2005
Parlement[s]
Recherche : L’espace des chercheurs
L’éloquence parlementaire aux débuts de la IIIe République
Jean-Marc Guislin
[*]
Entre 1871 et 1914, triomphe l’éloquence politique classique tandis que la parole remplit des fonctions déterminantes pour le devenir de la démocratie. Alors, comme l’écrit René Rémond, « l’éloquence a un pouvoir certain à l’Assemblée où l’opinion est encore influençable par un mouvement oratoire »
[1]. Fabrice d’Almeida nous rappelle que « le combat politique fait de la tribune le lieu d’expression par excellence et la joute parlementaire a un véritable rôle d’évaluation des politiques »
[2]. L’intérêt pour l’éloquence politique n’est pas nouveau ; songeons aux études de Jean Dubois et à celles, moins anciennes, d’Antoine Prost
[3], qui a noté combien l’approche linguistique « enrichissait la perception des interventions en séance, en le révélant comme mise en scène de personnages, champ clos où s’affrontent des stratégies discursives ». En effet, ajoute-t-il, « les façons de parler ne sont pas innocentes ; par-delà leur apparente neutralité, elles révèlent des structures mentales, des façons de percevoir et d’organiser la réalité en la nommant. Elles trahissent les préjugés et les tabous par leurs stéréotypes ou leurs silences »
[4].
Mes travaux sur ce sujet
[5] ont plus particulièrement porté sur les techniques et la violence rhétoriques des parlementaires français au début de la III
e République (1871-1875, 1877), principalement dans les interventions les plus développées des élus du Pas-de-Calais (dont les moins conservateurs se situent au Centre gauche)
[6], ainsi que sur les valeurs et les représentations véhiculées par le discours. J’évoquerai d’abord les différents procédés concourant au pouvoir perlocutoire
[7] du discours, puis j’aborderai le problème de la violence au Parlement.
Les techniques rhétoriques des parlementaires
Le discours parlementaire revêt un certain nombre de marques distinctives : il s’agit de textes préalablement écrits. Même passionnées, les interventions sont le plus souvent préparées et vérifiées avant leur publication au
Journal officiel
[8]. Il est didactique ou polémique ; il est prononcé dans une situation de communication politique, en public, généralement à partir d’une tribune ; les tours de parole sont fixés à l’avance ; l’orateur à la tribune est censé ne pas être longuement interrompu sinon le président de séance intervient pour rappeler à l’ordre le gêneur. Ces conventions confirment le caractère de neutralité du Parlement, espace consacré, soustrait aux bruits de l’agitation politique.
À un moment où « le débat en séance constitue l’essence même du Parlementarisme »
[9], les élus qui ont retenu les enseignements d’Aristote, Cicéron ou Quintilien
[10] veillent à la qualité de leurs propos et d’abord à leur…
Un pouvoir perlocutoire vise à modifier le comportement du destinataire et à le faire agir. La structuration des interventions et l’argumentation y contribuent grandement. Elles sont donc strictement construites et ne se développent que sur deux ou trois points comme le montre la critique qu’Auguste Paris développe à l’encontre de la proposition de la commission parlementaire relative au transport des journaux (9 septembre 1871) :
- Ce texte est funeste aux intérêts du Trésor :
- inopportunité ;
- évaluation du manque à gagner.
- Ce texte est funeste aux in-térêts de la presse sérieuse :
- il encourage le transport par ballots dont bénéficie « la petite presse » à bon marché ;
- il faudrait avantager, au contraire, les abonnements favorables à la presse de qualité.
- Ce texte est funeste aux inté-rêts de la presse de province :
- cette presse est utile ;
- elle souffre de la concur-rence de la petite presse et de la grande presse parisienne qui ont proportionnellement moins de frais.
Louis Martel (1813-1892)
Ph. © Roger-Viollet
Ce clair ordonnancement est renforcé par l’emploi fréquent d’articulateurs logiques (or, en effet, donc, ainsi, par conséquent, mais, puis, enfin…) et d’interrogatives oratoires qui ont le double avantage de maintenir ou de stimuler l’attention de l’auditoire et de le contraindre à suivre le mouvement argumentatif de l’orateur. Ainsi pratique Louis Martel pour présenter son amendement au projet de loi sur les loyers (20 avril 1871) :
- Quel est le sens de mon amendement ?
- Pourquoi ai-je indiqué le chiffre de 400 francs ?
- Pourquoi ai-je indiqué le terme du 15 juillet 1871 ?
Dans le souci de discréditer leurs adversaires, les parlementaires n’hésitent pas à reprendre les arguments (ou le style) opposés pour mieux les démonter (
la disputatio). Cette technique permet de donner plus de poids aux propositions avancées, dans la mesure où il est tenu compte des dires du contradicteur qui se trouve désarmé. De tels échanges légitiment les métaphores que l’escrime fournit pour désigner un certain type de controverse ou de débat : joute verbale, duel oratoire…
[11] Auguste Paris, évoquant son discours du 18 juin 1877, écrit : « Je me suis senti en veine et j’ai marché. Ceux qui me lançaient la balle ont vu que je savais donner des coups de raquette »
[12]. Sans doute pense-t-il à son développement sur les coups d’État, qui est un peu construit comme la définition du patriotisme donnée par Gambetta deux jours avant :
- Gambetta : « Le patriotisme, Messieurs, il consiste à dire la vérité à son pays ; le patriotisme, il consiste à ne pas s’engager dans une politique d’aventure ; il consiste à tenir la France à l’abri des expéditions de Rome… » ;
- Paris : « Vous parlez de coup d’État. Savez-vous quand on fait des coups d’État ? C’est lorsque, au lendemain des malheurs de la France… on s’empare de tous les pouvoirs. On fait des coups d’État lorsqu’on dissout les conseils généraux… On fait des coups d’État, alors que la volonté d’un homme s’imposant à celle du pays retarde d’une manière indéfinie la convocation d’une Assemblée nationale… »
Mais la joute n’est pas finie ! Le lendemain Léon Renault (député Centre gauche de la Seine-et-Oise) se plaît à rappeler à Paris : « Il y a un autre coup d’État qui peut-être aurait pu naturellement se présenter à l’esprit de Monsieur le ministre des Travaux publics, et le mieux servir à titre d’exemple dans ses définitions. Il n’en a pas parlé ; je le comprends aisément »
[13]. Le 15 novembre encore, Ferry, évoquant la menace d’un coup d’État reprend le style de Paris : « Le vrai coup d’État, c’est cette seconde dissolution dont vous nous menacez à mots couverts. Ce coup d’État-là, s’il était tenté, ce serait le coup d’État de l’hypocrisie, de la fourberie, de la lâcheté, mais ce serait un coup d’État non moins coupable, non moins hasardeux que le coup d’État à découvert ».
