Parlement[s], Revue d'histoire politique
L'Harmattan

I.S.B.N.sans
168 pages

p. 116 à 135
doi: en cours

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Recherche : L'espace des chercheurs – Le modèle politique américain

n° 2 2004/2

Les États-Unis aiment à se voir et être vus comme la plus grande démocratie au monde et se proposent régulièrement d’exporter leur modèle politique et la démocratie ; c’est l’aide à l’émergence de la nation (nation building). Les articles d’auteurs américains abondent qui montrent que les documents fondateurs (dont la déclaration d’Indépendance) ont influencé toutes les constitutions du monde, y compris celle de la Ve République. Et d’autres s’exaspèrent de ce messianisme, présent dès l’origine, et toujours plus arrogant. Or, le mot « démocratie » n’est pas mentionné dans la Constitution, adoptée en 1787 et toujours en vigueur aujourd’hui, complétée de seulement vingt-six amendements. Et ce n’est pas un hasard car la lecture des Federalist Papers nous confirme que la priorité des Fédéralistes était un gouvernement fort, entouré de nombreux garde-fous destinés à isoler les rouages du pouvoir de la populace. Ainsi que Hamilton le dit, « si les hommes étaient des anges, il n’y aurait pas besoin de gouvernement » et l’abus (ou la concentration) de pouvoirs étant potentiellement dangereux, il faut des mécanismes protecteurs. Ce sont la séparation des pouvoirs (verticale et horizontale) et le système de freins et contrepoids.
Durant la période actuelle, les gardes fous traditionnels n’ont pas fonctionné de façon satisfaisante. Et ce pilier de la démocratie que devrait être le droit de vote continue d’être mis à mal. Pourtant, les risques de dérapages semblables à ceux de 2000 dont les causes n’étaient pas éliminés pour les élections de 2004, n’ont pas eu lieu. Ces atteintes au droit de vote résultent à la fois de mécanismes institutionnels et systémiques qui privent le citoyen de son pouvoir d’agir avec effectivité sur l’issue du scrutin et de facteurs conjoncturels.
 
Peut-on encore parler de « séparation des pouvoirs » ?
 
 
La situation actuelle résulte d’un double phénomène, les attentats terroristes de 2001 et les élections de 2002, qui sont en partie le résultat du climat de psychose dû à la lutte contre le terrorisme. Et, pour la première fois depuis longtemps, les deux branches du pouvoir, l’exécutif et le législatif, sont aux mains, non seulement du même parti politique, les Républicains, mais d’une branche très conservatrice, à droite et religieuse de ce même parti Républicain. En conséquence, le système de séparation des pouvoirs et de freins et contrepoids, mis au point par les Pères Fondateurs, ne fonctionne plus. Les exemples de la mainmise de l’administration Bush sur les institutions abondent : mainmise de la Présidence sur le Congrès et, dans une moindre mesure, sur les juridictions fédérales et la Cour Suprême. En effet, non seulement le Président s’arroge le droit de décider seul au plan interne et international, mais il donne pratiquement des ordres aux deux autres branches, leur indiquant clairement ce qu’ils doivent faire (voter telle loi) ou ne pas faire (examiner les recours des prisonniers de Guantanamo)…
 
Mainmise sur le Congrès
 
 
Dans le système américain, le Congrès a deux fonctions principales : voter la loi et contrôler l’exécutif. Si l’on considère la période postérieure au 11 septembre 2001, force est de constater que le Congrès vote ce que le Président lui demande. Ce furent la résolution conjointe autorisant la guerre en Irak, puis les lois de finances autorisant les réductions d’impôts et les dépenses supplémentaires pour mener la guerre et l’après-guerre en Irak. Deux autres lois récentes, la loi sur l’énergie et la loi sur le remboursement des médicaments aux personnes âgées, montrent aussi clairement que les desiderata de l’administration Bush ont été bien entendus par le Congrès. Le cas de la loi sur l’énergie, votée en novembre 2003, est révélateur de l’absence de freins et contrepoids et aussi de la mainmise du milieu des affaires sur le système politique ; le texte est truffé d’incitations fiscales tous azimuts pour le charbon, le pétrole ou le gaz (c’est-à-dire les industries polluantes et celles où les amis du Président et les donateurs à ses campagnes ont de gros intérêts). Cette loi a aussi pour caractéristique d’accroître le déficit budgétaire de 23,5 milliards de dollars sur dix ans pour atteindre un total de 31 milliards de dollars, huit milliards seulement étant consacrés aux énergies renouvelables et à la mise en place de politiques d’économie d’énergie. Le vote de ces diverses lois met aussi en lumière la perversion des mécanismes institutionnels. Ainsi, le filibuster (ou flibuste) peut permettre à une minorité de s’opposer à un texte en monopolisant la parole au Sénat et en faisant de l’obstruction. Les Démocrates auraient pu, ou dû, trouver les 41 voix nécessaires pour tenir une obstruction [1] au Sénat, mais le Président a su obtenir le soutien de Démocrates influents des États agricoles, qui ont obtenu leur petit cadeau, selon la pratique bien connue des échanges de bons procédés [2]. Ainsi des subventions élevées pour l’éthanol, carburant fabriqué à partir du maïs et du soja ont joué un rôle important pour rendre silencieux deux Démocrates de premier rang, Tom Harkin de l’Iowa et Tom Dashle du Dakota du Sud (qui a perdu son siège en 2004). Ici donc une loi sans doute fort mauvaise pour le pays a pu être votée grâce à l’alliance bipartisane, parfois souhaitable, des Républicains et des Démocrates qui ont, afin de se faire réélire, fait passer ici les intérêts de leur État avant l’intérêt général [3].
 
