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| Outre-Terre 2005/4 (no 13) | 23 € |
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S'inscrire Alertes e-mail - Outre-Terre Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezL’Égypte en Égypte
AuteurTewfik Aclimandos du même auteur
chercheur au Centre d’études et de documentation économiques, juridiques et sociales (CEDEJ ), Le Caire.Le sujet, j’en conviens, est à risque. Surtout en l’absence d’une tradition ancienne de sondages d’opinion.
2 Je suis un Égyptien de quarante-six ans, catholique, issu d’un milieu très aisé sans être réellement fortuné. Né en 1959, j’ai de vagues souvenirs de la guerre de 1967 et d’autres, plus précis, de celle de 1973. La paix avec Israël a été vécue par ma génération comme un soulagement : nous échappions à une éventuelle guerre et à un service militaire prolongé (la génération née dix ans avant nous a passé plus de sept ans au front) ; soulagement mêlé de culpabilité.
3 On relève, sur la question palestinienne, au moins trois grands « courants » ou sensibilités. Les « sadatiens » prônent la démarche de l’ancien président et estiment que la négociation est le meilleur moyen d’affronter les conflits (voire, pour une minorité, de les résoudre), les développements de ces quinze dernières années confirmant la justesse des intuitions de leur champion. Les nationalistes, en général issus de la gauche et du nassérisme, partisans de la résistance palestinienne dans sa variante incarnée par l’OLP, forment un deuxième camp qui s’est divisé sur le processus d’Oslo, une tendance refusant d’être « plus royaliste que le roi », l’autre critiquant la démarche arafatiste au nom précisément du nationalisme ; l’Intifada a permis à ce camp de recouvrer son unité. Enfin, les islamistes.
4 On connaît l’une des rengaines des néoconservateurs américains : l’hostilité à Israël et l’attachement à la cause palestinienne seraient des « constructions » inventées par de méchants chefs d’État et autres manipulateurs d’opinion afin de « détourner » la légitime colère des peuples à l’endroit de leurs propres pratiques sur une sorte de double bouc émissaire, l’État hébreu et son protecteur américain. La libération de la Palestine serait un prétexte commode pour étouffer toute contestation et, a fortiori, toute revendication démocratique[1] [1] Le raisonnement pose de façon implicite que les démocraties...
suite.
5 Que le conflit arabo-israélien ou la cause palestinienne aient une utilité pour certains acteurs ou régimes ressortit à l’évidence. Le fait que ces derniers entretiennent et instrumentalisent les passions de leurs peuples ne saurait être contesté : les Arabes savent pertinemment que ces manipulations peuvent revêtir un caractère parfois ubuesque, ridicule ou tragique. Mais penser que, en Égypte, l’empathie avec les Palestiniens ou l’hostilité envers l’État d’Israël serait purement fonction des dictatures qui utilisent semblables sentiments relève du florilège d’âneries et du contresens[2] [2] Deux autres assertions sont tout aussi critiquables. D’abord,...
suite.
6 Premier constat indiscutable pour tout étranger visitant Le Caire : le conflit israélo-palestinien demeure une préoccupation massive, écrasante. Mais s’agit-il d’une irréductible hostilité envers Israël ou d’une irrépressible sympathie pour la cause palestinienne ? À partir de là, les choses se font plus complexes.
7 Il est évident que la population égyptienne est quasi-unanimement antiisraélienne. Ce consensus peut souvent s’aggraver d’une judéophobie délirante, phénomène qui a été bien étudié. Le conflit est le plus fréquemment analysé en tant que ‡ir æ‘ wuj …d, en tant que conflit existentiel qui ne se résorbera qu’avec l’éradication de la partie arabe ou de l’entité sioniste. Dans cette « conception », Israël revendique les terres promises du Nil à l’Euphrate, et ce sont toutes les populations habitant cet espace qui, à terme, sont menacées; credo qui prolifère dans les articles de presse, avec des variantes eschatologiques sur l’affrontement ultime et la fin des temps. Cette inimitié absolue est pourtant susceptible d’être corrigée par le respect des qualités dont font preuve les dirigeants israéliens : j’ai ainsi entendu un militaire couvert de décorations déclarer qu’une victoire sur Israël eût été profondément injuste compte tenu de la nullité égyptienne et que Dieu, qui est infiniment juste, ne pouvait l’accorder au pays ; de même, Hassan Abou Si da, héros de la guerre d’Octobre ( 1973), que je n’ose citer de mémoire, rappelait sur al-Jazira, dans une explication imprégnée d’humanisme, que les « juifs » étaient des combattants valeureux. Des hommes d’affaires amenés à traiter avec des Israéliens ne tarissent pas d’éloges sur leurs interlocuteurs ; dans les dîners en ville, on entend certaines personnes raconter que le président a de l’estime pour tel ou tel homme politique israélien.