S’il faut vaincre l’adversaire, il faut aussi convaincre l’auditoire pour le gagner à sa cause, ce qui explique l’emploi de quelques autres procédés oratoires.
Les techniques de séduction-persuasion sont destinées à emporter l’adhésion des parlementaires. Afin de s’attirer la bienveillance de l’auditoire (captatio benevolentiae), en début de discours on assure que l’on sera bref : « Messieurs, le temps étant la matière première par excellence, je demande à l’Assemblée de vouloir bien nous accorder le silence », déclare Paul-Antoine Dussaussoy, dans la discussion du projet de taxation des importations des matières premières, le 17 janvier 1872 ; l’orateur le flatte, le transporte dans la situation qu’il a choisie grâce à la subordonnée introduite par « si » : « Si la liberté commerciale succombe dans la guerre (des tarifs)… La France sera encore victime de la lutte », déclare Paul-Antoine Dussaussoy, le 17 janvier 1872. Enfin, il soigne sa conclusion.
Les élus recourent également à quelques tropes qui sont autant de procédés d’enjolivement de leurs propos (symétries, antithèses, abstractions, redondances, parallélismes
[14], phrases nominales
[15], métaphores, visualisations, propos fictifs, rhétorique du nombre, effets de surenchère, expressions choisies…). « On affichait… on suspendait… on menaçait… on saisissait… on ruinait les industries… on engageait l’administration dans le combat… » : par cette répétition d’une même structure verbale, Désiré Leblond (député républicain de la Marne) espère rendre plus concrète la multiplicité et la gravité des actes répréhensibles du gouvernement Broglie-Fourtou auquel, par l’emploi du pronom indéfini « on », est dénié le droit à une identité et qui, ainsi, est rabaissé (13 novembre 1877). De même, Jules Ferry (député des Vosges), en allongeant, par accumulation, la structure syntaxique de sa phrase – « Le parti républicain a été traqué, insulté, persécuté pendant six mois » – veut faire sentir la dureté et la durée de la répression gouvernementale (14 novembre 1877). Il n’est pas étonnant que le poète Victor Hugo (Seine) soit friand de formules frappantes, comme lors de la séance du 21 juin 1877 au Sénat : « … Le Sénat aujourd’hui peut être fondé par le Sénat… Le service que le 16 mai aurait rendu à la France équivaudrait au service que rend une rupture de rail à un train lancé à toute vapeur… Non, une arrestation de civilisation en plein dix-neuvième siècle n’est pas possible… Non, tout le Moyen Âge condensé dans le
Syllabus n’aura pas raison de Voltaire… ». Gambetta n’est pas en reste quand il termine son intervention du 19 juin 1877 par l’avertissement solennel : « Il faudra que tout le monde, je l’ai déjà dit et je le répète, tout le monde sans exception, courbe la tête devant la décision de notre maître à tous : le suffrage universel », qui annonce la célèbre formule de son discours de Lille le 15 août : « Quand la France aura fait entendre sa voix souveraine, croyez-le bien, Messieurs, il faudra se soumettre ou se démettre ».
L’ironie est également utilisée pour mettre l’auditoire de son côté ou déstabiliser l’adversaire. Ainsi pratique Jules Ferry à l’encontre du ministre des Travaux publics : « L’honorable Monsieur Paris nous fait une description singulière de notre constitution républicaine, à laquelle pourtant il a longtemps collaboré et qui n’est venue au monde que contre son gré
[16] ; car c’est un père d’une singulière nature : il a fait, pour empêcher son enfant de naître, des efforts surhumains, dont nous avons tous été témoins » (18 juin 1877).
Pour mieux asseoir le bien-fondé de leur pensée, les parlementaires recherchent l’autorité de certaines références, c’est la crédibilisation. Quelques-uns n’hésitent pas à puiser certaines formules, certains adages dans ce qu’on peut appeler la culture populaire (la
doxa), espérant, comme l’a affirmé Aristote
[17], que la justesse prêtée aux maximes sera également prêtée à leur démonstration. La Bible, les fables de La Fontaine dont Taine vient alors de souligner la portée
[18], les lois, l’histoire (Antiquité grecque et latine, Révolution française et Premier Empire, la Pologne…). Ainsi, par deux fois en 1877, Albert de Broglie reprochent aux républicains d’agiter le spectre de la guerre : « C’est eux (les républicains) qui auront eu le triste honneur d’inaugurer en France ce qui se passait dans les républiques de la Grèce ou de l’Italie du Moyen Âge en décadence, l’intervention de l’étranger dans les querelles intérieures des partis » (21 juin, discours au Sénat) ; « C’est la première fois qu’on a vu intervenir dans nos délibérations intérieures la menace supposée vraie de l’étranger. Ce serait, si l’on y persistait, le signe de la décadence irrémédiable de la patrie. Lisez l’histoire et ses tristes leçons : n’est-ce pas sur l’Agora d’Athènes mourante qu’on évoquait le fantôme de Philippe de Macédoine ? N’est-ce pas dans les diètes de Pologne qu’on se retournait avant de voter, pour savoir ce que voulaient, ce que pensaient les ambassadeurs de Catherine ? » (14 novembre, discours à la Chambre des députés). Le passé sert ainsi de caution au présent, et les références précises créent une impression de sérieux et de compétence.
