2002
Dossier
Le Théâtre-action
Georget Mourin
Une originalité du théâtre-action est de favoriser l’expression de ceux qui n’ont pas la
parole. Il postule la vitalité créatrice de chacun . Au travers de ce texte, une expérience
originale est relatée.
Donner la parole par la voix théâtrale à ceux qui ne l’ont pas, travailler à ce
que des spectateurs de leur quotidien en deviennent les acteurs, au travers des
projets de créations collectives, porter cette parole auprès de publics dit « culturellement et socialement défavorisés ».
Voilà un travail auquel notre compagnie ainsi que d’autres de théâtre-action
se sont attelées depuis près de 20 ans.
Action culturelle ? Action sociale ? V aste débat, voir même grosse bagarre,
car derrière ces questions semblant anodines, il y a le nerf de la guerre sans quoi
rien n’est possible.
Le théâtre-action, c’est du théâtre, donc très clairement une activité culturelle, mais une activité culturelle spécifique, nous ne partons pas d’un texte
d’auteur et ne faisons pas appel à des comédiens professionnels ni amateurs
au sens habituel du terme.
Au sein d’une association, d’un groupement de fait, vivant des situations
sociales, économiques et culturelles difficiles et œuvrant à l’amélioration de
leur condition, nous créons à partir d’ateliers d’écritures appropriés des
textes porteurs de leurs vécus et de leurs espoirs : ces textes dont ils sont
les auteurs sont à la base d’une pièce de théâtre dont ils seront les
comédiens.
Cette pratique originale donne la parole à ceux qui ne l’ont jamais.
Cette phase affirme la force créatrice de chacun et a une fonction formatrice qui se reporte sur le quotidien personnel et professionnel.
Cette forme a ses rigueurs et le résultat tant dans la forme que sur le
fond doit avoir des qualités propres à une large diffusion.
Le spectacle créé doit avoir une structure, un coût qui le rend accessible à un maximum de public et peut et doit être joué dans des lieux tels que
des locaux de réunion, des salles de gym, des classes, parfois même des
salles de théâtre, partout sur des lieux de vie. Son langage doit rencontrer
l’actualité, la culture, les préoccupations du public visé et susciter en lui l’envie d’une prise de parole lors de l’animation qui suit nécessairement le spectacle.
Ce concept théâtral n’est pas une utopie, il est pratiqué depuis de nombreuses années en Communauté française et en région bruxelloise par un
ensemble de troupes professionnelles.
Le Théâtre du Copion est une de ces compagnies.
Un exemple de travail réalisé en Belgique
Actuellement dans la région du Centre et du Borinage, en collaboration
avec l’association « Droits Devant », nous travaillons sur la thématique de
l’exclusion et de la santé mentale. Le projet se déroule en 3 étapes :
1. La création du texte
À partir du groupe certains adhérents à « Droits Devant » (une dizaine
de personnes) : création d’un atelier d’écriture sur le thème de l’exclusion,
les difficultés de vie, la santé mentale. Un premier stade a été de sécuriser
la production à partir de « jeux » dont le but est de trouver le « plaisir » à
écrire ensemble et à se lire.
Cette phase a permis de passer à une proposition d’écriture plus personnelle où chacun a pu s’exprimer sur la perception du thème choisi.
Les productions ont fait l’objet de confrontations des idées devant
aboutir à une option commune pour le traitement de la thématique, « distancée » par une réécriture du groupe.
La proposition de réécriture est de créer, d’inventer des situations, des
histoires, de réécrire sur des modes divers afin de produire une diversité de
styles qui permettent un choix quant à la production finale à savoir un texte
de théâtre.
2. La création théâtrale
La mise en scène a été concertée (Copion - Droits Devant) en privilégiant le respect du texte, le souci d’un spectacle permettant d’être joué dans
un maximum de lieux non pourvus de structures techniques.
Souci d’un spectacle ouvert et laissant une place conséquente à
l’échange avec le public.
3. La diffusion
La plus large possible auprès de la vie associative, des écoles, des
mouvements d’éducation permanente, dans tout ce qui est lieu de vie et de
rencontre, même dans les théâtres.
Le projet est soutenu par le ministère des affaires sociales et de la santé
de la région wallonne.
L’écriture finale de la pièce ainsi que les textes des phases successives
feront l’objet d’un numéro des éditions « Travailler le social ».
La pièce sera présentée à partir de septembre 2002.
4. Le Partenaire : « Droits Devant »,
une association née dans l’action
- DROITS DEV ANT est un groupe pluraliste, indépendant de toute institution, qui a pris naissance dans l’action.
- En effet, notre association a été créée par quelques militants, déjà
présents et actifs dans la lutte contre l’exclusion sociale qui ont ressenti la
nécessité d’unifier les initiatives prises çà et là par différentes organisations,
qu’elles soient syndicales ou autonomes au mouvement syndical.
- En mai-juin 97, une grande manifestation, ponctuant une marche
européenne de chômeurs et de précaires avait lieu à Amsterdam.