8 Mentionnons deux faits. Le refus qu’a opposé Arafat (à tort ou à raison[3] [3] J’avoue n’avoir été convaincu ni par l’une ni par...
suite ?) à l’offre de Barak à Camp David en 2000 a fait oublier à l’opinion internationale que, indépendamment des fautes réelles ou supposées du dirigeant palestinien, le véritable assassin du processus d’Oslo s’appelle Benjamin Netanyahou. En outre, au-delà de l’incontestable travail sur soi-même accompli par la société israélienne durant les années 1990, on se souvient des indéfendables positions de ses dirigeants avant cette période (malgré d’importantes circonstances atténuantes). Et si certaines formes de l’hostilité arabe sont hideuses, les griefs restent légitimes.
9 Dans tous les cas de figure, le soutien à la cause palestinienne est inconditionnel, même si reviennent parfois (plutôt dans les écrits que dans les discours, me semble-t-il) l’argument que, souvent, les colons israéliens ont acheté les terres ou, de plus en plus rarement, l’idée que le conflit ne concerne pas les Égyptiens. La passion religieuse peut cependant l’emporter, comme l’exprimait, de façon limite, un quadragénaire américanisé : « I don’t care for the Palestinians. I do care for Jerusalem »; ou encore cette autre personne, pourtant acquise à la paix avec Israël, se transformant en va-t-en-guerre dès lors qu’une menace, réelle ou fantasmée, lui semblait planer sur les Lieux saints de l’islam.
10 Les formes de solidarité avec les Palestiniens sont nombreuses. Outre les efforts des syndicats professionnels, notamment des avocats et des médecins, des sommes importantes ont été versées par les hommes d’affaires dès le début de la seconde Intifada, en 2000, après laquelle des mouvements de boycott des produits américains ont été « naturellement » suivis[4] [4] Ce sont les dirigeants et intellectuels palestiniens qui...
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11 C’est sur la traduction politique de ce « diagnostic » que les positions se font plus ambivalentes et mouvantes.
12 Certes, les « microcosmes » égyptiens s’intéressent rarement à ce que pense la majorité silencieuse. Mais la campagne présidentielle a amené l’hebdomadaire al-Usbu à interviewer des centaines d’anonymes[5] [5] Cf. les numéros des 8,15 et 22 août 2005. ...
suite. Il ressort de ce « sondage » que le président Moubarak dispose d’une atout maître : sa politique étrangère. Les Égyptiens, quelle que soit leur maîtrise de l’histoire et de l’histoire diplomatique, savent que les guerres qui ont eu lieu sous tous les présidents, et même jadis sous le roi Farouk, ont eu leur cortège de souffrances, de dévastations, de désastres et de pertes, et qu’elles sont les principales causes de la pauvreté du pays; depuis le 11 septembre, l’évolution du monde, aux échelles internationale et régionale, les terrorise au sens propre du terme. Ils pensent donc que Moubarak a protégé l’Égypte en la mettant à l’abri des conflits, quitte à subir avec sagesse certaines humiliations. Ils lui savent gré d’être en relativement bons termes avec les puissances et plaident logiquement pour une posture « en retrait » dans le conflit arabo-israélien. Pour autant, cette analyse majoritaire n’implique pas forcément l’adhésion à un quelconque isolationnisme ou la disparition de toute solidarité avec les Palestiniens.
13 Tout le monde ne partage d’ailleurs pas cette approche. Il existe en Égypte une importante école de pensée selon laquelle défendre la Palestine, c’est défendre le pays, et qui estime illusoire de croire que le problème palestinien ne serait pas vital du point de vue des intérêts nationaux égyptiens. C’était ce qu’exprimait Nasser dans sa « Philosophie de la Révolution », et c’est toujours la doctrine de l’armée et des officiers[6] [6] Pour plus de détails, cf. Tewfik Aclimandos, « Nationalismes...
suite; sans doute ne qualifie-t-on plus Israël d’ennemi dans les manuels ni sur les cartes d’état-major, mais personne n’est dupe[7] [7] Quitte à feindre d’adhérer aux positions « Egypt first »...
suite. Ces thèses nassériennes se nourrissent de considérations stratégiques – l’ouverture à l’Est – et de peurs collectives : les Égyptiens pourraient être un jour expulsés, à l’instar des Palestiniens.
