2002
Dossier
Aspects du traitement des abuseurs sexuels par une équipe
hospitalière
[1]
Pierre Collart
[a]
[b]
Yves Depauw
[a]
Martine Heremans
[a]
La prise en charge thérapeutique d'abuseurs sexuels en
milieu hospitalier repose sur un programme spécifique de traitement établi dans
une optique pluridisciplinaire. L'intégration dans l'hôpital permet
de recourir à une gamme de compétences étendue. Le traitement est structuré
autour d'un programme général qui s'articule avec une
individualisation de la thérapie. La prise en charge globale de l'abuseur
amène également à envisager l'équipe thérapeutique comme une référence
stable à travers le temps et à mobiliser l'ensemble des acteurs sociaux
impliqués dans la gestion de la situation. Enfin, la mise en évidence de la
dimension sociétale des abus sexuels conduit les thérapeutes d'abuseurs à
prendre part à la définition des objectifs sociaux de gestion du phénomène et à
s'intégrer dans un réseau complexe d'intervenants.Mots-clés :
abuseur sexuel, traitement, hôpital, société, globalisation.
L'abus sexuel est un problème social, à la fois parce que
la qualification de comportements en termes d'abus est une construction
sociale, parce que plusieurs systèmes sont impliqués dans la réaction aux
situations abusives, et parce que les données épidémiologiques disponibles nous
montrent qu'il s'agit d'un phénomène ubiquiste.
Ce que nous entendons par « abus sexuel » comme construction
sociale, c'est qu'au-delà du comportement en soi, le contexte dans
lequel il s'inscrit est l'élément qui va permettre de le définir
comme socialement utile, inutile ou même nuisible, d'établir une
dialectique normalité-anormalité (voir les données historiques et
anthropologiques, e.a. Bleibtreu-Ehrenberg, 1990 ; Bullough, 1990). En posant
ces règles, la société va organiser la sexualité, la procréation et la
pa-renté, autrement dit, l'insertion d'un individu dans un groupe
biosocial.
Si nous qualifions les relations sexuelles qu'un adulte
entretient avec un enfant de déviantes, c'est donc parce que la manière
dont nous nous représentons l'enfance est incompatible avec une sexualité
adulte. L'enfant de nos sociétés modernes est incapable de donner un
consentement éclairé à ces comportements sexuels, même s'il a une
connaissance technique de la sexualité (Finkelhor, 1979). La qualification
d'abus tire également une part de sa substance dans la définition sociale
de la sexualité et de la parenté. Socialement, il y a des partenaires
acceptables et d'autres qui ne le sont pas. Cette définition des relations
amène donc un dépassement du sexe biologique au profit du sexe
so-ciologique.
C'est sur base de ce cadre référentiel que vont
s'organiser la définition de l'abus sexuel et les réactions vis-à-vis
des abuseurs et de leurs victimes.
Les données épidémiologiques disponibles pour la Belgique
montrent que 20 à 25 % des femmes ont été confrontées à la sexualité adulte
durant leur enfance ; la proportion de garçons abusés serait de 1 pour 2,5 à 3
filles et la grande majorité des abus sont commis par un familier de la victime
(Glowacz & Bawin, 1988 in Born, Delville et al. , 1996 ; Hayez,1992). Les
victimes présentent souvent une symptomatologie impressionnante, largement
décrite dans la littérature (e.a. Browne & Finkelhor,1986 ; Finkelhor,1990
; Hayez,1992, Kendall-Tackett, Williams, Finkelhor,1993 ; Haesevoets,
1995).
La révélation d'une situation d'abus va impliquer
divers systèmes sociaux (Gelles, 1975), qui auront chacun leur grille de
lecture et de réaction spécifiques, en fonction de leur fonction sociale, de
leurs écoles théoriques et de leurs méthodologies (Ames & Houston,1990 ;
Okami & Goldberg,1992). Ainsi, le citoyen moyen considérera l'abuseur
comme un « monstre »qu'il faut à tout prix empêcher de nuire à nouveau ;
le juriste le verra comme un délinquant qu'il faut sanctionner (République
française, Rapport LC21,1996) ; et le thérapeute, comme une personne atteinte
d'une pathologie, qu'il faut traiter (e.a. Levine, Risen, Althof,1990
; Lanyon,1991 ; Abel, Osborn, Anthony, Gardos,1992 ; Schwartz,1992). Ces
différentes lectures ne sont pas isolées, et des axes d'intervention
communs consensuels se dégagent des différents systèmes impliqués, comme la
non-récidive de l'abuseur, la protection des enfants, la prévention des
abus, etc.