Le Congrès, force de contrôle de l’exécutif
 
 
La deuxième fonction du Congrès est de surveiller les agissements de l’exécutif, ce qu’il peut faire par le biais de ses commissions [4] permanentes ou en créant des commissions spéciales. Et le Congrès dispose d’un organe chargé de vérifier les comptes, c’est le GAO (General Accounting Office), équivalent de la Cour des comptes et bras armé du Congrès en matière de contrôle. Prenons l’exemple de la commission qui a enquêté sur le 11 septembre afin de déterminer si le Président Bush aurait pu éviter, ou du moins rendre plus difficile, la perpétration des attentats terroristes. Malgré les efforts de la présidence pour entraver la création puis les travaux de cette Commission, celle-ci a mené un gros travail bipartisan et très sérieux. Elle a rendu ses conclusions à l’été 2004 et, comme elle a su éviter l’écueil de la guerre d’Irak (et de son opportunité), ses conclusions s’imposent avec force. Les attentats auraient sans doute pu être évités et il est grand temps de remanier de A à Z l’organisation des services secrets et la collecte d’informations. Mais il s’est écoulé près de trois années entre les attentats et la publication du rapport.
Quant au rôle du GAO, il est mis en lumière par la loi sur l’énergie et la façon dont elle a été préparée. Un groupe de travail, placé directement sous la présidence du vice-président Dick Cheney et comprenant tous les « grands » de l’énergie participant de façon plus ou moins directe, a fait des propositions que l’on retrouve dans le texte de loi. Pourtant, lorsque plusieurs membres du Congrès et en particulier John Dingell, membre de la commission sur la réforme du gouvernement, ont demandé à connaître le nom de ceux qui avaient participé à cette réunion, le Vice-Président a refusé catégoriquement. Même réponse négative lorsque le GAO, bras armé du Congrès en matière de contrôle, a réclamé cette information. Le GAO a donc porté l’affaire devant la Cour de district qui a rejeté sa demande, le juge John Bates n’ayant pas jugé ces informations indispensables à la transparence. Le Président du GAO, Walker, n’a pas fait appel, invoquant, à juste titre une ponction trop importante sur ses ressources humaines et financières. Cette affaire est révélatrice des forces et faiblesses du GAO et porte un coup significatif au pouvoir de surveillance du Congrès et aux objectifs de transparence et responsabilité (accountability) pourtant jugés essentiels. Le Vice-Président s’est abrité derrière une variante du « privilège de l’exécutif » (executive privilege [5]) qui doit, selon lui, permettre au Président et au Vice-Président de travailler tranquillement et « d’obtenir des avis impartiaux » et qui est une variante du culte du secret.
Soulignons que c’est la première fois depuis le Watergate que la Maison-Blanche défie de façon aussi ouverte et aussi arrogante le Congrès, ce qui est peut-être la raison pour laquelle la Cour suprême a accepté d’entendre l’affaire [6] et s’est prononcée début juillet 2004. Mais la décision ne tranche pas au fond sur le bien-fondé du refus du Vice-président Dick Cheney ; c’est donc une déception pour ceux qui attendaient un rappel de cette valeur fondamentale qu’est la transparence. Mais elle préfigure aussi le réveil de la cour suprême, déterminée à jouer son rôle de frein.
 
L’attitude des tribunaux et de la Cour suprême
 
 
Analyser les relations entre l’exécutif et la Cour suprême dépasse les limites de cette contribution. On peut néanmoins mettre en lumière quelques points fondamentaux. La Cour de 2004 est perçue comme « conservatrice » ou même « à droite » et « pro-Bush », essentiellement parce que la majorité de ses membres a été nommée par des Présidents républicains. La décision Bush v Gore de 2000 qui a « donné » la présidence à George W. Bush et le silence « assourdissant » de la Cour de 2001 à 2003 contribuent aussi à ce sentiment. Mais la réalité est plus complexe. Tout d’abord, le sens « conservateur » peut aussi renvoyer à une cour qui « défère » aux précédents [7], et à « l’intention du Congrès ». Ensuite les décisions sont toujours très longues, rarement unanimes et contiennent le plus souvent des opinions de concurrence et de dissidence [8] qui contribuent à diluer le message et la force de l’opinion majoritaire. Et surtout depuis 2003, la Cour semble être sortie de sa torpeur et a accepté d’entendre plusieurs décisions sur des questions très controversées. Et à chaque fois, la surprise a été divine : la cour a validé la discrimination positive dans la procédure de recrutement de la Faculté de droit de l’Université du Michigan ; elle a validé la loi réglementant le financement des élections [9]. Et surtout elle a désavoué la doctrine de l’administration Bush concernant les prisonniers détenus à Guantanamo [10]. Le Président n’a pas le droit de torturer et doit se plier à la règle de droit. Et les prisonniers ont droit aux garanties contenues dans la Déclaration des droits (Bill of Rights).
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Ph © Catherine Karnow/CORBIS, Unites States Court.
De façon significative, le réveil de la cour a sonné celui des médias, qui osent enfin couvrir la torture en Irak, les conclusions de l’enquête sur le 11 septembre et qui, pour certains d’entre eux, ont fait amende honorable. Le quatrième pouvoir, comme est appelée la presse joue finalement son rôle. Et si on ajoute aux articles dorénavant très critiques, et à la vingtaine de livres très critiques du Président, du Vice-Président, des liens entre argent et politique, les émissions politiques sur certaines chaînes et les nombreux films et documentaires, il faut nuancer le premier jugement. D’autres freins et contrepoids ont commencé à se mettre en place et viennent suppléer ou remplacer ceux prévus par les Pères Fondateurs.
 
