2005
Parlement[s]
Magazine : La politique vue autrement – Télévision
1965 : les candidats à la présidentielle crèvent le petit écran
[1]
Alexandre Borrell
Outre le vote au suffrage universel direct, le scrutin présidentiel de 1965 s’accompagne d’une autre nouveauté : la radio et la télévision offrent une tribune de choix à chacun des six candidats. Alors que la moitié des ménages métropolitains possède à cette date un récepteur pour la première chaîne (6,5 millions de postes), chaque concurrent se voit attribuer deux heures d’antenne, aux meilleures heures d’écoute (de 13 h à 13 h 30 et de 20 h 30 à 21 h), réparties en sept interventions entre le 19 novembre et le 3 décembre, avant-veille du premier tour.
Ainsi, c’est l’égalité qui prévaut dans la campagne officielle, alors que l’opposition n’apparaît guère à l’écran en temps normal, les journaux de l’ORTF se bornant à rendre compte par le menu de l’action gouvernementale. De son côté, le général de Gaulle utilise régulièrement la télévision pour communiquer, lors de conférences de presse ou d’allocutions officielles. C’est cette dernière formule qu’il utilise le 4 novembre pour annoncer à 20 h sa candidature :
« Françaises, Français !
Il y a vingt-cinq ans, lorsque la France roulait à l’abîme, j’ai cru devoir assumer la charge de la conduire jusqu’à ce qu’elle fût libérée, victorieuse et maîtresse d’elle-même. Il y a sept ans, j’ai cru devoir revenir à sa tête pour la préserver de la guerre civile, lui éviter la faillite monétaire et financière et bâtir avec elle des institutions répondant à ce qu’exigent l’époque et le monde modernes. Depuis lors, j’ai cru devoir exercer les pouvoirs du chef de l’État afin qu’elle puisse accomplir, au profit de tous ses enfants, une étape sans précédent de son développement intérieur, recouvrer la paix complète et acquérir dans l’univers une situation politique et morale digne d’elle.
Aujourd’hui, je crois devoir me tenir prêt à poursuivre ma tâche, mesurant en connaissance de cause de quel effort il s’agit, mais convaincu qu’actuellement c’est le mieux pour servir la France.
Car, ainsi, notre pays se voit offrir le meilleur moyen de confirmer par ses suffrages le régime stable et efficace que nous avons ensemble institué. Que l’adhésion franche et massive des citoyens m’engage à rester en fonction, l’avenir de la République nouvelle sera décidément assuré. Sinon, personne ne peut douter qu’elle s’écroulera aussitôt et que la France devra subir – mais cette fois sans recours possible – une confusion de l’État plus désastreuse encore que celle qu’elle connut autrefois. (…) »
Puis le Président sortant, certain de sa victoire, décide de ne pas s’abaisser à participer à la campagne et n’utilise donc pas le temps d’antenne qui lui est réservé. Ses concurrents profitent quant à eux sans hésitation de cette formidable chambre d’écho qui leur permet de faire entendre largement leurs propositions en même temps qu’elle popularise leur visage. Inconnu d’une bonne part du grand public, Jean Lecanuet, jeune candidat de 45 ans soutenu par le MRP, entend faire découvrir à ces occasions ce qui se cache derrière le sourire à la Kennedy qu’il arbore sur ses affiches
[2]. Le samedi 20 novembre, il se présente ainsi dans sa première intervention à l’antenne :
« Voici notre première rencontre. Vous allez donner vos voix, il est bien naturel que vous connaissiez celui qui vous les demande, surtout lorsqu’il s’agit d’un homme neuf. Je dois donc me présenter à vous. Reconnaissez qu’il est très difficile de parler de cela. Enfin, essayons. Je suis Jean Lecanuet. J’ai 45 ans. C’est l’âge des responsables des grandes nations modernes. (…) »
Il retrace alors son parcours, des origines familiales modestes à la présidence du MRP, en passant par son statut de plus jeune agrégé de France en philosophie, son entrée en Résistance, sa rencontre avec Robert Schuman, ses mandats d’élu.
« Pourquoi suis-je candidat à l’Élysée ? Parce que l’Élysée, c’est désormais le lieu où la responsabilité prépare le destin du pays et parce que la responsabilité, c’est l’affaire de notre génération.
