Pensée plurielle
De Boeck Université

I.S.B.N.2-8041-4507-7
148 pages

p. 69 à 80
doi: 10.3917/pp.008.0069

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no 8 2004/2

2004

La souffrance de la jeune fille violée : de la barbarie de l'acte... au poids de l'indifférence et de la suspicion

Corine Briche  [1]
Il est impossible de nier aujourd'hui que le viol porte gravement atteinte à la dignité de la l'individu et que ses répercussions psychologiques, morales et sociales sur la vie des victimes sont considérables. Tout abus sexuel constitue une violation de l'intégrité de la personne et provoque toujours un traumatisme. Or, dans notre société, le viol demeure un crime " marginal " et les violeurs sont, parmi tous les criminels, « ceux qui jouissent de la plus grande impunité » : une minorité de viols fait l'objet d'une plainte, les condamnations demeurent peu fréquentes et les peines prononcées sont souvent dérisoires, malgré l'adoption au cours des deux dernières décennies de lois plus répressives mais qui restent empreintes d'un sexisme latent. Et les jeunes filles piégées par les « tournantes », viols collectifs perpétrés dans les cités délaissées, souffrent particulièrement de l'indifférence et de la suspi~cion, eu égard notamment aux rapports complexes et souvent ambigus entretenus entre les victimes et leurs agresseurs.Mots-clés : viol collectif, «tournante », abus sexuel, barbarie, victime, souffrance, déni, enquête, justice, réputation, honte, indifférence, impunité. Corine BRICHE « The suffering of the young girl that has been raped : from the barbarity of the action to the weight of indifference and of suspicion »
Nowadays, it is impossible to deny that rape strikes a blow at the dignity of a person and that its psychological, moral and social repercussions on the victims' lives are really important. Any sexual abuse constitutes a violation of the integrity of a person and always provokes a traumatism. However, in our society, rape is still a "marginal" crime and the rapists are, among all the criminals, those who benefit from the greatest impunity: a minority of rapes gives rise to a complaint, sentences are not frequent and are generally derisory in spite of the adoption, during the two last decades of more repressive laws but that are still influenced by a latent sexism. And the young girls who have been victims of the "tournantes" i.e. the collective rapes that take place in abandoned cities, suffer especially from the indifference and from the suspicion: this is mainly related to the fact that the relationship between the victims and their aggressors is often ambiguous and complex. Keywords : collective rape, « tournante », sexual abuse, barbarity, victim, suffering, denial, investigation, justice, reputation, shame, indifference, impunity.
« Voilà le viol : il tue la femme en la forçant à survivre, à inventer un système qui attisera sa propre souffrance [2] À Samira BELLIL
 
I. Définir le viol
 
 
Le viol est un crime et selon l'article 222-223 du code pénal : «Tout acte de pénétration sexuelle de quelque nature qu'il soit, commis sur la personne d'autrui par violence, contrainte, menace ou surprise, est un viol. »
La grande modification apportée par la loi de décembre 1980 est la désignation précise du viol en tant que pénétration sexuelle (qu'elle soit vaginale, anale, orale ou pénétration par la main et les objets), ce qui le distingue des agressions sexuelles qui sont des délits et relèvent du tribunal correctionnel.
Le viol est passible d'une peine d'emprisonnement de quinze ans, mais les auteurs d'un viol aggravé encourent une peine de vingt années. Le viol aggravé est qualifié quand l'acte est commis sur mineur de moins de quinze ans, sur personne vulnérable, par ascendant naturel ou adoptif, par personne ayant autorité, avec menace ou usage d'une arme, par plusieurs personnes agissant en qualité d'auteurs ou de complices (viol collectif), accompagné de tortures ou ayant entraîné mutilation, infirmité ou mort.
Une victime adulte dispose d'un délai de dix ans après les faits pour porter plainte en cas de viol et de trois ans pour agression sexuelle.
Si le viol a été commis alors que la victime était mineure au moment des faits, la prescription se compte à partir de la majorité de celle-ci et elle a été portée à vingt ans par la loi n° 2004-204 du 9 mars 2004 (elle était auparavant de 10 ans).
 