14 La synthèse, ici, demeure possible puisque l’on peut partager ces analyses stratégiques tout en estimant que la posture de Moubarak reste appropriée dans le contexte actuel.
15 La jeunesse instruite, elle, est indignée par le sort fait aux Palestiniens et n’adhère pas au retrait. Elle constate et déplore le recul de l’Égypte et de son influence (en termes diplomatiques). Le pays et son président, de chercher surtout à éviter de se faire des ennemis, ne sont plus craints. À l’inverse, sous la pression des Américains, qui exigent des avancées en matière de démocratisation, le régime répond par des concessions tout à fait inutiles sur le dossier israélo-arabe et force les Palestiniens à aller dans le même sens. Le médiateur s’est fait simple courtier. Nombre de jeunes et de moins jeunes ne supportent pas le spectacle télévisé de la souffrance palestinienne, que leur rendent accessible les antennes paraboliques, et se demandent ce que fait l’armée égyptienne, mais refuseraient que la question soit posée par des étrangers[8] [8] J’ai été personnellement témoin de vives réactions...
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16 Et puis, il y a les chantres de la geste palestinienne, de ce peuple héroïque qui lutte pour l’honneur de tous les Arabes contre la tyrannie et se trouve souvent seul face à Israël et à l’unique superpuissance de la planète. Quiconque n’a pas fait l’expérience de l’occupation doit s’abstenir d’en critiquer les faiblesses. Les Palestiniens n’ont pas à recevoir de leçons, surtout de la part de gens qui sont in fine des partisans de la collaboration avec les États-Unis. Pour beaucoup, cette « interdiction de critique » vaut aussi pour les attaques suicides, cette arme nucléaire du pauvre par laquelle la peur et la terreur ont changé de camp : les attentats sont une réponse au déséquilibre des forces en présence, parmi lesquelles on compte les Américains, « seigneurs et maîtres » des adversaires du terrorisme[9] [9] Des arguments évidemment faibles : les attentats suicides...
suite. Cette argumentation se retourne souvent en autocritique sur le lâche régime égyptien à la solde de Washington qui refuse de conférer une quelconque légitimité à la résistance parce ce serait délégitimer sa propre « reddition ».
17 C’est enfin l’adulation d’Arafat. Pour certains, il est toujours le « grand résistant », et c’est en général à ce « grand résistant » que se sont identifiés tous les Égyptiens à des époques données ; même ceux qui ne l’aimaient guère l’ont pris en exemple quand il était encerclé par les chars israéliens et refusait de se rendre. « Le seul homme respectable parmi les chefs d’État arabes », dont l’humiliation a été celle de tous les Arabes, y compris de ceux qui lui étaient hostiles. Sa mort dans un pays lointain incarne le drame de son peuple, et elle est vécue comme une humiliation supplémentaire[10] [10] Tout comme celle de cheikh Ahmed Yassine, chef spirituel...
suite. Un modèle nationaliste pour les foules, selon ceux qui récusent les options du régime sans être pour autant islamistes[11] [11] On admettra qu’Arafat et Nasser sont des « modèles »...
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18 Cela ne veut pas dire, en revanche, qu’il n’y ait pas de sentiments hostiles à l’égard des Palestiniens. Là aussi, le discours peut fluctuer considérablement. Mais commençons par noter que l’on parle beaucoup moins de la Palestine depuis l’annonce en février d’un amendement à la Constitution (introduit en mai) autorisant des élections présidentielles pluralistes[12] [12] Cinquième mandat pour Hosni Moubarak en septembre 2005...
suite : l’Égypte est désormais en pleine introspection et s’intéresse moins à la politique étrangère ou arabe. Le retrait israélien d’août-septembre 2005 n’a que très modérément inversé la tendance.
