibale en série, si obsessionnellement terrifiant et intéressant.
Dans les mots des directeurs de The Economist : « Les talents d’Israël sont au-dessus du commun, mais il lui faut en rabattre de sa boulimie sur le territoire
des autres. »
On trouve ici, me semble-t-il, l’explication profonde de la focalisation courroucée de la gauche sur Israël. Ce n’est pas de l’antisémitisme, même s’il y a
connotation antisémite : les juifs ont été les premiers à qui Jésus-Christ offrit
une nouvelle rédemption, mais ils le rejetèrent. L’antisémitisme, dans tous les
cas de figure, n’apparaît pas comme le sujet. L’affaire est la suivante : on ne
déteste pas Israël parce qu’il nierait à d’autres leur qualité d’État – les Cinghalais du Sri Lanka n’en font-ils pas autant aux Tamouls ? Ou parce qu’ils
construisent un mur, ce qui fut aussi bien le cas du Maroc au Sahara occidental
contre le Front Polisario. Ou encore parce qu’il mène une campagne brutale de
répression, alors que Poutine a fait bien pire à Grozny que Sharon à Jénine.
Israël est détesté parce qu’il pourrait faire mieux. Et c’est ce qui rend son échec
d’autant plus impardonnable.
Une théorie qui se défend comme toutes les autres théories : la culpabilité ou
l’innocence recquièrent une appréciation préalable de l’état mental et moral de
l’accusé. Celui-ci savait-il en commettant le crime qu’il en commettait un ? Si
la réponse est positive, comme on peut le supposer dans le cas israélien, alors le
crime est condamnable; si elle est négative, comme on peut le supposer dans le
cas palestinien, alors il y a possibilité de pardon.
Or, la justice rendue en Israël-Palestine n’est pas affaire, comme devant les
tribunaux ordinaires, d’intoxication ou de QI. Peut-on réellement affirmer qu’Israël se conduit nettement plus mal à l’égard des Palestiniens que d’autres démocraties occidentales en temps de guerre ? En outre : comment déterminer si le
manquement prétendu d’Israël à « faire mieux » relève de la mauvaise volonté
et de la mauvaise intention ou bien de la conjoncture et du péché véniel ?
Difficile, dans tous les cas de figure, de répondre à ces deux questions.
C’est une chose que d’évaluer les actions d’Israël à la lumière des traités
internationaux en vigueur. Les lourdes accusations qui pèsent sur Israël
devraient à l’inverse non pas tomber sous le coup de la norme, mais faire l’objet de comparaisons. Il faudrait examiner non pas dans quelle mesure Israël se
démarque de normes arbitraires, mais plutôt si les normes qui en régissent les
actions sont comparables à celles qui gouvernent celles de ses pairs en Occident.
En admettant que par exemple la France et les États-Unis ont mis en œuvre (par
le passé comme dans le présent) une politique d’assassinats ciblés contre des
ennemis de l’État, Israël doit être tenu à des normes analogues, même s’il y a
des gens pour continuer à exiger qu’il se soumette à des normes différentes à
l’égard des Palestiniens.
Israël aurait-il pu faire mieux sur le front de la paix ? C’est comme se
demander si l’Allemagne, aurait pu faire mieux sur le front économique au
moment où tous les observateurs et acteurs s’accordent quant aux mesures
qu’elle devrait adopter (principalement la réduction du coût élevé de la maind’œuvre). Pas si simple ; l’Allemagne est une démocratie avec des secteurs et
des intérêts en compétition, parmi lesquels des forces d’obstruction résolues, le
chancelier ne pouvant se contenter de donner des instructions et d’attendre que
celles-ci soient suivies d’effet.
Même chose pour Israël. Ses critiques intransigeants exigent-ils que le pays
satisfasse dans son comportement aux normes de la démocratie ? Ils doivent
alors admettre que le système démocratique donne souvent des résultats
médiocres et peu conformes à leur goût.
Autre problème de logique quand on impute aux Israéliens de nourrir délibérément des mauvaises intentions à l’égard des Palestiniens : pourquoi ne pas
avoir agi encore plus mal ?
Nos critiques prétendent que nous sommes la partie puissante et qu’il nous
appartient de ce fait de faire la majeure partie des concessions. Mais même si
l’on admet un instant avec eux que si nous manquons à ce devoir, c’est justement par boulimie territoriale et par fanatisme religieux, pourquoi n’avons-nous
pas été, alors, plus avant ? Si vous êtes capable d’un Sabra et Chatila, c’est que
vous pouvez en faire des dizaines. Difficile de faire coller l’image de Sharon
assassin avec les 2 500 morts, et non 25 000 ou 250 000, côté palestinien, dans
le présent conflit. Après les événements de Jénine, l’ONU a expédié sur le terrain
une commission d’enquête pour déterminer s’il y avait eu massacre. Ça n’était
pas nécessaire : si Israël avait eu l’intention de massacrer les Palestiniens, il
aurait envoyé des bombardiers, pas l’infanterie.
En d’autres termes : pour qu’on puisse vraisemblablement imputer à Israël
d’avoir opté contre le bien alors qu’il pouvait le faire, il faudrait que le pays ait
commis les crimes les plus atroces, dans le genre de l’Allemagne nazie. Le Mal
délibéré, démoniaque, ne s’exerce jamais à moitié.
Retour maintenant aux Palestiniens. Je me demandais au début de ces lignes
comment un mouvement à tant d’égards violent et rétrograde pouvait prétendre
à la sympathie de la gauche pacifiste et progressiste. Une partie de la réponse
serait que la gauche pacifiste et progressiste a justement un penchant secret pour
la violence et l’arriération; il n’est que de mentionner ici les Brigades rouges et
les Weatherman américains d’après la guerre du Viêt-nam. Une autre partie de
la réponse : les médias occidentaux tendent à grossir la violence des Israéliens
et à minoriser celle qu’excercent les Palestiniens ; en ressort une image généralement tronquée des événements. Mais là n’est pas la racine du problème.
