Accueil Discipline (Histoire) Revue Numéro Article

Parlement[s], Revue d'histoire politique

2010/1 (n° 13)



Article précédent Pages 117 - 129 Article suivant
1

Cette femme qui pousse son caddie nous est familière : de telles silhouettes anonymes traversent les décors urbains de nombreuses fictions américaines. Enrique Guerrero l’a photographiée* [2]  Les astérisques signalent les images dont une reproduction... [2] le 20 août 2008 à Little Saigon, un quartier modeste de San Francisco. En tournant la tête, cette femme guide notre regard vers les affiches collées à l’arrière-plan. Sa condition sociale alimente les interrogations sur la réaction que provoquent peut-être chez elle ces affiches, véritable objet de cette image.

2

Ce portrait, répété dans des coloris différents, mesure environ 3,6 m sur 2,4 m. Un homme nous regarde et sourit discrètement, dans la tradition de l’affiche politique américaine depuis les années 1950 [3]  Steven A. Seidman, Posters, Propaganda, and Persuasion... [3] . Mais le portrait n’est accompagné d’aucune indication textuelle. À cette date, la campagne présidentielle occupe les esprits depuis plusieurs mois et les primaires ont désigné les candidats qui s’affronteront en novembre : le Républicain John McCain et le Démocrate Barack Obama. Cette affiche mêle le visage d’Obama à celui d’Abraham Lincoln, illustre président américain (1860-1865). Est-ce un hybride ? Plutôt une greffe du visage d’Obama – les yeux, le nez, les lèvres et le pli nasolabial – sur le patient Lincoln ; une cicatrice due à l’opération est visible au sommet du nez.

3

Ron English, l’auteur de l’affiche, présente l’image dont il a extrait le greffon : la couverture de Time du 23 octobre 2006* [4]  Ron English interrogé par Emmanuel Tambakakis, « Two... [4] . C’est la première Une de magazine consacrée à Obama [5]  Cf. cette collection de couvertures : http://www.r... [5] , sénateur de 45 ans qui émerge dans la vie politique américaine. Cette photographie de Platon le présente en gros plan, souriant. Paradoxalement, il n’est pas si difficile de trouver l’image utilisée pour Lincoln*. C’est l’un des 119 clichés de lui qui sont arrivés jusqu’à nous, le seul où il apparaisse exactement de face. Il a été pris par Alexandre Gardner le 8 novembre 1863 [6]  Charles Hamilton and Lloyd Ostendorf, Lincoln in photographs.... [6] . Lincoln a 54 ans mais semble plus âgé : on le surnomme « Old Abe » depuis 15 ans [7]  Bernard Vincent, Lincoln. L’homme qui sauva les États-Unis,... [7] . Heureux hasard, les traits des deux hommes sont singulièrement similaires, ce qui facilite grandement la greffe [8]  Abraham Obama. A Guerilla Tour Through Art and Politics,... [8] .

4

L’affiche existe en 11 modèles combinant 10 couleurs pour former deux dégradés inversés, du bleu au violet ; l’image centrale est seulement colorée en jaune, choisi par l’équipe d’Obama pour symboliser l’espoir [9]  Selon English, idem, p. 3. Série complète reproduite... [9] . La photo reproduite en couverture montre le centre d’un ensemble de six affiches* ; il existe un ensemble de 10 à Boston*. La version en noir et blanc* mêle dans un dégradé de gris le teint mat de Lincoln et la peau sombre d’Obama, l’œil gris de l’un et l’iris marron clair de l’autre [10]  Lincoln se décrivit ainsi : « teint mat, cheveux noirs... [10] . La juxtaposition de tirages colorisés forme un arc-en-ciel qui résout et dépasse, sur le plan esthétique, la question politique de la couleur de peau.

5

Un tel ensemble de portraits colorés évoque nécessairement ceux réalisés par Andy Warhol à partir de 1962. Sur un fond préparé, celui-ci transfère les traits d’un visage copiés par un cadre sérigraphique à partir d’un cliché en noir et blanc. Il immortalise ainsi des célébrités comme Jackie Kennedy*, Liz Taylor ou Marylin Monroe* [11]  Andy Warhol. Rétrospective, Paris, Éditions du Centre... [11] . Ce type de compositions s’est progressivement ancré dans la culture visuelle contemporaine. De nombreux artistes s’en sont inspirés, tel Peter Max, qui multiplie les portraits de John Lindsay sur une affiche* qui promeut sa réélection à la mairie de New York en 1969 [12]  Gary Yanker, Prop Art. Plus de 1000 posters d’actualité... [12] . De simples applications permettent désormais aux particuliers de produire en quelques clics leur propre série d’images façon Warhol. English assume d’ailleurs le « Warholian pop style » [13]  Abraham Obama, op. cit., p. 3. [13] de ses affiches. Mais lui lie les deux visages en réalisant une peinture à l’huile ; le numérique intervient ensuite, pour produire une affiche en noir et blanc puis en colorer différentes versions [14]  “Interview with Ron English”, The Obama Art Report,... [14] .