De quoi s’agit-il le 5 décembre prochain ? (…)
S’agit-il, comme la propagande officielle voudrait vous le faire croire, de choisir entre le présent et le retour au passé ? En aucune manière. La IVe République est morte et la Ve l’enterre tous les jours depuis sept ans. S’agit-il alors de choisir entre le présent d’une politique qui vous déçoit et le néant, l’abîme, l’effondrement dans lequel la France serait précipitée si le général de Gaulle ne restait pas aux affaires ? Je n’en crois rien. La France a toujours su trouver les hommes dont elle avait besoin. Elle a perdu de nombreux pilotes que l’on disait irremplaçables. Elle n’a jamais sombré dans le néant. Personne n’a le droit de dire qu’en dehors de lui-même, qu’en dehors de sa personne, il n’y a que le néant. (…)
La raison fondamentale de ma candidature est de sauver l’Europe que le régime veut détruire. » (…)
Jean Lecanuet
Ph © Corbis
Il explique ensuite que l’échéance de la succession de De Gaulle lui paraît inéluctable.
Nous devons la préparer. Comment ? J’aurai ré-concilié tous les Français en prononçant l’amnistie totale pour effacer les suites du terrible drame algérien : il faudrait réduire le nombre des partis et simplifier la vie politique, faire surgir une grande force démocratique, sociale, européenne, qui nous permettra d’avoir à la fois la stabilité et la liberté : la possibilité pour chacune et chacun d’entre vous, à travers vos corps intermédiaires, de vous associer à la direction de l’État.
L’Élysée ne doit pas être la maison de la solitude, de l’orgueil, voire du machiavélisme. Elle doit être la maison où réside le pouvoir, fort mais étendu au dialogue avec tous ceux qui vous représentent.
Je ne vous demande pas un chèque en blanc. Je veux passer avec vous un contrat de confiance dans une France moderne, dans une Europe puissante, afin de faire surgir pour la jeunesse, pour la vie, une puissante force de rassemblement des Français.
Voilà mes objectifs absolus. Nous parlerons bientôt des moyens de les atteindre ».
Plus connu, François Mitterrand ne présente pas son itinéraire personnel. Candidat unique de la gauche, il se veut le seul concurrent véritable du Général et entend se placer sur un pied d’égalité avec lui. Voilà comment il débute sa première intervention :
« Ce dialogue qui commence aujourd’hui entre nous, vous Françaises et Français, qui cherchez en conscience où se trouve le devoir, qui vous interrogez sur ce qu’il convient de faire, pour la France, le 5 décembre prochain, et moi, candidat unique de la gauche à la présidence de la République, qui vous demande de m’écouter et de comprendre pourquoi je fais appel à vous. Oui, ce dialogue qui commence aujourd’hui entre nous, je l’espérais depuis longtemps. Je suis candidat contre le général de Gaulle, et contre lui seul [il écarte d’un geste de la main les autres prétendants], car lui seul compte, à droite. Mais ce n’est pas une affaire facile. Si je l’ai entreprise, c’est que je crois de toute ma conviction que nous sommes à la croisée des chemins. Le général de Gaulle se fait certainement de la France une idée respectable. Mais il oublie le plus souvent de s’occuper des Français. (…)
C’est enfin un choix à faire qui vous concerne et qui vous regarde. Hier c’était la République des députés, aujourd’hui c’est la République d’un seul homme. Demain, il faut bâtir la République des citoyens, et c’est pour cela que je vous disais tout à l’heure que selon le choix qu’on fait, c’est la droite ou c’est la gauche. Mais les objectifs essentiels de la gauche, c’est de rechercher dans la société les moyens de fonder le bien-être et le bonheur de l’homme. Cet objectif impose une politique extérieure qui soit au service de la paix, impose une politique intérieure qui soit au service de la justice. Mais je n’aperçois ni l’une ni l’autre au bout de la route que nous désigne le général de Gaulle. Voilà pourquoi je voulais vous parler ».
