2004
Travailler le social dans l'associatif.
Penser les exigences politiques du travail social
[1]
Marc CHAMBEAU
[2]
L'utilité de l'associatif dans une perspective de développement d'un travail social
démocratique. Face au développement et à l'émergence de formes de travail
social de plus en plus contrôlantes et de plus en plus normalisantes, le
travailleur social se questionne, mais manque parfois de réponses. Confronter
son travail social aux valeurs essentielles (et non perverties) de la démocratie,
peut l'aider à mieux s'y retrouver. Les associations sont des lieux où les
travailleurs sociaux peuvent développer un travail mieux démocratique. Cet
article tente de le rappeler.Mots-clés :
Institution recomposée, instituant, acteur, pouvoir subsidiant, bénévole, volontaire, militant, risque, résistance, démocratie.
MARC CHAMBON
" Working on the social aspect in associations. Thinking about the political
demands of social work "
The usefulness of the associations in the perspective of the development of a
democratic social work. Faced with the development and the emergence of new
forms of social work that are always more "controlling" and "normalizing", the
social worker wonders what he should do but sometimes, he doesn't find any
answer. If he confronts his social work with the essential (and uncorrupted)
values of democracy, he might find some of the answers he is looking for.
Associations are places where social workers should be able to develop a more
democratic work; this article aims at reminding us about it. Keywords :
Reconstructed institution, actor, financing power, volunteer, militant, risk, resistance, democracy.
Avant de commencer à vous parler du travail social dans l'associatif,
rappelons seulement que la Belgique est une espèce de leader mondial en ce qui
concerne le nombre d'associations par habitant, que le pays a également mis en
place par la loi de 1921 sur les asbl, une structure qui, si elle n'est plus unique
aujourd'hui, a servi de modèle pour bien d'autres pays. Si le travail social associatif est aussi développé chez nous, et plus particulièrement en Communauté
française, c'est à cette loi qu'on le doit d'abord.
Une autre raison qui a permis le développement du travail social dans les
associations, c'est que la crise économique des années 70 a créé beaucoup de
chômage, et que pour résorber ce chômage, les pouvoirs publics ont décidé de
fournir des moyens à des associations pour développer des services. L'objectif
était sans doute prioritairement de réduire le nombre de chômeurs, en permettant à des gens de travailler dans ces services en étant mal payés plutôt qu'en
touchant des allocations de chômage, mais cela a permis un essor peut-être inattendu de beaucoup d'associations.
Chacun sait que pour créer une association reconnue en Belgique, il faut être
trois : un président, un trésorier et un secrétaire. Cette simplicité a permis le
développement d'associations de pêche à la ligne, de cruciverbistes, et de bien
d'autres encore. Ces associations se sont créées, parce que plusieurs personnes
avaient un intérêt commun, à savoir par exemple la collection de timbres.
Les associations qui se sont engagées dans le travail social se sont créées
sur le même principe, à une différence près, c'est que l'intérêt commun se fondait
essentiellement sur des valeurs communes qui dépassaient simplement la
convivialité propre aux associations dont je viens de parler.
Avant de vraiment développer une réflexion, encore une chose : le monde
associatif n'est pas merveilleux, sans nuage, sans problèmes. Parlons aujourd'hui de la face la plus positive. Mais la vie associative n'est pas toujours très
simple, et dans l'associatif, même si parfois on a l'impression de mieux s'entendre qu'ailleurs, les coups bas, et parfois très bas existent aussi.
Comment se crée une institution associative qui pourrait
investir dans le travail socialou dans le travail éducatif ?
Jean Blairon nous explique dans son livre « l'institution recomposée
[4] », qu'il
n'y a pas de mouvement instituant en dehors de la volonté de faire exister collectivement une question au départ particulière. Une question devient publique
lorsqu'un mouvement de société fait considérer comme communs à tous certains
problèmes ou certains aspects de l'expérience vécue par des individus ou par un
groupe social particulier. Il faut que d'une certaine manière, les gens qui
composent la société disent, « ces problèmes sont aussi les nôtres ».
Prenons l'exemple des enfants malades dans les hôpitaux. Il y a quelques
années, un enfant malade était confié à une équipe médicale, et des médecins
spécialistes s'occupaient de sa santé. Puis certains parents se sont mobilisés
avec quelques professionnels, et ont exprimé que même s'il était malade et que
le remettre en bonne santé était prioritaire, le reste de la vie de l'enfant continuait
à être important, et qu'il fallait développer autour de lui d'autres structures que
des structures médicales. Il y eut d'abord un intérêt poli des responsables de
notre santé, du style « c'est très bien que vous vous préoccupiez de votre enfant,
mais laissez nous faire notre travail ». Puis petit à petit, par des soutiens d'abord
timides, des expériences marginales, ce mouvement a appris à se faire entendre,
et les spécialistes ont été débordés au sein même de leurs hôpitaux. Et ces associations de parents ont convaincu suffisamment de professionnels, de politiques,
ont réussi également à mobiliser autour d'eux l'opinion publique, pour que les
problèmes rencontrés par les enfants au niveau de leur santé ne soient plus
uniquement gérés par des thérapies médicamenteuses, mais qu'il était nécessaire que ces enfants puissent poursuivre leur scolarité. On a donc créé l'école
à l'hôpital. Il fallait aussi que les parents puissent rester près de leurs enfants
pendant leur séjour. On a donc créé des structures d'habitations provisoires pour
les parents. On s'est rendu compte (on le savait peut-être déjà, mais ça ne
passait pas les murs des hôpitaux) que l'aspect psychologique et humain était
important pour les enfants, et même plus, que c'était important pour leur santé,
et que des enfants gravement malades allaient mieux du fait de ces structures
mises en place autour d'eux. Les clini-clowns par exemple sont aussi apparus et
ont apporté leur pierre à une autre approche de la maladie et surtout de la bonne
santé des enfants.
