Parlement[s], Revue d'histoire politique
L'Harmattan

I.S.B.N.sans
166 pages

p. 94 à 113
doi: en cours

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Recherche : L'espace des chercheurs

n° 3 2005/1

2005 Parlement[s] Recherche : L’espace des chercheurs

Des femmes aux élections législatives en France de 1945 à 1968 : veuves d’hommes politiques célèbres et femmes d’inéligibles  [1]

Sabrina Hubac  [*]
Le 21 avril 1944, les femmes obtiennent le droit de vote et d’éligibilité. Les premières élections législatives au suffrage universel ont lieu le 21 octobre 1945. Parmi les 310 candidates qui furent inscrites sur les listes, figurent Madeleine Lagrange, Marie-Claude Vaillant-Couturier, Mathilde Péri, ou encore Hélène de Suzannet. Ces candidates sont les veuves d’hommes politiques illustres de la IIIe République, certains héros et martyrs de la Résistance ; d’autres sont les compagnes de parlementaires déclarés inéligibles à la Libération pour avoir voté les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain le 10 juillet 1940.
Pourquoi s’intéresser à ces premières candidates à la députation ? Elles présentent un double intérêt : d’une part, elles sont les premières candidates aux élections législatives en France ; d’autre part, la Libération est une époque exceptionnelle, tant du point de vue de l’histoire politique que du point de vue de l’histoire sociale. Pour l’histoire des femmes en politique, cette période est tout aussi fondamentale, puisqu’à l’issue de la guerre, elles sont devenues de véritables citoyennes, par l’octroi du droit de suffrage et que le personnel politique se féminise pour la première fois. Les élections constituantes et législatives de 1945-1946 font, en effet, entrer au Palais-Bourbon une trentaine de femmes [2]. Néanmoins, à partir de 1951, les femmes politiques sont progressivement refoulées hors du système républicain [3]. Ces candidates ne sont pas des anonymes, mais ont un nom porteur de sens, d’une mémoire, qui résonne dans cette période précise qu’est l’après-guerre. La renommée de Pierre Brossolette et de Gabriel Péri se construit dès 1945, par leurs familles politiques qui cultivent leur mémoire dans le cadre d’une histoire officielle et partisane de la Résistance. C’est leur mort en martyrs de la Résistance qui en fait des héros du parti, puis progressivement des figures de la mémoire collective et nationale, ce dont témoignent les lieux, les places, les rues, qui portent leurs noms. Le patronyme des femmes d’inéligibles n’a pas la même résonance et retentit surtout à l’échelle locale.
Il est donc difficile d’évaluer l’efficacité de ce type de « capital politique hérité » [4]. Dans quelle mesure le nom de ces candidates fut-il un patrimoine politique ? Cet héritage politique a-t-il facilité leur parcours ? L’analyse de la formation et de la carrière politiques de ces femmes se révèle fondamentale pour répondre à ces questions. Malheureusement, les sources sont très inégales sur ce sujet : outre les éléments biographiques qui parsèment les mémoires de ces candidates [5], le recours aux archives orales et aux sources privées est nécessaire. La documentation n’en demeure pas moins lacunaire, en particulier pour les femmes d’inéligibles, sur lesquelles nos renseignements sont maigres, excepté le cas de Marcelle Devaud, qui nous a accordé un entretien à son domicile le 21 novembre 2002. Il est donc préférable de privilégier les études monographiques et d’échapper à l’envie de généraliser à l’ensemble de l’échantillon ce qui ne concerne en fait que quelques-unes.
 
Définition et typologie des candidates
 
 
Quatorze femmes, veuves d’hommes politiques célèbres de la IIIe République ou ayant un lien de parenté avec des parlementaires déclarés inéligibles à la Libération, se sont présentées à une élection législative (ou constituante) entre 1945 et 1968 [6].

Les candidatures aux élections constituantes et législatives
Agrandir l'image Nom de la candidate	Candida tures au...
Nom de la candidate Candida tures aux élections Liste Circonscription Marcelle Devaud Juin 1946 Parti Républicain de la Liberté (PRL) 5e circ. de la Seine Nov. 1946 PRL 5e circ. de la Seine 1956 Républicains sociaux 3e circ. de la Seine 1958 UNR Seine 1962 UNR Seine Geneviève Potut 1951 Groupement de défense des libertés professionnel les et des contribuables Nièvre Yvonne Lafaye 1951 Liste de défense des libertés républicaines Gironde Marthe Lassalle Juin 1946 Rassemblement des gauches républicaines Landes Françoise Ybarnégaray 1951 Union des Indépendants Français Basses-Pyrénées Nom de la candidate Candida tures aux élections Liste Circonscription Andrée Tixier-Vignancour Juin 1946 Liste Entente Républi caine Sociale Basses-Pyrénées Louise Castanet Oct 1945 Radicale-socialiste Charente-Maritime Mathilde Péri Oct 1945 Communiste Seine-et-Oise Juin 1946 Communiste Seine-et-Oise Nov. 1946 Communiste Seine-et-Oise 1951 Communiste Seine-et-Oise 1956 Communiste Seine-et-Oise 1958 Communiste Seine-et-Oise Madeleine Lagrange Oct 1945 SFIO 3e circ. du Nord Andrée Viénot Oct 1945 SFIO Ardennes Juin 1946 SFIO Ardennes Nov 1946 SFIO Ardennes 1962 Parti Socialiste Unifié Ardennes Marie-Claude Vaillant-Couturier Oct 1945 Communiste 4e circ. de la Seine Juin 1946 Communiste 4e circ. de la Seine Nov 1946 Communiste 4e circ. de la Seine 1951 Communiste 4e circ. de la Seine 1956 Communiste 4e circ. de la Seine 1958 Communiste Seine 1962 Communiste Seine 1967 Communiste Val-de-Marne 1968 Communiste Val-de-Marne Hélène de Suzannet Oct 1945 PRL Vendée Juin 1946 PRL Vendée Gilberte Brossolette Juin 1946 SFIO 4e circ. de la Seine Nov 1946 SFIO Seine Eugénie Éboué-Tell Oct 1945 SFIO Guadeloupe Juin 1946 SFIO Guadeloupe Nov 1946 SFIO Guadeloupe 1956 Républicains Sociaux 5e circ. de la Seine