6

Warhol utilise indifféremment photos de presse, couvertures de magazines et tirages promotionnels. Plus généralement, le pop art recycle les images produites par la société contemporaine. English en est un héritier direct. Certaines de ses œuvres s’inspirent de toiles célèbres, qu’il remplace les apôtres de la Cène de Vinci par les mascottes des boîtes de céréales ou les seins d’une Marylin de Warhol par des têtes de Mickey*. L’essentiel de son travail porte sur les icônes de la consommation américaine ; en bon culture jammer [15]  Sur ce courant, voir Mark Dery, “Culture Jamming: Hacking,... [15] , il en subvertit l’image et le message. Il s’est d’abord fait connaître par ses détournements de panneaux publicitaires, au détriment de grandes compagnies comme Coca-Cola, Apple ou Camel. Le documentaire de Morgan Spurlok Super Size Me (2004) lui donne l’occasion de créer un Ronald McDonald obèse*. Lui-même se définit comme un agit-pop artist, façon d’insister sur la dimension politique de son travail, et comme un street artist, dont le terrain d’expression privilégié est la rue [16]  Cf. la sélection de réalisations sur son site : ht... [16] . Il détourne aussi des slogans familiers pour dénoncer la guerre en Irak, la dépendance au pétrole, etc. et on lui doit quelques affiches hostiles à George W. Bush puis à McCain*. Mais Abraham Obama relève d’une logique inverse. Cette fois English cherche à diffuser un message positif, comme lorsque Warhol produisit des impressions destinées à financer les campagnes des Démocrates George McGovern* (1972), Jimmy Carter (1976), et Ted Kennedy (primaires de 1980) [17]  Frayda Feldman et Jörg Schellmann, Andy Warhol Prints.... [17] . Cela explique le changement de style : en quête d’une belle image, English privilégie la simplicité au kitsch, la fidélité à la caricature, l’harmonie aux couleurs dissonantes.

7

C’est qu’il s’agit de répondre, sinon à une commande, du moins à une proposition de Matt Revelli, fondateur de la galerie-boutique-site Internet Upper Playground, où l’on vend des vêtements dessinés par des graphistes. À partir de février 2008, Revelli commande à neuf artistes des œuvres destinées à soutenir la candidature d’Obama [18]  Steven A. Seidman, “The Obama Posters Explosion”, Selected... [18] , alors en pleine bataille des primaires contre Hillary Clinton. Celle-ci l’accuse de manquer d’expérience ; English considère pour sa part qu’il en a autant que Lincoln lorsqu’il fut candidat à la présidence. Puis les parallèles s’accumulent, d’autant que l’artiste, pour avoir grandi dans l’Illinois, connaît bien la vie du 16e président des États-Unis [19]  Ron English interrogé par Emmanuel Tambakakis, reportage... [19] . Il rassemble de nombreux documents, dans l’idée de les assembler, quand un membre de son équipe lui demande pourquoi il ne réaliserait pas une image unique [20]  Ibidem. [20] . La ressemblance aidant, Abraham Obama est né.

8

Or ce rapprochement de Lincoln et Obama n’a rien d’hasardeux [21]  Voir la contribution d’Anne Deysine, « Obama, homme... [21] .

9

Membre du Sénat de l’Illinois depuis 8 ans, comme Lincoln avant lui, Obama est candidat au Sénat des États-Unis en 2004. Il est invité par l’équipe de John Kerry à présenter le discours-programme de la Convention démocrate en août et prononce une intervention remarquée sur « l’audace d’espérer » qui lui vaut d’être propulsé sur le devant de la scène publique [22]  Barack Obama, L’Audace d’espérer. Une nouvelle conception... [22] . En novembre, alors que Kerry est battu par Bush, Obama est élu au Sénat, où il n’est que le cinquième Africain-Américain à siéger depuis 1865, ce qui suscite l’intérêt des médias nationaux.

10

C’est à ce jeune sénateur que la rédaction de Time commande un article pour un numéro spécial de 2005 consacré à Lincoln. C’est le premier hommage du genre qu’on ait trouvé sous sa plume et il semble utile de s’attarder sur ce qu’il retient du parcours, de l’action et du caractère du « plus grand président de la nation » [23]  Barack Obama, « What I See in Lincoln’s Eyes », 26/06/2005,... [23] américaine. Il reprend en fait l’essentiel des cinq figures qui, selon Merrill Peterson, ont porté la mémoire de Lincoln depuis son assassinat en avril 1865 : « le Sauveur de l’Union, le Grand Émancipateur, l’Homme du Peuple, le Premier Américain, l’Homme qui s’est fait tout seul » [24]  Merrill D. Peterson, Lincoln in American memory, New... [24] .

