Pensée plurielle
De Boeck Université

I.S.B.N.
150 pages

p. 147 à 159
doi: 10.3917/pp.004.0147

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Dossier

no 4 2002/1

2002 Dossier

Aspects du traitement des abuseurs sexuels par une équipe hospitalière  [1]

Pierre Collart  [a]  [b] Yves Depauw  [a] Martine Heremans  [a]
La prise en charge thérapeutique d'abuseurs sexuels en milieu hospitalier repose sur un programme spécifique de traitement établi dans une optique pluridisciplinaire. L'intégration dans l'hôpital permet de recourir à une gamme de compétences étendue. Le traitement est structuré autour d'un programme général qui s'articule avec une individualisation de la thérapie. La prise en charge globale de l'abuseur amène également à envisager l'équipe thérapeutique comme une référence stable à travers le temps et à mobiliser l'ensemble des acteurs sociaux impliqués dans la gestion de la situation. Enfin, la mise en évidence de la dimension sociétale des abus sexuels conduit les thérapeutes d'abuseurs à prendre part à la définition des objectifs sociaux de gestion du phénomène et à s'intégrer dans un réseau complexe d'intervenants.Mots-clés : abuseur sexuel, traitement, hôpital, société, globalisation.
 
Introduction
 
 
L'abus sexuel est un problème social, à la fois parce que la qualification de comportements en termes d'abus est une construction sociale, parce que plusieurs systèmes sont impliqués dans la réaction aux situations abusives, et parce que les données épidémiologiques disponibles nous montrent qu'il s'agit d'un phénomène ubiquiste.
Ce que nous entendons par « abus sexuel » comme construction sociale, c'est qu'au-delà du comportement en soi, le contexte dans lequel il s'inscrit est l'élément qui va permettre de le définir comme socialement utile, inutile ou même nuisible, d'établir une dialectique normalité-anormalité (voir les données historiques et anthropologiques, e.a. Bleibtreu-Ehrenberg, 1990 ; Bullough, 1990). En posant ces règles, la société va organiser la sexualité, la procréation et la pa-renté, autrement dit, l'insertion d'un individu dans un groupe biosocial.
Si nous qualifions les relations sexuelles qu'un adulte entretient avec un enfant de déviantes, c'est donc parce que la manière dont nous nous représentons l'enfance est incompatible avec une sexualité adulte. L'enfant de nos sociétés modernes est incapable de donner un consentement éclairé à ces comportements sexuels, même s'il a une connaissance technique de la sexualité (Finkelhor, 1979). La qualification d'abus tire également une part de sa substance dans la définition sociale de la sexualité et de la parenté. Socialement, il y a des partenaires acceptables et d'autres qui ne le sont pas. Cette définition des relations amène donc un dépassement du sexe biologique au profit du sexe so-ciologique.
C'est sur base de ce cadre référentiel que vont s'organiser la définition de l'abus sexuel et les réactions vis-à-vis des abuseurs et de leurs victimes.
Les données épidémiologiques disponibles pour la Belgique montrent que 20 à 25 % des femmes ont été confrontées à la sexualité adulte durant leur enfance ; la proportion de garçons abusés serait de 1 pour 2,5 à 3 filles et la grande majorité des abus sont commis par un familier de la victime (Glowacz & Bawin, 1988 in Born, Delville et al. , 1996 ; Hayez,1992). Les victimes présentent souvent une symptomatologie impressionnante, largement décrite dans la littérature (e.a. Browne & Finkelhor,1986 ; Finkelhor,1990 ; Hayez,1992, Kendall-Tackett, Williams, Finkelhor,1993 ; Haesevoets, 1995).
La révélation d'une situation d'abus va impliquer divers systèmes sociaux (Gelles, 1975), qui auront chacun leur grille de lecture et de réaction spécifiques, en fonction de leur fonction sociale, de leurs écoles théoriques et de leurs méthodologies (Ames & Houston,1990 ; Okami & Goldberg,1992). Ainsi, le citoyen moyen considérera l'abuseur comme un « monstre »qu'il faut à tout prix empêcher de nuire à nouveau ; le juriste le verra comme un délinquant qu'il faut sanctionner (République française, Rapport LC21,1996) ; et le thérapeute, comme une personne atteinte d'une pathologie, qu'il faut traiter (e.a. Levine, Risen, Althof,1990 ; Lanyon,1991 ; Abel, Osborn, Anthony, Gardos,1992 ; Schwartz,1992). Ces différentes lectures ne sont pas isolées, et des axes d'intervention communs consensuels se dégagent des différents systèmes impliqués, comme la non-récidive de l'abuseur, la protection des enfants, la prévention des abus, etc.
Au-delà du strict traitement psychomédical de l'abuseur, le thérapeute doit donc s'impliquer, avec les autres intervenants sociaux, dans une réflexion sur la prise en charge globale des situations d'abus sexuels. Cette réflexion doit permettre de dégager les objectifs communs et spécifiques aux différents intervenants, de mettre en évidence la compatibilité des moyens utilisables pour la gestion de ces situations avec la conception actuelle d'un traitement humain de la personne, fut-elle abusive. Autrement dit, la prise en charge de l'abuseur sexuel n'est pas une question juridique, ni une question thérapeutique, c'est une question de société, qui doit mobiliser les moyens qu'elle a à sa disposition pour répondre à ce problème de manière globale [2].
Le contexte social que nous venons de décrire a amené à concevoir notre intervention selon trois axes : la création d'une structure spécifique d'évaluation et de traitement de l'abuseur sexuel en milieu hospitalier ; la mise au point d'une approche globale de l'abuseur ; l'intégration de l'action thérapeutique dans un réseau d'intervenants sociaux.
 