Six candidates ont un lien familial avec un inéligible [7]. Marcelle Devaud est l’épouse de Stanislas Devaud, député de Constantine de 1936 à 1942. Geneviève Potut est la femme de Georges Potut, député de la Nièvre de 1932 à 1942. Yvonne Lafaye et Marthe Lassalle sont respectivement les sÅ“urs de Gabriel Lafaye, député de la Gironde de 1928 à 1942, sous-secrétaire d’État au Travail du 18 janvier au 13 mars 1938, et de Jean Lassalle, député des Landes de 1924 à 1940, ministre des Pensions aux mêmes dates que le précédent. Françoise Ybarnégaray est l’épouse de Jean Ybarnégaray, député de 1914 à 1942, et Andrée Tixier-Vignancour qui est la mère de Jean-Louis Tixier-Vignancour, député de 1936 à 1942. La moitié de ces femmes sont des épouses d’inéligibles (trois sur six), deux sont leurs sÅ“urs, une seule est la mère d’un parlementaire déchu. Le mariage est donc le lien de parenté principal.
Huit candidates sont les veuves d’hommes politiques célèbres. Parmi elles, six sont des veuves de parlementaires. Il s’agit de : Louise Castanet, veuve de Jean Hay, député de 1939 à 1942 ; Mathilde Péri, veuve de Gabriel Péri, député communiste de Seine-et-Oise de 1932 à 1940 ; Madeleine Lagrange, veuve de Léo Lagrange, député du Nord de 1932 à 1940, sous-secrétaire d’État aux Sports et Loisirs du 4 juin 1936 au 10 avril 1938 ; Andrée Viénot, veuve de Pierre Viénot, député de 1932 à 1942, sous-secrétaire d’État aux Affaires Étrangères du 4 juin 1936 au 22 juin 1937 ; Marie-Claude Vaillant-Couturier, veuve de Paul Vaillant-Couturier, député de la Seine de 1919 à 1928, puis de 1936 à 1937 ; enfin, Hélène de Suzannet, veuve de Jean Suzannet, député de la Vendée de 1936 à 1938. Seules deux femmes ne sont pas les épouses d’un parlementaire, mais d’un homme politique illustre. Gilberte Brossolette est la veuve de Pierre Brossolette, journaliste politique, également cadre de la SFIO. Il s’est présenté aux élections de 1936 dans l’Aube, mais a été battu. Eugénie Éboué-Tell est l’épouse de Félix Éboué, gouverneur de la Guadeloupe, puis du Tchad (1938), gouverneur de l’Afrique Équatoriale Française et l’un des principaux artisans de la conférence de Brazzaville, mort prématurément en 1944. Toutes ces femmes ne sont pas des veuves de guerre : le rédacteur en chef de l’Humanité, Paul Vaillant-Couturier, est mort en 1937, quelques mois après son mariage avec Marie-Claude Vogel ; Jean de Suzannet est décédé en 1938, suite à un accident automobile. Parmi les veuves de guerre néanmoins, on peut distinguer : Madeleine Lagrange, dont l’époux est mort au champ d’honneur, le 9 juin 1940, sur les bords de l’Aisne lors d’une mission de reconnaissance ; Andrée Viénot, dont le mari, après avoir rejoint de Gaulle, mourut le 20 juillet 1944. Les trois autres candidates sont les veuves de héros et martyrs de la Résistance : Jean Hay est, en effet, arrêté le 9 octobre 1943 par les autorités allemandes et interné au camp de Melk, puis à Ebensee, où il meurt le 21 avril 1945 ; Gabriel Péri est fusillé le 15 décembre 1941 au mont Valérien, tandis que Pierre Brossolette, après son arrestation et son internement à Fresnes, se défenestre du haut de l’immeuble de la Gestapo, au 84 de l’avenue Foch.
Les quatorze candidates considérées se sont majoritairement présentées dans la même circonscription que l’homme politique de leur famille, défunt ou inéligible, profitant ainsi de la notoriété acquise par un nom à l’échelle locale. Seules Marcelle Devaud, Gilberte Brossolette et Eugénie Éboué-Tell ont brigué les suffrages hors des départements de leurs époux. Les quatorze femmes ont toutes été candidates au moins une fois entre 1945 et 1951. Le 21 octobre 1945 se sont présentées sept femmes sur quatorze, le 2 juin 1946, neuf, le 10 novembre 1946, sept, et le 17 juin 1951, cinq. Les effectifs chutent après cette date : quatre candidates figurent sur les listes électorales en 1956, trois en 1958 et 1962. Seule Marie-Claude Vaillant-Couturier s’est présentée en 1967 et 1968. L’inéligibilité ayant été supprimée par la loi du 6 août 1953, les femmes ayant un lien de parenté avec un inéligible, Marcelle Devaud exceptée, ne se présentent plus après cette date. Le nom célèbre fut donc surtout utilisé dans la période de la Libération.
L’échantillon couvre tout l’échiquier politique, de la gauche, avec les communistes Péri et Vaillant-Couturier, les socialistes Viénot, Lagrange et Brossolette, à la droite avec les candidates du PRL (de Suzannet, Devaud), les candidates gaullistes (Devaud et Éboué-Tell, passée de la SFIO au RPF [8]), en passant par le centre, avec les candidates radicales (Castanet, Lassalle). Cependant, une nette dichotomie apparaît entre les veuves et les femmes d’inéligibles. Sept veuves sur huit appartiennent à des partis de gauche, tandis que cinq des six femmes d’inéligibles se sont présentées sur des listes de droite. Cette différence ne doit pas étonner, car la droite vota plus massivement que la gauche les pleins pouvoirs [9]. De plus, si les patronymes célèbres associés à des instants glorieux et tragiques de l’histoire de France ont été utilisés par tous les partis à la Libération, c’est à gauche que cette pratique a été la plus systématisée, en particulier par le PCF. Cette stratégie a été payante : sept des huit veuves ont été élues au moins une fois entre 1945 et 1951 (Louise Cas-tanet, l’épouse du défunt Jean Hay, est la seule à ne pas l’avoir été). Si on ajoute l’élection de Marcelle Devaud en 1958, huit candidates sur quatorze ont été élues une fois au moins, soit plus de 50 %. Les femmes d’inéligibles ont eu beaucoup moins de succès que les veuves. Chronologiquement, les candidates de l’échantillon furent essentiellement élues aux deux assemblées constituantes et aux élections législatives de novembre 1946. Madeleine Lagrange, Andrée Viénot, Hélène de Suzannet, Eugénie Éboué sont des figures de la Libération. En revanche, d’autres candidates connurent une carrière parlementaire sous la IVe République, telles que Gilberte Brossolette, membre de la deuxième assemblée constituante, puis sénateur de la Seine de 1946 à 1958, Mathilde Péri et Marie-Claude Vaillant-Couturier, députées de 1945 à 1958, ainsi que Marcelle Devaud, elle aussi sénateur de la Seine de 1946 à 1958, puis députée de 1958 à 1962.
Marcelle DevaudAgrandir l'image Marcelle Devaud
Ph. © Keystone
Les quatorze candidates considérées, issues de tous les partis politiques, se sont essentiellement présentées et furent majoritairement élues à la Libération. Si la majorité d’entre elles disparaît rapidement de la vie politique, d’autres ont mené de véritables carrières politiques, en particulier grâce à la formation qu’elles avaient acquise auparavant.
 