11

Le 16e président a mené la Guerre de Sécession contre les États confédérés, avec la préoccupation permanente de maintenir l’Union. Obama note qu’il a gouverné « une maison divisée », sans jamais diaboliser l’adversaire ; lui-même place au cœur de son analyse la nécessité de faire prévaloir l’unité du pays sur ses divisions politiques, sociales, raciales ou religieuses [25]  L’Audace d’espérer, op. cit., pp. 16-17, 59-77, etc.,... [25] . Lincoln a proclamé l’émancipation des esclaves en 1862, consolidée par l’adoption des XIIIe, XIVe et XVe amendements à la Constitution en 1865, 1868 et 1870. En tant que juriste spécialiste des droits civiques et Africain-Américain, Obama explique qu’il ne peut pleinement lui reconnaître le statut de Great Emancipator. Mais ce bémol alimente l’admiration pour un homme – avec ses défauts – plus que pour une icône. Et il considère qu’avoir été élu au Sénat, là où Lincoln échoua, n’a été possible que grâce au combat de ce dernier. L’idée que Lincoln fut le premier des Américains se fonde sur son caractère et son itinéraire – homme du Nord, né au Sud, grandi dans les plaines de l’Ouest –, qui feraient de lui un archétype. Obama y souscrit, un peu rhétoriquement, en estimant que chacun de ses compatriotes a hérité d’une partie de son comportement, au fondement de l’« American character ». Peterson explique que Lincoln est considéré à double titre comme l’homme du peuple : il a grandi dans une maison modeste et a vécu de sa force de travail ; son souci constant de la démocratie, y compris au cours de la guerre, s’exprime avec netteté dans le discours de Gettysburg, où il décrit la démocratie comme le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. Obama raconte que ses pas l’amènent souvent au Lincoln Memorial, où il lit, gravé dans la pierre, ce court discours qu’on apprend toujours dans les écoles américaines [26]  L’Audace d’espérer, op. cit., p. 365. [26] . Enfin, Lincoln est le modèle du self-made-man. Malgré une scolarité brève, il est devenu avocat, puis représentant de l’Illinois, et a finalement été élu président des États-Unis. Obama y voit un modèle de réussite par soi-même et un goût de l’initiative qui rend accessibles bien des rêves. Il y reconnaît son propre itinéraire, ce qui conduit certains de ses opposants à l’accuser de se comparer à Lincoln [27]  Idem, pp. 129-130. [27] .

12

Obama multiplie les occasions de rendre hommage au plus illustre des habitants de l’Illinois. En février 2007, il prononce son discours de candidature depuis les marches du Old State Capitol de Springfield où siégea Lincoln [28]  http://www.cbsnews.com/stories/2007/02/10/politics... [28] . En janvier 2008, alors qu’on lui demande quel livre lui semble indispensable dans le bureau ovale, il cite une étude sur l’entourage hétérogène de Lincoln à la Maison blanche [29]  Doris Kearns Goodwin, Team of Rivals: The Political... [29] . Élu, il poursuit ce culte civique. Au soir de la victoire, il appuie sa volonté de dépasser les clivages partisans sur un extrait du premier discours d’investiture de Lincoln [30]  Evan Thomas et Richard Wolffe, “Obama’s Lincoln”, 15/11/2008,... [30] . Puis, comme ce dernier, le jeune élu relie en train Chicago à Washington, où il prête serment sur une bible ayant appartenu à son prédécesseur. Le thème officiel des cérémonies d’investiture, « A new birth of freedom », est extrait du discours de Gettysburg. En janvier 2009, le bicentenaire de la naissance d’Old Abe lui offre de rendre un nouvel hommage, tandis que le porte-parole de la Maison blanche nie toute volonté de comparaison [31]  Johanna Neuman, “Barack Obama and the Abraham Lincoln... [31] .

13

Se référer à Lincoln est aussi un gage d’œcuménisme. Au jeu hasardeux des classements, en 2006, des historiens américains l’ont classé en tête des Américains les plus influents de l’histoire [32]  “They Made America”, The Atlantic, déc. 2006, http... [32] , peut-être sous l’influence des 16 000 ouvrages qui lui ont été consacrés [33]  Décompte de 1991 cité par Merrill D. Peterson, op. cit.,... [33] .

14

Mais ce tropisme marque une rupture. Si Lincoln a été célébré par les Républicains dès sa mort, les Démocrates ont attendu le début du XXe siècle pour l’intégrer à leur panthéon, jusqu’à contester aux Républicains son héritage dans les années 1930 [34]  Merrill D. Peterson, op. cit., pp. 158, 235. [34] . À partir des années 1960, sous l’effet d’un moindre intérêt des présidents et d’un mouvement des droits civiques qui éloigne les Africains-Américains de son culte, son souvenir décline dans la mémoire collective [35]  Idem, pp. 326, 348, 379-390. [35] . Avoir raison avec Lincoln est passé de mode ; la présence de son buste en arrière-plan des interventions présidentielles télévisées [36]  Harold Holzer et Gabor Boritt, « Epilogue: Lincoln... [36] paraît un peu formelle. Obama a peut-être contribué, avant même le regain du bicentenaire [37]  Michael E. Ruane, « A Curious-Looking Hero Still Mesmerizes... [37] , à raviver la mémoire du grand homme.

15

Les références d’Obama à Lincoln ont sans doute inspiré l’affiche d’English. Celui-ci a d’abord expliqué qu’il voulait provoquer des conversations sur la candidature d’Obama et qu’il laissait à chacun le soin d’interpréter cette image [38]  “Interview with Ron English”, The Obama Art Report,... [38] . Rétrospectivement, il se félicite d’avoir associé un Républicain et un Démocrate, signe d’une unité possible, et privilégie la filiation à la comparaison : « Obama remplit la promesse de Lincoln » [39]  Abraham Obama, op. cit., p. 1, traduction de l’aut... [39] .