Méthodologie de la prise en charge des abuseurs sexuels en milieu hospitalier.
 
 
Historique et population
Le groupe EPCP (groupe d'évaluation et de prise en charge des paraphilies) fonctionne au sein de l'hôpital psychiatrique Vincent Van Gogh, du CHU de Charleroi (Belgique), depuis 1996. L'accroissement des demandes de traitement de paraphiles (selon la terminologie du DSM IV, 1994) que l'on a constaté depuis 1994 a rendu nécessaire la création d'un programme thérapeutique spécifique.
Sur une période de 5 ans, du 01.01.1996 au 31.12.2000, 323 demandes d’évaluation et de prise en charge thérapeutique ont été adressées au groupe EPCP.
33% des demandes sont formulées par des personnes détenues en vue d’une thérapie dès leur libération conditionnelle, leur libération provisoire ou l'exécution du sursis probatoire. 46% des demandes concernent des personnes dont le dossier est à l'instruction ; 5% concernent des internés et 14% des demandeurs n’ont pas de contact avec la justice. Il faut noter également que 2% des demandeurs dépendent de la protection de la jeunesse.
Les abus sont dans 78% des cas, des viols ou attouchements, dans 17%, de l’exhibitionnisme ou voyeurisme. 5% des cas concernent la détention de matériel pédophile, ou sont indéterminés à la première demande.
Les demandeurs sont tous des hommes, à l’exception de 4 femmes.
L’âge moyen de l’abuseur à la première demande est de 41 ans (14-83 ans).
L’âge moyen des mineurs abusés est de 11 ans (3-18 ans). Il s’agit dans 80% de filles et dans 20% de garçons. Le nombre de victime par abuseur varie de 1à 50. 78% des abuseurs ont commis plusieurs actes (sur une ou plusieurs victimes) avant d’être référés à notre centre. Dans 95% des cas, la victime connaît l’abuseur (46% d’abus intrafamilial).
Par ailleurs, cette population d'abuseurs sexuels est hétérogène au niveau de la structure de personnalité (n=60) : 30% de névrosés, 26% de psychopathes, 20% de pervers, 12% de psychotiques, 12% de patients présentant des pathologies organiques (syndromes frontaux de Korsakoff, épilepsie, débilité). Un autre type d’hétérogénéité de la population concerne les caractéristiques socio-économiques des abuseurs: tous les statuts sociaux, tous les niveaux d’instruction, toutes les possibilités en matière d’état civil sont représentées.
Structure
L'équipe thérapeutique EPCP est pluridisciplinaire. Elle est composée d'un neuropsychiatre, d'un sociologue-sexologue, d'une ergothérapeute, d'une psychologue et d'une secrétaire. Elle travaille de manière privilégiée avec des psychologues spécialisés dans le diagnostic, un juriste, un endocrinologue, un kinésithérapeute.
L'intégration de ce programme spécifique au sein d'une structure hospitalière générale et psychiatrique permet de recourir facilement à une gamme très large de ressources utiles pour le diagnostic et la prise en charge des paraphilies : unité spécialisée dans le diagnostic psychiatrique, service d'urgence et d'urgence psychiatrique, neurologie, endocrinologie, service social.
La structure d'hospitalisation de jour est utilisée dans le programme de base du groupe EPCP et l'hospitalisation complète de patients est envisageable dans les cas qui le nécessitent.
L'hétérogénéité de la population des abuseurs sexuels rend nécessaire la recherche d'un équilibre entre les objectifs généraux de la prise en charge thérapeutique et la réponse effective aux besoins thérapeutiques spécifiques de chaque patient (Ganzarain & Buchele, 1990 ; Schwartz, 1992). Il y aura donc à distinguer les hospitalisations de jour thérapeutiques comme élément central du traitement et les interventions spécifiques à chaque patient. L'ensemble de ces dimensions vont s'articuler dans le modèle de prise en charge thérapeutique que nous mettons en œuvre.
Programme thérapeutique général
Évaluation
