Parlement[s], Revue d'histoire politique
L'Harmattan

I.S.B.N.sans
168 pages

p. 32 à 41
doi: en cours

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Forum : Le point de vue des politiques

n° 4 2005/2

2005 Parlement[s] Forum : Le point de vue des politiques

La campagne est d’abord l’occasion de faire avancer des idées

Interview de André Lajoinie  [*] Propos recueillis par Alexandre Borrell
Q : Exploitant agricole, vous adhérez à 19 ans, en 1948, au parti communiste français. Membre du comité central à partir de 1972, vous entrez dans le bureau politique quatre ans plus tard. Élu député de l’Allier en 1978, vous présidez le groupe communiste à l’Assemblée à partir de 1981. Peut-on vous considérer à cette époque comme le « numéro 2 » ?
AL : Non, je ne crois pas qu’on puisse dire « numéro 2 », officiel. En réalité, pendant tout un temps, celui qui se faisait passer pour le numéro 2, c’était Charles Fiterman, avec l’acquiescement tacite de Georges Marchais. Je n’ai jamais été numéro 2. J’ai été désigné candidat à la présidence en 1988 d’abord parce que Marchais ne voulait pas y revenir et que, vraisemblablement, on considérait que j’avais une surface qui me permettait d’aller à la bataille. Ce n’est pas faux. Une bataille sûrement difficile, puisque François Mitterrand était candidat à un deuxième mandat. Il fallait s’attendre à ce qui s’est passé, c’est-à-dire qu’au dernier moment le chantage : « Si vous votez communiste, vous perdez vos voix face à la droite » – c’est toujours la même logique dans une élection présidentielle –, a fait qu’une partie de notre électorat a glissé en votant Mitterrand. Une autre partie a voté Pierre Juquin ; cette histoire de Juquin était complètement farfelue. Il était le porte-parole du parti six mois avant l’élection présidentielle ; illico presto, il passe candidat vaguement de gauche, financé en sous-main par le parti socialiste. Il y avait une volonté de nous réduire encore ; ce n’est pas un secret. Si on additionne les voix de Juquin et les miennes, à quelques décimales près, cela représente les voix que Robert Hue a eues ensuite, autour de 8,5 %.
André LajoinieAgrandir l'image André Lajoinie
Q : Donc, le comité central décide de vous présenter vous plutôt que Marchais.
AL : C’est-à-dire que Marchais ne se présente pas. C’est lui qui prend l’initiative de me présenter, avec l’accord sans doute de beaucoup de camarades. Et finalement, j’ai été désigné à l’unanimité, moins la voix de Juquin qui s’est déclaré in extremis, dans une conférence nationale. Il n’y avait pas d’élection comme aujourd’hui. On aurait fait une élection à bulletin secret des communistes, j’aurais certainement été désigné, pas à l’unanimité, mais j’aurais été désigné à une très large majorité.
Q : Votre rôle de président du groupe à l’Assemblée vous avait déjà conféré une certaine médiatisation.
AL : Oui, j’étais déjà assez connu, puisque comme président de groupe, j’étais souvent à la télévision. Le soir, au moins deux ou trois fois par semaine. J’ai été dans toutes les configurations possibles : dans l’opposition, avec les ministres au gouvernement, etc. C’est pour ça qu’on m’a désigné, d’ailleurs, parce que j’avais un nom. Il y en avait d’autres, comme Roland Leroy, qui était assez connu, peut-être même plus que moi, mais j’étais plus jeune. Parmi les plus jeunes, on aurait pu mettre Fiterman d’ailleurs ; à ce moment-là, c’était possible. C’est moi qu’on a finalement présenté. Je ne sais pas si Fiterman n’a pas voulu y aller. Son nom n’a jamais été prononcé.
Q : Anne Sinclair et Pierre-Luc Séguillon vous consacrent un Questions à domicile en novembre 1986, réalisé en direct depuis votre maison de Saint-Pourçain, dans l’Allier. À cette occasion, les journalistes révèlent un sondage de la SOFRES qui indique que, face à une liste de qualificatifs à vous attribuer, 63 % des personnes interrogées étaient sans opinion, signe d’une notoriété encore fragile. Comment menez-vous votre campagne pour accroître celle-ci ?