16

Mais l’auteur livre une affiche sans texte, sans mode d’emploi. À première vue, fusionner ces deux visages revient à comparer les deux hommes, et donc à attribuer au cadet les mérites de son ainé. Sur le modèle publicitaire, on associe un candidat à un objet, un symbole, voire une autre personnalité, pour que les qualités du second rejaillissent sur le premier. Les candidats américains ne s’en sont pas privés [40]  Steven A. Seidman, Posters, Propaganda, and Persuasion,... [40] . Ainsi Washington et Lincoln incarnent respectivement la liberté et la justice, de part et d’autre de Roosevelt, sur une affiche de 1944. En 1964, le portrait de Johnson apparaît à la suite de ceux de Roosevelt, Truman et Kennedy pour signaler la filiation [41]  Idem, pp. 66, 77-78 ; pp. 238-239 pour des cas d’appariement... [41] . Pour Steven Seidman, le mélange de deux visages est en revanche inédit sur une affiche [42]  Steven A. Seidman, “The Obama Posters Explosion”, art.... [42] . Nous avons trouvé deux illustrations, postérieures, dans la presse : en juin 2008, Stephen Kroninger colle une barbe et le costume de Lincoln sur le visage d’Obama, dans Time [43]  Illustration de l’article de Joe Klein, « Obama’s Team... [43]  ; Obama revêt la perruque et les vêtements de Washington en couverture du New Yorker le 26 janvier 2009*. Dans les deux cas, Obama est plus déguisé que fondu avec un autre, comme lorsqu’en 2009 des Chinois l’habillent en costume Mao* à l’occasion d’une visite officielle [44]  « Une journaliste de CNN arrêtée pour avoir filmé un... [44] ou que le mouvement extrémiste de Lyndon LaRouche l’affuble des moustaches d’Hitler* [45]  Damien Leloup, « Obama, Hitler et la loi de Godwin »,... [45] .

17

Abraham Obama s’inscrit dans une série d’images qui s’approprient la dimension providentielle que l’équipe d’Obama promeut dès 2007 autour du mot-slogan « espoir ».

18

Fin 2007, le publicitaire Yosi Sergant propose au graphiste Shepard Fairey [46]  Créateur d’Obey the Giant. Cf. le site de l’artiste... [46] de réaliser une affiche pour soutenir Obama dans les primaires. L’affiche Progress* est diffusée en janvier. L’équipe du candidat souhaitant promouvoir l’espoir [47]  Ben Arnon, « How the Obama “Hope” Poster Reached a... [47] , elle devient Hope*. Fairey y insère le logo officiel et elle commence à circuler en vue du Super Thusday, le 5 février. D’aucuns y voient l’inspiration formelle du réalisme socialiste ; on ne peut nier que l’artiste s’inspire fréquemment de la propagande du XXe siècle [48]  Voir cet aperçu convaincant, en images, quoi qu’on... [48] .

19

D’autres artistes s’inscrivent plus directement dans la culture populaire. Mr. Brainwash habille le candidat en Superman, torse bombé, le regard fixé vers l’horizon, sur fond de drapeau américain*. Alex Ross, célèbre dessinateur de comics, dessine un Obama hyperréaliste qui ouvre sa chemise sur un costume signé du « O » d’Obama* [49]  Steven A. Seidman, “The Obama Posters Explosion”, art.... [49] . Là où un Français verrait de l’ironie, les auteurs visent une lecture empathique dans un pays où la culture comics est profondément ancrée. Obama lui-même pose avec bonne humeur devant la statue géante de Superman érigée à Metropolis (Illinois) en 1997 [50]  Barack Obama, L’Audace d’espérer, op. cit., p. 58. [50] puis en août 2006* ; l’image est largement diffusée, par des sympathisants comme des opposants.

20

Daniel Sturgeon signale deux blogs qui recensent dès 2007 les allusions plus ou moins transparentes au messianisme supposé du candidat : l’ironique Obama Messiah Watch (Observatoire du Messie Obama) et le plus militant Obamamessiah, qui rassemble toiles et photographies où Obama apparaît dans un halo de lumière ou ceint d’une auréole [51]  Daniel Sturgeon, « Obama, le champion de l’organisation »,... [51] . En août 2008, un spot négatif de McCain moque l’immodestie de The One [52]  http://www.youtube.com/watch?v=mopkn0lPzM8. [52]  en le comparant à Moïse séparant les flots de la mer Rouge sous les traits de Charlton Heston dans les Dix commandements.

