2004
L'associatif : richesse et désordre
Collectif LE FORUM BRUXELLOIS
[1]
Face aux bouleversements sociaux, un associatif flexible s'avère indispensable
pour la construction de la cohésion sociale et de la démocratie. Sont plus spéci~fiquement analysés le bénévolat, le mouvement associatif au féminin et le mili~tantisme.Mots-clés :
autonomie, volatilité, flexibilité, cohésion sociale, démocratie, intérêt commun, globalisation.
JOINT-WORK
" Associations: wealth and disorder "
Flexible associations are indispensable tools to rebuild social cohesion and
democracy that are so often threatened by social changes. Voluntary help, asso~ciations connected with the feminist movement, militancy are more specifically
analysed. Keywords :
autonomy, volatility, flexibility, social cohesion, democracy, common interest, globalisation.
À quoi sert l'associatif?
Nul ne contestera l'importance du mouvement associatif dans notre pays.
Sous la forme d'une petite ASBL de quartier ou comme ONG multinationale, il est
sous différentes formes et objectifs bien présent et ancré dans nos esprits et nos
habitudes. Une grande majorité de nos concitoyens sont plus ou moins actifs
dans une organisation de ce type. Cela renforce paraît-il la cohésion sociale et la
démocratie.
Ce monde associatif est en pleine évolution et depuis quelque temps il n'est
pas non plus à l'abri de certaines critiques, surtout lorsque des organisations
associatives critiquent et bousculent le monde politique en place.
Cette évolution est très intéressante du point de vue sociologique. Il y a ce
qu'on appelle la rupture démocratique : le citoyen ne se sent plus représenté par
les partis politiques face à certains problèmes de notre société, il cherche donc
à se réunir pour se faire entendre dans les débats critiques sur des thèmes d'importance sociale ou politique ; en d'autres termes, dans un monde qui change, le
citoyen cherche avec l'associatif sa place et veut se faire reconnaître dans la
société civile comme acteur et participant. En cela, ces organisations
« citoyennes » représentent un phénomène récent, appelé à devenir plus significatif dans le contexte politique belge, européen et même mondial.
En effet, la démocratie formelle représentative a connu dans les pays occidentaux une évolution remarquable depuis ces vingt dernières années. La
démocratie parlementaire a changé de plus d'un aspect. En définir les causes
historiques et sociologiques précises dépasserait le cadre de cet article, mais il
est un fait que la démocratie représentative et les institutions séculières, la
justice, l'armée et les partis politiques sur lesquelles repose la démocratie, les
« corps établis » ont perdu beaucoup de leur légitimité auprès du citoyen : formalisme bureaucratique, corporatisme, clientélisme et paternalisme ont éloigné le
citoyen des institutions représentant l'État.
Bref, les changements dans les structures socio-économiques, l'augmentation du niveau de vie et de l'instruction en général ont rendu le citoyen plus
conscient face aux carences des politiques et des politiciens.
Le climat politique est aujourd'hui à l'ouverture, à la transparence, à la médiatisation. Le citoyen informé cherche donc, non seulement à se faire entendre
dans les médias, en participant à des manifestations publiques, à la critique et à
la construction de la société dans un monde rendu plus ouvert par les moyens
médiatiques et de communication modernes. Il est clair que le monde politique
occidental dans son ensemble est à la recherche de nouvelles expressions et de
nouveaux équilibres de pouvoir et d'autorité. Dans cette optique l'associatif est le
meilleur rempart contre les idées simples et extrémistes.
Cette partie de la société civile qui est en train de se construire une place sur
le forum de la vie politique active se voit donc naturellement soumise à une
méfiance critique de la part des représentants institutionnalisés du monde politique : on pose des questions aux nouveaux acteurs quant à leur représentativité
et à la légitimité démocratique des organisations ayant des positions à portée
politique.
Beaucoup d'associations mais pas toutes, sont soutenues par des fonds ou
subventions publiques et cela entraîne évidemment des obligations de justification des budgets. Pourtant le contrôle normal et la mise en structure de ces
organisations ne pourront jamais aller au-delà de certaines règles générales de
transparence démocratique et de gestion financière correcte. Si la place qu'occupent les organisations de citoyens est souvent volatile et leur thématique
souvent passagère, leur valeur ne peut pourtant être mise en doute sur base
« des nombres et des chiffres ».
