Parlement[s], Revue d'histoire politique
L'Harmattan

I.S.B.N.sans
144 pages

p. 110 à 112
doi: en cours

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Magazine : La politique vue autrement

n° 1 2004/1

2004 Parlement[s] Magazine : La politique vue autrement

Dessins, affiches et caricatures

Annie Duprat Professeur d’histoire moderne à l’IUFM de Versailles
 
Europe, Europes : figures et allégories
 
 
Agrandir l'image 1L’Enlèvement d’Europe, peinture de François Boucher (1703-1770).
Musée du Louvre, Paris, Ph © Archives Larbor
L’histoire commence par l’enlèvement d’une jeune princesse à la beauté remarquable, Europe, par le roi des dieux, Zeus, le Jupiter de la tradition romaine. Faisant montre de beaucoup de ruse, il se transforme en un taureau très doux afin de pouvoir l’approcher ; dès qu’Europe lui prodigue quelques caresses, il l’enlève sur son dos et l’emporte à la nage vers la Crète. Ce récit des origines rapporté par Hésiode au viiie siècle avant notre ère a inspiré tous les peintres des âges classique et baroque, comme en témoigne, par exemple, l’Allégorie de l’Europe, fresque de Tiepolo (1753) qui orne le plafond du grand escalier de la résidence des princes-évêques de Würtzburg. À la fin des années 1990, lorsque le scandale de la maladie de la vache folle éclabousse plusieurs pays de l’Union européenne, des caricaturistes inspirés, comme Ronald Searle en Angleterre ou Plantu en France, ont retrouvé la trace de la mythologie grecque : le premier renverse les rôles et montre une jeune Europe courbée sous le poids d’une vache-Zeus très mal en point, tandis que le second résume l’affaire en associant les attributs de l’iconologie classique avec les signes les plus récents de la caricature politique. Il dessine en effet une vache coiffée de l’entonnoir des fous (cher au Michel Debré de Wolinski) dont la robe a été confectionnée avec le drapeau européen, chevauchée par une jolie allégorie féminine de l’Europe, dont la coiffure est une tour crénelée, tandis que Jacques Delors s’exclame « je crains une maladie de l’Europe folle ».
Agrandir l'image 2Plantu, dessin sur l’Europe, mars 1996.
© Plantu
De la jeune fille Europe de l’Antiquité jusqu’au drapeau bleu orné d’un cercle formé de douze étoiles d’or adopté par le Conseil de l’Europe en 1955, d’autres représentations ont émaillé notre histoire. Au Moyen Âge, les trois fils de Noé, Sem, Cham et Japhet sont les figures emblématiques des continents alors connus, le premier pour l’Asie, le second pour l’Afrique et le dernier pour l’Europe. Avec la Renaissance, et l’italien Cesare Ripa, vient le temps des iconologies à prétentions universelles. Et Ripa de décrire l’Europe « cette partie du monde qui excelle par dessus toutes les autres, nous est figurée par une dame royalement vêtue d’une robe de plusieurs couleurs […] pour montrer par là, comme le remarque Strabon, que cette partie du monde est grandement riche et que les beautés en sont diverses ».
Le domaine de la caricature politique innove en montrant, au xviiie siècle, les princes européens découpant, pour se le partager, « le gâteau des rois », tandis que le xixe siècle voit apparaître des images plus parlantes au premier regard qui associent la forme des pays avec leurs attributs stéréotypés, l’ours pour la Russie, une belle Andalouse endormie pour l’Espagne ou encore une vieille femme agressive pour l’Angleterre. Et, quand Aristide Briand lance son projet d’États-Unis d’Europe, la caricature le montre en serveur de restaurant apportant un « Château-Briand » qui n’est autre qu’un bien fragile château de cartes…
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