Outre-Terre 2005/4
Outre-Terre
2005/4 (no 13)
445 pages
Editeur
I.S.B.N. 2749204593
DOI 10.3917/oute.013.0207
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Vous consultezIran-Palestine : d’une alliance l’autre ?

AuteurMichel Makinsky du même auteur

chargé d’enseignement à l’École supérieure de commerce et de management de Poitiers et à l’université de Liège.

Le nouveau président iranien Mahmoud Ahmadinejad est un ancien Gardien de la Révolution et le Parlement compte 60 pasdaran ou proches des pasdaran; le bras séculier du Guide a donc un poids politique croissant[1] [1] Cf. Michel Makinsky, « La nouvelle présidence iranienne :...
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. On peut penser que cela ne sera pas sans effet sur l’approche du dossier israélo-palestinien. Rien d’étonnant à ce que le président ait cru bon d’annoncer dans son « programme général de politique intérieure et étrangère » que l’Iran voulait développer des relations saines et dynamiques avec tous les pays à l’exception de l’« usurpateur de Quds[2] [2] « Le gouvernement iranien exclut une reprise du dialogue...
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 ». Cela en parallélisme évident avec les rumeurs sourdes de frappe israélienne sur les installations nucléaires du pays[3] [3] Cf. Uzi Mahnaimi, « Revealed : Israel plans strike...
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.

Émergence d’une alliance très contradictoire

2 En avril-mai 1947, l’Assemblée générale des Nations unies tient une session extraordinaire et forme le United Nations Special Committee on Palestine (UNSCOP), formé de onze membres, qui a mission de déterminer le cadre d’un accord entre Juifs et Arabes. L’Iran, qui en fait partie, plaide avec deux autres « dissidents » (la Yougoslavie et l’Inde) pour un État fédéral, soit une structure unitaire sous domination arabe[4] [4] Cf. Benny Morris, Victimes : Histoire revisitée du...
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. L’Agence juive va déployer une intense activité en Iran, où est installée une importante minorité : certains font le voyage, mais il en est qui rentrent en attendant que le nouvel État se consolide ; ce militantisme produit un malaise perceptible chez le Premier ministre, Mohammad Sa’ed, et des religieux commencent à manifester une hostilité non déguisée aux « sionistes », par exemple les oulémas Cheikh Abo’l-Fazl Zanjani, Hossein Al-e Kashefol Ghata, l’ayatollah Abo-Qâsem Kâshâni appelant au djihad contre les Juifs[5] [5] Cf. Ahmad Gol-Mohammadi, « Iranian-Israeli Relations as...
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.

3 L’opinion publique reste cependant distante. Tournant, d’ailleurs, en 1950 : les autorités de Téhéran reconnaissent de facto l’État hébreu avec une déclaration en date du 14 mars censée apporter un soutien aux Juifs d’origine iranienne installés dans le nouvel État. Muhammad Mossadegh, tribun et artisan de la nationalisation du pétrole, entérinera le fait. Après le coup d’État d’août 1953, le chah se méfie des Arabes, et singulièrement de Nasser. Il entend développer un Iran pôle régional pourvu d’alliances sûres, Israël étant le pivot tout désigné comme partenaire stratégique, ce qui convient parfaitement aux Américains. Les migrations juives vers Israël sont facilitées et l’Iran devient pour l’État hébreu un fournisseur important d’hydrocarbures. Nasser aura beau s’employer à l’union du monde arabe contre l’« allié des sionistes » et les incidents diplomatiques se multiplier, des groupes de religieux chiites des pays arabes pressant même leurs homologues iraniens d’intervenir auprès de leur gouvernement, le chah, qui admire le modèle israélien de développement économique, de réussite technologique, de montée en puissance militaire, ne changera pas d’orientation.

4 Il ne s’agit pas, cependant, d’une alliance exclusive. L’Iran impérial, comme en témoigne la Realpolitik marquant ses relations avec l’URSS jusqu’en 1958, reste attaché aux équilibres. Du point de vue du chah, l’alliance avec Israël est fondée sur l’identité des menaces, mais une amélioration des relations avec le monde arabe n’en est pas moins nécessaire[6] [6] Cf. Trita Parsi, « Whither the Persian-Jewish Alliance ? »,...
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. Loin d’une vision « monocolore » de rejet, il a conscience que toute solution au problème israélo-palestinien implique la prise en compte des réfugiés et des populations civiles, le dossier ne pouvant être ramené à un simple problème de terrorisme[7] [7] Cf. John Cooley, « Israel and the Arabs : Iran, the...
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. Il aurait invité des représentants du Fatah à Téhéran en 1967-1968, accordé quelques subventions à l’OLP lorsque cette organisation était financièrement à court de soutien, voire instruit ses représentants à l’ONU de voter avec les Arabes sur la question. Il n’empêche, pour le mouvement palestinien, le chah demeure le « suppôt des sionistes ».

