2003
Dossier
Le travail social
face à l’extrémisme de professionnels du social
Le racisme
au cœur de la pensée du travail social
Emmanuel Jovelin
[1]
Une question sous-tend ce texte : comment des travailleurs sociaux dressés
du point de vue éthique dans l’aide à l’autre peuvent-ils s’inscrire dans l’idéologie de l’extrême droite ?Mots-clés :
étrangeté, éthique, racisme, exclusion sociale, type, idéal, rejet.
EMMANUEL JOVELIN.
« Social work faced with the extremism of professionals of the social sector».
One question underlies this text: how could social workers trained and educated to help
the other from the ethical point of view, adhere to the extreme-right ideology? Keywords :
strangeness, ethics, racism, social exclusion, ideal, type, rejection.
Si la sociologie et l’anthropologie se sont constituées autour de l’hypothèse
selon laquelle « toute société humaine est dotée d’une culture spécifique », la
notion d’interculturalité (symbolisant l’interaction entre les cultures) qui est d’apparition assez récente dans le champ des sciences de l’homme, doit son apogée aussi
étrange que cela puisse paraître à la réaffirmation identitaire et à la montée de l’individualisme. La conséquence en est l’affirmation d’une « irréductible diversité culturelle », en principe source d’enrichissement de l’humanité, mais vécue par les
conservateurs comme un envahissement pouvant conduire à la dégradation d’une
culture jugée universelle, et pôle de référence de toutes les autres cultures.
[2]
Dominique Schnapper
[3], explique que la « relation à l’autre » et la réflexion sur
l’altérité sont très anciennes ; et que nous avons hérité des manières de penser
l’autre à partir de l’antiquité grecque. Les réflexions qui se fondent sur le constat de
la différence : « l’autre est autre », sont inscrites dans l’évolution de l’humanité :
« j’évalue l’autre à l’aune de ma culture »… Moi, « je suis parfait, l’autre ne peut être
qu’un imparfait de soi. Il est admis dans sa différence, mais figé dans une infériorité qui ne peut être que définitive ».
En France, nous sommes aux prises avec la notion de différence depuis des
décennies, le travail social sommeillait pour penser aux pratiques d’accompagnement de ces personnes venues d’ailleurs. C’est pour cela, les questions d’identité
et de diversité placent aujourd’hui le travail social devant un défi auquel il n’était pas
confronté :l’étrangeté.
Mais ce défi, n’est pas sans laisser des traces, puisque certains d’entre eux
seraient « des travailleurs sociaux anthropophages » comme l’a souligné Claude
Lévi-Strauss, en ayant une attitude faussement universaliste, alors qu’ils voient
dans l’absorption de certains usagers, le seul moyen de les neutraliser et de les
mettre à profit. Ignorant par-là que le véritable « universel » ne se confond avec
« aucune culture particulière, aucune société particulière » dans la mesure où il ne
peut être qu’un horizon, une idée régulatrice (Schnapper, 1998).
Cela montre que les relations interculturelles suscitent de nombreuses
représentations, liées à la rencontre avec la différence. En effet, ce qui nous différencient les uns des autres fait peur et quelquefois nous réjouit, c’est le cas de
l’exotisme, du tourisme, etc. L’inconnu fait souvent appel à l’appréhension, et on ne
se sent à l’aise qu’avec ses semblables, avec lesquels l’identification ne fait aucun
doute. Le désir de certaines personnes, est que les étrangers se laissent absorber
au point de devenir socialement invisibles, et pourtant la vraie relation interculturelle ne peut pas être teintée d’ethnocentrisme, de préjugé, de stéréotype et de
manœuvre assimilationniste. Mais qu’en est-il en réalité ? C’est ce que nous allons
tenter de montrer.
Albert Memmi
[4] l’a souligné, la peur de la différence alimente le racisme. Ces
différences peuvent être imaginaires ou réelles. L’imagination joue un grand rôle
dans les dégâts de l’accompagnement social des populations prises en charge par
les travailleurs sociaux (pas pour tous les travailleurs sociaux bien entendu),
puisqu’elle provoque les exigences d’homogénéisation pour se sentir à l’aise et
surtout pour se repérer. Car, on ne peut oublier que le travail social, profession dont
la base est « la personne humaine » est l’un des champs où les représentations
pourraient fonctionner pratiquement comme un outil de travail. En effet, les
représentations sont au cœur des différentes pratiques professionnelles parce que
l’objet de l’étude ou plutôt l’objet de la relation est aussi l’objet du travail.
Cet article a pour ambition d’apporter un éclairage autour du travail social
et de l’extrémisme, en se posant la question de savoir : Comment les travailleurs
sociaux dressés du point de vue éthique, dans l’aide à l’autre peuvent s’inscrire
dans l’idéologie de l’extrême droite ?
