Outre-Terre 2006/4
Outre-Terre
2006/4 (no 17)
200 pages
Editeur
I.S.B.N. 9782749206455
DOI 10.3917/oute.017.0455
A propos de cette revue Site Web
Acheter en ligne

Ce numéro.
Papier et électronique

Ajouter au panier Ajouter au panier - Outre-Terre
Outre-Terre 2006/4 (no 17) 25 €

Versions papier et électronique : le numéro est expédié par poste.
Il est également accessible immédiatement en ligne.

Cairn.info respecte votre vie privée
Alertes e-mail

Recevez des alertes automatiques relatives à cet article.

S'inscrire Alertes e-mail - Outre-Terre

Être averti par courriel à chaque nouvelle parution :
d'un numéro de cette revue
d'une publication de Françoise Brié
d'une citation de cet article

Votre adresse e-mail

Gérer vos alertes sur Cairn.info

Cairn.info respecte votre vie privée

Vous consultezMigrations et déplacements des Assyro-Chaldéens d’Irak

AuteurFrançoise Brié du même auteur

, doctorante, Paris-Sorbonne, Paris IV.

Les Assyro-Chaldéens, convertis au christianisme dès ses origines, comportent une minorité de tradition dite nestorienne et une majorité chaldéenne ralliée à l’Église catholique romaine[1] [1] Divisés sur la nature du Christ, les syriaques, chrétiens...
suite
. Ils sont la principale communauté chrétienne d’Irak et revendiquent eux aussi une reconnaissance en tant que nation et peuple autochtone.

2 Vers 1921, lors de la création de l’État irakien, la quasi-totalité des chrétiens, dont les effectifs avaient été renforcés par l’arrivée de plusieurs dizaines de milliers de réfugiés consécutivement au génocide des chrétiens dans l’Empire ottoman[2] [2] 250 000 Assyro-Chaldéens auraient été exécutés ;...
suite
, se trouvent dans le nord de l’Irak, essentiellement en milieu rural. Ils étaient plus de 1million en 1987, puis 800000 dans les années 1990, et 500000 depuis 2003, avec donc une hémorragie sur vingt ans si l’on rapporte ces chiffres à ceux qui concernent les autres communautés – la plupart des études situant le groupe entre 3 % et 5% de la population jusque dans les années 1980. Yonadam Kanna[3] [3] Secrétaire général du Mouvement démocratique assyrien...
suite
, élu sur la liste National Rafidain au Parlement irakien, estime que 1 million de chrétiens se seraient exilés depuis les années 1970. Ils représenteraient 80 % des réfugiés irakiens aux États-Unis, en particulier à Detroit et à Chicago, leurs « capitales »[4] [4] D’autres indicateurs soulignent l’ampleur de l’émigration...
suite
. La diaspora s’est également installée au Canada, en Australie, en Nouvelle-Zélande et en Europe (cas spécial de la Suède).

3 La période postérieure à 2003 semble particulièrement critique. Une étude réalisée par les Nations unies sur un échantillon de familles irakiennes réfugiées en Syrie établit que 19,3 % d’entre elles sont d’origine assyro-chaldéenne[5] [5] UNHCR, UNICEF, WFP, Assessment of the Situation of Iraqi...
suite
. Elles seraient aussi les plus nombreuses parmi celles qui sont arrivées dans la capitale jordanienne au premier trimestre 2006. Les déplacements internes en Irak restent majeurs, avec près de 17 000 chrétiens enregistrés par l’Organisation internationale des migrations fin octobre 2006[6] [6] International Office of Migration, Emergency assessment...
suite
.

4 Les Églises chrétiennes – surtout l’Église catholique – et leurs représentants dans les classes politiques ont exigé la mise en œuvre de mesures aux plans national et international. Autrement, ce sera, selon Wijdan Mikha’il, ministre des Droits de l’homme, la disparition des chrétiens à Bagdad et à Mossoul (que la moitié d’entre eux auraient déjà quittée) et, plus généralement, en Irak dans les vingt prochaines années[7] [7] Wijdan Mikha’il est l’un des représentants de l’Iraqi...
suite
. On peut encore citer l’intervention des évêques américains auprès de Condoleezza Rice pour solliciter une protection spéciale des minorités religieuses victimes d’attaques délibérées, en constante augmentation[8] [8] Cf. AsiaNews, « US bishops call for “specific measures”...
suite
.

