2004
PAROLES DIVERSES
L'intégration :
Et si on commençait par le bon bout ?
D.D. Zintégré
[1]
Qui sont les intégrés ? L'accueil au CPAS respecte-t-il la dignité ? Quels sont les
facteurs d'intégration ? En quoi consiste le droit à l'intégration sociale ? ... Ce
sont quelques-unes des questions qui jalonnent ce texte.Mots-clés :
désintégration, dignité, intégration, surendettement.
Vue par les responsables politiques, l'intégration commence par le travail et à
défaut par la formation. Alors que cela devrait en être l'aboutissement. Si un
citoyen se trouve en situation de « désintégration » , c'est presque toujours dû à
la perte de son activité professionnelle.
1. La désintégration : qui sont les « désintégrés » ?
Les SDF, mis à part les illégaux, sont en majorité des hommes victimes d'un
accident social, perte d'un emploi où le patron peu scrupuleux ou lui-même en
difficulté n'a pas satisfait à ses obligations en matière de cotisations sociales, des
ex-indépendants faillis, ayant dû s'endetter dans notre société du paraître, etc. La
perte des revenus entraîne alors le harcèlement des huissiers, le sentiment de
honte envers les amis, les voisins, la famille, etc.
Dans un premier temps, il tente de donner le change, jusqu'au moment où il
n'en peut plus. Alors il disparaît dans l'anonymat des SDF dans une autre ville où
on ne le connaît pas. C'est alors une autre vie qui commence, celle de la survie,
de la débrouille, de la première « manche honteuse », après avoir bu ses
derniers sous pour se donner du courage.
On rencontre des compagnons d'infortune avec qui on boit, on se suicide à
petit feu, la santé mentale et physique se délabre, et parfois on vous retrouve
mort sous un pont, sur un banc dans un parc, un abribus, etc.
2. L'accueil au CPAS est-il digne
?
Si avant d'en arriver à cet extrême, c'est-à-dire la mort, ce citoyen trouve le
chemin d'un CP AS (Centre Public d'AIDE Sociale devenu Centre Public
d'ACTION Sociale), encore faut-il qu'il soit reçu dans la dignité et le respect.
On se souvient de ce CPAS de la région bruxelloise où, il y a quelques
années encore, les usagers devaient attendre dès six heures du matin dans la
rue par tous les temps, hiver comme été, l'ouverture des portes à huit heures.
Des citoyens, parmi lesquels des dames avec des enfants en bas âge, des
personnes à la santé fragile tant mentale que physique, étaient exposés à la vue
des passants, comme des animaux dans un zoo.
Après avoir attendu deux heures dehors, dans des conditions dictées par
les caprices de la météo, le citoyen pouvait parfois attendre trois ou quatre
heures dans une salle d'attente trop exiguë pour contenir les cent cinquante
personnes autorisées à être reçues par jour par le CPAS, soit cinquante pour
recevoir leur allocation, cinquante pour être entendues par un(e) assistant(e)
social(e), cinquante pour des formalités administratives concernant l'accès aux
soins de santé, tout cela avec des tickets de couleurs différentes, distribués par
l'agent d'accueil qui avait 50 tickets par catégorie d'usagers, le cinquante et
unième de chaque catégorie et les suivants étant invités à venir refaire la file le
lendemain dès six heures du matin.
Et les situations d'urgence dans tout ça ? Ceci est un exemple de certaines
pratiques des CP AS des grandes villes.
3. Le premier contact avec l'assistant social (AS)
Après l'épreuve de l'accueil, c'est la réception par l'assistant(e) social(e) qui
n'est pas facile à vivre par une personne fragilisée. Devoir raconter à une
personne que l'on ne connaît pas les raisons pour lesquelles on en est arrivé à
cette situation n'est pas aisé, et est ressenti par le demandeur d'aide comme une
humiliation.
Le comportement des A.S. a une grande influence sur le processus de réintégration des victimes d'accidents sociaux. Si le demandeur d'aide se sent culpabilisé, jugé, par l'A.S. ou le conseil de (l'ACTION sociale), il est évident qu'il abandonnera le processus d'intégration pour se réfugier de nouveau dans l'anonymat
des SDF au détriment de sa santé mentale et physique.
Un allocataire SDF qui avait demandé une audition au conseil du CPAS afin
de savoir pourquoi on ne lui accordait qu'une allocation de cohabitant (396,88E)
alors qu'il avait droit à une allocation d'isolé (595,32 E) s'est vu répondre par un
conseiller CPAS : « C'est que vous cohabitez avec les gens de la rue. » Le déficit
d'information par les CPAS est un mal récurrent constaté par les associations,
alors que l'obligation d'informer est inscrite dans la loi.
Les bons conseils et la bonne information sont un des facteurs les plus importants de l'intégration, les litiges entre les CPAS et les usagers sont souvent dus
au manque ou à une mauvaise information par le CPAS.
4. L'intégration par le logement
Le premier facteur d'intégration est de jouir d'un bon logement. Avoir un bon
« chez soi » stabilise psychologiquement et physiquement.
Peut-on avoir une bonne santé en vivant dans la rue, dans un hall de gare,
en dormant parfois, quand il y a de la place, dans un refuge, mais malheureusement souvent n'importe où dans des cartons, dans une couverture, dans un sac
de couchage, sous un pont, dans l'entrée ou le local à poubelles d'un immeuble
?