Au-delà du strict traitement psychomédical de l'abuseur,
le thérapeute doit donc s'impliquer, avec les autres intervenants sociaux,
dans une réflexion sur la prise en charge globale des situations d'abus
sexuels. Cette réflexion doit permettre de dégager les objectifs communs et
spécifiques aux différents intervenants, de mettre en évidence la compatibilité
des moyens utilisables pour la gestion de ces situations avec la conception
actuelle d'un traitement humain de la personne, fut-elle abusive.
Autrement dit, la prise en charge de l'abuseur sexuel n'est pas une
question juridique, ni une question thérapeutique, c'est une question de
société, qui doit mobiliser les moyens qu'elle a à sa disposition pour
répondre à ce problème de manière globale
[2].
Le contexte social que nous venons de décrire a amené à
concevoir notre intervention selon trois axes : la création d'une
structure spécifique d'évaluation et de traitement de l'abuseur
sexuel en milieu hospitalier ; la mise au point d'une approche globale de
l'abuseur ; l'intégration de l'action thérapeutique dans un
réseau d'intervenants sociaux.
Méthodologie de la prise en charge des abuseurs sexuels en milieu
hospitalier.
Historique et
population
Le groupe EPCP (groupe d'évaluation et de prise en
charge des paraphilies) fonctionne au sein de l'hôpital psychiatrique
Vincent Van Gogh, du CHU de Charleroi (Belgique), depuis 1996.
L'accroissement des demandes de traitement de paraphiles (selon la
terminologie du DSM IV, 1994) que l'on a constaté depuis 1994 a rendu
nécessaire la création d'un programme thérapeutique spécifique.
Sur une période de 5 ans, du 01.01.1996 au 31.12.2000, 323
demandes d’évaluation et de prise en charge thérapeutique ont été adressées au
groupe EPCP.
33% des demandes sont formulées par des personnes détenues en
vue d’une thérapie dès leur libération conditionnelle, leur libération
provisoire ou l'exécution du sursis probatoire. 46% des demandes
concernent des personnes dont le dossier est à l'instruction ; 5%
concernent des internés et 14% des demandeurs n’ont pas de contact avec la
justice. Il faut noter également que 2% des demandeurs dépendent de la
protection de la jeunesse.
Les abus sont dans 78% des cas, des viols ou attouchements,
dans 17%, de l’exhibitionnisme ou voyeurisme. 5% des cas concernent la
détention de matériel pédophile, ou sont indéterminés à la première
demande.
Les demandeurs sont tous des hommes, à l’exception de 4
femmes.
L’âge moyen de l’abuseur à la première demande est de 41 ans
(14-83 ans).
L’âge moyen des mineurs abusés est de 11 ans (3-18 ans). Il
s’agit dans 80% de filles et dans 20% de garçons. Le nombre de victime par
abuseur varie de 1à 50. 78% des abuseurs ont commis plusieurs actes (sur une ou
plusieurs victimes) avant d’être référés à notre centre. Dans 95% des cas, la
victime connaît l’abuseur (46% d’abus intrafamilial).
Par ailleurs, cette population d'abuseurs sexuels est
hétérogène au niveau de la structure de personnalité (n=60) : 30% de névrosés,
26% de psychopathes, 20% de pervers, 12% de psychotiques, 12% de patients
présentant des pathologies organiques (syndromes frontaux de Korsakoff,
épilepsie, débilité). Un autre type d’hétérogénéité de la population concerne
les caractéristiques socio-économiques des abuseurs: tous les statuts sociaux,
tous les niveaux d’instruction, toutes les possibilités en matière d’état civil
sont représentées.
Structure
L'équipe thérapeutique EPCP est pluridisciplinaire. Elle
est composée d'un neuropsychiatre, d'un sociologue-sexologue,
d'une ergothérapeute, d'une psychologue et d'une secrétaire.