François Mitterrand
Ph © Corbis
La campagne télévisée est un grand succès ; le public est nombreux, attentif. Dans Le Monde, on évoque les théâtres où le rideau se lève plus tard qu’à l’accoutumée et on indique que le premier loueur de téléviseurs à Paris en loue 65 % de plus que d’habitude. Les interventions télévisés sont diffusées en ouverture de certains meetings ; la presse transcrit et analyse longuement les performances de chacun. C’est Jean Lecanuet qui semble gagner le plus à ce nouveau mode de propagande. Jean-Paul Sartre, alors qu’il annonce son soutien à Mitterrand, en fait même le « véritable vainqueur du tournoi télévisé », au diapason de nombreux analystes. C’est qu’il a considérablement accru sa notoriété, et les intentions de vote ont suivi : il passe ainsi de 2 à 9 % des intentions de votes entre fin octobre et fin novembre à en croire un sondage de la SOFRES. Mitterrand passe lui de 14 à 18 %, alors que de Gaulle chute de 43 à 29 %. Ce dernier se voit contraint d’entrer en piste et intervient le 30 novembre, depuis l’Élysée, dans le cadre de la campagne officielle :
« Françaises, Français, dimanche prochain, en élisant le chef de l’État, vous aurez à désigner le Français que vous estimez, en conscience, le plus digne et le plus capable de représenter la France et de garantir son destin.
Car c’est de cela qu’il s’agit. Le président de la République ne saurait être, en effet, confondu avec aucune faction. Il doit être l’homme de la nation tout entière, exprimer et servir le seul intérêt national. C’est à ce titre et pour cette raison que je demande votre confiance.
Cinq oppositions vous présentent cinq candidats. Vous les avez tous entendus. Vous les avez tous reconnus. Leurs voix dénigrantes sur tous les sujets, leurs promesses distribuées à toutes les catégories, leurs appels à l’effacement international de la France, ce sont les voix, les promesses, les appels des anciens partis tendant, quoi qu’ils puissent prétendre, à retrouver leur légitimité d’antan. Aussi, le seul point sur lequel s’accordent leurs passions, c’est mon départ ! Mais ce n’est pas assez. Car leurs contradictions mutuelles, leurs clientèles inconciliables, leurs combinaisons divergentes démontrent, à l’évidence, que l’accession de l’un quelconque d’entre eux au poste suprême marquerait infailliblement le retour à l’odieuse confusion où se traînait naguère l’État pour le malheur de la France. (…)
Le 5 décembre, si vous le voulez, la République nouvelle sera définitivement établie. Alors elle prendra le départ pour une autre étape d’autant plus ardente et féconde. Il s’agit que, pendant le temps où je resterai à sa tête, elle redouble son effort national et mondial, qu’après moi elle demeure, normalement et suivant sa ligne, enfin qu’au long de l’avenir elle procure à notre pays ce qu’elle lui assure aujourd’hui : l’indépendance, le progrès, la paix.
Françaises, Français ! Continuons la France ! Vive la République ! Vive la France ! »
Mitterrand lui répond, notamment le vendredi 3 décembre, alors que chacun des six candidats bénéficie de huit minutes pour sa dernière allocution :
« Françaises, Français.
Non, ce n’est pas vrai, vous n’aurez pas à choisir dimanche entre la IVe et la Ve République, pas plus que vous n’aurez à choisir entre le ministre de la IVe que je fus à trente ans et le ministre de la IIIe République que fut le général de Gaulle dans le gouvernement de la débâcle.
Non ce n’est pas vrai, vous n’aurez pas à choisir dimanche entre le soldat qui incarna l’honneur de la patrie le 18 juin 1940 et une génération qui aurait manqué à ses devoirs dans les camps de prisonniers de guerre, dans les rangs de la Résistance intérieure, tout un peuple de Français levé, comme de Gaulle et avec lui, pour conquérir le droit d’être libre.
Non ce n’est pas vrai, vous n’aurez pas à choisir dimanche entre le désordre et la stabilité. Le désordre, vous l’avez condamné, et personne n’osera y revenir. Quant à la stabilité, qui donc la remet en question ? Sinon celui qui proclame qu’il n’y aurait plus de France sinon lui qui serait tout et les autres qui ne seraient rien.