AL : Il ne faut jamais se faire d’illusions sur sa popularité. C’est quelque chose de tellement fugace, les gens oublient vite. C’est dur de se faire une personnalité. Et il est vrai que l’élection présidentielle est un moyen assez extraordinaire. Je me suis aperçu qu’en fait je n’étais pas bien connu. Même président de groupe, les gens, ça leur passe un peu par-dessus la tête. Il faut dire, et ce n’est peut-être pas aussi vrai aujourd’hui, qu’à l’époque, il y avait beaucoup d’émissions politiques à la radio et à la télévision. En tant que président de groupe, j’étais fréquemment à la télévision. J’ai ensuite fait, pendant la campagne, deux Heure de Vérité, qui avait trois millions de téléspectateurs, et Questions à domicile, qui faisait quatre ou cinq millions : TF1 est toujours regardée. J’ai fait, d’ailleurs, l’un des meilleurs taux d’audience. Je crois qu’aujourd’hui, les médias n’ont plus cette démarche. Après Questions à domicile, j’avais reçu beaucoup de lettres, de coups de fil, avec en général beaucoup de sympathie. Certes, tout le monde n’est pas communiste ; les gens posent des questions, mais m’ont exprimé beaucoup de sympathie, y compris sur les thèmes abordés : sociaux, la paix, le Tiers-Monde, des thèmes qui ont eu beaucoup d’écho.
Q : C’est une campagne de longue haleine, puisque vous êtes désigné en juin 1987 et que le premier tour a lieu le 24 avril 1988.
AL : C’est pas mal, une campagne d’un an. C’est éprouvant. Alors, d’une part, il y a la télévision, et de l’autre, la campagne que nous avons menée.
Q : Comment se déroule cette campagne, avec les militants et l’organisation propre du parti communiste ?
AL : D’abord, l’organisation du parti était plus forte qu’elle n’est aujourd’hui. Les couches sociales auxquelles nous nous adressions – et nous adressons encore – ne sont plus dans les mêmes configurations. Par exemple, il y avait les grandes usines : je me souviens d’être allé parler devant des milliers de sidérurgistes à Longwy, là où il n’y en a plus. Et je crois qu’on peut dire que grâce au parti, et grâce au vecteur qu’est le candidat à la présidentielle, les gens y croyaient, parce qu’on abordait les vrais problèmes. Par exemple, au dernier meeting qu’on a tenu, pas à Paris mais au Bourget, pour la seule Seine-Saint-Denis, il y avait exactement 20 000 personnes. Il a fallu retarder le début du meeting parce qu’il y avait un embouteillage de cars. Jamais on n’a refait ça ensuite. C’est-à-dire qu’il se passait quelque chose en ce temps-là. Par exemple, dans le département du Nord, où je suis allé cinq à dix fois pendant la campagne, à chaque fois, je faisais deux à trois réunions. Il y avait un meeting le soir, dans la ville la plus importante. Et dans la journée, dans ces anciennes villes minières de 5 000 ou 6 000 habitants, souvent avec un maire communiste, il y avait une sorte de défilé, comme le veut la tradition du Nord, où on allait à la mairie et où je faisais un discours d’une trentaine de minutes devant 300 à 400 personnes. Avec fanfare, etc. C’était presque une campagne de futur président de la République, même si je ne me faisais pas d’illusions. Et évidemment, c’était une tâche assez rude, parce que dans le Nord, il y avait toujours des réunions programmées jusqu’au soir, et dès le matin, il y avait des entretiens, à l’hôpital, à l’université, à la sortie d’une entreprise, avec des militants syndicaux, etc. C’était extrêmement productif et intéressant.
Q : Comment cela se passait autour de vous ? Y avait-il une équipe de travail avec un directeur de campagne, des conseillers en communication ?
AL : Francis Wurtz était mon directeur de campagne, et j’avais trois ou quatre collaborateurs permanents, parce qu’évidemment, dans une campagne comme celle-là, vous partez le matin avec un petit tas de fiches, avec un discours préparé la veille au soir, qu’à la fin vous survolez. Pour les fiches, quelqu’un avait travaillé, sur l’hôpital, l’université, les entreprises… Dans la voiture ou dans l’avion, vous lisez ça, et vous y allez. Mais il faut du monde autour. Il y avait un staff normal de candidat à la présidence de la République.