- Une manifestation est toujours propice à des rencontres et à des
échanges. C’est une occasion pour contester, pour revendiquer, pour imposer un rapport de force, mais c’est aussi un moment pour se parler et confronter les expériences.
Dans les cars, on plaisante, on rit, on chante et on discute.
- L’idée de créer DROITS DEV ANT a émergé, durant le trajet qui nous
conduisait et nous ramenait d’Amsterdam, dans la tête de quelques
chômeurs et minimexés, militants syndicaux et travailleurs sociaux qui ne
voulaient plus agir de façon dispersée.
La première réunion eut lieu en juillet 1997.
- Lors des premières rencontres, un débat s’est immédiatement
enclenché entre les militants syndicaux et d’autres, qui, chômeurs et minimexés, se sentent délaissés, abandonnés, par ces grandes organisations
sociales. Ce débat ne fut pas facile à mener et les points d’entente ne furent
pas évidents à trouver. Mais au bout de quelques assemblées, les gens
avaient appris à se connaître et à un peu mieux se comprendre. T out le
monde était d’accord pour dire qu’il ne fallait pas attendre les syndicats pour
bouger, mais qu’il fallait absolument les faire bouger. Un syndicat, c’est une
infrastructure qui doit être au service des affiliés et des luttes. Les sans-emploi représentent une grande masse de syndiqués, il faut absolument se
battre pour que la F.G.T.B. et la C.S.C. organisent en leur sein des structures
représentatives des chômeurs et des précaires avec droit de décision. Il faut
que les revendications des sans-emploi soient entendues et défendues par
tous les syndiqués et donc, y compris, par ceux qui ont encore la chance
d’avoir un emploi. Et, justement, mener une action en direction du mouvement syndical permet de faire le lien avec les actifs, car le combat est commun. Ceux qui ont un boulot, en ont marre de travailler autant et en plus,
dans la situation économique actuelle, ils peuvent devenir des chômeurs ou
même minimexés à tout moment et ceux qui sont chômeurs ou minimexés
voudraient un travail. « La société est mal faite » et ne contente personne,
seuls les intérêts économiques sont satisfaits.
- Finalement, pour notre combat, DROITS DEV ANT a retenu « la formule suivante » : que l’on soit syndiqué ou pas, on doit trouver les moyens
pour lutter ensemble afin de créer un rapport de force le plus favorable possible pour que nos revendications soient prises en considération et aient une
chance d’aboutir.
- Dans notre groupe, des actifs, chômeurs, minimexés, travailleurs en
contrat précaire, militants syndicaux se sont toujours côtoyés.
- DROITS DEV ANT n’est donc pas un collectif de chômeurs et de minimexés, mais bien un collectif contre l’exclusion sociale qui essaye continuellement de réaliser l’unité entre les différentes composantes de la population et entre les associations, partis politiques et syndicats, car nous pensons
que le mouvement social qui porte les revendications des chômeurs, minimexés et précaires est encore trop divisé que pour avoir un poids suffisant
par rapport aux pouvoirs économique et politique. Notre priorité est donc de
constamment faire appel à TOUS dans toutes les activités que nous entreprenons. Ceci étant dit et bien que les membres de notre association soient
issus de différents milieux, nous attachons beaucoup d’importance au fait
que notre action doit être basée avant tout sur la prise de parole de ceux qui
vivent quotidiennement la précarité. C’est à partir de leur vécu, de leurs aspirations, de leurs témoignages que les revendications du mouvement social
contre l’exclusion doivent être élaborées. Dans tous les débats que nous
avons organisés, par exemple, nous avons tenu à ce que les personnes concernées puissent exprimer ce qu’elles avaient sur le cœur, leurs difficultés au
quotidien et aussi, leurs souhaits d’amélioration de leur vie quotidienne.
- S’il y a nécessité d’unité, il y a aussi nécessité de mener l’action avec
les personnes concernées et de ne pas reproduire à l’intérieur des associations, les phénomènes d’exclusion du droit à la parole et à l’expression que
nous connaissons dans la société.
- Depuis juillet 1997, nous avons été présents sur le terrain de la réflexion et de l’action.
- Réfléchir, prendre du recul par rapport à ce qu’on fait, se confronter à
d’autres façons de pratiquer, c’est important. Nous tenons donc à être un lieu
de débats et c’est pour cette raison que nous en avons organisé deux importants à La Louvière. L’un portait sur l’exclusion vécue par les chômeurs et les
minimexés « dans la vie de tous les jours » et l’autre, sur le rôle joué par les
organisations syndicales vis-à-vis de l’exclusion sociale.
- Dans le cadre des élections européennes et législatives de juin 1999,
nous avons interpellé les partis politiques sur les propositions contenues
dans le Livre Gris, une brochure qui fait un tour d'horizon des situations d'exclusion vécues par les minimexés, les chômeurs et les personnes en contrat
précaire. Ce document comprend également les alternatives que nous proposons. Nous tenons à être des citoyens actifs et en tant que tels, nous ne
voulons pas louper les événements politiques propices à mettre au pied du
mur les partis politiques. Dans le cadre d’élections, nous jugeons important
que le citoyen force ceux-ci à parler de ce qui intéresse les gens. Au-delà des
slogans, nous voulons connaître leurs réelles intentions, ce qu’ils feront
effectivement quand ils seront au pouvoir.
