2005
Parlement[s]
Recherche : L’espace des chercheurs
Force du discours et faiblesse de l’image : la campagne télévisée de Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand en 1981
Sophie Chatonnay
[*]
En novembre 1964, contestant la désaffection des Français envers la politique et leur manque de passion pour embrasser des combats idéologiques, Roger Vailland écrit : « Et nous voici de nouveau dans le désert. Mais je ne veux pas croire qu’il ne se passera plus jamais rien. Que les citoyens n’exerceront plus leur pouvoir qu’en mettant un bulletin dans l’urne pour désigner comme souverain (à leur place) un monsieur qui a une bonne tête à la télévision »
[1]. L’écrivain engagé, proche du Parti communiste, livre, à un an de l’élection présidentielle, une double inquiétude : l’inertie des citoyens français et la crainte d’une toute-puissance télévisuelle.
L’élection de décembre 1965 suscite quelques interrogations, car elle est la première, à la suite du référendum d’octobre 1962, qui consacre un président de la République au suffrage universel direct. L’extension du corps électoral engendre des changements considérables dans les stratégies de campagne des candidats. Les hommes politiques doivent toucher le plus de monde afin d’être élu. Prenant exemple sur les pratiques américaines, ils s’entourent de conseillers en communication. Ces hommes de l’ombre les aident à façonner et à domestiquer leur image, en élaborant des stratégies de conquête du pouvoir fondées sur des méthodes de publicité et de marketing. Parallèlement, on assiste à une explosion médiatique ; le flux d’images est décuplé ; le candidat est présent sur de multiples supports : télévision, photographies de presse, affiches, tracts, produits dérivés à son effigie…
Parmi ces différents moyens de communication, la télévision, par son caractère novateur et direct et sa capacité à toucher les Français fait l’objet d’attraits et d’attentions de la part des candidats. Au cours de la campagne officielle, la télévision les soumet à de stricts impératifs auxquels ils ne peuvent déroger, ce qui renforce en quelque sorte l’enjeu et peut-être l’impact de l’élection
via ce canal de diffusion. L’aisance et la télégénie ne sont que des atouts supplémentaires afin de faire part de son programme, l’exemple de Jean Lecanuet, le « Kennedy français », étant éloquent à cet égard
[2]. Cependant, il est erroné d’affirmer que la télévision permette l’élection, car plusieurs études sur cette question arrivent généralement à la conclusion qu’elle renforce une attitude politique préexistante
[3].
Force est de constater que les émissions de petits formats de la campagne officielle sont, à la différence du débat de l’entre-deux tours, souvent négligées et traitées de façon subalterne et accessoire. Moins médiatisées, elles ne sont pas pour autant dénuées d’intérêt et recèlent tout le programme et la stratégie de communication du candidat. Leur étude favorise la compréhension des arguments développés par le prétendant à l’Élysée dans l’optique d’acquérir crédibilité et adhésion électorale des téléspectateurs-électeurs potentiels. Elle permet également de voir l’évolution du candidat dans un cadre imposé non propice à une dynamique télévisuelle.
La campagne officielle des deux acteurs du deuxième tour de 1981 sera notre fil conducteur pour tenter d’appréhender l’adaptation du candidat à ce dispositif. Il est nécessaire, dans un premier temps, de prendre connaissance des coulisses de cette campagne officielle, puis nous verrons successivement le premier et le second tour. Enfin il sera pertinent d’analyser leur réception par le public.
Les coulisses de la campagne officielle
Atmosphère et acteurs
1981 est la première élection présidentielle qui survient à la fin d’un septennat, les scrutins précédents de 1969 et 1974 ayant pris au dépourvu les candidats du fait de la vacance de la présidence de la République. De plus, cette date symbolise, après de longues années de tradition gaulliste et d’une majorité à droite, un besoin d’alternance politique et de transformations sociales.
On se focalisera sur deux candidats, en l’occurrence Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand, afin de voir leur stratégie et comportement télévisuel du début à la fin de la campagne officielle. En effet, leur présence au deuxième tour permet de couvrir toute la campagne officielle et par là même d’appréhender les possibles différences, sursauts et inflexions du second tour.