L'évaluation est la première étape dans le processus général de la prise en charge. Elle permet essentiellement d'approcher de manière précise la personnalité du patient et de mettre en évidence les différentes dimensions de la problématique rencontrée, de clarifier la position du patient par rapport aux comportements sexuels socialement inadéquats en cause, d'estimer les possibilités de thérapie pour le patient, de faire le point sur la situation sociale et judiciaire. L’évaluation consiste en plusieurs entretiens d'anamnèse, une batterie de tests psychologiques généraux et spécifiques aux paraphilies, un testing neurotechnique, un bilan biologique complet.
Cette évaluation permet d'envisager les modalités thérapeutiques à proposer à chaque patient, mais l'admission dans le programme thérapeutique est dans tous les cas subordonnée à la reconnaissance par le patient de l'existence d'un problème lié à la sexualité. Cela ne signifie pas qu’il avoue la totalité des comportements posés, ou leur aspect délictueux. Les aspects seront bien sûr travaillés en thérapie.
C'est au cours de cette première phase du travail que le patient et l'équipe thérapeutique s'engagent quant aux modalités de la prise en charge par la si-gnature d'un contrat thérapeutique.
Dès le départ de la prise en charge de groupe débute le travail visant à passer d'une situation d'aide contrainte (la plus fréquente) à une alliance thérapeutique entre patient et thérapeutes.
La prise en charge thérapeutique générale a lieu un jour par semaine au minimum, sur le mode des hospitalisations de jour.
Le programme standard prévoit des activités psychothérapeutiques de groupe (à peu près 12 personnes par groupe, plus les thérapeutes).
Deux axes thérapeutiques principaux sont développés : le groupe thérapeutique et le travail avec l'environnement du patient.
Travail en groupe thérapeutique
Le groupe thérapeutique rassemble des patients qui présentent des pro-blèmes différents tant au niveau de leur contenu, recouvrant l'ensemble du champs des paraphilies (abus sexuels sur mineurs, exhibitionnisme, voyeurisme,... ) que de leur intensité (abus isolé, répétitif, nombre de victime, niveau de violence). Le groupe est ouvert, permettant d'intégrer ou de faire sortir un patient à n'importe quel moment.
Cette approche permet à chaque patient, de par la confrontation à l'exemple des autres, de se situer et d'évoluer par rapport à sa progression dans le processus thérapeutique. Le groupe thérapeutique est d'inspiration psychodynamique, mais intègre également des méthodes behavioro-cognitives (Abel, Osborn, Anthony, Gardos, 1992) dans le but d'atteindre les objectifs d'évitement de la récidive, d'analyse et de remédiation des distorsions cognitives, de développement de l'empathie envers les autres et notamment les victimes, de responsabilisation sociale, de gestion des sentiments, d'amélioration de l'image de soi (Tardif, 1993).
L'apprentissage et l'utilisation de l'analyse transactionnelle dans ce groupe donnent de bons résultats en termes d'accessibilité et de compréhension de l’analyse des situations et des modes de fonctionnement des patients, tant dans le groupe que dans leur vie quotidienne et dans leur comportement sexuellement abusif.
Le patient acquiert progressivement une grille de lecture utilisable pour sa réflexion sur lui-même ainsi que pour l'amélioration de son fonctionnement social. L'A.T. permet également au patient d'identifier ses déficits relationnels et de proposer un programme thérapeutique spécifique à sa situation.
Un autre aspect du travail thérapeutique de groupe est le groupe d'expression centré sur la remédiation des déficits d'habiletés sociales, notamment en plaçant le patient devant des situations problématiques de la vie quotidienne, qu'il doit essayer de résoudre. Les exercices proposés sont progressivement plus difficiles, et passent de thèmes généraux à l'approche des dimensions affectives et sexuelles des relations humaines. Cette activité met l’accent sur l’expression des émotions et du ressenti au travers des exercices préparés et de la mise en mots de ces émotions. Il favorise la reconnaissance de l’existence de l’autre en tant que personne, l’apprentissage du respect de l’autre et de ses différences, l’identification et l’émergence des aspects positifs présents dans chaque individu.