II. Historicité
 
 
Beaucoup d'auteurs s'accordent sur le fait que l'histoire des lois françaises relatives aux violences sexuelles est marquée par la domination des hommes dans notre société.
Sous l'ancien régime, « les jugements pour viol aboutissent le plus souvent à une mise hors de cour. La plainte est peu entendue, les faits peu approfondis, l'accusé peu interrogé, surtout lorsque la victime est une femme adulte, surtout aussi lorsqu'il n'y a eu ni meurtre, ni blessure grave [3] ». En outre, on ne considère pas à cette époque que le viol d'une femme par un homme seul soit possible et l'absence de consentement de la victime n'est pas considéré. Les textes prévoient toutefois une sévérité plus grande lorsque la virginité de la victime est avérée avant les faits.
Au XVIIIe siècle, la femme est toujours appréhendée en fonction de sa place sociale dans un univers patriarcal et masculin, sans bénéficier du pouvoir de dire non à une sexualité imposée. Le viol reste rarement puni dans un univers où le vol apparaît davantage préjudiciable à l'ordre social.
Dans le code pénal de 1791, le viol est inscrit dans la catégorie des crimes contre les personnes, qualifié comme une atteinte à l'intégrité et à la dignité de la victime, ce qui confère une reconnaissance plus grande de son identité personnelle. Pourtant, « le viol se prouve encore davantage par l'état de l'hymen dont témoigne le médecin légiste que par la plainte de la victime [4] ». En outre, une distinction apparaît entre les crimes et les délits, identifiant des violences « inférieures » à celles du viol comme l'attentat à la pudeur ou l'outrage public à la pudeur. Les procès pour viol restent très rares, les faits étant souvent déqualifiés.
La loi de 1832 criminalise les attentats à la pudeur sans violence contre les enfants et en 1857, « l'arrêt Dubas inscrit pour la première fois dans la jurisprudence la violence morale exercée contre une femme adulte comme constitutive du viol. Le principe de la femme comme sujet de droit émerge lentement. Le viol consiste dans le fait d'abuser une personne contre sa volonté. La victime s'éloigne peu à peu de l'opprobre qui englobait agresseur et agressée [5] ».Dans son ouvrage, Georges Vigarello aborde cependant la difficulté pour les gendarmes et les magistrats de visualiser alors le traumatisme.
Parallèlement, à la fin du XVIIIe siècle, l'opinion publique assimile les agresseurs d'enfants « à des monstres frustres issus du monde rural ou aux nobles libertins (Sade, Fronsac) », puis au XIXe siècle, à « l'ouvrier misérable étranger au quartier, se déplaçant des villes vers les campagnes », puis apparaissent « l'instituteur pédophile, le père incestueux ou le meurtrier d'enfants », pour enfin soutenir, à la fin du XIXe siècle que le danger est partout et que « l'agresseur est monsieur tout le monde ; le pervers est un homme ordinaire intégré parmi ses concitoyens ».
La fin du XIXe siècle marque un moment clé dans l'histoire du viol et comme le développe Georges Vigarello : « La définition du crime, celle qui prend clairement en compte la violence physique et la violence morale, précisant chantage, menace ou surprise, y est acquise pour plusieurs décennies ». La psychologie de l'individu est davantage étudiée et des distinctions importantes apparaissent comme celle entre le viol d'adulte et le viol d'enfant, celle faite entre les perversions et celle faite entre la responsabilité et l'irresponsabilité.
Mais au début du XXe siècle, le viol n'est toujours pas reconnu comme une menace sociale. En outre, les viols de femmes et d'enfants restent perçus différemment : « la presse et la médecine légale s'intéressent davantage aux figures monstrueuses des violeurs d'enfants qu'à la réalité sans doute beaucoup plus tolérée par les hommes des crimes sexuels contre les femmes. »
En 1978, lors du retentissant procès pour viol à Aix en Provence [6], Gisèle Halimi énonce des notions fondamentales relatives au viol : « Toutes les agressions sexuelles supposent un type de rapport de domination homme/femme symptomatique d'un certain choix de société. Consciemment ou inconsciemment, un certain nombre de valeurs masculines a, en fait, justifié le viol par ‘‘la naturelle virilité agressive ’’de l'homme et la ‘‘passivité masochiste ’’de la femme.» Comme le commente un article relatif au viol dans son rapport avec la justice [7], dans la société des années 70, les valeurs machistes s'imposaient encore à la majorité de la population avec « toute la force des évidences ».
Le viol est alors défini comme « la manifestation sexuelle d'un rapport de domination » et son caractère politique est exacerbé puisqu'il est présenté comme résultant d'un choix de société.
Le viol collectif n'est pas un phénomène récent et il était plus facilement reconnu autrefois que l'acte d'un homme seul, car en ne considérant que la violence physique, le viol par un seul auteur a longtemps était supposé impossible.
Jusque dans les années cinquante, le viol collectif était encore jugé comme un délit et non comme un crime et ceux qui le commettaient se caractérisaient par une absence quasi totale de sentiment de culpabilité. Le viol, complètement banalisé, semblait être vécu comme une sorte de jeu, de rite initiatique pour les auteurs.
Les viols collectifs constituent la plus grosse partie de la criminalité juvénile traitée dans les années soixante. Dans les années 80, des bandes organisées sévissaient dans les quartiers : le viol collectif était devenu comme une mode. Aujourd'hui, les viols en réunion commis sur une jeune fille sont appelés les « tournantes » dans les cités délaissées. Elles sont davantage médiatisées parce qu'elles impliquent très souvent des mineurs. Après avoir relaté plusieurs témoignages relatifs à ce phénomène, nous confirmerons qu'il se caractérise souvent par « la rencontre de deux fragilités. La victime est très souvent une cible vulnérable, souffrant d'instabilité affective. Les agresseurs évoluent très souvent dans un milieu déstructuré [8] ». Cependant, la banalisation du viol occulte fréquemment les faits douloureux décrits par les jeunes filles, quand elles osent le faire, et de très nombreuses victimes souffrent, en plus de la violence des actes, de la défiance et du scepticisme ambiants.
 