La volatilité et la flexibilité de ces associations souvent éphémères sont en fait
des éléments indispensables dans la formation et l'éducation politique des
citoyens, éléments vitaux pour une société démocratique adulte. L'encadrement de ces organisations dans une structuration hiérarchisée et contraignante
en structures lourdes et administratives leur enlevant toute autonomie
d'action ou de parole serait absolument néfaste pour la valeur démocratique de notre vie politique.
Cela ne devrait en rien diminuer l'importance, d'autre part, de la vie politique
organisée par les partis politiques de type classique, dûment représentés au
parlement ou par des organisations défendant des intérêts particuliers ou professionnels ( les syndicats ), la critique venant souvent de leur part.
Grâce à des organisations formant en leur complexité la société civile,
l'opinion publique trouve un moyen d'expression vivant qui devrait être pris au
sérieux, par le monde politique qui se prétend à l'écoute de la vie démocratique
d'un monde changeant à une vitesse à peine contrôlable. La récupération des
bonnes idées est une pratique admise en politique.
Il n'empêche, cela devrait inciter le monde associatif souvent fragmenté à
se réguler de façon autonome avec des règles spécifiques dans un cadre légal
minimal approprié et à s'organiser autour de thèmes concordants afin d'assurer
sa représentativité. Le contact permanent avec ces membres et avec le public
constitue en dernière limite la légitimité et la raison d'être d'une organisation
active et représentative dans la société civile.
La régulation de celle-ci par l'encadrement comme elle y est encouragée par
certaines tendances politiques au sein des instances européennes (le troisième
pilier selon Bill Clinton), comporterait par contre à notre avis de graves dangers
qui risquent d'être contre-productifs au niveau de la qualité démocratique ; la
génération spontanée s'y perdrait.
L'essai de structuration récente autour du Forum Social Mondial dans lequel
on retrouve des associations diverses mérite par contre toute notre attention. Il
est évident que face aux nouveaux défis posés par la globalisation de l'économie
mondiale et face aux différences de développement dans les différentes parties
du globe, l'avenir politique du monde a besoin avant tout d'une nouvelle
dynamique cohérente avec des perspectives à long terme.
De nouveaux centres d'idées et de discussions politique de la société civile
doivent préparer et développer des visions et des perspectives pour la société
future à moyen et à long terme ; une nouvelle politisation de notre société
s'impose !Le monde politique actuel doit rechercher de nouvelles définitions
mobilisatrices pour orienter sa prochaine génération ; la société civile en est le
laboratoire. Un monde associatif responsable et représentatif, peut à condition
qu'il trouve sa cohérence y apporter certainement des propositions utiles pour
conduire à la mobilisation nécessaire vers un meilleur avenir dans un monde de
plus en plus complexe.
Il devient évident que le monde se trouve à un tournant de l'histoire : des
changements profonds sur le plan économique mondial risquent d'influencer
profondément notre mode de vie dans les années à venir. Des choix devront être
faits concernant le développement durable de l'économie, la démocratie et l'intérêt général ou commun dans un monde globalisé. Ce ne sont certainement pas les défis qui manquent.
Si nous voulons rester une société démocratique nous devons chercher la
voie de la discussion avec la société civile.
L'implication du citoyen dans la vie associative est une des plus grandes
richesses de notre pays. L'engagement se réalise de 7 à 77 ans et au-delà.
Depuis l'enfant qui est invité par son école, un mouvement de femmes ou un club
de sport à participer à une action ponctuelle de récolte de fonds pour les
démunis, aux retraités qui mettent leur temps à la disposition des jeunes en difficulté d'apprentissage ; c'est le partage du savoir. Cette mise à disposition de
temps pour les autres est un des éléments essentiels du tissu social belge.
Un grand nombre de ces engagements volontaires nécessite une formation
et un suivi régulier.
Si certains pouvoirs politiques considèrent que le volontariat est destructeur
d'emploi, d'autres réalisent combien cet acte citoyen est important non seulement pour les personnes qui bénéficient de l'action mais tout autant pour celles
qui s'y engagent. Celui-ci ne doit cependant pas se faire sans encadrement.