21

Quinze jours avant l’élection, Obama plaisante lui-même sur ses prétendus supers-pouvoirs lors du Al Smith Dinner, dîner de charité où les candidats à la présidentielle font traditionnellement assaut d’humour et d’autodérision. Il explique : « Contrairement à ce qu’on dit, je ne suis pas né dans une étable. Je suis en réalité né sur Krypton et j’ai été envoyé ici par mon père Jor-El pour sauver la Terre. » [53]  Retranscription complète des interventions des deux... [53] La double référence à Superman est assurément explicite pour l’auditoire. Outre l’autodérision, peut-être Obama essaie-t-il de déplacer la critique du champ religieux – électoralement sensible – à l’univers plus consensuel des comics, dont il est lui-même familier. Il a collectionné les aventures de Spiderman, ce qui lui vaut d’apparaître en janvier 2009 en couverture de The Amazing Spider-Man* ; en pages intérieures, l’homme-araignée le protège d’un complot le jour de l’investiture. En juin encore, le bienveillant clip d’animation He’s Barack Obama [54]  Du studio JibJab : http://sendables.jibjab.com/ori... [54] , diffusé lors d’un gala auquel assiste le président, montre un sauveur du monde vêtu d’un costume rouge et bleu frappé de son logo de campagne*.

22

Ces affiches d’Obama contribuent à l’« Obama poster explosion » décrite par Seidman [55]  Steven A. Seidman, “The Obama Posters Explosion”, art.... [55] , sans équivalent depuis la présidentielle de 1972, au cours de laquelle les partis commandèrent des visuels destinés à séduire les jeunes électeurs* [56]  Steven A. Seidman, Posters, Propaganda, and Persuasion,... [56] . Depuis, le style s’est assagi. Le matériel diffusé par le site de campagne d’Obama témoigne d’un style conventionnel et illustre le développement des logos, dépourvus de portraits, voir de slogans* [57]  Idem, pp.73-99, 241-243. [57] .

23

Au même titre que les nombreuses images réalisées par des amateurs, les affiches des artistes indépendants sont moins formatées [58]  Plusieurs sites et publications recensent ces œuvres... [58] . Plus d’une insiste sur la dimension providentielle, voire messianique, de la candidature d’Obama pour certains Américains. En outre, cette profusion fait système : les nombreux artistes, plutôt jeunes, non conventionnels, qui soutiennent Obama contribuent à promouvoir l’image d’une campagne et d’un candidat qui reçoivent un authentique soutien populaire et sortent des sentiers balisés de la politique.

24

L’affiche Hope devient assez vite emblématique de cette campagne ; elle inspire visiblement d’autres artistes. La reconnaissance est telle que Fairey réalise en décembre la couverture de Time qui consacre Obama homme de l’année 2008* ; son affiche originale rejoint en janvier 2009 la National Portrait Gallery de Washington. Outre ses qualités formelles, le mode de diffusion a dû beaucoup compter. L’artiste s’inspire des méthodes qui lui ont permis de répandre Obey, son image fétiche, à travers le monde. La diffusion virale est fondée sur la distribution gratuite de nombreuses reproductions et de fichiers à imprimer soi-même [59]  Rick Pyonor, « guérillas mémétiques » (1999), dans... [59] . Les premières ventes financent de nombreux retirages, au point que Fairey estime avoir tiré 200 000 affiches et 500 000 autocollants de Hope [60]  Ben Arnon, “How the Obama “Hope” Poster […]”, art.... [60] , envoyés à travers tout le pays.

Sur Upper Playground, qui vend à partir de février 2008 des T-shirts Hope au bénéfice du candidat démocrate, les 200 exemplaires en noir et blanc d’Abraham Obama sont vendus en quelques jours, début juin, alors qu’Obama vient de remporter les primaires. English organise le 2 juillet un collage spectaculaire à Boston. Les exemplaires distribués au cours du vernissage se retrouvent un peu partout sur les murs de la ville [61]  John C. Drake, « Street artist inspires too much enthusiasm”,... [61]  : la polémique donne une visibilité nationale à son affiche. L’artiste décide alors d’organiser une tournée pour coller sur des murs réservés à Los Angeles, San Francisco, Seattle et Colorado Springs [62]  Abraham Obama, op. cit., : l’album est particulièrement... [62] , en passant par la convention démocrate de Denver où une exposition* regroupe de nombreuses œuvres.

Abraham Obama est sans doute après Hope l’affiche la plus fameuse de la campagne. Elle a accru la renommée d’English, qui produit un film et un livre consacrés à la tournée, diverses versions de l’affiche et une série de bustes*. En France, elle illustre un article de Libération en novembre 2008 [63]  Laureen Ortiz, « Dans la banlieue de Los Angeles, on... [63]  ; elle apparaît sur une décoration de Noël de la Maison Blanche en 2009.

Reste à savoir ce que l’Américain de la rue lit de cette image complexe et s’il identifie ses héros.