L’une des formes d’extrémisme que nous aborderons est le racisme des travailleurs sociaux. Il est difficile d’imaginer des individus dont la visée est l’aide à
autrui, avoir des pratiques discursives extrémistes. Ce que nous allons développer
n’est pas à généraliser, il s’agit d’évoquer quelques situations rencontrées dans nos
propres interactions et les confronter aux théories sur le racisme.
Nous commencerons d’abord par définir l’éthique, principe sur lequel repose
les professions d’aide et ensuite le racisme et en dernier ressort les pratiques
extrémistes rencontrées dans les institutions éducatives ou auprès des travailleurs
sociaux.
1. Travail social et éthique.
L’éthique est la science des mœurs et de la morale, la science qui cherche à
savoir ce qu’il convient de faire pour bien faire. Or, pour savoir ce qu’il convient de
faire, il faut avoir connaissance du but que l’on poursuit. Le but poursuivi par
l’éthique est le bien. Est-ce pour autant que le travailleur social, qui accompagne
une personne avec qui il ne partage pas les mêmes valeurs, se contente de faire
son travail, sans se poser la question ? C’est quoi le bien ? et pour qui?
Dans une démarche éthique, chaque action poursuit une fin précise en soi et,
en même temps, une fin plus ultime. Dans la réflexion éthique, on s’arrête plus sur
les moyens employés pour arriver à cette finalité supérieure que Paul Ricoeur
[5]
appelle « la visée éthique ». Ainsi les normes, et les règles que l’individu se donne
pour agir dépendent de cette visée. La finalité supérieure du travailleur social est
l’aide à la personne. C’est la raison pour laquelle, son intervention doit en principe
porter sur n’importe quelle personne sans distinction.
Selon Paul Ricoeur la visée éthique a trois dimensions : elle concerne un « je»
en rapport avec « tu », qui n’est total que s’il est en référence avec des institutions
justes (oui, mais lesquelles ?) : « il ».
Le « je » concerne l’homme dans sa complexité avec ses dimensions psychologiques, intellectuelles, biologiques, sociales et spirituelles. Ce concept s’expérimente dans l’estime de soi , qui naît de la conscience de penser bien et d’agir.
Au fond le travailleur social dans sa trajectoire s’est forgé une conscience d’aidant,
aboutissement de ses expériences depuis sa naissance, qui l’a projeté dans un
avenir d’aide à la personne. Sa conscience de penser bien et d’agir se traduit dans
l’envie qu’il a d’apporter son expérience aux autres. D’où le désir d’entamer une
relation avec l’autre qui est le « tu ». (Ma question étant, c’est quoi cette conscience
de penser le bien ? Pour se faire du bien soi-même ? ou pour l’usager selon nos propres représentations ?) Est-ce que penser faire le bien, c’est faire le bien pour l’autre
?
Bien entendu le « tu » signifie tout simplement que l’acteur pense à une finalité avec et pour autrui. L’accomplissement de soi est lié au dialogue avec l’autre.
L’action n’est bonne que si elle est faite par égard pour autrui et en faveur de lui.
L’estime de soi est donc inséparable d’une sollicitude pour l’autre.
Le « il » correspond aux institutions justes, qui conçoivent la justice qui est en
soi plus un but qu’une réalité. Elles règlent la distribution des rôles, des tâches et
des biens entre tous les membres d’une société, elles tentent de préserver les droits
de chacun en indiquant les devoirs de tous. Pour que les institutions puissent être
garantes dans la durée de justice, il est indispensable que dans cet exercice de la
justice et de l’égalité, elles fassent appel à la participation de chacun. Les institutions ne peuvent donc fonctionner qu’en respectant l’individu et sa liberté. La personne est impliquée dans ce rôle de justice quelle que soit sa profession, son rôle
dans la société.
Enfin, l’auteur insiste sur un paradoxe par rapport à ce « il », parce que les
institutions en question ont pour but de poser des limites à la liberté individuelle au
nom de la justice (le cas de la prison) et en même temps de promouvoir les libertés
au nom de la responsabilité. Le travailleur social exerçant auprès des personnes
venues d’ailleurs est totalement impliqué dans cette problématique de l’éthique.
Mais le travailleur social est un humain, ce n’est pas une machine, il peut avoir des
humeurs, il peut réfléchir et cela amène quelquefois à des dérives dans les propos,
voire dans les comportements, en refusant de servir tel ou tel individu, parce que
finalement « la France ne peut pas accueillir tout le monde », tel que nous l’avons
entendu, concernant « les mineurs isolés, ou encore à propos de la fermeture de
Sangatte ».
2. Le racisme : le poids des statistiques.
La question du racisme est devenue en France depuis plusieurs années un
vaste champ d’enjeux politiques et socio-économiques. Les personnes victimes du
racisme évoluent dans une société qu’elles jugent égocentriste, égoïste. Elles
vivent pour la plupart d’entre elles une autodépréciation omniprésente et les rapports humains leur apparaissent souvent inaccessibles. Elles sont victimes de la
négation du respect de la dignité humaine.
