2008
Parlement[s]
Sources
La passe d’armes du 22 mai 1968 : Mitterrand attaque, Pompidou riposte
Jean Garrigues
Professeur à l’université d’Orléans
« Nous sommes décidés à réclamer les responsabilités du pouvoir. » François Mitterrand, première séance du 22 mai 1968. [1]
La séance du 22 mai 1968 constitue le sommet parlementaire de la crise nationale ouverte au début du mois par la révolte étudiante. Depuis le 3 mai, date à laquelle le gouvernement Pompidou a décidé de fermer la Sorbonne, les étudiants sont dans la rue. À partir du 10 mai, le Quartier latin a connu plusieurs nuits des barricades, qui se sont soldées par des centaines de blessés et d’arrestations. À partir de la grande manifestation parisienne du 13 mai, qui a réuni près d’un million de personnes, plusieurs personnalités syndicales et politiques se sont solidarisées du mouvement, dont Pierre Mendès France. Dans les jours qui ont suivi, les grèves et les occupations d’usines se sont multipliées, au point que la France est littéralement paralysée depuis le 20 mai. Face à cette « révolution » de Mai 68, le général de Gaulle est apparu comme dépassé par les événements. Rentré précipitamment d’un voyage officiel en Roumanie, le 18 mai, il s’est contenté de diffuser un communiqué laconique : « La réforme, oui, la chienlit, non ! » De son côté, le Premier ministre Georges Pompidou a essayé de calmer le jeu sans y parvenir. Le 14 mai, l’opposition parlementaire, menée par François Mitterrand et Waldeck Rochet, a déposé une motion de censure dénonçant le refus du dialogue, la répression policière, et surtout la « maladie de la société à travers le malaise de l’Université. » À partir du 21 mai, dix-huit orateurs se succèdent pour discuter cette motion de censure, tandis qu’un gaulliste « historique », René Capitant, président de la commission des lois, préfère démissionner de son mandat pour ne pas avoir à se prononcer. Pierre Cot, l’ancien ministre du Front populaire, prononce un discours remarqué, soulignant le « besoin de renouveau » qui agite le pays. Mais c’est une fois de plus François Mitterrand, porte-parole de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste, qui porte les coups les plus forts. Il ne s’attarde pas sur les enjeux de la révolte, même s’il en reconnaît la dimension internationale et la volonté universelle de « participation ». Il n’analyse pas la crise Mai 68 comme une crise de société mais comme une crise de régime. La cible de son discours, c’est le « système » au pouvoir, englobant à ses yeux le patronat et le pouvoir gaulliste. Il se pose en porte-parole d’une « alternative » politique fondée sur les grands thèmes socialistes, la nationalisation, la planification, le développement de la recherche, la construction européenne, et il en appelle à de nouveaux accords Matignon, dans la continuité du Front populaire. Sans se laisser démonter par les allusions des députés gaullistes à son rôle sous Vichy, il se livre à un véritable réquisitoire contre les ministres les plus exposés du gouvernement Pompidou. Avec une ironie cinglante, il décrit un pouvoir désemparé, sans solution, et suspendu aux décisions du général de Gaulle, c’est-à-dire à la perspective d’une dissolution. Enfin, il relève le gant des élections qui s’annoncent, persuadé qu’elles verront l’union de la gauche l’emporter. À ce moment de la crise, dans le contexte de la grève générale et des atermoiements du pouvoir, le défi électoral lancé par François Mitterrand, chef incontesté de l’opposition parlementaire, peut apparaître comme fondé. Le recul de l’histoire permet néanmoins d’en souligner les faiblesses, qui tiennent à la nature profonde du mouvement de Mai 68, étranger aux enjeux politiques traditionnels, mais aussi à la réserve de Pierre Mendès France, aux calculs des communistes, et surtout aux différentes contre-attaques menées par le pouvoir.
M. François Mitterrand. Mesdames, messieurs, de Berkeley à Varsovie et de Prague à Berlin
[2], c’est partout l’affirmation de soi, partout la volonté de participation à tous les niveaux de la vie politique, économique, sociale et culturelle. C’est cette volonté de participation qui explique le puissant mouvement des étudiants en révolte contre la société, contre le type de civilisation qu’ici et là on leur propose.
Mais, partout également, chaque fois que l’État s’est préparé à recevoir la contestation, l’épreuve de force a été évitée. C’est sur ce point qu’il faut s’interroger.
En effet, si, à Paris, la jeunesse a dû recourir au refus sans partage et finalement à l’émeute, c’est sans doute parce que dans notre pays le Gouvernement n’a pas su, ou n’a pas voulu créer, pour autant qu’il ne les a pas détruites, les structures permanentes du dialogue. De la même façon, les revendications ouvrières ont, depuis des années, rencontré le silence sinon l’hostilité des partenaires naturels que notre société, telle qu’elle est, désigne aux travailleurs : le patronat et le Gouvernement.
Mais face au drame du chômage, à l’iniquité des bas salaires, à l’abus des heures de travail et du temps de la vie consacré aux tâches professionnelles, face aux interdits qui empêchent l’exercice des libertés syndicales au sein de l’entreprise, face à la crise du logement et à la rigueur des ordonnances, quand, où et avec qui avez-vous réellement discuté ?