Il est probable que le passant reconnaisse un visage plus qu’un portrait particulier. C’est certain pour Obama, photographié sous tous les angles : on aurait difficilement retrouvé le cliché original sans les indications de l’artiste [64]  D’où les nombreuses spéculations* sur la photo utilisée... [64] . C’est probable pour Lincoln, dont seuls 66 clichés montrent la barbe, attribut qu’il a fait pousser entre son élection et l’investiture en mars 1861 [65]  Charles Hamilton et Lloyd Ostendorf, op. cit., pp. IX-X... [65] . Mais c’est le portrait barbu qui s’est le mieux fixé dans la mémoire collective. Il apparaît ainsi sur la monumentale statue* qui trône au cœur du Lincoln Memorial, inauguré en 1922 à l’extrémité ouest du National Mall à Washington et devenu un haut lieu de la vie politique américaine*. Son visage, taillé dans les flancs du Mont Rushmore*, est inauguré en 1937. Encore aujourd’hui, ses sosies copient la tenue, le haut-de-forme et la barbe* [66]  Joshua Wolf Shenk, “Being Abe Lincoln”, The Atlantic,... [66] , alors que la production artistique récente est plus diversifiée [67]  Harold Holzer et Gabor Boritt, « Epilogue […] », op. cit.,... [67] . Outre les reproductions des monuments et des portraits dans les livres et les manuels scolaires, c’est sans doute le portefeuille des américains qui a le plus diffusé son image. Elle apparaît sur des timbres depuis sa mort*, sur les pièces d’un penny* depuis le centenaire de sa naissance en 1909 – 250 milliards d’exemplaires en ont été fondus en 80 ans [68]  Merrill D. Peterson, op. cit., p. 182. [68] –, et sur les billets de cinq dollars* depuis le début du XXe siècle.

Quand bien même ses traits ont disparu d’Abraham Obama, sa tenue et surtout sa barbe le rendent probablement reconnaissable de l’Américain moyen. En revanche, il est plus difficile d’identifier Obama, ses yeux, son nez et sa bouche n’ayant pas de particularités significatives. Et le jeu de couleurs masque le teint de sa peau, principal trait distinctif pour bien des regards [69]  W.J.T. Mitchell, « Obama as Icon”, Journal of Visual... [69] . Le contexte électoral et la présence d’autres affiches facilitent sans doute la lecture. Les commentaires des Internautes sur flickr montrent que Lincoln est plus aisément identifié qu’Obama. L’absence de titre visible contribue à cette indétermination.

Quoi qu’il en soit, à rebours de la définition originale de l’icône, ce n’est pas une image en particulier mais les visages et les traits de Lincoln et d’Obama qui ont un pouvoir iconique. Rien ne permet en revanche de dire si une lecture de cet appariement domine.

Cette greffe, probablement inédite dans le champ politique américain, est assurément une réussite esthétique, quoi que les attributs de Lincoln phagocytent un peu les traits d’Obama. Au niveau symbolique, il faudrait en revanche retourner l’expression. Au vu du “poids” respectif des deux personnages, largement favorable à l’ainé, la greffe est inversée : c’est à Obama qu’on a greffé les attributs de Lincoln. Tout se passe comme si le nouveau président investissait l’habit et la parole de Lincoln, de lui-même et dans le regard de certains Américains. L’image est en outre un succès populaire si on s’en tient à sa diffusion sur de nombreux supports, réels et virtuels.

Mais le succès de la campagne visuelle inédite de 2008 tient d’abord à l’espoir qu’a suscité la candidature d’Obama, chez les artistes qui l’ont soutenu avec leurs créations et chez les Américains qui l’ont soutenu financièrement et en diffusant ces images. La pérennité d’Abraham Obama dépend de la réussite du président élu.

Nous ne manquons pas en France de prétendants au titre d’homme ou de femme providentiel. Mais tout le monde ne peut être la bonne personne au bon moment [70]  Cf. la tentative de « mythographie comparée » entre... [70] . Rien n’est possible sans un soutien populaire, ferment d’un possible renouveau de l’imagerie politique si les artistes s’en mêlent. En 2012 ?

Notes

[1]

Présentation de la photographie reproduite en couverture de ce numéro. Nous remercions Ron English, l’auteur de l’affiche, et Enrique Guerrero, l’auteur du cliché, de nous avoir cédé leurs droits pour la présente publication.

[2]

Les astérisques signalent les images dont une reproduction est proposée au lecteur sur flickr : http://www.flickr.com/photos/alexandreborrell/galleries/72157623284279231/. La sélection dépend des images disponibles sur le site, de leur indexation et des talents du photographe. Cette solution permet néanmoins de confronter de nombreuses images dont la conservation est raisonnablement pérenne et à une adresse stable. Sa plus-value me semble suffisante pour préférer cette solution aux références bibliographiques traditionnelles.

[3]

Steven A. Seidman, Posters, Propaganda, and Persuasion in Election Campaigns Around the World and Through History, New York, Peter Lang Publishing, 2008, p. 239.

[4]

Ron English interrogé par Emmanuel Tambakakis, « Two faces, on man », CNN, 11/02/2009 (http://www.cnn.com/video/#/video/living/2009/02/11/lif.abraham.obama.cnn).

[5]

Cf. cette collection de couvertures : http://www.reobama.com/MagazinesUS.htm.

[6]

Charles Hamilton and Lloyd Ostendorf, Lincoln in photographs. An Album of Every Known Pose, Norman, University of Oklahoma Press, 1963, pp. IX et 144.

[7]

Bernard Vincent, Lincoln. L’homme qui sauva les États-Unis, Paris, L’Archipel, 2009, p. 111.