Les élections fixées les 26 avril et 10 mai 1981 offrent aux électeurs le choix entre dix candidats (cinq de gauche, quatre de droite et un écologiste). La campagne officielle se déroule du 13 au 24 avril pour le premier tour et du 4 au 8 mai pour le second. Or avant cette date, les candidats déclarés ou pressentis sont en pré-campagne puis campagne. François Mitterrand annonce sa candidature le 8 novembre 1980, plus tôt qu’il ne l’avait prévu, afin de contrer les velléités de Michel Rocard et Jean-Pierre Chevènement. Il est investi par le PS lors d’un congrès extraordinaire, le 24 janvier 1981, et lance son action de terrain en mars. Valéry Giscard d’Estaing, le Président sortant, annonce sa candidature lors d’une conférence de presse, où il apparaît aux côtés de son épouse Anne-Aymone, le 2 mars 1981. Il déclare « Je ne serai pas un président candidat, mais un citoyen candidat ». Par cette expression, il souhaite établir une dissociation entre sa fonction de chef de l’État qu’il continue d’exercer et sa participation à la campagne électorale. Celle-ci se développe principalement sur des thèmes qui tentent de juguler la crise et de lutter contre le chômage, sans oublier les problèmes de politique étrangère. Le candidat socialiste et le Président sortant encadrés par des équipes de communicants
[4] occupent l’espace médiatique durant ce printemps 1981 : presse, affiches (le fameux slogan de
La force tranquille pour François Mitterrand)…. À la télévision, deux émissions,
Cartes sur table et
Le Grand débat, offrent la possibilité au candidat de présenter son programme et d’être confronté à des journalistes confirmés. Diffusée depuis 1977 sur la deuxième chaîne,
Cartes sur table est présentée par Jean-Pierre Elkabbach et Alain Duhamel. François Mitterrand y participe le 16 mars 1981 (il manifeste d’ailleurs à cette occasion son opposition à la peine de mort), et Valéry Giscard d’Estaing le 30 mars. En septembre 1980, TF1 lance
Le Grand débat où Jean-Marie Cavada interroge les hommes politiques avec quatre jeunes députés (remplacés rapidement par quatre journalistes). Valéry Giscard d’Estaing y est reçu le 10 mars et François Mitterrand le 31 mars. Les autres apparitions télévisuelles des deux principaux candidats ont lieu au cours de la campagne officielle.
Valéry Giscard d’Estaing à l’émission Cartes sur table, animée par Alain Duhamel et Jean-Pierre Elkabbach, 30 mars 1981
Ph © Picot/Stills/Gamma
Le décor : l’encadrement juridique de la campagne officielle
La campagne officielle télévisée est strictement réglementée
[5]. La loi de 1962 assurant l’élection du président de la République au suffrage universel garantit aux candidats les mêmes facilités d’accès à la campagne. Cette loi est mise en application par différents décrets. Le principal, de 1964, fixe la durée de la campagne électorale officielle et instaure une commission, composée de cinq membres, chargée de surveiller le bon déroulement de la campagne et donc de garantir l’égalité de temps entre les candidats. Au premier tour, ceux-ci disposent d’un temps d’antenne de 1 h 10, au second tour de 1 h 05, auquel il faut ajouter le débat de l’entre-deux tours. La durée des émissions est variable et cela se traduit concrètement au premier tour par deux émissions de cinq minutes au début et à la fin de la campagne entre lesquelles les candidats apparaissent dans des formats d’émissions de douze et dix-huit minutes. Au second tour, les premières et dernières émissions font dix minutes puis, suivant le choix de François Mitterrand et Valéry Giscard d’Estaing, ils sont présents dix, vingt ou trente minutes. L’obligation est de faire « une courte déclaration le premier et le dernier jour de la campagne et, dans l’intervalle, des émissions d’une durée suffisamment longue lui permettant de développer son programme selon les formules de présentation variée. » Voilà l’enjeu de la campagne officielle : connaître le programme du candidat. Et le décret précise « connaître la personnalité de chaque candidat ». L’instauration de la campagne engendre donc des restrictions autant pour les chaînes chargées de la diffusion que pour les candidats.
Les chaînes sont obligées de « réaliser et de programmer, dans les conditions et selon les horaires fixés par les autorités compétentes, les émissions de propagande ». Une autre mesure est imposée aux canaux de diffusion « pendant la durée des émissions télévisées propres à la campagne, les programmes des sociétés de télévision qui ne diffusent pas ces émissions doivent être composés de telle sorte qu’ils ne constituent pas, pour les auditeurs et téléspectateurs, une incitation à ne pas suivre la campagne présidentielle ». « Propagande », « incitation à ne pas suivre la campagne », des termes assez forts qui sortis de leur contexte se rapprochent d’une idée de pression et d’obligation. Ces émissions s’inscrivent dans la grille des programmes à des horaires fixes. Pour le premier tour, la première et deuxième chaîne les diffusent simultanément vers 12 h 40 et 20 h 10 ; sur la troisième chaîne les horaires sont plus confidentiels, vers 17 h 30 et 23 h. Concernant le deuxième tour, TF1 et A2 conservent un horaire identique mais unique à 20 h 20 ; la trois diffuse la campagne aux alentours de 23 h. Les émissions proposent des durées et formules variées ; or elles imposent surtout aux candidats des restrictions sur le genre, le contenu et la réalisation.