- L’action, nous essayons de la mener en interpellant un maximum de
monde : les personnes précarisées, les syndicats, les associations, les partis politiques. Nous avons organisé différentes mobilisations dans notre
région du Centre afin que le plus grand nombre possible de gens soient
présents à la manifestation des chômeurs français à Paris en mars 98, à la
manifestation des chômeurs et des minimexés organisée par le Collectif des
Marches européennes le 30 avril 98 à Bruxelles, à la manifestation des syndicats le 11 septembre 98 et le 20 mai 2001 à Bruxelles. Depuis janvier
2001, avec la Ligue des Droits de l'Homme, nous mobilisons pour la suppression du statut cohabitant. À cette fin, nous avons organisé un débat et
diffusons toujours une brochure de sensibilisation qui contient des contributions de différentes associations sur ce sujet. Depuis septembre 2001, nous
développons l'action dans la région du Centre contre le projet de loi sur le
droit à l'intégration sociale du gouvernement arc-en-ciel qui sera bientôt proposé au vote des parlementaires. Cette action, nous la menons en liaison
avec plus de 130 associations regroupées dans la plate-forme commune
nationale « non au projet de loi sur le droit à l'intégration sociale, oui à une
amélioration de la loi sur le minimex ! » À chaque fois, au travers de ces initiatives, nous avons fait appel à la plus grande unité possible et nous nous
battons pour que chacun comprenne qu’il faut dépasser les intérêts particuliers pour construire un mouvement social fort.
- Nous tenons également à être présents dans les mobilisations
européennes, car beaucoup de décisions se prennent au niveau de l’Europe.
Celles qui sont envisagées pour le futur ne vont pas dans le sens du progrès
social, mais bien dans celui de la régression. Il est donc important qu’un
mouvement européen de chômeurs, de minimexés, de précaires, d’actifs se
développe de façon importante. À DROITS DEV ANT, nous sommes attentifs
à la dimension internationale que doit prendre le mouvement contre l’exclusion sociale et c'est pour cette raison que nous avons participé activement
aux mobilisations internationales de Cologne, Nice et tout dernièrement de
Bruxelles les 13 et 14 décembre 2001.
Un exemple de travail réalisé en Afrique
Depuis 1993, nous avons axé une partie importante de nos activités en
Afrique occidentale, particulièrement au Burkina Faso et au Sénégal, où en
collaboration avec des groupements locaux et avec le soutien d’ONG nous
travaillons dans la vie associative de base à des créations collectives à destination de publics européens, faire croiser les gens de là bas avec ceux d’ici
et promouvoir des projets d’échanges, de collaboration, de soutien.
Á ce jour, une dizaine de créations ont été réalisées et diffusées.
La dernière a été créée à Nganda, en pleine brousse, au Sénégal, à
quelques kilomètres de la frontière gambienne, au sein d’une association de
femmes en milieu rural.
Trois femmes issues de pays différents se sont rencontrées pendant un
peu plus d’un mois et ont eu à se confronter, à se comprendre, à parler de
leur statut : le mariage, la religion, leur condition sociale, elles ont eu à s’accepter et à créer ensemble une pièce de théâtre : « Les Belles-mères ».
- Cinzia est une ouvrière belge issue de l’immigration italienne, elle est
mariée, mère de famille et travaille comme trieuse de vêtements dans l’entreprise T erre.
- Hortense travaille dans le secteur informel au Burkina Faso et participe
activement à une association de femmes à Ouagadougou.
- Amy vit et travaille comme animatrice en milieu rural au Sénégal, elle
s’occupe principalement des projets de maraîchage gérés par des femmes.
Cette rencontre est aboutie dans sa première phase, la pièce est créée
et sera diffusée en Communauté française, en France et peut-être en Italie
en septembre-octobre-novembre 2002.
« Les Belles-Mères » : L’histoire
Lucia Dufour a une fille, Alice, celle-ci lui annonce avoir rencontré
Bounama, l’homme de sa vie. Lucia n’est pas raciste, mais quand même,
devant l’entêtement de sa fille, elle décide de rencontrer la famille de
Bounama et fait le voyage en Afrique.
Et c’est la rencontre avec Maréme, la mère de Bounama, c’est l’affrontement, le noir, le blanc, les catholiques et les musulmans.
Pourquoi ?
Une griotte conte et chante les origines de la terre et son évolution.
Écriture : collective
Mise en scène: Georget Mourin (Théâtre du Copion - Belgique)
Comédiennes: Cinzia Carta (Une autre Terre - Belgique)
Amy M’baye (Daara-ji - Sénégal)
Hortense Y ameogo (le Baobab - Burkina Faso)
C’est un projet soutenu par l’ONG « Une autre Terre » et la fondation «
CERA ».
Pour tous renseignements concernant les spectacles :
Théâtre du Copion
112, avenue Goblet 7331 Baudour
Tél/Fax : 065 643 531 Courriel : theatreducopion@ skynet. be