Des candidates formées à la politique sous la IIIe République
 
 
Faute de sources, les analyses concernant la formation politique des candidates se rapportent essentiellement aux veuves d’hommes politiques célèbres. Seule la profession des candidates devrait être une donnée connue pour l’intégralité de l’échantillon, car elle figure sur les listes électorales. Or, six femmes sur quatorze sont inscrites sur les listes électorales sans mentionner leur profession [10]. Toutes les candi dates qui travaillent exercent une profession libérale et/ou intellectuelle : on compte ainsi une institutrice (Eugénie Éboué-Tell), deux journalistes (Mathilde Péri et Gilberte Brossolette), une photographe (Marie-Claude Vaillant-Couturier), une avocate (Madeleine Lagrange). Leur niveau d’études est généralement élevé : Marcelle Devaud, Gilberte Brossolette, Andrée Viénot, Madeleine Lagrange sont bachelières, et ont suivi un cursus littéraire jusqu’à la licence. Marcelle Devaud a passé son bac à seize ans, et décida de préparer l’agrégation de philosophie. Elle épousa en 1925, à 17 ans, son professeur, Stanislas Devaud, mais elle ne put préparer l’agrégation car elle devint rapidement mère de famille. Gilberte Brossolette a fait des études d’histoire-géographie ; elle s’inscrit à la Sorbonne et prépare une licence d’histoire, lorsqu’elle rencontre le normalien Pierre Brossolette, sur les bancs de la faculté. Madeleine Lagrange a fait des études de droit, et s’inscrit au barreau en 1924. Andrée Viénot s’est spécialisée dans l’économie. Elle est licenciée d’économie politique par la London School of Economics en 1922. Bachelière, Marie-Claude Vaillant-Couturier voulait se consacrer à la peinture. Mais ses parents, considérant que ce n’était pas un métier pour elle, l’envoyèrent en 1930 à Berlin apprendre l’allemand. De retour à Paris, elle choisit d’étudier la photographie. La nature et le niveau de formation de ces candidates ressemble ainsi à celui des parlementaires de la IIIe République, mis au jour par des travaux prosopograhiques récents [11].
La formation politique de ces femmes est plus atypique. Trois types de formation sont privilégiées : la filière partisane, le réseau familial et l’aide apportée à l’époux dans ses fonctions politiques. La filière partisane concerne surtout les candidates socialistes et communistes. Ces dernières étaient des militantes plus ou moins actives avant la guerre. Marie-Claude Vaillant-Couturier milita aux Jeunesses Communistes et fut la fondatrice, avec Danièle Casanova, de l’Union des Jeunes Filles de France. D’après la notice biographique du parti [12], Andrée Viénot était très active dans deux organisations des jeunes socialistes, les Faucons Rouges et les Amis de l’Enfance Ouvrière. Ces femmes étaient affiliées à un parti politique dans les années 1930. Andrée Viénot adhéra à la SFIO en 1932 ; Marie-Claude Vaillant-Couturier prit sa carte au parti communiste après le 6 février 1934 [13]. Mathilde Péri, Madeleine Lagrange, Gilberte Brossolette étaient aussi membres du parti communiste ou de la SFIO, mais nous ignorons la date précise de leur adhésion. On peut émettre l’hypothèse que leur affiliation au parti avoisine la date de leur mariage, comme l’explique Gilberte Brossolette : « Avant de connaître Pierre, la politique ne m’intéressait pour ainsi dire pas du tout. Mais quand j’ai connu Pierre, petit à petit, j’ai compris et apprécié ses idées… et je suis devenue socialiste moi aussi, fatalement » [14]. L’engagement militant de Madeleine Lagrange semble également très lié à celui de son époux ; une brochure de la Fédération Léo Lagrange [15] note que ce dernier présenta sa fiancée à la cinquième section de la Fédération socialiste de la Seine pendant l’été 1924, avant même de lui faire rencontrer sa famille. Madeleine témoigne : « l’essentiel de notre vie était axé sur le militantisme, qu’avec Léo j’avais épousé » [16]. L’univers familial est une autre composante non négligeable de la formation politique, et plusieurs candidates sont des héritières. Andrée Tixier-Vignancour est la fille d’un député de la IIIe République, Léon Vignancour, avocat à Pau, député d’Orthez, qui fit partie des 363 députés qui affirmèrent les droits de la République contre Mac-Mahon. Le père de Madeleine Lagrange, Louis Weiller, était l’ami du député de Saint-Dié Paul Elbel. C’est ainsi que Jean Weiller, son frère, intégra le cabinet Paul Elbel, ministre de la marine dans le deuxième cabinet Chautemps de 1938, puis celui de Vincent Auriol, ministre d’État dans le deuxième ministère Blum. Marie-Claude Vogel a rencontré Paul Vaillant-Couturier qui revenait d’URSS en 1932, chez son père. Andrée Vié-not, née Mayrich, est la fille d’un riche industriel luxembourgeois. Le réseau de relations tissé par sa famille a sans doute contribué – en plus de l’aspect financier – à sa formation et à son insertion dans la sphère politique. Son réseau familial a également compté pour son époux, comme le souligne avec