[8]

Abraham Obama. A Guerilla Tour Through Art and Politics, éd. par Don Goede et Ron English, San Francisco et Colorado Springs, Last Gasp et Smokemuse, 2010, p. 2.

[9]

Selon English, idem, p. 3. Série complète reproduite p. 39.

[10]

Lincoln se décrivit ainsi : « teint mat, cheveux noirs et drus, yeux gris », The Collected Works of Abraham Lincoln, vol. 3, p. 511, traduit par Bernard Vincent, op. cit., p. 25.

[11]

Andy Warhol. Rétrospective, Paris, Éditions du Centre Pompidou, 1990 (1989), pp. 63-78 pour la technique, pp. 205-248 pour les reproductions.

[12]

Gary Yanker, Prop Art. Plus de 1000 posters d’actualité politique, Paris, Éditions Planète, 1972, p. 95. L’album présente une sélection mondiale pour la période 1967-1971.

[13]

Abraham Obama, op. cit., p. 3.

[14]

“Interview with Ron English”, The Obama Art Report, 21/07/2008 (http://obamaartreport.com/2008/07/21/ten-questions-with-ron-english/).

[15]

Sur ce courant, voir Mark Dery, “Culture Jamming: Hacking, Slashing and Sniping in the Empire of Signs”, Open Magazine Pamphlet Series, n°25, 1993

(http://www.markdery.com/culture_jamming.html).

[16]

Cf. la sélection de réalisations sur son site : http://www.popaganda.com.

[17]

Frayda Feldman et Jörg Schellmann, Andy Warhol Prints. A Catalogue raisonné 1962-1987, New York, DAP, 4e édition revue et augmentée, 2003, pp. 80, 94 et 115.

[18]

Steven A. Seidman, “The Obama Posters Explosion”, Selected Readings of the 2009 International Visual Literacy Association Annual Conference, dir. par R. E. Griffin, M. D. Avgerinou, P. Search & S. Chandler, Loretto, IVLA, 2010, sous presse, p. 3/10, avec l’aimable autorisation de l’auteur.

[19]

Ron English interrogé par Emmanuel Tambakakis, reportage cité.

[20]

Ibidem.

[21]

Voir la contribution d’Anne Deysine, « Obama, homme providentiel ? », supra, pp. 87-102.

[22]

Barack Obama, L’Audace d’espérer. Une nouvelle conception de la politique américaine, Paris, Presses de la Cité, 2007 (2006), pp. 358-363.

[23]

Barack Obama, « What I See in Lincoln’s Eyes », 26/06/2005, édition américaine de Time, 04/07/2005, traduction de l’auteur (http://www.time.com/time/magazine/article/0,9171,1077287,00.html).

[24]

Merrill D. Peterson, Lincoln in American memory, New York, Oxford University Press, 1994, p. 27, traduction de l’auteur. Sauf indication contraire, les lignes qui suivent confrontent l’article d’Obama précité aux analyses de Peterson, pp. 27-35.

[25]

L’Audace d’espérer, op. cit., pp. 16-17, 59-77, etc., et dans de nombreux discours.

[26]

L’Audace d’espérer, op. cit., p. 365.

[27]

Idem, pp. 129-130.

[29]

Doris Kearns Goodwin, Team of Rivals: The Political Genius of Abraham Lincoln, New York, Simon & Schuster, 2005, 906 p.

[30]

Evan Thomas et Richard Wolffe, “Obama’s Lincoln”, 15/11/2008, Newsweek, édition du 24/11/2008, (couverture*) (http://www.newsweek.com/id/169170).

[31]

Johanna Neuman, “Barack Obama and the Abraham Lincoln Comparison”, Los Angeles Times, blog “Top of the Ticket”, 13/02/2009, suivi du discours d’Obama (http://latimesblogs.latimes.com/washington/2009/02/obama-lincoln.html).

[32]

“They Made America”, The Atlantic, déc. 2006, http://www.theatlantic.com/doc/200612/influentials-main.

[33]

Décompte de 1991 cité par Merrill D. Peterson, op. cit., p. 374.

[34]

Merrill D. Peterson, op. cit., pp. 158, 235.

[35]

Idem, pp. 326, 348, 379-390.

[36]

Harold Holzer et Gabor Boritt, « Epilogue: Lincoln in “Modern” Art », The Lincoln Enigma. The Changing Faces of an American Icon, dir. par G. Boritt, New York, Oxford University Press, 2001, p. 150.

[37]

Michael E. Ruane, « A Curious-Looking Hero Still Mesmerizes the Nation », Washington Post, 10/02/2009.

[38]

“Interview with Ron English”, The Obama Art Report, 21/07/2008 (http://obamaartreport.com/2008/07/21/ten-questions-with-ron-english/).

[39]

Abraham Obama, op. cit., p. 1, traduction de l’auteur.

[40]

Steven A. Seidman, Posters, Propaganda, and Persuasion, opcit., p. 238.

[41]

Idem, pp. 66, 77-78 ; pp. 238-239 pour des cas d’appariement négatif.

[42]

Steven A. Seidman, “The Obama Posters Explosion”, art. cité, p. 6/10.