Elle travaille de manière privilégiée avec des psychologues spécialisés dans le
diagnostic, un juriste, un endocrinologue, un kinésithérapeute.
L'intégration de ce programme spécifique au sein
d'une structure hospitalière générale et psychiatrique permet de recourir
facilement à une gamme très large de ressources utiles pour le diagnostic et la
prise en charge des paraphilies : unité spécialisée dans le diagnostic
psychiatrique, service d'urgence et d'urgence psychiatrique,
neurologie, endocrinologie, service social.
La structure d'hospitalisation de jour est utilisée dans
le programme de base du groupe EPCP et l'hospitalisation complète de
patients est envisageable dans les cas qui le nécessitent.
L'hétérogénéité de la population des abuseurs sexuels
rend nécessaire la recherche d'un équilibre entre les objectifs généraux
de la prise en charge thérapeutique et la réponse effective aux besoins
thérapeutiques spécifiques de chaque patient (Ganzarain & Buchele, 1990 ;
Schwartz, 1992). Il y aura donc à distinguer les hospitalisations de jour
thérapeutiques comme élément central du traitement et les interventions
spécifiques à chaque patient. L'ensemble de ces dimensions vont
s'articuler dans le modèle de prise en charge thérapeutique que nous
mettons en œuvre.
Programme thérapeutique
général
Évaluation
L'évaluation est la première étape dans le processus
général de la prise en charge. Elle permet essentiellement d'approcher de
manière précise la personnalité du patient et de mettre en évidence les
différentes dimensions de la problématique rencontrée, de clarifier la position
du patient par rapport aux comportements sexuels socialement inadéquats en
cause, d'estimer les possibilités de thérapie pour le patient, de faire le
point sur la situation sociale et judiciaire. L’évaluation consiste en
plusieurs entretiens d'anamnèse, une batterie de tests psychologiques
généraux et spécifiques aux paraphilies, un testing neurotechnique, un bilan
biologique complet.
Cette évaluation permet d'envisager les modalités
thérapeutiques à proposer à chaque patient, mais l'admission dans le
programme thérapeutique est dans tous les cas subordonnée à la reconnaissance
par le patient de l'existence d'un problème lié à la sexualité. Cela
ne signifie pas qu’il avoue la totalité des comportements posés, ou leur aspect
délictueux. Les aspects seront bien sûr travaillés en thérapie.
C'est au cours de cette première phase du travail que le
patient et l'équipe thérapeutique s'engagent quant aux modalités de
la prise en charge par la si-gnature d'un contrat thérapeutique.
Dès le départ de la prise en charge de groupe débute le
travail visant à passer d'une situation d'aide contrainte (la plus
fréquente) à une alliance thérapeutique entre patient et thérapeutes.
La prise en charge thérapeutique générale a lieu un jour par
semaine au minimum, sur le mode des hospitalisations de jour.
Le programme standard prévoit des activités
psychothérapeutiques de groupe (à peu près 12 personnes par groupe, plus les
thérapeutes).
Deux axes thérapeutiques principaux sont développés : le
groupe thérapeutique et le travail avec l'environnement du
patient.
Travail en groupe
thérapeutique
Le groupe thérapeutique rassemble des patients qui présentent
des pro-blèmes différents tant au niveau de leur contenu, recouvrant
l'ensemble du champs des paraphilies (abus sexuels sur mineurs,
exhibitionnisme, voyeurisme,... ) que de leur intensité (abus isolé, répétitif,
nombre de victime, niveau de violence). Le groupe est ouvert, permettant
d'intégrer ou de faire sortir un patient à n'importe quel
moment.
Cette approche permet à chaque patient, de par la
confrontation à l'exemple des autres, de se situer et d'évoluer par
rapport à sa progression dans le processus thérapeutique. Le groupe
thérapeutique est d'inspiration psychodynamique, mais intègre également
des méthodes behavioro-cognitives (Abel, Osborn, Anthony, Gardos, 1992) dans le
but d'atteindre les objectifs d'évitement de la récidive,
d'analyse et de remédiation des distorsions cognitives, de développement
de l'empathie envers les autres et notamment les victimes, de
responsabilisation sociale, de gestion des sentiments, d'amélioration de
l'image de soi (Tardif, 1993).