Tous ces éléments fonctionnent également comme des moyens de créer une complicité confortée par un jeu habile du « je », du « vous », du « nous » dans une véritable dialectique entre l’engagement et le désengagement des orateurs.
Les représentants du Pas-de-Calais s’impliquent parfois fortement dans leurs discours, surtout quand ils défendent des intérêts particuliers, notamment régionaux, ou quand ils abordent des questions relatives au maintien de l’ordre ou à la religion. Ils emploient alors la première personne du singulier et assument totalement ce qu’ils disent. Il leur arrive même parfois de marquer leur désir d’imposer leur volonté par l’emploi de verbes du type « je veux », « je demande », « je dis » et d’oublier la distance, la sobriété et la courtoisie qui font partie des m
Å“urs parlementaires de l’époque. Toutefois la présence du « je » n’est pas toujours signe d’un engagement personnel de la part de celui qui l’utilise : ce pronom peut être associé à des verbes qui traduisent le souci de clarifier sa pensée ou le cheminement de son raisonnement ; il peut aussi avoir la valeur du « nous » lorsque le député intervient en tant que commissaire ou rapporteur. En effet, dans ce cas, ne parlant jamais en son nom propre mais au nom d’un groupe dont il est le porte-parole et d’où il tire toute sa légitimité, il s’exprime de préférence à la première personne du pluriel. Cette non-ingérence donne à ce type de discours une objectivité – au sens propre du terme – c’est-à-dire une distance par rapport à l’émetteur qui renforce son autorité. Cependant un représentant peut s’exprimer à dessein de façon totalement impersonnelle pour tenter d’échapper au reproche éventuel d’avoir une démarche trop intéressée
[19]. Le « nous » peut aussi se rapporter à l’ensemble de la représentation nationale
[20] ou, au contraire, à un groupe plus restreint
[21]. Parfois, encore, l’élu passe du « vous » au « nous » afin de confondre en une seule entité l’orateur et ses interlocuteurs : celui qui écoute devient alors celui qui parle…
[22].
Tous ces textes ont dû être écrits si l’on en croit les conseils donnés par Cicéron. Malheureusement aucune trace manuscrite qui aurait permis d’en voir l’élaboration n’a pu être trouvée. En outre, le texte publié au Journal officiel est souvent corrigé. En revanche, les parlementaires semblent beaucoup moins contrôler leur vocabulaire quand ils donnent libre cours à leurs passions partisanes.
Parlementarisme et violence rhétorique
Théoriquement, en effet, parlementarisme et violence semblent contradictoires et lorsqu’un député est violent, il s’éloigne des conventions implicites du langage d’assemblée, ainsi que le notait déjà Eschine dans le
Contre Timarque, où il estimait qu’il ne convient pas de « donner au beau milieu de l’assemblée une exhibition de lutte ». Elles correspondent au progrès de la civilisation qui se caractérise, selon Norbert Elias, par la maîtrise de l’affectivité et la monopolisation de la contrainte physique par le pouvoir d’État
[23]. La violence est donc normalement exclue de l’enceinte parlementaire, conformément à l’exigence de dignité citoyenne qu’évoque souvent Auguste Paris, toujours soucieux de donner une image positive du Parlement. Toutefois, cette retenue recommandée n’exclut nullement le recours à d’autres formes de violence, symboliques, particulièrement dans les luttes pour le pouvoir qui se développent, notamment au Parlement. En effet, l’assemblée est un espace conflictuel
[24] où la virulence des échanges contradictoires, parfois favorisée par l’architecture
[25], est étroitement liée au contexte politique.
L’agitation parlementaire n’est pas étrangère au climat troublé de la décennie 1870 qui s’ouvre sur deux traumatismes et leur cortège de frustrations et de recherche de boucs-émissaires : la défaite suivie de l’occupation étrangère (partielle et temporaire) puis de la Commune entraînant une incertitude politique qui dure jusqu’en 1877-1879. Le réveil bonapartiste, l’exacerbation du conflit entre républicains et monarchistes, les querelles relatives à la place de l’Église catholique dans la société, les difficultés économiques sont autant de facteurs de divisions dommageables à la sérénité du pays. À l’arrière plan de la plupart des débats, ces questions controversées sont propices à l’âpreté des propos qui n’échappe pas à Émile Zola, chroniqueur à
La Cloche, où il évoque au moins trente-cinq séances émaillées de graves incidents entre février 1871 et avril 1872
[26]. Trois thèmes politiques alimentent plus particulièrement les passions : le Second Empire
[27] et le péril bonapartiste, la Commune, le péril radical, les monarchistes se plaisant à assimiler les deux derniers, les républicains dénonçant la collusion des royalistes avec les nostalgiques du régime déchu.