Grandes vagues de migrations et de déplacements des Assyro-Chaldéens depuis la création de l’Irak

5 Les conflits internes et internationaux ainsi que la politique des déplacements forcés, institutionnalisée par le parti Baas dès qu’il s’est emparé du pouvoir, en 1968, vont être à l’origine des principaux mouvements de population en Irak et toucher les Assyro-Chaldéens, les Turkmènes, entre autres minorités, au même titre que les Kurdes.

6 De 1920 à 2006, l’émigration et les déplacements internes des Assyro-Chal-déens sont continus, avec des pics en 1933, en 1975, dans les années 1980, en 1991 et depuis 2003. Deux périodes de relative accalmie : de 1935 à 1960, soit sous la monarchie et dans les débuts du régime du général Kassem; de1988 à 1990, entre les deux guerres du Golfe.

7 En 1933, la montée en puissance du nationalisme arabe met fin aux revendications territoriales assyriennes.

8 À la fin de la Première Guerre mondiale, les résolutions en faveur de la protection des minorités dans les textes régissant les relations internationales, de même que l’engagement d’un millier d’Assyro-Chaldéens réfugiés de Turquie par les Britanniques comme force auxiliaire durant le mandat, aiguisent le nationalisme radical qui s’installe, en particulier dans l’armée[9] [9] Perçus comme des étrangers, de surcroît chrétiens, ils...
suite
. Les Assyriens sont stigmatisés dans la presse et considérés comme des traîtres.

9 Durant l’été 1933, plusieurs milliers d’entre eux – principalement des civils installés dans la région depuis des générations – sont massacrés par l’armée et par des supplétifs arabes et kurdes à Semel, près de Dehok, ce qui provoque une première émigration de 9 000 personnes en Syrie. Cet événement annonce également le déclin du nationalisme assyrien jusqu’au début des années 1970.

10 De 1960 à 1991, les conflits entre Kurdes et gouvernements irakiens débouchent sur l’évacuation des Assyriens des régions montagneuses.

11 En 1960, les Assyro-Chaldéens résident pour l’essentiel entre Zakho (qui compte alors 45 % de chrétiens) et Amadiyah jusqu’à Diana ; enfin, dans la plaine et la ville de Mossoul. Comme ils vivent sur des territoires revendiqués tant par les nationalistes kurdes que par les nationalistes arabes, ils ne peuvent échapper aux luttes permanentes qui opposent les deux parties. Saddam Hussein, qui met en œuvre une politique continue d’arabisation forcée, procède à des découpages territoriaux à partir de la fin des années 1960. La formation du gouvernorat de Dehok, majoritairement kurde, donne à celui de Ninive (Mossoul) une majorité arabe et répartit administrativement les Assyro-Chal-déens sur les deux communautés, ce qui promeut leur assimilation et favorise également les clivages politiques du fait du lieu de résidence. En 1977, ils disparaissent du recensement, sommés d’opter pour une origine arabe ou kurde.

...


12 S’ils veulent être protégés et reconnus en tant qu’individus, il leur faut s’engager sans faillir auprès du parti au pouvoir ou bien de celui qui est majoritaire dans la région de résidence, principalement le Parti démocratique du Kurdistan[10] [10] Dirigé par Mustafa Barzani, puis par Massoud Barzani. Ils...
suite
(PDK), auquel ils fournissent des combattants et, surtout, de nombreux cadres militaires ou politiques, tel Malek Hormuz Tchiko, emblème de la lutte kurde.