Non ce n’est pas vrai, vous n’aurez pas à choisir dimanche entre le régime actuel et celui des partis. Le régime actuel, c’est celui d’un homme seul, et, quand viendra pour lui l’heure de partir, il vous livrera à un successeur inconnu que vous désignera un clan, une faction pire qu’un parti, cet entourage, syndicat anonyme d’intérêts et d’intrigues. Je ne suis pas l’homme d’un parti, je ne suis pas l’homme d’une coalition de partis, je suis le candidat de toute la gauche, de la gauche généreuse, de la gauche fraternelle qui, avant moi, qui, après moi, a été et sera la valeur permanente de notre peuple. (…)
Nous avons entendu mardi soir les paroles du chef de l’État. Elles appelaient au drame et invoquaient la catastrophe, mais cela non plus n’est pas vrai.
Il y a dans votre décision de dimanche toutes les promesses de l’espérance. Croire en la justice et croire au bonheur, c’est cela le message de la gauche ».
À l’issue du premier tour, le Général est en ballottage. Il a recueilli 10,83 millions de voix (44,65 % des suffrages exprimés) et doit donc affronter François Mitterrand (7,69 millions de voix, 31,72 % des exprimés). Jean Lecanuet rassemble sur son nom 3,78 millions de bulletins (15,57 % des exprimés), Jean-Louis Tixier-Vignancourt 1,26 millions, Pierre Marcilhacy 415 000, et Marcel Barbu 280 000. Chacun des finalistes dispose à l’antenne de 15 minutes le samedi 11 et le vendredi 17, et d’une demi-heure les lundi, mardi et mercredi soir, entre 20 h 15 et 21 h 20.
Charles de Gaulle en campagne à la télévision interviewé par Michel Droit, décembre 1965
De Gaulle se glisse alors dans le rôle du candidat, accep-tant lui aussi d’être interviewé (par Michel Droit) et faisant preuve d’une certaine gouaille. À cette occasion, il com-pare la France à une maison, avec « la ménagère [qui] veut avoir un aspirateur, elle veut avoir un frigidaire, elle veut avoir une machine à laver, et même, si c’est possible, une auto : cela, c’est le mouvement. Et, en même temps, elle ne veut pas que son mari aille bambocher de toute part, que les garçons mettent les pieds sur la table et que les filles ne rentrent pas de la nuit : cela, c’est l’ordre ». François Mitterrand se veut plus solennel, et fait modifier en ce sens le décor du studio à la Maison de la Radio : il est désormais installé derrière un bureau Louis XV, disposé devant une bibliothèque. De Gaulle reste pour sa part fidèle au décor élyséen.
Leurs dernières interventions, seuls face à la caméra, résument l’essentiel de leurs argumentaires respectifs. De Gaulle déclare :
« Françaises, Français, vous allez décider !
Où est le choix. À travers deux hommes, il est entre deux régimes bien connus, c’est-à-dire entre deux expériences que la nation a faites successivement et entre deux avenirs opposés à tous les égards.
Il y, a d’une part, le régime du passé, où l’État, la nation, le destin, étaient à la discrétion des partis : le régime des jeux politiciens, des combinaisons fallacieuses, des ministères châteaux de cartes ; le régime de l’impuissance et de l’échec. (…)
Ce régime-là a son candidat. Je ne crois pas qu’aucun autre l’aurait été plus que lui. Désigné par les clans des partis, n’ayant de réalité et de possibilités que par eux et que pour eux, son mandat, s’il l’obtenait, ne pourrait avoir d’autre objet que de les remettre en place afin qu’ils reprennent leur tragi-comédie au point où, voici sept ans, leur panique l’avait arrêtée. (…)
Il y a d’autre part la République nouvelle. Depuis sept ans qu’elle fut fondée par la volonté du peuple, elle fait ses preuves dans la démocratie et sans manquer de liberté. Elle donne à nos pouvoirs publics une stabilité, une continuité et une efficacité que nous n’avions jamais connues. (…)
[Il détaille les bienfaits du nouveau régime et de l’impulsion qu’il lui donne]
La République nouvelle a son Président. C’est moi. Me voici, tel que je suis. Je ne dis pas que je sois parfait et que je n’aie pas mon âge. Je ne prétends nullement tout savoir ni tout pouvoir. Je sais, mieux que qui que ce soit, qu’il faudra que j’aie des successeurs et que la nation les choisisse pour suivre la même ligne. Mais, avec le peuple français, il m’a été donné, par l’Histoire, de réussir certaines entreprises. Avec le peuple français, je suis actuellement à l’Å“uvre pour nous assurer le progrès, l’indépendance et la paix. Avec vous toutes et avec vous tous, qui êtes le peuple français, je pourrai, demain, donner à nos affaires une impulsion nouvelle, veiller de plus près encore à ce que chacun ait sa part dans le développement national, conduire la France, suivant sa vocation, à une action humaine redoublée au milieu du monde moderne.