ironie Daniel Mayer : « On pourrait dire que c’est Pierre Viénot qui avait le nom de sa femme ! » [17]. Contrairement aux candidates précédentes, qui ont pris leur carte dans le sillage de leur mari, c’est Andrée Viénot qui a fait adhérer son époux à la SFIO. L’accompagnement de l’époux parlementaire est la dernière filière de formation politique des candidates considérées. Malgré l’absence de données générales, on peut affirmer que toutes ont, à des degrés divers, secondé leurs époux dans leur profession d’homme politique. Elles furent ainsi des « militantes de l’ombre » [18] lors des campagnes électorales de ces derniers. Lorsque Pierre Brossolette s’est présenté en 1936 dans l’Aube, Gilberte assuma les fonctions de chauffeur et de secrétaire [19]. Marcelle Devaud eut davantage de responsabilités lors de la campagne de Stanislas en 1936 : « Avec un petit groupe d’amis – la plupart tous aussi novices que moi – je dus rédiger un journal, des affiches, préparer l’organisation des réunions et les réunions elles-mêmes […]. C’est ce qu’on peut appeler “la formation sur le tas” ». Mais elles furent surtout les assistantes parlementaires de leurs époux, à une époque où cette fonction n’existait pas. Une fois Stanislas Devaud élu, le couple quitta Constantine pour Paris. Marcelle assura alors le secrétariat de son mari, et l’accompagnait lors des tournées de sa circonscription [20]. Andrée Viénot était attachée au cabinet de son mari lorsqu’il fut nommé sous-secrétaire d’État aux Affaires étrangères dans le premier gouvernement Blum de 1936. Madeleine Lagrange seconde elle aussi Léo durant ses campagnes électorales et au sous-secrétariat d’État aux Sports et Loisirs durant le Front Populaire. À la Libération, ces candidates ne sont donc pas des novices en politique, mais elles ont été formées selon trois voies principales, sans que les catégories soient exclusives : le militantisme (Marie-Claude Vaillant-Couturier, Andrée Viénot), le réseau familial (Andrée Tixier-Vignancour, Madeleine Lagrange, Marie-Claude Vaillant-Couturier, et Andrée Viénot), l’aide apportée à l’époux dans ses fonctions politiques (Gilberte Brossolette, Marcelle Devaud, Andrée Viénot, Madeleine Lagrange).
Marie-Claude Vaillant-Couturier (1912-1966)Agrandir l'image Marie-Claude Vaillant-Couturier (1912-1966)
Ph. © Keystone
La majorité d’entre elles ont complété leur formation politique pendant la guerre, en particulier dans la Résistance. Nous savons que six femmes sur quatorze furent des résistantes, ce qui ne signifie pas que les autres candidates ne l’aient pas été, étant donné les lacunes de notre documentation. Les deux communistes furent internées : Marie-Claude Vaillant-Couturier, résistante active avec son compagnon Pierre Villon et les époux Politzer, fut arrêtée en 1942 par les autorités françaises qui la remirent aux Allemands. Déportée à Auschwitz puis à Ravensbrück, elle organisa la résistance dans le camp avec Danièle Casanova. Mathilde Péri fit aussi partie des internées politiques au camp de Rieucros, en Lozère ; les socialistes Andrée Viénot et Gilberte Brossolette agirent en collaboration avec Londres. Andrée Viénot travailla dans les Alpes-Maritimes à la reconstitution clandestine du parti socialiste. En 1942, alors que son mari était activement recherché par la Gestapo, Gilberte Brossolette se réfugia à Londres. Elle y travailla dans les milieux de la France libre, au Commissariat à l’Intérieur et à la BBC [21]. Madeleine Lagrange, après avoir appris la mort de son mari, rejoignit Clara Malraux ; elles s’installèrent à Montauban, base à partir de laquelle Madeleine travailla pour la direction clandestine de la SFIO. Eugénie Éboué s’en-gagea dès l’armistice dans les Forces françaises libres féminines, et servit comme infirmière à l’hôpital militaire de Brazzaville jusqu’en 1944. La participation à la Résistance et aux activités de la France libre fut parfois couronnée par une nomination à l’As-semblée Consultative provisoire (ACP) : Gilberte Brossolette, Andrée Viénot et Mathilde Péri y siégèrent. La veuve de Pierre Brossolette a été désignée par le Conseil de l’Ordre de la Libération, Andrée Viénot a été déléguée par le parti socialiste. Mathilde Péri siègea à l’ACP sous l’étiquette de l’Union des Femmes Françaises [22], et non sous celle du parti communiste. Cette nomination fut leur premier pas en politique.
Mathilde Péri (1902-1981)Agrandir l'image Mathilde Péri (1902-1981)
Ph. Martinie © Roger-Viollet
Malgré les lacunes de la documentation, on constate que les candidates ont acquis une solide formation politique sous la IIIe République, en particulier en secondant leurs époux dans leurs tâches politiques. Marcelle Devaud en fait un facteur explicatif de ses candidatures à la Libération ; elle affirme avoir été désignée « parce qu’[elle] était une des rares femmes qui connaissait la politique » [23]. La Résistance consacre l’entrée de ces femmes dans l’espace public, et la Libération, leur entrée en politique.
 