Dans notre société, notamment dans les quartiers socialement défavorisés,
ces phénomènes sont renforcés : exclure l’inconnu, c’est une façon de se protéger
face à l’emploi et de protéger la famille. Ne pas prendre le temps de s’intéresser à
l’autre, c’est ne pas prendre le risque d’y découvrir quelque chose qui retiendra son
attention. Mais il faut faire attention à cela, parce que selon Louis Harris, ce sont les
personnes qui habitent les communes où il y a moins d’étrangers qui affirment
beaucoup plus qu’il y a « trop d’étrangers » en France, comparativement aux personnes habitant les quartiers difficiles.
L’Institut Louis Harris a réalisé en novembre 1999, un sondage
[6] à la demande
de la commission nationale consultative des droits de l’homme et du service d’information du Gouvernement. Cette étude menée auprès d’un échantillon de 1012
personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, montre
un certain durcissement des opinions et des attitudes, qu’il s’agisse de la perception du racisme, de l’intégration, de la lutte contre le racisme, des discriminations
dans l’espace public et dans la vie quotidienne.
Ainsi, en France aujourd’hui, il y aurait trop d’arabes (63%), trop de noirs
(38%), trop d’asiatiques (22%) et enfin trop de juifs (21%). Donc forcément la
France ne peut accueillir toute la misère du monde (89%). À cela s’ajoute une
opinion qui consiste à dire qu’il y aura des tensions (78%) entre les différentes
communautés qui composent la société française. Par ailleurs, ces immigrés qui
vivent en France ne font pas assez d’efforts pour s’intégrer (73%).
Il y a donc par rapport à 1998, un durcissement sensible des opinions à
l’égard des questions liées à l’immigration, ainsi qu’une augmentation des attitudes
ethnoncentristes, xénophobes et racistes.
Le racisme s’est considérablement transformé au fil des temps, une distance
s’est installée entre ses expressions classiques se référant à la science et ses
formes contemporaines qui se référent de plus en plus à l’idée de la différence et
de l’incompatibilité des cultures.
3. Définir le racisme : un exercice difficile.
Claude Liauzu distingue deux types de racisme :
« Le premier fondé sur une conception inégalitairedes rapports entre les
hommes et justifiant par elle la domination sur l’esclave. » (Le colonisé, les peuples
du tiers monde).
« Le second fondé sur une conception monolithique, uniforme des identités, sur le rejet de la différence(celle du Juif, du musulman, etc.) et prônant
le développement séparé des sociétés, l’exclusion de l’altérité et l’interdit du
métissage
[7] ».
Si, on risque une première définition, on prendra celle de Claude Liauzu qui
pense que « le propre du racisme est le fait de nier l’originalité des individus, de les
réduire à leur appartenance à un groupe, de poser leur altérité comme une
infériorité ou une menace, de la penser comme immuable et comme incompatible avec notre sang ou notre culture
[8] ».
Le racisme n’est pas seulement le fait des groupes dominants, puisque les
dominés aussi, (racisme anti-blanc, antisémitisme black aux États-Unis, certains
islamistes), appellent à la haine et au meurtre. On devrait parler de racisme au
pluriel face à une telle diversité. Le Juif, l’homme de couleur et l’immigré sont les
trois victimes principales d’un même ordre de comportement. Ces figures appartiennent à un même système, forgées par la société, car c’est la société qui définit
aussi bien les critères de l’altérité, que l’invention « des races ».
La question du racisme constitue bien un prisme de lecture de l’histoire universelle des hommes : l’homme blanc et occidental est certes l’inventeur de la prétention scientifique du racisme et de sa mise en pratique politique la plus atroce de
l’histoire, mais le racisme est partagé par les diverses sociétés humaines.
Le racisme de noirs à l’égard d’autres noirs ne date pas du génocide
Rwandais. On voit que le phénomène du racisme n’est pas facile à définir, mais il
est nécessaire de risquer une seconde définition :
« Le racisme consiste à caractériser un ensemble humain par des attributs
naturels, eux-mêmes associés à des caractéristiques intellectuelles et morales qui
valent pour chaque individu relevant de cet ensemble et à partir de là, à mettre
éventuellement en œuvre des pratiques d’infériorisation et d’exclusion
[9] ».
Ce qui amène Wievorka, à affirmer qu’on peut parler de racisme au pluriel,
en sachant qu’il existe le racisme institutionnel, le racisme culturel, le racisme
scientifique et le racisme de la chute et de l’exclusion sociale.
3.1. Le racisme scientifique.
C’est à partir du XVIIIème siècle, qu’apparaît véritablement la diffusion du
racisme proprement dit, c’est-à-dire l’idée d’une différence essentielle, inscrite dans
la nature même des groupes humains, dans leurs caractéristiques physiques.