Des techniques de sophrologie et de relaxation permettent enfin aux patients d'apprendre des modes de gestion du stress de la vie quotidienne - particulièrement important pour beaucoup de patients - en premier lieu et des situations à risque pour le passage à l'acte ensuite.
Travail de groupe avec les proches
Parallèlement au travail effectué avec les abuseurs sexuels, un groupe destiné aux épouses, compagnes, mères, ou amis des patients est organisé. L'objectif est de mobiliser les personnes de l'entourage du patient qui sont susceptibles de collaborer à la mise en place d'un cadre de contention suffisant permettant le maintien, autant que possible, du patient dans la vie sociale. C'est là un élément important de la gestion du risque de récidive. D'autre part, les proches ont dans ce groupe l'occasion d'exprimer leurs sentiments, espoirs, craintes et griefs par rapport à la situation qu'ils connaissent. C'est là l'occasion d'un travail touchant l'environnement du patient abuseur sexuel, qui permet d'orienter et d'opérationnaliser les potentialités existantes vers la réinsertion sociale du patient. C'est aussi la possibilité de sensibiliser la personne à la démarche thérapeutique et d'envisager un travail spécifique conjugal ou familial.
Interventions spécifiques
L'individualisation au moins partielle de la démarche thérapeutique est rendue nécessaire par l'hétérogénéité de la population en traitement, par la progression de chaque patient dans le processus thérapeutique, par l'indispensable adéquation des moyens thérapeutiques mis en œuvre avec les besoins réels du patient.
Cette individualisation porte sur deux aspects : l'intensité du traitement et l'utilisation de méthodes spécifiques. D'autre part, il est également nécessaire de prévoir des objectifs thérapeutiques individualisés, qui peuvent se limiter à fournir à tel patient des techniques rudimentaires d'évitement du passage à l'acte, mais qui peuvent aller jusqu'à une réelle thérapie en profondeur avec tel autre patient.
Entretiens individuels, de couple, de famille
Ces différentes prises en charge sont particulièrement importantes pour l'établissement d'un cadre de contention efficace qui mobilise le partenaire, les membres de la famille, et plus généralement l'environnement.
Par ailleurs, les entretiens de couple et de famille, lorsqu'il y a une indication, sont l'occasion d'un recadrage des comportements sexuels abusifs dans une dynamique de couple ou de famille qui s'est avéré pathologique. Bien entendu, pour certaines familles, l’objectif poursuivi sera un fonctionnement nouveau, qui se veut le plus harmonieux possible, l’abuseur ayant sa place dans cette dynamique familiale.
Utilisation de méthodes comportementales visant à maîtriser la réponse aux stimuli déviants
L'arsenal de méthodes comportementales visant à identifier et diminuer les excitations sexuelles se développant sur base de stimuli déviants, et augmenter la réponse sexuelle aux stimuli non déviants ne s'utilise qu'avec l'accord du patient.
Hospitalisations spécifiques
En fonction de la situation spécifique de chaque patient, des hospitalisations peuvent être proposées. Celles-ci peuvent être partielles ou complètes, régulières ou ponctuelles, de durée variable. Leur objectif peut être tant la contention et la minimisation du risque de récidive que l'occasion d'une véritable action thérapeutique.
Médication (antiandrogènes et antidépresseurs)
La prescription de GnRH concerne actuellement 6 patients qui présentent des comportements sexuels compulsifs (Gagné, 1993 ; Prentky 1997 ; Röstler & Witztum, 1998).
L'utilisation de SSRI est également envisagée (Greenberg, Bradford, 1997).
Conclusion
La thérapie des abuseurs sexuels combine des objectifs généraux avec des objectifs spécifiques à chaque patient. Pour ce faire, des moyens généraux et des moyens spécifiques doivent être mis en œuvre de manière souple, pouvant suivre et respecter l'évolution de chacun des patients. Le tableau ci-dessous reprend les différentes phases d'intervention, leurs objectifs, actions et moyens spécifiques :