Les questions économiques ou de société peuvent aussi provoquer l’effervescence du Parlement. La diatribe humanitaire et très hostile aux riches et aux conservateurs, prononcée par Daumas (représentant du Var, Extrême gauche) le 9 août 1871, dans le débat sur la loi départementale produit un déplorable effet. Il déclare ainsi : « Messieurs, vous redoutez les révolutions. Je le comprends ; mais vous pouvez éviter ces explosions violentes en acceptant les conseils de l’esprit ; soyez de votre temps, vous pourrez ainsi calmer les anxiétés de l’opinion qui, dans nos contrées et ailleurs, attend avec impatience le jour de votre départ et l’élection d’une constituante ». Cette exagération des propos du faible est à mettre en rapport avec celle verbale – mais aussi réelle et légale – du fort qui en avril 1871 se soucie moins des petits locataires parisiens « tellement proches de la pauvreté » que des propriétaires « ruinés » (Martel) ou qui proposent des « lois de combat » pour défendre l’ordre social.
Cette violence verbale en séance prend différentes formes. Elle peut être purement rhétorique et se déployer dans le cadre de discours préparés, construits, où la violence, le plus souvent contenue n’est nullement gratuite et doit contribuer à leur efficacité : faire connaître un point de vue, souvent minoritaire, rassembler son camp, rejeter l’adversaire, rééquilibrer le rapport de force (fonction compensatrice) en le discréditant s’il est plus puissant ou dangereux. Ainsi Jules Grévy (président de l’Assemblée nationale) fustige-t-il l’insurrection communaliste, le 20 mars 1871 : « Messieurs, il semblait que les malheurs de la patrie fussent au comble. Une criminelle insurrection, qu’aucun grief plausible, qu’aucun prétexte spécieux ne sauraient atténuer, vient de les aggraver encore. Un gouvernement furieux se dresse devant la souveraineté nationale… ».
Ainsi le duc d’Audiffret-Pasquier (représentant de l’Orne, Centre gauche) flétrit-il les nostalgiques de Napoléon III le 22 mai 1872 : « Je le dis, moi, quel que soit le sang-froid de tous vos gens au cÅ“ur léger, quels que soient les ombrages de Chislehurst, il y a une heure où vous avez dû entendre une voix qui criait : Vare, redde me legiones ! Rendez-nous nos légions ! rendez-nous la gloire de nos pères ! Rendez-nous nos provinces !… Quand un pays ne sait pas défendre ses libertés ; quand il se met sous la protection d’un homme providentiel, il en résulte fatalement ce que vous venez de voir : “la décomposition et la démoralisation”…Que Dieu qui aime ce pays, car c’est à lui qu’il a confié, de tout temps, la défense des grandes et des nobles causes, lui épargne la dernière et la plus dure des humiliations : celle de voir jamais ses destinées confiées aux mains qui l’ont si mal servi ».
Mais c’est la radicalisation du conflit opposant l’Église catholique aux républicains qui soulève le plus de passions, notamment en mai 1877. Après qu’Albert de Mun (député du Morbihan, légitimiste), le 1
er mai, a dénoncé à la tribune « les provocations et les vexations dont les catholiques sont victimes et la prétention des républicains à incarner la nation et le patriotisme », Gambetta réplique trois jours plus tard avec la fameuse formule : « le cléricalisme, voilà l’ennemi », destinée à servir de slogan au front républicain
[28]. Avant cette conclusion, le tribun borgne a dénoncé en termes alarmistes et violents « le mal clérical qui s’est infiltré profondément dans ce qu’on appelle les classes dirigeantes…, l’effrayante multiplication des ordres religieux…, [leur] esprit d’envahissement et de corruption… ». Pour impressionner davantage, il utilise des termes militaires pour décrire les catholiques « armée disciplinée aux ordres du pape véritable général à la man
Å“uvre…, qui mène l’assaut contre les institutions, contre la Révolution de 1789…, [dont l’] activité est un levier, que dis-je, un bélier qu’ils poussent contre la citadelle de l’État ».
Inversement, la violence peut résulter des « paradoxes de la retenue »
[29] liée au respect des conventions parlementaires qui, en permettant de masquer l’indifférence ou l’absence de considération, d’ignorer un groupe ou un problème, peuvent être une forme de violence symbolique et psychologique qu’Émile Zola, toujours dans ses chroniques de
La Cloche, juge indécente à propos des combats entre Versaillais et Communards ou de la déportation des condamnés politiques…
[30]
Malgré la vigueur des propos, ces interventions restent dans la norme des usages parlementaires ; il n’en est pas de même avec les inter-ruptions
[31] qui peuvent être une autre forme de violence.