Même quand les grandes centrales ouvrières, se plaçant hors du débat politique, l’ont instamment demandé afin d’assurer la défense des justes intérêts de leurs mandants, là comme ailleurs l’absence de structures permanentes de dialogue et de participation a provoqué et élargi la cassure qui vous sépare des millions d’hommes et de femmes qui sont en grève. (Applaudissements sur les bancs de la fédération de la gauche démocrate et socialiste et du groupe communiste).
Ainsi en va-t-il du monde agricole que l’on tente habilement de distraire de son anxiété tandis qu’on ne lui parle plus des véritables problèmes.
Ainsi en va-t-il de la commune, du département, de la région où les élus locaux et les élites professionnelles se heurtent à une administration de plus en plus napoléonienne et s’étonnent du langage glacé des technocrates.
Ainsi en va-t-il du Parlement, mais d’autres que moi, qui voteront ou ne voteront pas la censure, ont, au cours de ces dernières années, suffisamment reproché au Gouvernement d’avoir refusé ce dialogue pur qu’il soit en ce jour nécessaire d’insister. On doit à la vérité d’admettre que tout cela n’est pas seulement affaire de bonne ou de mauvaise volonté, de compétence plus ou moins grande. C’est surtout l’affaire d’un système, le vôtre, qui repose sur la domination de certaines forces économiques et sur la décision politique d’un seul homme. (Applaudissements sur les bancs de la fédération de la gauche démocrate et socialiste et du groupe communiste).
Ainsi, au-delà de vos personnes, est-ce au système que nous en avons.
Que proposez-vous, monsieur le Premier ministre, pour résoudre la crise qui remue notre peuple dans ses profondeurs ? La perspective d’un mouvement, d’un replâtrage ministériel sans issue et sans âme
[3] ? Vous parlez toujours de la IV
e République, mais comme vous lui ressemblez, et pas par le bon côté ! (
Applaudissements et rires sur les bancs de la fédération de la gauche démocrate et socialiste et du groupe communiste -
Rires sur les bancs de l’union des démocrates pour la Ve République).
Nous proposons, nous, l’autre terme de l’alternative et nous affirmons hautement que nous sommes décidés à réclamer les responsabilités du pouvoir. (Applaudissements sur les bancs de la fédération de la gauche démocrate et socialiste et du groupe communiste).
Pour quoi faire, me direz-vous ? Pour réaliser la nouvelle alliance des combattants des libertés individuelles, héritiers de 1789 et des combattants des droits et des libertés collectifs, héritiers des luttes sanglantes du XIX
e siècle et de la première moitié du XX
e; pour conclure la nouvelle alliance du socialisme et de la liberté.
[4]
Au nom du socialisme, nous entendons assurer la maîtrise des grands moyens de production, là où c’est nécessaire et selon le mode convenable.
[5]
Oui, nous entendons rétablir la connexion des circuits financiers publics.
Oui, nos entendons mobiliser, orienter, sélectionner l’investissement.
Oui, nous entendons fixer au Plan d’autres objectifs et d’autres méthodes.
Oui, nous entendons donner à la science et à la technique, par les moyens de la recherche fondamentale et appliquée, la place qui leur revient, afin de fonder notre société industrielle sur le progrès et la justice, sur le concours et pour le profit des travailleurs.
Oui, nous voulons que la France participe à la construction de l’Europe en mouvement.
Et, lorsque nous constatons que les catégories socio-professionnelles les plus défavorisées font le principal de l’effort de production tandis qu’elles reçoivent la moindre part du profit national, alors, au nom du socialisme, nous affirmons qu’il est nécessaire de changer de politique.
Mais, au nom de la liberté, que ferons-nous ?
D’abord, balayer vos juridictions d’exception. (Applaudissements sur les bancs de la fédération de la gauche démocrate et socialiste et du groupe communiste).
Ensuite, par la démocratisation de l’enseignement, donner à chaque enfant, plus que vous ne l’avez fait, sa chance dans la vie.
Enfin – mais que de leçons avez-vous reçues depuis quelques jours ! – inscrire le droit à l’information dans la Constitution et protéger en toute circonstance les libertés individuelles et l’équilibre des pouvoirs que pendant dix ans vous avez constamment méconnus. (Applaudissements sur les bancs de la fédération de la gauche démocrate et socialiste et du groupe communiste).
Pour l’immédiat, mesdames, messieurs, nous pensons que la nouvelle majorité, celle de la gauche, sera seule en mesure de rendre confiance et espoir à ceux qui doutent, à ceux qui souffrent.
Aux étudiants, nous dirons qu’ils ont raison de demander autonomie, cogestion, amnistie et l’usage des libertés essentielles à l’intérieur de l’Université.
Aux travailleurs, nous dirons qu’ils ont raison de se battre pour la vie et nous pensons que seul un gouvernement de la gauche pourra rétablir le dialogue et permettre la rencontre des représentants de l’État et des grandes forces économiques afin de déterminer, au plus tôt, sous la forme par exemple d’accords Matignon
[6], fussent-ils décentralisés, les mesures à court terme, dont les finalités apparaîtront clairement et obtiendront le soutien des masses.
Si nous ne le faisons pas, qui le fera ? Sera-ce vous ? Mais, mesdames, messieurs, vous avez devant vous le gouvernement de M. le Soubise qui erre dans l’obscurité à la lueur de sa lanterne.