L'apprentissage et l'utilisation de l'analyse
transactionnelle dans ce groupe donnent de bons résultats en termes
d'accessibilité et de compréhension de l’analyse des situations et des
modes de fonctionnement des patients, tant dans le groupe que dans leur vie
quotidienne et dans leur comportement sexuellement abusif.
Le patient acquiert progressivement une grille de lecture
utilisable pour sa réflexion sur lui-même ainsi que pour l'amélioration de
son fonctionnement social. L'A.T. permet également au patient
d'identifier ses déficits relationnels et de proposer un programme
thérapeutique spécifique à sa situation.
Un autre aspect du travail thérapeutique de groupe est le
groupe d'expression centré sur la remédiation des déficits
d'habiletés sociales, notamment en plaçant le patient devant des
situations problématiques de la vie quotidienne, qu'il doit essayer de
résoudre. Les exercices proposés sont progressivement plus difficiles, et
passent de thèmes généraux à l'approche des dimensions affectives et
sexuelles des relations humaines. Cette activité met l’accent sur l’expression
des émotions et du ressenti au travers des exercices préparés et de la mise en
mots de ces émotions. Il favorise la reconnaissance de l’existence de l’autre
en tant que personne, l’apprentissage du respect de l’autre et de ses
différences, l’identification et l’émergence des aspects positifs présents dans
chaque individu.
Des techniques de sophrologie et de relaxation permettent
enfin aux patients d'apprendre des modes de gestion du stress de la vie
quotidienne - particulièrement important pour beaucoup de patients - en premier
lieu et des situations à risque pour le passage à l'acte ensuite.
Travail de groupe avec les
proches
Parallèlement au travail effectué avec les abuseurs sexuels,
un groupe destiné aux épouses, compagnes, mères, ou amis des patients est
organisé. L'objectif est de mobiliser les personnes de l'entourage du
patient qui sont susceptibles de collaborer à la mise en place d'un cadre
de contention suffisant permettant le maintien, autant que possible, du patient
dans la vie sociale. C'est là un élément important de la gestion du risque
de récidive. D'autre part, les proches ont dans ce groupe l'occasion
d'exprimer leurs sentiments, espoirs, craintes et griefs par rapport à la
situation qu'ils connaissent. C'est là l'occasion d'un
travail touchant l'environnement du patient abuseur sexuel, qui permet
d'orienter et d'opérationnaliser les potentialités existantes vers la
réinsertion sociale du patient. C'est aussi la possibilité de sensibiliser
la personne à la démarche thérapeutique et d'envisager un travail
spécifique conjugal ou familial.
Interventions
spécifiques
L'individualisation au moins partielle de la démarche
thérapeutique est rendue nécessaire par l'hétérogénéité de la population
en traitement, par la progression de chaque patient dans le processus
thérapeutique, par l'indispensable adéquation des moyens thérapeutiques
mis en œuvre avec les besoins réels du patient.
Cette individualisation porte sur deux aspects :
l'intensité du traitement et l'utilisation de méthodes spécifiques.
D'autre part, il est également nécessaire de prévoir des objectifs
thérapeutiques individualisés, qui peuvent se limiter à fournir à tel patient
des techniques rudimentaires d'évitement du passage à l'acte, mais
qui peuvent aller jusqu'à une réelle thérapie en profondeur avec tel autre
patient.
Entretiens individuels, de
couple, de famille
Ces différentes prises en charge sont particulièrement
importantes pour l'établissement d'un cadre de contention efficace
qui mobilise le partenaire, les membres de la famille, et plus généralement
l'environnement.
Par ailleurs, les entretiens de couple et de famille,
lorsqu'il y a une indication, sont l'occasion d'un recadrage des
comportements sexuels abusifs dans une dynamique de couple ou de famille qui
s'est avéré pathologique. Bien entendu, pour certaines familles,
l’objectif poursuivi sera un fonctionnement nouveau, qui se veut le plus
harmonieux possible, l’abuseur ayant sa place dans cette dynamique
familiale.