19 La rhétorique hostile aux Palestiniens n’est pas le reflet symétrique de l’empathie avec ces mêmes Palestiniens. Certes, il a longtemps été habituel, pendant les années d’exil de l’OLP, de railler ces véritables marchands du Temple qui gagnaient de l’argent en se lamentant et en « combattant » dans les hôtels cinq étoiles de Tunis, Paris et Londres, tout en multipliant les invitations à mourir à l’adresse des autres. Cette rengaine a disparu avec le retour d’Arafat et de ses compagnons en Palestine. L’hostilité envers les Palestiniens s’alimente aujourd’hui à d’autres sources.
20 Le premier point de friction est la concurrence entre Égyptiens et Palestiniens pour l’emploi des expatriés dans le Golfe, aux salaires « juteux ». Le contact, ici, a été rugueux. Circulent également des stéréotypes désobligeants et racistes sur les Palestiniens, ceux-ci rendant facilement la pareille. Le moins méchant est celui de l’« ingratitude » devant les sacrifices consentis par la « big sister » : les Égyptiens se sont battus malgré leur pauvreté, à moins qu’ils ne soient pauvres parce qu’ils se sont battus, et l’on n’a pas à leur reprocher d’avoir « abandonné » une fois l’épuisement atteint ; il est regrettable que d’autres ne parviennent pas à s’habituer au fait que l’Égypte soit le plus grand pays du monde arabe (certains auteurs de cette argumentation déplorant justement la barbarie des attentats suicides).
21 C’est dans ce contexte que l’appréciation portée sur Arafat peut évoluer. Pour de nombreux partisans de Sadate, les « erreurs » politiques du défunt leader palestinien servent de faire-valoir à la sagesse du prédécesseur de Moubarak. On ne pardonne pas à Arafat d’avoir affirmé que la solution au « problème Sadate » était une balle : s’il l’avait suivi à Jérusalem, il aurait économisé à son peuple quinze ans de souffrance, ricanent certains. Et de renchérir : il a mis quinze ans à comprendre qu’il ne libérerait pas les Territoires par la force et a été obligé de négocier seul, ravalant sa colère devant les humiliations que lui infligeait Netanyahou et contraint de se contenter de miettes[13] [13] Un raisonnement qui ignore cavalièrement le fait que Begin...
suite. Arafat incarne la stupidité politique des Arabes ; ses atermoiements[14] [14] Relevons dans le même ordre d’idées les techniques de...
suite et sa trajectoire sont la preuve que l’Égypte a bien fait de retirer son épingle du jeu sans attendre que les autres pays arabes prennent conscience de la situation. Sans compter la presse à sensation, qui s’est emparée de l’affaire de l’enrichissement : des articles parfois très informés, quelquefois de très mauvais goût. Sans doute certains, dans les milieux dirigeants, ont-ils été irrités par la propension d’Arafat à s’adresser par-dessus leur tête à l’opinion publique du pays, mais je n’ai pas retrouvé trace concrète de ce sentiment.
22 Les représentations qui viennent d’être évoquées sont partagées par de larges secteurs de la population, au-delà des « microcosmes ». En revanche, depuis la mort d’Arafat, la question semble beaucoup moins intéresser l’ensemble de la population. Elle s’est fait, bien sûr, une opinion sur Abou Mazen, mais ce dernier, discret et calme, toujours vêtu en civil, plaît, et sa retenue, notamment après la tentative d’attentat sur sa personne, a favorablement impressionné.
23 La question centrale, explicitée ou non, est celle de l’attitude à adopter à l’égard du Hamas et de ce qui est perçu comme son refus de déposer les armes et de se plier aux obligations édictées par l’Autorité palestinienne. Avec en corollaire le débat, en fin de compte moins intéressant, autour des effets respectifs de la « violence » et des « négociations » sur la décision d’Israël de se retirer de Gaza. Argumentation des partisans de l’Autorité : Abou Mazen a été démocratiquement élu ; ses opinions et ses options étaient connues avant les élections ; il a le droit d’engager le peuple palestinien ; ses choix ont des vertus dont la moindre n’est pas de mobiliser à nouveau l’appui international à la cause palestinienne. À l’inverse, la multiplication des pouvoirs parallèles compromet la fondation de l’État national et légitime la position des durs israéliens, qui affirment que rien ne sert de discuter avec les Palestiniens puisque aucun d’entre eux ne peut engager les factions dans leur ensemble. Les plus subtils de ces observateurs reconnaissent au recours à la violence une certaine vertu, notamment celle d’avoir fait comprendre aux Israéliens qu’ils n’auraient pas la sécurité tant qu’ils continueraient d’occuper les Territoires ; mais les mêmes rappellent que les Palestiniens n’ont pas les moyens militaires de libérer les Territoires par le seul recours à la force et affirment qu’il est un temps pour guerroyer et un autre pour négocier, que plus de quatre ans de violences suffisent largement[15] [15] C’est par exemple la ligne défendue par Mahmud’al-Tuhæmƒ,...
suite.