Commence alors l’époque du racisme classique où la «race » (attributs biologiques,
naturels et culturels) est l’objet des théories scientifiques.
Les conceptions scientifiques de la race se mettent en place dans la convergence de tous les champs du savoir (l’écriture, l’histoire, la théologie, la philosophie…). Il s’agit, quel que soit le savoir de démontrer la supériorité de la «race »
blanche sur les autres «races », de montrer que le «mélange » est source de décadence pour la «race supérieure », (c’est la hantise encore d’actualité du métissage).
Ce qui fait dire à Wieviorka (1998, p. 27) que « le racisme scientifique est clairement une idéologie dans laquelle est affirmée la supériorité culturelle indiscutable
de la «race » blanche, puisque la civilisation est associée aux blancs et à leurs
attributs physiques, tandis que la barbarie ou la sauvagerie le sont aux autres
races ».
Le nazisme marque l’apogée de ce puissant mouvement d’idées. La fin de la
seconde guerre mondiale et la prise de conscience de ce que fut la barbarie nazie
ont signifié sinon la disparition du racisme scientifique, du moins sa délégitimation.
Néanmoins, d’autres types de racisme perdurent comme le racisme institutionnel
qui est, par contre, beaucoup plus sournois.
3.2. Le racisme institutionnel : un racisme sans acteurs
?
Aux États-Unis, il s’agit d’un type de racisme qui, en fait maintient les noirs
dans une situation d’infériorité grâce à des mécanismes non perçus socialement.
Ce racisme est dans le fonctionnement même de la société. « Il assure la domination et l’infériorisation des noirs sans que personne n’ait guère besoin de les théoriser ou de tenter de les justifier par la science » (Wieviorka, 1998, p. 27).
Le racisme institutionnel s’éloigne des analyses courantes du racisme scientifique (doctrine et idéologies) pour insister sur les pratiques qui assurent la reproduction de la domination. L’utilité du concept du racisme institutionnel est peut-être
avant tout de plaider pour que l’on entende la voix de ceux qui subissent la discrimination et la ségrégation et qui demandent des changements politiques et institutionnels pour rectifier les inégalités et les injustices dont ils souffrent. (Le racisme
institutionnel est insidieux, mais souvent toléré par les pouvoirs publics dans le
marché du travail ou celui du logement).
3.3. Le racisme culturel.
Le racisme culturel appelé nouveau racisme ne se fonde plus sur l’infériorité
biologique mais sur la différence culturelle. L’argumentation raciste s’établit par la
différence de culture, de langue, de religion, de tradition, de mœurs. Le nouveau
racisme insiste sur « la menace que la différence des groupes visés ferait peser sur
l’identité du groupe dominant »(Wieviorka, 1998, p. 32).
Pour les personnes racistes, « il ne s’agit plus d’évoquer une infériorité
biologique, physique et intellectuelle, mais plutôt l’incompatibilité de certaines spécificités culturelles, nationales, religieuses, ethniques… L’autre est ressenti comme
n’ayant aucune place dans la société des racistes ».
3.4. Le racisme de la chute et de l’exclusion sociale.
Certains phénomènes comme vivre l’exclusion, vivre une forte chute sociale
ou en être menacé débouchent sur un racisme particulièrement aigu dans les périodes de mutation sociale ou de crise économique. Comme le souligne Michel
Wieviorka (op. cit. p. 42) : « Le raciste, dans cette situation est celui qui perd son
statut ou sa position sociale, où craint de les perdre, où veut se protéger des risques
de la chute ».
Le racisme fait partie d’un discours et d’une action populiste où « la force des
préjugés qui forment le tissu du racisme, procède d’un principe d’évidence admis
communément par une partie du corps social à un moment donné d’une société »
[10].
Selon le raciste, l’autre est en train de gagner des points alors qu’il se voit lui-même
en pleine chute, et se sent particulièrement menacé. C’est là qu’on se rend compte
que le racisme joue sur un fantasme (représentation imaginaire) individuel ou collectif, où celui qui est diffèrent représente une menace, un danger dont il faut se
prémunir, qu’il faut asservir ou détruire.
Selon Michel Wieviorka
[11] :
« Le racisme associe généralement deux
principes : l’infériorité et la différence ». L’infériorisation consiste à placer l’autre
en position d’être dominé ou discriminé, la différenciation à l’aide de références
identitaires ou culturelles appelle à rejeter, à exclure l’autre.
4. Les travailleurs sociaux et le racisme.
Pour saisir l’extrémisme des travailleurs sociaux et des professionnels du
social, nous allons utiliser le type idéal du racisme
[12] proposé par Pierre André
Taguieff et le type de rejets proposé par Didier Lapeyronnie.