Q : Des conseillers en communication, déjà ?
AL : Un peu, un peu, mais bon, on n’a jamais été très forts là-dessus. Enfin, il y avait quand même quelques efforts en ce sens. Mais surtout, il y avait un très gros travail de préparation, des thèmes de campagne… Nous n’avons pas fait les grandes affiches 4 par 3 que faisaient Mitterrand et la droite, mais quand les autres en sortaient trois, nous en sortions une, et c’était déjà beaucoup. Et on s’efforçait quand même d’avoir des choses qui accrochent, avec par exemple cette affiche qui me montre en train de dire : « Pas question de se laisser faire ». On défendait l’idée qu’il ne fallait pas se laisser exploiter, se laisser dominer, avec cette idée d’un candidat avec les gens pour résister, pour changer. C’est cette idée-là qui était assez forte. Et je dois dire quand même qu’il y avait dans ces meetings une ambiance très combative, très amicale. Si on revient à l’exemple du Nord, où l’on va beaucoup aux meetings, je me souviens de réunions où l’on rentrait dans la salle et tout le monde venait m’embrasser. C’était sympathique, ces grands gaillards qui venaient m’embrasser. C’était extraordinaire, il y avait un élan réel.
Q : Pour le parti communiste, qui n’a pas présenté de candidat à chaque élection présidentielle, quel était l’enjeu politique en 1988 ?
AL : Nous étions entrés au gouvernement en 1981, et aux élections de 1986 nous n’avons pas eu la majorité, d’où la première cohabitation. Et Mitterrand apparaissait ensuite comme le candidat de la gauche, le seul candidat à pouvoir être élu à gauche : il fallait donc être clair. C’était une situation assez difficile, et évidemment, il y avait deux solutions : ou on y allait, ou bien on n’y allait pas, mais déjà on avait exprimé notre désaccord puisque nous étions sortis du gouvernement en juillet 1984. Lorsque Laurent Fabius a été désigné pour remplacer Pierre Mauroy, il y a eu une discussion à Matignon. Nous y sommes allés deux fois, Marchais, Fiterman et moi, pour discuter avec Fabius, en lui disant : « Si c’est pour poursuivre la même politique, nous ne voulons pas : il faut un changement ». Fabius nous a proposé un poste plus important. Par exemple, il voulait nous donner le ministère de l’Industrie, mais c’est une coquille vide, puisque ce sont les Finances qui décident. Bon, on le lui a dit, et le comité central a décidé à la quasi unanimité de ne plus participer. Dans ces conditions-là, avec la droite revenue au pouvoir, nous avons assez tôt décidé de participer à cette élection.
On a fait aussi un peu l’autocritique des périodes où nous ne sommes pas allés à ces élections, notamment en 1965. Le bureau politique de l’époque avait estimé, suite à la réforme constitutionnelle de 1962, qu’on risquait de se planter. C’était une longue période de droite au pouvoir, une forte volonté de changement. Et c’est nous qui avons alors, paradoxalement, fait pencher la balance en faveur de François Mitterrand, puisque la SFIO ne le soutenait pas. Guy Mollet a toujours été réticent vis-à-vis de Mitterrand, et c’est Waldeck-Rochet qui a poussé à la roue, et qui s’en est mordu les doigts, d’ailleurs. En 1981, Marchais a fait 15 % des voix, ce qui était une perte puisqu’on faisait 20 % en moyenne, mais c’était à mon avis un bon résultat : la présidentielle est une élection difficile.
En 1988, on était dans la même logique. Je pense que c’était pertinent de présenter un candidat. Moi, ce que j’en retire, c’est qu’une campagne comme celle-là marque l’opinion publique, et pas seulement l’électorat communiste. Il y a une sorte de radicalisation des idées qui imprègne l’opinion, et qui, quoi qu’il arrive ensuite, sert le mouvement populaire et pas seulement le mouvement communiste. Il y a eu cette candidature de rassemblement avec Mitterrand en 1965, mais il n’était pas un candidat de rassemblement pour la transformation sociale. Il s’est assez expliqué là-dessus : il a fait cette union et il l’a acceptée, pour réduire le poids du parti communiste. Il l’a dit ouvertement. Il a fait une manÅ“uvre habile, qui stérilisait les voix de transformation sociale pour une ligne de coopération avec le capitalisme.