Les parents sont arrivés, à partir d'une question relativement privée, à sensibiliser autour d'eux pour que cette question soit abordée avec des moyens novateurs, et puissent rivaliser avec les valeurs dominantes, représentées dans cet
exemple par le pouvoir médical.
Une association se crée et se développe donc à partir de valeurs associantes
qui constituent les références qui décideront des personnes à y participer, qui
définiront le champ d'action, les objectifs et les modalités de réalisation
[5].
Prenons par exemple les initiateurs d'un projet de maison de jeunes dans une
cité. Les valeurs essentielles qui les réunissent sont l'émancipation des jeunes
de la cité au travers de projets culturels et l'initiation à la citoyenneté par l'investissement dans les projets de la maison. C'est à partir de ces valeurs qu'ils
décideront de la population prioritaire qu'ils voudront toucher, des objectifs opérationnels qu'ils voudront mettre en place comme par exemple une approche théâtrale, musicale ou graphique, et des moyens qu'ils chercheront pour aller dans ce
sens. Il ne s'agira pas par exemple d'engager un professionnel artistique qui n'accepte de travailler qu'avec des élites, ni d'engager un animateur capable de
bricolage. Il faudra qu'il ait les compétences de se confronter à une population
parfois exigeante et les compétences de mener à bien un projet culturel, et cela
pour correspondre aux valeurs associantes proposées par les initiateurs de la
maison de jeunes.
Service public et monde associatif.
Face à un problème particulier qui serait pointé, il y a d'autres réponses que
les réponses associatives. Les services publics issus des pouvoirs publics,
communaux, provinciaux, régionaux, communautaires, fédéraux apportent
également des réponses à des problématiques soulevées. Le travail de base,
c'est-à-dire le travail de tous les jours est relativement semblable dans les services publics et dans les associations. Il s'agit d'un service à une population particulière, et les moyens méthodologiques, pédagogiques ou psychologiques
diffèrent peu.
Il existe cependant une différence importante, qui est parfois peu visible parce
que peu mise en évidence par les associations, mais qui est la remise en cause
du fondement de certains fonctionnements sociaux. S'il est tout à fait possible, et
cela se passe régulièrement, que des travailleurs des pouvoirs publics remettent
en cause des manières de fonctionner de leurs institutions (les travailleurs
sociaux des CP AS remettent souvent en cause la manière dont l'aide sociale est
distribuée au sein même de leur CP AS), l'institution en elle-même issue des
pouvoirs publics, si elle peut pointer l'un ou l'autre dysfonctionnement, ne
remettra pas en cause fondamentalement ce fonctionnement. Il revient par
contre aux associations de remettre en cause tout fonctionnement qui ne permet
pas d'aboutir à la réalisation des valeurs associantes sur base desquelles l'association a été créée.
La raison de cette différence me paraît être la suivante : Les pouvoirs publics,
démocratiquement élus, et contrôlés de la même manière démocratique par la
succession des élections, estiment mettre en place ce qui correspond le plus aux
choix de la population qui leur a demandé de gérer la cité. Ce qui est correct. La
valeur fondamentale qui définit la politique des pouvoirs publics est la valeur
démocratique de représentativité. Et les services publics mis en place le sont en
référence à cette valeur. Ces services « fonctionnent en effet à partir d'une définition stable, reconnue, des besoins qui sont les organes d'une société définie
comme un organisme
[6] ».
Les associations se basent également sur la démocratie, mais estiment que
la démocratie représentative n'est pas suffisante et que la loi de la majorité oublie
le sort de certaines minorités. Si des services publics sont chargés d'assurer le
droit des personnes détenues par exemple, et que certaines structures sont
mises en place pour respecter ces droits, il est évident que les prisons sont
aujourd'hui des lieux où la démocratie a encore un long chemin à parcourir avant
de devenir acceptable. Et si certains services à l'intérieur des prisons peuvent
pointer des lacunes criantes, ce seront les associations d'aide aux détenus, les
associations de défense des droits de l'homme qui pointeront avec insistance ce
qui caractérise les aspects non démocratiques de la vie carcérale. Le rôle de l'associatif sera dès lors de promouvoir toujours plus de démocratie, toujours mieux
de démocratie, et donc de reconnaître la démocratie représentative comme
essentielle, mais certainement non suffisante.
Des relations particulières se développent alors entre les
pouvoirs publics et les associations.
En juillet 2001, Louis Michel, notre ministre des affaires étrangères dans une
interview au journal « le monde » s'en prenait à la société civile, et donc aux
associations (essentiellement dans son chef, les ONG) : « c'est un phénomène
totalement irresponsable, qui manque complètement de transparence (…) qui ne
représente souvent que lui-même et à la prétention d'avoir le monopole de la
bonne conscience… Au nom d'une sorte de terrorisme moral, on a pris le poli
[7]
tique en otage». Merci Monsieur Michel de si bien m'aider à illustrer mon propos.