13 Le parti Baas va chercher à obtenir le soutien des Assyro-Chaldéens contre les Kurdes en tentant de former des milices assyriennes ou en faisant quelques ouvertures sur les plans culturel et politique[11] [11] Par exemple la restitution de la nationalité au patriarche...
suite
. En revanche, ceux qui sont restés dans les zones montagneuses seront soumis à des représailles, subiront les razzias régulières des « Djash » (mercenaires kurdes au service du gouvernement) ou seront exclus des amnisties prononcées en faveur des personnes acceptant de se rendre à l’armée.

14 La guerre et l’exode qui se déroule sur fond d’effritement du PDK au milieu des années 1970[12] [12] Quelque 25 000 chrétiens s’enfuient de mars 1974 à mars...
suite
, la formation d’une zone de sécurité aux frontières à la suite des accords d’Alger entre l’Iran et l’Irak en mars 1975, enfin les opérations d’al-Anfal en 1988-1989, aboutissent à la destruction de la quasi-totalité des villages du nord de l’Irak et à la fuite ou à la déportation des habitants. À titre d’exemple : Ali Hassan al-Majid, cousin de Saddam, ordonne des attaques à l’arme chimique, par deux fois, dans une zone où plus de 15 % des villages sont assyro-chaldéens[13] [13] Middle East Watch, Génocide en Irak, la campagne d’Anfal...
suite
; plusieurs milliers d’habitants se réfugient en Turquie. Ailleurs, les expropriations organisées par décret du Conseil de commandement de la révolution permettent de sédentariser sur ces terres des populations arabes. L’exode de plus d’un million de personnes consécutif à la répression du soulèvement des provinces en 1991 emporta les milliers de chrétiens de Dehok, Zakho, Erbil et Kirkouk[14] [14] Dans le camp de Silopi, à la frontière turque, la moitié...
suite
. La vague d’émigration de 200 000 à 300 000 chrétiens dans les années 1990 constitue le mouvement de cet ordre le plus important depuis la Première Guerre mondiale[15] [15] La hiérarchie religieuse en place sous la dictature voit...
suite
.

15 Leur migration vers le centre du pays affaiblit l’alliance avec les Kurdes et accélère le processus d’arabisation des Assyro-Chaldéens. À la fin des années 1980,80 % d’entre eux ont abandonné leurs foyers historiques pour les grandes agglomérations, principalement Bagdad. La capitale compte ainsi une cinquantaine d’églises dans les années 1990, contre seulement 6 en 1909 ; la construction des quartiers de Shorja ou de Batawin, ou encore de Bagdad al-Jadida, marque l’installation de 300000 à 400 000 chrétiens. Le gouvernorat de Ninive, en particulier la plaine, constitue la dernière zone de peuplement ancien et continu.

Les raisons de l’exode depuis 2003

16 Les partis politiques auparavant engagés dans la lutte contre Saddam Hussein prônent évidemment le retour des réfugiés et le droit de vote pour les Irakiens exilés ou déchus de leur nationalité. Il s’agit d’enjeux pour les Assyro-Chaldéens, bien que ce droit au retour soit mis à mal par l’insécurité générale dans le pays.

17 Les attaques terroristes, que la délégation irakienne en visite à Paris en novembre 2006 attribuait aux ex-saddamistes unis aux organisations islamistes sunnites combattantes, dont celles qui sont proches d’al-Qaïda, frappent aussi les chrétiens. Mouaffak al-Roubaïe, conseiller irakien à la sécurité nationale, imputait à ces dernières les attaques simultanées contre les églises : on en a compté trente entre 2003 et octobre 2006[16] [16] Mounia Daoudi, « Appel à l’unité après les attentats...
suite
.