Les candidats ont le choix entre quatre genres : déclaration (celle imposée au début et à la fin de la campagne, formule que l’on peut assimiler à une introduction et une conclusion) ; réponses à des questions posées par des journalistes dont le nombre ne doit pas excéder quatre ; débat avec participation de quatre personnes, au plus, représentant les partis et groupements politiques ; enfin le dialogue entre les deux candidats exclusivement au milieu du second tour. Les prétendants à la présidence de la République ont accès à trois studios d’enregistrement situés à la Maison de Radio-France, la veille ou le jour même de diffusion de l’émission. Ces studios sont équipés de trois caméras assurant des angles et des prises de vue différents et d’un décor unique dans lequel le candidat peut selon la commission « insérer des accessoires portatifs et légers tels que les affiches, cartes, diagrammes, documents et photographies ». En revanche, l’emploi de documents sonores et visuels (tels magnétophones ou diapositives) est prohibé. On autorise donc une certaine personnalisation du studio tout en garantissant une forme de neutralité. Eliseo Véron critique cette réglementation, en la résumant ainsi :
« Les effets de cet objet hybride qu’est la campagne officielle, sont de tous points de vue paradoxaux. Par la norme qu’il impose, l’État disqualifie cette campagne qu’il proclame officielle, et en la proclamant telle, il aide tout le monde à comprendre que la vraie campagne est ailleurs : curieux échec du pouvoir performatif de la parole de l’État. L’effort pour préserver les “conditions de vérité” du discours politique et pour éviter que la rhétorique du média puisse le contaminer, aboutit à retirer aux paroles ainsi produites toute crédibilité. Et l’appauvrissement imposé au langage rend encore plus visible la mise en scène. Effets pervers ou masochisme de d’État, les résultats sont clairs »
[6].
L’accès au studio d’enregistrement est limité dans le temps proportionnellement à la durée des émissions. Ainsi, le candidat est autorisé à 1 h 30 de studio pour une émission inférieure à six minutes ; 2 heures pour une émission de sept à douze minutes ; 2 h 30 pour une émission de treize à vingt minutes ; et 3 h 30 pour une émission dont la durée excède vingt minutes. Pour chacune des émissions, il a le droit à trois enregistrements. À chaque studio est attaché un ou plusieurs réalisateurs techniques. Le candidat dispose toutefois de la faculté de se faire conseiller par une ou deux personnes extérieures de son choix, et c’est là que peuvent intervenir les conseillers en communication. La sobriété est aussi de rigueur dans les génériques limités à un écran où apparaissent le prénom et nom du candidat et ceux des intervenants avec précision de leur qualité. Le débat de l’entre-deux tours, au c
Å“ur de la campagne officielle, est soumis aux mêmes règles. Le point de vue sur sa forme, par le président de TF1 Jean-Louis Guillaud, est éclairant : « J’ai assisté à l’émission la plus démodée de l’année avec ses génériques muets ; ses images pauvres, ses couleurs hésitantes, son absence voulue d’émotion »
[7].
Comment François Mitterrand et Valéry Giscard d’Estaing réussissent-ils, au regard de ces restrictions, à proposer des émissions attractives pour le public ? La tâche semble compromise, pourtant tous deux se sont efforcés de varier leurs prestations. Une ligne commune les unit : au premier tour, ils s’adressent aux téléspectateurs, tandis qu’au second tour chacun affronte son concurrent.
La campagne officielle du premier tour : séduction et valorisation du candidat et de son public
Le candidat seul en scène
Au premier tour, chaque candidat dispose de six émissions, dont la première et la dernière s’effectuent obligatoirement seul. Le 13 avril, premier jour de la campagne officielle, le positionnement adopté par chacun des deux prétendants est différent.
Valéry Giscard d’Estaing, qui a pourtant affirmé, lors de sa déclaration de candidature, qu’il ne serait pas « un président candidat mais un citoyen candidat », se pose paradoxalement d’emblée en chef d’État. Le ton est solennel : il commence son allocution par « Françaises, Français », avant de rappeler toute son action durant son septennat, ce qui l’amène à demander de ne pas croire les critiques de ses adversaires. C’est seulement au terme de son intervention qu’il se caractérise comme le « candidat de l’espoir ».
À l’inverse, François Mitterrand revêt tout de suite les habits de candidat. Il débute par une phrase exprimant son implication sur le terrain de la campagne : « depuis plusieurs semaines, depuis le début de la campagne présidentielle, je sillonne notre pays ». Il poursuit en expliquant la situation de crise politique, économique et sociale de la France en usant de métaphores médicales : « le corps s’ankylose quand il ne bouge pas », tout en nuançant ses propos par un optimisme qui reconnaît les capacités et aspirations des Français. Enfin, il termine en se définissant comme le candidat des Socialistes, le candidat de la gauche, le seul à même de susciter le rassemblement. Cette différence de statut, assumée par les candidats, est renforcée par leur langage. Valéry Giscard d’Estaing interpelle les Français par « vous » ; en revanche, François Mitterrand semble s’inscrire dans la communauté des Français et faire corps avec l’électorat en employant le « nous ».