Q : Pour en revenir à 1988, qu’est-ce que vous insufflez de personnel dans cette campagne ? Je pense en particulier aux questions concernant le monde rural et agricole. C’est la campagne du parti communiste, mais est-ce aussi votre candidature ?
AL : Je crois que c’est Alain Duhamel qui me caricaturait en paysan de la Révolution française montant à l’assaut d’un château avec une pique. Ce n’était pas une mauvaise comparaison. J’ai un peu cette culture plébéienne et, dans ma campagne, avec les propositions du parti communiste, j’ai imprimé ça. Par exemple, j’avais lancé l’idée de prendre 40 milliards de francs sur les dépenses d’armement pour les mettre à l’Éducation nationale. Tout le monde disait que c’était invraisemblable, et puis quand Lionel Jospin a été ministre de l’Éducation nationale, il m’a dit : « Et bien tu vois, les 40 milliards que tu demandais, on les a, finalement. C’est fait ». Ça n’a pas résolu tous les problèmes, évidemment, mais il y avait ce besoin. Cela passait d’autant mieux que notre électorat est pacifiste et en même temps très attaché à l’égalité des chances grâce à l’École. Cela faisait partie des aspirations populaires qui existent dans un pays comme le nôtre.
Q : Et personnellement, comment avez-vous vécu cette campagne, assez dure ? On se souvient d’une caricature féroce sous les traits du chien Lajoie-Triste dans le Bébête Show, de cette candidature de Juquin…
AL : La candidature Juquin n’a pas donné lieu à débat. Néanmoins, il y avait une différence entre le parti, où Juquin n’avait aucun poids, et l’électorat. Les gens avaient l’habitude de Juquin comme porte-parole du parti ; ils se sont dit qu’il y avait deux candidats communistes. Cela était très désagréable, mais je ne me suis pas excité outre mesure. C’est une petite manÅ“uvre qui arrive souvent, des candidats qui sortent de l’ombre avec 500 signatures… Non, ce n’est pas tellement ça qui m’a ému, ni même tellement le Bébête Show. On ne peut rien répondre à ces caricatures, et il y a le pour et le contre : on a dit que les Guignols avaient servi l’image de Chirac en 1995, et c’est vrai, même s’il ne faut pas être trop sensible.
En réalité, je n’ai pas mal vécu cette campagne. Alors évidemment, il y a une petite déception, parce qu’il y avait des sondages qui ne donnaient pas ce résultat [ndlr : 6,76 % des suffrages exprimés]. Les sondages ont bien montré que jusqu’à 15 jours avant l’élection, on était autour de 10 %. Et ça s’est effrité, comme toujours face à cette échéance. Par exemple, à ce meeting au Bourget, on enregistré 500 adhésions au parti communiste ; 500, réelles, essentiellement des jeunes. Et beaucoup sont allés voter Mitterrand au dernier moment, comme ça, innocemment, tout en étant venus m’applaudir et adhérer. Et beaucoup sont restés au parti communiste d’ailleurs. Il y a une pression politique terrible qui fait qu’on se dit : « Il ne faudrait pas que ce soit la droite ». Et le résultat du 21 avril 2002 va encore accréditer l’idée que c’est le moindre mal, qu’il ne faut pas laisser venir Le Pen.
Q : Comment arrive-t-on à faire la part des choses dans l’analyse du résultat ? Parce que c’est la candidature à la fois d’un parti et d’un homme.
AL : D’une part, il faut dire que nous n’avions aucune illusion sur le sens de notre candidature. C’est déjà pas mal. Le problème, c’est d’avoir un maximum de voix, mais ce n’est pas l’objectif premier. Avant tout, il s’agit de mener une campagne sur le fond, politique, et de modifier le rapport de force. Voilà le premier objectif. Pour les voix, c’est effectivement une déception, mais on ne peut pas dire que c’est un échec. La situation aurait été différente s’il n’y avait pas eu de candidature communiste.
Q : Dans quelle mesure cette candidature à la présidentielle a-t-elle influé sur la suite de votre parcours politique ?