24 Les Frères musulmans, dont l’hebdomadaire ’Af æq ’arabiyyah reflète les vues, ne partagent pas cet avis. Le numéro deux de la confrérie égyptienne, Muhammad Habib, exige que soit tout de suite mis un terme aux affrontements entre l’Autorité palestinienne et les partisans du Hamas : c’est à la première, dont on sous-entend la responsabilité dans la détérioration de la situation, de faire montre de tolérance. Mieux, la résistance palestinienne est la seule carte disponible, et y renoncer serait une erreur politique et stratégique, car sans elle l’ennemi n’aurait jamais évacué Gaza.
25 Ce qui gêne, dans ce discours, n’est pas sa structure, logique et plausible, c’est la technique de l’insinuation permanente : on prête constamment aux adversaires une malhonnêteté politique – collaboration avec l’occupant, quand cette collaboration n’est pas tout simplement affirmée et l’Autorité accusée de se comporter comme l’armée du Liban sud[16] [16] Cf. ’Af æq ’arabiyyah, n° 718,21 juil. 2005. ...
suite : l’Autorité ne serait pas « dans le camp du peuple », le Hamas faisant au contraire l’unanimité[17] [17] Ibid. , n° 720,4 août 2005 : si Abou Mazen...
suite. Plus intéressante est la dénonciation des pratiques répressives de l’Autorité : 80 % de son maigre budget est affecté aux organismes de sécurité, qui procèdent à des arrestations massives parmi les résistants et ont le front d’affirmer que, ce faisant, ils les protègent de représailles israéliennes, alors qu’ils ne sont pas capables de se protéger eux-mêmes. Tout cela, bien que le Hamas ne veuille ni ne puisse, selon le journal, renverser l’Autorité palestinienne, la conjoncture régionale et internationale ne le lui permettant de toute façon pas.
26 La question palestinienne peut aussi faire l’objet de débats plus élaborés et de discours plus construits, par exemple à partir des thèses développées par cinq intellectuels arabes pro-occidentaux, dont l’Égyptien Amin al-Mahdi, favorables à la normalisation des rapports avec Israël et qui ont soutenu l’invasion de l’Irak par les Américains. Ces auteurs proposent une relecture de l’histoire du monde arabe et, en particulier, du conflit arabo-israélien ; ils décèlent une « essence » pathologique des sociétés arabes. Réponse de l’écrivain palestinien Bilal al-Hasan dans un livre critique autour de la « culture de reddition[18] [18] Cf. entre autres l’influente revue Wijhat naz. ar et son...
suite » : ces conceptions et interprétations historiques ont quelque chose d’ahurissant, car elles constituent un rejet en bloc des valeurs arabes tout comme de la centralité et du caractère exceptionnel de la cause palestinienne[19] [19] Le dernier numéro du « Rapport stratégique arabe »...
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Notes
[ 1] Le raisonnement pose de façon implicite que les démocraties n’ont pas besoin de ce genre de manipulation. 
[ 2] Deux autres assertions sont tout aussi critiquables. D’abord, que Le Caire souhaiterait faire main basse sur Gaza ; or, il n’est pas d’homme d’État égyptien sain d’esprit qui ait des vues sur la bande. Ensuite, que Moubarak ne serait pas vraiment intéressé à un règlement pacifique du conflit parce que l’Égypte, si elle n’avait plus à assurer la médiation entre les parties, ne présenterait plus d’intérêt pour le gouvernement américain; il n’est pas exclu que certains caciques du régime fassent ce calcul; d’autres, au contraire, doivent penser que, si les Palestiniens donnent leur accord à une paix avec Israël, les choix de l’Égypte s’en trouveront légitimés, à condition bien sûr que l’on ait trouvé une solution satisfaisante pour Jérusalem; sans parler des incontestables dividendes de la paix à venir, même si nombre de responsables égyptiens la jugent tout simplement impossible… 
[ 3] J’avoue n’avoir été convaincu ni par l’une ni par l’autre des argumentations. 