[7] (
Rires sur les bancs de la fédération de la gauche démocrate et socialiste et du groupe communiste).
Que cherchez-vous M. Peyrefitte
[8] ?
M. Jean-Franck de Présumont. Le Luxembourg
[9] !
M. François Mitterrand. La Sorbonne ? Les étudiants, les professeurs dont vous aviez la charge ? Mais ils sont dans l’allégresse d’avoir reconquis contre vous leur université, et de la rebâtir loin de vous ! (Applaudissements sur les bancs de la fédération de la gauche démocrate et socialiste et du groupe communiste).
Que cherchez-vous, Monsieur Gorse
[10] ? Votre radiodiffusion, vos directeurs, votre conseil d’administration, vos agents de liaison interministérielles ? Écoutez donc les journalistes, les techniciens et les réalisateurs qui sont de l’autre côté de la rive, là où l’on veut une information honnête et la liberté de création
[11] ? (
Vifs applaudissements sur les bancs de la fédération de la gauche démocrate et socialiste et du groupe communiste).
M. le Président.
[12] Monsieur Mitterrand, autorisez-vous M. le ministre de l’Information à vous interrompre ?
(
M. Le Premier ministre fait un geste de dénégation
[13] – Vives protestations sur les bancs de la fédération de la gauche démocrate et socialiste et du groupe communiste).
M. le Président. Monsieur Mitterrand, veuillez poursuivre votre exposé.
M. François Mitterrand. Je ne vois pas pourquoi mes amis politiques trouvent à redire à l’attitude de M. le Premier ministre. Celui-ci a pu mesurer tout à l’heure les inconvénients des interventions malvenues. Il est donc normal qu’il conseille à son jeune ministre de l’Information de s’abstenir. (Applaudissements sur les bancs de la fédération de la gauche démocrate et socialiste et du groupe communiste).
Mais que cherche M. Fouchet
[14] ? Aurait-il par hasard égaré la confiance qu’avait dans l’État une police lancée sur ses ordres à l’assaut de la jeunesse et qui ne lui pardonne pas d’abord de l’avoir exposée contre son sentiment profond, ensuite de l’avoir livrée au désaveu ? (
Applaudissements sur les bancs de la fédération de la gauche démocrate et socialiste et du groupe communiste).
Il n’est pas jusqu’à M. Malraux
[15] (
Exclamations sur divers bancs) qui cherche en tâtonnant sa route de la cinémathèque au festival de Cannes (
Applaudissements et rires sur les bancs de la fédération de la gauche démocrate et socialiste et du groupe communiste) en passant par le théâtre de l’Odéon.
[16] (Rires sur les mêmes bancs).
Voilà le spectacle que vous offrez à la nation…
Plusieurs députés de l’union des démocrates pour la Ve République. Le Luxembourg ! Le Luxembourg ! La francisque
[17] !
M. François Mitterrand. Mais bien qu’il ait perdu son armée, M. de Soubise est content parce qu’il a gardé sa lanterne.
En effet, vous êtes là, messieurs les ministres, ici ou dans vos bureaux ministériels, vous êtes tous là ! Vous n’en avez pas abandonné un seul en chemin. Oh ! la belle et bonne solution ministérielle, monsieur Pompidou, qui durera bien jusqu’à demain matin.
Mais c’est vrai que ce que vous avez fait, vous l’avez fait ensemble. Vous n’avez plus ni train, ni métro qui roulent, ni usines qui tournent, ni écoles qui enseignent, ni banques, ni grands magasins, ni postes, que sais-je encore ? Mais vous êtes là, messieurs les ministres, vous êtes tous là. Vous avez perdu tout le reste, l’ordre et le progrès, la confiance et l’espérance, mais vous êtes là, vous êtes tous là.
Il y a pourtant, je veux l’imaginer, tel ou tel d’entre vous qui éprouve en son âme et conscience, l’obligation morale de partir dignement. Seulement, celui-là, s’il existe, ne le peut pas. Et cela parce qu’il a été décrété que le Gouvernement ne pouvait pas être renversé par l’Assemblée nationale, parce qu’il devait être renvoyé demain par une décision souveraine, qui sera prise ailleurs.
[18] (
Applaudissements prolongés sur les bancs de la fédération de la gauche démocrate et socialiste et du groupe communiste).
Et ici je m’adresse à ceux qui hésitent encore, et qui n’ont jamais cessé de se comporter en défenseurs fidèles des droits et des prérogatives du Parlement dans les limites exactes de la Constitution.
Je le leur demande, comme l’a fait avant moi M. Pierre Cot
[19]: que fera le Gouvernement de leur vote implicite ? Comment usera-t-il de la confiance qu’ils lui auront accordée alors que, déjà, lui sait ce qu’il en fera mais se garde bien de le leur dire. Ils ne peuvent pas aujourd’hui contribuer à abaisser l’institution qu’ils représentent au nom du peuple.
Nous vous disons à vous, membres de la majorité : il y a dix ans que vous avez fondé ce que vous appelez votre légitimité sur le consensus populaire.
Où en est-il maintenant ce consensus populaire ? Franchissez les portes du Palais-Bourbon et vous verrez ! (Applaudissements sur les bancs de la fédération de la gauche démocrate et socialiste et du groupe communiste).