Un certain nombre de conditions sont à réunir pour que le bénévole
développe des attitudes professionnelles et se réalise dans sa fonction, une
dimension fort importante pour nous. Tout d'abord, il est important de faire
prendre conscience au volontaire des raisons qui l'ont poussé dans cette voie. Il
peut s'agir du besoin de rendre service, de s'impliquer dans un domaine différent
de son activité professionnelle, de rencontrer d'autres personnes mais aussi et
surtout d'être écouté ou de se réaliser, de partager son savoir et ses compétences.
Car si le bénévole est remboursé de ses frais ou tout le moins dédommagé,
il doit certainement pouvoir trouver place et reconnaissance au sein de l'équipe
qu'il intègre. S'oublier dans le service à l'autre est un des écueils de ce type d'engagement. Il est du devoir de toute association de ne pas négliger ce besoin. Le
moyen le plus fréquemment utilisé par les associations est la proposition de
formation et de supervision. Une place dans les instances décisionnelles est une
autre forme de reconnaissance.
Certaines associations demandent une implication très importante dans les
différentes instances de fonctionnement et de décisions de l'institution. Une
gestion participative permet de se sentir porteur du projet. D'autres proposent au
bénévole d'être un « travailleur » parmi d'autres.
Quelle que soit la forme qu'il prend, cet engagement gratuit du citoyen dans
la vie de sa communauté nous semble un des principes essentiels de la restauration et du maintien du lien social vital à l'épanouissement de tout individu et à
la vie en société !
Le mouvement associatif au féminin.
La plupart des organisations de femmes (féministes ou féminines) en
Communauté Française (1) sont reconnues et subventionnées dans le cadre du
décret du 8 avril 1976 puisqu'elles ont comme objectif de promouvoir l'égalité des
chances entre hommes et femmes. Il n'existe pas d'axe spécifique pour les associations de femmes qui se retrouvent avec la plupart des associations fédérales,
régionales, locales ayant des objectifs de travail très variés comme les rapports
nord-sud, l'environnement, la culture, l'exclusion socio-économique, le sport, le
théâtre, l'art, etc.Environ 500 organisations fédérales et régionales dont 60
organisations locales indépendantes reconnues créent la dynamique d'éducation
permanente en Communauté Française et participent au développement d'une
citoyenneté active, critique et responsable. Seules 70 organisations de femmes
existent dont les 3 grands mouvements de femmes comme les Femmes
Prévoyantes Socialistes, Vie Féminine et l'Action Chrétienne Rurale des
Femmes.Les organisations féministes se sont basées sur le décret pour
développer des actions, réflexions, conférences, formations, éducations de base,
alphabétisation, ateliers, recherches au niveau social, culturel, politique, etc. Il
n'existe pas encore de recherches approfondies faisant le lien entre l'éducation
permanente et le féminisme. Cependant, depuis une dizaine d'années grâce à la
valorisation des archives des organisations de femmes, l'histoire des femmes et
de leurs mouvements est étudiée et permet de nouvelles perspectives d'analyse.
Il est intéressant de noter qu'une fois encore les historiens ont peu pris en
compte les mouvements d'éducation permanente en faveur des femmes qui sont
donc peu ou pas connus par le public. Or, cette histoire concerne plus de la
moitié de la population de la Belgique et de la planète
!