Il apparaît plutôt que les Palestiniens ont en quelque sorte bénéficié d’un
effet de miroir avec corrélation inverse. Leur faiblesse renvoie dans une même
mesure à la force des Israéliens. On leur attribue une innocence proportionnée à
la culpabilité d’Israël. Leur soi-disant enfermement fait pendant symétrique à la
liberté supposée d’action de l’adversaire. Israël est-il perçu comme la seule et
unique incarnation du Mal, l’ange déchu ? Les Palestiniens incarnent dès lors le
Bien par excellence, le petit chien perdu.
Et ils remplissent du même coup une rôle concret chez leurs champions
occidentaux : celui de l’Autre fétichisé et du support de compassion. Le drame
des Palestiniens ayant également pour fonction de combler un vide moral et
événementiel dans la vie de leurs hérauts en Occident.
Mais de ce point de vue non plus les représentations de la gauche ne sont pas
sans problème. Veut-on réellement suggérer que les normes auxquelles il est fait
recours quand il s’agit de juger les Israéliens ne conviennent pas dans le cas des
Palestiniens ? Et si ces derniers ne sont pas entièrement « innocents » dans les
attentats-suicides, peuvent-ils être déclarés innocents au sens plus général d’un
peuple privé d’ordre du jour moral dans le cadre englobant toute réalité de l’occupation israélienne ?
Et puis : la représentation qu’ont les Palestiniens d’eux-mêmes coïncide-t-elle avec les emblèmes d’impuissance que fournit la gauche à leur propos ?
J’ai l’impression que non. La confiance en eux des Palestiniens quant à une
victoire ultime et totale sur Israël m’a frappé à plusieurs reprises. Par exemple
ce fonctionnaire d’ambassade qui déclarait carrément lors d’une conférence
privée à Londres l’année dernière : « Les frontières de 67 étaient votre dernier
espoir ! » Une conception parfaitement claire : quels que soient les avantages
d’Israël sur le court terme au plan militaire, les Palestiniens ont sur le long terme
celui de la démographie. Ce que possède Israël en termes de richesse, les Palestiniens l’ont en termes de volonté. Ce qui au passage confère leur signification
aux kamikazes : ils ne comptent pas par leur capacité à tuer les autres, mais par
celle à se tuer eux-mêmes. C’est en définitive le camp déterminé à faire les sacrifices les plus exorbitants qui triomphera.
Que la confiance en soi de mon interlocuteur palestinien ait été déplacée ou
pas importe peu. Ce sentiment était en tout cas inattendu dans le camp où la
« désespérance » passe pour le mobile dominant et majeur de l’action. Les
Palestiniens trouvant naturellement avantage à se poser en victimes d’Israël; un
statut qui permet, en cas de conflit, d’engranger un maximum de sympathie tout
en exerçant un minimum de responsabilités. Ce qui ne signifie pas en revanche
l’innocence du jeu que les Palestiniens sont en train de jouer.
Voilà d’ailleurs la contradiction ou le paradoxe qui définissent la politique
des Palestiniens. Pour emporter et s’assurer la sympathie internationale, il leur
faut convaincre dans le rôle de la victime, avec le kamikaze pour emblème de
la désespérance et du désespoir dans lequel les a plongés l’occupation israélienne. Mais pour triompher d’Israël, ils doivent dans un même temps persuader
son opinion publique d’une confiance suprême en soi et d’une volonté supérieure symbolisées par les kamikazes, contre lesquelles même la machine de
guerre israélienne ne prévaudra pas.
C’est l’affaire des Palestiniens que de résoudre leur contradiction à cet
égard. Qu’ils poursuivent sur la voie du terrorisme et des attentats-suicides pour
amener le public israélien à céder, ou bien qu’ils adoptent une politique de résistance non violente. La première stratégie semble les avoir menés, les faits en
témoignent, au bord de l’échec.
Mais ils ne peuvent (ou ne doivent pas être admis à) emprunter les deux
voies à la fois. Dans la mesure où ils ont avancé le mince prétexte d’un Arafat
ne sachant pas (qui ne savait pas) ce que fai(sai)t Abdelaziz Rantissi. Mais l’argumentation, impudente, tient d’autant moins que s’accumulent les témoignages d’une coordination initiale.
Le bilan des Palestiniens, c’est aussi à un certain point celui de leurs sympathisants les plus frénétiques en Occident. Il y a, comme je l’ai mentionné plus
haut, plusieurs catégories possibles parmi les promoteurs de l’État palestinien :
ceux qui courtisent à la Barnier le monde arabe, ceux qui pensent comme
Shimon Peres que c’est une manière de servir au mieux les intérêts d’Israël, ou
avec Sari Nusseibeh que cet État à venir satisfera les besoins de ses citoyens et
non de ses leaders.
Mais rien de tout cela ne rend fidèlement compte d’un José Bové ou d’une
Greta Duisenberg qui parlent de parfaits scélérats et de victimes sans reproche,
d’ingénieux assassins et de vertueux vengeurs, d’anges déchus et d’anges
glorieux. Des gens pour qui la Palestine ressortit à la destination religieuse et
non au politique ; un registre où les faits se plient dans un moule et où la réalité
le cède à la foi.
Cependant : les faits sont réels et la foi changeante. Et le fait est que les
Palestiniens, tout comme les Israéliens, sont des hommes et pas des anges. On
devrait les mesurer à cette aune, les juger à égalité et leur pardonner en conséquence.
Traduit de l’anglais par Abraham Goldberg