Le ton de leur dernière émission du premier tour, le 24 avril, ne varie guère. Valéry Giscard d’Estaing renforce sa position de Président par d’autres formules : à la même introduction « Françaises, Français », il ajoute en conclusion des accents gaulliens avec « Vive la République et bonne chance pour la France ! », et rappelle à nouveau l’obsolescence des critiques qu’il subit. Néanmoins, dans cette ultime intervention, il s’aventure dans le domaine du candidat avec un véritable programme, en annonçant ses objectifs, en tentant de faire jouer la corde sensible des Français, dans lesquels il s’inclut lui aussi en déclarant : « La France est au-dessus de nous, de nos ambitions et de nos querelles, elle nous regarde comme une mère qui attend un signe d’affection ». François Mitterrand reprend la même trame et les mêmes arguments que dans sa première émission. Pourtant, à deux jours du scrutin du premier tour, il se définit déjà comme dans la course au second tour face au Président sortant, en annonçant : « seul, à pouvoir représenter les forces populaires face à Monsieur Giscard d’Estaing, je le battrai ».
Le candidat mis en scène
Entre la première et la dernière intervention du premier tour, les candidats participent à quatre émissions. La forme choisie par chacun est radicalement différente. Si le Président sortant privilégie les interventions où il est exclusivement interviewé par une personne (généralement un journaliste où un élu), François Mitterrand multiplie les émissions accompagnées de plusieurs personnes (journalistes, politiques, représentants de la société civile…). À ce titre, Francis Ramirez et Christian Rolot, qui se sont livrés à une analyse de l’image des candidats à l’élection de 1981
[8], émettent l’hypothèse que Valéry Giscard d’Estaing s’entoure d’invités « faire-valoir », tandis que le candidat socialiste préfère des invités « illustratifs et supporters ».
Les invités « faire-valoir » de Valéry Giscard d’Estaing jouent le jeu des journalistes au cours d’entretiens de douze à vingt minutes en l’interrogeant sur un aspect de son programme. Ainsi l’animatrice Anne-Marie Peysson évoque avec lui les problèmes de la vie quotidienne des Français ; l’historien Arthur Conte l’oriente sur la grandeur de la France ; le journaliste d’Europe 1, Philippe Gildas, lui demande d’expliciter son programme à travers la formule qu’il utilise : « je suis le candidat de l’espoir » ; enfin, avec le journaliste Philippe Vasseur, il s’entretient des problèmes économiques. Lors de ces émissions, Valéry Giscard d’Estaing adopte une position ambivalente. Il oscille sans cesse entre le rôle de candidat et la posture légitime de président de la République. Candidat, quand il démontre aux Français la force de son programme, ou critique en général, sans les nommer précisément, les autres prétendants à l’Élysée. Il tente de créer une connivence entre l’intervieweur et lui, et par là-même de se rapprocher de l’électorat. Pour l’anecdote, il fait part à Anne-Marie Peysson de sa vie de tous les jours et raconte une panne d’automobile survenue en rentrant d’un week-end à la campagne. Chef d’État, par la façon dont l’interpelle la plupart des personnalités (« Monsieur le Président »), sa volonté de rappeler son bilan à l’Élysée et son vocabulaire technocratique, truffé de chiffres, qui le rapprochent sans cesse de la sphère des dirigeants.
Parallèlement, François Mitterrand développe les thèmes de son programme électoral en regroupant des personnalités sur le plateau. Il préconise ainsi la formule de forum de discussion. Il parle de l’écologie avec ses « amis » le navigateur Alain Bombard et le vulcanologue Haroun Tazieff ; instaure un débat sur les problèmes de la vie quotidienne, débat animé par Roger Louis avec Édith Cresson (député-maire d’une commune rurale) et Madame Cécillon, employée dans un foyer de jeunes travailleurs, accompagnée de sa fille étudiante ; renouvelle le principe du débat avec Roger Louis, débat centré à présent sur les problèmes des personnes âgées et de la santé avec le témoignage d’une retraitée et d’un médecin de banlieue ; enfin, convie les dirigeants socialistes, Pierre Mauroy et Michel Rocard, à répondre avec lui aux questions de Christine Cottin, journaliste à l’hebdomadaire socialiste L’Unité. François Mitterrand, en convoquant ces personnes, exprime la volonté de se rapprocher des Français et de leurs préoccupations quotidiennes. Il les laisse s’exprimer et met en avant dans son programme les éléments susceptibles de répondre à leurs attentes. La scénographie est relativement décontractée : chacun est sur une chaise autour d’une table basse. La présence d’invités n’occulte pas François Mitterrand, car il est au centre du dispositif et, lorsque que ses interlocuteurs s’expriment, on le filme l’oreille attentive. Le téléspectateur peut s’identifier aux différents intervenants et un processus de reconnaissance à deux niveaux s’opère. L’expert et l’homme politique engagé sont reconnus pour leur savoir et leur autorité, alors que l’anonyme est reconnu par son attachement au réel.
De sorte que, si durant le premier tour chaque candidat s’efforce de présenter ses idées en usant de formes différentes afin d’emporter l’adhésion, le second tour s’axe plus sur un processus de défense et d’attaque. Le ton est plus ferme ; la critique acerbe ; la dramaturgie de la mise en scène s’immisce dans ses émissions dont l’ensemble était assez détendu. L’enjeu se resserre ; l’adversaire est véritablement connu et cela se répercute sur les interventions des candidats.