Dès son origine au XIXe siècle, l'éducation permanente en Belgique s'est
adressée à la classe ouvrière et/ou populaire, elle a été organisée autour de trois
grands courants politiques : le mouvement ouvrier socialiste, le mouvement
ouvrier chrétien et l'église catholique. Pour les mouvements féminins, soulignons
qu'à leur début, ils étaient surtout pensés et organisés par les hommes avec
l'aide de quelques femmes, il s'agissait surtout pour les partis politiques de
récupérer ou garder un public lors des élections. Leurs intentions envers les
femmes étaient de les maintenir dans leurs rôles traditionnels d'épouses et de
mères : « gardiennes du foyer et de la famille ». Souvent les dirigeantes de ces
associations de femmes étaient en conflit avec leurs pouvoirs politiques qui
exerçaient la direction du mouvement et gardaient donc les cordons de la
bourse : qui contrôle les subsides, contrôle les actions…
Dès 1892, la Ligue du droit des femmes sera créée et son assemblée
générale comptera trois cents membres. Les dirigeant(e)s de cette ligue sont :
Marie Popelin, Léonie La Fontaine, Joséphine Isala-V an Diest, Elise Nyst-Soyer,
mais aussi des hommes comme Louis Franck, Henri La Fontaine, Denis Hector…
Une poignée de femmes a réanimé un bureau de poste désaffecté à coups
de tissus, de coussins colorés, de peinture pour en faire un lieu chaleureux d'accueil, de rencontre et d'émancipation. Les statuts de l'association « Maison des
Femmes de Bruxelles » sont parus au Moniteur belge le 5 septembre 1974. La
Maison des Femmes s'est installée d'abord au 79 rue du Méridien dans une
commune populaire du centre de Bruxelles. 25 ans plus tard, la Maison des
Femmes a changé de nom et de maison, mais pas de cause. L'Association 29
rue Blanche « Mouvements de Femmes » est reconnue comme organisme
d'éducation permanente et occupe une maison de maître, de style Horta qui est
mise à sa disposition par la Communauté Française. Elle est l'héritière des
acquis moraux et sociaux de la première maison des femmes de Bruxelles et
poursuit les mêmes objectifs. Elle œuvre à un changement de société fondé sur
l'égalité des chances entre femmes et hommes dans le respect des différences.
L'Association est porteuse à la fois de réflexion et d'actions féministes. Elle a mis
en place des structures de travail qui interagissent pour enrichir les échanges et
les services offerts aux femmes. Par le biais de ses activités permanentes et
ponctuelles, elle encourage la participation et la citoyenneté actives, critiques et
responsables des femmes dans la société et leur permet d'être actrices de leur
vie, de leur histoire et de leur devenir.
Aujourd'hui encore, les femmes sont sous représentées à tous les niveaux
de pouvoir. Elles sont plus durement touchées par le chômage, l'analphabétisme,
la pauvreté et la précarité d'emploi (temps partiels, contrats à durée déterminée,
travail intérimaire…). Á scolarité et qualification égales, elles perçoivent des
salaires inférieurs à ceux de leurs collègues masculins et ont moins accès aux
postes à responsabilités. À l'échelle de l'Union européenne, les femmes gagnent
en moyenne 25 % de moins que les hommes. Et c'est parler du « cumul » du
travail professionnel, domestique et familial. La violence à l'égard des femmes
reste une réalité universelle. Les actions des femmes pour une égalité entre
hommes et femmes permettront enfin d'accéder à une société réellement
démocratique.
L'objectif principal de l'éducation permanente a été la perspective universaliste et donc masculine parce que dès le lancement de l'éducation permanente,
toute l'attention a été portée aux hommes, à leurs modes d'existence, leurs
visions, leurs méthodes et leurs symboles. En effet, peu de femmes étaient
présentes aux postes de décisions, de financement, peu de femmes étaient des
cadres pouvant organiser et gérer des formations pour les femmes. Pour une
raison bien simple, la difficulté de concilier vie privée et vie publique, les mentalités et le contexte patriarcal de la société. Encore aujourd'hui, il existe de
nombreux programmes de formation pour les travailleurs/travailleuses du
mouvement d'éducation permanente mais encore trop peu d'offres pour celles
des mouvements de femmes. Ce n'est que dernièrement que certaines formations ont été créées au sein des associations de femmes ou d'universités.
Un autre constat à faire est la forte féminisation des postes de travail dans le
secteur de l'éducation permanente subventionné en Communauté française : 70
à 75 % des postes d'animation et coordination sont occupés par des femmes,
une grande majorité des postes d'administration ou d'exécution de ce secteur
sont des emplois féminins. Par contre, comme dans le reste du marché du travail,
il existe également pour des postes identiques, un écart salarial entre les
hommes et les femmes de ce secteur. Ces dernières années, on remarque aussi
une présence accrue de travailleurs/travailleuses d'origine étrangère venant du
Maroc, Congo et des pays d'Europe du sud.
La situation personnelle, politique, socio-économique, professionnelle des
femmes n'est pas la même que celle des hommes et seules les associations
féministes peuvent analyser et combattre ces inégalités, elles sont les seules à
cibler ces priorités pour les femmes avec les objectifs du décret de l'éducation
permanente en vue d'une démocratisation de la société civile. Ces associations
de femmes détectent, analysent et transmettent aux politiques les nouveaux
besoins des femmes pour la mise en place de nouvelles structures d'aide.