Le nom célèbre, un privilège momentané à efficacité limitée
 
 
Le prestige du patronyme favorisa l’entrée en politique des veuves d’hommes politiques célèbres de la IIIe République. Ce sont les partis politiques qui ont sollicité les veuves à la Libération, exploitant le nom de leur défunt époux. Cette utilisation du patronyme n’est pas dépourvue d’ambiguïtés, car les partis n’hésitent pas à construire une histoire officielle partisane qui gomme la réalité passée. Mathilde Péri doit sa désignation à l’ACP et sur les listes électorales à son mari, mais « ceux qui la hissent sur le pavois à la Libération ne sont certainement pas exempts d’arrière-pensées. Ils savent aussi qu’au moment de sa mort, Gabriel Péri vivait avec une autre femme. Mais le Parti avait besoin de la veuve officielle » [24]. Le biographe de Pierre Brossolette souligne de même que sa « mort en martyr supplicié […] a longtemps éclipsé le fait qu’il avait été graduellement marginalisé et critiqué » [25]. Bernard Lachaise souligne pareillement l’utilisation du nom de Félix Éboué par le parti socialiste puis par le parti gaulliste : « Le destin personnel et politique d’Eugénie Éboué-Tell est totalement lié à celui de son mari dont elle a toujours épousé les idées et les choix. Sans la mort prématurée de Félix Éboué en 1944, jamais Eugénie Éboué ne serait entrée en politique. A-t-elle d’ailleurs vraiment choisi ou son illustre nom n’a-t-il pas été utilisé par la SFIO d’abord, puis par les gaullistes ensuite ? » [26]. La « force et la magie du nom » [27] expliquent les candidatures des veuves à la Libération, mais aussi celles des femmes ayant un lien de parenté avec un inéligible.
Dans ce cas, c’est l’inéligible plus que le parti qui utilise la renommée locale du nom pour participer indirectement à la vie politique ; deux exemples, celui d’Andrée Tixier-Vignancour et celui de Geneviève Potut, montrent que leurs candidatures sont des trompe-l’Å“il, derrière lesquels se dévoilent les visages des parlementaires déchus, qui participent au jeu politique par le biais de leur mère ou de leur épouse. Dans ses mémoires [28], Jean-Louis Tixier-Vignancour raconte comment lui-même et Jean Ybarnégaray participèrent aux élections de juin 1946 ; en mars 1946, un de ses amis, Guy Petit, devenu maire de Biarritz, vient le voir : « Il considère que trois députés MRP pour les Basses-Pyrénées, c’est trop. J’abonde dans son sens et ne vois que des avantages à ce qu’il prenne la tête d’une liste d’entente républicaine. Nous avons beaucoup de difficultés pour constituer ladite liste. […] Ma mère figurera en cinquième et dernière position. Juin 1946 : trente-trois mille voix après une campagne à laquelle j’ai participé en ma seule qualité d’inéligible. Fureurs des communistes et des gens en place. Projection de chaises et d’objets divers à Pau. Ybarnégaray est blessé. À Nay, Petit et moi évitons de justesse un bain dans le Gave. L’essentiel est acquis. Un siège est récupéré sur ceux qui ont privé, pour leur profit personnel, le suffrage universel de sa liberté » [29]. L’influence de l’inéligible Georges Potut, lors des élections de 1951, auxquelles se présenta sa femme, est tout aussi marquée. Les Archives Départementales de la Nièvre disposent d’une note d’information datée du 11 juin 1951 sur la situation politique de la Nièvre à la veille des élections, qui stipule que la liste du Groupement de Défense des libertés professionnelles et des contribuables « est dominée par la présence indirecte de M. Georges Potut, ancien député de la deuxième circonscription de Nevers, actuellement inéligible. Cette personnalité, qui fut Préfet de la Loire sous Vichy, dut subir une sorte d’exil durant près de cinq ans et se tint à l’écart de la vie politique nivernaise. Depuis un an, M. Potut est revenu dans son ancien fief, […] et il intervient pour la première fois personnellement à l’occasion des élections du 17 juin 1951 » [30]. Ces élections se déroulèrent sans incident. Troisième de liste, Geneviève Potut mobilisa sur son nom (et celui de son mari) seulement 7 591 voix, soit 1,5 % des suffrages exprimés [31]. Andrée Tixier-Vignancour et Geneviève Potut furent donc des candidates « postiches », couvrant l’action politique de leur fils ou mari inéligibles.