La campagne officielle du second tour : dramaturgie, attaque et provocation de l’adversaire
L’autosatisfaction à l’issue du scrutin
Au second tour, les candidats s’expriment dans cinq émissions, la deuxième étant une confrontation dans le cadre du débat de l’entre-deux tours
[9], et la dernière une allocution où ils se retrouvent seuls face à la caméra. Moins dissociées, les stratégies de communication télévisuelle de chaque candidat semblent se répondre. Elles acquièrent plus de dynamisme et un nouveau souffle. Le premier soir de la campagne du second tour, les deux candidats tirent les enseignements du scrutin (Valéry Giscard d’Estaing arrive en tête avec 28,3 % des suffrages exprimés, François Mitterrand comptabilise quant à lui 25,9 % des voix) et désirent se placer en position dominante. Ils se préparent à mettre concrètement leur projet en application.
Face à face entre Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand pour le deuxième tour de l’élection présidentielle, débat animé par Jean Boissonat et Midèle Cotta
Ph © Gamma
Le Président sortant, dans un entretien avec Michel Barnier député RPR de Savoie, se félicite de son score et estime avoir réussi à rallier une partie des votes populaires et jeunes. Il espère ensuite obtenir toutes les voix qui se sont portées vers Jacques Chirac au premier tour, la présence du jeune député qui a soutenu la candidature du chef du RPR en témoigne tout comme cette phrase : « Où est le Gaullisme ? Eh bien, d’abord – excusez cette formule – il est dans ma tête, parce que quand on est président de la République, on est par la force des choses le successeur du général de Gaulle ». L’affirmation de cet héritage revendiqué tend à rassurer les électeurs du RPR. Il poursuit en donnant les grands axes de sa politique, montrant qu’il veut faire de la France un pays en pointe dans de multiples domaines et réaffirmant son message porteur d’espoir pour la jeunesse. L’innovation réside dans les attaques directes dirigées contre son concurrent qu’il qualifie « d’adversaire de la Ve République ». Son interlocuteur se réserve l’avis que François Mitterrand « ne puisse incarner l’espoir et l’avenir des jeunes » et critique toutes ses tentatives d’accession à l’Élysée.
Le même soir, François Mitterrand, qui est pour la première fois seul avec un journaliste, en l’occurrence Guy Claisse, manifeste également son animosité envers son adversaire. Le candidat socialiste parle de son style de campagne qui multiplie les grands meetings, contrairement à lui qui privilégie les petites réunions de travail. Celles-ci l’aident à préparer son action post-élection. Il déclare d’ailleurs : « Je préfère l’action au spectacle ». Il se met dans la posture du futur chef de l’État, en précisant son futur calendrier (formation d’un gouvernement, bilan du septennat, dissolution de l’Assemblée nationale). Au cours de cet entretien, il exprime aussi ses conditions pour le débat du lendemain par la lecture d’une lettre adressée la veille au Président. François Mitterrand exige notamment des journalistes et un réalisateur indépendants. De plus, il écrit à son adversaire : « la joute télévisée telle que vous la concevez, plus corps à corps que face à face me paraît singulièrement inadaptée à la nature du dialogue envers les Français qui est l’enjeu réel de cette semaine décisive ». Dans cette intervention, il n’oublie pas de rassembler l’électorat. Si Valéry Giscard d’Estaing se tourne vers le RPR, François Mitterrand appelle aux forces populaires pour combattre les forces conservatrices. Il fait directement référence à l’électorat communiste qui avait soutenu Georges Marchais au premier tour.
Les interventions respectives des deux candidats obéissent donc aux mêmes règles. Chacun tente de capter une partie des électeurs et cherche un soutien supplémentaire, histoire de s’assurer des téléspectateurs-supporters pour le débat du lendemain.
La tentative de déstabilisation de l’adversaire par émissions interposées
Après le fameux débat largement suivi par les téléspectateurs, ceux-ci retrouvent les candidats dans leurs studios respectifs le lendemain. Le candidat socialiste convie, pour l’unique fois du second tour, plusieurs soutiens : le colonel Passy et la fidèle journaliste de l’Unité, Christine Cottin, qui pose les questions. Le colonel explique son adhésion aux thèses de François Mitterrand et ce dernier rebondit en précisant son programme. Quant au Président sortant, en compagnie du journaliste Étienne Mougeotte, il décortique le débat de la veille et fustige les propositions de son adversaire tout en réaffirmant ses positions : « si je suis réélu, ça ne sera pas un nouveau septennat, ça sera un septennat nouveau ». Il prend ainsi acte du désir de changement des Français. Cette émission et les déclarations de Valéry Giscard d’Estaing conditionnent d’une certaine manière l’intervention suivante de François Mitterrand.
