2004
Parlement[s]
Éditorial
Jean Garrigues
Quatre ans de plus avec George W. Bush ! Pour l’opinion publique française, dans son immense majorité, la réélection de ce « fils à papa » gaffeur, réactionnaire, fanatique et belliciste apparaît comme une aberration. Et pourtant, il a bel et bien été plébiscité en novembre 2004 par l’Amérique profonde, abreuvée de l’Évangile selon Coca-Cola, du drapeau étoilé et de Fox News.
Avec le recul de la réflexion, il nous a paru judicieux de demander à des spécialistes quelle était leur vision de la politique menée par les États-Unis, et plus largement, du système politique américain. Fidèles à l’esprit de notre revue, nous avons sollicité à la fois des observateurs issus du monde politique, américain ou français, et des scientifiques, historiens, politologues, experts des médias et de la civilisation américaine.
Premier interviewé dans notre « Forum », John Smallhoover nous livre une réflexion originale et passionnante qui englobe l’identité démocrate, le bipartisme, le système politique américain et sa comparaison avec le système français. François Loncle nous raconte son expérience des relations franco-américaines et du modèle américain. Noël Mamère reconnaît les vertus du système politique américain mais s’inquiète de son impérialisme. Enfin, Thierry de Montbrial replace l’élection dans le temps long de la politique étrangère des États-Unis.
Dans la partie « Recherches », l’historien Jacques Portes nous rappelle le poids des traditions conservatrices dans le sud des États-Unis, dont la famille Bush a fait l’un de ses bastions. Divina Frau-Meigs nous raconte comment les groupes de pression et de réflexion ont manipulé la presse en faveur du candidat républicain. Vincent Michelot nous explique que le Sénat, pourtant en majorité républicaine, peut constituer un pôle de résistance à la « présidence impériale » de George W. Bush. Guillaume Marrel et Renaud Payre s’intéressent au mouvement pour la limitation de la durée des mandats. Last but not least, Anne Deysine nous livre un tableau lucide des vertus, mais aussi des carences, de cette démocratie, qui prétend guider le monde.
Enfin, la partie « Magazine » donne la parole à Alexis de Tocqueville et à Aristide Briand, qui se sont l’un et l’autre confrontés au modèle américain. En cette année 2005, qui commémore le bicentenaire de la naissance de Tocqueville, le mystère de la démocratie en Amérique reste encore à découvrir.