Cette interview du ministre est en effet très significative du rapport que le
pouvoir politique entretient avec les associations.
Le rôle de l'État est très particulier, du fait de ceux qui le dirigent ; « L'État est
en effet à la fois le résultat, l'outil et le mode de développement de la domination
sociale, ce qui en fait l'instrument de son implantation. Mais l'État est aussi le
résultat et partiellement le mode de poursuite des luttes du passé, et notamment
des victoires du mouvement ouvrier
[8]». L'État défend donc les valeurs qui lui
permettent d'organiser la domination sociale, mais partiellement issu des mouvements de revendication, il travaille à faire reconnaître les valeurs défendues par
ces mouvements et donc notamment par les associations.
Dans l'interview, Louis Michel dénie aux associations le droit de défendre des
valeurs qui soient différentes de celles de l'État, ne reconnaissant comme
démocratique que le pouvoir représentatif. Il « oublie » que les grandes avancées
dont l'État (qu'il est censé représenter) a été porteur, sont issues de mouvements
associatifs : si la sécurité sociale est telle en Belgique aujourd'hui, c'est dû aux
grands mouvements ouvriers. Si le débat récent sur l'euthanasie, quel qu'en soit
le résultat législatif a été unanimement reconnu comme immensément riche,
c'est dû aux associations, même de bords différents. S'il n'est plus possible
aujourd'hui de renvoyer les mineurs étrangers non accompagnés dans leur pays
d'origine, cela n'a été rendu possible que par l'action soutenue d'associations
diverses…
Les associations n'ont certainement pas le monopole de la bonne conscience,
elles ne le revendiquent pas. Mais elles estiment de leur devoir de signaler haut
et fort quand la conscience morale de l'humanité est bafouée. À tort parfois. Les
associations n'ont pas toujours raison, mais c'est un droit et même un devoir
qu'elles doivent garder. Les associations ne pratiquent pas non plus dans leur
toute grande majorité le terrorisme moral. Mais elles rappellent que la morale
existe dans la gestion de la cité, dans la politique, dans les rapports entre
personnes et institutions.
Avant de définir les différentes missions des associations à partir de ce qui a
été dit jusqu'ici, revenons un instant aux différents acteurs des associations.
Parmi ces acteurs, citons : le pouvoir subsidiant c'est-à-dire les pouvoirs publics,
les bénévoles, souvent administrateurs et parfois fondateurs de l'association, les
travailleurs, et les usagers des services rendus par l'association.
Le pouvoir subsidiant,comme son nom l'indique, donne les moyens, sous
forme d'argent ou de mise à disposition de personnel ou de matériel (la maison
qui abrite l'association par exemple). En échange de cette mise à disposition, il
négocie (en position de force) les missions que devra remplir cette association.
Cette négociation se passe le plus souvent dans un cadre prédéfini par une loi
ou un décret. Un décret de l'aide à la jeunesse définit le cadre des missions dans
lequel devront rentrer les associations qui veulent être subsidiées pour faire un
travail d'aide aux jeunes. D'autres décrets sont spécifiques aux personnes
malades, aux personnes âgées, aux justiciables, aux personnes handicapées…
Le cadre peut aussi être moins défini au départ. C'est par exemple le cas d'une
commune qui mettrait une maison à disposition d'une association qui voudrait
organiser une bibliothèque de rue et une école de devoir par exemple.
Notons qu'une association aura des missions désignées qui seront bien
différentes, malgré parfois l'emploi de mêmes termes, selon l'origine des
subsides. Une association qui travaille avec des consommateurs de drogues, et
qui a pour pouvoir subsidiant la Communauté française qui revendique l'objectif
d'émancipation, aura une mission différente d'une association qui subsidiée par
le ministère de la santé, travaille avec des consommateurs de drogues et a pour
objectif l'abstinence, et une mission encore différente d'une association subsidiée
par le ministère de l'intérieur dans le cadre des contrats de sécurité, qui travaille
avec des consommateurs de drogues, et dont l'objectif est, comme son nom
l'indique, la sécurité de la société.
Les bénévoles, les volontaires et les militants.A priori, c'est la même
chose, mais Jacques Zwick
[9] propose une différence entre ces trois mots : le
terme bénévole vient de « bien » et à une connotation caritative de l'ordre des
bonnes œuvres. Le volontaire se situe au niveau de l'engagement à des tâches
culturelles, sociales ou civiques et au service d'un individu, d'une collectivité. Le
militant est un volontaire qui insère son action dans une vision plus globale : une
idéologie, un secteur particulier, une catégorie de population. Ces trois catégories ont la caractéristique d'être non salariées, et les gens ainsi classifiés
recherchent donc un autre bénéfice au sein de l'association : un bénéfice de
valorisation personnelle, un bénéfice pour un membre de la famille, un enfant
handicapé par exemple, un bénéfice pour une cause dans laquelle ils se sentent
investis. Parmi ces personnes non salariées, certaines seront les fondatrices de
l'association. Ce sont elles qui définiront les valeurs associantes de l'association,
ce qui va donner sens au travail qui va s'y faire. Par la suite, parce qu'une association vit, d'autres personnes remplaceront les initiateurs et feront perdurer les
valeurs fondatrices, les oublieront ou les changeront, consciemment ou inconsciemment.