Utilisation de méthodes
comportementales visant à maîtriser la réponse aux stimuli
déviants
L'arsenal de méthodes comportementales visant à
identifier et diminuer les excitations sexuelles se développant sur base de
stimuli déviants, et augmenter la réponse sexuelle aux stimuli non déviants ne
s'utilise qu'avec l'accord du patient.
Hospitalisations
spécifiques
En fonction de la situation spécifique de chaque patient, des
hospitalisations peuvent être proposées. Celles-ci peuvent être partielles ou
complètes, régulières ou ponctuelles, de durée variable. Leur objectif peut
être tant la contention et la minimisation du risque de récidive que
l'occasion d'une véritable action thérapeutique.
Médication (antiandrogènes et
antidépresseurs)
La prescription de GnRH concerne actuellement 6 patients qui
présentent des comportements sexuels compulsifs (Gagné, 1993 ; Prentky 1997 ;
Röstler & Witztum, 1998).
L'utilisation de SSRI est également envisagée
(Greenberg, Bradford, 1997).
Conclusion
La thérapie des abuseurs sexuels combine des objectifs
généraux avec des objectifs spécifiques à chaque patient. Pour ce faire, des
moyens généraux et des moyens spécifiques doivent être mis en œuvre de manière
souple, pouvant suivre et respecter l'évolution de chacun des patients. Le
tableau ci-dessous reprend les différentes phases d'intervention, leurs
objectifs, actions et moyens spécifiques :
Programmediagnostiqueetévaluationdelaproblématique
Entretiensd’organisationdupremiercadreetprisedes
Miseenplacedesrelationséventuellesavecd’autresinter-
Urgences-urgencespsychiatriques Hospitalisation Médication
Groupesthérapeutiques«paraphiles»Groupespriseencharge«proches»
Priseenchargepsychothérapeutique
Méthodesspécifiquesauxproblématiquesindividuelles
Coordinationactionthérapeutique/justice/autresinter-
Possibilitéderetoursponctuelsàlaphase1
Plusgrandeindividualisationdelapriseencharge(psy- Groupe«avancé»
Orientationducadreverslelongterme Programmed’évaluationsrégulières
Possibilitéderetoursponctuelsauxphases1et2 -individuelle -couple -famille
ACTIONSETMOYENS Š Š premièresmesures Š
venants(magistrature,avocats,intervenantssociaux...) Š Š Š Š Š Š Š Š venants Š
Š chothérapieindividuelle,degroupeoufamiliale) Š Š Š Š
Miseenplacedupremiercadredecontention Évitementdurisquederécidiveimmédiat
Évaluationdelasituation Identificationdespossibilitésdepriseenchargeetmodal-
PremièreétapedelapriseenchargethérapeutiqueÉvaluationpousséedelaproblématique
Évaluationdeladangerositéetdurisquederécidive Évitementdupassageàl’acteabusif
Développementdecomportementssociauxadéquats
Miseenévidencedel’étenduedelaproblématiqueet
Élaborationducadredecontentionsocialeavecimplication
Gestionàlongtermedurisquederécidive
Réinsertionlaplusharmonieusepossibledanslavie
Travailpsychothérapeutique«enprofondeur»
Maintienetévolutionducadredecontentionsocialeversle
Évaluationàlongtermedelaproblématiqueetdumaintien OBJECTIFS Š Š Š Š
itésd’interventionlesplusadéquates Š Š Š Š Š Š remédiation Š
familleet/oudesproches Š Š sociale Š Š longterme Š desacquis
PRISEENCHARGETHÉRAPEUTIQUEDESPARAPHILIES Révélationdesfaits
Criseencoursdepriseen PHASED’INTERVENTION 1.Priseenchargeàcourtterme/
Interventiondecrise Š Š charge 2.Priseenchargethérapeu- tiqueàmoyenterme
Pasdelimitefixe(adaptationà chaquepatient) 3.Priseenchargethérapeu-
tiqueàlongterme Pasdelimitefixe(adaptationà chaquepatient)
DÉVELOPPEMENT D'UNE PRISE EN CHARGE GLOBALE
Envisager la prise en charge de manière globale a plusieurs
sens. D'abord, dans le travail thérapeutique en lui-même. Pour la majorité
des patients qui adhèrent réellement au traitement, les comportements déviants
vont trouver une place et prendre un sens dans une réflexion plus générale, qui
va concerner les multiples dimensions de leur vie. On dépasse alors la question
de la déviance comportementale pour ouvrir la thérapie à un travail en
profondeur.