Le patronyme célèbre est donc un moyen d’accès au pouvoir, mais son efficacité à long terme est à nuancer. Deux raisons invitent à en limiter la portée. Premièrement, les candidatures de Marcelle Devaud à la Libération ne rentrent pas dans ce schéma d’interprétation. Elle affirme que « [son] nom ne [l’]a pas servi » [32]. Elle a brigué les suffrages en 1946 à la demande de son ami Edmond Barrachin : « Edmond Barrachin a insisté pour que je me présente. Mon ami m’a encouragée, alors j’ai accepté » [33]. Elle a lié connaissance avec lui avant la guerre, au Parti Social Français (PSF) fondé par le colonel de La Rocque en 1936, par le biais de son époux. Comme Stanislas Devaud, elle a appartenu au PSF, où elle avait des occupations essentiellement sociales, dans le cadre de l’Association du Devoir Patriotique [34]. L’insertion de Marcelle Devaud dans la vie politique de la Libération tient davantage à son intégration à un réseau politique qu’à son patronyme. Son élection au Conseil de la République en décembre 1946 en témoigne. Elle écrit à Edmond Barrachin le 17 décembre 1946 pour le remercier de son soutien : « Laissez-moi vous redire toute mon affectueuse gratitude pour l’amitié et la persévérance avec lesquelles vous m’avez soutenue à l’occasion de cette élection. Je sais parfaitement que c’est à vous que je la dois, à vous et à vous seul. […] Il est évident que j’aurai besoin que vous continuiez d’être mon guide politique… Je tâcherai de me montrer bonne élève » [35]. L’utilisation d’un nom célèbre n’est donc qu’une filière d’accès, parmi d’autres, à la politique. Deuxièmement, si le patronyme favorise l’entrée en politique, il n’assure pas pour autant la longévité. Deux exemples, ceux d’Eugénie Éboué et d’Hélène de Suzannet, le montrent. Jacques Foccart, dans une lettre datée du 13 octobre 1948 [36], constate avec regret que la popularité du nom porté par la veuve Éboué lui a permis certains succès, mais ne suffit pas : « Eugénie Éboué ne tient ici pratiquement que par la mémoire de son mari […]. La totalité de ses amis d’ici […] me répondent qu’ils n’ont pas besoin d’une représentation symbolique mais d’un véritable défenseur » [37]. Son échec tient à l’évolution de ses positions et plus encore aux alliances qu’elle a contractées pour assurer sa réélection en 1948 au Conseil de la République. Elle fut élue en 1945, puis 1946, comme candidate de la Résistance sur la liste SFIO. Exclue du parti socialiste et devenue membre du RPF [38], elle fit en 1948 liste commune avec Maurice Satineau. Or, ce dernier avait été en 1936 l’un des plus virulents ennemis du gouverneur Félix Éboué. Pendant la guerre, son attitude l’avait placé dans le camp opposé. Cette alliance fit grand bruit en 1948, et beaucoup, y compris les amis d’Eugénie Éboué, considérèrent que la veuve trahissait la mémoire de son mari [39]. Ce sont donc des raisons politiques qui expliquent la courte carrière politique de la veuve du gouverneur Félix Éboué, de même que celle d’Hélène de Suzannet. Le 10 décembre 1946, cette dernière adresse sa lettre de démission au président du PRL, Michel Clemenceau, alors qu’elle en était la vice-présidente et siégeait à la commission exécutive du Parti. Elle y proteste avec véhémence contre l’attitude désobligeante de ses collègues qui la conduit à démissionner : « Il n’en reste pas moins que, puisque des membres de la Commission exécutive croient devoir me refuser a priori leur confiance – sans d’ailleurs avoir jamais cherché à me connaître, à parler avec moi, ni à savoir si oui ou non je suis capable d’action utile –, je n’ai plus ma place à cette commission, ni à son bureau, ni d’ailleurs au parti » [40]. C’est un désaccord (qu’elle interprète comme un désaveu de son action) entre elle et d’autres membres de la Commission exécutive qui est à l’origine de sa décision. Sa démission procède d’une affaire interne au parti, et son nom ne semble lui avoir été d’aucun secours. Au contraire, dans la réponse qu’elle envoie au président Clemenceau lui demandant de rester au PRL, elle écrit : « Ma décision est définitive. Si j’ai accepté […] la vice-présidence et insisté pour faire partie de la commission exécutive, c’était dans l’espoir d’imprimer au PRL l’orientation sociale et populaire dont tout le monde sait, dans les partis et hors des partis, que je suis partisan en politique (en dépit de mon nom que certains, au PRL, me reprochaient !) » [41]. Il ne faut sans doute pas voir dans cette remarque une référence à son défunt époux, mais plutôt une allusion à la particule composant son patronyme, dont la consonance pouvait sembler en contradiction avec ses aspirations « sociales et populaires ».