De la même manière que pour les pouvoirs subsidiants, la manière dont les
associations envisageront leur mission donnera des sens différents à l'association. Si des pensionnés belges créent une école de devoirs dans un quartier
immigré parce qu'il faut bien s'occuper, ou parce qu'il faut faire quelque chose
pour les gens de ce quartier en difficulté ou encore parce que ces petits arabes
ont des parents qui sont incapables de s'occuper d'eux, la mission sera bien
différente. Et si ce sont des jeunes immigrés et belges qui ont terminé leur cycle
secondaire, et qui se disent que le système scolaire est inégalitaire et qu'il faut
mettre des choses en place pour que cela change, et notamment, mais notamment seulement, une école de devoirs, la mission de l'association prendra encore
d'autres couleurs.
Les travailleurs.Dans les associations, les formations des travailleurs sont
différentes, et c'est un des aspects passionnant du travail, pour autant, et cela
arrive malheureusement, que ces travailleurs ne se regardent pas en chiens de
faïence, mais cherchent la collaboration qui sera toujours fructueuse pour eux et
plus encore pour les personnes avec lesquels ils auront à travailler. Il pourrait y
avoir des éducateurs, des assistants sociaux, des psychologues, des infirmières,
des médecins, du personnel administratif, des criminologues, des enseignants,
des artistes, des sportifs… qui tous auront leur vision du travail à faire et pourront, devront en nourrir les autres. Nous y reviendrons en fin d'article.
Et puis, il y a les usagers.C'est un nom générique qu'on n'aime pas beaucoup, mais les autres mots qu'on trouve ne vont pas beaucoup mieux. On dit
aussi clients…bof ! … Évidemment, quand on travaille avec des jeunes, on dit les
jeunes, quand on travaille avec des personnes handicapées, on dit les
personnes handicapées, quand on travaille avec des étrangers, on dit… qu'est-ce qu'on dit avec les étrangers ? Bref, il n'y a pas, enfin, on n'a pas trouvé de mot
idéal. Un aveugle expliquait récemment à des étudiants que le terme qui convenait le mieux, c'était « ayant droit ». Il y a un service social. J'y ai droit. C'est peut-être un mot qui convient mieux… ayant droit…
Enfin voilà, les ayants droit ou les usagers, quel est leur rôle dans l'association ? Nous y reviendrons plus tard, mais ce qu'il faut déjà dire, c'est qu'ils seront
les bénéficiaires des services qu'on va leur rendre… pour autant qu'il y ait réellement bénéfice pour eux. Parce qu'il ne suffit pas de croire qu'on va les aider pour
les aider réellement. Et puis, ce n'est pas parce qu'on veut faire le bien qu'on le
fait réellement. On fait parfois plus de tort que de bien.
Les usagers ont donc une place particulière dans une association. Ces gens
ont une parole, leur parole est essentielle, et toute association qui se respecte a
à entendre cette parole, et à l'utiliser dans le respect des personnes qui la disent.
Un petit exemple : une association qui travaille avec des jeunes filles handicapées. Qui dit jeunes filles, dit sexualité, et donc contraception, et puisqu'il s'agit
de personnes handicapées, on ligature les trompes, comme ça on est tranquille,
et puis, c'est pour leur bien, parce que, vous la voyez avec un enfant? Et que
pense la jeune fille de cette opération ? Qu'en est-il de son désir de maternité
?
Est-ce les responsables ou les travailleurs de l'institution qui décident ce qu'ils
vont faire de son corps ? En a-t-on parlé avec elle ? Qu'a-t-elle pu en dire ? A-t-on réfléchi aux conséquences psychologiques de ce qu'on peut appeler « mutilation » dans ce contexte
?
Les missions des associations de travail social.
C'est Isabelle Stengers qui nous explique l'histoire du gentil et du méchant
bourreau. Il y a le méchant bourreau, celui qui stigmatise, qui produit les logiques
d'exclusion, qui légitime l'idée qu'il n'y a que l'assistance qui soit possible. Et puis,
il y a le gentil bourreau, celui qui ne se distingue du reste de la société que par
la bonne volonté, le projet d'aider, l'ouverture, la disponibilité et la sensibilité. Il
plaint et met en garde contre la méchanceté de l'autre, contre laquelle ni lui ni la
victime ne peuvent rien. En fait, et c'est cela qu'il faut retenir, le gentil bourreau
partage consciemment ou inconsciemment les catégories du méchant bourreau
quant à la situation de la victime.
Le méchant bourreau et le gentil bourreau admettent le fonctionnement social
et ne tentent pas de le remettre en cause. L'essence même de l'associatif c'est
d'éviter d'être bourreau.