III. Des témoignages dramatiques
 
 
En 2002, le témoignage « coup de poing » de Samira Bellil [9], victime de plusieurs viols collectifs, dévoile la violence sexuelle qui s'est installée et banalisée dans les cités et les banlieues où, dit-elle, tout se réduit à des rapports de force et de domination. Après les premières agressions à Sarcelles à l'âge de 14 ans, la jeune fille se dit rongée par la culpabilité et le dégoût ; détruite par l'ostracisme à son égard et se réfugie notamment dans la drogue et dans l'alcool. Quinze ans après sa seconde agression à l'âge de 17 ans, elle engage la rédaction de son livre qui fut pour elle douloureuse mais libératrice : « C'était très important d'être lucide, et de montrer que je l'étais. Parce que généralement, quand les gens souffrent, on met ce qu'ils disent sur le compte de la souffrance et de la haine. »
Et l'auteur dénonce le fait que dans un environnement aussi dégradé que celui de certaines cités, la torture que subissent les filles est physique, mais également morale : réputation brisée, honte et humiliation sont leur lot quotidien, mais « on prend ce qu'il y a à prendre, on ne se dit pas qu'on peut faire un choix et dire non. La plupart des jeunes filles se disent qu'elles ne peuvent pas être plus exigeantes. Cela a été mon cas pendant longtemps ».
En outre, lors de débats auxquels elle a participé, elle lutte contre les partis pris des gens imprégnés « de ce qui se dit médiatiquement sur les viols collectifs, sur le consentement des filles… [10] ». La jeune femme insiste : « Lorsque j'ai fait un débat à Lille, les gens ne se rendaient pas compte du calvaire que subissait Sarah, une gamine de 15 ans, victime d'une affaire de viol collectif dans la région. Hors de la cité, personne ne se rend compte ; Dans la cité, tout le monde sait et tout le monde se tait. Les gens se rangent du côté des loups… » Le calvaire de Sarah, collégienne roubaisienne de 13 ans,a duré quatre longs mois au cours desquels elle a été violée sous la menace presque quotidiennement et a supporté de multiples violences, quinze adolescents étant mis en cause dans cette affaire sordide. Le procès des onze mineurs impliqués s'est tenu en octobre 2003 à Lille et dans sa plaidoirie, son avocate a lu les quelques mots rédigés par la jeune fille : « Vous aurez peut-être mal en allant en prison, mais moi j'aurai mal toute ma vie. Pour oublier, il faudrait m'enlever un morceau de mon cerveau. »
Bien que huit des onze avocats de la défense aient plaidé la relaxe, partant du principe que leurs clients avaient jugé la jeune fille consentante, tous les mineurs, âgés de 13 à 16 ans au moment des faits, ont été reconnus coupables et condamnés, avec prison ferme et mandat de dépôt pour les trois protagonistes principaux du dossier, baptisé « La tournante de Roubaix».
Peu avant, aux assises des mineurs d'Évry [11], onze jeunes ont comparu pour avoir, six mois durant, violé deux gamines de treize ans dans une cave de leur cité. Sept autres jeunes appartenant au même groupe autoproclamé « La mafia des crocos », ont comparu devant le tribunal pour enfants quelques semaines plus tard.
Comme souvent, la loi du silence a ajouté au sordide de l'affaire et quatre mois seront nécessaires aux policiers pour que les jeunes filles, terrorisées à l'idée des représailles, daignent s'accorder le statut de victimes et avouer les agressions qu'elles ont subies : « Pour garantir l'omerta, les agresseurs menaçaient les petites de montrer à leurs familles des photos prises lors de ces séances de tortures sexuelles. »
Un enquêteur a raconté à l'AFP, pointant la « barbarie du non-dit » que «certains mercredis, les gens de la cité voyaient les jeunes faire la queue devant les caves », précisant encore la souffrance et le déchirement de l'une des victimes : « Envoyée chez sa grand-mère, la jeune fille fera une tentative de suicide. Son père s'est pendu cet été dans l'église du village où il passait ses vacances, a priori usé par les pressions systématiques des proches des accusés, certains parents n'hésitant pas à faire circuler dans l'établissement où les protagonistes étaient scolarisés des pétitions déclarant que les jeunes filles étaient consentantes.
» En 1999, dans un quartier de la banlieue strasbourgeoise, six adolescents ont violé à plusieurs reprises une lycéenne de seize ans dans une cave de cette cité [12]. Le premier auteur est allé chercher le lendemain des copains pour qu'ils abusent également de la jeune fille en la menaçant de lui couper les veines si elle ne se laissait pas faire. Ce leader de la bande, condamné à huit ans de prison, répétera au procès que la jeune fille était consentante, ajoutant qu'après un échange sexuel, il s'était endormi la tête sur ses genoux et précisant que la porte n'était fermée que par un bout de bois. S'estimant innocent, il a fait appel, soutenu par sa mère et sa petite amie : « Il est gentil, il n'aurait jamais fait de mal à personne » ; « Je le connais assez bien pour savoir que c'est quelqu'un de bien.»
La Cour d'Assises des mineurs du Doubs [13] a infligé en mars 2000 des peines de 2 ans et demi à 6 ans de prison ferme à sept jeunes âgés de 17 à 22 ans qui avaient violé deux adolescentes pendant plusieurs jours dans les caves du quartier de Planoise à Besançon. Les deux jeunes filles, en crise avec leur famille, venaient de fuguer et pensaient avoir trouvé refuge auprès de l'un d'eux : « Dès le premier jour, elles ont dû subir des actes qualifiés de viol par la justice. Ensuite, elles étaient livrées en quelque sorte à la bande de copains qui leur faisaient subir les pires turpitudes.»
La Cour d'Assises des mineurs de Pontoise [14] a condamné en septembre 2002 avec une sévérité sans précédent (de cinq à douze années de réclusion criminelle) les auteurs de viols collectifs sur une jeune fille de quinze ans, traquée, séquestrée et violée à plusieurs reprises par dix-huit jeunes différents. Dans son article, Mohammed COLIN analyse la situation : « Le récit de cette ado met en évidence une trame commune à toutes celles victimes de viols collectifs. La victime, après avoir été surprise d'avoir échangé quelques baisers dans un escalier avec son nouveau petit ami en marge d'une soirée, est immédiatement cataloguée de fille facile. La sacralité que donnent les garçons auteurs de tournantes à leur mère et leurs sœurs, ils l'enlèvent complètement à leur victime, si bien qu'elle devient une chose à leurs yeux. À partir de cette représentation, commence le calvaire infernal. Menaces, séquestration, fellations, sodomies - prenant soin d'éviter une grossesse à leur victime -, toutes ces horreurs sont perpétrées très régulièrement (…). En proie à une « sidération psychique », la victime revenait de manière incompréhensible sur les lieux où se trouvaient les violeurs. Pour les accusés, c'est clair à leurs yeux, c'était « une meuf facile » et aujourd'hui, pour des raisons qu'ils ignorent, elle veut leur causer des ennuis …»
 