[13]
4.1. Le type idéal du racisme.
L’auteur distingue, les caractéristiques cognitives du racisme présentées ci-dessous et ses caractéristiques pratiques (qui ne concernent pas ce sujet même s’il
peut y avoir des corrélations)
[14].Du point de vue cognitive on distingue trois classes d’opérations ou d’attitudes.
Premièrement une catégorisation essentialiste des individus ou des
groupes qui implique la réduction de l’individu au statut de représentant quelconque
de son groupe d’appartenance ou de sa communauté d’origine « érigée en nature
ou en essence, fixe et insurmontable ». Naître un tel, c’est être un tel. Et devoir
demeurer tel : naître un arabe, c’est rester arabe et le demeurer. Il n’est pas seulement arabe, il est l’arabe en personne.
Cela se traduit, au niveau pratique chez les travailleurs sociaux par des discours du style, « avec les jeunes arabes, il n’y a aucun changement. Chez eux, ils
ne respectent pas les femmes, et ils agissent de la même manière que leurs parents, la preuve, dès qu’il y a une éducatrice femme, cela ne marche pas ». (Propos
d’une éducatrice).
Deuxièmement , unestigmatisation,c’est-à-dire une exclusion symbolique qui
vise les individus ainsi catégorisés, et met en jeu un certain nombre de stéréotypes
négatifs (noirs, blancs, arabes, maghrébins, français, belges, etc.). Ces individus
catégorisés sont marqués de divers stigmates, de tares ou de taches. Ils sont supposés souillés ou menaçant de souiller. C’est l’attribution à tel ou tel groupe
«étranger » d’une nature « dangereuse » pour le groupe propre ou d’appartenance.
Ces individus peuvent être l’incarnation de la menace, voire d’une menace de mort.
Ce type conduit à la mixophobie, la phobie du mixte ou de l’hybride : « nous avons
entendu lors des commissions d’admission de jeunes dans les établissements, j’ai
déjà beaucoup de jeunes arabes, ça suffit maintenant. Dès qu’il y en a de trop, c’est
la merde et c’est dangereux ».
Troisièmement, la conviction que certaines catégories d’humains sont
incivilisables, imperfectibles, inéducables, inconvertibles, inassimilables : autant
de modes de mise à l’écart, réalisant une déshumanisation partielle ou totale des
catégories visées. Ici, il ne s’agit pas seulement de personnes d’origine étrangère,
mais de jeunes en difficulté de manière globale. Ainsi, pour les jeunes routiers institutionnels accidentés biographiques, nous avons souvent entendu « il est dans un
foyer depuis sa naissance, qu’est-ce que tu peux encore faire ? La preuve, dès
qu’on le met dans un autre établissement, il fout la zone et basta ».Il y a des travailleurs sociaux qui sont convaincus que pour ces types de jeunes, il n’y a plus
« rien à faire », il vaut mieux aller voir ailleurs.
Au cœur de la pensée raciste fonctionnent ainsi deux axiomes : d’une part,
« il existe des catégories d’humains, qui non seulement diffèrent, mais ne diffèrent pas comme il faut » ; Ce n’est pas la différence en tant que telle qui est
reprochée, mais leur mauvaise différence, leur mauvaise façon de différer. D’autre
part « la conviction que ces humains, ces collectifs qui diffèrent mal sont à la fois
inutiles et dangereux pour le groupe ». Par conséquent, ils doivent être rejetés
comme inassimilables, incivilisables, inaptes, inéducables. Taguieff poursuit ainsi :
« Des inaptes au travail, aux inaptes à la civilisation, jusqu’aux sous-hommes (les
inaptes à l’humanité), le fil continu ».
4.2. Le type de rejets.
Pour Didier Lapeyronnie (1993), la désintégration du modèle des sociétés
nationales, amène « des réactions de faiblesse et de peur, des tentatives d’érection
de barricades destinées à tenir à distance les forces du monde moderne »
[15]. Ces
réactions qualifiées de défensives, rencontrées dans la société et auprès de certaines catégories de travailleurs sociaux, appartiennent au pôle opposant « les
identités et les particularités à l’ouverture de la modernité ». Ces mouvements prennent pour cible, l’étranger, l’immigré ou alors la personne de couleur, sinon le pauvre, qui deviennent des boucs émissaires parce que quelquefois, ils sont la
cause de la faiblesse de la nation, la désagrégation du peuple élu, une menace pour l’unité et l’identité nationale et pire encore ils sont « complices et bénéficiaires » de la modernisation, alors même qu’ils ne sont pas « enracinés » donc
pas « intégrés ». Ces attitudes se traduisent par la discrimination, par le racisme,
par un certain type de rejets comme nous allons le voir ci-dessous.