D'autre part, le modèle de prise en charge en milieu
hospitalier que nous venons de décrire tend à prendre en compte l'ensemble
de la problématique du patient, par la détermination de trois phases
principales avec des objectifs et des moyens spécifiques à chaque phase et avec
la possibilité d'individualiser les interventions complémentairement au
programme thérapeutique général. De plus, l'implication des proches du
patient dans la démarche de prise en charge entraîne dans plusieurs situations
une mobilisation réelle des ressources de l'entourage dans la gestion tant
du risque de récidive que des multiples conséquences de l'abus.
Mais viser un encadrement global du patient implique un suivi
constant et une coordination avec l'ensemble des intervenants impliqués
dans la gestion de la situation d'abus. C'est ce que nous avons
appelé l'axe diachronique et l'axe synchronique de
l'intervention (Depauw & Collart, 1997).
L'axe diachronique consiste à assurer un suivi continu du
patient tout au long du parcours consécutif à la révélation. Essentiellement,
des implications judiciaires et familiales et professionnelles vont avoir une
influence sur le parcours du patient. D'un point de vue judiciaire,
plusieurs situations sont à envisager :
- le patient n'est l'objet d'aucune action
judiciaire, car il n'y a pas eu de plainte ;
- une instruction est en cours, le patient est alors détenu
préventivement ou laissé en liberté, avec des conditions à respecter (une
détention préventive ultérieure étant toujours possible) ;
- le patient est condamné et purge une peine de prison, ou
bénéficie d'une libération conditionnelle ou d'un sursis
probatoire.
L'objectif de suivi constant du patient demande que la
prise en charge thérapeutique soit entamée le plus tôt possible après la
révélation des faits. L'équipe thérapeutique aura comme objectif de
devenir une référence pour le patient. C'est de cette référence et de la
stabilité qu'elle implique que dépendra la continuité du suivi et donc la
cohérence de la démarche thérapeutique L'ensemble des événements que va
connaître le patient vont pouvoir être travaillés dans la thérapie comme des
conséquences de l'abus sexuel et acquérir un sens (par exemple, la
réflexion sur la signification de la sanction et son intégration dans le
processus thérapeutique).
De manière pratique, une proportion importante des patients
intégrés au programme EPCP sont susceptibles d'être incarcérés pendant une
période plus ou moins importante, alors que le suivi thérapeutique est déjà
entamé (plusieurs années peuvent s'écouler entre le dépôt d'une
plainte et le procès de l'abuseur). Cet état de fait nous a amenés à créer
un groupe thérapeutique hebdomadaire au sein d'un établissement
pénitentiaire. Il rassemble des détenus qui avaient débuté une thérapie dans un
groupe EPCP en milieu hospitalier et qui ont été placés en détention préventive
ou condamnés, et il intègre également des détenus qui ont demandé de débuter
une démarche thérapeutique en prison. Un tel groupe en milieu carcéral est bien
sûr limité en temps et en moyens, l'essentiel restant de maintenir le
contact de façon très régulière avec le patient et de continuer à soutenir ses
efforts de changement ou de préparer le patient au suivi après sa
libération.
L'action sur un axe synchronique consiste à identifier, à
mettre en contact et à coordonner les différents intervenants qui, au même
moment, sont mobilisés dans la gestion d'une situation d'abus. Il
s'agit principalement des autorités judiciaires, d'autres
thérapeutes, d'équipes de prise en charge des victimes, mais parfois il
s'agit d'acteurs plus spécifiques comme l'employeur, un centre
de réinsertion sociale et professionnelle, un service d'aide sociale, un
centre d'hébergement...
L'objectif ici est toujours de réfléchir à une situation
de manière globale et d'harmoniser les interventions tant au niveau du
moment où elles ont lieu que des objectifs intermédiaires à atteindre (pour
donner un exemple précis, il serait incohérent de convenir avec un patient
qu'il se mettra à la recherche de travail tout en l'intégrant dans un
groupe de thérapie un jour où il pourrait justement suivre une formation
professionnelle). Un des objectifs principaux que nous essayons
d'atteindre par cette approche synchronique est de maintenir et de
préserver les aspects positifs de la vie du patient, tels que l'activité
professionnelle et les contacts familiaux structurants, ce qui représente un
élément important pour une évolution favorable du patient.