Les atteintes au droit de vote
 
 
Ce qui différencie une démocratie d’un régime dictatorial ou totalitaire est la capacité qu’ont les électeurs de renvoyer leurs gouvernants en mettant fin à leurs fonctions ou en ne les réélisant pas. Et c’est bien ce que les Pères Fondateurs ont voulu mettre en place en 1787 en insistant sur un « gouvernement du peuple pour le peuple et par le peuple ». Force est de constater que le seul mécanisme, hors élection, susceptible de renvoyer un Président – la destitution – est éminemment politique [11]. Et donc avec une majorité républicaine au Congrès, il n’est pas envisageable que le Président et/ou son ministre de la Défense, Donald Rumsfeld puissent être mis en accusation. Il ne reste alors que le verdict des urnes. Et force est de constater qu’en raison des atteintes aussi nombreuses que variées portées au droit de vote et à sa mise en Å“uvre, le peuple américain n’a plus vraiment son mot à dire dans le jeu politique. Les obstacles à une mise en Å“uvre efficace et égale du droit de vote sont structurels et conjoncturels.
Le droit de vote, pivot du système politique américain, justification suprême de l’existence et de la légitimité de l’État, n’apparaît nulle part explicitement dans la Constitution des États-Unis. Celle-ci garantit l’existence d’un gouvernement représentatif (a republican government, Art. IV, section 6) et définit les modalités d’élection du Président, des membres de la Chambre des Représentants et du Sénat. Mais c’est aux États fédérés qu’il incombe de décider qui peut voter, comment et d’organiser les scrutins. Il fallut une série d’amendements, dont les quatorzième et quinzième adoptés après la guerre civile, pour contraindre les États à ouvrir leurs scrutins aux Noirs. Puis ensuite le 19e amendement étendit le droit de vote aux femmes en 1920 et le 26e amendement aux jeunes âgés de 18 ans (en 1971). Et surtout, il fallut le vote par Congrès fédéral des législations sur les droits civiques dans les années soixante et l’interventionnisme de la Cour Suprême des États-Unis. Sous la présidence du « libéral » (au sens américain) Earl Warren, pourtant nommé par le Président (républicain) Eisenhower, elle rendit deux décisions essentielles en matière de découpage électoral, Baker v. Carr de 1962 et Reynolds v. Sims de 1964. Elle y affirma avec force le principe du « one man, one vote », pivot d’une représentation équitable, acceptant ainsi une « question politique » dont elle se tenait traditionnellement à l’écart.
 