Le rejet conservateur,rappelle l’affaire du voile islamique qui a secoué la
France à la fin des années 80. En ce qui concerne le travail social, cette question
n’est pas à occulter. Même si beaucoup d’associations à caractère social sont
privées, les questions de voiles, de pratiques religieuses et surtout d’alimentation
sont difficiles à gérer et provoquent des réactions extrémistes du type : « ils n’ont
qu’à manger comme tout le monde ». Il n’est nullement besoin de citer « les plats
préparés avec les lardons ».
Une autre façon de faire consiste à ne pas varier le repas pour les « sans
porc », aujourd’hui « sardines à l’huile, demain thon, après demain sardines à
tomates » et après probablement sardines à l’huile, et encore œuf mayonnaise et
œuf mayonnaise et en vous faisant savoir que « la mayonnaise halal n’existe pas
». Ceci peut vraiment faire « rire » mais alors où en est cette éthique du social? Où
en est ce besoin d’aider l’autre, hymne national du social, proclamé pendant les
sélections pour entrer en formation ? Il n’est nullement besoin de rappeler les scandales que j’ai dû gérer lorsque j’étais chef de service dans un établissement accueillant de jeunes en difficulté.
Une personne m’a raconté récemment que lorsqu’il était jeune, à l’école, les
gens savaient qu’ils ne mangeaient pas du porc, ils lui ont demandé de goutter des
« saucisses », parce que sinon, il ne saurait jamais ce que c’est! C’est ce qu’il a fait.
Il en a parlé à son père, qui a fait un scandale avant que la situation ne se normalise. On voit bien qu’on n’est pas à l’abri des dérapages.
Didier Lapeyronnie pense que ce n’est pas du racisme, ce que je viens
d’énoncer. Le rejet résulte de la réaffirmation des principes universels identifiés à la
culture nationale. C’est au nom de l’identité entre une culture nationale et des
principes universels d’égalité qu’est justifié le rejet. Mais tout de même, la frontière
n’est pas étanche.
La difficulté avec les jeunes d’origine étrangère accueillis dans les institutions
éducatives ou suivis par les travailleurs sociaux peut être interprétée et vécue en
termes nationaux « ils menacent la modernité égalitaire et universaliste de la culture nationale »
[16]. C’est la confiscation de l’universel par le dominant, en montrant
une et une seule voie unique d’entrée dans l’universel. Ainsi « l’immigré est rejeté
non parce qu’il est différent, mais parce qu’il est jugé trop traditionnel. Il menace de
faire régresser le pays en réintroduisant des éléments trop traditionnels dans une
culture qui se pense moderne et universelle » (Lapeyronnie, 1993, p. 69).
La messe est dite, le racisme apparaît, car « l’individu immigré, étranger est
renvoyé dans sa tradition où il est enfermé. Tant qu’il est ce qu’il est, il ne peut être
vu comme un individu moderne ». Cela aboutit à la volonté de mettre à l’écart certaines personnes ou à rejeter ceux qui ne veulent ou ne peuvent se conformer. Or,
les travailleurs sociaux disent Eric Marteau et Bertrand Copin sont des « hypernormalisateurs »
[17]. On peut essayer d’imaginer les dégâts.
Le rejet de la différence, révèle la fragilité des appartenances. En Grande-Bretagne, rappelle l’auteur, les Indiens, les Pakistanais et les Antillais font l’objet
d’un fort rejet. Ils sont jugés inaptes à s’intégrer et leur culture est vécue comme une
menace pour l’intégrité de la culture nationale. Le rejet est justifié non pas parce que
la culture est jugée trop traditionnelle, mais plutôt parce qu’elle est « incompatible
». Didier Lapeyronnie cite une déclaration d’une conseillère municipale de Roubaix
(Nord de la France) : « oui, c’est vraiment l’Algérien ou le Français d’ori-gine algérienne qui pose des problèmes. Et encore, il faudrait pousser plus avant pour savoir
de quelle origine. On s’apercevrait peut être très rapidement qu’il y a une convergence également d’origine ethnique » ou encore les propos d’un autre responsable
« La population à problèmes est quasi exclusivement algérienne ou française d’origine algérienne. Les gens en ont plus qu’assez parce qu’ils sont violents… je me
demandais l’autre jour, ce n’est pas possible. Ils ont le mal ancré en eux. Faire le
mal pour le mal ».
Ces discours, on les retrouve aussi auprès des travailleurs sociaux « il faut
limiter le nombre de jeunes étrangers parce qu’ils ont tendance à former des
groupes et après c’est dangereux ». « C’est dingue, dès que tu en as plusieurs, tu
as des problèmes ».
Quant à moi, j’avais eu des discussions assez sérieuses avec une
Responsable de l’Aide Sociale à l’Enfance, qui trouvait normaux « les examens
osseux pratiqués aux mineurs isolés étrangers pour déterminer leur âge ». Sur cette
question houleuse, je lui ai tout simplement dit de « se rappeler pourquoi, elle était
devenue assistante sociale et que l’Aide Sociale à l’Enfance n’était pas Vichy ! ». Le
problème de rejet ne concerne pas seulement les jeunes d’origine étrangère, mais
également les « cas lourds », qui sont écartés systématiquement des établissements par des commissions d’admissions, comme j’ai eu l’occasion de le dire dans
ce document. Mais ceci est une autre affaire, car si les juges des enfants et les
référents sociaux jouaient réellement « le jeu » avec les établissements en souffrance, la collaboration serait probablement de toute autre nature.