[ 4] Ce sont les dirigeants et intellectuels palestiniens qui informent régulièrement les leaders d’opinion égyptiens sur l’évolution de la situation et sur leurs représentations et analyses. Il était de notoriété publique à la fin des années 1980 – j’étais alors journaliste – que les « fuites » sur les sommets arabes émanaient en général de Palestiniens, ce qui assura à ces derniers de solides appuis. 
[ 5] Cf. les numéros des 8,15 et 22 août 2005. 
[ 6] Pour plus de détails, cf. Tewfik Aclimandos, « Nationalismes machréquins et nassérisme », in Gil Delannoi, Pierre-André Taguieff (éd.), Nationalismes en perspective, Paris, Berg International, 2001. 
[ 7] Quitte à feindre d’adhérer aux positions « Egypt first » pour ne pas porter atteinte au moral des troupes en évoquant la question des moyens, donc, à terme, celle de l’utilité des dépenses militaires. Mieux vaut donc, en définitive, justifier l’inaction par des arguments d’ordre idéologique, mais auxquels on ne croit pas. 
[ 8] J’ai été personnellement témoin de vives réactions populaires lorsque le président égyptien, au cours d’une manifestation de Palestiniens à Gaza, avait été traité d’âne. 
[ 9] Des arguments évidemment faibles : les attentats suicides ont un coût énorme et présupposent que la partie adverse est incapable de changer les règles du jeu ou d’intensifier la violence. Il est par contre bien des gens qui approuvent les attentats suicides tout en trouvant horrible et condamnable le terrorisme frappant les villes occidentales. 
[ 10] Tout comme celle de cheikh Ahmed Yassine, chef spirituel du Hamas, qui a été ressentie comme la destruction d’un symbole politique et religieux. 
[ 11] On admettra qu’Arafat et Nasser sont des « modèles » tout de même plus proches des valeurs humanistes universelles qu’Oussama ben Laden, à qui la disparition du leader palestinien ouvre des boulevards ; il n’y a plus, dans le monde arabe, de « modèle » concurrent, à l’exception relative du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, pour séduire les jeunes révoltés et désespérés. 
[ 12] Cinquième mandat pour Hosni Moubarak en septembre 2005 (ndlr). 
[ 13] Un raisonnement qui ignore cavalièrement le fait que Begin n’aurait jamais reçu Arafat. 
[ 14] Relevons dans le même ordre d’idées les techniques de négociation et les non-réponses typiques d’Arafat, le l æ-na‘am (oui-non), qui en ont agacé plus d’un. Un correspondant diplomatique égyptien, bon connaisseur du ministère des Affaires étrangères, m’avait tenu au début des années 1980 un discours violemment antipalestinien mettant en exergue les volteface des dirigeants palestiniens, qui rendaient impossibles toute négociation ou intelligence de leur position. 
[ 15] C’est par exemple la ligne défendue par Mahmud’al-Tuhæmƒ, éditorialiste du journal indépendant ’al-Al æm ’al-Yawm, proche des milieux d’affaires et du régime. 
[ 16] Cf. ’Af æq ’arabiyyah, n° 718,21 juil. 2005. Même si l’autre camp ne s’en prive pas non plus, il le fait moins souvent et de façon moins insidieuse ou moins violente. 
[ 17] Ibid., n° 720,4 août 2005 : si Abou Mazen a décidé de passer de Ramallah à Gaza le 25 juillet, c’est parce que la secrétaire d’État américaine, Condoleezza Rice, lui en avait donné « instruction ». 
[ 18] Cf. entre autres l’influente revue Wijhat naz.ar et son très long compte rendu du livre de al-Hasan. 
[ 19] Le dernier numéro du « Rapport stratégique arabe » du Centre de recherches politiques et stratégiques d’al-Ahram consacre une longue section au conflit arabo-israélien : un chapitre pour chaque camp. Israël aurait réussi à faire admettre la thèse que les réformes de l’Autorité et le désarmement des factions primaient sur une reprise des négociations, les « problèmes intérieurs » l’emportant donc logiquement sur le processus de paix. 
POUR CITER CET ARTICLE
Tewfik Aclimandos « L'Égypte en Égypte », Outre-Terre 4/2005 (no 13), p. 191-199.
URL : www.cairn.info/revue-outre-terre-2005-4-page-191.htm.
DOI : 10.3917/oute.013.0191.