18 Mais les minorités[17] [17] Les Sabéens (Mandéens), les Yézidis, les shabak et les...
suite
sont aussi la cible directe de plusieurs groupes islamistes fondamentalistes cherchant à éradiquer en Irak l’ensemble des non-musulmans ou, plus généralement, tous ceux qui ne suivent pas leurs préceptes. La thématique religieuse post-septembre 2001, l’affaire des caricatures et le discours de Benoît XVI à Ratisbonne, tout comme les soupçons permanents de collusion avec l’Occident, ont attisé la haine contre les chrétiens[18] [18] Cf. Jonathan Steele, « We’re staying and we will resist »,...
suite
. À Mossoul, des familles doivent soutenir financièrement la guérilla sunnite ou bien se convertir. Dès le printemps 2003, Moqtada al-Sadr, le jeune leader chiite radical, exige l’application de la charia, dont l’obligation de porter le voile[19] [19] Cela contrairement à Sistani, qui ne souhaite pas imposer...
suite
; à Bassora, des sentences qui peuvent aller jusqu’à la peine capitale sont infligées aux vendeurs d’alcool et aux coiffeurs chrétiens. Cheikh Muhammad al-Fartusi, proche de Sadr, s’en prend aussi aux laïcs, aux classes moyennes aisées et aux chiites modérés ou appartenant à d’autres partis.

19 Leur faiblesse sur les plans politique et social et leur statut de minorité disposant de peu d’appuis tribaux ou miliciens rendent les chrétiens vulnérables. La plupart d’entre eux estiment avoir toujours été considérés comme des citoyens de seconde zone, malgré des relations courtoises avec les musulmans proches[20] [20] Ils doivent ainsi régler le fasl, souvent imposé par les...
suite
. L’archevêque catholique de Bagdad dénonce un « contexte de dhimmitude voilée » persistant dans les lois comme dans la pratique[21] [21] Mgr Jean Benjamin Sleiman, Dans le piège irakien :...
suite
, avec pour corollaire l’exode des personnes les plus éduquées. Et la Constitution de 2005 ignore les chrétiens, ethniquement, dans son préambule. Politiquement divisés – huit listes en concurrence aux élections de janvier 2005 – et donc faiblement représentés au sein de la nouvelle assemblée parlementaire, ils disposent de deux ministres, chargés des Droits de l’homme et de l’Industrie, mais appartenant respectivement à l’Iraqi National List d’Iyad Allawi et à l’Alliance kurde.

20 La pratique organisée des enlèvements, avec spoliation des biens en cas de départ, génère des revenus considérables au bénéfice de plusieurs groupes islamo-mafieux ou de miliciens affiliés à des partis politiques ; elle a pour cible les classes moyennes, où les chrétiens sont majoritairement représentés.

21 L’exacerbation des clivages communautaires et religieux depuis l’attentat contre la mosquée de Samarra, en février 2006, et la lutte pour le contrôle de certains quartiers touchent Bagdad al-Jadida ou al-Dawra, un quartier qui ne comptait plus que 20 % de chrétiens, contre 50 % auparavant[22] [22] Cf. Martine Gozlan, « Comment un quartier de Bagdad a...
suite
.

22 Plusieurs attentats ou assassinats perpétrés à Bagdad et à Mossoul, parmi lesquels la décapitation du prêtre syriaque orthodoxe Paulos Iskandar en octobre 2006, seraient des mesures de rétorsion à l’encontre de ceux qui prennent position en faveur des Kurdes ou acceptent d’être aidés financièrement par eux.

23 Enfin, l’absence de soutien au développement économique de la plaine de Ninive et les initiatives d’une partie de la diaspora – comme la Fédération chaldéenne d’Amérique, qui vise essentiellement à l’intégration aux États-Unis[23] [23] <www. chaldeanfederation. org/ > :la Fédération...
suite
– n’incitent pas les chrétiens à rester dans leur pays.

Les solutions envisagées pour freiner l’exode des minorités irakiennes

24 Dès 1991, plusieurs dizaines de milliers d’Assyro-Chaldéens[24] [24] 30 000 à 50 000 selon les sources ; deux ou trois...
suite
engagent la reconstruction de leurs villages, détruits durant les années 1960, dans la région kurde au-dessus du 36e parallèle, région que ne contrôle plus Saddam Hussein. Font obstacle à ce retour les affrontements entre l’armée turque et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) dans les années 1990. De même, l’injuste répartition des revenus générés par la résolution « Pétrole contre nourriture » et les spoliations de terres et de villages entravent la réinstallation. Les représentants du PDK – les chrétiens sont peu nombreux dans la zone de l’Union patriotique du Kurdistan (UPK) – assurent qu’il ne reste plus que quelques cas litigieux, contrairement au dossier kurde. Malgré des ouvertures sur les libertés de la presse, d’association et d’enseignement en langue syriaque, les comités de conciliation échouent et les relations entre les deux communautés se dégradent. Cinq membres du MDA sont assassinés dans les années 1990, parmi lesquels Francis Yusuf Shabo, ex-opposant connu au régime de Saddam et membre du Parlement du Kurdistan, où il avait plaidé en faveur d’une loi pour empêcher les confiscations de biens (assassinat qui ne sera jamais élucidé[25] [25] Amnesty International, Iraq : Human rights abuses in...
suite
 ).

...


25 À partir de fin 2005, le gouvernement régional du Kurdistan évolue sur la reconstruction des villages chrétiens. Certes, on veut toujours affaiblir les partis assyriens, auxquels on a traditionnellement opposé des organisations patronnées, mais les Kurdes veulent maintenant s’assurer de l’appui de la population chrétienne dans une période cruciale : tracé de la région fédérale avec éventuelle extension en direction des gouvernorats de Kirkouk et de Ninive. Les responsables kurdes souhaitent aussi contrecarrer les stratégies de l’Union islamique du Kurdistan, qui s’est retirée de l’Alliance kurde aux dernières élections législatives : ils ont ainsi passé outre à son opposition à l’ouverture de deux églises évangéliques[26] [26] Cf. Chris Kutschera, « L’exode des chrétiens d’Irak »,...
suite
. Le soutien aux chrétiens s’explique aussi par la nécessité de répondre à la critique internationale : on reproche aux Kurdes d’avoir laissé à l’abandon les villages chaldéens du Nord, où affluent les déplacés en provenance de Bagdad, de Mossoul et de Bassora. Le gouvernement régional serait ainsi devenu dépositaire de capitaux américains spécifiquement alloués à des projets en faveur de ces populations.

Un gouvernorat pour les minorités ?

26 Le MDA et d’autres partis comme l’Assyrian Democratic Organisation (ADO) prônent la formation d’un gouvernorat associant d’autres minorités (shabak[27] [27] Communauté chiite d’origine iranienne, présente par...
suite
et yézidis[28] [28] Cf. Heather Maler, « Iraq : Christian Minority Seeks...
suite
 ) ; celui-ci inclurait les districts de Qaraqosh, Tell Qayf, Sheikhan/al-Shikhan, éventuellement la partie sud-ouest du gouvernorat de Dehok (district de Semel avec la plaine de Selevani) et le district de Sinjar[29] [29] Sheikhan/ al-Shikhan étant zone mixte : Yézidis, Assyro-Chaldéens...
suite
. Cela permettrait, dans l’esprit des auteurs de ce projet, d’enrayer l’exode des chrétiens irakiens en leur garantissant sécurité et développement[30] [30] Cf. Michael Youash, « An Assyrian Administrative Unit :...
suite
. C’est dans la plaine de Ninive, proche de Mossoul et d’Erbil, que se trouvent les vestiges de l’ancienne capitale assyrienne, d’où son importance pour les Assyro-Chal-déens ; il y subsiste plusieurs villes et villages entièrement chrétiens, et les Kurdes y sont inexistants, exception faite du district de Sheikhan/al-Shikhan principalement peuplé de Yézidis[31] [31] Même si une partie des Yézidis estime ne pas appartenir...
suite
, une secte à doctrine syncrétique; mais elle est, tout comme la ville de Mossoul, au cœur des revendications des Kurdes et des Arabes et constitue, en termes de sécurité, un point nodal pour les uns comme pour les autres.

...


27 Une nouvelle ébauche de Constitution, discutée fin 2006 au Parlement kurde[32] [32] Il diffère de ceux d’avant 2003, où seul le sous-district...
suite
, reprend les propositions des Assyro-Chaldéens, mais rattache le gouvernorat autonome revendiqué à la région kurde. Deux ministres chrétiens du gouvernement régional – Sarkis Aghajan, ministre des Finances, chargé de la reconstruction des villages chrétiens, ainsi que Nimrud Baito, ministre du Tourisme, secrétaire général de l’Assyrian Patriotic Party (APP)– déclarent que l’appui des Kurdes reste indispensable à la réalisation du projet et que le financement d’une garde forte de milliers d’hommes pour la protection des localités chrétiennes est déjà garanti[33] [33] Ce projet fait l’objet d’un mémorandum soutenu par...
suite
. Or, les Arabes sunnites considèrent que ce territoire fait partie du gouvernorat de Mossoul[34] [34] L’épuration des habitants kurdes de la rive gauche du...
suite
. Selon le MDA, la réalisation du projet kurde aurait pour conséquence une réaction immédiate et violente de ceux-ci, et le parti prédit une intensification des attaques contre les chrétiens.

Conclusion

28 La question des minorités peut difficilement être résolue en dehors d’une stabilisation de l’Irak. La situation des chrétiens demeure particulièrement fragile. L’assassinat de Yeshod Majid Hedaya, responsable du Mouvement unifié indépendant syriaque qui, le 31 octobre 2006, avait présenté au gouvernement central une demande d’autonomie concernant quatre districts, est révélateur. Sans compter l’incertitude sur l’attitude qu’adopteront les Kurdes : leur actuelle Constitution régionale ne spécifie pas la possibilité de former des entités autonomes à l’intérieur du Kurdistan.

29 Les chrétiens, soutenus par les partis laïques, devront également établir des relations privilégiées avec les musulmans modérés et convaincre en particulier les chiites du bien-fondé de leur demande tout comme de l’importance de leur présence en Irak pour la reconstruction et le développement du pays.

30 Reste que les États-Unis et l’Europe ne se sont pas prononcés sur la question des minorités en Irak et de leur sécurité; pas plus qu’ils ne se sont investis politiquement ou économiquement dans cette affaire.

 

Notes

[ 1] Divisés sur la nature du Christ, les syriaques, chrétiens d’Orient, se séparent au Ve siècle en deux branches : les nestoriens, appelés aussi assyriens, et les monophysites, ou jacobites. Nouvelle scission en 1552 : d’une part, les chaldéens, de l’autre, les jacobites catholiques. La langue syriaque reste utilisée par le biais de différents dialectes araméens, dont le soureth, parlé principalement en Irak. Retour

[ 2] 250 000 Assyro-Chaldéens auraient été exécutés ; parmi les réfugiés se trouvaient entre autres les survivants des tribus nestoriennes de l’Hakkari. Retour

[ 3] Secrétaire général du Mouvement démocratique assyrien (MDA), représenté en 2003 au sein du Conseil intérimaire de gouvernement, puis du gouvernement d’Iyad Allawi. Retour

[ 4] D’autres indicateurs soulignent l’ampleur de l’émigration de cette minorité : aux élections de2005, la liste assyro-chaldéenne, National Rafidain, comptera parmi les listes ayant obtenu le plus grand nombre de voix en Syrie, aux États-Unis (respectivement 29 % et 26 % des votes des expatriés), en Australie et au Canada ; cf. The Independent Electoral Commission of Iraq, Iraq Out-of-Country Voting 2005 Transitional Assembly Voting Provisional Results. Retour

[ 5] UNHCR, UNICEF, WFP, Assessment of the Situation of Iraqi Refugees In Syria, mars 2006. Retour

[ 6] International Office of Migration, Emergency assessment – displacement due to Recent Violence (post 22 Feb 2006) Central and Southern 15 Governorates, 30 octobre 2006. Retour

[ 7] Wijdan Mikha’il est l’un des représentants de l’Iraqi National List d’Iyad Allawi au sein de l’actuel gouvernement irakien ; cf. Mark Lattimer, « In 20 years, there will be no more Christians in Iraq », The Guardian, 6 oct. 2006, <www.guardian.co.uk/Iraq/ Story/0,,1888848,00.html>. Retour