AL : Cela a facilité les choses. Prenons le cas de ma circonscription. J’y ai fait un bon score à la présidentielle, et c’est comme ça pour tous les candidats. Pour les législatives qui ont suivi, dans la troisième circonscription de l’Allier, j’ai fait un résultat supérieur à celui du parti aux élections de 1946, qui avoisinait alors les 28 % ! Il y a eu un ralliement, un effet de notoriété. Et puis il y a les retombées que l’on ne mesure pas. Quel est l’effet sur la mobilisation autour de certains thèmes de campagne ? Dans tous les partis, c’est la conclusion à laquelle on arrive : il faut présenter un candidat à la présidentielle. On a vu, en 2002, que presque tout le monde voulait avoir un candidat. C’est l’effet de la présidentielle.
Q : Alors justement, une candidature à la présidentielle est-elle une formidable tribune pour promouvoir ses idées ?
AL : Tribune, occasion de mobilisations, d’avancées politiques sur les thèmes qui sont ceux d’un parti…
Q : Mais est-ce qu’il est envisageable pour le parti communiste de ne pas présenter de candidat à une élection présidentielle ? On a entendu Marie-George Buffet déclarer, à l’occasion du Conseil national des 21 et 22 septembre, que l’hypothèse d’un « candidat de rassemblement » non communiste n’était pas totalement exclue en 2007, tout en ajoutant qu’elle pensait « qu’une candidature communiste pourrait être un atout pour ce rassemblement ».
AL : Quand elle dit qu’il faut mettre en débat la candidature communiste, elle n’a pas tort. Ce n’est pas parce qu’on décide d’une candidature communiste que celle-ci est acceptée. Qu’il y ait un débat sur une candidature communiste ou non, dans le parti, à mon avis, le résultat est gagné d’avance. Mais je comprends cette préoccupation. En tout cas, ce dont on a besoin pour les forces de transformation sociale, c’est d’un candidat qui mènerait une vraie campagne pour avancer. C’est cette garantie que donne un candidat communiste.
La campagne est d’abord l’occasion de faire avancer des idées. C’est l’essentiel de la politique, d’ailleurs. La politique, en démocratie, c’est ça.
Q : Le poids de la communication, de la mise en avant des personnes…
AL : Ce sont les idées qui comptent, pas les concurrences d’hommes. Le problème, ce n’est pas de choisir entre Nicolas Sarkosy et Dominique de Villepin. Il y a des clivages politiques, que le plus souvent on masque. Or, en démocratie, les clivages politiques doivent être transparents. Ou alors ce n’est pas la démocratie.
D’ailleurs, le système présidentiel est discutable, même s’il est maintenant bien installé. Couplé à la Constitution de la Ve République, et maintenant au quinquennat, il institue le pouvoir personnel et rabaisse le Parlement. Au Portugal par exemple, on élit le Président au suffrage universel, mais la constitution portugaise ne lui donne pas le même poids qu’en France. On pourrait tout à fait maintenir le suffrage universel et modifier l’équilibre des pouvoirs. Rien n’est démocratique dans le fonctionnement institutionnel actuel. Le Parlement n’a pas de pouvoirs. Un projet qui n’a pas l’aval du gouvernement n’a aucune chance. On peut délibérer sur des broutilles, c’en est même infamant. Voir parfois les députés bouger une virgule et s’en prévaloir, c’est ridicule. Il y a une réelle nécessité de remise à jour des institutions, qu’elles soient plus démocratiques, celles de notre République comme celles de l’Union européenne dont le caractère bureaucratique aggrave encore les choses.
Et les gens s’en rendent un peu compte. Les gens ne vont pas voter. Ils sont allés voter pour le « non » au dernier référendum, mais ça ne veut pas dire qu’ils vont revenir demain : aux élections partielles, ils ne viennent pas. Quand ils ont compris, ils réagissent à leur façon : ils ne sont pas d’accord, ils disent : « Ça ne vaut rien, ça n’a pas de poids, on n’y va pas ». Et on ne peut pas dire ensuite qu’on est en démocratie dans de tels cas ; ce n’est pas vrai.
Le 27 septembre 2005
 
NOTES
 
[*]Ancien président du Groupe communiste à l’Assemblée nationale (1981-1993).
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André Lajoinie