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Outre-Terre

2011/4 (n° 30)

  • Pages : 440
  • ISBN : 9782918587088
  • DOI : 10.3917/oute.030.0393
  • Éditeur : Outre-terre

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La revue Asie occidentale et Afrique (Xiya Feizhou) – publiée par l’Institut d’études africaines et ouest-asiatiques de l’Académie des sciences sociales de Chine – a consacré sa livraison de mai 2011 à un bilan de la recherche chinoise sur l’Afrique. De son propre aveu, cette dernière est assez catastrophique et nous proposons ici les conclusions de trois articles faisant un état des recherches sur les relations sino-africaines, sur l’économie africaine et sur le droit africain. Outre les remarques des auteurs, ce qui frappe c’est que ceux-ci ont très souvent tendance à considérer l’Afrique comme un bloc homogène qui serait, un peu à l’image de la Chine, un vaste espace néanmoins uni par une langue, une culture, des institutions – si non même un gouvernement. On parlera donc plus volontiers de « droit africain » que de « droits africains » Aussi la connaissance des langues officielles des pays de ce continent n’est-elle jamais mentionnée comme impérative – d’autant que la maîtrise de la seule langue anglaise par ces chercheurs est souvent problématique pour ne pas évoquer celle de l’arabe ou du français voire du portugais, ni a fortiori du ouolof, du peul, du soninké… C’est cette supposée homogénéité qui permet à un intellectuel chinois de formuler un diagnostic catégorique sur toute l’Afrique dans une nouvelle revue publiée sur iPhone et iPad par la CITIC (groupe tentaculaire et polymorphe sous la tutelle directe du gouvernement chinois) et intitulée Le courrier des penseurs (Xin rui). Dans son numéro 5 (juillet 2011), Yu Xiangdong délivre cette équation définitive quant à l’Afrique : tribalisme plus oligarchie égale corruption d’où la nécessaire exportation des matières premières africaines. En conclusion, la Chine pourrait en toute légitimité et sans états d’âme aucuns profiter de cette opportunité pour son propre développement puisqu’elle n’est pas la cause de cet état de fait.

À PROPOS DES RECHERCHES SUR LES RELATIONS SINO-AFRICAINES

ZHANG ZHONGXIANG, ASIE OCCIDENTALE ET AFRIQUE, 2011/5, P. 68

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D’une manière générale, les chercheurs chinois ont obtenu des résultats en ce qui concerne l’histoire des communications entre la Chine et l’Afrique et celle de leurs relations à l’époque moderne – y compris l’histoire des Chinois outre-mer. En revanche, la qualité des recherches sur ces relations à l’époque contemporaine doit être améliorée. L’Afrique, cela veut dire 53 pays auxquels il faut ajouter des organisations régionales et sous-régionales, aussi l’étude des relations entre la Chine et l’Afrique ne peut-elle se limiter à celle des relations ente la Chine et le continent africain pris dans son ensemble ; il importe de mener des analyses plus en profondeur et plus détaillées (…).

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Les relations sino-africaines sont un modèle de relations Sud-Sud, les chercheurs chinois doivent en faire le bilan et le promouvoir, opérer une montée en généralité afin d’orienter le monde scientifique international et de maîtriser les opportunités internationales de s’exprimer et non se contenter de simplement répondre aux accusations occidentales. (…) Il est indispensable que davantage de chercheurs chinois aillent par le monde, discutent et échangent leurs idées directement avec les chercheurs étrangers, leur présentent les résultats de leurs recherches et participent de la sorte au courant dominant de la recherche internationale. Généralement, les chercheurs chinois sont émotionnellement impliqués à l’égard de l’Afrique et des relations sino-africaines ; tous ont une approche très positive des relations sino-africaines, ce qu’il faut reconnaître et encourager plus avant. Dans le même temps, il importe que les chercheurs adoptent une posture parfaitement objective et qu’ils s’emploient à maîtriser leurs sentiments afin de mener des études prospectives et ciblées des relations sino-africaines et manifester ainsi leur utilité tout comme assumer leur responsabilité sociale.