Atteintes au droit de vote et à l’égalité des citoyens
 
 
Pourtant, malgré la succession de textes et de décisions judiciaires, les atteintes au droit de vote sont encore nombreuses. La première découle du bipartisme, contesté car il rend difficile l’émergence de tiers partis et de candidats indépendants. Il est attaqué régulièrement et souvent de façon virulente par le candidat écologiste et défenseur des consommateurs, Ralph Nader. Bien qu’exclu des débats en 2000 et en 2004 par la Commission sur les débats présidentiels et de tout financement public, il avait réussi à se faire entendre et à bien claironner son double message. Les deux candidats étaient « bonnet blanc et blanc bonnet » pour utiliser une terminologie française ; Gore et Bush, tous deux à la solde des intérêts spéciaux. En 2004, les Démocrates, considérant que l’échec de Gore en 2000 est en partie dû à Nader, ont déployé toutes leurs ressources, y compris les actions en justice, pour empêcher le candidat indépendant de se présenter dans certains États.
Le second problème tient au collège électoral mis en place par les Pères fondateurs pour se protéger d’une véritable démocratie bien loin de leurs priorités et pour asseoir le système fédéral. Celui-ci a bien peu de chance de disparaître car cela nécessiterait l’adoption d’un amendement constitutionnel à la majorité des deux tiers et une ratification à la majorité des trois quarts des États. Or ce vote est impossible car il faudrait que les petits États le votent, ce qu’ils ne feront pas car ils bénéficient du système en place. La surreprésentation des petits États [12] découle de la composition du Sénat et influe sur la composition du collège électoral [13].
Cette inégalité est renforcée par le système de la prime au vainqueur (winner take all) en vertu duquel le candidat qui a obtenu plus de voix que son adversaire (même s’il s’agit de 30 ou 300 voix) remporte l’élection ou, s’il s’agit des présidentielles, la totalité des grands électeurs de l’État, 25 dans le cas de la Floride, comme en 2000. Comment alors parler d’égalité entre les électeurs, surtout quand on constate le caractère plus qu’artisanal de l’organisation des scrutins et quand on sait que certains électeurs ont voté plusieurs fois en 2000. Et d’autres n’ont pas pu voter, ont été empêchés de voter ou se sont trompés. En 2004, la plupart de ces difficultés subsistaient mais le taux de participation a été record et malgré les craintes exprimées et les milliers d’avocats mobilisés, le scrutin semble s’être raisonnablement bien passé.
Les autres distorsions qui faussent le jeu de la démocratie sont les découpages électoraux iniques et le fait que plus de 4 millions d’Américains sont privés de leur droit de vote. Le découpage électoral partisan, symbolisé par le mot « gerrymandering » [14], n’est pas nouveau mais les progrès de l’informatique appliqués à la démographie produisent des bijoux, des circonscriptions en « col de cygne » ou ayant la forme d’« un polygone à 385 côtés ». Et si les Républicains sont plus agressifs, les Démocrates ne restent pas inactifs. Le parti au pouvoir au niveau de l’État fait tout ce qu’il peut pour conserver les sièges obtenus et pour en gagner d’autres. Il est donc essentiel d’être le parti au pouvoir tous les dix ans quand tombent les résultats du recensement, donc en 1981, 1991 et 2001, car c’est le moment où les législatifs procèdent aux découpages électoraux. Et ces grandes manÅ“uvres intéressent au premier chef les élus des États mais aussi les élus au niveau fédéral, car c’est dans les circonscriptions découpées et définies au niveau des États qu’ils doivent faire campagne. Ceux-ci n’hésitent donc pas à s’en mêler, parfois de très près comme le républicain Tom DeLay en 2002 et à déverser, des millions de dollars dans les coffres de campagne des membres du Congrès de l’État. Le résultat est qu’en Pennsylvanie, par exemple, 91 % des candidats à la Chambre des Représentants n’avaient pas d’opposant, l’autre grand parti ne prenant même pas la peine de présenter un candidat dans une circonscription perdue d’avance.
Plusieurs affaires de découpage électoral ont été portées devant les tribunaux mais la Cour suprême a tendance à ne pas s’en mêler. Il est vrai que le problème est rendu encore plus complexe par la difficulté qu’il y a de distinguer entre ce qui relève de la « simple manipulation politique » et « les manÅ“uvres à finalités raciales » [15]. Dans le second cas, le critère d’examen utilisé par la juridiction suprême est différent et plus strict (strict scrutiny). L’État doit démontrer un « intérêt essentiel » et apporter la preuve que le dispositif choisi est celui qui porte le moins atteinte aux droits constitutionnels. Ainsi dans l’affaire Shaw v Reno de 1993, la cour n’a pas accepté la circonscription électorale dessinée sur mesure pour permettre l’élection d’un candidat noir [16].
En dernier lieu, de nombreux Américains ont été, en 2004 comme en 2000, privés de leur droit de vote ; ce sont certains Américains à l’étranger [17] qui ont eu des difficultés à voter par correspondance, les habitants de la capitale qui n’ont ni sénateur, ni représentant car le District of Columbia n’est pas un État. Et surtout, on le sait mieux depuis 2000, la plupart des États privent de leur droit de vote ceux qui sont condamnés à une peine de prison [18]. Et d’autres ne restituent pas aux anciens condamnés leur droit de vote même lorsque ceux-ci ont purgé leur peine et sont en règle avec la société. Des études de l’Université du Minnesota font apparaître que si les condamnés avaient pu voter en 2000, George W. Bush aurait perdu la Floride. Cette étude prend en compte le fait que nombre de ces électeurs potentiels ne seraient pas allés voter et que certains auraient voté républicain. La même étude montre que sept sénateurs républicains auraient perdu, ce qui aurait donné la majorité aux Démocrates. Malgré cela, les administrations n’ont pas fait de gros efforts et les Démocrates n’ont guère agi, prisonniers des stéréotypes [19]. Pourtant la loi HAVA (Help American Vote Act) adoptée en 2002 a prévu l’utilisation de bulletins provisoires pour ceux qui n’apparaissaient pas sur les listes électorales, malgré leur inscription ou réinscription.
 
Argent et medias
 
 
Le dernier problème est bien connu : c’est le poids de l’argent et des intérêts spéciaux que l’on connaît bien grâce à des organisations d’intérêt public. Common Cause ou le Centre pour l’Intégrité publique ont montré les corrélations étroites qui existent entre argent, accès aux hommes politiques et influence. Cette emprise persiste malgré la réforme du financement des élections [20] qui a mis six ans à voir le jour et a été immédiatement contestée pour violation de la Constitution et du Premier amendement. Heureusement, et ce n’était pas si évident, la Cour suprême a validé le dispositif mis en place et donc l’interdiction du soft money, argent non réglementé qui permettait de tourner les interdictions de la loi antérieure (FECA) et la réglementation des publicités à la TV. Pourtant, les chiffres montrent que les plafonds ont une fois encore été dépassés en 2004 (4 milliards de dollars au total), que les groupes d’intérêt demeurent libres de verser des millions de dollars et que les gros « contributeurs » continuent de peser de façon disproportionnée par rapport à l’électeur muni de son seul bulletin de vote.
Pour être complet, il faut mentionner l’attitude des médias qui pour certains (Fox News [21]) font de la désinformation et pour les autres consacrent de moins en moins de temps aux questions politiques et ne s’intéressent qu’aux coté « tiercé », ce que les Américains appel lent horse racing. Cela consiste à suivre les chiffres des sondages et des intentions de vote au détriment d’une information sur le fond et les grandes questions. La débauche de spots de publicité politique à la télévision, quant à elle, cumule de nombreux côtés scandaleux : non seulement ces spots utilisent la quasi totalité des fonds électoraux des candidats mais ils sont en grande majorité négatifs, et attaquent l’adversaire sur un point. Et les études font apparaître qu’ils sont presque tous mensongers ou très tendancieux [22] et que, malgré leurs dénégations, les électeurs sont influencés par les « pseudo vérités » contenues dans ces spots électoraux [23]. Pourtant, même lorsque la tromperie est avérée, il est trop tard et aucune sanction n’est prise.
Pour les élections à la présidence, les grands networks diffusent depuis 1960 plusieurs débats entre les candidats. Mais ce sont les deux grands partis, derrière la façade de la Commission pour les Débats présidentiels, qui décident de la participation aux débats présidentiels et contrôlent leur format. En 1996, Les candidats Dole et Clinton se sont arrangés pour que Ross Perrot soit exclu des débats présidentiels en 1996. Il avait pourtant reçu 30 millions de dollars de fonds publics en raison de son score (19 % des suffrages) aux élections de 1992. En 2000, Nader a lui aussi été exclu, de même qu’en 2004. Les deux partis contrôlent aussi les conditions du « débat » jusque dans les moindres détails au point de vider de sens le terme « débat ». Ainsi en 2004, pour le premier affrontement entre le candidat républicain et son opposant démocrate, les partis avaient négocié des heures et mis au point un document de 32 pages définissant la longueur des questions, la longueur des réponses, la hauteur du pupitre, la température de la pièce et interdisant les questions directes entre candidats. Ces règles, extrêmement strictes et contraignantes, rappelées au début du « débat » par le meneur de jeu, Jim Lehrer, de la chaîne public PBS (Public Broadcasting System) transforment, sauf exceptions, le débat en une juxtaposition de deux monologues parallèles.
 