La violence comportementale, qui constitue déjà une irrégularité dans la bonne marche des débats, est un acte d’impolitesse qui peut conduire à de graves excès, mais il peut s’agir simplement d’interruptions neutres ou positives. Dans ce dernier cas, l’interrupteur peut souhaiter soutenir un ami politique et alors le contenu des propos approuvés compte autant que la personne qui les prononce. Ces apostrophes amicales sont parfois un appui apporté à un collègue qui défend les mêmes intérêts ou un point de vue similaire. Elles peuvent dépasser les clivages politiques quand il y va de l’honneur de l’Assemblée ou quand il y a accord sur une question précise (séparation des pouvoirs, chemins de fer, sucres…). Certaines brèves remarques positives expriment avec sincérité une opinion ou un sentiment de satisfaction sur un point précis ou à un moment particulier du débat. Elles sont parfois aussi une brève manifestation de courtoisie très éloignée des interruptions hostiles qui peuvent conduire à l’incident de séances. Une des plus célèbres est l’apostrophe prêtée à Levert et à destination des républicains : « Nous vous imposerons silence un jour ! » (2 juin 1874). Il semble convenir davantage aux groupes extrémistes et minoritaires qui trouvent là un moyen efficace de se faire entendre de façon brève et percutante. C’est notamment le cas de l’Appel au peuple (mais aussi de certains Chevau-légers) dont les orateurs, souligne René Rémond, « usent volontiers d’un tour direct, véhément, familier, volontiers gouailleur, [à] la violence souvent démagogique »
[32] et parmi lesquels s’illustre Paul Granier de Cassagnac, journaliste et député du Gers, que Philippe Levillain présente comme un « homme de plume et de réplique, un Clemenceau (extrême gauche, Seine) bonapartiste… polémiste, redresseur de tort, amant du duel, courageux jusqu’à la témérité »
[33]. Elles traduisent et expriment la tension qui règne à l’assemblée, et sont logiquement plus utilisées lors des sessions les plus passionnées et à l’encontre des adversaires politiques, sauf si elles portent sur un point technique ou sur la défense des intérêts locaux. En voici un exemple extrait de la séance à la Chambre des députés du 4 mai 1877 pendant l’intervention de Gambetta évoquée plus haut :
Gambetta (qui vient d’évoquer élogieusement le gallicanisme de Mgr Darboy). « Où est Mgr Darboy ?
Granier de Cassagnac. Vous l’avez tué ! (Vives protestations à gauche et cris : À l’ordre, à l’ordre !)
Provost de Launay (Côtes-du-Nord, bonapartiste). Si ce n’est pas vous, ce sont vos amis !
De Baudry d’Asson (Vendée, légitimiste). Vos amis l’ont fusillé ! Respectez au moins la mémoire de leurs victimes !
Granier de Cassagnac. Nous sommes catholiques et patriotes et Monsieur Gambetta nous a insultés en venant affirmer le contraire… (Vive agitation. Voix à gauche : À l’ordre, à l’ordre !)
Granier de Cassagnac. Et Monsieur Gambetta qui accuse les catholiques de n’être pas patriotes ! Nous demandons la justice pour tous et nous ne tolérons pas de pareils outrages !
Provost de Launay. Nous nous sommes battus et il ne s’est pas battu !
Bourgeois (Vendée, légitimiste) (s’adressant à Gambetta). Vous avez décoré le général Charette ! On peut donc être à la fois patriote et catholique ! »…
L’ironie est une arme que certains ne négligent pas afin de déstabiliser un collègue ou pour le simple plaisir de faire une remarque empreinte d’humour. Quand Guillaume de Douhet (représentant du Puy-de-Dôme, légitimiste) demande que cinquante des soixante-quinze futurs sénateurs inamovibles soient choisis parmi les représentants les plus âgés afin d’assurer un renouvellement rapide des titulaires, Auguste Paris ajoute malicieusement : « et les plus malades » (26 juillet 1875). Quelquefois l’ironie se retourne contre cet élu du Pas-de-Calais. Ainsi, dans le débat sur la liberté de l’enseignement supérieur, après qu’il a affirmé que « pour le doctorat, on distingue entre les diplômes de Paris et ceux de province », Victor Lefranc (représentant des Landes, Centre gauche) et Alphonse Lepetit (représentant de la Vienne, Centre gauche) protestent : « C’est une erreur absolue… Vous avez complètement tort » et Ernest Picard (représentant de la Meuse, centre gauche) fait ce jeu de mots : « Remarquez que ce n’est pas Paris, c’est Monsieur Paris qui dit ces choses-là ! Cela vient de la province », et le Journal officiel note : « on rit » (10 juillet 1875).
Ces interruptions hostiles sont aussi l’expression d’une crainte, un aveu de faiblesse (timidité, médiocrité des talents oratoires…) et d’impuissance, qui correspondent à une décharge d’agressivité et parfois à une suspension partielle de calcul rationnel pouvant déboucher sur la violence physique. Il peut en effet arriver que la discussion se transforme en pugilat comme le rappellent des témoins tels que Zola, qui écrit : « Dans les tribunes, à voir de quelle façon la lutte s’engageait, on jouissait profondément à l’avance des coups de poing qui ne pouvaient manquer de clore ce débat » (30 août 1871)
[34].
Au-delà de cette violence ou de cette application rhétorique, il y a transmission d’un message, expression d’une idéologie ou du moins de valeurs philosophiques, politiques, sociales et/ou économiques. Les parlementaires du Pas-de-Calais entre 1871 et 1875 souscrivent à une idéologie globalement libérale et conservatrice avec trois champs lexicaux principaux : la modération, l’ordre dans le cadre du libéralisme économique et social, le patriotisme. L’attachement au parlementarisme, le respect des grands intérêts sociaux peuvent s’accompagner d’une certaine sensibilité au sort des citoyens les plus défavorisés, toutefois fortement teintée de paternalisme
[35]. Cette attitude est conforme à leur catholicisme dont ils se font les défenseurs, cependant l’engagement des élus du Centre gauche sur ce point est déjà nettement plus nuancé… L’armée, devenue
l’arche sainte, suscite un puissant sentiment d’adhésion et l’amour de la patrie est vénéré comme une valeur autour de laquelle les Français doivent se rassembler
[36]. Ces principes, ces comportements n’ont rien de surprenant dans le contexte général de l’époque, ils correspondent à la conscience chez ces élus, de la situation véritable du pays ainsi qu’à leur condition de notables provinciaux, conservateurs et catholiques.
Cette évocation du discours parlementaire peut se terminer par la proposition de typologie des représentants les plus dynamiques et qui s’appuie sur leurs principales activités parmi lesquelles la prise de parole est majoritaire pour cinq d’entre eux (voir le tableau 8 en annexe).