[ 8] Cf. AsiaNews, « US bishops call for “specific measures” to protect Iraqi Christians », 31 oct. 2006, <www.asianews.it/view.php ?l=en&art=7633>.Retour

[ 9] Perçus comme des étrangers, de surcroît chrétiens, ils seront le premier groupe cible des nationalistes radicaux arabes et de la propagande du gouvernement de Rachid Ali al-Gaylani. Suivront la répression des Yézidis en 1935, des pogroms contre les Juifs en 1948-1950, la déportation des Kurdes fayli de 1969 à 1980, le génocide des Kurdes de 1975 à 1990 et les massacres de chiites en 1991. Retour

[ 10] Dirigé par Mustafa Barzani, puis par Massoud Barzani. Ils sont également très présents au sein du parti communiste dès sa fondation. Retour

[ 11] Par exemple la restitution de la nationalité au patriarche nestorien et des biens de l’Église nestorienne confisqués après les événements de 1933. Retour

[ 12] Quelque 25 000 chrétiens s’enfuient de mars 1974 à mars 1975. Retour

[ 13] Middle East Watch, Génocide en Irak, la campagne d’Anfal contre les Kurdes, Paris, Karthala, 2003. Sur les 782 disparus recensés durant cette dernière phase, 150, soit environ 20 %, étaient des Assyro-Chaldéens. Retour

[ 14] Dans le camp de Silopi, à la frontière turque, la moitié des réfugiés étaient des Assyro-Chaldéens. Retour

[ 15] La hiérarchie religieuse en place sous la dictature voit dans l’embargo une cause majeure de l’émigration de la décennie 1990 ; le Mouvement démocratique assyrien, lui, insiste sur les préjudices économiques fondés sur l’islam pour obtenir le soutien des pays musulmans, en particulier la fermeture des commerces d’alcool, dont le monopole appartenait aux chrétiens ; cette propagande, initiée dès la guerre avec l’Iran de 1980-1988, sera renforcée dans les années 1990 et conduira à la mention d’« Allahou Akbar » sur le drapeau national ; elle n’est pas étrangère à la montée du fondamentalisme islamique dans un pays qui n’a jamais connu de séparation entre Église et État. Retour

[ 16] Mounia Daoudi, « Appel à l’unité après les attentats anti-chrétiens », RFI Actualités, <www.rfi.fr/actufr/articles/056/article_29637.asp>,2 août 2004. L’ayatollah al-Sistani condamnera les attentats contre les églises : cf. « Irak : Ali Sistani qualifie de “crimes terribles” les attentats anti-chrétiens », AFP, 2 août 2004 ; Nimrod Raphaeli, « The Plight of Iraqi Christians », MEMRI (Inquiry and Analysis Series n° 213), <http ://memri.org/ bin/articles.cgi ?Page=archives&Area=ia&ID=IA21305>, mars 2005. Retour

[ 17] Les Sabéens (Mandéens), les Yézidis, les shabak et les kakais. Retour

[ 18] Cf. Jonathan Steele, « We’re staying and we will resist », Guardian Unlimited, <www. politics.guardian.co.uk/Iraq/Story/0,,1961206,00.html>, 30 nov. 2006. Des « Brigades d’élimination des agents et espions chrétiens » ciblent les personnes qui travaillent auprès des armées d’occupation. Retour

[ 19] Cela contrairement à Sistani, qui ne souhaite pas imposer cette obligation; cf. Juan Cole, « The United States and Shi’ite Religious Factions in Post-Baath’ist Iraq », Middle East Journal, 8 oct. 2003, <www.mideasti.org/pdfs/543-566mejCole5704.pdf>.Retour

[ 20] Ils doivent ainsi régler le fasl, souvent imposé par les chefs de tribu pour régler les contentieux. Retour

[ 21] Mgr Jean Benjamin Sleiman, Dans le piège irakien : le cri du cœur de l’archevêque de Bagdad, Paris, Presses de la Renaissance, 2006. Retour