IV. Analyse du phénomène des viols collectifs
 
 
Ce phénomène est difficile à analyser, car les rapports entre les individus sont très complexes.
1. Les codes sexuels des adolescents
Les travaux sociologiques d'Hugues Lagrange invitent à resituer les atteintes sexuelles dans un contexte social, en décrivant comment les trajectoires de vie personnelles des délinquants s'articulent avec l'histoire et les mutations de la société (difficultés d'accéder à une qualification professionnelle, chômage, redéfinition de l'ensemble des rapports entre les hommes et les femmes). Les atteintes sexuelles et les viols seraient des tentatives de réaffirmation de leur masculinité.
Caroline V aissière explique que [15] « l'univers sexuel des jeunes garçons est délimité par un code sexuel. Il repose sur une ‘‘ taxinomie ’’des filles, établie par eux, qui induit presque totalement leur attitude et leurs représentations. Le code est connu de tous et partagé par tous ».
Cette catégorisation n'est pas seulement établie sur des faits mais aussi sur des réputations. Il s'agit donc pour les filles de faire en sorte que les règles de leur cité leur soient favorables.
« Une fille convenable peut tolérer de façon limitée des baisers et des caresses sans compromettre sa réputation. Elle ne doit pas être une ‘‘allumeuse’’ (‘‘ teaser’’), c'est-à-dire quelqu'un qui s'efforce d'exciter un garçon autant qu'elle peut, sans lui accorder une satisfaction sexuelle. La virginité d'une allumeuse est vue comme une affaire sans importance et lorsqu'elle est violée, elle a eu ce qu'elle méritait. Autrement, la virginité d'une fille doit être protégée. Les filles convenables sont le genre de filles avec qui se marier [16]
2. La réputation des filles
De nombreux adolescents se montrent insensibles à l'abomination des viols collectifs et vont jusqu'à chercher sa justification dans la nature de l'homme, les circonstances ou l'attitude provocatrice des filles : « Une meuf qu'a tourné, c'est une meuf qu'on peut serrer, comme ça, pour s'amuser. Elle s'est fait une réputation… [17] ». Le terme « serrer » signifie « sortir avec une fille », essentiellement dans le but d'avoir une relation sexuelle avec elle. Pour les adolescents, une fille « qui a tourné » est une fille facile, qui a la réputation d'avoir de nombreux partenaires sexuels, qui est assignée à un rôle d'objet, considérée comme un jouet sexuel avec lequel tout est permis, et elle n'a pas droit au respect : « Une fille qui se fait tourner sur le quartier, c'est elle qui l'a cherché… dans le quartier, il y a deux genres de filles : celles qui ont une bonne réputation, qui sont respectées, posées… et celles qui traînent dehors, fument, veulent faire comme les garçons, parler comme une racaille et qui s'habillent pour provoquer les gars. Si une fille a mauvaise réputation, c'est elle qui l'a cherché. Mais moi, je ne force personne. Une fille qui se fait tourner sur le quartier, on ne la force pas, c'est elle qui veut. T out le monde le sait. Des fois, elle dit qu'elle s'est fait violer parce qu'elle est enceinte ou que tout le monde en parle. On lui a fait une mauvaise réputation alors elle a honte. Elle porte plainte pour se venger [18]. »
3. Le contexte social
Comme l'analyse Safia Lebdi, « le viol collectif révèle un contexte de misère sexuelle [19] » chez les jeunes, due à un manque de connaissance et une mauvaise compréhension de la sexualité : l'enseignement scolaire n'approfondit certainement pas suffisamment le sujet, les familles pour la plupart ont baissé les bras par impuissance et les médias modèlent « une vision particulièrement décalée de la femme et de son statut ».
Le docteur Maurice Titran, pédiatre à l'hôpital de Roubaix, souligne que «ces adolescents vivent pour la plupart dans des familles qui n'ont pas la possibilité de réfléchir de manière complexe sur de longues périodes parce qu'elles doivent constamment gérer l'urgence où les plonge leur précarité. Quand vous ne savez pas vous structurer dans le temps et dans l'espace, vous ne pouvez transmettre les références morales, religieuses ou philosophiques indispensables à l'éducation et à l'épanouissement d'un enfant ». Cette vision quelque peu fataliste est partagée par beaucoup de médecins et d'éducateurs qui dénoncent par ailleurs la prolifération de films pornographiques, visionnés par des adolescents de plus en plus jeunes qui s'initient de cette manière à la sexualité.