IMGIMGProgrammediagnostiqueetévaluationdel...IMGIMF
Programmediagnostiqueetévaluationdelaproblématique Entretiensd’organisationdupremiercadreetprisedes Miseenplacedesrelationséventuellesavecd’autresinter- Urgences-urgencespsychiatriques Hospitalisation Médication Groupesthérapeutiques«paraphiles»Groupespriseencharge«proches» Priseenchargepsychothérapeutique Méthodesspécifiquesauxproblématiquesindividuelles Coordinationactionthérapeutique/justice/autresinter- Possibilitéderetoursponctuelsàlaphase1 Plusgrandeindividualisationdelapriseencharge(psy- Groupe«avancé» Orientationducadreverslelongterme Programmed’évaluationsrégulières Possibilitéderetoursponctuelsauxphases1et2 -individuelle -couple -famille ACTIONSETMOYENS Š Š premièresmesures Š venants(magistrature,avocats,intervenantssociaux...) Š Š Š Š Š Š Š Š venants Š Š chothérapieindividuelle,degroupeoufamiliale) Š Š Š Š Miseenplacedupremiercadredecontention Évitementdurisquederécidiveimmédiat Évaluationdelasituation Identificationdespossibilitésdepriseenchargeetmodal- PremièreétapedelapriseenchargethérapeutiqueÉvaluationpousséedelaproblématique Évaluationdeladangerositéetdurisquederécidive Évitementdupassageàl’acteabusif Développementdecomportementssociauxadéquats Miseenévidencedel’étenduedelaproblématiqueet Élaborationducadredecontentionsocialeavecimplication Gestionàlongtermedurisquederécidive Réinsertionlaplusharmonieusepossibledanslavie Travailpsychothérapeutique«enprofondeur» Maintienetévolutionducadredecontentionsocialeversle Évaluationàlongtermedelaproblématiqueetdumaintien OBJECTIFS Š Š Š Š itésd’interventionlesplusadéquates Š Š Š Š Š Š remédiation Š familleet/oudesproches Š Š sociale Š Š longterme Š desacquis PRISEENCHARGETHÉRAPEUTIQUEDESPARAPHILIES Révélationdesfaits Criseencoursdepriseen PHASED’INTERVENTION 1.Priseenchargeàcourtterme/ Interventiondecrise Š Š charge 2.Priseenchargethérapeu- tiqueàmoyenterme Pasdelimitefixe(adaptationà chaquepatient) 3.Priseenchargethérapeu- tiqueàlongterme Pasdelimitefixe(adaptationà chaquepatient)