Les chambres du début de la III
e République, dans la tradition parlementaire héritée de la Révolution française, conservent donc l’admiration pour le grand orateur, souvent issu du barreau, pétri de culture classique et dont la parole peut retourner l’auditoire (Thiers, Gambetta, de Broglie…). Toutefois déjà s’y développent « des discours chiffrés, précis, argumentés où l’emphase est exclue, où les fleurs de rhétorique ne poussent guère » et qui seront à a mode à la fin du
xixe siècle
[37].
Tableau 1
Les interventions des représentants du Pas-de-Calais à l’Assemblée nationale (1871-1875)
Noms Nombre de lignes au Journal officiel Nombre d’inter ventions Interven tions per sonnelles Questions Interrup tions Interven tions comme rappor teur ou membre d’une commis sion Longueur moyenne des inter ventions (nombre de lignes au J.O.) ADAM CG/CD 724 16 8 0 2 6 45 de BRYAS D 129 7 1 0 0 6 18 de CLERCQ CD 711 89 32 1 50 5 8 DELLISSE-E. Bon. 14 2 1 0 0 1 7 de DIESBACH ExD 66 4 2 0 0 2 17 DUSSAUSSOY Bon. 1556 72 11 1 60 0 22 HAMILLE Bon. 320 44 4 0 36 4 7 LEVERT Bon. 22 5 2 0 3 0 4 MARTEL CD/ CG 799 18 11 0 1 5 44 PARIS CD 12 902 361 134 6 151 70 36 de PARTZ ExD 31 1 0 0 0 1 31 SENS Bon. 37 9 2 0 7 0 4 WARTELLE-D. CD 6 1 0 0 0 1 6 Total 17317 629 208 8 310 101 27/28 CD : Centre droit ; CG : Centre gauche ; D : Droite ; ExD : Extrême Droite (Chevau-légers) ; Bon. : Bonapartiste
Tableau 2
Répartition des 51 interventions les plus longues des élus du Pas-de-Calais à l’Assemblée nationale (1871-1875)
Années Représentants 1871 1872 1873 1874 1875 Total ADAM 0 1 0 2 0 3 de CLERCQ 1 0 0 0 0 1 DUSSAUSSOY 1 2 1 0 0 4 HAMILLE 1 0 0 0 0 1 MARTEL 3 1 0 0 0 4 PARIS 8 9 7 7 7 38 Total 14 13 8 9 7 51
Tableau 3
Bilan des interruptions faites par les représentants du Pas-de-Calais à l’Assemblée nationale (1871-1875)
Interrupteurs Interruptions Interrompus ADAM 2 2 de CLERCQ 50 37 DUSSAUSSOY 60 32 HAMILLE 36 32 LEVERT 3 3 MARTEL 1 1 PARIS 151 99 SENS 7 6 Total : 8 310 212/166* * Plusieurs parlementaires sont interrompus plusieurs fois et par plusieurs représentants du Pas-de-Calais.
Tableau 4
Répartition des interruptions faites par les représentants du Pas-de-Calais, à l’Assemblée nationale (1871-1875), selon leur type et selon les groupes politiques victimes
Groupes politiques Interruptions hostiles Interrup tions amicales Interrup tions neutres Total Extrême gauche 83 3 0 86 = 28 % Gauche républicaine 52 6 3 61 = 19,5 % Centre gauche 48 12 0 60 = 19,5 % Centre droit 37 17 7 61 = 19,5 % Droite 17 6 3 26 = 8,5 % Extrême Droite 8 1 2 11 = 3,5 % Bonapartistes 4 1 0 5 = 1,5 % Total 249 46 15 310
Tableau 5
Répartition et nature des interruptions (1871-1875)
Répartition des parlementaires, selon leur groupe politique, interrompus par les représentants du Pas-de-Calais Répartition des interruptions faites par les représentants du Pas-de-Calais selon leur type et selon le groupe politique victime Groupes politiques Chiffres absolus Pourcen tages Groupes politiques Interrup tions hostiles Interrup tions amicales Interrup tions neutres Ex. G. 31 18,75 % Ex. G. 96,50 % 3,50 % 0 G. 32 19,25 % G. 85 % 15 % 0 C. G. 38 23 % C. G. 80 % 20 % 0 C. D. 34 20,50 % C. D. 60,50 % 28 % 11,50 % D. 17 10,25 % D. 65,50 % 23 % 11,50 % Ex. D. 10 6 % Ex. D. 73 % 9 % 18 % Bon. 4 2,25 % Bon. 80 % 20 % 0 Total 166
Tableau 6
Interrupteurs et Interruptions dont sont victimes les représentants du Pas-de-Calais (1871-1875)
Années Représentants 1871 1872 1873 1874 1875 Total Adam 1/1 2/2 3/3 de Bryas 1/1 1/1 de Clercq 3/3 1/1 4/4 Dusaussoy 1/1 3/10 5/6 9/17 Hamille 1/1 1/1 2/2 Martel 4/4 4/4 Paris 3/3 10/14 11/11 7/7 19/28 50/63 Total 13/13 16/27 16/17 9/9 19/28 73*/94 * Il n’y a en fait que 50 interrupteurs car 16 élus [Arago (Pyrénées-Orientales, G.), Bottieau (Nord, C.D.), Caillaux (Sarthe, C.D.), Clapier (Bouches-du-Rhône, C.G.), de Clercq, Depeyre (Haute-Garonne, D.), Gambetta (Seine, Ex.G.), Ganault (Aisne, G.), Mettetal (Doubs, C.D.), des Rotours (Nord, D.), Testelin (Nord, Ex.G.), Thiers, de Tillancourt (Aisne, C.G.), Wolowski (Seine, C.G.)] interrompent plusieurs représentants du Pas-de-Calais et/ou un seul représentant de ce département mais à plusieurs reprises.