Au fond, l’immigré est rejeté, ici parce que son identité ne correspond pas à
la situation (il veut vivre en France alors qu’il est algérien). C’est encore le rejet
d’une culture « qui se sent menacée et affaiblie à la fois par l’envahissement d’éléments étrangers et cosmopolites et par la présence sur son territoire d’autres unités
culturelles. Ce n’est plus au nom d’une prétention à l’universel que l’immigré est
rejeté, mais à l’inverse, au nom de la particularité et de l’intégrité d’une identité culturelle ». Non pas seulement trop traditionnel, mais aussi trop différent pour une culture particulière et probablement dangereux d’où la prévention qui se manifeste par
« le rejet », la « non-admission », comme si le mal était ancré en eux, et surtout
assimilé à un gène ethnique renvoyant à la reproduction à l’identique par rapport à
son propre groupe d’appartenance. C’est finalement la combinaison de différentes
formes de racisme et de trois types idéaux de racisme énoncés par Taguieff.
Les formes du rejet.
Après le rejet conservateur, et celui de la différence, il y a également les
formes du rejet, c’est-à-dire les regards et les propos, y compris les agressions et
les violences, dont je n’ai nullement l’intention de m’étendre, même si tout n’a pas
été dit. Les deux premiers types (regards et propos) trouvent une traduction pratique dans les paroles et les actes. Le racisme se manifeste dans un regard ou une
attitude. Ils sont difficiles à apprécier contrairement aux seconds (agressions et violences). Il en est d’ailleurs de même pour ces deux derniers types, car si on peut
analyser certaines agressions et violences comme de nature raciste dans la
société, il m’est difficile de m’aventurer à l’affirmer dans les institutions éducatives.
Je tiens à dire que mon intention n’était pas de dénoncer le racisme des travailleurs sociaux. Mes propos ont une teneur préventive auprès de ceux qui luttent
avec les personnes en souffrance. Ils ne visent pas la profession sociale comme
une activité qui cohabite avec le racisme. Je voulais dire, ce que je sais, que je connais, que j’ai vu et entendu. Le problème soulevé est sensible et réel, car dans les
pratiques d’accompagnement, on peut passer très vite à un « racisme soft » dans
la mesure où « le racisme est un des outils de la dominance, et dominer procure
toujours un certain plaisir : plaisir de disposer de la vie d’autrui et surtout plaisir
d’éviter qu’il ne dispose de la nôtre. Le racisme conforte aussi l’idée que nous nous
faisons de nous-mêmes, de notre soi-disant supériorité. On a besoin de se rêver,
de compenser les faiblesses que l’on craint de retrouver en soi et le racisme nous
aide à nous sentir moins menacés dans la représentation de nous-mêmes »
(A. Memmi, 1982, op. cit.).
Tout cela se passe quelquefois et très souvent d’ailleurs dans l’incompréhension au cours des différentes interactions, en prenant pour base notre propre situation sociale et notre propre culture. La rencontre avec l’autre n’est pas donnée
d’emblée, le courant interculturaliste ne cesse de le rappeler. D’ailleurs nos propres
travaux
[18] ont justement montré que l’interculturalité est une ouverture qui peut permettre de dépasser les blocages à l’imagination collective, à condition qu’elle se
fasse dans un cadre de compréhension mutuelle, qui ne soit pas un alibi à l’uniformisation.
Le problème est que les travailleurs sociaux font tout cela avec des bonnes
intentions, sans se rendre compte qu’ils s’inscrivent dans des pratiques professionnelles tendant à l’uniformisation culturelle et à la domination d’autres cultures. C’est
la raison pour laquelle, il n’est pas facile de trouver l’équilibre pédagogique dans les
actions d’aide parce que connaître la différence de l’autre sans créer des nouvelles
discriminations est une tâche difficile, qui pourtant incombe aux travailleurs sociaux.
Le projet interculturel n’est pas impossible avec toutes les bonnes volontés
venant du travail social, seul canal, capable de le mettre en œuvre, à condition de
ne pas absolutiser ce qui doit être relativisé, c’est-à-dire à ne pas « tomber dans le
piège qui considère les cultures, les identités, les sociétés comme des en-soi, au
lieu, justement de les considérer dans une interaction et donc une évolution permanentes »
[19].
Le brassage des cultures est une chance pour la France et en particulier pour
le travail social, car « une culture qui reste longtemps repliée sur elle-même finit par
s’étioler »
[20], d’où la nécessité d’éclater les identités stigmatisantes.