P. Bourdieu, dans son livre «
Méditations pascaliennes »
[10], présente une loi
de conservation de la violence. Cette loi indique que les personnes qui s'expriment par de la violence visible (vols, agressions, trafic, émeutes…) ont subi des
violences invisibles (les conditions matérielles d'existence, les expériences de
vie sur les lieux de travail, dans les écoles, dans l'accessibilité aux biens et services…), et des violences inertes (qui apparaissent au travers des structures
économiques et sociales et des mécanismes à travers lesquelles elles se reproduisent). Pierre Bourdieu explique qu'il est nécessaire de se pencher sur ces
violences invisibles et inertes pour comprendre les violences visibles, voire pour
les contrer. Les bourreaux s'intéresseront à la violence visible pour tenter de la
supprimer, parfois gentiment, mais avec cet objectif. Ceux qui refuseront d'être
bourreau axeront en priorité leur travail sur la diminution des violences visibles et
inertes. Ce devra être le travail prioritaire des associations.
« Le tissu associatif est un lieu où se réalise une authentique prise de
risque au sein d'un environnement peu complaisant
[11]» . Il s'agit d'une prise de
risque en vue de mettre en place une résistance « au sentiment d'impuissance
et de fatalité qui est l'un des produits directs de la définition capitaliste des
humains comme travailleurs (avec ou sans travail) et consommateurs
[12] » . Des
associations d'aide aux jeunes ont refusé de transmettre les noms de jeunes à la
police, et leur matériel informatique a été saisi. Suite à des mouvements sans
gravité dans le métro à Bruxelles, des jeunes sont emmenés au commissariat, le
travailleur de rue qui les accompagnait, en désaccord avec les méthodes policières, se laisse arrêter sans divulguer son identité, parce qu'il n'apprécie pas la
méthode. Il passe plusieurs heures en cellule avec les jeunes. Ce rôle de résistance est un rôle essentiel pour l'associatif. Il ne doit pas s'agir là de pratiques
souterraines. Le tissu associatif doit revendiquer le droit et le devoir de pratiquer
cette résistance et obtenir les moyens de jeter le trouble dans le fonctionnement
habituel de la cité, acquérir « la pratique de création de problèmes au lieu d'en
accepter la formulation usuelle, celle de savoir confronter ce qu'on a créé avec
la réalité que la création concerne, celle de savoir transmettre ce que l'on a
appris à d'autres et de savoir apprendre des autres ce qu'ils ont appris
[13] ».
C'est le tissu associatif qui invente la démocratie et qui permet la citoyenneté. Isabelle Stengers nous dit encore que la démocratie « n'existe qu'à s'inventer, à inventer ce que peuvent être les relations entre les humains, ce qui a le
droit d'exister, d'être défendu, d'être entendu, de faire une différence pour les
autres… les associations sont la tête chercheuse, la vie d'une démocratie
[14] » .
Claude Julien
[15] ajoute que la formation à la citoyenneté passe par l'associatif,
une association devant être une invitation à la réflexion permanente. La vie associative, c'est permettre à chacun de s'organiser autour de valeurs morales,
philosophiques, politiques, de mouvements sociaux, de problématiques qui
marquent les préoccupations d'une société.
L'associatif est porteur de démocratie, parce qu'il est un lieu fondamental
de socialisation : c'est un espace qui « permet l'apprentissage et le développement de la solidarité avec d'autres et une connaissance non formelle des questions et problèmes qui traversent la société »
[16]. La connaissance non formelle
des problèmes sociaux est fondamentale dans le travail social. C'est une
connaissance qui remet sans cesse en question ce que les livres ou l'école m'ont
appris. Je ne peux pas prétendre connaître la vie des usagers de drogues, sans
en avoir rencontré beaucoup, sans avoir acquis la confiance qui fera qu'ils me
diront ce qu'est réellement leur vie, sans me rendre compte que la trajectoire d'un
usager de drogues sera toujours différente de la trajectoire d'un autre usager, et
que la 51ème personne que je rencontrerai me forcera à remettre en question les
connaissances que j'ai acquises en rencontrant les 50 premières. La solidarité
que je pourrai développer est à ce prix, parce qu'il n'existe pas hors du caritatif
ou de la pseudo-connaissance, une solidarité qui soit scientifiquement définie.
Une maman sentira que je suis solidaire avec elle parce que je lui parle de son
enfant, une autre me sentira dans le contrôle et la violence parce que je lui parle
de son enfant.
Pour qu'une association s'inscrive dans la construction de la démocratie, il
faudra qu'elle établisse les liens nécessaires avec le reste de la société. Une
association ne peut vivre repliée sur elle-même. Des relations se développent
d'une part avec la société de manière générale, d'autre part avec les usagers de
ses services et enfin, avec le monde politique, partie prenante de la société
puisque c'est à lui que revient de prendre les décisions qui concernent le fonctionnement de la cité.
- Avec la société, il s'agira d'organiser un travail de sensibilisation de l'opinion
publique aux valeurs défendues et au travail mené, aux objectifs à atteindre au
sein de l'association, et à la nécessité que cette opinion publique soit d'une
certaine manière partie prenante de ce que veut l'association. On revient à la
question publique. Une association pour exister démocratiquement se doit de
défendre des valeurs soutenues par le plus grand nombre, ce qui ne sera pas
nécessairement le cas. Il faudra alors convaincre que ces valeurs se doivent
d'être défendues par le plus grand nombre. On a parlé tout à l'heure des associations qui travaillent avec les personnes incarcérées ; pour de telles associations, ce travail de sensibilisation sera un travail plus complexe et de plus
longue haleine qu'un travail de sensibilisation au sort des enfants cancéreux par
exemple. Mais plus essentiel encore.