Où en est-il le consensus populaire ?
Un député de l’union des démocrates pour la Ve République. En Angleterre
[20] !
M. François Mitterrand. Où est-elle votre légitimité ? (Applaudissements sur les mêmes bancs).
Dissolvez l’Assemblée nationale et allons aux élections générales ! (Nouveaux applaudissements sur les mêmes banc).
[…]
M. François Mitterrand. À partir de l’union de la gauche, avec tous les républicains qui se joindront à elle…
M. Jean-Franck de Préaumont. Comme en Italie
[21] !
M. François Mitterrand… Nous ferons une majorité et un gouvernement, qui ne seront ni ceux de la rancÅ“ur, ni ceux de la revanche (Vives interruptions sur les bancs de l’union des démocrates pour la Ve République – applaudissements sur les bancs de la fédération de la gauche démocrate et socialiste et du groupe communiste) mais simplement ceux de la justice et de l’unité nationale…
M. Jacques Marette.
[22] Alors ce ne sera pas avec vous !
M. François Mitterrand. … afin de replacer sur la ligne de départ de la compétition internationale et des nouvelles conquêtes de l’homme une France enfin réconciliée et sûre d’elle-même.
Mais il faut d’abord – et je vous le dis gravement – monsieur le Premier ministre, il faut d’abord que vous parliez ! (Vifs applaudissements sur les bancs de la fédération de la gauche démocrate et socialiste et du groupe communiste – Protestations sur les bancs de l’union des démocrates pour la Ve République).
« Je tâcherai d’être à la hauteur du destin tel qu’il m’a été donné » Georges Pompidou, Premier ministre, deuxième séance du 22 mai 1968.
Le Premier ministre répond aux violentes attaques de l’opposition, et notamment à celles de François Mitterrand et Edgard Pisani, dans le cadre de la discussion de la motion de censure. Bien que non parlementaire, le normalien Georges Pompidou, rompu aux joutes politiques depuis six ans, fait une démonstration de ses capacités rhétoriques. Au-delà d’une réponse à l’opposition, son discours poursuit des objectifs très divers, et il le fait avec une grande habileté. C’est d’abord une analyse des causes du désordre, qui sont minimisées et imputées aux excès de quelques meneurs, dans la plus pure tradition du conservatisme républicain. Il s’agit de rassurer la majorité et l’électorat gaullistes, en affirmant la fermeté gouvernementale face à la menace de l’anarchie. Mais c’est aussi une main tendue au mouvement social, et notamment à la CGT, qui apparaît déjà comme un allié objectif du Premier ministre, dans la perspective du retour à l’ordre social. Cette démarche d’ouverture aboutira le 27 mai aux accords de Grenelle, arbitrés par Georges Pompidou lui-même au ministère du Travail, et qui donneront un coup d’arrêt décisif à la dimension sociale de la révolte. C’est par ailleurs une volonté réformatrice clairement affirmée, notamment dans le domaine universitaire, et qui mènera un an plus tard à la loi Edgar Faure instaurant la « participation » dans l’enseignement supérieur. Enfin, et c’est sans doute l’enseignement politique majeur de ce discours, il faut y voir l’émergence d’un projet de société correspondant aux ambitions personnelles d’un homme : Georges Pompidou. S’il s’abrite en permanence sous l’ombre tutélaire du général de Gaulle, s’il se réfère aussi au soutien de sa majorité parlementaire, ce discours manifeste l’émergence d’un candidat à la succession présidentielle. « Tout est suspendu à Pompidou, note Alain Peyrefitte, alors ministre de l’Éducation Nationale. Aucun des ministres ne prend la parole, ni même de décision. Ils ne sont plus que des ombres portées. L’impression est profonde sur le grand public : un grand homme d’État a pris les choses en main. » À la façon dont il fustige l’ancienne société et prône des « réformes profondes », chacun sent bien que Georges Pompidou veut apparaître comme l’homme du recours. La formule-clé de ce discours, invoquant son « destin » politique, provoque non seulement des murmures dans l’opposition, mais elle sera à l’origine de bien des commentaires et des conversations. Face à un chef de l’État qui apparaît vieilli, usé, dépassé par la révolte de la jeunesse, il s’affirme comme un chef de gouvernement moderne, résolument tourné vers l’avenir. On sait que le général de Gaulle redeviendra le maître du jeu dès le 29 mai, après son étrange escapade à Baden-Baden. On sait aussi que l’autonomie dont a fait preuve Georges Pompidou lors de la crise lui coûtera son poste, le 10 juillet 1968, lorsqu’il sera remplacé par un proche du général, Maurice Couve de Murville. Mais, avec le recul de l’histoire, ce discours du 22 mai apparaît bien comme le début d’une marche vers le pouvoir, qui le conduira un an plus tard à la présidence de la République.
M Georges Pompidou, Premier ministre. Mesdames, messieurs, si les circonstances n’étaient pas ce qu’elles sont, je pourrais déplorer que l’essentiel du travail gouvernemental et parlementaire se soit passé, depuis un an, à discuter successivement six motions de censure. Je sais bien que ces circonstances sont très graves ; je dois tout de même rappeler que le dépôt de cette motion de censure avait été annoncé bien avant leur déclenchement.