Réforme et loi HAVA
 
 
Les élections de 2000 avaient mis en évidence les défauts du système et les propositions de réforme ont été nombreuses et ont porté sur différents points. Groupes et parlementaires au niveau fédéral et des États ont proposé des dizaines de projets de réforme dès 2001. Mais, à l’exception d’Hillary Clinton et du juriste Dworkin, nul n’a évoqué la suppression du collège électoral. Et la grande majorité de ces propositions a mis l’accent sur la procédure (inscription sur les listes électorales, prise en compte des votes « provi-soires [24] ») et les machines à voter.
Floride, élection de 2000, punch cardAgrandir l'image Floride, élection de 2000, punch card
Ph © Rhona Wise/EPA/SIPA PRESS.
Le Congrès s’est saisi du dossier de la réforme électorale et a adopté la loi HAVA en octobre 2002. Elle prévoit l’élimination des machines à voter à carte [25] et des améliorations plus larges du processus électoral. La loi HAVA fixe des normes et critères à respecter en matière d’inscription sur les listes électorales et d’utilisation de bulletins provisoires, à mettre à la disposition des citoyens dont le statut n’est pas clair. La loi requiert aussi une meilleure accessibilité des bu-reaux de vote, la possibilité de choisir entre plusieurs langues (espagnol, chinois, coréen, dialectes indiens) et un taux d’erreurs harmonisé au plan national. Les systèmes mis en place doivent garantir la confidentialité du vote tout en permettant à l’électeur de vérifier manuellement son vote ou de le corriger manuellement s’il s’est trompé [26]. Les machines doivent aussi permettre les recomptages.
Floride, élection de 2004, Votomatic machineAgrandir l'image Floride, élection de 2004, Votomatic machine
Ph © Adel Starr/AP/SIPA PRESS.
Mais la loi HAVA ne choisit pas un type de machine particulier et se contente de fixer des exigences qui ont influé sur la décision des États et leur choix. La loi laisse aux États le soin de la mise en Å“uvre et de la méthode à choisir et beaucoup n’ont pas véritablement décidé. Le manque d’homogénéité était inévitable tant que le gouvernement fédéral se désintéressait de la question des élections et que les États se déchargeaient sur les comtés et collectivités locales. Selon les États, cinq techniques de vote étaient utilisées : les bulletins de vote sur papier (très grands en raison du nom-bre de postes à pourvoir à tous les niveaux), les ma-chines à levier, les machines à cartes perforées, les ma-chines à lecture optique et l’enregistrement électronique direct (DRE). Ces disparités ne disparaissent pas avec la loi HAVA. Comme il n’existe toujours aucune norme nationale, chaque État opte pour ce qu’il considère comme la meilleure solution. Or, le problème est réel car, en 2004, 50 millions d’Américains (le chiffre n’était que de 12 % en 2000) ont voté sur des machines électroniques [27] dont la fiabilité était mise en cause. À titre d’exemple, le Nevada exige des fabricants d’équipements à voter que ceux-ci soient équipés d’une imprimante, la Californie le requiert également pour les machines achetées à partir de novembre 2003, et l’Ohio va l’exiger mais simplement pour les élections de 2006 qui est la date butoir fixée par la loi. Un organisme conservateur, le Free Congress Foundation, attribue aux États une note de A à F, selon les progrès réalisés, le type de matériel mis en place et la fiabilité du matériel électronique lors-qu’il n’y a pas de trace papier. C’est ainsi que le Nevada va utiliser quasi exclusivement des machines à voter à écran tactile, fournis par l’entreprise Sequoia [28]. Ce qui lui vaut une bonne note. En revanche, la Floride obtient un F+, la Géor-gie, un F– et le Nouveau Mexique, un D–.
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Ph Hubert Josse © Archives Larbor.
Ajoutons que si les comtés les plus riches ont généralement de meilleurs équipements, plus modernes, et de meilleure qualité que les comtés où résident essentiellement des minorités, chacun des systèmes choisis a ses avantages et inconvénients et le taux de fiabilité du système choisi dépend aussi de facteurs externes tels la forme du bulletin (rappelons le « bulletin papillon » si peu clair), l’état du matériel, et de facteurs humains, telles la familiarisation avec le système en place et la compétence du personnel en charge du bureau de vote. Et les changements n’ont pas amélioré les choses.
La loi HAVA a aussi créé une commission électorale (Election Assistance Commission) qui préconise l’abandon des machines à perforer (punch cards) et le passage à d’autres techniques. Mais la commission n’a pas réellement commencé à fonctionner avant janvier 2004 et son budget est insuffisant. De surcroît, tous les fonds n’ont pas été débloqués. Ceci peut expliquer que pour les Primaires de mars 2004, de nombreuses machines ont été utilisées dans le Maryland, qui n’étaient pas certifiées par des organismes indépendants, alors que la loi HAVA l’exige. Pourtant la Cour d’Appel du Maryland, saisie par un groupe d’électeurs (True VoteMD) a rejeté leur demande d’une « trace papier » destinée à améliorer la sécurité de l’élection ; elle a également refusé aux électeurs la possibilité de choisir de voter avec un bulletin de vote en papier. Les dysfonctionnements lors des élections de mi-mandat de 2002 avaient été si nombreux que les groupes d’intérêt public insistent sur la nécessité que les équipements de vote permettent d’obtenir un bulletin papier (a paper trail) [29], même si d’autres craignent que ces bulletins, qui sont des sortes de reçus, ne créent davantage de problèmes qu’ils n’en résolvent. Il n’en demeure pas moins que la législation de plusieurs États exige le recompte.