- Les liens avec les usagers des services sont les liens les plus essentiels à
établir dans une association qui ambitionne mieux de démocratie. Et il ne s'agira
pas d'établir des liens de service entre le travailleur et la personne dépendante,
mais entre deux citoyens au sein d'une association, l'un étant professionnel,
l'autre peut-être demandeur d'une aide, mais chacun étant porteur de sa compétence, chacun pouvant enrichir l'autre de cette compétence, en vue de trouver
d'abord une solution à la problématique individuelle de la personne, mais peut-être aussi de trouver l'un ou l'autre outil qui pourra être utile à d'autres personnes.
Ce partage de compétence est trop rare, et pourtant, beaucoup d'usagers sont
en demande de cette écoute et de cette reconnaissance de leur compétence. Et
qui oserait dénier cette compétence, puisqu'elle concerne leur vie ? Écoutez ce
témoignage d'un papa militant de Lutte Solidarité travail : « La violence la plus
atroce que nous vivons au quotidien, c'est d'abord ce fonctionnement qui nous
refuse comme partenaire, qui n'entend pas notre point de vue, qui nie tout notre
être. On en arrive même à nous faire douter, et plus encore à faire douter nos
enfants, de notre capacité d'être maman ou d'être papa. La plupart du temps, au
sortir des rencontres avec les travailleurs sociaux, nous avons l'impression
d'avoir été un peu plus méprisés dans notre rôle de parents, et rarement perçus
comme quelqu'un qui est l'acteur principal dans un drame dont il est la première
victime et le volontaire le plus engagé dans la lutte. Souvent, nous avons l'impression que les travailleurs sociaux n'essaient même pas de comprendre ce qui
nous arrive, même s'il est vrai qu'il n'est pas facile d'entendre ce qu'une famille
dit. Trop souvent, les travailleurs sociaux s'arrêtent sur d'apparentes évidences.
Ainsi par exemple, s'ils ne comprennent pas très bien la situation d'une famille,
ils disent : « c'est normal, ils sont précaires ». Et ils ne mesurent pas ce qui a
généré une situation pareille. De plus, ils se permettent de ne pas s'en imposer
l'analyse »
[17]. Un objectif fondamental au sein d'une association, c'est comme le
dit ce papa, reconnaître l'usager comme acteur à part entière, à même hauteur
que chaque personne qui franchit les murs de l'association. Et c'est le pas le plus
difficile à franchir dans les associations. On s'y dit souvent : « c'est déjà pas mal
de pouvoir s'entendre entre conseil d'administration et travailleurs et de pouvoir
collaborer avec le réseau environnant. », ce qui est vrai, mais pas suffisant pour
une association qui n'accepte pas d'être organisme de reproduction des normes
et valeurs dominantes. Et c'est vrai aussi que ce travail de reconnaissance des
compétences des usagers est difficile, parce qu'il remet en cause souvent notre
façon que nous estimions à priori positive de leur apporter un soutien. Notons
encore avec Pierre Lamarche, que dans le cadre d'une politique de prévention,
c'est « la population-cible » elle-même « qui donnera à la démarche de prévention sa véritable légitimité… la démarche de prévention appartient d'abord à ceux
qui se trouvent touchés par le problème et à qui revient en priorité de déterminer
les pistes d'action… Cette conclusion n'est pas motivée que par des considérations éthiques… mais aussi par des considérations plus bassement techniques :
aucun programme ne saurait avoir d'effets, si ceux à qui il s'adresse… ne reconnaissent pas sa légitimité
[18] ».
- Le lien avec le politique sera lui aussi essentiel. Alain Touraine indique que
« c'est le renforcement des associations et des mouvements culturels… qui
permettent le mieux de faire pénétrer les demandes sociales dans le champ politique, et donc de reconstruire la démocratie »
[19]. La ténacité des mouvements de
soutien aux sans-papiers empêche qu'on oublie le bourbier de la régularisation
et les rapatriements par charters. Cela se passe clairement mal aux niveaux politique et de l'administration ; la bataille que ce mouvement mène depuis plusieurs
années n'est pas encore gagnée, et la presse nous rappelle régulièrement qu'il
ne baisse pas les bras, et que les avancées que le gouvernement propose et
qu'on ne peut nier, paraissent insuffisantes. Le mouvement ne se prive pas de le
faire savoir. Dans le même ordre d'idées, le décret de l'aide à la jeunesse de
1991, ou le décret concernant les maisons de jeunes de juillet 2000 ont été mis
en place suite à de longues luttes des associations du secteur. Il a fallu un gros
travail de ces associations, elles même se faisant parfois (trop peu ?) le relais des
personnes les premières concernées pour que ces décrets aboutissent. Et la
lutte continue. Au niveau de l'aide à la jeunesse, certains estiment que les
avancées ne sont pas suffisamment progressistes, d'autres apprécient le décret
mais estiment la vigilance toujours nécessaire, et pointent l'un ou l'autre aspect
encore boiteux.
- De plus, l'associatif s'intéressant au fonctionnement social et à sa gestion,
mais restant à taille humaine, permet aux gens qui s'y impliquent de se familiariser avec les aspects du fonctionnement social qui les concerne, de poser des
questions de plus en plus pertinentes, et de construire avec d'autres une analyse
dans laquelle ils se retrouvent impliqués. L'associatif est dès lors une porte d'entrée du citoyen vers la politiquedans son sens noble. L'association devant
également être gérée dans des formes démocratiques, ses membres peuvent
s'essayer à cette forme de micro-gouvernement en prenant une part active à la
vie de l'association.