Le premier souci d'un(e) A.S. devrait être de s'informer sur les conditions de
logement du demandeur d'aide. A-t-il un logement (si oui, celui-ci est-il salubre ?),
n'est-il pas victime d'un marchand de sommeil, a-t-il un bail légal, etc.? Les
clauses abusives n'ont d'égal que l'imagination de certains propriétaires pour
exploiter les plus défavorisés.
Si les demandeurs d'aide ne jouissent pas d'un logement conforme aux
règles de salubrité, d'hygiène et de sécurité, les CP AS devraient octroyer un
logement digne aux usagers, ne pas oublier la prime d'installation pour les SDF,
mettre à la disposition des citoyens des juristes afin de contrôler si les clauses
des baux sont légales.
5. L'intégration par la santé
Lorsque, suite à un accident social, un individu ou une famille est totalement
déstructuré(e), il est évident que le CPAS doit tout faire pour reconstruire
psychologiquement les usagers et les personnes qui en dépendent, les enfants
par exemple.
Une personne qui a vécu dans la rue durant plusieurs mois, voire plusieurs
années, est devenue abrutie par l'alcool, la malnutrition, les mauvaises conditions de sommeil, sa santé mentale est atteinte et sa santé physique aussi.
Un bilan de santé, tant mental que physique, devrait être effectué par le
CP AS, des psychologues devraient suivre le citoyen jusqu'au moment où il s'est
peu à peu reconstruit, une visite médicale, au moins annuelle, devrait être
programmée par le CPAS, afin de prévenir les graves problèmes de santé qui
pourraient surgir plus tard.
Si certains CPAS veillent à ce que leurs usagers soient en ordre de mutuelle
et payent les cotisations, d'autres ne le font pas, la carte médicale qui donne
accès aux soins de santé gratuitement est elle aussi loin d'être généralisée.
Le facteur de « désintégration » dans notre société du paraître et de la
consommation est bien sûr le manque d'argent. Les vêtements de marque, la
voiture, les appareils audio-visuels, informatiques, ménagers dernier cri, ces
« besoins » sont créés par les financiers pour être illusoirement « inclus ».
Les victimes de la « criminalité financière » seront « exclues » dès que le
surendetté subira un « accident social » qui ne permettra plus d'assurer le
remboursement des crédits accordés avec beaucoup de désinvolture par les
banques et agences de prêts, ce qui entraîne les drames familiaux que l'on
connaît.
Les CPAS devraient tous organiser des services de médiation de dettes efficaces, afin que les usagers ne soient pas harcelés par des huissiers dont les
visites sont toujours traumatisantes, tant pour les parents que pour les enfants.
En région bruxelloise, la radio télé redevance a été supprimée il y a deux ans et
a été englobée dans la taxe régionale, dont sont exemptés les allocataires du
RIS (Revenu d'Intégration Sociale) et de l'aide sociale. Malgré cela, de nombreux
usagers du CP AS sont harcelés par des huissiers, pour retard de paiement des
années antérieures à la suppression de la redevance.
La radio et la télévision étant souvent la seule source d'information, de culture
et de loisir des défavorisés, étant donné le prix de la presse et des billets d'entrée des manifestations culturelles, ne pourrait-on pas amnistier ces familles
?
7. Le droit à l'intégration sociale (loi du 26 mai 2002)
Depuis la mise en application de la loi, le 1er octobre 2002, les CPAS
proposent à leurs usagers des contrats de « Projet individualisé d'intégration
sociale » . Ces contrats ne contiennent que des clauses de mise à l'emploi et de
formation.
Il n'y a nulle part la notion de BIEN-ÊTRE, qui est pourtant dans l'intitulé en
néerlandais du CPAS : O.C.M.W. (Openbaar Centrum Voor Maatschappelijk
Welzijn - Centre Public pour le Bien-être social). Le bien-être passe par la qualité
du logement, l'accès aux soins de santé, le soutien moral aux usagers, plutôt que
de les juger, les humilier, les culpabiliser, les infantiliser.
Si la mission du CPAS est de donner les moyens pécuniaires de vivre dans
la dignité, il faut rappeler ici que les responsables politiques reconnaissent
toujours que le montant des allocations sociales est beaucoup trop bas pour vivre
dans la dignité, mais qu'aucun gouvernement n'a jamais pris la responsabilité de
voter une augmentation sensible de ce montant qui permettrait de vivre dans la
dignité, de veiller au bien-être de la population défavorisée. Cela s'appelle la
SOLIDARITÉ.
Les contrats d'intégration devraient donc en priorité contenir des clauses de
devoir des CP AS, ces devoirs seraient de veiller à ce que l'usager jouisse :
- d'un logement conforme au code du logement dont le montant du loyer serait
inférieur à 30% de son revenu ;
- de l'accès aux soins de santé ;
- de l'accès à des activités culturelles et sportives ;
- de l'accès à un service de médiation de dettes qui permettrait à l'usager de
ne plus vivre dans la hantise des visites d'huissiers.
Et lorsque l'usager s'est reconstruit psychologiquement, d'envisager avec le
citoyen une formation ou un travail épanouissant.
Rappelons que la fonction publique a pour mission de veiller au BIEN-ÊTRE
de tous les citoyens et que les défavorisés ne doivent pas être la risée des
responsables politiques, mais bien leur priorité.
[1]
Militant au « Comité des citoyens sans emploi ASBL », membre de la commission consultative de
l'action sociale du CP AS d'Ixelles, 31, rue Eugène Cattoir, 1050 Bruxelles.