 
DÉVELOPPEMENT D'UNE PRISE EN CHARGE GLOBALE
 
 
Envisager la prise en charge de manière globale a plusieurs sens. D'abord, dans le travail thérapeutique en lui-même. Pour la majorité des patients qui adhèrent réellement au traitement, les comportements déviants vont trouver une place et prendre un sens dans une réflexion plus générale, qui va concerner les multiples dimensions de leur vie. On dépasse alors la question de la déviance comportementale pour ouvrir la thérapie à un travail en profondeur.
D'autre part, le modèle de prise en charge en milieu hospitalier que nous venons de décrire tend à prendre en compte l'ensemble de la problématique du patient, par la détermination de trois phases principales avec des objectifs et des moyens spécifiques à chaque phase et avec la possibilité d'individualiser les interventions complémentairement au programme thérapeutique général. De plus, l'implication des proches du patient dans la démarche de prise en charge entraîne dans plusieurs situations une mobilisation réelle des ressources de l'entourage dans la gestion tant du risque de récidive que des multiples conséquences de l'abus.
Mais viser un encadrement global du patient implique un suivi constant et une coordination avec l'ensemble des intervenants impliqués dans la gestion de la situation d'abus. C'est ce que nous avons appelé l'axe diachronique et l'axe synchronique de l'intervention (Depauw & Collart, 1997).
L'axe diachronique consiste à assurer un suivi continu du patient tout au long du parcours consécutif à la révélation. Essentiellement, des implications judiciaires et familiales et professionnelles vont avoir une influence sur le parcours du patient. D'un point de vue judiciaire, plusieurs situations sont à envisager :
  • le patient n'est l'objet d'aucune action judiciaire, car il n'y a pas eu de plainte ;
  • une instruction est en cours, le patient est alors détenu préventivement ou laissé en liberté, avec des conditions à respecter (une détention préventive ultérieure étant toujours possible) ;
  • le patient est condamné et purge une peine de prison, ou bénéficie d'une libération conditionnelle ou d'un sursis probatoire.
L'objectif de suivi constant du patient demande que la prise en charge thérapeutique soit entamée le plus tôt possible après la révélation des faits. L'équipe thérapeutique aura comme objectif de devenir une référence pour le patient. C'est de cette référence et de la stabilité qu'elle implique que dépendra la continuité du suivi et donc la cohérence de la démarche thérapeutique L'ensemble des événements que va connaître le patient vont pouvoir être travaillés dans la thérapie comme des conséquences de l'abus sexuel et acquérir un sens (par exemple, la réflexion sur la signification de la sanction et son intégration dans le processus thérapeutique).
De manière pratique, une proportion importante des patients intégrés au programme EPCP sont susceptibles d'être incarcérés pendant une période plus ou moins importante, alors que le suivi thérapeutique est déjà entamé (plusieurs années peuvent s'écouler entre le dépôt d'une plainte et le procès de l'abuseur). Cet état de fait nous a amenés à créer un groupe thérapeutique hebdomadaire au sein d'un établissement pénitentiaire. Il rassemble des détenus qui avaient débuté une thérapie dans un groupe EPCP en milieu hospitalier et qui ont été placés en détention préventive ou condamnés, et il intègre également des détenus qui ont demandé de débuter une démarche thérapeutique en prison. Un tel groupe en milieu carcéral est bien sûr limité en temps et en moyens, l'essentiel restant de maintenir le contact de façon très régulière avec le patient et de continuer à soutenir ses efforts de changement ou de préparer le patient au suivi après sa libération.
L'action sur un axe synchronique consiste à identifier, à mettre en contact et à coordonner les différents intervenants qui, au même moment, sont mobilisés dans la gestion d'une situation d'abus. Il s'agit principalement des autorités judiciaires, d'autres thérapeutes, d'équipes de prise en charge des victimes, mais parfois il s'agit d'acteurs plus spécifiques comme l'employeur, un centre de réinsertion sociale et professionnelle, un service d'aide sociale, un centre d'hébergement...
L'objectif ici est toujours de réfléchir à une situation de manière globale et d'harmoniser les interventions tant au niveau du moment où elles ont lieu que des objectifs intermédiaires à atteindre (pour donner un exemple précis, il serait incohérent de convenir avec un patient qu'il se mettra à la recherche de travail tout en l'intégrant dans un groupe de thérapie un jour où il pourrait justement suivre une formation professionnelle). Un des objectifs principaux que nous essayons d'atteindre par cette approche synchronique est de maintenir et de préserver les aspects positifs de la vie du patient, tels que l'activité professionnelle et les contacts familiaux structurants, ce qui représente un élément important pour une évolution favorable du patient.
 
