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Participations

2011/1 (N° 1)


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Introduction

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L’utilisation de plus en plus massive d’Internet, le développement des réseaux sociaux, la généralisation des pratiques de pair à pair et l’appropriation créative du web transforment durablement le rapport des citoyens à leurs représentants et renouvellent les formes de la médiation en politique [1][1] Coleman S., Blumler J., The Internet and Democratic.... Pour autant, les attentes exprimées par certains politistes d’une nouvelle ère de la participation qui viendrait endiguer l’érosion constante d’un électorat qui se détourne des urnes et revivifierait la vie démocratique [2][2] Rheingold H., The virtual community: Homestanding on... ont, pour une large part, été déçues. Sans doute ces espoirs étaient-ils largement fondés sur une analyse erronée des causes de la démobilisation citoyenne [3][3] Norris P., Digital Divide: Civic Engagement, Information..., tout autant qu’ils révèlent une difficulté de la recherche à aborder les usages des technologies autrement que dans une perspective déterministe, fût-ce pour la critiquer in fine.

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De façon récurrente, chaque nouvelle technologie de communication apporte son lot d’espérances quant à son aptitude à revitaliser l’engagement politique des citoyens, et s’accompagne d’une littérature qui s’appuie sur des potentialités techniques toujours plus innovantes pour montrer qu’elles sont susceptibles de combler le fossé entre les élus de la nation et les citoyens des démocraties modernes [4][4] Tsagarrousianou R., « Electronic democracy in practice….... La radio, la télévision, la vidéo communautaire, les radios libres et les formes balbutiantes de l’Internet (BBS, listservs, Usenet) ont toutes suscité des espoirs d’une appropriation citoyenne intense permettant l’avènement d’une démocratie forte, pour paraphraser B. Barber [5][5] Maigret E., Monnoyer-Smith L. (dir.), « www.Démocratie.... Les analyses empiriques réalisées depuis le milieu des années 1990 ont largement produit leur effet de désenchantement et ont clivé la littérature entre cyber-optimistes et cyber-réalistes en fonction des terrains observés (politique traditionnelle ou espaces d’expression émergents), de l’attention portée ou non aux diverses formes de la participation (vote, processus décisionnel, dispositif de concertation etc.) et de la formulation de la question de recherche (selon sa focalisation ou non sur les « impacts » directs de l’internet sur…).

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Les premiers insistent sur deux caractéristiques du web susceptibles de revivifier les pratiques démocratiques : c’est un nouveau médium de diffusion de l’information rapide, peu cher, alternatif aux grands médias et dont le contrôle par les pouvoirs économiques ou politiques est, sinon impossible, du moins difficile à mettre en œuvre sur le long terme. Par ailleurs, les nouveaux moyens de communication autorisent des échanges asynchrones et de pair à pair, autant que synchrones et de masse. Ils filtrent et brouillent les indices sociaux présents dans toute communication et participent ainsi à l’égalité des échanges en ligne [6][6] Levy P., L’intelligence collective. Pour une anthropologie.... L’espace public en ligne est ainsi perçu comme une arène de débat et de discussion libérée des contraintes et des inconvénients qui perturbent les échanges en face-à-face.

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Les cyber-réalistes demeurent sceptiques quant aux effets réels de l’utilisation d’Internet sur les pratiques politiques d’une façon générale. Ils soulignent tout d’abord l’existence d’un fossé numérique au sein de la population qui paraît loin d’être connectée en totalité, et ensuite que cet écart accroît des inégalités de genre, d’éducation et de revenus déjà prégnantes dans la société [7][7] Di Maggio P., Hargittai E., Neuman W. R., Robinson.... À ceci s’ajoutent des effets de domination constatés sur le terrain qui viennent contredire les espoirs d’égalité d’accès à la parole : ainsi, loin de constituer des espaces d’expression libres et ouverts, les arènes virtuelles sont tout autant que les autres soumises à des formes d’imposition de pouvoir, accentuées par les inégalités d’accès et/ou de maîtrise de l’outil informatique. Finalement, les leaders d’opinion constitueraient toujours une élite à part, monopolisant les échanges et recréant en ligne des hiérarchies sociales peu différentes de celles qui existent hors ligne. Autrement dit, « politics as usual » [8][8] Je fais ici référence au titre de l’ouvrage de Margolis.... M. Hindman fustige ainsi la prétendue vertu démocratique des blogs : « Parler des blogs comme donnant du pouvoir aux citoyens ordinaires repose sur une double erreur lorsque les top-bloggeurs sont plus éduqués, majoritairement masculins et culturellement moins divers que l’élite des médias pourtant largement critiqués par ces mêmes blogs [9][9] Hindman M., The Myth of Digital Democray, Princeton,.... »

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La littérature récente semble heureusement dépasser cette dichotomie utopistes/pessimistes et s’attache moins aujourd’hui à discuter du caractère « révolutionnaire » de la communication politique en ligne, dont on peut légitimement questionner la pertinence heuristique [10][10] Greffet F., Wojcik S., « Parler politique en ligne...., qu’à étudier comment les dispositifs en ligne « travaillent » la participation et contribuent à sa (re)structuration, voire à sa mutation [11][11] Norris P., Digital Divide ; Blondeau O. (avec la collaboration....

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Comme souvent lors de telles mutations, le passage au numérique a produit un effet fort de dénaturalisation sur un ensemble de pratiques balisées, autour desquelles se sont construits un certain nombre de concepts tels que ceux de citoyenneté, de représentation ou d’engagement, qui avaient minoré, à quelques exceptions près, les contextes techniques et procéduraux au sein desquels ils ont été forgés [12][12] Monnoyer-Smith L., Communication et délibération. Enjeux.... Ici comme ailleurs [13][13] Voir, par exemple, le travail de Serge Bouchardon sur..., tout l’intérêt d’une recherche sur la participation « en ligne » consiste autant, selon moi, à en décrypter les spécificités par rapport à d’autres formes du répertoire de la participation, qu’à mettre en évidence ce qu’il y a de socio-techniquement construit dans les pratiques participatives observables au sein des démocraties modernes, et à s’interroger sur l’articulation entre les différents espaces de participation afin de repérer les formes de glissements de la prérogative politique qui s’opèrent d’une zone à l’autre [14][14] J’emprunte la formule à Robert P., La logique politique....

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C’est donc plus précisément ce à quoi je m’attacherai dans cet article, qui vise à offrir un bilan des recherches sur la participation en ligne. La littérature la plus récente cherche à décrire plus finement les mutations des formes de participation liées à l’utilisation d’Internet (et notamment du fait des nouvelles fonctionnalités autorisées par le web 2.0) [15][15] Chadwick A., « Recent Shifts in the Relationship Between.... Il convient par conséquent de la suivre dans ses développements, en soulignant la place centrale de la participation dans une nouvelle culture du numérique [16][16] Cardon D., La démocratie internet, Paris, Seuil, 2.... Ainsi envisagée, la participation politique prend une nouvelle dimension : d’une part, elle interroge ses frontières traditionnelles en dépassant les formes classiques de l’engagement militant et citoyen (vote, militantisme politique, action politique dans l’espace public) pour se pencher sur d’autres formes de la prise de parole politique. D’autre part, cette nouvelle perspective donne lieu à la reformulation de théories de la participation qui la replacent dans un contexte sociotechnique et médiatique plus large. Il est dès lors possible de mieux en appréhender les vecteurs, au-delà des seuls déterminants sociaux, et ce quelle que soit la persistance de leur acuité. Cet article a donc pour vocation de rendre compte de cette littérature qui propose de redéfinir la notion même de « participation politique », et de comprendre la « parole politique » dans une acception large comme l’expression d’un jugement politique, quels que soient les arènes et les dispositifs techniques à travers lesquels elle se diffuse.

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Dans ce qui suit, nous allons donc nous attacher à cette partie de la littérature qui revisite le concept de participation à l’aune du développement d’une nouvelle culture numérique et dont les contours se précisent depuis une décennie de travaux dans le domaine des cultural studies, des media studies et des études de communication politique, et dont la mise en discussion demeure pour l’heure très limitée. Dans quelle mesure la notion de culture numérique, qui fait de la participation en général – et politique en particulier – un élément symptomatique des sociétés réflexives, se traduit-elle par une relecture de la notion même de participation, centrale dans les études politiques qui s’intéressent à Internet ? Difficile à définir, sans doute contestable dans certaines de ses acceptions, la notion de culture numérique permet d’embrasser des pratiques relevant de champs différents en les reliant à un contexte sociotechnique qu’elles nourrissent tout en le faisant évoluer. On comprend mieux dès lors pourquoi une importante partie de la recherche en media studies[17][17] Pour des raisons de tradition disciplinaire spécifiques... et en communication politique se focalise sur la participation à l’ère du numérique. Plus que les autres mediacultures[18][18] Maigret E., Macé E., Les médiacultures, Paris, Armand..., celle de l’Internet repose notamment sur l’activité participative des citoyens. Les conséquences de cette activité sur les modalités de la pratique du politique sont appréhendées par de nombreux auteurs comme une des principales évolutions de nos systèmes politiques, sans que l’on sache pour autant dans quelle mesure ceux-ci sont susceptibles de s’en accommoder.

Une précision s’impose ici quant au cadrage théorique de cet article. La question des déterminants de la participation politique – pourtant centrale dans la recherche sur la participation en ligne – ne sera abordée qu’en conclusion de ce travail, qui se concentre principalement sur la fécondité des apports des media studies et des cultural studies à l’analyse de la participation politique à l’ère numérique. En effet, ce point qui a fait l’objet d’une importante littérature dans le domaine de la participation hors ligne [19][19] McCarthy J. D., Zald M. N., « Resource Mobilization..., a suscité de notables relectures en ce qui concerne son pendant en ligne, bien qu’avec des résultats parfois contradictoires [20][20] Leighley J., « Attitudes, opportunities and incentives:.... Certains auteurs [21][21] Albrecht S., « Whose voice is heard in online deliberation? »,... ont ainsi proposé des modèles explicatifs de la participation tenant compte de l’environnement technologique, médiatique et socio-culturel dans lequel se constituent les pratiques participatives. Le décloisonnement disciplinaire que permettent d’opérer ces modèles, qui vont au-delà des analyses sociologiques et politiques classiques, attire l’attention de la recherche sur la relation entre les facteurs de l’inclusion au lieu de les analyser isolément. En particulier, apparaissent de façon assez claire les liens entre les dispositifs participatifs (leurs structures et leurs caractéristiques sociotechniques), la configuration de l’espace public médiatique au sein duquel émergent des problèmes publics selon une rhétorique spécifique et les conditions sociopolitiques d’accès aux dispositifs participatifs. Les analyses empiriques peuvent ainsi s’affiner et mesurer la variété des formes de la participation selon les contextes et les dispositifs. Ne sera donc pas abordé ici tout un pan de la littérature qui s’intéresse aux conditions et aux modalités de la participation en ligne, un certain nombre de synthèses existantes faisant le point régulièrement sur les résultats des études empiriques menées de par le monde dans les différentes disciplines [22][22] Albrecht S., « Whose voice is heard in online deliberation? »;.... Pour autant, cet article montre que les travaux sur la culture numérique, qui élargissent l’acception de la participation politique, ont une influence sur l’analyse des déterminants de la participation. En effet, les publics participants diffèrent sensiblement selon que l’on s’intéresse aux électeurs et aux contributeurs à des blogs politiques ou aux fans activistes et aux spectateurs actifs d’émissions de téléréalité.

Ce cadrage repose en outre sur une double prise de position dans le cadre de la nouvelle revue Participations. D’une part, je souhaite contribuer à la circulation de travaux moins connus en France que ne peuvent l’être ceux qui portent sur l’analyse des déterminants de la participation et des formes de l’inclusion en politique. Par ailleurs, j’espère ainsi contribuer à une meilleure intégration de champs disciplinaires qui présentent d’évidentes affinités : les cultural studies et les media studies méritent à mon sens d’être pleinement intégrées à la réflexion sur la participation. L’objectif ouvertement pluridisciplinaire de cette nouvelle revue semble de ce point de vue un lieu approprié pour mener à bien cette tâche.

J’aborderai donc successivement la notion de culture numérique, pour insister sur sa relecture de la participation avant de me pencher sur les trois courants qui la déclinent dans le champ politique : le courant contre-hégémonique, le courant expressiviste et enfin le courant constructiviste ou post-dialogique. Ces courants s’inscrivent dans des filiations théoriques différentes et privilégient tantôt la critique des médias traditionnels, les conséquences de l’appropriation des réseaux par les individus ou encore l’évolution des formes de la médiation politique.

La participation, élément clé de la culture numérique

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Un ensemble de travaux issus des cultural studies a particulièrement analysé les pratiques participatives émergentes qui ont connu une croissance sans précédent depuis les débuts de l’Internet et ont transformé de façon sensible la relation que les publics entretiennent avec les contenus médiatiques. Encore peu connues en France, et peu traduites, ces recherches proposent d’envisager les pratiques créatives de remixage et de réécriture des contenus numériques [23][23] Je fais allusion ici aux pratiques de remixage vidéo... comme symptomatiques d’une nouvelle culture digitale au moins autant marquée par l’appropriation des technologies qui la rendent possible que par le contexte socio-économique de montée d’une nouvelle forme de capitalisme dit capitalisme cognitif[24][24] Moulier-Boutang Y., Le capitalisme cognitif : la nouvelle... qui perturbe les formes commerciales plus traditionnelles du capitalisme [25][25] Lessig L., Free culture: how big media uses technology.... On doit à Laurence Allard et à Olivier Blondeau d’avoir importé en France puis développé cette approche en l’inscrivant plus généralement dans la sociologie d’Ulrich Beck en montrant qu’elle pouvait être interprétée comme une marque de l’individualisme réflexif dont elle constitue un tournant expressiviste [26][26] Allard L., « Termitières numériques. Les blogs comme.... Nombre d’auteurs cherchent à rendre compte des conséquences esthétiques, culturelles, sociales, économiques et politiques de cette évolution des pratiques qui, sans être entièrement nouvelles, ont cependant acquis une dimension telle qu’elles perturbent des équilibres économiques et politiques établis ; elles méritent ainsi d’être distinguées en tant que telles, et non comme une « sous-culture » alternative et marginale.

Si l’on suit ces travaux, les implications politiques du développement de la culture numérique sont de deux ordres. D’une part, elles invitent à prendre en considération des formes de participations politiques nouvelles qui s’inscrivent dans des lieux de sociabilité virtuels détrônant progressivement les lieux traditionnels de sociabilisation. D’autre part, elles traduisent des formes d’engagement peu appréhendées par un système politique [27][27] Jenkins H., Convergence Culture: Where Old and New... qui ne dispose pas des dispositifs procéduraux adéquats pour les prendre en considération.

Culture numérique, culture participative

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Information culture[28][28] Manovich L., The Language of New Media, Cambridge/Londres,..., Free culture[29][29] Lessig L., Free culture., Remix culture[30][30] Lessig L., Remix: Making Art and Commerce Thrive in..., Cyberculture[31][31] Lévy P., Cyberculture, Paris, Odile Jacob, 1997., Interface culture[32][32] Johnson S., Interface culture, New York, Preseus Books,..., Internet culture[33][33] Castells M., La galaxie Internet, Paris, Fayard, 2..., Digital culture[34][34] Deuze M., « Collaboration, participation and the media »,..., Convergence culture[35][35] Jenkins H., Convergence Culture: Where Old and New...… Autant d’appellations qui souhaitent rendre compte de l’émergence d’un système de valeurs, de l’expression d’attentes de la part du public et de pratiques de production médiatiques rendues plus prégnantes et plus visibles grâce aux possibilités offertes par la technologie numérique. La conjonction entre « une nouvelle révolution médiatique » qui opère un « glissement de toute forme de culture vers des modes de production, de distribution et de communication, médiés par ordinateur » [36][36] Manovich L., The Language of New Media, p. 19. et l’individualisme réflexif qui encourage l’activité créatrice pour la construction d’identités individuelles, contribue à l’émergence de cette culture numérique que quelques auteurs tentent de conceptualiser à partir d’une série d’études de cas.

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Au cœur de ces travaux, on trouve de nombreuses études empiriques réalisées par des anthropologues et sociologues des médias sur les jeux vidéos, les mangas [37][37] Ito M., « Médias mixtes et sociabilité », Médiamorphoses,..., les fans [38][38] Jenkins H., Textual Poachers: Television Fans & Participatory..., les séries télés [39][39] Pasquier D., La culture des sentiments, l’expérience... ; autant de pratiques culturelles pour lesquelles la recherche a souligné progressivement le rôle de plus en plus actif des publics qui, sortant du rôle plus ou moins passif d’audience dans lesquels ils étaient confinés, prolongent leurs activités dans d’autres espaces de sociabilité tels que les fans clubs et les associations d’amateurs. Avec le développement d’internet, les « récepteurs » se font producteurs de contenus. En moins de dix ans, archiver, écrire, annoter, commenter, remixer, publier, partager des photos et des vidéos, s’abonner à des flux RSS et échanger des contenus de pair à pair sont devenus des activités relativement communes et pour de nombreux publics, aussi courant que d’allumer sa télévision pour regarder son émission préférée.

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À travers une série de monographies, R. Jenkins conceptualise ces pratiques à travers la notion de convergence, non pas pour y voir une forme de convergence technique vers le tout numérique, mais pour désigner cette rencontre entre la circulation croissante de contenus entre les médias eux-mêmes (cinéma, télévision, jeux vidéo, téléphone mobile, etc.) et les consommateurs de ces contenus qui se les réapproprient, les diffusent et les re-produisent. « La convergence représente ce tournant culturel dans lequel les consommateurs sont encouragés à chercher de nouvelles informations et à mettre en relation des contenus médiatiques dispersés [40][40] Jenkins H., Convergence Culture, p. 34.. » Au fil des études de cas, la convergence s’affirme dans le sens où les audiences prennent une part proactive vis-à-vis des héros/sujets/émissions qui suscitent leur admiration à travers des discussions en ligne, des spoilings[41][41] Un spoiling consiste à révéler des informations sur..., des sites Internet, des vidéos mash-ups[42][42] À partir de logiciels libres, un créateur de vidéo... et des films machinimas[43][43] Petits films réalisés à partir de programmes disponibles.... Médias de flux et recomposition de ces flux dessinent les contours d’un public plus affirmé, exigeant vis-à-vis des producteurs de contenus traditionnels, pour s’avérer finalement franchement subversifs. On passe ainsi des courts-métrages parodiant le film-culte Star Wars à l’aide de petits personnages Lego et de machinimas à partir du jeu Star Wars Galaxy[44][44] Ceci n’est cependant pas du tout anodin. G. Lucas a..., à la diffusion de vidéos mash-ups présentant Bert, personnage phare de la série pour enfants « 1, rue Sésame » à côté de Ben Laden dans une parodie politique (pré-11 septembre) qui échappe très vite à Dino Ignacio, lycéen latino-américain qui l’avait malencontreusement conçue [45][45] H. Jenkins raconte cette histoire étonnante sur son....

Dans ce courant théorique, le concept de culture numérique s’inscrit dans une acception mouvante de la culture. On doit en particulier à M. Deuze d’avoir mené un travail de définition relativement précis, autorisant une opérationnalisation du concept sur le terrain, en particulier dans le domaine du journalisme en ligne, du blogging et des médias indépendants (ou Indymedia). « Je considère la culture numérique comme un système de valeurs émergentes et un ensemble d’attentes particulièrement exprimées par les producteurs et les usagers des médias d’information, alors que je comprends les pratiques mises en œuvre dans le cadre de la culture numérique comme une expression de l’individualisation, du post-nationalisme et de la globalisation [46][46] Deuze M., « Collaboration, participation and the media »,.... » On le voit, la notion de culture numérique ne saurait être comprise de façon substantialiste et s’appuie au contraire sur un ensemble de pratiques médiatiques individuelles qui s’inscrivent pourtant dans un contexte globalisant dont le caractère collectif se construit par agrégation. Elle émerge des pratiques communicationnelles en ligne et hors ligne et se constitue à partir des nouvelles technologies qu’elle utilise et contribue à façonner.

De ce fait, la notion de culture numérique entretient des liens étroits avec les concepts de « mediascape » d’A. Appaduraï [47][47] Appaduraï A., Après le colonialisme. Les conséquences... et de « communauté imaginée » de B. Anderson [48][48] Anderson B., L’imaginaire national. Réflexions sur.... Ces deux auteurs, très critiques d’une vision ethnocentrée, objectivée et territorialement circonscrite de la culture, défendent l’idée de constructions d’imaginaires politiques à partir des expériences des individus pris dans le flux de leurs déplacements, des contenus des médias, des paysages technologiques (technoscape) qu’ils sont amenés à côtoyer. À partir de l’analyse de situations migratoires, Appaduraï montre que la notion d’imagination permet de rendre compte de la façon dont les individus produisent des représentations collectives à partir de toutes les ressources médiatiques qui sont à leur disposition et ce, dans un cadre transnational. Le « mediascape » est donc une construction qui permet à l’individu de se constituer grâce au parcours dans les mondes imaginés à travers un répertoire de comptes rendus, d’images et de récits, de mythes et de dispositifs techniques pour les véhiculer [49][49] Blondeau O., Devenir media, p. 223 et s.. Ce concept permet de faire le lien entre la culture numérique, les récits dont elle se nourrit et les infrastructures techniques qui lui confèrent son caractère fluide et dynamique. Ainsi que le résume bien Jenkins, « la convergence ne se produit pas par le biais de technologies médiatiques, aussi sophistiquées puissent-elles devenir. La convergence se situe dans le cerveau des consommateurs individuels et à travers leurs interactions sociales avec les autres. Chacun de nous construit sa propre mythologie à partir de bribes d’information extraites du flux médiatique, se transformant en véritables ressources à travers lesquelles nous donnons du sens à nos vies quotidiennes [50][50] Jenkins H., « Introduction: Worship at the Altar of.... »

Les composantes de la culture numérique

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À partir de cette posture, selon les auteurs, on retrouve peu ou prou trois composantes de la culture numérique : la remédiation (comprise comme un composite sémiotique – ou remix – entre anciens et nouveaux médias), le bricolage (« création d’objets à partir de matériaux accessibles en ligne, réutilisant des artefacts existants pour en incorporer certains éléments » [51][51] Hartley J., Communication, cultural and media studies,...) et la participation. Cette troisième dimension retiendra plus particulièrement notre attention : en effet, si la participation envisagée ici concerne d’abord des pratiques communicationnelles de consommation et de production de contenus médiatiques, d’aucuns soulignent son caractère diffus qui percole l’espace public pour affecter les comportements politiques des acteurs [52][52] Atton C., Alternative media, Londres, Sage, 2002 ;....

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Prenant le contre-pied des travaux de Putnam [53][53] Putnam R. D., Bowling Alone: the collapse and revival..., qui mettent en évidence les effets délétères d’une société individualiste et fragmentée sur le capital social des acteurs, le courant culturaliste des media studies s’appuie sur des données empiriques pour affirmer l’existence d’une hyper-sociabilité qui fonctionne en réseau d’individualités connectées. Ce que Putnam interprète comme la désagrégation des communautés traditionnelles à travers les indices de désertion des lieux de sociabilité (notamment les églises, les organisations professionnelles et les syndicats, les clubs et associations de voisins), de diminution de l’engagement politique (sous toutes ses formes) et d’altération de la confiance accordée aux élus, est considéré par ces auteurs comme le signe de son conservatisme et de son aveuglement quant aux autres formes de participation politique, en particulier numériques.

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Les discussions entre politistes qui ont suivi la parution de Bowling Alone[54][54] Par exemple, au sein de ces débats très vifs, Ladd... puis de Stealth Democracy[55][55] Hibbing J., Theiss-Morse E, Stealth Democracy: Americans’... ont été particulièrement lues par la communauté des cultural et des media studies. L’enjeu de la querelle est en effet de reconnaître ou non l’existence de ces nouvelles formes de participation qui s’inscrivent dans des pratiques médiatiques nouvelles, collaboratives et créatives. Selon ce courant des cultural et media studies, comment peut-on en effet parler de démocratie « furtive » à l’heure d’une explosion des mouvements de contestation transnationaux qui, utilisant internet, se structurent de façon inédite et prennent la configuration d’une nouvelle forme internationalisée de militantisme [56][56] Cardon D., Granjon F., Médiactivistes. ? Utilisant les travaux très documentés de l’équipe de politistes autour de Pippa Norris [57][57] Norris P. (dir.), Critical Citizens. Global Support..., qui conduit son analyse à une échelle internationale, ils affirment la nécessité de redéfinir la notion de participation puisque celle-ci doit « prendre le tournant » de la culture numérique. Il faut dire que les résultats des études de Norris favorisent ce type de lecture.

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Elle souligne effectivement une augmentation du nombre de citoyens critiques vis-à-vis de leurs propres institutions, de leur système politique et des formes actuelles de la représentation, alors même que la démocratie reste pour eux un idéal. Mais elle montre aussi que cette augmentation du cynisme critique, qui se traduit par la diminution du taux de participation électorale dans la plupart des pays étudiés, ne s’accompagne pas pour autant d’une diminution de l’activisme politique. Le lien entre les deux apparaît faible et l’on peut observer un fort taux d’engagement chez des personnes très critiques. Est ainsi avancée l’« hypothèse plausible » que « les canaux de la participation politique sont davantage en train d’évoluer que de décliner (…) ainsi les gens deviennent plus actifs d’autres façons » [58][58] Ibid., p. 258..

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Dans cette acception élargie, la participation s’enrichit de toute une palette d’actions qui vont des associations écologiques aux réseaux militants en ligne, de l’intérêt porté à la création d’un éco-quartier dans sa ville au vidéo-militantisme le plus technique. Internet, dont les racines plongent dans la contre-culture américaine des années 1960 [59][59] Cardon D., La démocratie internet., permet à ces diverses pratiques de se développer, que ce soit un cadre contre-hégémonique pour lutter contre les formes diverses de domination économique ou informationnelle, ou dans un cadre plus expressif, comme nous le verrons plus loin. Pour autant, c’est bien l’ancrage quotidien des pratiques participatives qui contribue à la création des mediascape. L’appropriation individuelle et élargie des activités de consommation et de diffusion des contenus constitue le cœur de la culture participative qui ne saurait dès lors se limiter aux espaces médiactivistes actifs, même si ceux-ci sont plus visibles dans l’espace public et préexistent à la naissance d’Internet. C’est ainsi que la définit d’ailleurs Jenkins : « J’utilise le terme de “culture participative” pour décrire ces activités sociales et créatives d’un nouveau genre qui ont émergé dans notre société en réseau. Une culture participative est une culture qui limite les barrières à l’expression artistique et à l’engagement civique, qui fournit un ensemble de dispositifs pour partager les créations de chacun, et des formes d’accompagnements informels grâce auxquels les novices peuvent apprendre des plus expérimentés. Une culture participative est aussi une culture dans laquelle chacun croit que sa contribution importe et entretient plus ou moins des liens sociaux avec les autres. La culture participative valorise davantage l’engagement communautaire que l’expression individuelle [60][60] Jenkins R., « Geeking out for Democracy ». Voir aussi.... »

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Dans cette perspective, la participation s’affranchit du champ du militantisme auquel se consacre une grande partie de la littérature, pour devenir une composante essentielle de toute forme de médiation dans la société numérique. L’activité participative des individus s’impose dès lors dans des domaines aussi divers que la muséologie participative et immersive [61][61] Belaen F., « L’immersion au service des musées des..., où elle invite à repenser les formes de l’exposition muséale et cherche à s’insérer plus largement dans les réseaux sociaux de visiteurs tout en proposant des contenus spécifiques pour les non-visiteurs ; dans le journalisme [62][62] Estienne Y., Le journalisme après Internet, Paris,... ou dans les industries culturelles [63][63] Lessig L., Remix: Making Art and Commerce Thrive in..., où l’intervention artistique et citoyenne impose l’invention de nouveaux modèles économiques, juridiques et éditoriaux. En opposition à la culture du read only, les pratiques d’échange et de partage sur les réseaux peer-to-peer déstabilisent le secteur musical et cinématographique en mettant fin aux monopoles de diffusion et de création des grands studios et des majors, en faisant fi d’une conception restrictive des droits d’auteur.

Tout se passe comme si la diffusion du numérique dans tous les secteurs de la vie quotidienne emportait avec elle un répertoire de pratiques qui, sans être déterminées par la technologie, constituent une activation de certaines de ses potentialités. On retrouve ici un modèle socio-technique latourien qui soutient qu’on ne saurait séparer artificiellement les fondements normatifs des sociétés des formes socio-techniques dans lesquelles elles se développent [64][64] Latour B., Nous n’avons jamais été modernes, Paris,.... La circulation des technologies numériques d’un espace à l’autre s’accompagne donc, dans cette perspective, de la diffusion des valeurs de remédiation, de bricolage et de participation qui lui sont attachées. Sans parler directement de « culture numérique », A. Barry, qui se situe davantage dans cette approche théorique, emprunte à Deleuze la notion de « diagramme » pour décrire les formes socio-politiques de la culture numérique. Selon lui, l’interactivité et le réseau sont devenus le diagramme des relations entre êtres humains et artefacts, de sorte que toute invention politique et institutionnelle porte la marque d’une normativité conçue dans un environnement technologique spécifique. L’avantage de la notion de diagramme par rapport à celle de culture est qu’elle permet de comprendre la mise en œuvre d’agencements et de dispositifs qui formalisent des relations de pouvoir dans un contexte normatif donné. Là où la notion de culture numérique insiste sur le développement de pratiques individuelles, celle de diagramme inscrit dans les institutions et plus largement dans l’organisation sociale, les relations de pouvoir induites par le paradigme diagrammatique [65][65] Pour plus de précisions voir Monnoyer-Smith L., « Deliberative.... C’est sans doute ce qui explique que l’une ou l’autre notion soit mobilisée en fonction des contextes scientifiques.

On le voit, avec la notion de culture numérique, une partie de la recherche s’attache à décrire des pratiques quotidiennes et triviales de consommation des médias comme s’inscrivant dans un contexte culturel nouveau marqué par une hyper-sociabilité et une activité de production intense. Ces nouveaux comportements se traduisent par une propension accrue à participer et à s’engager dans des réseaux qu’ils soient en ligne ou hors ligne. Les conséquences politiques de la diffusion de la culture numérique sont analysées par plusieurs auteurs. Ils soulignent en général combien les démocraties actuelles, dont les institutions représentatives reposent sur des modèles communicationnels hiérarchisés, centralisés et largement dépendant des médias mainstream ne sont pas en mesure de répondre aux demandes croissantes des citoyens de l’ère numérique, dont les modalités d’expression et de créativité sont sans commune mesure avec la place qui leur est accordée dans ces institutions.

Expressivisme, participation et crise de la représentation

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Les recherches en sciences sociales proposent de nombreuses analyses de ces médias alternatifs, constitués de productions militantes d’information ou d’expressions esthétiques et artistiques, dont les rapports avec le politique et le militantisme sont plus ou moins directs, mais peuvent être considérés comme des actes de participation ou des formes d’engagement. Ainsi, les travaux portant sur le phénomène des fans clubs rejoignent-ils ceux qui se penchent sur les forums de discussion autour des émissions de télé-réalité ou des vidéastes amateurs dans les réseaux altermondialistes. Empruntant des postures théoriques diverses et parfois difficilement conciliables, ces travaux veulent mettre en évidence que le politique déserte progressivement les arènes traditionnelles pour investir des espaces virtuels où des propos politiques peuvent prendre la forme d’argumentations tout en recourant à des formats sémiotiques extrêmement divers.

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J’évoquerai ici rapidement trois courants différents qui insistent tous sur les défaillances du système représentatif classique à capter une parole citoyenne exprimant des revendications normatives à l’aide de dispositifs numériques.

Le courant contre-hégémonique

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Le premier courant, que D. Cardon et F. Granjon qualifient de « courant activiste contre-hégémonique » [66][66] Cardon D., Granjon F., Médiactivistes, p. 13 et s., est sans doute le plus ancien puisqu’il plonge ses racines dans la critique des formes médiatiques de la domination politique. Reprenant le phrasé des grandes figures de l’École de Francfort, la critique contre-hégémonique analyse la structuration contemporaine des médias comme un dispositif produisant de la domination symbolique.

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Celle-ci résulte essentiellement de l’emprise exercée d’abord par les puissances coloniales puis par les forces du marché sur tous les grands médias, et en particulier sur les médias d’information. Pour ces auteurs, l’internationalisation des capitaux et la constitution de conglomérats dans le domaine de la communication rend l’exercice de cette domination plus violent et inexorable encore. Cette dernière se déploie ensuite sur l’ensemble des champs culturels, artistiques et scientifiques du fait de la concentration des médias qu’a permis la libéralisation des marchés aux États-Unis puis en Europe dans le courant des années 1980. L’aliénation des populations qui en résulte n’a d’égale que leur incapacité à sortir des discours produits par ces dispositifs de pouvoir. Les luttes militantes altermondialistes, qui voient le jour à partir des années 1970 pour s’élargir dans les années 1990, sont analysées par certains comme révélateurs de la volonté de populations dominées de porter une parole contre-hégémonique dans un espace public saturé par le mode de pensée libéral [67][67] Pour un éclairant historique des mouvements altermondialistes,.... Ces mouvements sont par ailleurs portés par un engagement fort des chercheurs en sciences sociales qui contribuent à leur donner une visibilité et une légitimité : les analyses d’A. Mattelart [68][68] Mattelard A., Mass Media, idéologies et mouvement révolutionnaire... sur les révolutionnaires du Chili et sur l’influence des multinationales dans la communication sud-américaine ont ainsi popularisé ces mouvements de résistance médiatico-politiques qui donnèrent par la suite lieu à la création d’agences internationales d’informations alternatives. N. Chomsky et P. Bourdieu ont à leur tour mis en évidence la collusion entre univers politiques et univers journalistiques et invité publiquement à l’émergence de contre-cultures dénonçant la rationalisation scientifique des discours dominants [69][69] Chomsky N., Herman E., La Fabrication du consentement.....

Avec le numérique, l’activisme contre-hégémonique connaît un développement exponentiel. Quelques études de cas décrivent ainsi le développement des mouvements altermondialistes comme une conséquence de l’appropriation par ces courants politiques de l’internet, des listes de diffusion puis des réseaux sociaux [70][70] Gingras A.-M., « La démocratie et les nouvelles technologies.... Pour Downing, ces radical alternative media doivent être analysés comme des pratiques participatives qui se manifestent tous azimuts dans l’espace public : il s’agit de la forme la plus oppositionnelle et radicale de la culture populaire. Les radical media s’expriment non seulement par de la création médiatique critique mais également par toute forme de pratiques culturelles populaires : « qu’il s’agisse du théâtre de rue, des graffitis muraux, des chansons ou de la danse, et pas seulement des utilisations radicales des technologies comme la radio, la vidéo, la presse ou Internet » [71][71] Downing J. D., Radical Media: Rebellious Communication.... De la même façon, dans leur travail sur le débat politique en ligne, Burwell et Boler sont étonnées de croiser des acteurs critiques qu’elles n’attendaient pas : des fans de talk-show populaires. Elles racontent le parcours de ces fans qui convertissent un investissement émotionnel en engagement citoyen et montrent que culture fan et engagement politique convergent. En effet, expliquent-elles, « les pratiques de Rein [72][72] Il s’agit de la personne ayant créé le réseau social... […] combinent des éléments et des motivations associées à la fois à la culture fan et à l’activisme politique ; un intense investissement émotionnel dans un texte de culture populaire – le daily show – et le désir de créer des communautés d’affinité autour de ce texte, coexistent avec l’intention d’“éduquer” et de créer les conditions pour un changement politique [73][73] Burwell C., Boler M., « Calling on the Colbert Nation »,.... » L’ironie satirique portée par certaines émissions est ici radicalisée et détournée au profit d’une critique virulente des médias mainstream et de la politique américaine en Afghanistan. Ainsi, parmi les motivations à la création des réseaux sociaux, on trouve à la fois la volonté de diffuser une critique politique et une accusation portée sur les médias traditionnels qui refusent de la laisser s’exprimer.

Le courant expressiviste

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Le second courant, qui se qualifie lui-même d’expressiviste, se développe parallèlement au premier sans y faire d’ailleurs directement référence. Les ressorts théoriques sont différents et s’inscrivent dans une vision individualiste et réflexive des sociétés contemporaines, à partir d’une lecture des travaux conjoints d’U. Beck, A. Giddens et S. Lash [74][74] Beck U., Giddens A., Lash S., Reflexive modernization...., de F. Guattari et des cultural studies. Il s’agit moins dans cette perspective de conceptualiser les formes de résistance à la domination symbolique et organisationnelle des media mainstream que d’insister sur l’empowerment des citoyens rendu possible par les technologies numériques et sur l’expression créative de l’émancipation individuelle. L. Allard et O. Blondeau ont diffusé ce courant en France dans un numéro spécial de la revue Médiamorphose paru en 2007. Traducteurs de quelques textes d’H. Jenkins, M. Ito et H. Rheingold, ils analysent le « tournant expressiviste » des mouvements militants altermondialistes [75][75] Blondeau O., Devenir média. et les nouveaux objets techno-politiques produits par les usagers d’internet [76][76] Allard L., « L’impossible politique des communautés....

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À l’inverse du premier courant qui ne problématise pas la culture numérique en tant que telle, les auteurs expressivistes en font l’une des manifestations des sociétés réflexives puisqu’elles fournissent aux amateurs éclairés la possibilité d’explorer et de se construire une identité à partir des éléments de contenus qui sont rendus disponibles en ligne. Dès lors, il s’agit moins de chercher à résister aux médias dominants qu’à utiliser les possibilités du web pour faire valoir leur point de vue. Libérés de leur rôle de consommateurs relativement passifs, ils deviennent proactifs dans la définition de leurs préférences normatives, et l’expriment à travers une intense activité de remixage, bricolage et de recopiage dans les réseaux sociaux ou de pair à pair. « Il s’agit en quelque sorte de la revanche des “purgés”, c’est-à-dire de ces hobbyistes qui, de tout temps, ont expérimenté, testé et perfectionné les propositions technologiques avant que le processus d’industrialisation de l’innovation ne vienne les cantonner dans le rôle de publics et d’amateurs [77][77] Allard L., « Blogs, Podcast, tags, Mashups, Locative.... »

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Pour autant, ces « technologies du soi » [78][78] Expression emprunté à M. Foucault par L. Allard et... permettant une exploration de son identité ne se traduisent pas par un confinement égoïste des usagers/bricoleurs : l’observation des pratiques montre une hyper-socialité qui s’appuie sur les multiples technologies du partage et de la syndication. La subjectivité est analysée comme « distribuée » dans les réseaux. On retrouve cette perspective chez Atton [79][79] Atton C., Alternative Media, Londres, Sage, 2002., pour qui la caractéristique essentielle des médias numériques est leur capacité à s’appuyer sur des dispositifs simples autorisant le partage et la participation élargie. Dès lors, cette activité de partage dessine une forme d’engagement individuel et collectif qui permet de faire émerger dans l’espace public des préoccupations et des voix peu entendues dans les espaces journalistiques traditionnels, assurant ainsi une diversité des points de vue. L’empowerment des citoyens est ici autant technique que symbolique et identitaire : en s’appropriant les moyens de l’expression de soi, les citoyens actifs s’emparent non seulement des espaces d’expression mais aussi des ressources de symbolisation et de représentation du monde social. « Le public à qui on a donné le pouvoir de s’exprimer grâce à ces nouvelles technologies et qui occupe désormais un espace à l’intersection des anciens et des nouveaux médias exige de participer à cette culture [80][80] Jenkins H., « Introduction: Worship at the Altar of.... »

Les revendications participatives des actifs d’internet ne vont parfois pas plus loin que l’exigence d’une démocratie sémiotique s’ouvrant à de nouvelles formes d’advocacy, de protestation ou de commentaires, comme l’analyse Edwards à travers les mash-ups vidéo de la campagne présidentielle américaine [81][81] Edwards R. L., « Political videos mashups as allegories.... Elle passe par une critique du monopole discursif des grands médias sans aller jusqu’à leur condamnation globale. La critique du fonctionnement autoréférencé du champ journalistique, tel qu’on a pu l’entendre à l’occasion du référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen, s’arrête à l’aptitude citoyenne à exprimer sa subjectivité et à construire une sociabilité qui affiche des valeurs morales et politiques [82][82] Rodriguez C., Fissures in the mediascape.. D’autres auteurs vont plus loin et formulent une critique plus radicale en allant jusqu’à souligner l’incapacité des démocraties modernes à construire une médiation politique nouvelle prenant en considération ces espaces expressifs. L. Allard et O . Blondeau fustigent ainsi « les grosses machineries, sortes de cathédrales, développées naguère par les pouvoirs publics et les promoteurs de débat public pour expérimenter une e-democracy conçue comme un deus ex machina ont atteint leur limite ultime, et même ses défenseurs autrefois les plus empressés conviennent aujourd’hui qu’il faut s’intéresser a minima à d’autres objets [83][83] Allard L., Blondeau O., « La cathédrale et le bazar »,.... »

Le courant post-dialogique

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Le troisième et dernier courant, que j’appellerai « post-dialogique » (dans le sens où il endosse la critique du dialogisme tant habermassien que latourien) relève davantage des sciences politiques et des media studies que des cultural studies. Entamant une discussion critique avec les politistes qui cherchent à appréhender les effets de l’internet sur la participation politique (essentiellement vue à travers les pratiques politiques classiques telles que le vote ou l’engagement au sein de partis politiques), ces auteurs insistent sur l’évolution des pratiques politiques et reviennent sur deux points importants :

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L’analyse des effets de l’internet sur la participation politique ne doit pas être cadrée par une posture techniciste qui recherche sur le terrain les effets d’une « révolution » de l’internet au sein des pratiques politiques classiques. Ainsi, les tenants du courant dit « réaliste » abordent l’internet dans des termes déterministes auxquels seraient attribués des effets immédiats et révolutionnaires, pour, dans un second temps, mettre en évidence sur le terrain l’inexistence de ces effets [84][84] Wright S., « Politics as Usual? », pour une critique....

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Il faut donc plutôt partir de l’évolution des pratiques politiques pour sortir du cadre « élitiste » des modèles de la délibération qui restreignent leurs analyses aux cadres traditionnels dans lesquels celle-ci se pratique. La conception actuelle de la délibération qui la limite à des arènes « plus adaptées aux “Senior Common Room” [85][85] La Senior Common Room est une organisation regroupant... qu’aux lieux de travail, aux halls des mairies ou aux squares publics » [86][86] Coleman S., Blumler J., The Internet and Democratic... n’est plus adaptée pour comprendre les mutations contemporaines des formes de la participation politique.

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Sans toujours se référer explicitement aux courants précédents avec lesquels ils partagent pourtant d’évidentes affinités, ces travaux s’appuient sur une argumentation à trois niveaux : (1) à partir des notions de life politics (Giddens) [87][87] Pour mieux comprendre la notion de life politics :... et lifestyle politics (Bennett) [88][88] Bennett W. L., « The uncivic culture: communication,..., il convient d’envisager les relations entre les individus et le politique comme médiés par d’autres rôles sociaux que celui de citoyen ; (2) dès lors, ce qui constitue « le politique » dans toutes les formes d’échanges communicationnels entre personnes peut être recherché dans d’autres dimensions de l’espace public que l’espace public politique à proprement parler : une approche critique des espaces délibératifs met en évidence des lieux alternatifs de discussion du politique ; (3) enfin, le développement d’Internet mais surtout les modes de consommation des médias de masse qui associent, dans une culture du remix, les contenus télévisés de masse et les réseaux sociaux, permettent l’émergence d’espaces de discussion du politique qu’il convient d’appréhender comme une forme de participation et d’engagement civique nouveau.

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Dans cette approche, les capacités de créativité des individus paraissent moins fondamentales que la façon dont ils structurent leurs références axiologiques et normatives. La modernité réflexive s’appréhende en termes d’évolution des formes de la médiation politique, en ce qu’elle vient défier le rapport traditionnel à l’autorité et en particulier à l’autorité politique. Les notions de life politics ou de lifestyle politics suggèrent ainsi que, pour les individus, l’entrée en politique s’effectue moins à partir de leur position dans la société en tant que citoyen ou membre d’une communauté politique quelle qu’elle soit, qu’à partir d’identités et d’intérêts construits dans l’espace public et dans les réseaux auxquels ils participent. Cette « citoyenneté en pratique » redéfinit d’une part l’acception du politique qui s’autonomise vis-à-vis des acteurs traditionnels au sein de l’espace public politique (partis, syndicats, groupes d’intérêts et autres lobbys) ; d’autre part, elle considère que c’est dans les liens sociaux tissés au sein de la société civile que se construit la perception des postures « politiques » des individus [89][89] Hermes J., Dahlgren P., « Cultural studies and citizenship »,.... Comme le formule T. Graham : « Dans ce cadre [théorique], les individus organisent les significations politiques et sociales autour des valeurs exprimées par leur style de vie et de leur propre parcours [90][90] Graham T., « Reality TV as a trigger of everyday political.... »

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Cette approche invite à reconsidérer le politique non plus comme la précédente à l’aune des pratiques expressives des individus, mais de leur activité délibérative au sein de l’espace public. En ce sens, elle s’appuie sur une partie des théoriciens de la délibération comme J. Dryzek, J. Mansbridge ou S. Chambers qui proposent d’ouvrir le concept de délibération en dehors des espaces institutionnels et procéduraux dans lesquels un usage public de la raison orienté vers le bien commun semble l’avoir confiné. Cette conception élargie de la délibération implique de voir ainsi à l’œuvre, dans des espaces plus informels, un processus public de production de la raison et de compréhension mutuelle. Il ne s’agit plus ici d’une délibération orientée vers la décision ou l’action politique directe mais de discussions quotidiennes qui n’ont pour fin qu’elles-mêmes. Pour autant, on peut considérer ces échanges comme des formes pratiques de la délibération dans le sens initial qu’avait donné Habermas à la raison communicationnelle [91][91] Mansbridge J., « Everyday talk in the deliberative.... De nombreux travaux ont cherché à investiguer ces espaces de discussion, en particulier en ligne mais pas seulement, autant pour des raisons méthodologiques – les espaces en ligne archivent les contenus – que parce qu’ils considèrent les espaces virtuels comme un lieu privilégié du déploiement de l’individualisme réflexif. Ont ainsi fait l’objet d’étude les émissions de télé-réalité ainsi que les forums et les chats qui se sont développés autour d’eux. À partir d’analyse de contenus et d’entretiens semi-directifs, divers travaux mettent ainsi en évidence le contenu politique des échanges entre les citoyens, échanges qui portent sur des sujets aussi divers que l’éducation [92][92] Graham T., « Reality TV as a trigger of everyday political..., la santé ou encore les relations entre les élus et les citoyens [93][93] Van Zonnen L., Muller F., Alinead D., Dekker M., Duits.... En ce sens, l’amenuisement des frontières entre espace(s) privé(s) et espace public, créant ce que D. Cardon nomme des zones du web en « clair-obscur » [94][94] Cardon D., La démocratie internet., facilite l’émergence de préférences normatives que la structure réseautique du web permet de faire circuler. La participation civique s’envisage ici dans sa dimension pragmatique et vécue, de sorte que la citoyenneté s’apprécie moins à travers la réalisation des grands actes citoyens qui rythment la vie des démocraties, que par l’expérience continue d’échanges discursifs, d’actes et d’engagements plus ou moins militants. Ainsi que le résume P. Dahlgren, « à travers ces pratiques civiques performatives, le non-politique peut devenir proto-politique, qui à son tour peut se développer et devenir proprement politique. Le politique peut alors à son tour se convertir en décisions politiques plus formelles [95][95] Dahlgren P., Media and Political Engagement. Citizen,.... »

On comprend ainsi que le point de divergence avec les études de communication politique plus traditionnelles qui se concentrent sur la manière dont les usages d’internet affectent (ou non) la participation aux élections et aux consultations officielles (gouvernementales ou décentralisées), ou la relation que les citoyens entretiennent avec leurs institutions ou avec les acteurs politiques (pris dans un sens large : élus, journalistes, etc.), porte moins sur la nature de ces relations que sur leur pertinence pour les démocraties modernes. Ainsi que le note T. Graham, ces travaux présentent certes une indéniable valeur, mais sous-estiment profondément la mutation de la citoyenneté telle que vécue par les individus eux-mêmes : en discutant politique sur les réseaux sociaux, les forums de fans d’émission satirique, les personnes interrogées rapportent non seulement s’engager dans une discussion politique, mais vivre certains échanges comme un acte citoyen [96][96] Graham T., « Reality TV as a trigger of everyday political....

Un important travail conceptuel reste cependant à faire : d’une part de définition de la participation politique et, dans le cadre de ce que l’on pourrait appeler une « praxéologie » de la citoyenneté, et d’autre part des liens existants entre les formes de la participation civique et l’émergence du sentiment de citoyenneté. C’est ce à quoi appelle un chercheur comme Couldry qui voudrait parvenir à opérationnaliser la notion de « citoyenneté ressentie » à travers une description plus fine des pratiques qui en dessinent les contours [97][97] Couldry N., « Culture and citizenship: The missing.... Enfin, moins évoqué et plus complexe à mettre en œuvre est l’important travail qui consiste à analyser si, sur le moyen et le long terme, ces échanges à contenus normatifs percolent des espaces d’expression vers la sphère politique décisionnaire.

Conclusion

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L’auteure de ces lignes est bien consciente du fait que les questions soulevées ici auraient mérité une mise en perspective et une discussion serrées avec la littérature en communication politique qui se montre plus réticente dans son appréciation sur l’ampleur réelle des pratiques participatives en ligne et leur lien avec le politique. Pour autant, la rencontre entre les champs des cultural studies, des media studies et d’une partie du champ de la communication politique paraît dessiner un domaine de recherche original pour les travaux sur la participation. Ils conduisent à l’appréhender non seulement de façon plus ouverte mais également sur un temps long de l’appropriation des technologies.

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C’est en effet mal comprendre l’innovation technique que d’espérer de celle-ci qu’elle produise les effets que ses concepteurs attendent d’elle. Non seulement ces derniers présentent des points de vue très contradictoires, comme l’atteste l’évolution de l’internet qui s’appuie sur des normativités hétérogènes, mais plus fondamentalement, c’est oublier que les individus reconstruisent en continu leur rapport au monde en fonction des technologies qui leur permettent de l’appréhender. La question en ce sens ne peut plus être « est-ce que l’internet va changer la participation ? », mais bien « comment la participation politique va-t-elle se reconfigurer dans un environnement médiatique qui se restructure et s’articule de façon inédite ? ».

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Dans cette perspective, certains auteurs proposent de relire les modèles de participation et se penchent sur les facteurs qui y contribuent en prenant en considération les vecteurs spécifiques de la participation en ligne [98][98] Albrecht S., « Whose voice is heard in online deli.... Il en ressort une appréhension plus fine du triptyque motivation, compétence (capacity) et mobilisation que l’on doit aux travaux de Verba, Sholzman et Brady. Ainsi, si la compétence s’apprécie par des facteurs socio-économiques traditionnels, il faut y adjoindre toute une série de compétences liées aux contraintes sociotechniques que les dispositifs font peser sur les individus qui s’engagent dans une activité participative. Les diverses formes de literacy – qu’elles relèvent des aptitudes à parler en public où à maîtriser un outil informatique – constituent certainement un des freins les plus importants à l’entrée en politique, même si certaines barrières peuvent désormais être contournées plus facilement du fait de l’étendue plus large des points d’entrée en politique. De la même façon, la motivation, essentiellement comprise comme l’aptitude à problématiser l’engagement politique comme une nécessité personnelle, a souvent été réduite aux facteurs éducatifs et socio-économiques qui traduisent une forme d’intérêt pour le politique. Les travaux sur la participation en ligne mettent en évidence que des motivations de tous ordres peuvent se traduire par une forme de participation politique. Enfin, la mobilisation a été replacée dans le cadre plus large des médias contemporains dont il s’agit d’analyser le rôle dans la définition de l’agenda et l’émergence des problèmes publics. Elle a par ailleurs pris des formes inédites pour quitter le champ de la politique partisane et intégrer les espaces virtuels dans lesquels se jouent d’autres dispositifs de sociabilité.

On ne peut désormais qu’espérer que le foisonnement des recherches sur la participation continue à s’enrichir des apports d’autres champs aussi divers que ceux de l’esthétique et de l’art contemporain et contribuent ainsi, nous l’espérons, à nous permettre d’appréhender de façon plus complète l’étendue des formes que la participation revêt dans les sociétés modernes.


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  • Wright S., « Politics as Usual? Revolution, normalisation and a new agenda for online deliberation », New Media and Society, 2011, à paraître.

Notes

[1]

Coleman S., Blumler J., The Internet and Democratic citizenship, Cambridge, Cambridge University Press, 2009.

[2]

Rheingold H., The virtual community: Homestanding on the electronic frontier, Cambridge, MIT Press, 2000 ; Corrado A., Firestone C., Election in Cyberspace. Towards a New Era in American Politics, Washington, The Aspen Institute, 1996 ; Hauben M., Hauben R., Netizens, Londres, Wiley/IEEE Computer Society Press, 1997.

[3]

Norris P., Digital Divide: Civic Engagement, Information Poverty, and the Internet Worldwide, Cambridge, Cambridge University Press, 2001 ; Coleman S., Gøtze J., Bowling together: online public engagement in policy deliberation, Londres, Hansard Society, 2001 ; Braconnier C., Dormagen J.-Y., La démocratie de l’abstention. Aux origines de la démobilisation électorale en milieu populaire, Paris, Gallimard, 2007.

[4]

Tsagarrousianou R., « Electronic democracy in practice… One, two, three… countless variants », Hermès, 26-27, 2000, p. 233-246.

[5]

Maigret E., Monnoyer-Smith L. (dir.), « www.Démocratie locale.fr », Hermès, 26/27, 2000.

[6]

Levy P., L’intelligence collective. Pour une anthropologie du cyberspace, Paris, La Découverte, 2004 ; Becker T. L., Slaton C., The Virtual Community: Homestanding on the Electronic Frontier, Cambridge, MIT Press, 2000 ; Rheingold H., The Virtual Community ; Mitra A., « Marginal voices in cyberspace», New Media & Society, 3(1), 2000, p. 29-48.

[7]

Di Maggio P., Hargittai E., Neuman W. R., Robinson J. P., « Social Implication of the Internet », Annual Review of Sociology, 27, 2001, p. 307-336.

[8]

Je fais ici référence au titre de l’ouvrage de Margolis M., Resnick D., Politics as Usual: The “Cyberspace Revolution”, Thousand Oaks, CA, Sage Publications, 2000.

[9]

Hindman M., The Myth of Digital Democray, Princeton, Princeton University Press, 2008, p. 133.

[10]

Greffet F., Wojcik S., « Parler politique en ligne. Une revue des travaux français et anglo-saxons », Réseaux, 150 (28), 2008, p. 19-50 ; Wright S., « Politics as Usual? Revolution, Normalisation and a New Agenda for Online Deliberation », New Media and Society, à paraître.

[11]

Norris P., Digital Divide ; Blondeau O. (avec la collaboration de L. Allard), Devenir Média. L’activisme sur Internet entre défection et expérimentation, Paris, Amsterdam, 2007 ; Mossberger K., Tolbert C. J., McNeal R. S., Digital Citizenship. The Internet, Society and Participation, Cambridge, MIT Press, 2008.

[12]

Monnoyer-Smith L., Communication et délibération. Enjeux technologiques et mutations citoyennes, Paris, Hermès, 2010.

[13]

Voir, par exemple, le travail de Serge Bouchardon sur la littérature numérique, qui aborde la même problématique en s’interrogeant sur les catégories auteur/lecteur, narrateur/narrataire, Bouchardon S., La littérature numérique, Paris, Hermès, 2010.

[14]

J’emprunte la formule à Robert P., La logique politique des technologies de l’information et de la communication, Bordeaux, Presses Universitaires de Bordeaux, 2005.

[15]

Chadwick A., « Recent Shifts in the Relationship Between the Internet and Democratic Engagement in Britain and the United States: Granularity, Informational Exuberance, and Political Learning », in Anduiza E., Michael Jensen M, Jorba L. (dir.), Comparing Digital Politics, Cambridge, University Press, 2011, à paraître ; Chadwick A., Internet Politics, Oxford, Oxford University Press, 2006.

[16]

Cardon D., La démocratie internet, Paris, Seuil, 2010.

[17]

Pour des raisons de tradition disciplinaire spécifiques à la France, il est très difficile de traduire en français le champ des media studies qui est celui dont relève notre littérature, à côté de celui de la communication politique. Les SIC (Sciences de l’information et de la communication) ont, dès leur origine en 1974, tenu à rassembler en une seule discipline les champs de la documentation, de l’information et de la communication là où dans les pays anglo-saxons la séparation académique est de rigueur. Voir le numéro 38 de la revue Y. Jeanneret et B. Ollivier (dir.), « Les sciences de l’information et de la communication », Hermès, 38, 2004, et en particulier Jeanneret Y., Ollivier B., « Introduction : Une discipline et l’université française », p. 13-19.

[18]

Maigret E., Macé E., Les médiacultures, Paris, Armand Colin, 2005.

[19]

McCarthy J. D., Zald M. N., « Resource Mobilization and Social Movements: A Partial Theory », American Journal of Sociology, 82, 1977, p. 1212-1241 ; Verba S., Schlozman K., Brady H., Voice and Equality: Civic Voluntarism in American Politics, Cambridge, MIT Press, 1995.

[20]

Leighley J., « Attitudes, opportunities and incentives: a field essay on political participation », Political Research Quarterly, 48, 1995, p. 181-209 ; Topf R., « Beyond political participation », in Klingemann H. D., Fuchs D. (dir.), Beliefs in Government, Oxford, Oxford University Press, 1995, p. 183-218 ; Fuchs D., « Models of democracy: participatory, liberal and electronic democracy », Papier présenté à l’ECPR, Édimbourg, 28 mars- 2 avril 2003 ; Vedel T., « Internet creuse la fracture civique », Le Monde, 21 juin 2010, Résultats de l’enquête Médiapolis, 2011, rapport disponible en ligne sur http://www.cevipof.com/fr/mediapolis/rapport/

[21]

Albrecht S., « Whose voice is heard in online deliberation? », Information, communication and society, 9(1), 2006, p. 62-82 ; De Zúñiga G. H., Veenstra A., Vraga E., Shah D., « Digital democracy: Re-imagining pathways to political participation », Journal of Information Technology &Politics, 7(1), p. 36-51.

[22]

Albrecht S., « Whose voice is heard in online deliberation? »; Price V., « Playing Politics: the experience of E-participation », in Shane Peter M., Coleman Stephen (dir.), Connecting Democracy: Online Consultation and the Future of Democratic Discourse, Cambridge, MIT Press, 2011, à paraître ; Wojcik S., « Prendre au sérieux la démocratie électronique. De quelques enjeux et controverses sur la participation politique en ligne », in Forey E., Geslot C. (dir.), La démocratie électronique, Paris, L’Harmattan, 2011, à paraître. Disponible en ligne sur HAL : http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/59/19/37/PDF/DEF_Wojcik_texte_BesanA_on_12.04.11_-_Copie.pdf.

[23]

Je fais allusion ici aux pratiques de remixage vidéo qui part de vidéos existantes et en réécrivent les dialogues et la musique ; voir à ce sujet l’ouvrage de Blondeau O., Devenir Média.

[24]

Moulier-Boutang Y., Le capitalisme cognitif : la nouvelle grande transformation, Paris, Amsterdam, 2007.

[25]

Lessig L., Free culture: how big media uses technology and the law to lock down culture and control creativity, New York, Penguin Press, 2004 ; von Hippel E., Democratizing Innovation, Cambridge, MIT Press, 2005 ; Benkler Y., The Wealth of Networks, Yale, Yale University Press, 2006.

[26]

Allard L., « Termitières numériques. Les blogs comme technologie agrégative du soi », Multitudes, 21(2), 2005, p. 79-86 ; Allard L . (dir .) avec la collaboration d’O . Blondeau., 2.0. Cultures numériques, Cultures expressives, numéro de la revue Médiamorphoses, 21, 2007 ; Blondeau O., Devenir Media ; Allard L., « Britney Remix : singularité, expressivité, remixabilité à l’heure des industries créatives. Vers un troisième âge de la culture ? », Poli, 1, 2009.

[27]

Jenkins H., Convergence Culture: Where Old and New Media Collide, New York, New York University Press, 2006 ; Jenkins H., « Geeking out for Democracy », article mis en ligne sur le blog de l’auteur, 2009. Disponible en ligne : http://www.henryjenkins.org/2009/05/geeking_out_for_democracy_part.html ; Allard L., « Britney Remix ».

[28]

Manovich L., The Language of New Media, Cambridge/Londres, MIT Press, 2001.

[29]

Lessig L., Free culture.

[30]

Lessig L., Remix: Making Art and Commerce Thrive in the Hybrid Economy, Londres, Bloomsbury Academic, 2008.

[31]

Lévy P., Cyberculture, Paris, Odile Jacob, 1997.

[32]

Johnson S., Interface culture, New York, Preseus Books, 1997.

[33]

Castells M., La galaxie Internet, Paris, Fayard, 2002.

[34]

Deuze M., « Collaboration, participation and the media », New Media and Society, 8(4), 2006, p. 691-698.

[35]

Jenkins H., Convergence Culture: Where Old and New Media, New York, New York University Press, 2006.

[36]

Manovich L., The Language of New Media, p. 19.

[37]

Ito M., « Médias mixtes et sociabilité », Médiamorphoses, 21, 2007, p. 37-48.

[38]

Jenkins H., Textual Poachers: Television Fans & Participatory Culture. Studies in culture and communication, New York, Routledge, 1992 ; Burwell C., Boler M., « Calling on the Colbert Nation: Fandom, Politics and Parody in an Age of Media Convergence », The Electronic Journal of Communication, 18(2) ; Gray J., Sandvoss C., Harrigton C. L. (dir.), Fandom: Identities and Communities in a mediated World, New York, New York University Press.

[39]

Pasquier D., La culture des sentiments, l’expérience télévisuelle des adolescents, Paris, Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, 1999.

[40]

Jenkins H., Convergence Culture, p. 34.

[41]

Un spoiling consiste à révéler des informations sur une série télévisée ou un film avant même sa sortie ou sa diffusion.

[42]

À partir de logiciels libres, un créateur de vidéo mash-ups recombine deux (ou plus) vidéos et sources audio pour fabriquer un produit dérivé, satirique, contestataire ou militant.

[43]

Petits films réalisés à partir de programmes disponibles sur les jeux vidéo qui proposent au joueur de composer sa séquence à partir d’une bibliothèque de personnages, de décors et d’actions. Allard L. « Express yourself 2.0 ! Blogs, pages perso, fansubbing… De quelques agrégats technoculturels ordinaires », in Maigret E., Macé E., Les médiacultures, Paris, Armand Colin, 2005, p. 145-172.

[44]

Ceci n’est cependant pas du tout anodin. G. Lucas a d’abord cherché à interdire ces films en poursuivant leurs auteurs devant les tribunaux, avant de tenter de contrôler toute nouvelle production par une maîtrise des formats de création avant d’y renoncer et de proposer finalement une collaboration avec les auteurs en valorisant leur travail (voir Jenkins, Convergence Culture, chap. 6).

[45]

H. Jenkins raconte cette histoire étonnante sur son blog : http://www.henryjenkins.org/2007/03/from_participatatory_culture_t.html, ainsi que dans l’introduction de son livre, Jenkins H., Convergence Culture.

[46]

Deuze M., « Collaboration, participation and the media », p. 2.

[47]

Appaduraï A., Après le colonialisme. Les conséquences culturelles de la globalisation, Paris, Payot, 2001.

[48]

Anderson B., L’imaginaire national. Réflexions sur l’origine et l’essor du nationalisme, Paris, La Découverte, 2002.

[49]

Blondeau O., Devenir media, p. 223 et s.

[50]

Jenkins H., « Introduction: Worship at the Altar of Convergence», Médiamorphoses, 21, 2007, p. 35.

[51]

Hartley J., Communication, cultural and media studies, Londres, Routledge, 2002, p. 22.

[52]

Atton C., Alternative media, Londres, Sage, 2002 ; Rodriguez C., Fissures in the mediascape. An International study of Citizen’s media, Cresskill (N.J.), Hampton Press, 2001.

[53]

Putnam R. D., Bowling Alone: the collapse and revival of American community, New York, Simon & Schuster, 2000 ; Putnam R. D., Democracies in Flux: The Evolution of Social Capital in Contemporary Society, Oxford, Oxford University Press, 2002.

[54]

Par exemple, au sein de ces débats très vifs, Ladd E., « The Data Just Don’t Show Erosion of America’s Social Capital », Public Perspective, 7(4), 1996, p. 4-22 ; Norris P., « Does Television Erode Social Capital? A Reply to Putnam », Political Science and Politics, 29(3), 1996, p. 474-480 ; Smith T., « Factors Relating to Misanthropy in Contemporary American Society », Social Science Research, 26(2), 1997, p. 170-196.

[55]

Hibbing J., Theiss-Morse E, Stealth Democracy: Americans’ Beliefs about How Government Should Work, Cambridge, Cambridge University Press, 2002.

[56]

Cardon D., Granjon F., Médiactivistes.

[57]

Norris P. (dir.), Critical Citizens. Global Support for Democratic Governance, Oxford, Oxford University Press, 1999. La date de publication de l’ouvrage ne doit pas prêter à confusion : les travaux de Putnam avaient fait l’objet de publications précédentes et Bowling Alone en constitue une compilation. L’ouvrage collectif de P. Norris est bien une réponse très structurée aux thèses défendues par Putnam.

[58]

Ibid., p. 258.

[59]

Cardon D., La démocratie internet.

[60]

Jenkins R., « Geeking out for Democracy ». Voir aussi Jenkins H., « The cultural logic of media convergence », International Journal of Cultural Studies, 7(1), 2004, p. 33-43.

[61]

Belaen F., « L’immersion au service des musées des sciences », Actes du Colloque ICHIM, École du Louvre, 2003, p. 91-110.

[62]

Estienne Y., Le journalisme après Internet, Paris, L’Harmattan, 2007 ; Deuze M., « Collaboration, participation and the media » ; Rebillard F., « Le journalisme participatif. De l’idéologie à la pratique », 2007. Disponible en ligne : http://www.fssp.uaic.ro/argumentum/numarul%206/01_Rebillard.pdf ; Mercier A., « Les défis du nouveau écosystème d’information et changement de paradigme journalistique », rapport de l’observatoire du webjournalisme, 2010. Disponible en ligne : http://obswebjournalisme.files.wordpress.com/2010/12/dc3a9fis-du-nouveau-ecosysteme-d-information.pdf.

[63]

Lessig L., Remix: Making Art and Commerce Thrive in the Hybrid Economy, Londres, Bloomsbury Academic, 2008.

[64]

Latour B., Nous n’avons jamais été modernes, Paris, PUF, 1991.

[65]

Pour plus de précisions voir Monnoyer-Smith L., « Deliberative Machines in techno-political arrangements. A theoretical discussion », in Cropf B., Krummenacher W. (dir.), Information Communication Technologies and the Virtual Public Sphere: Impacts of Network Structures on Civil Society, New York, IGI Global Publishing, 2011, p. 35-51.

[66]

Cardon D., Granjon F., Médiactivistes, p. 13 et s.

[67]

Pour un éclairant historique des mouvements altermondialistes, Cardon D., Granjon F., « Les mobilisations informationnelles dans le mouvement altermondialiste », Colloque « Les mobilisations altermondialistes », Paris, 2003. Disponible en ligne : http://www.afsp.msh-paris.fr/activite/groupe/germm/collgermm03txt/germm03cardon.pdf

[68]

Mattelard A., Mass Media, idéologies et mouvement révolutionnaire (Chili 1970-1973), Paris, Anthropos, 1974 ; Mattelard A., Multinationales et système de communication, Paris, Anthropos, 1976.

[69]

Chomsky N., Herman E., La Fabrication du consentement. De la propagande médiatique en démocratie, Agone, 2008 [1988] ; Bourdieu P., De la télévision, Paris, Liber, 1996.

[70]

Gingras A.-M., « La démocratie et les nouvelles technologies de l’information et de la communication : illusions de la démocratie directe et exigences de l’action collective », Politique et Sociétés, 18 (2), 1999, p. 7-59 ; Georges E., « De l’utilisation d’Internet comme outil de mobilisation : les cas d’ATTAC et de SalAMI », Sociologie et sociétés, 32 (2), 2000, p. 172-188 ; Granjon F., L’internet militant, Paris, Apogée, 2001.

[71]

Downing J. D., Radical Media: Rebellious Communication and Social Movements, Londres, Sage, 2000.

[72]

Il s’agit de la personne ayant créé le réseau social autour de l’émission The Daily Show qui fait partie du corpus d’émissions analysées par les auteures.

[73]

Burwell C., Boler M., « Calling on the Colbert Nation », p. 17.

[74]

Beck U., Giddens A., Lash S., Reflexive modernization. Politics, tradition and aesthetics in the modern social order, Stanford, Stanford University Press, 1994.

[75]

Blondeau O., Devenir média.

[76]

Allard L., « L’impossible politique des communautés à l’âge de l’expressivisme digital », Sens Public, 7-8, 2008, p. 105-126 ; Allard L., « Britney Remix ».

[77]

Allard L., « Blogs, Podcast, tags, Mashups, Locative Medias. Le tournant expressiviste du web », Médiamorphoses, 21 (57), 2007, p. 57-62.

[78]

Expression emprunté à M. Foucault par L. Allard et O. Blondeau, Dits et écrits, Paris, Gallimard, 2001, tome 2.

[79]

Atton C., Alternative Media, Londres, Sage, 2002.

[80]

Jenkins H., « Introduction: Worship at the Altar of Convergence », Médiamorphoses, 21, 2007, 35, p. 36.

[81]

Edwards R. L., « Political videos mashups as allegories of citizen empowerment », First Monday, 14(10), 2009.

[82]

Rodriguez C., Fissures in the mediascape.

[83]

Allard L., Blondeau O., « La cathédrale et le bazar », 2009, billet publié en ligne sur le site de la Fondapol sur http://www.fondapol.org/politique-2-0/1618/.

[84]

Wright S., « Politics as Usual? », pour une critique détaillée du prisme du cadrage de l’internet comme technologique « révolutionnant » les pratiques politiques.

[85]

La Senior Common Room est une organisation regroupant des enseignants-chercheurs dont l’origine remonte à la structuration des grandes universités britanniques (Oxford ou Cambridge) en « rooms » : il existe ainsi des Junior Common Room réservés aux étudiants et des Post-graduate Common Room pour les diplômés. Les « Rooms » prennent en charge divers aspects de la vie étudiante, qui s’agisse des activités sociales et de loisir que de l’organisation logistique et institutionnelle de la vie universitaire.

[86]

Coleman S., Blumler J., The Internet and Democratic citizenship.

[87]

Pour mieux comprendre la notion de life politics : « Alors que les politiques émancipatoires sont des politiques qui visent à donner une meilleure chance aux citoyens, la politique de la vie (life politics) vise à libérer les choix de vie des individus. La politique de la vie est d’ordre réflexif – dans le système de la modernité réflexive – ce qui, que ce soit au niveau individuel ou collectif, a profondément modifié les paramètres existentiels des pratiques sociales. Il s’agit d’une politique d’auto-actualisation dans un environnement réflexif, où la réflexivité opère un lien entre soi et son corps et l’ensemble des systèmes à une échelle globale (…) La politique de la vie intéresse des domaines politiques à partir du moment où ceux-ci dérivent d’un processus d’auto-actualisation individuelle dans un contexte post-traditionnel où des influences plus globales sont réflexivement intériorisées par les individus, et où, à l’inverse, les projets d’autoréalisation individuelles ont une influence directe sur les stratégies globales. » Modernity and self-Identity: Self and Society in the Late Modern Age, Cambridge, Cambridge University Press, 1991, p. 214 (traduction de l’auteure).

[88]

Bennett W. L., « The uncivic culture: communication, identity and the rise of lifestyle politics », Political Science and Politics, 31(3), 1998, p. 741-761.

[89]

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[90]

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Résumé

Français

Cet article propose de suivre une partie de la littérature récente dans le domaine des cultural studies et des media studies qui analyse les mutations des formes de la participation grâce à l’utilisation d’Internet et des nouvelles fonctionnalités autorisées par le web 2.0. La notion de participation est abordée dans ce cadre comme une composante essentielle de la « culture numérique » qui se dessine à mesure que les pratiques de production et d’échange de contenus en ligne s’affirment et se diversifient. Cette forme de culture participative interroge les frontières traditionnelles de la participation politique en dépassant les formes classiques de l’engagement militant et citoyen pour se pencher sur d’autres formes de la prise de parole politique. Ainsi replacée dans un contexte sociotechnique et médiatique plus large, la notion de participation politique invite à reconsidérer certains des constats pessimistes sur l’engagement politique des citoyens.

Mots-clés

  • culture numérique
  • Internet
  • expressivisme
  • post-dialogisme
  • identité
  • cultural studies
  • media studies
  • modernité réflexive

English

This article aims to follow the recent literature in media studies and cultural studies which analyses the mutation of political participation as the use of Internet and web 2.0 tools grow. In this perspective, political participation is addressed through the notion of digital culture of which it is an essential component, as practices of content production and exchange develop themselves online. This particular form of participatory culture challenges existing conception of political engagement and citizenship and takes into account other mediated forms of political talk. Political participation is then envisioned in a new sociotechnical context and invites us to reconsider some pessimistic views on citizens’ political engagement.

Keywords

  • digital culture
  • Internet
  • life politics
  • post-dialogism
  • identity
  • cultural studies
  • media studies
  • reflexive modernity

Plan de l'article

  1. Introduction
  2. La participation, élément clé de la culture numérique
    1. Culture numérique, culture participative
    2. Les composantes de la culture numérique
  3. Expressivisme, participation et crise de la représentation
    1. Le courant contre-hégémonique
    2. Le courant expressiviste
    3. Le courant post-dialogique
  4. Conclusion

Pour citer cet article

Monnoyer-Smith Laurence, « La participation en ligne, révélateur d'une évolution des pratiques politiques ? », Participations, 1/2011 (N° 1), p. 156-185.

URL : http://www.cairn.info/revue-participations-2011-1-page-156.htm
DOI : 10.3917/parti.001.0156


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