Mais enfin, puisque le mot de censure est à l’ordre du jour, je veux relever certaines expressions employées depuis hier par certains orateurs de l’opposition, et en particulier la formule « la censure est dans la rue ».
Le Gouvernement ne peut dépendre, pour sa vie et pour son autorité, que du peuple et de ceux auxquels le peuple a donné les pouvoirs en vertu de la Constitution par un libre suffrage universel. Il ne serait pas imaginable qu’à la sanction du vote populaire on prétende substituer la sanction de mouvements, quels qu’ils soient, pour en faire un élément institutionnel ; en, disant cela, je suis fidèle à toutes les traditions républicaines. (Applaudissements sur les bancs de l’union des démocrates pour la Ve République et du groupe des républicains indépendants. - Interruptions sur les bancs de la fédération de la gauche démocrate et socialiste et du groupe communiste.)
Plusieurs députés de la fédération de la gauche démocrate et socialiste et du groupe communiste. Le 13 mai !
[23]
M. le président. Mes chers collègues, je vous invite une fois encore à faire un effort de discipline. Je vous en remercie tous par avance.
M. le Premier ministre. C’est donc de vous et de vous seuls, mesdames, messieurs, que dépend aujourd’hui le vote ou non de la censure contre le Gouvernement.
Avant d’évoquer les événements actuels, je voudrais très rapidement, mais avec une nostalgie que, j’en suis convaincu, je n’éprouve pas seul, rappeler la situation de la France il y a quelques semaines à peine.
L’Université rentrait des vacances traditionnelles de Pâques. Sans doute savait-on qu’à Nanterre un petit groupe s’agitait et troublait la vie de la faculté des lettres
[24], mais, dans l’ensemble, chacun paraissait penser à l’immédiat, c’est-à-dire à suivre ses cours, à préparer ses examens, à obtenir ses diplômes.
Dans le pays, la situation économique et sociale n’était certes pas idéale – elle ne l’est jamais – elle n’était certes pas très bonne – j’en conviens – mais, dans l’ensemble, les choses allaient en s’améliorant sensiblement. […]
Et puis voici que se sont produits un certain nombre d’événements et qu’à la suite d’une réaction en chaîne, une véritable vague s’est mise à déferler sur la France. (Interruptions sur les bancs de la fédération de la gauche démocrate et socialiste et du groupe communiste.)
M. André Tourné.
[25] Le vase était plein !
M. le Premier ministre. Je ne referai pas l’historique de ces événements depuis leur début, ayant eu l’occasion de les rappeler à cette tribune il y a huit jours, à une époque où nous étions simplement confrontés au problème universitaire.
Mais, au lendemain de la grande manifestation qui a marqué la journée du lundi 13 mai à Paris, sont apparus les indices d’un mouvement émanant, la plupart du temps, de jeunes travailleurs échappant, au départ, aux consignes syndicales et provoquant, de ci, de là, des incidents et des occupations d’usines.
[26]
En présence de ce mouvement, qui était en somme le résultat d’une contagion, la réaction des centrales syndicales, en particulier de la CGT, a été ce qu’on pouvait en attendre, c’est-à-dire qu’elles ont voulu à la fois reprendre le contrôle du mouvement, le diriger, et pour cela l’amplifier.
[27]
Les syndicats, notamment la CGT, ont donc étendu leurs consignes de grève et successivement les grands services publics, en particulier les transports, ont été touchés. Puis les grèves ont gagné l’activité privée. Généralement, d’ailleurs, c’est dans les services publics les plus étoffés, dans les entreprises industrielles les plus importantes, que le mouvement a pris d’abord sa plus grande ampleur, parce que c’est là que les organisations syndicales sont les plus puissantes et les mieux installées.
Ce mouvement s’est étendu dans les conditions que vous savez et, à l’heure actuelle, il a pratiquement paralysé une très grande partie de l’activité du pays.
Telle est la situation. Il convient d’abord que je dise un mot de l’attitude du Gouvernement jusqu’à ce jour et qu’ensuite, au regard de la situation actuelle, je parle de son attitude à venir.
Quelle a été l’attitude du Gouvernement jusqu’à ce jour ? J’ai déjà dit mardi dernier qu’à la suite des graves événements qui avaient marqué le quartier latin, nous avons voulu – et j’ai personnellement voulu – instaurer l’apaisement. […]
Je vais au plus pressé, qui est de permettre aux Français et spécialement aux Parisiens de vivre, et je le leur permettrai. (Vifs applaudissements sur les bancs de l’union des démocrates pour la Ve République et du groupe des républicains indépendants.)
Je vous donne ces informations pour montrer que nous n’avons pas été inactifs et que nous ne le sommes pas. (Exclamations sur les bancs de la fédération de la gauche démocrate et socialiste et du groupe communiste.)
Je le dis aussi pour vous avertir qu’il y a une ligne à ne dépasser (Exclamations sur les mêmes bancs), un point à partir duquel le Gouvernement ne saurait admettre que des revendications, si sincères, si légitimes fussent-elles, se traduisent par l’impossibilité, pour tous les Français, de vivre en sécurité et en paix, aujourd’hui et demain. (Vifs applaudissements sur bancs de l’union des démocrates pour la Ve République et de nombreux bancs du groupe des républicains indépendants.)