[43]

Illustration de l’article de Joe Klein, « Obama’s Team of Rivals », Time, 18/06/2008

(http://www.time.com/time/politics/article/0,8599,1815849,00.html).

[44]

« Une journaliste de CNN arrêtée pour avoir filmé un T-shirt “Obamao” », Libération.fr avec AFP, 17/11/2009.

[45]

Damien Leloup, « Obama, Hitler et la loi de Godwin », Le Monde, 13/08/2009.

[46]

Créateur d’Obey the Giant. Cf. le site de l’artiste (http://obeygiant.com) et le catalogue qui présente les affiches réalisées de 1993 à 2003 (Shepard Fairey, Obey Giant, Paris, La base 01, 2003, 64 p.)

[47]

Ben Arnon, « How the Obama “Hope” Poster Reached a Tipping Point and Became a Cultural Phenomenon: An Interview with the Artist Shepard Fairey », The Huffington Post, 13/10/2008 (http://www.huffingtonpost.com/ben-arnon/how-the-obama-hope-poster_b_133874.html).

[48]

Voir cet aperçu convaincant, en images, quoi qu’on y confonde inspiration, hommage et plagiat : http://www.art-for-a-change.com/Obey/index.htm.

[49]

Steven A. Seidman, “The Obama Posters Explosion”, art. cité, p. 3/10.

[50]

Barack Obama, L’Audace d’espérer, op. cit., p. 58.

[51]

Daniel Sturgeon, « Obama, le champion de l’organisation », Cahiers Sens Public, n°9, février 2009, p. 39 : Timothy Noah, “The Obama Messiah Watch.” Slate, 29/91/2007, www.slate.com/id/2158578/?nav/navoa/ et http://obamamessiah.blogspot.com/.

[53]

Retranscription complète des interventions des deux candidats au Al Smith Diner, 17/10/2008 : http://primebuzz.kcstar.com/?q=node/15091. Traduction de l’auteur.

[55]

Steven A. Seidman, “The Obama Posters Explosion”, art. cité.

[56]

Steven A. Seidman, Posters, Propaganda, and Persuasion, opcit., pp. 81-82.

[57]

Idem, pp.73-99, 241-243.

[58]

Plusieurs sites et publications recensent ces œuvres : http://designforobama.org/ ; http://www.artofobama.com/ ; http://obamaartreport.com/ ; Hal Elliott Wert, Hope: A Collection of Obama Posters and Prints, Minneapolis, Zenith Press, 2009, 188 p. ; Design for Obama. Posters for Change: A Grassroots Anthology, dir. par Spike Lee, Aaron Perry-Zucker et Steven Heller, Koln, Taschen, 2009, 182 p. ; Art for Obama: Designing Manifest Hope and the Campaign for Change, dir. par Shepard Fairey et Jennifer Gross, Abrams Image, 2009, 184 p.

[59]

Rick Pyonor, « guérillas mémétiques » (1999), dans La Loi du plus fort. La Société de l’image, Paris, Pyramid, 2002 (2001), pp. 177-184.

[60]

Ben Arnon, “How the Obama “Hope” Poster […]”, art. cité.

[61]

John C. Drake, « Street artist inspires too much enthusiasm”, The Boston Globe, 08/07/08 (http://www.boston.com/news/local/articles/2008/07/08/street_artist_inspires_too_much_enthusiasm/)

[62]

Abraham Obama, op. cit., : l’album est particulièrement consacré à cette tournée.

[63]

Laureen Ortiz, « Dans la banlieue de Los Angeles, on vote déjà… Obama », Libération, 01/11/2008.

[64]

D’où les nombreuses spéculations* sur la photo utilisée par Fairey pour « Hope ».

[65]

Charles Hamilton et Lloyd Ostendorf, opcit., pp. IX-X et 66-67. L’arrivée de la barbe a été intégrée à la geste lincolnienne : Michael Burlingame, Abraham Lincoln, A Life, 2 vol., Baltimore, The John Hopkins University Press, 2008, vol. 2, pp. 17-18.

[66]

Joshua Wolf Shenk, “Being Abe Lincoln”, The Atlantic, fév. 2002

(http://www.theatlantic.com/doc/200202/shenk).

[67]

Harold Holzer et Gabor Boritt, « Epilogue […] », op. cit., p. 150 et cahier iconographique pp. 153-277.

[68]

Merrill D. Peterson, op. cit., p. 182.

[69]

W.J.T. Mitchell, « Obama as Icon”, Journal of Visual Culture, vol. 8, n°2, « The Obama Issue », 2009, p. 126.

[70]

Cf. la tentative de « mythographie comparée » entre Lincoln, Napoléon et de Gaulle de Sylvie Laurent, « Abraham Lincoln : une certaine idée de l’Amérique », Esprit, n°360, 2009, pp. 6-15.

Pour citer cet article

Borrell Alexandre, « Peut-on greffer le visage d'une icône ? », Parlement[s], Revue d'histoire politique 1/ 2010 (n° 13), p. 117-129
URL : www.cairn.info/revue-parlements-2010-1-page-117.htm.

© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback