Pensée plurielle
De Boeck Université

I.S.B.N.
150 pages

p. 13 à 14
doi: 10.3917/pp.004.0013

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Dossier

no 4 2002/1

2002 Dossier

Le clown poète. Un passeur de lumière.

Paolo Doss Paolo DOSS est poète. Depuis 1987, il est clown sur la scène du social. Face à la souffrance, il nous dit : je refuse d'ajouter à la noirceur du monde. Son art est un travail de reconnaissance de l'individu.
« Je ne suis pas la lumière, mais la couleur, le vitrail »,dit Paolo DOSS.
Paolo Doss est clown depuis 1987. Il l’est sur la scène de la vie et la scène du social. Il est présent sur de multiples terrains socioculturels. Auprès des enfants de l’école maternelle qu’il éveille à la nature et à l’environnement. Des enfants du primaire qu’il ouvre à la réalité de la pauvreté et de l’exclusion. Des jeunes et des familles. Des chefs d’entreprise qu’il invite à regarder du côté de l’innovation. Des intervenants du monde de l’enfance qu’il aide à être à l’écoute des besoins de l’enfant. Des travailleurs sans emploi auxquels il réaffirme leur existence. Des syndicats où il veut apporter un message de dignité (« et moi, dans cette structure, est-ce que j’existe ? »). Il va aussi vers ceux qui vivent et côtoient la maladie, la vieillesse, l’attente de la mort, le deuil, le handicap. Une fois par semaine, il rencontre les enfants hospitalisés aux Cliniques Saint-Luc à Bruxelles. Il va encore vers ceux qui « plus loin » vivent dans le « tiers-monde ». Il s’aventure du côté de la religion, de la foi, de l’éthique, de la sexualité. L’institution qui l’invite peut être une maison de repos, une université, un service de soins palliatifs, une école sociale, une prison, Télé-Accueil, un centre culturel, parmi bien d’autres.
Au travers de ses activités artistiques, il souhaite favoriser une prise de conscience chez ceux qu’il rencontre ou tout simplement offrir sa présence à ceux qui se trouvent dans une situation de vie particulièrement dure. Par ailleurs, il anime des formations qui visent à retrouver en soi son « clown inter-rieur », cet enfant caché derrière le personnage socialisé et qui est appelé à « re-de-venir » soi.
Son répertoire comprend actuellement cinq « one man show » thématiques : - « J’ai tout fait dans l’œuf ! » aborde la naissance ainsi que la question du désir d’enfant et des manipulations génétiques.
- « Des espoirs au singulier » traite de la solitude et de l’exclusion.
- « La graine du pêcher » parle de la recherche de l’autre, de celle de l’idéal et de la femme idéale.
- « Plats nets à vendre » s’intéresse au monde en touchant l’écologie de la terre et l’écologie intérieure.
- « Rêve d’ange heureux » pose des questions existentielles en se penchant sur la peur et l’au-delà (« est-ce que j’existe en ciel ? »).
Il peut présenter ces spectacles tels quels ou (et c’est le plus fréquent) personnaliser son spectacle à partir d’extraits de ses cinq créations en fonction du vécu et de la situation du public rencontré.
Il propose par ailleurs des animations, en particulier avec les enfants. Il s’agit alors de spectacles participatifs où l’enfant collabore et où l’improvisation occupe une place importante. Auprès d’enfants hospitalisés atteints de maladies incurables ou chroniques, il ouvre au rire ou à la tendresse ou à la poésie selon les besoins de l’enfant, de ses parents et du personnel soignant.
Revêtu de sa seule dignité humaine, ce clown tout à fait unique en son genre, nous invite par son art, à construire un monde authentiquement humain et une société différente. C’est sa "paolonthologie".
Pour lui, il est essentiel que la personne soit reconnue, en particulier au sein d’une société fabriquant à la fois la non-reconnaissance et des individus perdant leur individualité en même temps que leur « je ». Tout être naît avec une estime de soi extraordinaire. Or, il est de plus en plus fréquent de s’exprimer par « on » ou par « tu » à la place du « je ». Être reconnu et s’estimer soi-même sont donc deux visées fondamentales.
Mais être reconnu en tant que personne suppose qu’il y ait eu au préalable reconnaissance de sa souffrance propre. Nous vivons dans une société où la souffrance n’est pas bonne et où elle est considérée de manière impersonnelle (qu’importe ma souffrance à moi au regard des drames mondiaux ?). Toutefois, l’idée n’est pas ici de n’exister que par la souffrance mais plutôt d’envisager celle-ci comme une étape, une impulsion vers la lumière.
En outre, chacun a une responsabilité dans la vie et dans le monde. « Je peux peser sur le monde en pesant sur moi-même ». Face aux détresses, aux problèmes, aux injustices, chacun peut se demander : « Qu’est-ce que moi je peux faire ? » Et notre clown ajoute : « Je refuse d’ajouter de la noirceur au monde ». À côté du respect dû aux personnes, il y a place pour la plaisir. Au cœur de cette responsabilité, Paolo Doss dit ne pas se soucier du résultat. Selon lui, le résultat ne lui appartient pas. « C’est la vie qui agit à travers moi. Ce n’est pas moi qui agis sur les gens ». Certes, en donnant sa propre personnalité, il donne une teinture à la vie. Mais il dira qu’il n’est pas la lumière, plutôt la couleur, le vitrail. Il peut donc être plus disponible : il porte la responsabilité de la couleur, non celle de la lumière.
Il ajoute qu’il passe son temps à se mettre en réponses dans une société où l’on a l’habitude de se mettre en question. Derrière cette difficulté à se mettre en réponse, se cache la peur de se tromper, la peur d’essayer, la peur d’être jugé. La reconnaissance en dehors de tout jugement est donc fondamentale.
Le travail d’artiste de Paolo Doss - qui se veut très exigeant sur la qualité de son œuvre - consiste en quelque sorte à montrer des échappatoires aux carcans et enfermements dans lesquels nous sommes, aux niveaux personnel, éducationnel, social. Il y a toujours cette tendance à chercher une trop grande adéquation avec le monde : « télévissé dans mon fauteuil, je crois que c’est moi qui choisis, mais c’est la télé qui commande à distance ; je ne fais jamais que changer mes chaînes ». Face à cette tendance, son message peut se résumer en ces mots : « Soyez vous-mêmes. Le monde a besoin de vous ».
Lui, en tous cas, il est lui-même et en constant devenir d’être. Né d’un « père formant » et d’une « mère veilleuse », il jongle avec ses mots (ses « vers-balles ») et ses yeux, son visage et son corps. Comique et poétique, il (r)éveille en chacun la tendresse, l’émotion, le rire. Lors de ses spectacles, chacun peut s’aimer davantage et se sentir proche de l’autre dans la salle, cet autre pourtant inconnu. Des espoirs singuliers se forment. Un désir de relation (re)naît. Un rêve dangereux, en quelque sorte.
Sensible, capable d’avoir mal aux autres, Paolo Doss ne cesse de nous mettre en chemin vers l’« essence-ciel ».
Contact : Paolo Doss 02/771 56 58
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