À PROPOS DES RECHERCHES SUR L’ÉCONOMIE AFRICAINE

LI ZHIBIAO, ASIE OCCIDENTALE ET AFRIQUE, 2011/5, P. 30

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On ne peut manquer de noter que les recherches chinoises sur l’économie africaine progressent et se développent de jour en jour. Néanmoins un certain nombre de problèmes très graves se manifestent en permanence qui non seulement affectent les recherches sur l’économie africaine mais encore mettent en péril le développement sain des recherches sur l’Afrique en général ; ceci à tel point que cette situation a alerté le monde [chinois] de la recherche sur l’Afrique et plus particulièrement les plus grandes institutions [chinoises] de recherche sur l’Afrique. En premier lieu, la recherche s’intéresse prioritairement aux questions d’actualité brûlante et néglige les connaissances de base. Cela aboutit à des études redondantes et à une raréfaction des réflexions approfondies. En conséquence, peu de gens s’investissent pour étudier des questions exigeant beaucoup de temps comme l’histoire économique de l’Afrique, les économies et les systèmes financiers des pays africains etc. Faute d’une maîtrise des connaissances de base et d’une compréhension de l’arrière- plan des sujets d’actualité brûlante, les articles traitant de ces questions d’actualité sont le plus souvent très superficiels. En second lieu, la recherche est de plus en plus menée comme un travail d’ingénieur et non de chercheur scientifique. Les chercheurs se transforment peu à peu en spécialistes de la gestion de projets ; ils répondent à des programmes temporaires confiés par les autorités et les entreprises qu’ils exécutent en fonction de normes et de délais imposés ; ils ont donc rarement le temps de mener des réflexions approfondies et de s’attarder sur les domaines qui les intéressent. (…) En troisième lieu, la recherche manque de soubassement théorique. [Dès 1998] je notais dans l’introduction de l’ouvrage Parlons du monde « que ce qui manquait le plus à la recherche chinoise sur l’économie de l’Afrique, c’étaient les recherches théoriques et que la majorité des travaux ne faisait que compiler des données ». Personnellement, je considère qu’à l’époque où les informations manquaient, les réflexions théoriques étaient encore assez nombreuses ; aujourd’hui que nous sommes à l’ère de l’information, cette réflexion risque de disparaître sous une surabondance des données. En quatrième lieu, on constate un développement inégal des thèmes de recherche ; les relations sino-africaines, l’économie africaine sont des thèmes relativement bien abordés ; en revanche la politique africaine, l’histoire de l’Afrique… sont des thèmes négligés. (…) Le problème est que les études africaines réclament une approche interdisciplinaire. Face à certains enjeux majeurs et certaines questions urgentes, il est souvent nécessaire de faire appel à des chercheurs spécialisés dans différents domaines qui mettent le plus souvent l’accent sur les thèmes à la mode et négligent ceux qui sont moins porteurs ; l’arbre leur cache alors la forêt et leur vision est d’autant limitée.

À PROPOS DES RECHERCHES SUR LE DROIT AFRICAIN

HONG YONGHONG , GUO JIONG , ASIE OCCIDENTALE ET AFRIQUE, 2011/5, P. 46

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La recherche et l’enseignement du droit africain en Chine se développent progressivement, mais il y a encore un large fossé entre la réalité et les besoins. « Notre connaissance du droit africain est insuffisante », comme le faisait remarquer en 2008 Dai Bingguo – membre du Conseil des affaires de l’État – lors de la conférence annuelle sur le droit international. « [C’est pourquoi] Nous devons considérablement renforcer l’étude et l’enseignement du droit africain ». D’une manière générale, la recherche sur le droit africain connaît deux problèmes principaux. Le premier est que ces recherches sont trop générales et trop superficielles, qu’elles manquent de la profondeur nécessaire. Le second est que leur objet n’est pas assez lié aux réalités africaines, qu’elles n’ont en particulier aucune prétention stratégique et répondent peu à la demande sociale chinoise qui n’est pas seulement en quête d’une compréhension des aspects généraux du droit africain mais aussi de recommandations pratiques.

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De fait l’étude du droit africain est un domaine très large [et] au moins quatre directions devraient être suivies. La première serait de se concentrer sur les recherches relatives aux cultures traditionnelles comme la culture juridique africaine, le droit coutumier africain, le droit religieux africain, le droit africain d’origine romano-germanique, le droit africain d’origine anglo-saxonne. La deuxième serait de promouvoir des monographies disciplinaires en droit constitutionnel africain, en droit pénal africain, en droit civil et commercial africain, en procédure civile africaine. La troisième serait de s’intéresser aux droits des pays et des ethnies de ces pays comme le droit d’Afrique du Sud, le droit égyptien, le droit dinka. La quatrième serait de s’interroger sur les droits africains de l’Homme afin d’appréhender les différences entre la vision chinoise et celle des Africains et ainsi de contribuer aux relations diplomatiques sino-africaines.

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Aujourd’hui nous devrions entreprendre des recherches dans plusieurs domaines. D’abord, il s’agirait de suivre l’évolution du droit des investissements dans les pays africains afin de soutenir l’investissement chinois en Afrique. Ces dernières années, le contrôle des investissements par les pays africains est tantôt draconien, tantôt laxiste ; il faut donc en l’occurrence assurer une veille active. Ensuite, il faut renforcer l’étude du droit africain du travail. En 2010, l’auteur de ces lignes s’est rendu au Kenya où il a pu constater que les conflits entre les entreprises chinoises et les travailleurs locaux étaient très nombreux et affectaient gravement la production. C’est un phénomène digne d’attention. Et puis il faut qui plus est développer l’étude du droit commercial africain y compris le droit fiscal, la législation douanière, l’application des règles de l’OMC relatives aux mesures anti-dumping, aux subventions et aux sauvegardes [2][2] En chinois, cette longue phrase est résumée par l’expression...… (voir à ce propos les procédures anti-dumping en cours en Afrique du Sud). Enfin, il faut renforcer le contrôle juridique sur les entreprises chinoises en Afrique. Depuis que la Chine participe à l’OMC, les investissements à l’étranger des entreprises chinoises ne sont plus soumis à autorisation mais à enregistrement, de même que le seuil d’investissement pour ces entreprises a été considérablement abaissé. Comme la réforme des entreprises en Chine a conduit à leur entière autonomie, le gouvernement chinois ne peut plus utiliser des procédures administratives pour infléchir leur gestion. Il faut aussi renforcer le contrôle législatif des entreprises à capitaux chinois ayant investi en Afrique afin que la coopération économique et le commerce sino-africains puissent se développer durablement.

Notes

[1]

Sinisante, journaliste free-lance.

[2]

En chinois, cette longue phrase est résumée par l’expression « liang fan yi bao » soit « deux anti et une assurance ».

Plan de l'article

  1. À PROPOS DES RECHERCHES SUR LES RELATIONS SINO-AFRICAINES
    1. ZHANG ZHONGXIANG, ASIE OCCIDENTALE ET AFRIQUE, 2011/5, P. 68
  2. À PROPOS DES RECHERCHES SUR L’ÉCONOMIE AFRICAINE
    1. LI ZHIBIAO, ASIE OCCIDENTALE ET AFRIQUE, 2011/5, P. 30
  3. À PROPOS DES RECHERCHES SUR LE DROIT AFRICAIN
    1. HONG YONGHONG , GUO JIONG , ASIE OCCIDENTALE ET AFRIQUE, 2011/5, P. 46

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