Deux centres connus, le centre Brennan pour la justice de l’Université de New York et la Conférence pour les Droits Civiques, avaient émis des recommandations techniques concernant les machines à voter et les procédures à adopter. Et au Sénat, une proposition de loi a été déposée exigeant des fabricants de matériel électoral que les machines soient toutes équipées d’une imprimante ou d’un matériel équivalent. Mais trop tard pour les élections de 2004.
Parce que la date prévue pour la mise en conformité est 2006 et compte tenu des délais de mise en Å“uvre, les risques d’erreurs et/ou de fraude lors des élections de 2004 étaient réels. C’est pourquoi les partis s’étaient organisés. Les Démocrates avaient une équipe (SWAT team) qui a travaillé sur les listes électorales et s’est efforcée de limiter les privations de droit de vote. Des escadrons de juristes et d’avocats étaient chargés de réagir le jour même de l’élection et de contester immédiatement les questions litigieuses sans attendre le lendemain et l’agitation post-électorale comme en 2000.
L’un des gros problèmes non réglé tient à l’exigence d’une pièce d’identité. En France, où nous avons une carte d’électeur et pouvons voter en présentant une carte d’identité, ce n’est pas un problème. Mais c’est un sujet sensible aux États-Unis, où n’existe pas de carte d’identité nationale et où le fait de devoir présenter une carte avec photo peut être considéré comme discriminatoire. De surcroît, les minorités et les jeunes n’ont souvent pas de papiers d’identité et les Noirs, en particulier, sont intimidés lorsqu’il leur est demandé de présenter des papiers. Or ce n’est pas un danger imaginaire. On sait que de nombreuses familles noires ont reçu des visites « pré-électorales » les informant de la nécessité de présenter une pièce d’identité et que beaucoup ont considéré ces visites comme des manÅ“uvres d’intimidation. De même, lorsque les étudiants de l’Université William & Mary de Williamsburg en Virginie ont voulu se faire inscrire sur les listes électorales du lieu de leur université (ce qui est légal), il leur a été demandé de remplir des questionnaires dissuasifs et certains se sont vus refuser l’inscription. En tout état de cause, la question de savoir si une pièce d’identité est exigée est tellement peu claire que les personnels chargés des bureaux de vote, interrogés dans 45 comtés, ont en grande majorité répondu qu’ils ne comprenaient pas les textes et leur complexité. Si ce résultat n’a pas de valeur scientifique, il est néanmoins indicatif et révélateur.
En conclusion, au moment où ces lignes sont écrites, le pays est toujours divisé mais les électeurs ont réélu le Président Bush pour quatre ans, avec la majorité du vote populaire et 274 grands électeurs. La démocratie est certes en partie confisquée. Mais elle n’est pas moribonde. À preuve les efforts sans précédents de terrain, de porte et porte et de contacts avec les électeurs potentiels. Une mobilisation de ce type, même si elle est en partie l’Å“uvre de personnels rémunérés et non de bénévoles est signe d’une démocratie. Par ailleurs, cette élection a suscité, comme jamais auparavant (et c’est en partie dû à Internet) le versement de milliers de petites contributions qui sont venues contrebalancer les millions de dollars des « pionniers » de G.W. Bush ou ceux de G. Soros et ACT du côté des Démocrates. Soulignons aussi plusieurs films documentaires très durs (celui de Michael Moore ou celui de Robert Greenwald consacré aux méthodes de « travail » à Fox News). Même si de fortes pressions ont été exercées pour empêcher leur diffusion et distribution, ils ont été vus par des millions d’Américains. Il en est de même (avec des chiffres plus bas) pour les pièces de théâtre anti-Bush et la quantité d’ouvrages qui dénoncent l’administration, les liens entre politique et industrie et le culte du secret. Faut-il le rappeler, ils ne sont pas interdits. Les médias eux-mêmes ont fait leur mea culpa et dénoncent depuis le printemps 2004 les tortures en Irak et la désinformation.
Malgré tous ces efforts et sursauts de la démocratie, George W. Bush a été réélu. Il nous faut tirer deux leçons de ces résultats. La première est que l’Amérique est au centre droit et les « libéraux » que nous aimons ne sont pas la majorité. La seconde est que l’Amérique sera méconnaissable en 2008. Avec 55 sénateurs au Sénat, même si cela ne suffit pas à mettre fin à un filibuster, le président aura pu changer la physionomie de la Cour suprême en procédant à deux ou trois nominations. Et cela risque de signifier la fin de la discrimination positive, la fin du droit à l’avortement et la dilution des droits et libertés individuels. La Cour suprême, même dans sa composition actuelle est le dernier rempart des libertés. Et les nouveaux juges seront en place pour 20 ou 30 ans.
 