N'en déplaise à M. Michel, les associations sont garantes d'un certain
contrôle démocratique. Il est évident que ce rôle est aussi dévolu au parlement,
et que de nombreux parlementaires exercent ce contrôle avec compétence. Mais
justement, cette compétence, les informations nécessaires pour contrôler le bon
fonctionnement de ce qui est mis en place, la confrontation des décisions législatives aux réalités de terrain, où peuvent-ils les obtenir, si ce n'est chez les
citoyens confrontés à ces réalités, et plus précisément, dans les associations qui
regroupent une diversité de personnes vivant ou observant elles-mêmes des
réalités différentes, mais qui, combinées, apportent un regard original sur une
problématique traitée par le politique. Les associations sont parfois de véritables
laboratoires sociaux. Les parlementaires utilisent donc les capacités de l'associatif pour porter leur jugement. Mais l'associatif est lui aussi capable seul, de
marquer le coup, quand des décisions politiques se prennent ou quand des
responsabilités sont à pointer. Faut-il rappeler la part qu'on prise les plannings
familiaux à propos de la dépénalisation de l'avortement, le rôle que viennent de
jouer récemment des associations de malades, de médecins, d'infirmières dans
le débat autour de l'euthanasie ? N'est-ce pas parce qu'il y a eu une volonté
citoyenne de membres d'associations diverses de défense des droits de l'homme
que la mort de Sémira n'est pas passée inaperçue et qu'un ministre a dû démissionner? Ce rôle des associations dans le contrôle de la réalité démocratique est
donc un rôle primordial.
Le travailleur social et l'associatif.
Voilà brossé un certain portrait de l'associatif. Reste maintenant à
comprendre et à savoirce qu'un travailleur social peut y faire.
D'abord, si la volonté du travailleur social est de travailler avec des enfants
dans une maison d'accueil, des jeunes dans la rue, des personnes handicapées,
dans une association… Cela n'est pas remis en cause, ça risque bien d'être
l'essentiel de son travail.
« Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'un véritable travail social, ce n'est pas
seulement passer ses journées avec des enfants. Derrière tout travail, il y a une
philosophie. D'autant plus quand il s'agit d'un travail social…
Être travailleur social dans un service public exige aussi d'avoir une philosophie, et loin de moi l'idée de dire qu'elle ne sera pas respectable. Nous vivons
dans un pays démocratique, et les services mis en place par les pouvoirs publics
méritent le plus souvent le respect.
Une position personnelle, mais certainement partagée par une série de
personnes, c'est que la démocratie d'aujourd'hui, pour être déjà formidable (les
droits de l'homme sont bien plus respectés en Belgique que dans la plupart des
pays du monde), n'en est pas moins trop timide. Et je pense avec d'autres qu'un
investissement dans l'associatif permet de construire chaque jour un peu plus de
démocratie.
Pour devenir professionnel salarié dans une association, il semble nécessaire
de se poser la question de la philosophie de l'association. Il faut se rendre
compte, que jouer au foot avec des jeunes avec l'objectif que pendant ce temps-là, ils ne font pas de conneries, ce n'est pas la même chose que de jouer au foot
pour tenter de sortir un Zidane du lot, et ce n'est pas la même chose que de jouer
au foot pour essayer que chaque joueur prenne son pied et soit lessivé mais
heureux à la fin du match. Ça paraît sans doute évident, mais selon le lieu où l'on
va travailler, (et peut-être qu'on trouvera 3 associations qui viseront chacune un
de ses objectifs), et bien, mon métier de travailleur social ne sera pas le même.
Il paraît indispensable à un travailleur qui fait le choix de l'associatif de poser
la question de la philosophie de base de l'association, La question publique qui
fonde cette association.
Une fois dans l'association, cette question publique, cette philosophie de
travail, auxquelles on aurait décidé d'adhérer, doivent rester présentes comme
un phare. Et il paraît important de revenir régulièrement à elles. Pour questionner
le travail sous leur lumière. Son propre travail, et le travail de l'équipe. Pour questionner sa pertinence aussi. Il peut arriver qu'une question publique perde de son
sens au fur et à mesure des années qui passent. Il faudra peut-être la modifier
pour lui rendre de l'actualité. Il faudra cependant être vigilant à ne pas la modifier parce que ça arrange, parce que c'est plus facile. Il faut rester d'une intransigeance certaine par rapport à cela.
La question publique doit aussi questionner la capacité à ne pas être un
bourreau. Ni un gentil bourreau, ni un méchant bourreau. Et donc se poser la
question : quand je pense que je fais le bien, qu'en pense vraiment la personne
qui reçoit mon aide, et qu'est-ce que je produis en travaillant de cette manière
?
ne reproduction des normes dominantes, ou une résistance à ces normes instituées et tellement ancrées. Et que produit habituellement mon association
?