À l'âge du « porno » et de la porno-pub omniprésents, il ne semble pas que la prise de conscience du viol comme crime sexiste ait considérablement progressé, surtout pas chez les jeunes qui appréhendent la définition actuelle du viol avec beaucoup de réserves. Dans le discours des jeunes, les « tournantes » sont complètement banalisées : c'est une pratique courante, normale, et ce n'est pas un viol.
Les jeunes sont de plus en plus tôt initiés à la sexualité par les films pornographiques et le docteur Michel Libert, pédopsychiatre à Lille, explique « que la société, fondée sur la consommation et la satisfaction immédiate de ses désirs, propose des repères très contradictoires et ambigus aux jeunes. Surtout lorsqu'on ne leur a pas appris à avoir la distance qui permet de prendre ou de rejeter le modèle proposé. De plus en plus d'adolescents, et même d'adultes, ont du mal à comprendre, par exemple, que l'encouragement à la permissivité et l'incitation au plaisir immédiat diffusés par les médias, et en particulier par la publicité et la pornographie, sont pour une bonne part illusoires. D'où les transgressions et les passages à l'acte [20]
4. Le déni de l'acte criminel
Dans les viols collectifs, la sexualité de groupe apparaît comme une consommation d'objet par les hommes et non comme une relation d'un homme avec une femme. En outre, la responsabilité individuelle est diluée dans le groupe.
Les adolescents sont d'accord pour dire que le viol est un crime et doit être puni par la loi, mais ils le définissent comme un acte où l'agresseur a forcément recours à la violence physique au sens strict. Par conséquent, ils ne conçoivent pas que le viol puisse être commis sous la contrainte, la menace ou l'intimidation. Et la fellation ne constitue pas pour eux un viol, tout au plus une agression sexuelle.
Sur sept adolescents rencontrés au FAE [21], trois ont déclaré avoir une « femme » qui est « vierge, sérieuse, va à l'école…», avec laquelle ils souhaitent se marier et des « copines, meufs ou tapés » avec lesquelles ils ont des relations sexuelles et « font des trucs qu'ils ne feront jamais avec leur femme ».
Lorsqu'il leur est signifié qu'ils commettent une infraction criminelle, l'incompréhension est souvent totale. Peu réalisent qu'ils ont transgressé les règles sociales et la loi. La réalité de la procédure judiciaire ne suffit pas à leur faire prendre conscience de la faute commise et certains se réfugient dans le déni qu'ils manifestent fortement. Les psychologues œuvrant dans le cadre de la PJJ privilégie le refus de la qualification criminelle au déni des faits.
Les jeunes ne reconnaissent pas l'acte criminel en particulier si la victime n'a pu manifester son refus, n'a pas porté plainte immédiatement ou lorsqu'ils n'ont pas usé de violence physique. De même, la minimisation voire le déni de l'acte par les familles, pour ne pas reconnaître l'existence de pulsions sexuelles et la violence de leur fils, accentue l'absence du sentiment de culpabilité. En outre, les familles recherchent souvent une explication dans l'influence du groupe ou de l'attitude provocante de la victime.
5. Le poids de la rumeur dans les cités
La rumeur apparaît comme l'une des composantes essentielles du problème des viols collectifs dans les cités, associée à la notion de réputation et on y insiste beaucoup sur le consentement de la victime. Sur ce sujet, Samira Bellil reste très caustique : « Lorsqu'on entend des mères déclarer à la presse que ‘‘quatre ans pour une fellation, c'est cher payé ’’, on voit bien qu'elles adhèrent aux rumeurs de la cité. Moi, je réponds à cette dame, elle n'a qu'à faire des fellations, entraînée dans une cave avec des coups dans la gueule, on verra si elle estime que les quatre ans de prison pour son agresseur lui paraîtront suffisants !» En outre, les viols collectifs laissent souvent planer un doute pernicieux à l'encontre des jeunes filles au regard des relations parfois amicales qui ont pu exister entre elles et les agresseurs appuyant la thèse de relations sexuelles consenties.
Interrogés sur leurs actes, beaucoup d'adolescents n'intègrent pas le fait que la victime n'était pas consentante : « Elle n'a pas dit oui, elle n'a pas dit non. Je pensais qu'elle était d'accord. » Mais le silence des victimes s'explique par la pression psychologique que les agresseurs exercent sur elles. Et la peur et la honte de raconter ce qu'elles subissent sont des obstacles importants, surtout pour les toutes jeunes filles.
 