INTÉGRA TION DE L'APPROCHE THÉRAPEUTIQUE DANS UN RÉSEAU
D'INTERVENANTS SOCIAUX.
Si une société reconnaît le statut de problématique sociale
majeure à un phénomène qu'elle connaît, il est de sa responsabilité de
mettre en œuvre tous les moyens qu'elle a à sa disposition pour apporter
une réponse valable à ce problème.
En ce qui concerne les abus sexuels d'enfants, les
objectifs des interventions sont multiples et concernent des intervenants
d'horizons différents.
Cette multiplicité des intervenants rend nécessaire la
coordination des différentes actions dans leur réalisation pratique, mais le
premier effort à fournir consiste à déterminer des objectifs communs à tous ces
intervenants. Il s'agit là réellement de définir un projet de société.
Cette tâche n'est certainement pas aisée, les objectifs des uns et des
autres pouvant parfois paraître contradictoires, du moins à première vue (un
magistrat et un thérapeute d'abuseurs visent-ils le même but ?).
Pour ce qui est du thérapeute qui prend en charge
l'abuseur sexuel, il ne se trouve pas dans la position du thérapeute
classique, qui vise d'abord et avant tout le bien-être de son patient.
Ici, il s'agit aussi de cela, mais ce n'est pas le but premier de la
prise en charge, dont les aspects de contention et de normalisation sont
certainement prépondérants.
Les nécessaires et inévitables relations avec d'autres
types d'interventions vont également avoir comme conséquence la
redéfinition de la place que va prendre chaque action spécifique dans
l'ensemble des interventions sociales.
L'intégration dans un réseau d'intervenants a donc
comme effet de préciser les différents contenus des interventions nécessaires à
l'accomplissement du traitement sociétal des situations d'abus
sexuels. Elle permet aussi une plus grande efficacité, une prise en charge plus
complète et plus cohérente des situations rencontrées. Mais elle demande
également que chaque intervenant remette en question, pour chaque situation
concrète, la place qu'il occupe dans le réseau. Elle entraîne enfin, pour
chaque intervenant, une réflexion nécessaire sur les limites de son
action.
Conclusion
L'amélioration du traitement social du phénomène
d'abus sexuels passe sans aucun doute par un effort continu dans le
développement de méthodes thérapeutiques variées à l'usage des
abuseurs.
Mais celles-ci sont insuffisantes si elles sont utilisées de
manière isolée, sans réflexion sur la place de la thérapie dans la prise en
charge sociale du phénomène.
Le travail en milieu hospitalier avec des abuseurs sexuels
permet de recourir à un panel complet de compétences mobilisables en vue du
traitement. Mais il nous faut constater que le public que représente les
abuseurs sexuels n'est pas représentatif de la population qui fréquente
l'hôpital psychiatrique. Outre le fait que travailler avec ce type de
patients confronte inévitablement chaque membre du personnel soignant avec ses
propres représentations de phénomènes très affectifs, les différentes
dimensions de l'intervention rompent avec les habitudes du monde
hospitalier. C'est pourtant là l’occasion d'une réflexion sur le rôle
social de l'hôpital et du soignant dans la société.
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[1]
Une première version de ce texte a été présentée dans le cadre
de “
5th International Conference on Treatement of
Sex Offenders”, Caracas, Venezuela, mars 1998. Le texte remanié
présente l’état actuel du modèle thérapeutique.
[a]
Unité de Sexologie - Hôpital Vincent Van Gogh - CHU de
Charleroi et Centre de Santé Mentale du CPAS de Charleroi,
Belgique.
[b]
Institut d’Études de la Famille et de la Sexualité, Université
catholique de Louvain, Belgique.
[2]
Voir à ce propos “l’accord de coopération entre l’Etat fédéral
et la Région wallonne relative à la gui- dance et au traitement d’auteurs
d’infractions à caractère sexuel” du 8 octobre 1998.