La majorité des candidates bénéficiant d’un patronyme célèbre ne fit qu’une brève apparition en politique, en figurant sur une liste électorale. Le prestige du nom peut aussi expliquer l’accès de quelques-unes à des fonctions de première importance à la Libération. Andrée Viénot fut sous-secrétaire d’État à la Jeunesse et aux Sports, dans les gouvernements Bidault et Blum du 24 juin 1946 au 16 janvier 1947.
Madeleine Lagrange fit un bref passage dans le cabinet d’Andrée Viénot, puis dans celui de Ramadier. Quatre femmes furent vice-présidentes d’assemblées législatives ou consultatives : Gilberte Brossolette, vice-présidente du Conseil de la République de 1946 à 1954, fut aussi la première femme à en présider une séance, et même la première en 1946, car Champetier de Ribes, très malade, ne put venir. Marcelle Devaud assuma cette même fonction de 1949 à 1952. Mathilde Péri fut vice-présidente de l’Assemblée nationale de 1948 à 1951, et Eugénie Éboué-Tell assura cette charge pendant un an (1952-1953) au Conseil de l’Union française. Ces deux dernières candidates assumèrent également la vice-présidence d’un groupe parlementaire : Marcelle Devaud celle du groupe PRL au Conseil de la République, Eugénie Éboué, celle du groupe des Républicains Sociaux à l’Assemblée de l’Union française. Les candidates qui connurent une longue carrière parlementaire ou exercèrent des fonctions politiques importantes ont su jouer de leur nom pour durer en politique, mais leur longévité tient surtout à ce qu’elles ont consolidé leur position par des mandats locaux et nationaux. Elles sont ainsi nombreuses à avoir exercé des fonctions municipales ; on compte deux femmes maires : Andrée Viénot, maire de Rocroi de 1953 à sa mort en 1976, et Marcelle Devaud, maire de Colombes de 1959 à 1965. Trois candidates furent conseillères municipales : Gilberte Brossolette à Montrouge ; Madeleine Lagrange à Avesnes, dans le Nord ; et Eugénie Éboué, à deux reprises, conseillère municipale de Grand-Bourg en Guyane, puis d’Asnières, de 1959 à 1971. Hélène de Suzannet et Andrée Viénot furent aussi conseillères générales, respectivement de la Vendée et des Ardennes. Cet enracinement local permet à la veuve de Pierre Viénot de conserver des responsabilités politiques après sa démission de ses fonctions parlementaires en 1947 pour des raisons familiales. Son exemple montre que le mandat local vient souvent consolider ou remplacer le mandat national. Gilberte Brossolette est entrée au conseil municipal de Montrouge en 1953, après son élection au Sénat ; Marcelle Devaud, sénateur sous la IVe République, députée en 1958, ne détient des responsabilités locales qu’en 1959. Son élection à la mairie de Colombes vient donc conforter son mandat de député. On peut ainsi distinguer deux types de parcours politiques : celui qui mène des responsabilités locales aux responsabilités nationales (Madeleine Lagrange et Eugénie Éboué ont été élues conseillères municipales avant les premières élections constituantes le 21 octobre 1945) ; celui qui commence par l’action à l’échelle nationale et qui s’achève ou se stabilise par un mandat local (Andrée Viénot, Gilberte Brossolette, Marcelle Devaud).
L’analyse de la formation et de la carrière politique des quatorze candidates, veuves d’hommes politiques célèbres de la IIIe République ou parentes de parlementaires déclarés inéligibles à la Libération, montre que le patronyme est bien un patrimoine politique. Il apparaît comme une voie d’accès au pouvoir et a favorisé l’exercice de responsabilités politiques pour un certain nombre de femmes. Cependant, il ne suffit pas à assurer un succès durable, que seule une assise politique personnelle autorise. Certes, quelques candidates ayant un lien de parenté avec un député inéligible furent des « figurantes », telles qu’Andrée Tixier-Vignancour ou Geneviève Potut, mais il ne faut pas généraliser cette image à l’ensemble de l’échantillon. Gilberte Brossolette, Marie-Claude Vaillant-Couturier, Marcelle Devaud furent des femmes politiques, qui surent s’intégrer au système républicain, en acceptant ses règles, ses mécanismes et ses contraintes. C’est sans doute moins leur nom que leurs qualités, leur place dans l’univers partisan, leur intégration à un réseau politique, et leur implantation locale qui leur assurèrent cette longévité.
 