À propos du militantisme…
Nous n'avons pas besoin de fonctionnaires de l'assistance sociale, encore
moins d'intellectuels en chaise longue, fondateurs de fondations au sens
archéologique du terme et pour qui le militantisme n'est autre qu'une vieille lune
ringarde à l'usage de simplets tout emplis de démagogies « intempestives ».
Face à la misère de l'Autre, le refus critique dûment argumenté n'est pas un
« cri », mais le « j'accuse » lancé à la face de ces protagonistes du « petit
possible », du « moins pire » ou de ces consensus mous qui ne dérangent ni la
sieste des puissants ni la ségrégation socio-économique, raciale ou sexiste
perfidement orchestrées par nos (véritables) gouvernants. Devant l'embrasement de l'immeuble, le pompier ne peut se contenter d'un simple seau d'eau…
Le militantisme n'est pas que critiques synonymes de mépris ou de pavés
savamment taillés, il est également propositions et solutions structurelles
avancées, partenariats actifs respectueux des différences, engagement pluriel en
état de vigilance permanente et aussi capacité à mobiliser à la moindre injustice
constatée.
Quant au militant, malgré son radicalisme, il n'est pas le « juste » de Camus
pour qui la fin justifie tous les moyens. Il ignore a priori les différences de classes
sans pour autant être abusé, ou « l'idiot utile » allant s'acoquiner avec le raciste
ou le fasciste du coin. Son humanité est sa conscience et son besoin de l'Autre
en état de mieux-être, son pain quotidien.
Au-delà de ce que certains par cynisme ou par confort, appellent les
« simplismes-produits blancs » (en raccourci), existe qu'on le veuille ou non, la
confusion des genres, plus de gauches, plus de droite, rien que des « agents »
politiquement ambidextres sans idéologie même a minima. Ceux-là gesticulent
dans le meilleur des mondes où terrorisme et fascisme procèdent de la même
pathologie virale. Aussi, le mode consensuel s'affiche-t-il au quotidien attifé de
ses oripeaux carnavalesques conduisant sans heurt ni fracas à une solidarité au
rabais. Parallèlement, le militant tente de réparer l'ascenseur social en panne
depuis des décennies, pour cause d'égoïsme forcené. Plutôt la guerre que le
partage.Le militantisme est un genre douteux, souvent impropre à fréquenter les
salons feutrés. Sa mesure voulant réapprendre au plus grand nombre à dire non,
« non merci » à ceux qui souhaiteraient nous convaincre que le paradis se trouve
dans les « magasins de l'inutile », à ceux qui affirment que celui qui n'a rien, n'est
rien ou que celui qui ne travaille pas, ne mange pas…, se heurte constamment à
la frilosité de certains « réalistes » tout empreints d'eux-mêmes qui en oublient
en fin de compte de défendre la dignité de cet Autre nous-même en état d'exclusion.
Notre contexte socio-économique connaît depuis trop longtemps, une perte
de substance et de pertinence, au point d'être incapable de répondre aux nécessités de la vie ainsi qu'aux attentes profondes tant collectives qu'individuelles
d'un nombre toujours croissant de personnes d'ici et d'ailleurs. Alors faute d'éradication du modelage unidimensionnel des cultures et de cette tentation totalitaire éliminant toute possibilité d'élaboration d'un (nouveau) contrat social cette
fois planétaire…, nous serons tous à quelques (riches) exceptions près,
emportés par la haine et une violence encore à peine imaginable.
Que ceux qui pensent que ce qui précède n'est que logorrhée, nous fassent
la démonstration du recul constant et avéré de la misère et de la pauvreté, alors
seulement les militants troqueront certaines de leurs armes contre des « manuels
de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations ».
Forum Bruxellois de lutte contre la Pauvreté
Rue Fernand Berniet, 40
B-1060 Bruxelles
Courriel : forumpauvretebx@ village. uunet. be
[1]
Le Forum Bruxellois est pluriel et pluraliste tant dans ses modes d'accompagnement des personnes
démunies que dans la perception des problématiques traitées. Quatre membres (Frans Leemans,
Arlette Crapez, Foutoula Ioannidis, Daniel Lhost) ont écrit ce texte qui en toute cohérence reflète le
combat mené contre cette infamie qu'est la misère.