Tableau 7
Interrupteurs et nature de l’interruption à l’encontre des représentants du Pas-de-Calais (1871-1875)
Les interrupteurs, selon leur groupe politique, des représen tants du Pas-de-Calais (1871-1875) Les interruptions à l’encontre des représen tants du Pas-de-Calais (1871-1875), selon le type d’interruption et le groupe politique de leurs auteurs Groupes politiques chiffres absolus pourcen tages interruptions hostiles interruptions amicales interruptions neutres Ex. G. 6 10 % 12 0 4 G. 9 15,25 % 11 0 0 C.G. 13 22 % 19 3 5 C.D. 19 32 % 6 11 8 D. 7 12 % 3 4 3 Ex. D. 1 1,75 % 1 0 0 Bon. 4 7 % 3 0 1 Total 59 100 % 55 = 58,5 % 18 = 19 % 21 = 22,5 %
Tableau 8
Typologie des 8 représentants les plus dynamiques du Pas-de-Calais, entre 1871 et 1875, en fonction de leur(s) principale(s) activité(s) parlementaire(s) indiquée(s) en pourcentages
1 activité dominante Dussaussoy : interrompre (69 %) Sens : interrompre (58 %). Martel : présider (66 %) Paris : Parler (83 %) Ces prises de parole sont ainsi réparties : interrompre (42 %), exposer ou défendre une idée ou une proposition (39 %), s’exprimer au nom d’un groupe (19 %). À coté des interruptions politiques, Dus saussoy s’attache à la défense du libre-échange et des intérêts locaux (Le Calaisis). Auguste Paris est également à l’origine de 77 % des propositions des élus du Pas-de-Calais, et en chiffres absolus, il siège presque autant qu’Hamille en commis sion. Ses centres d’intérêt sont multiples : la politique, l’économie et les finances, les questions juridico-administratives, l’armée, la diplomatie, la presse, la défense des intérêts locaux, l’organisa tion du travail de l’Assemblée… 1 centre d’intérêt dominant de Bryas Adam et la commission mensuelle d’intérêt local [siéger et rapporter] (47 %). et les questions financières (45 %) qu’il aborde également en parlant (32,5 %), en proposant (32,5 %), en siégeant en commission (35 %). 1 profil « équilibré » de Clercq Il parle (23 %) (sans compter les inter ruptions), il propose (15 %), il siège en commission (23 %). Il sait aussi se faire remarquer : interrompre (35 %), être secrétaire (9 %). Les sujets qui retiennent son attention peuvent être classés sous trois grandes rubriques : la politique, les questions économiques et financières, l’organisa tion du travail de l’Assemblée. 1 interrupteur autant qu’un commissaire Hamille Il s’intéresse principalement aux ques tions politiques et juridico-administrati ves (39 et 38 %).
Geoffroy de Montalembert, doyen du Sénat, à la tribune
Ph. © Keystone
[*]
Maître de conférences (HDR) d’Histoire contemporaine à l’Université Charles-de-Gaulle-Lille 3, CRHEN-O.
[1]
René Rémond,
La vie politique en France, t. 2 :
1848-1879, Paris, Armand Colin, coll. « U », 1971, p. 129.
[2]
L’éloquence politique en France et en Italie des années 1870 à nos jours, actes du colloque organisé par Fabrice d’Almeida à l’Université de Paris X-Nanterre, les 9 et 10 octobre 1998, Rome, EFR, 2001, p. 7.
[3]
Jacques Guilhaumou, Denise Maldidier, Antoine Prost et Régine Robin,
Langage et idéologies. Le Discours comme objet de l’Histoire, Paris, Les Éditions ouvrières, 1974 ; Jacques Guilhaumou,
Le langage politique de la Révolution française, Paris, Méridiens-Klincksieck, 1989 ; Albert O. Hirschman,
Deux siècles de rhétorique réactionnaire, traduit de l’anglais par Charles Andler, Paris, Fayard, 1991 ; Nicolas Roussellier,
Le Parlement de l’éloquence. La souveraineté de la délibération au lendemain de la Grande Guerre, Paris, Presses de Sciences Po, 1997 ; Jean Dubois,
Le vocabulaire politique et social en France de 1869 à 1872, Paris, Larousse, 1962 ; Antoine Prost,
Vocabulaire des proclamations électorales de 1881, 1885, 1889, Paris, PUF, 1974 ; « Les mots », dans René Rémond (dir.),
Pour une histoire politique, Paris, Seuil, 1988, p. 255 à 285.
[4]
Antoine Prost, « Les mots »,
op. cit., p. 280 et 276.
[5]
Le travail parlementaire à l’Assemblée nationale de 1871, à travers les représentants du Pas-de-Calais. Familles politiques et tempéraments régionaux, thèse nouveau régime, sous la direction de Philippe Levillain, Université de Paris X-Nanterre, 1991 ; « Techniques rhétoriques des parlementaires français au début de la III
e République », dans
L’éloquence politique en France et en Italie des années 1870 à nos jours,
op. cit., p. 25‑40 ; « Parlementarisme et violence rhétorique dans les années 1870 »,
Revue du Nord, Villeneuve-d’Ascq, n° 326-327, t. 80, juillet-décembre 1998, p. 697-727 ; « Les débats au Palais-Bourbon en 1934 : entre l’ancienne et la future guerre »,
Revue du Nord, n° 339, t. 83, janvier-mars 2001, p. 101-124.