NOTES
 
[*]Doctorante, Université Paris X.
[1]Cet article s’inspire d’un DEA sur Les candidates aux élections législatives en France de 1945 à 1968, sous la direction de Gilles Le Béguec, Paris X-Nanterre, 2003.
[2]32 femmes furent élues aux élections constituantes de 1945 ; 28 le furent en juin 1946, et 33 aux premières législatives de la IVe République.
[3]Sous la IVe République, les effectifs de candidates ne chutent pas, mais le nombre d’élues décroît progressivement : en 1951, 22 femmes sont élues parmi les 369 candidates ; en 1956, malgré une progression du nombre de candidates (489), seules 18 furent élues. Les chiffres concernant la Ve République sont plus significatifs : les élections législatives de 1958 à 1968 comptent une soixantaine de candidates par élections, et peu d’élues, en moyenne sept par législature.
[4]Christophe Charle, « Les parlementaires : avant-garde ou arrière-garde d’une société en mouvement ? Vue d’ensemble », dans Jean-Marie Mayeur, Jean-Pierre Chaline et Alain Corbin (dir.), Les parlementaires de la Troisième République, Paris, Publications de la Sorbonne, 2003, p. 54.
[5]Voir Gilberte Brossolette, Il s’appelait Pierre Brossolette, Albin Michel, Paris, 1976 ; Victoria Man, Marcelle Devaud, itinéraire exceptionnel d’une femme politique française, Paris, E. Carvalho, 1997 ; Madeleine Lagrange, Le présent indéfini, mémoires d’une vie, Paris, Éditions Corsaire, 1998.
[6]Voir le tableau qui indique le nom de chaque candidate, répertorie chacune de ses candidatures, sa liste, ainsi que sa circonscription. La candidate a été élue lorsque la date de l’élection législative est en gras.
[7]Voir Olivier Wieviorka, Les orphelins de la République. Destinées de députés et sénateurs français (1940-1945), Paris, Seuil, 2001.
[8]Voir Bernard Lachaise, « Dans la continuité de Félix Éboué : l’engagement gaulliste d’Eugénie Éboué sous la IVe République », Identités Caraïbes, 1998, p. 133-143.
[9]Olivier Wieviorka, op. cit., p. 125 et 130.
[10]Il s’agit de Hélène de Suzannet, Andrée Tixier-Vignancour, Marthe Lassalle, Françoise Ybarnégaray, Geneviève Potut, Marcelle Devaud, soit la majorité des femmes d’inéligibles.
[11]Voir Les parlementaires de la Troisième République, op. cit., qui contient une riche bibliographie sur le sujet.
[12]Archives de l’OURS, dossiers biographiques sur le couple Viénot.
[13]Renée Rousseau, Les femmes rouges, Paris, Albin Michel, 1983, p. 15.
[14]D’après l’entretien accordée par Gilberte Brossolette à Mathilde Plasse, Représentations et interprétations d’un militantisme passé : mémoires de femmes engagées à la SFIO sous la Quatrième République, mémoire de maîtrise sous la direction d’Antoine Prost et Claude Pennetier, Paris I, 1998.
[15]Archives de l’OURS, dossier biographique sur le couple Lagrange.
[16]Idem.
[17]Cité par William Guéraiche, Les femmes et la République. Essai sur la répartition du pouvoir de 1943 à 1979, Paris, Éditions de l’Atelier, 1999, p. 143.
[18]Expression employée par Dominique Loiseau, « Les militantes de l’ombre : femmes de », dans Michel Dreyfus, Claude Pennetier, et Nathalie Viet-Depaule (dir.), La part des militants, Paris, Éditions de l’Atelier, 1996.
[19]Gilberte Brossolette, op. cit., p. 68
[20]Marcelle Devaud, entretien du 21 novembre 2002.
[21]Gilberte Brossolette, op. cit., p. 205.
[22]L’Union des Femmes Françaises s’est constituée en 1943, dans la mouvance communiste. Cette association de masse participe activement à l’insurrection du printemps 1944. À ce titre, elle demande son rattachement au CNR, qui lui refuse.
[23]Marcelle Devaud, entretien du 21 novembre 2002.
[24]Renée Rousseau, op. cit., p. 36.
[25]Guillaume Piketty, Pierre Brossolette, un héros de la Résistance, Paris, Odile Jacob, 1998, p. 346.
[26]Bernard Lachaise, art. cité, p. 133.
[27]Bernard Ménager, « La succession des mandats : une affaire de famille ? », dans Les Parlementaires de la Troisième République, op. cit., p. 205.
[28]Jean-Louis Tixier-Vignancour, Des Républiques, des justices et des hommes, Paris, Albin Michel, 1976.
[29]Jean-Louis Tixier-Vignancour, op. cit., p. 297-298.
[30]Archives Départementales de la Nièvre, 159 W 95.
[31]D’après Les élections législatives du 17 juin 1951, La Documentation Française, 1953, p. 253.
[32]Marcelle Devaud, entretien du 21 novembre 2002.
[33]Idem.
[34]Ibid.
[35]Archives privées d’Edmond Barrachin, lettre manuscrite de Marcelle Devaud datée du 17 décembre 1946, FNSP.
[36]Archives du RPF, BR 95, dossiers Antilles-Guyane.
[37]Idem.
[38]Le passage d’Eugénie Éboué au RPF s’est effectué progressivement. Elle y adhère officiellement, le 9 juillet 1948, et est exclue de la SFIO le 21 juillet. Voir Bernard Lachaise, art. cité, p. 136.
[39]Archives du RPF, BR 97, dossier « Élections sénatoriales en Guadeloupe 1951-1952 ».
[40]Archives privées d’Edmond Barrachin, lettre dactylographiée datée du 10 décembre 1946. Texte souligné par Hélène de Suzannet.
[41]Archives privées d’Edmond Barrachin, lettre dactylographiée datée du 13 décembre 1946.
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