L'associatif, quand on y travaille un certain temps, permet d'acquérir connaissances et compétences. Et un travailleur qui a acquis de l'expérience dans son
domaine peut faire usage de l'expertise qu'il a acquise. Cette expertise est importante et elle peut être utilisée à bon escient. Tout en se souvenant que la parole
des usagers est aussi importante. Il ne s'agit donc pas que les professionnels
fassent subir une métamorphose à leur parole, métamorphose que l'on nommera
pudiquement et techniquement, une reformulation socialement intelligible des
attentes du public
[20]. Mais une expertise faite d'humilité paraît raisonnable.
À propos de cette parole des usagers, et dans le cadre de ces objectifs
primordiaux de démocratie et de citoyenneté, le travail du travailleur social dans
l'associatif sera de trouver les moyens de favoriser cette parole, de la prendre au
sérieux, et de la faire prendre au sérieux par l'ensemble de l'association, puis par
tout autre interlocuteur qui pourrait en faire un usage pertinent (le politique, les
médias, les gens…). Dans son travail de tous les jours, c'est aussi une lumière
qui doit interpeller régulièrement.
Cette manière de voir les choses ne doit pas noyer l'esprit du travailleur social
bien sûr. Le travail social est généralement pertinent, et il est important dans son
travail de se faire confiance, et de faire confiance aux collègues. Cependant, de
temps en temps, il est bon d'allumer la petite lumière qui permet de se situer, et
le cas échéant de recadrer le travail. Et puis, quand une nouvelle initiative est
prise par l'association, un nouveau projet, une nouvelle technique d'animation, la
possibilité d'obtenir un nouveau subside, et bien, alors, on repose les questions.
Cela correspond-il à la philosophie de base qui régit notre travail?
Et puis, il arrive qu'on soit confronté à des impossibilités. Travailler en respectant la philosophie de travail devient difficile voire impossible. La prise de risque
existe. Il est donc parfois nécessaire de risquer son boulot pour garder sa dignité
de travailleur. Mais d'autres possibilités peuvent être trouvées. Changer les
choses en restant à l'intérieur. Pour cela, des collectifs de professionnels se
mettent en place. Pourquoi ne pas imaginer des collectifs qui intègrent les
usagers également ? Un collectif permet de poser les questions de manière
collective, sans se mettre de manière trop évidente en danger individuel. Le
travailleur social doit savoir qu'il sera peut-être nécessaire de prendre des
risques, individuellement ou collectivement.
Haute École Charleroi-Europe
Institut Cardijn
Rue de l'Hocaille, 10 B-1348 Louvain-la-Neuve
Tél : 0032(10) 48.29.99 Fax : 0032 (10) 48.29.98
Courriel : mchambeau. cardijn@ skynet. be
[1]
À partir d'une intervention à l'Institut supérieur provincial de formation éducative de Namur le
5 septembre 2001.
[2]
Assistant social, licencié en politiques économiques et sociales (FOPES), enseignant à l'Institut
Cardijn et permanent à la Fédération des Maisons de Jeunes (FMJ).
[3]
CHAMBEAU M,
Le travail social entre ordre nouveau et démocratie.
C'est quand qu'il va où ?
À
paraître dans la revue « Travailler le social ».
[4]
BLAIRON J. et SERV AIS E.,
L'institution recomposée. Petites luttes entre amis, Éditions Luc Pire,
Coll. Détournement de fond, Bruxelles, 2000, p.130.
[5]
GROSJEAN E.,
Vie associative et développement culturel, in Fondation Marcel Hicter,
Des asso-
ciations, espaces pour une citoyenneté européenne, Éditions P AC et Vie Ouvrière, Bruxelles, 1987.
[6]
STENGERS I.,
L'associatif : un collectif qui crée " du " politique, in Entracte, Éditions CIRA T, 24
janvier 1995.
[7]
Le Monde, 21 juillet 2001.
[8]
BLAIRON J. et SERV AIS E., Op. cit. p.101.
[9]
ZWICK J.,
Le volontariat, tendances et limites, in Fondation Marcel Hicter, op. cit. p.150.151.
[10]
BOURDIEU P.,
Méditations pascaliennes, Paris, Seuil, Collection liber, 1997. Voir aussi CHAM-
BEAU M.,
T ravail social et violences,in Travailler le social, n°25 et 26.
[11]
DESCHAMPS I.,
Société civile, société si vile ?, in la Revue Nouvelle, n°10, octobre 1992, p.47.
[12]
STENGERS I., op. cit., p.44.
[15]
JULIEN C., Citoyens et pouvoir en Europe, éd . Labor, Bruxelles, novembre 1993. Extrait de
Actualquarto, Vol 2, une culture de la démocratie, Gerpinnes, 1994, p.103.
[16]
de WASSEIGE A., Vie associative et démocratie, in Le Ligueur 6-2-93.
[17]
Marc et Didier, délégués d'un groupe de militants de LST,
La violence des services sociaux,in
«Travailler le Social », n° 26, p.16.
[18]
LAMARCHE P.,
Éléments d'une démarche de prévention, in Brisson P. (sous la direction de),
L'usage et l'abus de drogues, Éd. Gaëtan Morin, 1985.
[19]
TOURAINE A.,
Pourrons-nous vivre ensemble ?, Éd. du Seuil, Paris, 1977, p.295.
[20]
DURANT I.,
Associations, du bon et du moins bon, in «Revue Nouvelle», n°10, octobre 1992, p.65.