J’ajoute que ces décisions tendant à remettre sur pied l’essentiel de l’activité nationale nécessaire, nous les prenons sans aucun esprit de provocation et sans recherche d’aucun affrontement. Chaque fois que nous pouvons y parvenir en accord avec les intéressés et après discussion, nous l’acceptons. Mais lorsque nous ne pouvons pas obtenir, des piquets de grève par exemple, qu’ils comprennent les nécessités de la vie de la nation, alors nous faisons appel aux forces de l’ordre. Nous le faisons dans le calme, sans le moindre incident, mais fermement. (Applaudissements sur 1es bancs de l’union des démocrates pour la Ve République et de nombreux bancs du groupe des républicains indépendants.) […]
M. le Premier ministre. Tout ira mieux que vous ne le pensez. (Applaudissements sur les bancs de l’union des démocrates pour la Ve République et sur de nombreux bancs du groupe des républicains indépendants.)
Et surtout tout ira mieux que vous ne le souhaitez ! (Vifs applaudissements sur les mêmes bancs.)
M. Henri Deschamps.
[28] C’est un brevet d’auto-satisfaction !
M. le Premier ministre. Si le Gouvernement entend affirmer ici qu’il sent peser sur ses épaules les responsabilités mais qu’il est décidé à les assumer…
Un député de la fédération de la gauche démocrate et socialiste. Un peu tard !
M. le Premier ministre. … le Gouvernement entend aussi proclamer qu’il sait tirer la leçon des faits et qu’il est prêt…
Un député communiste.... à partir !
M. le Premier ministre. … pour cela. (Exclamations et interruptions sur les bancs de la fédération de la gauche démocrate et socialiste et du groupe communiste.)
Il va de soi que des événements de cette importance, même s’ils ont surgi soudainement, même s’ils ont surpris tout le monde, ne peuvent pas ne pas avoir des causes profondes ; et il va de soi qu’après de pareils événements, rien ne peut être tout à fait comme avant. (Applaudissements sur les bancs de l’union des démocrates pour la Ve République et du groupe des républicains indépendants.)
Il va de soi que lorsque des organisations syndicales, s’emparant des revendications des travailleurs, démontrent qu’elles sont suivies aussi largement et qu’elles sont en mesure de parler au nom d’une si grande part de la classe ouvrière, il n’y a pas de gouvernement qui puisse les ignorer. Et ce n’est pas le mien d’ailleurs qui les a jamais ignorées. (Applaudissements sur les bancs de l’union des démocrates pour la Ve République.)
Un député du groupe communiste. Et les ordonnances sur la sécurité sociale ?
M. le Premier ministre. Mais au jour où nous sommes, et constatant que certains faits se sont produits qui appellent une révision de nos conceptions, des décisions et un réaménagement de nos rapports, je suis prêt à convoquer toutes les organisations syndicales pour engager un dialogue.
[29] (Applaudissements sur les bancs de
l’union des démocrates pour la Ve République et du groupe des républicains indépendants.) […]
Au-delà de cet ensemble qui constitue le présent immédiat il y aura pour tous des leçons à tirer de ces événements, et le Gouvernement est parfaitement conscient que, lui aussi, doit en tirer.
Dans beaucoup de domaines, il s’agira simplement de poursuivre ou accélérer l’action entamée, il s’agira de veiller, avec plus de soin qu’hier encore, sur l’expansion qui a été évidemment compromise et qui ne peut qu’être compromise par cet arrêt de l’activité nationale.
Il s’agira partout où l’on a senti l’angoisse et la profondeur des préoccupations, pour rassurer ceux qui doivent l’être, d’accélérer les mesures qui étaient sur le point d’être prises ou qui auraient été prises. […]
Il est également certain qu’au-delà de cette accélération de l’action, il y aura des réformes profondes à envisager.
Mesdames, messieurs, je crois que ce n’est ni le lieu ni le moment de développer un vaste plan de réformes. (Exclamations sur les bancs de la fédération de la gauche démocrate et socialiste et du groupe communiste.)
Je tiens cependant à dire, sur quelques points essentiels, dans quelles voies nous pensons qu’il faudra s’engager demain.
Un député de la fédération de la
gauche démocrate et socialiste. Qui, nous
[30] ?
M. le Premier ministre. S’agissant de l’Université, par exemple, il va de soi – je l’ai dit mardi dernier – qu’un réforme énorme doit désormais être accomplie. (Murmures.) […]
Cette réforme de l’Université, elle est placée sous le signe de la participation. Car ce qu’il y a de plus profond dans les événements que nous venons de connaître, c’est le besoin la jeunesse de participer à l’élaboration de son propre destin.
M. Robert-André Vivien.
[31] Très bien !
M. le Premier ministre. Ce qui est frappant, c’est précisément que, dans notre peuple, se développe de plus en plus le besoin de participer.
Les vieilles structures ne suffisent plus, ne contentent plus, à la fois parce qu’elles sont routinières et sclérosées et parce qu’elles ont été conçues et réalisées à une époque qui n’était pas la nôtre.
Qu’il s’agisse du domaine économique, du domaine social, du domaine régional ou de tout autre secteur de l’activité nationale, c’est assurément dans la voie de la participation de tous les intéressés à la conception de la politique, à l’élaboration des décisions et à la mise en vigueur des décisions prises qu’il faudra entrer.