NOTES
 
[*]Professeur à l’Université Paris X-Nanterre.
[1]Le filibuster, qui n’existe qu’au Sénat peut être interrompu, par un vote de « clôture » qui nécessite 60 voix.
[2]Le pork barrel renvoie à la culture de l’argent et le log rolling plutôt au « renvoi » d’ascenseur.
[3]Le projet sur l’énergie a été mis au point au moment de la crise de l’énergie qui a frappé la Californie et avant qu’Enron ne soit entraîné dans un ouragan de scandales financiers et comptables. Or, rien n’est dit ou fait concernant l’aide à la Californie ou une politique à long terme, si ce n’est d’explorer les zones protégées de l’Arctique. On sait également que le Président d’Enron, Ken Lay, a non seulement rencontré Dick Cheney à plusieurs reprises entre janvier et avril 2001 mais qu’il lui a remis un mémorandum contenant huit propositions, dont sept ont été incluses dans la politique énergétique de l’administration Bush.
[4]Ces commissions jouissent de pouvoirs importants comme celui de citer à comparaître (subpoena) et de moyens financiers eux aussi importants.
[5]Invoqué par le Président Nixon pour refuser de communiquer les fameuses cassettes qui mirent à jour son rôle dans le scandale du Watergate et son implication directe et active dans les tentatives de dissimulation (cover up) et d’obstruction à la justice. Ce pouvoir a été reconnu par la Cour suprême dans l’affaire United.States v. Nixon de 1974. Mais la juridiction suprême a bien précisé que ce privilège n’est pas absolu et a contraint Nixon à donner les cassettes, ce qui a conduit à sa démission. Le Président Clinton l’a lui aussi invoqué pour essayer d’empêcher les hommes du service secret de témoigner sur sa vie privée.
[6]Grâce au groupe écologique Sierra Club qui a pris le relais du GAO devant la justice et continué à demander les informations refusées par le Vice-Président Cheney. La juridiction suprême a entendu les arguments oraux fin avril 2004. Et l’impact médiatique s’est accru parce que le juge Scalia, qui avait fait partie d’un voyage de chasse avec Cheney, a refusé de se récuser. Il argua qu’il n’avait jamais été en tête à tête avec lui et que, s’il suffisait d’une petite faveur de ce genre pour acheter un juge à la cour suprême, la démocratie américaine était plus mal en point qu’il ne le pensait lui-même. (souligné par l’auteur)
[7]Dans le système de common law, les décisions antérieures rendues par les juridictions supérieures s’imposent en vertu de la règle du précédent et la Cour suprême opère rarement des revirements de jurisprudence. Cf. Anne Deysine, La justice aux États-Unis, Que sais-je, 1998.
[8]Anne Deysine, idem.
[9]Anne Deysine, « La décision Mc Connell v. FEC », Revue Tocqueville, 2004.
[10]Anne Deysine, Regards sur les États-Unis : Les années Bush, La Documentation française (à paraître en 2005).
[11]La procédure d’impeachment comprend deux étapes : une mise en accusation par la Chambre des Représentants, puis le Sénat joue le rôle de juge sous la présidence du Président de la Cour suprême (Chief Justice) et peut voter la destitution, à la majorité des deux tiers. Le Président Clinton a été mis en accusation par la Chambre mais, faute de majorité des deux tiers au Sénat, il n’a pas été condamné et a pu terminer son mandat. On a pu, à cette occasion, percevoir le côté hautement politique de la procédure.
[12]Le fait que chaque État fédéré, petit ou grand, a droit à deux sénateurs est accepté comme faisant partie du paysage politique américain et comme le prix que durent payer les Fédéralistes pour faire accepter la Constitution de 1787. Mais si l’on creuse un peu la question, on constate que le système est une véritable prime pour les petits États, les États plutôt conservateurs, et une prime au blocage. Trois chiffres parlent d’eux-mêmes : 25 % de la population vit dans les trois États les plus peuplés, la Californie, le Texas et la Floride qui sont aussi des États très multiculturels et n’ont à eux trois que six sénateurs sur les 100 ; 7 % de la population qui réside dans les 17 État les plus petits est représentée par 34 sénateurs, soit un chiffre très proche de la minorité de blocage (41 voix) ; 10 % de la population peut élire les 41 sénateurs nécessaires pour empêcher le vote de cloture susceptible de mettre fin à une obstruction législative par flibuste. Et cette prééminence des petits États se retrouve dans la composition du collège électoral.
[13]Le collège électoral comprend 538 membres, 100 (nombre de sénateurs) + 435 (nombre de représentants) + 3 pour la capitale fédérale.
[14]Le mot est formé à partir du nom du gouverneur Gerry et du mot « salamandre » en anglais qui renvoie à la forme curieuse de la circonscription électorale après modification.
[15]Il s’agit de diluer le vote des minorités, ou au contraire de le consolider dans des circonscriptions dans lesquelles les minorités sont majoritaires (« majority minority »). Ce sont des circonscriptions spécialement dessinées de façon à permettre l’élection de représentants des minorités.