INTÉGRA TION DE L'APPROCHE THÉRAPEUTIQUE DANS UN RÉSEAU D'INTERVENANTS SOCIAUX.
 
 
Si une société reconnaît le statut de problématique sociale majeure à un phénomène qu'elle connaît, il est de sa responsabilité de mettre en œuvre tous les moyens qu'elle a à sa disposition pour apporter une réponse valable à ce problème.
En ce qui concerne les abus sexuels d'enfants, les objectifs des interventions sont multiples et concernent des intervenants d'horizons différents.
Cette multiplicité des intervenants rend nécessaire la coordination des différentes actions dans leur réalisation pratique, mais le premier effort à fournir consiste à déterminer des objectifs communs à tous ces intervenants. Il s'agit là réellement de définir un projet de société. Cette tâche n'est certainement pas aisée, les objectifs des uns et des autres pouvant parfois paraître contradictoires, du moins à première vue (un magistrat et un thérapeute d'abuseurs visent-ils le même but ?).
Pour ce qui est du thérapeute qui prend en charge l'abuseur sexuel, il ne se trouve pas dans la position du thérapeute classique, qui vise d'abord et avant tout le bien-être de son patient. Ici, il s'agit aussi de cela, mais ce n'est pas le but premier de la prise en charge, dont les aspects de contention et de normalisation sont certainement prépondérants.
Les nécessaires et inévitables relations avec d'autres types d'interventions vont également avoir comme conséquence la redéfinition de la place que va prendre chaque action spécifique dans l'ensemble des interventions sociales.
L'intégration dans un réseau d'intervenants a donc comme effet de préciser les différents contenus des interventions nécessaires à l'accomplissement du traitement sociétal des situations d'abus sexuels. Elle permet aussi une plus grande efficacité, une prise en charge plus complète et plus cohérente des situations rencontrées. Mais elle demande également que chaque intervenant remette en question, pour chaque situation concrète, la place qu'il occupe dans le réseau. Elle entraîne enfin, pour chaque intervenant, une réflexion nécessaire sur les limites de son action.
Conclusion
L'amélioration du traitement social du phénomène d'abus sexuels passe sans aucun doute par un effort continu dans le développement de méthodes thérapeutiques variées à l'usage des abuseurs.
Mais celles-ci sont insuffisantes si elles sont utilisées de manière isolée, sans réflexion sur la place de la thérapie dans la prise en charge sociale du phénomène.
Le travail en milieu hospitalier avec des abuseurs sexuels permet de recourir à un panel complet de compétences mobilisables en vue du traitement. Mais il nous faut constater que le public que représente les abuseurs sexuels n'est pas représentatif de la population qui fréquente l'hôpital psychiatrique. Outre le fait que travailler avec ce type de patients confronte inévitablement chaque membre du personnel soignant avec ses propres représentations de phénomènes très affectifs, les différentes dimensions de l'intervention rompent avec les habitudes du monde hospitalier. C'est pourtant là l’occasion d'une réflexion sur le rôle social de l'hôpital et du soignant dans la société.
 
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NOTES
 
[1] Une première version de ce texte a été présentée dans le cadre de “5th International Conference on Treatement of Sex Offenders”, Caracas, Venezuela, mars 1998. Le texte remanié présente l’état actuel du modèle thérapeutique.
[a] Unité de Sexologie - Hôpital Vincent Van Gogh - CHU de Charleroi et Centre de Santé Mentale du CPAS de Charleroi, Belgique.
[b] Institut d’Études de la Famille et de la Sexualité, Université catholique de Louvain, Belgique.
[2] Voir à ce propos “l’accord de coopération entre l’Etat fédéral et la Région wallonne relative à la gui- dance et au traitement d’auteurs d’infractions à caractère sexuel” du 8 octobre 1998.
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Voir à ce propos “l’accord de coopération entre l’Etat fédé...
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