En effet, au cours d’une interview de trente minutes avec la journaliste Anne Sinclair, il réfute point par point les affirmations de Valéry Giscard d’Estaing. Il use constamment du terme « mensonge ». Le ton est grave, car il se sent attaqué. Il envoie de petites piques incisives à son concurrent, en faisant allusion aux diamants offerts par l’empereur Bokassa. Entretien grave, où paradoxalement se dégagent intimité et séduction. Anne Sinclair, confidente et complice, énumère avec le candidat le nombre d’affirmations erronées de Valéry Giscard d’Estaing. Ce rapprochement entre les deux intervenants humanise la scène, allège la tension et crée un climat de confiance pour le téléspectateur. François Géré l’analyse justement : « L’interview de Mitterrand par Anne Sinclair donne une assez juste idée des effets positifs qu’un rapport soigneusement équilibré entre les deux interlocuteurs peut produire sur le spectateur. Jeune et jolie, hyper-dynamique, Anne Sinclair était LA femme face à la “force tranquille” dont la principale qualité n’avait jamais été alors la séduction. Or c’est exactement ce que, par le jeu des regards en champ-contre-champ, le dosage du cadre, Serge Moati réussit à obtenir : une scène de séduction. Scène quasi-hawksienne dans son principe, puisque gagnant son terme, la réunion de l’homme et de la femme à partir d’un handicap de départ maximum. Cette émission était la revanche de l’affiche de Giscard, regardé par sa fille, lors de la campagne 74 »
[10]. Ambivalence et alternance de gravité et de confidence se mêlent également lors de l’avant dernière émission de Valéry Giscard d’Estaing. Avec le journaliste Georges Suffert, il évoque des aspects difficiles de sa tâche présidentielle et les dures responsabilité à assumer comme la décision d’intervention au Zaïre. Grâce à ces révélations, on pénètre d’une certaine manière au c
Å“ur de secrets de l’État.
Malgré ces tendances à créer une atmosphère intime, les candidats accentuent la dureté de leurs propos. Ils règlent leurs comptes et éludent, en un sens, le rapport direct avec les téléspectateurs- électeurs par le rapprochement qu’ils opèrent avec leur interlocuteur. L’interpellation des Français était plus marquée au premier tour. La séduction tournée directement vers les électeurs s’effacent progressivement. L’objectif semble désormais être la disqualification de l’adversaire. La solennité apparaît aussi dans la mise en scène, le cérémoniel, le décor et l’attitude des candidats. Valéry Giscard d’Estaing est habillé de plus en plus en sombre au fil des émissions. L’air sérieux de chacun des candidats est renforcé par leurs lunettes (dont le modèle de monture est identique, modèle en vogue à l’époque car Jacques Chirac avait également les mêmes !) qu’ils portent de temps à autre. De même, la gestuelle des candidats devient plus agressive ; en multipliant les gestes de dénégation, le Président semble perdre aisance et fluidité au profit d’une certaine rigidité. Francis Ramirez et Christian Rolot commentent cette évolution en ces termes :
« Très curieusement, cette gestualité agressive, née le soir du face à face va se perpétuer dans les deux dernières émissions, alors même que les conditions du débat ont cessé. Ils passent d’une gestualité douce et séduisante à une gestualité d’implication, plus risquée mais aussi plus pressante »
[11].
L’acmé de tout ce processus se produit lors de l’ultime allocution. Chaque candidat dramatise son discours et consacre la majeure partie du temps alloué à diaboliser son adversaire. Le ton est acerbe. Valéry Giscard d’Estaing estime qu’il a voulu démontrer la vérité au peuple, « vérité que mon concurrent supporte si mal, perdant son sang froid, en venant aux insultes ». Il ironise en se demandant « Où est la force tranquille ? ». De son côté, le candidat socialiste déplore les calomnies véhiculées par son concurrent et déclare : « sept ans ça suffit… il n’y a plus rien à attendre du candidat sortant », « candidat sortant », formule qui l’élimine de la compétition et annihile son statut de Président sortant. Néanmoins, chacun essaye de créer un élan ; affirme les valeurs fondatrices de la France ; invoque tour à tour la Liberté, la Fraternité, la Victoire, la République ; et interpelle le peuple par ce « Vous ». Qu’en est-il d’ailleurs du peuple ?
La réception et l’audience
Le jugement des téléspectateurs
Les résultats de sondages réalisés par le Centre d’Étude de l’Opinion (CEO) pendant la durée de la campagne 1981 aide à comprendre la réception des émissions de la campagne officielle auprès des téléspectateurs
[12].