Françaises, Français, voilà pourquoi je suis prêt à assumer de nouveau la charge la plus élevée, c’est-à-dire le plus grand devoir.
Vive la République ! Vive la France ! »
Jamais le Général ne prononce le nom de son concurrent, alors que François Mitterrand nomme régulièrement le Président sortant, dans ce dialogue indirect, puisque le premier duel télévisé ne sera organisé qu’en 1974 :
« Françaises, Français.
En me présentant à vos suffrages, je veux atteindre deux objectifs : le premier est de restituer, de vous restituer, votre fonction de citoyens responsables, seuls maîtres de l’avenir de notre pays. Le second est de vous proposer une politique nouvelle qui précisément définira un avenir.
Ce n’est pas l’avis, semble-t-il, du général de Gaulle, qui s’attarde, et je le regrette, dans les querelles du passé. Ce n’est pas non plus, semble-t-il, l’avis de M. le Premier ministre, qui, hier au soir, disait encore à la presse : “Il ne s’agit pas, le 19 décembre, pour l’immense majorité des Français, de choisir un avenir, mais de choisir l’homme qui gérera cet avenir pendant un certain temps”.
Certes, le choix de la personne, ou bien du personnage qui dirigera la France n’est pas indifférent. Mais je voudrais immédiatement lier deux notions : peut-on choisir l’homme sans connaître la politique ? Et, si l’on ne connaît pas sa politique, pour quelle raison choisit-on l’homme ?
Depuis le début de la campagne présidentielle, je m’efforce, partout où je vais, et à votre égard, vous tous qui m’écoutez, de dire et de répéter : le choix fondamental est, le 19 décembre, entre le pouvoir personnel et la République des citoyens. (…)
Je ne suis, pour ce qui me concerne, ni l’homme d’un parti, ni l’homme d’une coalition de partis. Je suis l’homme d’un combat. Ce combat, c’était le combat de la gauche, de la gauche généreuse, de la gauche fraternelle, jusqu’au moment où, le 5 décembre dernier, le suffrage universel m’a désigné pour conduire la bataille de tous les républicains contre le pouvoir personnel. (…)
Alors, au moment de vous quitter, cessant les comparaisons inutiles, les luttes dépassées, criant l’acte de foi d’un homme responsable, qui appelle tous les républicains à servir comme ils l’aiment la République française, alors, regardons devant nous, croyons en nous, croyons au peuple, croyons en l’avenir de notre pays, croyons en la politique que nous avons définie. Et nous sentirons ce soir, après tant de peines, devant tant de labeur, alors que la route est encore si longue, qu’il est si beau aussi de l’entreprendre du même pas.
Pensons, Françaises et Français, qu’il est désormais possible, si nous y croyons, de crier : “Vive la République et vive la France !” »
Extraits d’allocutions établis d’après les émissions diffusées disponibles à l’Inathèque de France et les transcriptions intégrales ou partielles dans la presse quotidienne nationale.
[1]
Ce choix d’allocutions est directement inspiré de contributions d’Évelyne Cohen et Marie-Françoise Lévy à leur séminaire commun « Télévision, source et écriture de l’Histoire » (UMR IRICE – Paris VII). Voir Évelyne Cohen et Marie-Françoise Lévy, « Les élections présidentielles de 1965 : un tournant dans le débat démocratique », dans les Actes du colloque
Télévision, culture et politique en France, 1945-1975, dir. par Évelyne Cohen et Marie-Françoise Lévy, à paraître en 2006.
[2]
Voir sur ce point l’entretien avec Michel Bongrand dans la partie « Forum » de ce même numéro.