[6]
Voir tableaux 1 et 2 en annexe.
[7]
Voir John L. Austin,
Quand dire, c’est faire, Paris, Seuil, 1970.
[8]
« C’est le temps des avocats et des professeurs qui, après avoir suivi les cours de rhétorique, construisent leurs discours comme des cathédrales en pensant à leur publication, car l’écrit relaie la parole », Fabrice d’Almeida,
op. cit., p. 7.
[9]
Jérôme Grévy,
La République des opportunistes. 1870-1885, Paris, Perrin, 1998, p. 225.
[10]
Respectivement,
La Rhétorique,
De l’Orateur,
L’Institution oratoire.
[11]
À une époque où la pratique du duel connaît un renouveau, voir Jean-Noël Jeanneney,
Le Duel, une passion française, 1789-1914, Paris, Seuil, 2004.
[12]
Lettre du 19 juin, dans
Un ministre artésien dans la crise du 16 mai. La correspondance entre Auguste et Lucie Paris (16 mai-23 novembre 1877), présenté et annoté par Jean-Marc Guislin, Villeneuve-d’Ascq, CRHEN-O – Université Charles-de-Gaulle-Lille 3, 2002, p. 86.
[13]
Allusion au 2 décembre 1851 que Paris n’aurait pas cité en raison de la présence des bonapartistes dans la coalition d’« Ordre moral » du 16 mai.
[14]
« Le public n’a pas compris ce qu’on voulait lui faire comprendre et il a compris ce qu’on ne voulait pas » (Adam, le 18 février 1874, réquisitoire contre la taxation des chèques).
[15]
« Pas une plainte, la résignation la plus grande, chez tous le patriotique sentiment du devoir accompli », Louis Martel, compte rendu de la visite de la délégation parlementaire aux soldats versaillais blessés face aux insurgés communards, 22 avril 1871.
[16]
Allusion à son rôle au sein de la Commission des Trente (1873-1875) puis lors des débats de février 1875 où il s’est efforcé de faire adopter une constitution
orléaniste, susceptible d’une révision complète.
[17]
« Il faut aussi se servir des maximes qui sont dans toutes les bouches et employées par le commun des mortels, si elles sont utilisables ; parce qu’elles ont connues, on les croit fondées sur le consentement unanime et d’une parfaite justesse »,
La Rhétorique, livre II, chap. 21, paragraphe 1395a, Paris, Budé, Les Belles Lettres, 1967, p. 109.
[18]
Hippolyte Taine,
La Fontaine et ses fables, Paris, Hachette, 1860.
[19]
C’est le cas du banquier Adam-Fontaine lorsqu’il parle des chèques…
[20]
Voir la conclusion d’Auguste Paris le 6 décembre 1875, citée
supra.
[21]
Voir cet exemple plus proche de notre époque : « Nous sommes un grand nombre, sur les bancs de cette assemblée, qui avons fait personnellement la guerre. Nous sommes un certain nombre qui avons combattu à côté de nos fils et nous sommes plusieurs, hélas ! qui avons fait un sacrifice plus dur, croyez-le bien, que celui de notre propre vie, celui de la vie de nos enfants », Louis Duval-Arnould (Seine, Fédération républicaine), discours à la Chambre des députés le 15 juin 1934.
[22]
Jean-Denis Bredin et Thierry Lévy,
Convaincre. Dialogue sur l’éloquence, Paris, Odile Jacob, 1997, p. 66.
[23]
Norbert Elias,
La civilisation des mÅ“urs, Paris, Calmann-Lévy, 1973.
[24]
Le
leader politique est « un homme de guerre » a écrit Clemenceau [
Démosthène, Paris, Plon, 1926].
[25]
Nicolas Roussellier,
op. cit., p. 52.
[26]
Émile Zola,
La République en marche. Chroniques parlementaires, 2 vol., Paris, Fasquelle, 1956.
[27]
« L’Empire a commis deux parricides : le meurtre de la République en 1851, le meurtre de la France en 1871 » (Victor Hugo, 1
er mars 1871).
[28]
Philippe Levillain, « Les droites en République », dans Jean-François Sirinelli (dir.),
Histoire des droites en France, t. 1
Politique, Paris, NRF-Essais Gallimard, 1992, p. 147-212.
[29]
Claude Haroche, « Retenue dans les m
Å“urs et maîtrise de la violence politique. La thèse de Norbert Elias », dans Philippe Braud (dir.),
La violence politique dans les démocraties européennes occidentales, Paris, L’Harmattan, 1993.
[30]
Émile Zola,
op. cit., t. 1, p. 153-155, t. 2, p. 243.
[31]
Voir les tableaux 3, 4, 5, 6 et 7 à la fin de l’article.
[32]
René Rémond,
La droite en France, Paris, Aubier-Montaigne, 1954, p. 151-152.
[33]
Philippe Levillain, « Les droites en République »,
op. cit., p. 173. Voir aussi, Karen Offen,
Paul de Cassagnac and the authoritarian tradition in the 19th century France, New-York and London, Garland, 1991.
[34]
Émile Zola,
op. cit., t. 1, p. 314.
[35]
En témoigne l’emploi systématique des formules au pluriel « les classes laborieuses », « les classes ouvrières », souvent précédées de l’adjectif possessif « nos ».
[36]
Raoul Girardet,
La société militaire, Paris, Plon, 1953, p. 162.
[37]
Jean-Denis Bredin et Thierry Lévy,
Convaincre…,
op. cit., p. 136. Voir également Theodor Herzl,
Le Palais-Bourbon. Tableaux de la vie parlementaire française, La Tour-d’Aigues, L’Aube, 1995.