En 1981, 91 % des français possèdent une télévision. Elle représente la principale source d’information en matière politique. Sur l’ensemble des téléspectateurs, la majorité (53,6 %) se désintéresse de la politique principalement parce qu’elle estime que les hommes politiques disent sensiblement la même chose. Les Français intéressés par la politique le sont en tant qu’électeurs à plus de 85 %. En ce qui concerne l’intérêt pour les émissions de la campagne officielle, la différence est plus prononcée entre le désintérêt et l’intérêt (63 % contre 33,6 %). Ceux qui ne regardent pas la campagne officielle, soit attendent de la télévision une détente et une distraction, soit ont déjà fait leur choix électoral (grâce notamment aux journaux télévisés et aux émissions de pré-campagne évoquées précédemment). L’intérêt est motivé par plusieurs raisons : s’informer sur le programme et les arguments des candidats (72,9 %) ; suivre le spectacle électoral (14 %) ; et dans une moindre mesure les aider à faire leur choix (7,6 %). L’influence sur le vote est donc minime. Nous avons vu par l’explication de l’encadrement juridique de la campagne officielle et par l’analyse des interventions de François Mitterrand et de Valéry Giscard d’Estaing, l’hétérogénéité des formules d’émissions de la campagne officielle. Les Français affectionnent particulièrement le débat entre les deux candidats à plus de 62 %. Puis avec seulement 15,8 %, la formule de l’interview par un journaliste – formule de prédilection de Valéry Giscard d’Estaing ; l’adresse seule aux téléspectateurs convainc 6,6 % ; quant au plateau réunissant plusieurs personnes, il séduit moins, or c’est ce qu’a privilégié le candidat socialiste. Cela renforce l’idée que l’adéquation entre la préférence de formule et le choix dans l’isoloir est spécieuse. Dans le même sens, le Président a été jugé comme le plus à l’aise, le plus facile à comprendre, le plus convaincant et le plus proche, pour autant sa capacité télégénique ne lui assure pas le quorum des voix. Les Français interrogés apprécient la télégénie du candidat au regard de ce qu’il dit sur le fond et dans la forme. Le dispositif scénique dans lequel il évolue ne l’interpelle pas ; la pauvreté des décors proposés par la commission de contrôle ne semble pas gêner le téléspectateur. Phénomène rassurant qui témoigne que les Français ne se détachent pas de la rhétorique développée par le candidat, rhétorique qui apparaît primordiale au regard de l’image totalement uniformisée.
L’image cadenassée coupable de la désaffection ?
La commission rappelait que la campagne officielle ne devait pas être concurrencée par d’autres programmes capables de détourner l’attention des citoyens. Mais cela n’a pas permis d’assurer l’audience. En effet, la campagne officielle rassemble sur TF1 et A2 environ 10 % de téléspectateurs (les horaires proposés sur FR 3 ne permettaient pas de rassembler beaucoup de téléspectateurs). Pourtant, depuis 1965, la tendance est à la réduction de la durée des émissions de la campagne officielle pour pallier à cette fuite des téléspectateurs.
Évolution de la durée en minutes de la campagne officielle
[13].
| Télévision | Débat |
| 1965 | Premier tour | 120 | |
| Second tour | 120 | |
| 1969 | Premier tour | 100 | |
| Second tour | 100 | |
| 1974 | Premier tour | 65 | |
| Second tour | 75 | 90 | 105* |
| 1981 | Premier tour | 70 | |
| Second tour | 65 | 110 | 135* |
| 1988 | Premier tour | 70 | |
| Second tour | 40 | 110 | 140* |
| 1995 | Premier tour | 90 | |
| Second tour | 79* | 120 |
*Temps effectif
Au temps du monopole gaullien et de l’instauration des premiers décrets concernant la réglementation de la campagne télévisée, les hommes politiques disposaient de plus de temps d’antenne car ils avaient moins accès aux médias hors période électorale. Depuis l’éclatement de l’ORTF, l’offre politique s’immisce plus facilement à la télévision en ce sens : « la télévision opère une désacralisation du spectacle politique. Elle participe à la laïcisation de la représentation du pouvoir »
[14].
Plusieurs éléments et contraintes n’ont pu empêcher le téléspectateur de se détourner de cette campagne officielle. Le deuxième tour était – on l’a vu – plus vif, plus rythmé ; le premier, en revanche, était plus morne. La présence d’une multitude de candidats ne favorise pas la mobilisation des téléspectateurs, car toutes ces interventions d’hommes et femmes politiques à la chaîne contribuent plutôt à uniformiser et homogénéiser les prestations. Cette banalisation des interventions les rend sans doute un peu fastidieuses et, comme l’affirme François Géré, « dans ce défilé chaque candidat tend à se confondre avec celui qui l’a précédé »
[15]. Le téléspectateur a pu être dérouté par la forme des interventions. Il n’a pas l’habitude d’être face à un homme politique qui se met en scène. De même, pour l’homme politique, être soumis à ces trois seules caméras n’est pas un exercice aisé. Généralement, il s’exprime en tribun devant des foules. Lors de la campagne officielle, son principal destinataire, l’électeur, est un interlocuteur absent. La caméra, proche et si présente indispose le candidat ; les zooms qu’elle opère sur lui, les cadrages serrés dans le but d’augmenter la persuasion, déstabilisent tout autant le téléspectateur. Eliseo Véron éclaircit ses données :
« Toute apparition du politique à la télévision grand public implique une interface entre le discours politique et l’information (…) La campagne officielle en revanche annule cette médiation : l’information est mise hors jeu. Dans la campagne officielle, l’espace de quelques jours, le politique apparaît directement, sans intermédiaire, en parfaite transparence à chaque citoyen »
[16].