[ 22] Cf. Martine Gozlan, « Comment un quartier de Bagdad a sombré dans la guerre civile », Marianne, n° 465,18-24 mars 2006, <www.marianne-en-ligne.fr/archives/e-docs/00/00/5D/ 0E/document_article_marianne.phtml> ; « Entretien avec Yonadam Kanna, secrétaire général du Mouvement démocratique assyrien », Outre-Terre, n° 14, Arabies malheureuses II, mars 2006, p. 183-186.Retour

[ 23] <www.chaldeanfederation.org/> :la Fédération a milité avec succès en août 2006 pour que soient levées les restrictions sur l’immigration des chrétiens irakiens ; elle estime que la violence ciblée dont ils sont l’objet n’autorise pas un retour des réfugiés dans leur pays ; elle a lancé l’opération « R4 » (Research, Rescue, Relief and Resettlement) et un appel financier aux Chaldéens des États-Unis pour leur installation. Certains réfugiés irakiens en Jordanie parlent, sous couvert d’anonymat, d’un exode des Assyro-Chaldéens délibérément organisé, tout comme le serait l’insécurité en Irak, par le Mossad, la CIAet l’Iran. Retour

[ 24] 30 000 à 50 000 selon les sources ; deux ou trois familles par jour, souvent issues d’un milieu peu aisé, se pressent dans les églises de Dehok en 1992-1993. Retour

[ 25] Amnesty International, Iraq : Human rights abuses in Iraqi Kurdistan since 1991, Londres, 1995. Retour

[ 26] Cf. Chris Kutschera, « L’exode des chrétiens d’Irak », Le Monde 2, 28 oct. 2006. Retour

[ 27] Communauté chiite d’origine iranienne, présente par exemple dans le district de Qaraqosh. Retour

[ 28] Cf. Heather Maler, « Iraq : Christian Minority Seeks Haven From Violence », RFE/RL, 18 oct. 2006, <www.rferl.org/featuresarticle/2006/10/40228640-c96c-4881-bb37-375bd13 46efc.html>. Retour

[ 29] Sheikhan/al-Shikhan étant zone mixte : Yézidis, Assyro-Chaldéens (surtout dans la ville), Kurdes et quelques familles arabes dans les alentours ; Sinjar reste majoritairement yézidi, avec une population kurde. Retour

[ 30] Cf. Michael Youash, « An Assyrian Administrative Unit : Ending the Exodus of Iraq’s Most Vulnerable », Nineveh.com, <www.nineveh.com/An%20Assyrian%20Administra tive%20Unit.htm >.Retour

[ 31] Même si une partie des Yézidis estime ne pas appartenir à la communauté kurde. Retour

[ 32] Il diffère de ceux d’avant 2003, où seul le sous-district de Zimar, dans le gouvernorat de Ninive, était incorporé à la région kurde ; cf. Chris Kutschera, « The Kurds’Secret Scenarios », Middle East Report, n° 225, In the Shadow of War : Iraq, Israel, Palestine, hiv. 2002. Retour

[ 33] Ce projet fait l’objet d’un mémorandum soutenu par l’APP, le Bet-Nahrain Democratic Party (BNDP), la Bet-Nahrain Patriotic Union, le Chaldean Democratic Forum, le Chaldean Cultural Association et le Chaldo-Ashur Organization ; cf. <www.zindamagazine.com>, vol. XII, 23,20 nov. 2006. Retour

[ 34] L’épuration des habitants kurdes de la rive gauche du Tigre, à Mossoul, soit dans les quartiers de Sumer, Tahrir, Intisar et Sinaa, a fait elle aussi des milliers de déplacés. Retour

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Françoise Brié « Migrations et déplacements des Assyro-Chaldéens d'Irak », Outre-Terre 4/2006 (no 17), p. 455-467.
URL :
www.cairn.info/revue-outre-terre-2006-4-page-455.htm.
DOI : 10.3917/oute.017.0455.