V. La souffrance des victimes
 
 
« La violence qui est faite aux filles n'est pas que physique. En plus du traumatisme du viol, elles ont à affronter la violence morale qu'est une réputation brisée, la honte, l'humiliation et la peur des représailles si elles osent porter plainte. »
La victime est souvent très jeune et, en général, elle est proche des agresseurs. Dans une interview récente, Samira Bellil confiait que « les filles qui sont en rupture, qui n'acceptent par les lois de la maison, qui sortent dehors, qui traînent tard le soir… »constituent de cibles idéales : « Les mecs savent très bien quand des filles sont en cassure avec la famille et ils en profitent, ils profitent de cette vulnérabilité. »
Mais un autre cas de figure typique est celui de « la jeune fille amoureuse d'un caïd qui accepte qu'il la prête à ses copains parce qu'elle est sous son emprise ». Samira Bellil a rencontré Jaïd à treize ans, un caïd de la cité et pensait, dit-elle, avoir trouvé l'amour : « Sauf que lui, pour se satisfaire, l'emmène dans une cave. Samira devient une ‘‘ fille à cave ’’, une ‘‘ tapé ’’. Réputation vite faite pour une fille qu'on massacre à coups de pieds et de poings avant de la violer, histoire d'éteindre le dernier effort de résistance [22] .» Sarah également a été « vendue » par son petit ami.
Ensuite, un rapport de violence s'installe entre la victime et les membres du groupe. La fille est alors complètement réduite à un enjeu de pouvoir.
1. La violence physique et le sentiment d'impuissance
Dans son dernier ouvrage, Jean Foucart [23] décrit la violence comme un événement particulièrement contraignant, moyen de domination évident tant la souffrance de la victime est inéluctable : « Car la violence déclenche chez elle des réactions qui accablent : peur de la souffrance, désespoir et sentiment d'abandon (…). La violence n'est pas seulement un processus physique et extérieur. Elle transperce toute la personne. Elle ne peut plus s'opposer à la peur et à la souffrance pas plus qu'elle ne peut parer le prochain coup. Elle ne peut rien faire contre son propre corps qui la domine (…). Même s'il doit survivre, l'être humain ne sera plus jamais celui qu'il était. » L'auteur, en référence au texte de Wolfgang Sofsky, précise que ce qui est pour l'auteur un acte de liberté et de puissance, n'est pour la victime qu'humiliation et honte. L'épanouissement du premier anéantit l'autre. En outre, le désespoir et l'impuissance tout comme la peur et le sentiment d'abandon sont inhérents à la souffrance. Et associée aux notions de violence et de traumatisme, l'angoisse ou la perte de confiance en soi constituent une propriété majeure de la souffrance.
2. Le parcours des victimes de viol reste souvent très pénible.
L'une des responsables d'une permanence créée par le Collectif féministe contre le viol énonçait [24] que lorsque «la victime a décidé de porter plainte, son attente est intense par rapport à la justice et sa déception à la mesure de cette attente ».
L'instruction est très souvent mal vécue : la victime se sent interrogée comme une coupable ou envoyée rapidement à l'expert psychiatrique pour un examen qui ressemble davantage à une expertise de crédibilité de la parole de la femme ou de la jeune fille et d'évaluation de sa fragilité antérieure au viol, plutôt qu'à une évaluation des dommages subis, conséquences directes du viol. Cela constitue une souffrance supplémentaire indéniable.
La justice ne peut certes condamner sans preuve, mais les travailleurs sociaux insistent sur l'existence de stéréotypes ancrés dans les mentalités qui entraînent une certaine forme de banalisation du viol et qui permettent d'occulter ou de minimiser les violences subies par les victimes ou d'en faire une lecture en leur défaveur.
Alors même si une victime de viol ne peut que souhaiter que justice lui soit rendue et que soit proclamée publiquement la culpabilité de son agresseur, la honte et la peur jalonnent son parcours, car aujourd'hui encore, « être victime d'un viol vous rend suspecte, presque coupable » [25]
Au risque de voir l'affaire classée sans suite, la victime d'un viol ne peut se soustraire aux nombreuses expertises ou contre expertises (médicales, psychiatriques, psychologiques, et de crédibilité -le viol est le seul crime pour lequel celle-ci est imposée à la victime), vécues souvent comme une forme de harcèlement, après les auditions policières antérieures.
Pourtant, le procès est une pièce essentielle du processus de reconstruction de la victime. Il peut l'aider à retrouver son intégrité psychologique en lui permettant de se libérer de sa culpabilité, de sortir de la honte, de son sentiment d'impuissance face à la trahison et donc de sa souffrance.
 