Le rapport proche avec l’homme politique est compliqué ; la structure ne permet pas aux conseillers et réalisateurs de provoquer une campagne avec une grande dynamique visuelle. Ils peuvent réduire certains défauts, comme il a été question de gommer le côté massif de François Mitterrand face à la fluidité de Valéry Giscard d’Estaing. Néanmoins, les mesures drastiques de la commission assurant l’unité de temps, de lieu, et d’action et prohibent par là même les innovations. Ce triptyque n’est pas sans évoquer les règles des tragédies classiques. Pourtant, l’homme politique doit, à la différence des acteurs de l’Antiquité, avancer sans masque. Il doit être crédible, convaincant, suffisamment séducteur, mais sans tout miser sur l’image. La parole reste primordiale. Le candidat doit faire appel à tous les processus discursifs rhétoriques. Être télégénique, c’est un peu oublier l’image pré-formatée.
[*]
Doctorante en Science politique, Université de Paris I-Sorbonne.
[1]
Roger Vailland, « Éloge de la politique »,
Le Nouvel Observateur, 26 novembre 1964, reproduit dans
Le Nouvel Observateur, témoin de l’histoire, Paris, Belfond, 1981, p. 14‑17.
[2]
Jean Lecanuet, candidat du MRP en 1965, a acquis entre autre sa notoriété politique grâce à son image et sa communication, sous l’égide du publicitaire Michel Bongrand, et la qualité de ses prestations télévisuelles lors de la campagne officielle. Voir entretien avec Michel Bongrand, p. 42 et Christian Delporte, « Lecanuet 1965 : l’effet télévision ? »,
Matériaux pour l’histoire de notre temps, avril-juin 1997, p. 32‑35.
[3]
Voir les articles pionniers de Claude Neuschwander et René Rémond, « Télévision et comportement politique »,
Revue française de science politique, juin 1963, p. 325-347, et Guy Michelat, « Télévision, moyens d’information et comportement électoral »,
Revue française de science politique, octobre 1964. Notons aussi l’ouvrage plus critique de Jay G. Blumler, Roland Cayrol et Gabriel Thoveron,
La télévision fait-elle l’élection ?, Paris, Presse de la FNSP, 1978.
[4]
Pour Valéry Giscard d’Estaing, Philippe Pontet, secrétaire général de la campagne, et Jean-Philippe Lecat, chargé de relations avec les médias, sont épaulés par des spécialistes dont, entre autres : le publicitaire Jacques Hintzy (déjà actif lors de la campagne de 1974), Bernard Rideau, conseiller en communication, et Jean-Pierre Raffarin, spécialiste de marketing politique. Pour François Mitterrand, Paul Quilès dirige la campagne. Un groupe de réflexion composé d’une dizaine de socialistes le seconde, et l’aide extérieure est animée par le publicitaire de l’agence RSCG, Jacques Séguéla, et Jacques Pilhan.
[5]
Pour le détail des textes, se reporter à Didier Maus (éd.),
Textes et documents relatifs à l’élection présidentielle des 26 avril et 10 mai, Paris, La Documentation française, 1981.
[6]
Éliseo Véron, « Interface. Sur la démocratie audiovisuelle avancée »,
Hermès, « Le nouvel espace public », n° 4, 1989, p. 113-127.
[7]
Le Quotidien de Paris, 7 mai 1981.
[8]
Francis Ramirez et Christian Rolot,
Choisir un président. Vérités et mensonges d’une image télévisuelle, Paris, Ramsay, 1988.
[9]
Le débat s’est déroulé le mardi 5 mai. Voir Noël Nel,
Le débat télévisé, Paris, Armand Colin, 1990 et Jean-Marie Cotteret, Jacques Gerstlé, Gérard Ayache, et Nicole Casile, « Démocratie cathodique. L’élection présidentielle de 1981 à la télévision »,
Les cahiers de la communication, vol. 1, (4‑5), Paris, Dunod, 1982. Après analyse du processus discursif du débat, ils développent la théorie de « l’éristique électorale », opposée à celle de « l’heuristique », c’est-à-dire l’art de la contreverse et de la lutte prôné par les deux participants au détriment d’une certaine visibilité qu’attendaient sans doute les électeurs.
[10]
François Géré, « Parties d’une campagne »,
Les Cahiers du cinéma, n° 328, octobre 1981, p. 53.
[11]
Christian Ramirez et Francis Rolot,
op. cit., p. 100.
[12]
On retrouve toutes ces données chiffrées dans Jean-Marie Cotteret, Jacques Gerstlé, Gérard Ayache, Nicole Casile, art. cité, p. 475-502.
[13]
D’après Pierre Bréchon (dir.),
Les élections présidentielles en France. Quarante ans d’histoire politique, Paris, La Documentation française, 2002.
[14]
Jean-Louis Missika et Dominique Wolton,
La folle du logis. La télévision dans les sociétés démocratiques, Paris, Gallimard, 1983, p. 310.
[15]
François Géré, art. cité, p. 50.
[16]
Éliseo Véron, art. cité, p. 116.