C’est dans ce cadre que la perspective interculturelle devient non seulement
crédible, mais surtout un lieu de créativité, permettant de passer de la culture « produit » à la culture du « procès »
[21],qu’il contribue à la création d’un certain type de
« lien social et de philosophie politique susceptibles de concilier la globalisation
avec le besoin de communauté à taille humaine et qu’il permet de concilier l’universel et le particulier, le global et le local »
[22].
Enfin, pour terminer, je pense avec F.X. CUCHE que « refuser à un homme le
droit à sa culture, c’est lui refuser son humanité […] si l’échange interculturel ne
supprime pas les conflits, s’il ne les remplace pas par une attendrissante bienveillance universelle, il fait plus et mieux, il leur donne un sens. L’échange interculturel
apparaît, aussi, à la fois comme une condition, car sans droit à être soi, il n’y aucun
droit possible, comme moyen de gestion de conflits et comme une fin : une société
d’égalité »
[23]. Le travail social face à la discrimination, au racisme, aux idées
extrémistes, à l’interculturalité, c’est le grand défi du XXIe siècle, et il y a encore du
boulot.
[1]
Enseignant, chercheur, Groupe d’Etudes et de Recherches en Travail Social et co-responsable du
DESS, Développement Social Urbain, Institut social Lille-V auban, Institut supérieur de formation per-
manente (Université Catholique de Lille), membre associé à PROFEOR, Université de Lille 3.
[2]
JOVELIN, E (éd.).,
Le travail social face à l’interculturalité. Comprendre la différence dans les pra-
tiques d’accompagnement, éd. L’harmattan, Coll. Le travail du social, 2002.
[3]
SHNAPPER, D.,
La relation à l’autre. Au cœur de la pensée sociologique, éd. Gallimard, 1998,
p. 36.
[4]
MEMMI, A.,
différence, racisme et dominance, Revue POUR, n° 86, 1982, p. 20
[5]
RICOEUR, P.,
Soi-même comme un autre,Paris, Seuil, 1990.
[6]
La lutte contre le racisme et la xénophobie, Commission Nationale Consultative des droits de
l’homme, La documentation française, 2000.
[7]
Claude Liauzu,
La société française face au racisme, Édition complexe, 1999, p. 11.
[8]
Claude Liauzu, op. cit., p12.
[9]
Michel Wieviorka,
Le racisme, une introduction, La découverte / Poche, Paris, 1998, p. 22.
[10]
T ARNERO, J.,
Le racisme, Les essentiels Milan, 1995, Toulouse, p. 4.
[11]
WIEVIORKA, M.,
La France raciste,Le Seuil, Points Actuels, 1993, p. 182.
[12]
T AGUIEFF, P.A.,
Le racisme, Flammarion, 1997, pp. 65-72
[13]
LAPEYRONNIE, D.,
L’individu et les minorités. La France et la Grande-Bretagne face à leurs immi-
grés, PUF, 1993.
[14]
Dans les caractéristiques pratiques du racisme, on distingue d’abord « la ségrégation, et la dis-
crimination », ensuite « la persécution du type essentialiste, notamment l’usage de la violence
physique » et enfin « l’extermination de tous les représentants d’une catégorie de la population ».
Comme, je l’ai dit, certes, il y a des institutions éducatives où la violence est présente mais nous ne
pouvons classer ces exactions dans le cadre de ce travail sur le racisme. Au-delà des actes, ce sont
aussi les raisons qui poussent à l’acte qui peuvent nous éclairer, or celles-ci rentrent généralement,
selon les auteurs, au ras-le-bol habituel de prise en charge difficile.
[15]
INGLEHART, Ronald.,
Culture shift in advanced industrial societies, Princeton University Press,
[16]
Pour les institutions, ces jeunes menacent la culture de l’établissement et les règles de base instau-
rées depuis des générations.
[17]
Respectivement formateurs et directeur adjoint, à l’École d’éducateurs spécialisés de Lille.
[18]
Voir essentiellement, JOVELIN, E., (éd.),
Le travail social face à l’interculturalité. Comprendre la dif-
férence dans les pratiques d’accompagnement,Éd. L’harmattan, 2002.
[19]
G. VERBUNT.,
La revendication interculturelle : une demande réaliste ?Revue
POUR, n° 86, 1982
[20]
S. ABOU.,
Problématiques de l’insertion des minorités étrangères, Revue
POUR, n° 86, 1982, p. 57.
[21]
G. VINSONNEAU.,
Cultures et comportements,Paris, A. Colin, 1997, p. 154
[22]
G. VERBUNT.,
La société interculturelle,Paris, Éd. du seuil, 2001, p. 10
[23]
F.X. CUCHE.,
Vivre ensemble, est-ce possible ?Revue
POUR, n° 86, 1982.