[16]Mel Watt avait été élu en 1991 dans un État dont la population est noire à 22 %, qui n’avait aucun représentant noir et qui n’a pas élu de Noir depuis 1901.
[17]Ils ont eu du mal à s’inscrire sur les listes électorales (de leur État) et à voter par correspondance (absentee ballot) car le Pentagone avait suspendu les inscriptions en ligne de crainte de piratage informatique. Les conseils indispensables n’étaient pas accessibles aux électeurs sauf aux militaires.
[18]Ce qui pose problème, c’est qu’il y a de plus en plus de condamnés (felons) et qu’ils ont tendance à appartenir majoritairement aux minorités noire et hispanique. Et certains État, comme la Floride, ne restituent jamais ce droit sauf si le gouverneur en fait la demande expresse, même à ceux qui ont purgé leur peine. Et dans les États ou il est prévu de restituer ce droit, ce n’est pas fait, pas bien fait ou avec partialité. Une étude menée en Floride fait apparaître que sur les 48 000 anciens condamnés privés de leur droit de vote, 22 000 étaient des Noirs (qui ont tendance à voter plutôt démocrate) et seulement 61 Hispaniques (qui votent plutôt républicain en Floride). Or chacun des deux groupes pèse du même poids démographique (environ 10 % de la population) dans l’État. Et comme toujours, il faut que des groupes de citoyens intentent des actions en justice pour que les choses bougent. Ce fut le cas quand une Cour d’Appel a rappelé à l’ordre le gouvernement de Floride qui a alors accéléré le traitement des nombreuses demandes en instance.
[19]Il est un stéréotype qui a la vie dure et contre lequel les Démocrates doivent lutter en permanence, c’est celui d’être « soft on crime », en d’autres termes insuffisamment répressifs.
[20]La loi BCRA ou Mc Cain Feingold de 2002 prohibe le recours au soft money, argent non réglementé et encadre strictement le financement des publicités à la télévision, voir Anne Deysine, « La décision Mc Connell », art. cit.
[21]Les nouvelles politiques sont annoncées par un Jingle et la bande rappelant le nombre de jours « avant la réélection du président Bush » (voir le film « Outfoxed »).
[22]Les publicités négatives sont faites d’exagérations, d’omissions ou de focalisation sur une question hors contexte. Dans trois publicités pour le Président Bush, les électeurs étaient mis en garde : compte tenu de son bilan législatif, Kerry allait augmenter les impôts de 900 milliards de dollars durant les 100 premiers jours. Les organismes de vérification des publicités (dont www.truefacvote.org) ont vérifié que ces allégations n’étaient pas fondées. A contrario, dans un spot en faveur du candidat démocrate, il est dit que George W. Bush est en faveur des délocalisations, ce qui est une extrapolation abusive des propos du Président. Les publicités négatives ne sont pas une nouveauté, elles existent depuis de longues années, mais en 2004 des sommets sont atteints : ainsi de juin 2003 à mai 2004, 150 millions de dollars avaient été dépensés en publicité négative.
[23]Dans une enquête menée du 15 avril au 2 mai 2004, 61 % des 1 026 électeurs sondés dans les 18 États pivots croyaient que le Président Bush était en faveur des délocalisations et 72 % croyaient qu’il y avait eu 3 millions d’emplois perdus. Le chiffre était sans doute situé entre 2,3 et 2,7 millions au moment où la publicité a été diffusée et est tombé à 1,6 en mai 2004 et à 600 000 en octobre 2004, soit un mois avant l’élection. Dans un spot dénonçant Kerry pour avoir voté 350 fois pour des hausses d’impôts, 50 % des électeurs croyaient cette allégation alors qu’il s’agissait de l’accumulation de votes difficilement additionnables et, incluant en particulier les cas où Kerry s’était prononcé pour le statu quo.
[24]Il s’agit des électeurs qui ne figurent pas sur les listes électorales et que l’on autorise à voter provisoirement au lieu de leur refuser l’accès au bureau de vote comme en 2000. S’il s’avère qu’ils sont en règle, leur vote est comptabilisé par la suite. Mais les modalités de cette prise en compte varient selon les États.
[25]Elles avaient posé problème quand le petit « chad » ne s’était pas détaché correctement.
[26]Ce n’était pas possible en 2000 ; quand les électeurs se rendirent compte qu’ils avaient en fait voté pour un autre candidat car le bulletin prêtait à confusion, ils ne pouvaient rien faire.
[27]Selon une étude d’une société de consulting, Election Data Services. Cf. www.electionlin.org, qui est un groupe non partisan qui suit les réformes et www.verifiedvoting.org.
[28]Les machines Sequoia génèrent une trace écrite.
[29]En raison de la loi, certaines grandes villes ont l’obligation d’imprimer le bulletin dans plusieurs langues. C’est le cas du quartier du Queens (New York) où compte tenu de la population, les bulletins doivent être imprimés en anglais, espagnol, chinois et coréen. Ce qui pose d’énormes difficultés techniques et augmente les coûts.
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