Conclusion
 
 
Odon V allet, juriste, écrivait, dans un article paru dans Le Monde en juin 2002 que « depuis 1980, la fellation est tenue pour un viol passible de la cour d'assises, alors que de nombreux jeunes ne la considèrent pas comme un véritable rapport sexuel». Et il ajoute : « Entre le permis et le défendu, la barrière légale est une fracture sociale pour de nombreux jeunes des cités. Ils ne comprennent pas que ce qui est permis dans les sous-sols des clubs échangistes soit interdit dans les caves des immeubles ‘‘sociaux’’, comme si la population des HLM n'avait pas droit aux plaisirs bourgeois. Quant à la notion de consentement, elle ne leur semble pas toujours définie avec précision (…) Peut-on promettre la prison aux auteurs moins chanceux de caresses furtives et d'échanges brutaux ?» Ce texte a provoqué de vives réactions comme celle de Mathieu Arbogast de l'association « Chiennes de garde » qui s'exprime en ces termes : «Odon Vallet récuse la question du consentement à plusieurs reprises. Une fellation forcée est un viol et se réfugier derrière un argument culturel de mauvais aloi n'est qu'une manière supplémentaire de ne s'intéresser qu'au violeur en évacuant la souffrance de la victime, en la niant (…). De quel droit cet homme, qui est pourtant un juriste, accorde-t-il si peu de crédit à la parole des victimes ? (…) Personne ne peut nier qu'il se passe en France quelque chose d'une immense gravité, que de nombreux garçons ont une vision tragiquement déformée de la sexualité et des femmes. Nul ne peut nier l'urgence d'un effort d'éducation, (…) mais il est également évident que des voix toujours plus nombreuses minimisent la souffrance des victimes et relativisent le viol au point de le nier. »
Ces deux auteurs traduisent en quelques lignes le malaise qui persiste dans les représentations et dans l'analyse du phénomène des viols collectifs perpétrés dans les cités dégradées sur des jeunes filles de plus en plus jeunes. La souffrance des victimes est cependant indéniable, décuplée par le rejet dont elles font l'objet. Mais cette souffrance est finalement trop peu considérée, souvent diluée dans des considérations d'ordre culturel ou dans l'expression d'un fatalisme latent face à une réalité sociale complexe et particulièrement inquiétante, dans laquelle les agresseurs comme les victimes nécessiteraient un accompagnement éducatif à la mesure des maux identifiés.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  BELLIL Samira (2002),Dans l'enfer des tournantes,Récit, Paris, Éditions Denoël.
·  BORDEAUX Michèle, HAZO Bernard et LORVELLEC Soizic (1990), Qualifié viol, Éditions Médecine et Hygiène, Collection Déviance et Société.
·  FOUCART Jean (2003), Sociologie de la souffrance,Bruxelles, Éditions de Boeck.
·  LAGRANGE Hugues (1997), L'entrée dans la sexualité, Paris, La découverte.
·  LAGRANGE Hugues (1999), Les adolescents, le sexe et l'amour,Syros.
·  V AISSIERE Caroline (2002), Les sociabilités adolescentes dans les quartiers difficiles,VEI, Enjeux n° 128, mars.
·  VIGARELLO Georges (1998), Histoire du viol XVIe-XXe siècle,Paris, Seuil.
·  WELZER-LANG Daniel (2002), Virilité et virilisme dans les quartiers populaires en France,VEI, Enjeuxn° 128, mars.
·  WHYTE W.F (1943), « A slum sexe code », The americana journal of sociologie, n° 49, trad. française de BIZEUL Daniel.
 