Aujourd’hui, mesdames, messieurs, j’indique une direction. Pour ma part, je suis prêt à m’y engager. Mais il va de soi que cela ne dépend pas seulement de moi. Cela dépend de tous les pouvoirs, de M. le Président de la République bien sûr, de l’Assemblée nationale elle-même, des élus, des responsables des activités économiques professionnelles, sociales ou autres. C’est dans une concertation générale de tous les intérêts qu’on trouvera la voie et l’issue. Cette concertation, les autorités de la République devront demain l’organiser dans tous les domaines, sous le contrôle des élus de la nation. Le Gouvernement, pour sa part, fera tout pour la faciliter. (Applaudissements sur les bancs de l’union des démocrates pour la Ve République.)
Mesdames, messieurs, avant de conclure, je me permettrai un petit mot personnel et, à ce propos, selon une chère habitude je citerai un poète :
Apollinaire a écrit :
« Je connais gens de toutes espèces,
« Ils n’égalent pas leur destin. »
[32]
Je voudrais assurer à l’Assemblée que, quelles que soient les responsabilités du jour, si lourdes soient-elles, je tâcherai d’être à la hauteur du destin tel qu’il m’a été donné. (Murmures sur les bancs de la fédération de la gauche démocrate et socialiste. – Applaudissements sur les bancs de l’union des démocrates pour la Ve République et sur quelques bancs des républicains indépendants.) […]
Si ce soir, la motion de censure était votée, elle mettrait en péril, vous le savez, l’existence du Gouvernement et de l’Assemblée. (Exclamations sur les bancs de la fédération de la gauche démocrate et socialiste et sur divers bancs du groupe communiste.)
Je ne dis pas cela pour exercer la moindre pression. (Nouvelles exclamations sur les mêmes bancs.)
Je le dis pour donner aux événements du jour leur véritable portée et leur véritable éclairage. Nous ne sommes pas en présence de difficultés dont on se délivre par un replâtrage gouvernemental. (Interruptions sur les bancs de la fédération de la gauche démocrate et socialiste et du groupe communiste.)
Ce qu’il faut, c’est un renouvellement dans les volontés et dans les méthodes…
Un député de la fédération de la gauche démocrate et socialiste. Et dans les hommes !
M. le Premier ministre. … qui ne pourra réussir que par des choix fondamentaux, clairement exprimés devant le pays.
Ce renouvellement, c’est au représentant qualifié et authentique de la nation tout entière, je veux dire au Président de la République, qu’il appartiendra de le promouvoir, parce qu’il est le chef de l’État, parce qu’il est le général de Gaulle, en faisant appel à tous les hommes de bonne volonté. (Applaudissements sur les bancs de l’union des démocrates pour la Ve République.)
Mais aujourd’hui, devant des périls qui menacent soudain ce que nous avons conquis, y compris notre dignité extérieure, ceux qui veulent construire et non détruire, ceux qui refusent le saut dans l’inconnu et qui répugnent à toutes les formes de totalitarisme, doivent s’unir pour éviter le pire.
Je ne demande aucun vote de confiance aveugle. Je demande seulement qu’on ne crée pas un vide dans l’État, à l’heure où la présence gouvernementale est essentielle, aussi bien pour arrêter la dégradation, que pour nouer les fils d’une solution raisonnable. À chacun de se prononcer, dans la conscience des lendemains. (Mmes et MM. les députés de l’union des démocrates pour la Ve République et de nombreux députés du groupe des républicains indépendants se lèvent et applaudissent longuement.
[1]
Annales de l’Assemblée nationale, Débats parlementaires, pp. 2031-2033.
[2]
François Mitterrand souligne la dimension internationale du mouvement, qui transcende les continents et les régimes. Du campus californien de Berkeley, d’où est partie la révolte étudiante, jusqu’aux barricades antistaliniennes du « printemps de Prague », en passant par Berlin ou Varsovie, c’est toute une génération qui se rebelle contre l’ordre établi, de part et d’autre du « rideau de fer ».
[3]
Georges Pompidou va en effet procéder à un important remaniement de son gouvernement, le 31 mai, écartant les ministres jugés défaillants dans la crise.
[4]
François Mitterrand s’inscrit ici dans la continuité de la « synthèse » réalisée au début du XX
e siècle par Jean Jaurès entre l’héritage de la Révolution française et celui du marxisme.
[5]
Il s’agit de nationaliser de nouveaux secteurs industriels.
[6]
Allusion aux accords signés entre le patronat et la CGT sous le Front populaire, à l’hôtel Matignon, résidence du Président du Conseil Léon Blum. Georges Pompidou va très habilement récupérer l’héritage, en arbitrant les accords de Grenelle, signés cinq jours après ce discours.