Coupure géopolitique

5 La doctrine de l’ayatollah Khomeyni était construite bien avant la chute du chah. Le devoir religieux de libérer Jérusalem s’y conjugue à la formation d’une nouvelle internationale anti-impérialiste : puissances pauvres contre puissances riches, le tout sur fond de refus de l’injustice faite aux Palestiniens par les « sionistes ». Ennemis principaux, les Américains et leurs alliés juifs et arabes. Khomeyni avait noué des liens avec l’OLP dès les années 1970, et une coopération s’était mise en place dans les camps d’entraînement au Liban. Mais ce sont des Palestiniens qui vont former les Gardiens de la Révolution, tandis que ces derniers vont, à l’inverse, partager leur savoir technique avec le Hamas et le Djihad islamique à la fin des années 1980, aux côtés du Hezbollah libanais. Rien d’étonnant à ce que la Révolution islamique soit en même temps une révolution copernicienne en matière de Palestine. Un véritable partenariat Iran-OLP se met en place. Yasser Arafat rend visite à Khomeyni quelques jours après l’événement : il est le premier dirigeant étranger à se rendre à Téhéran. L’OLP y est désormais abritée dans l’ambassade d’Israël, avec qui les relations diplomatiques sont rompues. Deux autres représentations sont ouvertes en province. Khomeyni et Arafat partagent un même antiaméricanisme viscéral, alimenté par un sentiment immédiat de menace pour leur survie. L’échange géopolitique se consolide : l’Iran trouve ici un allié dans la lutte contre le « Grand Satan », mais surtout une tête de pont dans une région où sa marge de manœuvre était à peu près nulle. C’est enfin contre l’« ennemi sioniste » que se constitue, aux portes d’Israël, un pôle chiite ayant pour fer de lance le Hezbollah, qui se targue d’être le seul appareil militaire, hormis la résistance palestinienne, capable de porter des coups à l’État hébreu.

6 La République islamique partage alors avec l’URSS la volonté d’affaiblir l’Occident au Moyen-Orient, notamment sur le plan énergétique[8] [8] Cf. Michel Makinsky, « Schizophrénies iraniennes »,...
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 : il existe donc une communauté d’intérêts.

7 Cela alors que subsistaient des canaux de communication avec Israël, comme en témoigna l’affaire de l’Irancontragate en novembre 1986 : les Israéliens avaient persuadé l’administration Reagan de livrer des missiles antichars Tow aux Iraniens en échange de pressions de Téhéran sur le Hezbollah pour que fussent libérés des otages américains détenus par ce dernier[9] [9] Cf. « Iran-Contra Affair », un résumé sur http :/ / ...
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. On peut même affirmer que les deux « ennemis » n’ont pas cessé de coopérer en sous-main[10] [10] Cf. l’excellente synthèse de Behrouz Souresrafil, « Khomeini...
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Éloignement fatal ?

8 Les divergences entre l’OLP et Téhéran remontent au plus tard à 1985 et à l’accord entre Arafat et Hussein du 11 février 1985, qui posait comme condition sine qua non l’acceptation par les premiers de la résolution 242 du Conseil de sécurité, donc la reconnaissance du droit d’Israël à l’existence et l’abandon de la violence, l’Iran déclarant alors qu’aucune organisation n’était à même de brader fût-ce un pouce de terre islamique en Palestine[11] [11] Cf. Mahdi Ahouie, « The Middle East Process from the Perspective...
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. Plus l’OLP, du coup, progressera sur la voie des négociations, plus l’Iran s’en éloignera et se rapprochera des extrémistes du Hamas et du Djihad islamique. Fer de lance de cette stratégie qui mobilise aussi les pasdaran, bassidji (volontaires, le cas échéant kamikazes) et les fondations pieuses : le Hezbollah libanais. Mais les Iraniens, tout au pari de l’embrasement, ne réalisent pas à quel point leur influence est objectivement faible malgré l’image d’épouvantail que lui assignent les Israéliens. C’est plutôt l’OLP qui sera remise en selle par l’Intifada de 1987 : le front du refus constitué par Téhéran, qui s’oppose résolument à la conférence de Madrid d’octobre 1991, demeure illusoire.

9 La politique israélienne, à l’inverse, qui consiste jusqu’au décès d’Arafat à affaiblir l’Autorité palestinienne (AP), contribue à renforcer les extrémistes du Hamas et du Djihad, le président perdant même le contrôle d’une partie des forces supposées loyales qui bénéficient à leur tour avec bonheur de la manne du Hezbollah. C’est la fameuse affaire du Karine-A et de sa cargaison d’armes en provenance d’Iran et à destination de l’AP qui provoque une multitude de questions[12] [12] Cf. Michael Rubin, « Iran and the Palestinian War against...
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, la seconde Intifada traduisant une tragique fuite en avant alors que le Hezbollah fascine les candidats au « martyre ». Comme ils perçoivent (trop tard) le danger de la montée en puissance d’un Hamas et d’un Djihad tout auréolés du prestige des « martyrs », les Israéliens accentuent la pression sur Arafat, qui n’y peut mais, et lancent des opérations ciblées contre les dirigeants des deux groupes, lesquels, tout en se divisant, se tournent de plus en plus vers l’ami iranien[13] [13] Cf. Alex Fishman, « Its leaders liquidated, Hamas looks...
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Penser l’impensable ?

10 Est-il concevable que la République islamique procède à une révision de sa politique palestinienne ?

11 Sous Rafsandjani, il y a en général une tentative de normalisation internationale qui s’accentuera encore avec Khatami. Mais le dossier Israël semble échapper au processus : tout au plus note-t-on quelques inflexions du premier, en 1995, dans le sens de la modération et l’incapacité du second à changer le cours des choses parce que ce sont les durs qui sont aux commandes face à un président et à un gouvernement impuissants. Sans compter que les conservateurs, dans le sillage du Guide, les religieux des fondations, les pasdaran et autres militants ne cessent d’appeler de leurs vœux la disparition de l’État hébreu et de mener à cet égard des actions « parallèles », le gouvernement restant incapable de prévenir celles-ci, mais ne les désavouant pas quand il ne participe pas lui-même au concert d’imprécations[14] [14] Cf. , pour un florilège : Iran calls for the destruction...
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12 Après la seconde Intifada, le pouvoir affichera dans l’ensemble son aveuglement. Le 12 novembre 2004, Rafsandjani se déclare en faveur d’un État unique et démocratique où les Palestiniens sont sûrs de l’emporter par la démographie ; une façon d’envisager, à terme, la disparition d’Israël. La mort d’Arafat prendra les dirigeants iraniens par surprise. Surestimant l’influence du Hamas comme du Djihad, ils encouragent ces mouvements à boycotter les élections, à s’opposer à toute « politique d’abandon ». Or le successeur du raïs, Mahmoud Abbas, se fait facilement élire et annonce qui plus est qu’il entend ouvrir sans délai des conversations de paix. Téhéran ne peut que prendre acte de cette évolution[15] [15] Cf. « Iran respects decision of Palestinians, », Iran...
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tout en invitant les dirigeants palestiniens, lors de premiers échanges, à « tenir bon devant les sionistes ». En outre, l’heure de vérité approche pour le Hamas, qui a mesuré en mai 2005 son enracinement politique par le biais des municipales et pourrait évoluer dans le sens d’une transformation[16] [16] Cf. Graham Usher, « The New Hamas : Between Resistance...
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13 Pourtant, le contexte est moins transparent qu’il n’y paraît. Interrogé après son élection, en mai 1997, sur les accords d’Oslo et le processus de paix, le président Khatami allait répondre qu’il ne ferait rien pour empêcher le déroulement du processus malgré les réserves que lui inspiraient les accords ; il assurait vouloir « respecter les choix du peuple palestinien[17] [17] Cf. Ali Nourizadeh, « Why Israel is cheering for Iran’s...
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 ». Certes, la rhétorique de la haine ne manque pas en Iran[18] [18] Cf. Ali Akbar Velayati, « Existence of Israel contrary...
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, par exemple sur la chaîne télévisée du Hezbollah, al-Manar (interdite de diffusion en France). Mais il n’est pas certain que la politique de soutien aux extrémistes palestiniens rencontre un consensus, ni surtout qu’elle ait fait la preuve de son efficacité. Elle n’a en rien consolidé les positions de l’Iran dans la région. Le « soutien indéfectible à la cause palestinienne » ne suscite plus l’enthousiasme, sinon chez les militants ou au Hezbollah, et d’aucuns se demandent ce que semblable « militantisme » a apporté à l’Iran sinon son isolement[19] [19] Cf. Safa Haeri, « Iranians reject palestinisation of the...
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. Plusieurs symptômes indiquent l’émergence d’une réflexion discrète sous Khatami. Hamid Rez Asefi, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, déclare le 15 octobre 2002 que l’Iran ne s’opposera pas à la constitution de deux États si les Palestiniens l’acceptent eux-mêmes. De même, des religieux de rang élevé, tel Sayed Safavi, vont dans le sens de la révision[20] [20] Cf. Hooman Peimani, « Iranian change of tack on ME in...
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. C’est Ariel Sharon qui décline, en octobre 2003, les tentatives d’approche diplomatique faites par Téhéran.

14 Mais les positions de l’Iran sont actuellement tributaires des mouvements palestiniens extrémistes qu’il soutient. La consolidation du pouvoir d’Abbas et des modérés impliquerait un recul de Téhéran, en particulier des ultraconservateurs. Les Iraniens vont donc s’employer à saper toute évolution vers un accord de paix véritable.

15 Un autre facteur d’évolution réside dans le Hezbollah chiite libanais, dont le secrétaire général, Hassan Nasrallah, a rendu visite à Mahmoud Ahmadinejad, le successeur de Khatami, en même temps d’ailleurs que Bachar al-Assad. Il est certain que l’appui militaire et financier lui sera confirmé et croîtra encore, et ce d’autant que le pouvoir iranien pourrait être à terme confronté à l’éventualité d’une reconversion, très discutée, du Hezbollah. Certes, l’organisation s’affirme comme pôle de « résistance » contre Israël ; elle déclare faire partie du paysage politique et récuse toute assimilation à une simple milice ; elle refuse d’être désarmée comme « toutes les milices libanaises et non libanaises » en vertu du point 3 de la résolution 1559 du Conseil de sécurité des Nations unies de septembre 2004, car semblable formule ne peut justement valoir pour la « résistance » et porte atteinte à la souveraineté du Liban. Qui plus est, le mouvement participe désormais au gouvernement ; c’est un parti à part entière qui excelle à pallier les déficiences de l’État libanais sur les plans social, éducatif et religieux. On peut parier que le Hezbollah monnaiera au prix fort une éventuelle reconversion civile de son action militaire, qui lui assurait du prestige non seulement dans tout le Liban, mais à l’étranger ; sans compter sa présence en Irak, en Afrique subsaharienne, en Amérique latine et en Asie du Sud-Est !

16 Reste que semblable reconversion poserait des problèmes non négligeables à l’Iran, car les opérations du Hezbollah contre l’« ennemi sioniste » faisaient exister la République islamique dans une zone où elle pèse en réalité fort peu hors sa « capacité de nuisance ». D’autant que la Syrie a beau proclamer la pérennité de l’alliance iranienne, elle est affaiblie et placée sous pression par les Américains. Les ultraconservateurs de Téhéran, de plus en plus isolés – Chine et Russie mises à part – vont donc déployer une énergie farouche pour conserver leur « tête de pont ». On voit bien sûr des portraits de Khomeyni et de Khamenei partout dans les zones contrôlées par le Hezbollah au Sud-Liban, de même que les spectaculaires troncs de charité y ressemblent à ceux des rues iraniennes. Mais si Mahmoud Abbas parvenait à maîtriser le cours des choses en Palestine et à intégrer les factions concurrentes à l’AP, même le Hezbollah serait obligé de se mettre en phase. L’Iran n’aurait alors d’autre choix que de s’aligner.

17 Un décalage paradoxal est perceptible même avec le partenaire d’Islamabad. Kurshid Mahmood Kasuri, le ministre pakistanais des Affaires étrangères, n’a-t-il pas déclaré lors d’une rencontre avec son homologue israélien Silvan Shalom que son pays avait l’intention d’établir des relations diplomatiques avec l’État hébreu ? Il ajoutait évidemment, conscient du soutien populaire rencontré par la cause palestinienne dans son pays, que la reconnaissance d’Israël s’effectuerait au fur et à mesure que se résoudrait le problème palestinien, cette annonce coïncidant avec le désengagement hors de Gaza et marquant l’existence d’une volonté de progresser dans les deux pays[21] [21] Cf. « Israel : Pakistan takes a controversial Step...
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. D’où peut-être la formule très générale d’Ahmadinejad dans sa réponse au message de félicitations de Tony Blair : la solution au problème doit être trouvée dans le consensus et la justice.

18 Il n’y a donc guère de perspectives de rapprochement avec Tel-Aviv à court terme, mais l’hypothèse ne saurait être totalement négligée. Quoi qu’il en soit, les dirigeants iraniens ne sont pas parvenus à se doter après Khomeyni d’une politique palestinienne désidéologisée, rationnelle et cohérente, et ce pour une raison évidente : la politique étrangère du pays reflète les luttes entre fractions internes. De même, les multiples structures parallèles – Gardiens de la Révolution, services spéciaux, bandes armées – pèsent sur la politique extérieure et la rendent complexe, nominations aux différents postes et changements d’équipe conférant à la diplomatie un caractère opaque. C’est là un phénomène que les difficultés rencontrées dans la formation du gouvernement Ahmadinejad illustrent une fois de plus.

19 L’appel enflammé d’Ahmadinejad à l’éradication d’Israël, qui doit être « rayé de la carte », a provoqué une vague de réprobation dans le monde. Il convient cependant de nuancer : d’abord, le discours était destiné à contrebalancer la remontée de Rafsandjani et à produire une rhétorique de l’ennemi extérieur en une période de frustration sociale très nette ; ensuite, il s’adressait à un monde arabe dont le président observe avec inquiétude les rapprochements avec l’État hébreu ; enfin, il installait son auteur en tant qu’acteur majeur de la politique étrangère de l’Iran. Le ministère des Affaires étrangères a bien sûr immédiatement déclaré, tout comme l’ambassadeur iranien à Moscou, que Téhéran n’avait nullement l’intention de lancer des attaques contre Israël.

20 Plus généralement, le président joue sur le ressort anti-israélien des ultras et d’une partie de son électorat. Mais son attitude s’ancre surtout dans un malaise : Israël confirme sa pénétration partout autour de l’Iran ; il y a présence israélienne chez les Kurdes, et le président afghan Hamid Karzaï vient d’annoncer qu’il voulait lui aussi entamer des conversations avec l’État hébreu. Ahmadinejad, isolé, a tenté de faire monter les enchères, ce qui est signe évident de son impuissance.

 

Notes

[ 1] Cf. Michel Makinsky, « La nouvelle présidence iranienne : un jeu à multiples inconnues », Politique étrangère, 3, aut. 2005. Retour

[ 2] « Le gouvernement iranien exclut une reprise du dialogue avec les États-Unis », AFP, 16 août 2005. Retour

[ 3] Cf. Uzi Mahnaimi, « Revealed : Israel plans strike on Iranian nuclear plant », Sunday Times, 13 mars 2005. Ariel Sharon a pour sa part démenti toute intention de cet ordre : « Sharon rules out attacking Iran over nukes », AP, 14 avr. 2005. Retour

[ 4] Cf. Benny Morris, Victimes : Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste [trad. de Righteous Victims : A History of the Zionist-Arab Conflict, 1881-1999, New York, A. A. Knopf, 1999], Paris, IHTP-CNRS/Bruxelles, Éd. Complexe, 2003 (ndlr). Retour

[ 5] Cf. Ahmad Gol-Mohammadi, « Iranian-Israeli Relations as reflected in Prime Minister’s Office document ( 1948-1978) », Discourse, vol. 5, n° 3, hiv. 2004. Retour

[ 6] Cf. Trita Parsi, « Whither the Persian-Jewish Alliance ? », w www.bitterlemonsinternational,16 déc. 2004, vol. 2, n° 44. Retour

[ 7] Cf. John Cooley, « Israel and the Arabs : Iran, the Palestinians and the Gulf », Foreign Affairs, été 1979. Retour

[ 8] Cf. Michel Makinsky, « Schizophrénies iraniennes », Outre-Terre, n° 2,2002. Retour

[ 9] Cf. « Iran-Contra Affair », un résumé sur http :// en.wikipedia.org/wiki/Iran-Contra Affair; « Israel and Iran : covert friends ? », Stratfor Global Intelligence Update, 3 sept. 2002, http ://worldnetdaily.com/news/article.asp ?ARTICLE_ID=28816 ; Convicted Iran-Contra Figure to Head new Office », The Dubya Report, 27 févr. 2002 ; Lawrence E. Walsh, « Final Report of the Independant Counsel for the Iran/Contra Matters », US Court of Appeal for the District of Columbia, 1993. Retour

[ 10] Cf. l’excellente synthèse de Behrouz Souresrafil, « Khomeini and Israel », Londres, CC Press, 2e éd., 1989. Retour

[ 11] Cf. Mahdi Ahouie, « The Middle East Process from the Perspective of Revolutionary Iran : will Tehran ever take part ? », Iran Analysis Quarterly, vol. 1, n° 4, aut. 2004. Retour

[ 12] Cf. Michael Rubin, « Iran and the Palestinian War against Israel : implications of the Karine-AAffair », American Jewish Committee, Middle East Back Grounder, 26 févr. 2002. Retour

[ 13] Cf. Alex Fishman, « Its leaders liquidated, Hamas looks to Tehran for guidance on terror », The Forward, 22 avr. 2005 ; « Leading Hamas preacher warns of clash with islamic Jihad », Ha’aretz, 15 déc. 2004 ; M. Colvin, « Iran offers cash for bombs to break Palestinian truce », The Times, 3 avr. 2005. Retour

[ 14] Cf., pour un florilège : Iran calls for the destruction of Israel », Intelligence and Terrorism Information Center for Special Studies, Special Information Bulletin, nov. 2003 ; Ayatollah Nouri-Hamedani, « Fight the Jews and vanquish them as to hasten the coming of the Hidden Imam », Memri Special Dispatch Series, n° 897,22 avr. 2005. Retour

[ 15] Cf. « Iran respects decision of Palestinians, », Iran Daily, 12 janv. 2005 ; Michel Makinsky, « L’Iran entre brouillard et tempêtes », Cemoti, n° 37, janv.-juin 2004 (publié en juillet 2005). Retour

[ 16] Cf. Graham Usher, « The New Hamas : Between Resistance and Participation », Middle East Report Online, 21 août 2005 ; Matthew Levitt, Jamie Chosak, « Undermining Hamas and Empowering Moderates by Filling the Humanitarian Void », Peace Watch, n° 514, The Washington Institute for Near East Policy, 7 sept. 2005 ; Haim Malka, « Forcing Choices : Testing the Transformation of Hamas », The Washington Quarterly, vol. 28, n° 4, aut. 2005 ; sur le développement de sa branche militaire féminine (commandos suicides), Memri Special Dispatch Series, n° 983,9 sept. 2005. Retour

[ 17] Cf. Ali Nourizadeh, « Why Israel is cheering for Iran’s hard liners », w www.dailystar.com, 18 juin 2002. Le tout nouveau chef de l’État essuie par contre une pluie de critiques acerbes de la part des médias israéliens, ce qui fait dire à certains que l’État hébreu craint paradoxalement que l’expérience de démocratisation de l’Iran ne réussisse et ne le prive d’un épouvantail. Retour

[ 18] Cf. Ali Akbar Velayati, « Existence of Israel contrary to Iran interests », http ://middleeastinfo.org/article, 10 nov. 2003. Retour

[ 19] Cf. Safa Haeri, « Iranians reject palestinisation of the regime’s foreign policy », Iran-Press Service, 22 janv. 2002; Afshin Molavi, Karim Sadjadpour, « Is Iran rethinking its position on Israel ? », Jewish World Review, 4 nov. 2003. Retour

[ 20] Cf. Hooman Peimani, « Iranian change of tack on ME in the wind », AsiaTimes Online, 8 juil. 2003. Retour

[ 21] Cf. « Israel : Pakistan takes a controversial Step Closer », Inter Press Service, 5 sept. 2005 ; P. R. Kumaraswamy, « Israel-Pakistan : Prelude to Normalization ? », Tel Aviv Notes, n° 146,4 sept. 2005. En toute logique, le Hamas condamne cette évolution. Retour

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POUR CITER CET ARTICLE

Michel Makinsky « Iran-Palestine : d'une alliance l'autre ? », Outre-Terre 4/2005 (no 13), p. 207-215.
URL :
www.cairn.info/revue-outre-terre-2005-4-page-207.htm.
DOI : 10.3917/oute.013.0207.