NOTES
 
[1] Docteur en Sciences de l'Éducation et pratiques de formation. Chargée de cours au centre régional de la Protection Judiciaire de la Jeunesse de Lille. Assesseur au Tribunal pour enfants de Lille. - 27, rue Pasteur, 59175 Templemars (France). Tél. 06.73.23.93.09, courriel corine.dubus- briche@ wanadoo. fr et corinebriche@ yahoo. fr
[2] DRILLON Jacques, du «Nouvel Observateur», présentant le livre d'Hélène DUFFAU : Vivre après le viol, Éd. Gallimard, 2003.
[3] VIGARELLLO Georges (1998),Histoire du viol, XVIe-XXe,Paris, Seuil.
[4] FERRON Laurent, article relatif à l'ouvrage de Georges Vigarello, paru dans «Clio», revue fran- cophone d'histoire des femmes, n° 9, 1999.
[5] Op. cit.
[6] De janvier à mai, procès d'Aix : deux jeunes filles violées par trois hommes à plusieurs reprises. Gisèle Halimi plaide, au nom du collectif juridique «Choisir», avec la solidarité très forte de groupes féministes. Procès houleux où les victimes, les femmes et les féministes, sont ouvertement attaquées, voire agressées physiquement.
[7] SPORENT A, Procès pour viol : justice est faite, « Chiennes de garde », octobre 2001.
[8] Analyse produite par COLIN Mohammed, dans son article « Signal fort contre les viols collectifs», 28 septembre 2002,SaphirNet.info, Presse Alternative et actualité.
[9] Nous avons appris le 7 septembre dernier le décès de Samira BELLIL, 33 ans, au terme d'une douloureuse maladie, auteur du livre Dans l'enfer des tournantes, Éd. Denoël, octobre 2002.
[10] Interview de Samira Bellil, réalisé par Sporenda, association « Chiennes de garde », mai 2003.
[11] Faits relatés dans un article de l'Humanité,rubrique Société, édition du 17 septembre 2003, rédigé par Sophie BOUNIOT.
[12] Les faits sont relatés par Annick WOEHL du journal L'Alsace - Le Pays, édition du 25 septembre 2001.
[13] Les faits sont relatés par le journal L'Alsace - Le Pays - Franche-Comté, édition du 25 mars 2000.
[14] Les faits sont relatés et commentés par Mohammed COLIN le 28 septembre 2002, SaphirNet.info, Presse Alternative et actualité.
[15] V AISSIERE Caroline (2002), Les sociabilités adolescentes dans les quartiers difficiles,VEI, Enjeux n° 128.
[16] WHYTE W.F (1943), « A slum sex code », The americana journal of sociologie, n° 49, traduit par Daniel BIZEUL.
[17] BORDEAUX Michèle, HAZO Bernard, LORVELLEC Soizic, Qualifié viol,Éditions Médecine et Hygiène, 1990, Collection Déviance et Société.
[18] Propos recueillis par Émeline BRIGHTON, stagiaire de la P.J.J. dans le cadre de sa formation au C.R.F. de Lille, auprès d'un adolescent de 17 ans, accueilli en F.A.E. (Foyer d'Action Éducative).
[19] LEBDI Safia, vice-présidente de « Ni putes, ni soumises », interviewée par Judith AUDIN, pour l'Humanité, article paru dans la rubrique Société, 17 septembre 2003.
[20] Cité par Mohammed COLIN dans son article « Signal fort contre les viols collectifs », SaphirNet.info, Presse Alternative et actualité, septembre 2002.
[21] Par Émeline BRIGHTON qui a réalisé en 2003 une petite étude relative un viol collectif.
[22] WURTZ Laurence, Figures de la marche. La deuxième vie de Samira,mis en ligne par libertad, janvier 2002, dans la rubrique " le privé est politique ".
[23] FOUCART Jean, Sociologie de la souffrance, Bruxelles, Éditions de Boeck, 2003.
[24] Dans un article intitulé « Viol : les mentalités évoluent… lentement », paru dans les « Actualités Sociales Hebdomadaires », avril 1997.
[25] « Viols femme information, 8 ans d'écoute et d'appel », 1994, Collectif féministe contre le viol.
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