[7]
Allusion perfide à Charles de Rohan, prince de Soubise (1715-1787), et favori de Louis XV. Écrasé par les troupes prussiennes à Rossbach, le 5 novembre 1757, il fut jugé responsable de la défaite et devint la cible d’un célèbre pamphlet auquel François Mitterrand fait allusion : « Soubise dit, la lanterne à la main, J’ai beau chercher ! Où donc est mon armée ? Elle était là pourtant hier matin. Prodige heureux ! La voilà, la voilà ! Ciel ! Que mon âme est ravie ! Mais non, qu’est-ce donc que cela ? Ma foi, c’est l’armée ennemie. »
[8]
Alain Peyrefitte (1922-1999), député gaulliste de Seine-et-Marne de 1958 à 1963, de 1967 à 1973, en 1978 et de 1982 à 1993, secrétaire d’État à l’Information de 1962 à 1966, ministre de la Recherche de 1966 à 1967 et ministre de l’Éducation Nationale depuis avril 1967. Sa gestion maladroite de la crise de Mai 68 lui vaudra d’être remplacé le 31 mai par François-Xavier Ortoli.
[9]
Jean-Franck de Préaumont (1922- ), député gaulliste de la Seine (1961-1962), de Paris (1967-1986) et de l’Essonne (1986-1993). Il semble demander à François Mitterrand de retourner au Palais du Luxembourg, siège du Sénat.
[10]
Georges Gorse (1915-2002), député socialiste de Vendée de 1945 à 1951 puis député gaulliste des Hauts-de-Seine de 1967 à 1973 et de 1978 à 1997, secrétaire d’État aux Affaires étrangères de 1961 à 1962, ministre de l’Information depuis avril 1967. Débordé par la fronde de l’ORTF, il sera remplacé le 31 mai par Yves Guéna.
[11]
L’ORTF est en grève depuis plusieurs jours. Un grand nombre de journalistes seront ensuite licenciés.
[12]
Le président de l’Assemblée Nationale est Jacques Chaban-Delmas (1915-2000), député-maire de Bordeaux, grande figure du gaullisme mais aussi ami personnel de François Mitterrand.
[13]
Cette intervention de Georges Pompidou est à souligner. Elle marque à la fois sa volonté de calmer le jeu et d’affirmer son autorité sur ses ministres aux yeux de l’Assemblée.
[14]
Christian Fouchet (1911-1974), député de la Seine de 1951 à 1955, de Meurthe-et-Moselle en 1967 et de juin 1968 à 1974, ministre de l’Information d’avril à novembre 1962, ministre de l’Éducation nationale de novembre 1962 à avril 1967, ministre de l’Intérieur depuis 1967. Il sera remplacé le 31 mai par Raymond Marcellin.
[15]
André Malraux (1901-1976), ministre des Affaires culturelles depuis janvier 1959. Il gardera son portefeuille jusqu’en juin 1969.
[16]
La cinémathèque, le festival de Cannes (interrompu par les cinéastes en révolte) et le théâtre de l’Odéon (occupé le 15 mai) sont en mai 68 des hauts lieux de la contestation des artistes.
[17]
Allusion à la décoration de la francisque remise par le régime de Vichy à François Mitterrand en 1942, pour son rôle au Commissariat général aux prisonniers de guerre.
[18]
Le général De Gaulle demandera la dissolution de l’Assemblée nationale dans son allocution du 30 mai.
[19]
Pierre Cot (1895-1977), ancien ministre du Front populaire, ancien député radical de la Savoie de 1928 à 1942 puis de 1945 à 1958, est intervenu dans le débat en tant que député apparenté communiste (1967-1968).
[20]
Depuis les élections d’octobre 1964, la Grande-Bretagne est gouvernée par le travailliste Harold Wilson, mais il connaît lui aussi de graves difficultés sociales.
[21]
En Italie, le démocrate-chrétien Aldo Moro a réalisé « l’ouverture à gauche », intégrant des socialistes et des sociaux-démocrates dans ses gouvernements depuis 1963. Mais cette coalition gouvernementale est paralysée par ses divisions.
[22]
Jacques Marette (1922-1984), député gaulliste de la Seine de 1962 à 1963 puis de Paris de 1967 à 1984.
[23]
Allusion à la crise du 13 mai 1958, qui a entraîné le retour au pouvoir du général De Gaulle dans des circonstances très controversées.
[24]
Allusion au mouvement nanterrois dit du 22 mars, animé notamment par Daniel Cohn-Bendit.
[25]
André Tourné (1915-2001), député communiste des Pyrénées-Orientales de 1946 à 1958, 1962 à 1968 et de 1973 à 1986.
[26]
Les occupations ont commencé spontanément le 14 mai à l’usine Sud-Aviation de Nantes puis sur les sites Renault de Cléon, Flins et Billancourt.
[27]
Lorsque les étudiants parisiens ont voulu se joindre aux grévistes de Billancourt, ces derniers ne les ont pas laissé entrer, la CGT refusant toute « ingérence extérieure dans le mouvement ouvrier. »
[28]
Henri Deschamps (1909-1987), député FGDS de la Gironde de 1967 à 1968 et socialiste de 1973 à 1981.
[29]
C’est l’annonce des entretiens de Grenelle, qui auront lieu trois jours plus tard.
[30]
Ce député met ici l’accent sur la volonté d’autonomie affichée par Georges Pompidou vis-à-vis du général de Gaulle.
[31]
Robert-André Vivien (1923-1995), député gaulliste du Val-de-Marne de 1967 à 1969 et de 1973 à 1995.
[32]
Rappelons que Georges Pompidou est l’auteur d’une
Anthologie de la poésie française, publiée précisément en 1968.